‹ Les spadassins de l'opéraChapitre 9 sur 17 · DE L/0 H KH À 2 S · texte numérisé non relu

DE L/0 H KH À 2 S

— Je ne sais, répondit M. de Pons, mais j’ai le ctrur barbouillé et l’esprit tout en noir... On dirait qu’il va m’arriver un malheur...

M. de Montgory tressaill it involontairement et ne dit mot.

— Allons donc ! fit le chevalier d’un tou léger, vous, mon oncle, vous êtes le plus fortuné des hommes, et je ne vois pas trop ce qui pourrait vous arriver de fâcheux.

— C'est égal, murmura le baron ; allons aux Portes, je ne sais... mais j’ai rêvé de Marguerite.

Le marquis tressaillit encore.

— Et, continua le baron, dans mon rêve, je la cherchais en vain et ne la trouvais plus...

M. de Montgory éprouva un frisson bizarre et sauta en selle avec une impatience toute juvénile.

— Oh ! oh! pensait M. d’Asti, voici qui me semble justifier un peu la théorie des pressentiments.

Les trois cavaliers prirent au galop le chemin des Portes, où ils arrivèrent en moins d’une heure. A la porte du château, M. de Pons aperçut en tressaillant, accroupi sur la dernière marche du perron, passant les mains dans sa chevelure rousse, longue et emmêlée, Nicou 1 idiot, qui le regarda lui et ses compagnons, et se prit à rire de son rire formidable.

— Hé ! hé ! hé ! dit-il, les voilà, les princes... le père et les amoureux de la princesse... les voilà! Mais ils ne l’auront pas... ni l’un ni l’autre... non, non !

Et l’idiot prit dans sa poche un sac de cuir où résonnaient quelques pièces de cuivre.

— Ni moi non plus... ajoula-t-il avec tristesse, c’est l’autre...

-a- Pauvre fou ! murmura M. de Montgory.

— Pas autant que vous le pensez, dit le chevalier.

— Pourquoi?

— Parce que, dit le chevalier en riant, il a compris que pour épouser une femme; paysanne ou princesse, il fal- , lait avoir de l’argent.

Et ils passèrent, laissant tomber deux écus dans le chapeau du mendiant.

Pour expliquer la présence de Nicou aux Portes à cette heure matinale, il faut se souvenir que la veille il avait suivi Gontran depuis son départ de la cabane du bûcheron jusqu’à l’entrée du parc où M. de Lacy avait attaché son cheval. Alors, pour la seconde fois, le mendiant s’était blotti à quelques pas et avait attendu... Quelques minutes après, il avait vu revenir Gontran, portant quelque chose de blanc dans ses bras ; il l’avait vu sauter en selle et s’éloigner au grand galop...

Et alors une lueur de raison s’était faite dons le cerveau du pauvre fou, il avait tout deviné, tout compris... Et il avait voulu crier au rapt, — mais aucun son n’avait pu jaillir de ses lèvres ; — il avait voulu courir après le ravisseur, — mais ses jambes avaient refusé de le servir, et il était demeuré immobile, sans voix, cloué au sol par l’émotion. Puis la folie était revenue ; — avec la folie, il avait perdu la conscience de l’événement qui venait de s’accomplir sous ses yeux, et, retrouvant ses forces, il

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avait pris tranquillement le chemin du château, entonnant sa bizarre chanson à tue-tête.

Il s’était dirigé vers les cuisines où on lui avait donné à souper, et, soit lueur de raison vague, soit retour de la vie idéale vers la vie réelle, le pauvre diable, en se retrouvant dans cette demeure dont il avait longtemps été le commensal, au lieu de s’en aller sur-le-champ, comme c’était son habitude quand on l’avait fait boire, s’était assis au coin du feu des cuisines, puis sur le seuil de la porte, et il s’y était oublié plusieurs heures au lieu de reprendre la route de Châtel-Censoir . Les marmitons avaient profité de cet accès de mélancolie qui s’emparait de l’innocent pour le griser, ce qui était peu difficile ; si bien qu’à la folie s’était jointe l’ivresse, et qu’il avait été dans l’impossibilité de continuer son chemin et de tenir sur ses jambes.

— Il couchera ici, avait dit l’intendant du baron. On l’enverra au chenil.

Et Nicou avait couché près «les chiens, dans une sou-

pente destinée aux valets de chenil, et le lendemain, dégrisé, il s’était assis, avant de reprendre la route de son village, sur les marches du perron, cherchant à se souvenir de ce qui s’était passé la veille, et il se souvenait sans doute, puisqu’il avait salué le chevalier et M. de Montgory par cette raillerie mélancolique :

— Ils ne l’auront pas... ni l'un ni Faùtrfi, ni moi non plus..,

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