L ESPRIT REVOLUTIONNAIRE
Conséquence fatale de l'esprit païen, l'esprit révolutionnaire est devenu à son tour en France une cause souverainement efficace de la perte de la foi, et ne tend à rien moins qu'à l'anéantir. Il a fait explosion en 4789 et 1791 par la déclaration des droits de l'homme. Il a soufflé en tempête de 1791 à 1793, et il a tout renversé. Église, Religion, Société. Ses propres excès ont épuisé en partie sa violence de 1795 à 1799. Il s'est réveillé en 1830 et i 848. En 1869, il agite les têtes les plus sensées, et passionne les échos exaltés d'une minorité furibonde qui rêve le communisme démocratique, et va jusqu'à menacer la sûreté et la propriété, placées par la Révolution au rang des droits sacrés de l'homme.
J'entends par esprit révolutionnaire, non pas l'esprit libéral qui inspira ce qu'on nomme aujourd'hui les immortels i^rincipcs de 1789. Chose étrange, et qui n'a pas été assez remarquée : les bases des droits et des devoirs de l'homme, posées au frontispice des constitutions de 1791, 1793, 1795 sont en réalité la manifestation inconsciente du sentiment chrétien, l'élan spontané d'une nation que le christianisme a façonnée, inspirée, dirigée pendant de longs siècles. Ces maximes fondamentales : Tous les hommes naissent et meurent libres et égaux en droit. Tout homme peut engager ses services, son
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temps, mais il ne peut se vendre ni être vendu. Il ne peut exister quun engagement de soumission et de reconnaissance entre Ihomine qui travaille et celui qui l'emploie. Tous les devoirs de Fhomme et du citoyen dérivent de ces deux principes gravés par la natui'e dans les cœurs : .Ve faites point aux autres ce que vous ne voudriez pas qu'on vous fît; faites constamment aux autres le bien que vous voudriez en recevoir, etc., sont des maximes évangéliques. Leur glorification est un hommage involontaire peut-être, mais réel, à la dignité, à la liberté, à la fraternité chrétiennes ! Faites aux autres ce que vous voudriez quon vous fît! C'est même l'héroïsme de la charité que Jésus-Christ est venu apporter sur la terre. La vie de saint Vincent de^Paul, comme celle du divin Sauveur, est renfermée tout entière dans ce seul mot : il a passé en faisant le bien, c'est-à-dire en faisant aux autres ce qu'il aurait voulu qu'on lui fit. Et ces autres préceptes : Vivre soumis aux lois et respecter ceux qui en sont les organes ; iVu/ nest bon citoyen s il nest bon fils, bon père, bon époux, bon ami; Nul nest homme de bien s'il n'est franchement et religieusement observateur des lois, etc. » ne sont-ils pas des échos des mœurs catholiques?
Ce sont bien les principes de 1789 ; et ce n'est pas là ce que j'appelle esprit révolutionnaire. Je comprends, sous ce nom, d'abord, la fatale tendance qui a fait supprimer de ces constitutions, de ces déclarations des droits et des devoirs de l'homme, toute mention explicite de Dieu et de Jésus-Christ , pour aboutir à une invocation tardive et hypocrite à l'Être suprême ! L'Être suprême, hélas! n'était pour celui qui le proclamait que la nature ou le Dieu impersonnel des panthéistes! Rappelle esprit révolutionnaire, la négation implicite de toute religion révélée que suppose l'émancipation comprise sous les grands mots : liberté de pensée, liberté d'examen, liberté de
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conscience, liberté des cultes, liberté delà presse, etc.,vetc. Cette émancipation ne devait pas sortir nécessairement des principes de 89 ; ces principes au contraire, et il importe grandement de le constater, étaient la négation de ces excès. En effet, par exemple, cette exagération de la liberté de la presse : Tout citoyen -peut donc parler^ écrire, imprimer librement, sauf à répondre de F abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi, n'est-elle pas condamnée d'avance par cette définition même de la liberté : La liberté ne consiste quà pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui; et par ce précepte de charité : Ne faites pas aux autres ce que vous ne voudriez pas quon vous fit ? N'est-ce pas, en effet, une justice et une réparation dérisoires, pour celui contre lequel la médisance ou la calomnie se sont déchaînées, que de voir son adversaire puni de la liberté excessive qu'il a prise ! L'insulté, évidemment, aurait préféré mille fois que l'insulteur se fût abstenu de le calomnier ou de l'outrager.
Je comprends enfin sous le nom d'esprit révolutionnaire, les contradictions lamentables qui amènent les gouvernements d'une part à séparer l'Église de l'État, à refuser de salarier le culte de la majorité des citoyens, même après avoir confisqué ses biens; de l'autre, à réglementer sacrilégement les cultes, comme le faisait la trop célèbre constitution civile du clergé ; à supprimer les annates et tout autre tribut payé volontairement par les catholiques au chef de l'Église ; à soumettre à des formalités administratives les rapports d'ordre purement spirituel du Souverain Pontife avec les Evêques et les fidèles ; à assimiler les vœux de religion, qui ne sont que le légitime exercice de la liberté de conscience, à des engagements contraires aux vœux de la nature de l'homme ; à nier explicitement ou implicitement le sacrement de mariage, et à autoriser le divorce, etc., etc.
106 LES SPLE>DEURS DE LA FOI.
Voilà ce que j'entends par esprit révolutionnaire. Ainsi défini, est-il une cause évidente et active de la perte de la foi? Les chrétiens catholiques doivent-ils ou peuvent-ils pactiser avec lui ? Est-il permis d'être et de se dire catholitiue libéral?
Peut-il arriver que des états ou sociétés se croient autorisés à rester civilement en dehors de toute croyance religieuse; en raison, par exemple, de la multiplicité et de la diversité des cultes ou églises particulières, en raison aussi des dispositions actuelles de la majorité des esprits impatients de tout joug religieux? De telle sorte que la condition normale de ces sociétés soit la séparation absolue de l'Église et de l'État, l'abandon de tous les cultes à eux-mêmes, et l'exercice légal de toutes les libertés révolutionnaires? C'est à peu près la condition de l'Amérique septentrionale ou États-Unis d'Amérique?
La législation ainsi établie est-elle le beau idéal des sociétés modernes? Peut-elle devenir l'objet des vœux de catholiques même fervents?
Au point de vue chrétien,- peut-elle être considérée comme un bien ? Au contraire, doit-on la considérer en elle-même comme un mal, et faut-il se résigner seulement à la subir, quand elle s'imposera forcément ?
En admettant qu'elle soit un mal, et alors qu'elle n'a pas encore envahi toutes les sociétés modernes, n'est-il pas juste et bon que le souverain Pontite la flétrisse, pour arrêter du moins un instant la contagion?
Ce programme est vraiment effrayant. Je ne l'aborderai pas sans rappeler des principes qui, hélas! ne sont plus de ce monde, et qui peuvent seuls cependant justifier les solutions impopulaires que je serai forcé de donner à ces questions brûlantes.
Une fois encore : sursum corda! Le cœur en haut !
Aux yeux de la foi. le temps, la vie présente, les dons de la nature et de Tespril, les bienfaits de l'éducation et de la civili-
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sation, la richesse, la liberté, la science, les progrès de l'indus- Irie et des arts, etc., etc., sont des biens réels, qu'elle apprécie, qu'elle tend à procurer et procure quand on ne met pas d'obstacles à sa libre expansion, mais des biens ou des intérêts secondaires, qu'il faut être prêt à sacrifier aux biens et aux. intérêts essentiels de l'Éternité! Quid hoc ad œternitatem... Le grand précepte chrétien est celui-ci : Cherchez le royaume de Dieu et la justice, le reste vous sera donné par surcroît. Les grandes maximes chrétiennes qu'il ne faut jamais oublier sont : Que sert à Vhomme de gagner tout Vunivers s'il vient à perdre son âme '^ Si votre œil vous scandalise, arrachez, projetez-le bien loin; il vaut mille fois mieux en effet pour vous qu'un de vos membres périsse que si votre corps était jeté tout entier dans le feu des enfers. . . Si votre main droite, si votre pied sont pour vous une occasion de scandale, coupez-les ; il vaut mille fois mieux entrer au ciel manchot ou boiteux, que d'être jeté pieds et jambes dans des flammes qui 7ie s'éteindront jamais. Jésus-Christ a dit encore : Je n apporte pas la paix mais la guerre. Je suis venu séparer le fils de son père, la fille de sa mère, la bru de son beau-père, Fépoux de Vépouse : car il arrive, hélas ! souvent que les familiers de l'homme sont ses plus cruels ennemis. Celui qui ne hait pas son père, sa mère, sa feinme, ses enfants, ses frères, ses sœurs, et même son âme, quand ils sont un obstacle à son salut, ne peut pas être mon disciple. Ce n'est pas tout, répétons encore le terrible anathème tant oublié : celui qui scandalise le plus petit de ceux qui croient en moi, mérite quon lui suspende au cou la meule que Vâne fait tourner, et quon le jette dans laprofondeur des mers. Dans les âges de foi, le grand cri des chrétiens était : coupez, p.rulez, o mon dieu, dans ce monde qui passe,
POURVU QUE vous NOUS ÉPARGNlEZiDANSL'ÉTERNiTÉ : Eic SeCtt, hiC
ure, modo in œternum parcas.
Et qu'on le remarque bien, ce n'est pas seulement l'Église catholique, c'est l'Évangile, c'est Jésus-Christ, qui nous font un devoir sacré de défendre notre foi et la foi des autres au prix de tous les sacrifices, s'il est nécessaire. Nul n'a le droit de dire que Jésus-Christ est doux, que l'Évangile est bon, que l'Église seule fut cruelle. Le dogme redoutable qui ordonne de sacrifier sa propre vie, tout ce qu'il y a de plus excellent et de plus précieux au monde, à plus forte raison des biens secondaires, quand ils deviennent un obstacle au salut, est un dogme chrétien et évangélique.
Prenez le christianisme tel qu'il est, ou repoussez-le sans même le discuter. Pour ceux qui ne croient pas à la vie future, au ciel, à l'enfer, le christianisme est sans but, il n'existe pas, il ne doit pas exister. Mais ceux qui croient à Jésus-Christ, à l'immortalité des âmes, h l'éternité bienheureuse ou malheureuse, seraient en contradiction ouverte avec eux-mêmes, et avec leur foi, s'ils hésitaient à sacrifier à la vie future, quand il est nécessaire, la vie présente avec tous ses biens, les droits de l'homme, la liberté, la fortune, etc., etc.
C'est là toute la philosophie du christianisme.
En nous plaçant à ce point de vue, nous verrons toutes les difficultés s'évanouir. La séparation de TÉglise et de l'État, l'Etat athée, l'égalité de toutes les croyances devant la loi, la liberté des cultes, la liberté de penser, la liberté d'examen, la liberté de conscience, la liberté de la presse, etc., etc., peuvent être une nécessité des temps, en raison de l'état des esprits et des volontés; mais évidemment, cette nécessité seul mal les intérêis éternels des peuples.
Cette soif d'indépendance prouve trop, hélas ! que la foi est amoindrie, et la satisfaire c'est en réalité vouloir l'amoindrir
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encore. On pourrait même dire sans exagération, que cet étal (les esprits est déjà le triomphe définitif de la vie présente sur la vie future, du temps sur Téternité.
Vouloir forcer la foi à le reconnaître et à le proclamer comme Tordre normal et régulier des sociétés chrétiennes, ce serait la condamner fatalement à se renier et à se suicider ellemême.
L'Église catholique, dépositaire et interprète de la foi, a été instituée par son divin Fondateur dans ce seul but : que ses fidèles disciples trouvent par elle et dans son sein les moyens propres à les conduire au ciel. Elle n'existe donc qu'en vue du salut des âmes et de l'éternité. Otez l'éternité, ôtez le salut des âmes, l'Église n'a plus aucune raison d'être ! Comment donc accepterait-elle, comment ne repousserait-elle pas avec une énergie divine ce qui la ferait mentir à ses célestes destinées, ce qui la mettrait de plus en plus dans l'impossibilité de sauver les âmes que son divin fondateur lui a confiées.
Et qu'on le remarque bien, ce que l'Église ne peut pas approuver, ce qu'elle repousse, ce n'est pas le fait, mais le droit
ou le principe.
Qu'un gouvernement qui se dit encore chrétien, décrète la séparation absolue de l'Église et de l'État; l'égalité de tous les cultes devant la loi, le plein exercice de toutes les libertés, voilà le fait. Que la séparation de l'Église et de l'État, que l'égalité de tous les cultes devant la loi, le plein exercice de toutes les libertés, soient un bien, et caractérisent un gouvernement plus parfait, parce qu'ils donnent satisfaction aux exigences des peuples et des temps, c'est la question de droit ou de principe ! Le fait, l'Église l'abandonne à la responsabilité des gouvernements, non sans les avoir charitablement avertis du danger; elle l'accepte quand il est accompli. Quant au droit ou au principe, cette émancipation absolue de l'Etat et
des individus est fatale, et elle doit le déclarer hautement Les adversaires de l'Eglise sont les premiers à reconnaître que le droit nouveau lui est hostile. Ils ne le demandent à grands cris Ils ne s'insurgent pour le conquérir que pour parvenir à se débarrasser d'elle, à lui foire perdre son empire sur les esprits et sur les cœurs. E.xiger qu'elle les approuve ce serait donc la forcer à apostasier lâchement. Mieux vaudrait mille fois user contre elle de tous les mesures de rigueur. Prétendre en un mot, la foire sortir de la question de foit, la foire entrer dans la question de droit, serait une odieuse tyrannie, un attentat éndent contre la liberté de la conscience et contre la foi
Peut-être qu'un gouvernement libéral où même révolutionnaire est une des fotales nécessités de notre époque, parce que la masse des individus ne veut plus être gouvernée autrement. Constitué surtout pour administrer les intérêts matériels et moraux, le pouvoir civil est forcé quelquefois de céder à des exigences qui, si elles n'étaient pas satisfaites, le rendraient odieux et impossible. L'Église s'insurgera-t-elle contn. ces concessions fotales ? Armera-t-elle ses enfonts contre ces gouvernements révolutionnaires? Les excommuniera-t-elle ? Dispensera-t-elle de l'obéissance qui leur serait due? Leur ferat-elle refuser le serment de fidélité? Oh non ! Elle ne cessera pas de voir dans ces pouvoirs révoltés les dépositaires de l'autorité diAine; elle dira à ses enfonts : Soyez soumis aux autorités qui vous gouvernent, parce qu'il n'est pas d'autorité qui ne vienne de Dieu. Celui qui résiste aux puissances établies résiste à l'ordre de Dieu, et celui qui résiste à lordre de Dieu attire sur lui la condamnation. Soumettez-vous non-seulement par crainte et avec colère, mais par conscience. Payezleur le tribut comme aux ministres de Dieu, car elles le servent en gouvernant. Rendez à chacun tout ce qui lui est dii : l'impôt à qui a droit de l'établir; l'octroi à qui a le droit de le percevoir;
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la crainte à qui est en position de l'inspirer ; l'honneur à celui qui porte les insignes de l'autorité. Tant que les gouvcrn'ements n'exigeront rien de contraire à la foi ou au salut éternel, ils trouveront dans les enfants de l'Église catholique leurs sujets les plus fidèles et les plus empressés à se soumettre aux lois. Si ce qu'on leur commande est contraire à leur foi, ils refuseront, on les entendra répéter ce cri des apôtres : nous ne POUVONS PAS ! C'est un devoir sacré pour nous d'obéir à Dieu avant d'obéir aux hommes ! Mais ils ne se soulèveront pas, ils ne s'armeront pas ; ils se laisseront au contraire égorger, alors même qu'ils seraient une légion, la légion thébéenne ou fulminante.
Que les gouvernements donc cèdent , s'ils s'y croient forcés, à la fatalité qui les entraîne, qu'ils se constituent révolutionnairement, qu'ils donnent essor aux droits de l'homme dans toute leur plénitude et leur exagération; l'Église ne s'armera pas du glaive, même du glaive spirituel. Si la liberté consent à s'étendre jusqu'à elle, l'Église restera; elle se pliera autant qu'il sera nécessaire au nouvel ordre de choses ; elle se fera sa place aussi étroite qu'on voudra, heureuse de se dévouer encore à la plus grande gloire de Dieu, au salut des âmes, au bien même des gouvernements.
En résume, l'Église accepte le fait avec résignation, parce que le fait doit être subi, et que sa mission divine lui fait un devoir rigoureux de procurer le salut des âmes sous tous les gouvernements ; m is elle reste inflexible sur les principes.
Il y a quelques mois, un publiciste éminent félicitait un religieux français que le libéralisme moderne a fatalement amené à secouer bruyamment le joug de l'obéissance, d'avoir été respirer l'air plus propice d'un pays oii l'Église tolère la liberté ! Il aurait dû dire d'un pays oii la liberté tolère l'Église ! L'Église en effet a toujours toléré la liberté civile comme un fait dépendant de la volonté des gouvernements et des peuples,
mais la liberté, hélas ! qui dégénère presqu'infailliblement en licence, n'a pas toujours toléré et n'est pas plus disposée que par le passé à tolérer l'Église. Elle s'obstine, au contraire, à la considérer comme sa plus mortelle ennemie, et voudrait même la forcer à la plus sotte des apostasies. Il ne lui suffit pas que les catholiques acceptent le fait de son gouvernement révolutionnaire; elle veut absolument, et il est des catholiques assez naïfs pour se laisser entraîner à cette fatale abdication, qu'ils proclament contre leur raison, leur conscience et leur foi, le droit ou la légitimité de cette émancipation absolue des intelligences et des volontés.
Ce que quelques catholiques séduits ont pu faire, l'Église représentée par son chef infaillible ne le fera jamais ; et ceux mêmes qui semblent vouloir lui faire violence, l'approuvent au fond de sa résistance énergique : ils le mépriseraient s'il venait à faiblir! Ce jour-là, du reste, l'Église catholique aurait cessé d'exister. Au lieu de la contraindre à glorifier un ordre de choses qui conduit inévitablement à la perte universelle de la foi et des âmes, bénissez-la donc, cette mère incomparable, d'avoir le courage de vous déclarer sans détour qu'un gouvernement où les intérêts surnaturels des peuples et des sujets sont gravement compromis est un gouvernement moins favorable même aux intérêts matériels. Si Dieu ne garde i)as la maison, la cité, le gouvernement, le gouvernement, la cité, la maison seront mal gardés!
Pour mieux faire toucher du doigt l'inconséquence des esprits abusés qui voudraient voir l'Église approuver et encourager leur libéralisme, qu'il me soit permis d'invoquer une comparaison saisissante puisée dans l'Evangile. L'enfant prodigue aborde un jour son père et lui dit : « Mon père, je meurs d'ennui dans la maison paternelle; cette vie régulière et monotone m'est devenue insupportable; donnez-moi ce que ma mère
l'esprit nÉVOLUTION^AIRE. 113
m'a laissé et la portion de votre héritage qui doit me revenir, et j'irai dans une région lointaine satisfaire en liberté les désirs de mon cœur. Le père, qui craignait d'irriter son fils bien-aimé et de le pousser à toute extrémité s'il se montrait inflexible, lui donna ce qui lui appartenait. La vieille légende le montre introduisant le jeune insensé dans la salle des bijoux de la famille, et les partageant généreusement avec lui. Le prodigue est parti, emportant ce qu'il possédait ; et quelques années se sont à peine écoulées, que, après avoir tout dissipé dans une vie de licence et de débauche , il tombe dans une profonde misère, vend honteusement ses services, accepte de garder des pourceaux, et se trouve réduit à envier les restes que l'on jetait à son vil troupeau. Dans le monde politique, comme dans le monde individuel, la liberté est bien près du plus odieux esclavage ! 89 touche à 93 ! Le peuple souverain est bientôt le peuple exploité par des tyrans sanguinaires. Mirabeau et Robespierre se donnent la main !
Mais revenons à notre comparaison. Que dirait-on si des moralistes complaisants osaient affirmer que le père de l'enfant prodigue n'avait pas fait assez encore; qu'il ne devait pas se borner à partager avec son fils l'héritage de la famille ; qu'il aurait dû en outre l'encourager à suivre la voie déplorable dans laquelle il s'engageait. Tu as raison, mon fils, la maison paternelle est trop ennuyeuse, le joug de la vertu est trop pesant ; il faut que jeunesse se passe ; pars, amusetoi, lâche la bride à toutes tes passions ; livre-toi sans remords aux exigences des courtisanes ; inscris ton nom dans les fastes du libertinage, et descends au rang des plus vils débauchés. Eh bien! ce rôle infâme que les plus dépravés n'oseraient pas conseiller au père de l'enfant prodigue, les révolutionnaires et quelques catholiques hélas ! veulent à toute force l'imposer à la sainte Église de Jésus-Christ !
Les nations modernes lui demandent à grands cris de rompre les liens déjà bien relâchés, cependant, qui l'unissent encore à elle; elles ne veulent plus des concordats, elles réclament à grands cris la séparation de l'Église et de l'État, l'odieuse chimère de l'Église libre, c'est-à-dire de l'Église dépouillée de tous ses biens, de tous ses privilèges et de tous ses droits, dans l'État libre, c'est-à-dire dans l'État athée et despote ; l'égalité de tous les cultes devant la loi; toutes les libertés enfin qui se réduisent en dernière analyse à la liberté des méchants et du mal.
L'Église, parce que sa responsabilité s'étend à tous, et qui a charge d'âmes pour l'éternité, fait naturellement plus de résistance que le père de l'enfant prodigue, dont la tutelle avait simplement pour objet de sauvegarder les intérêts matériels et moraux de son fils. Elle pousse un cri de terreur, lance ses encycliques, formule son Syllabus, rappelle les oracles de l'éternelle vérité, signale les écueils cachés, montre l'abîme ouvert sous les pas des novateurs. Peut-elle faire autrement ? Ne la mépri. seriez-vous pas si elle pactisait avec la révolte ; si elle livrait un libre passage au torrent de l'indépendance et de l'incrédulité ; si elle ne protestait pas contre des doctrines qui ne tendent à rien moins évidemment qu'à rendre impossible l'accomplissement de sa mission divine, le salut des âmes ; si elle ne stigmatisait pas des réformes téméraires qu'on ne réclame que pour arriver à l'opprimer ?
Ces doctrines, ces réformes, qu'elle les subisse si on les fait passer à l'état de lois; qu'elle s'y résigne, qu'elle s'y accommode de son mieux, c'est tout ce qu'elle peut faire.
Voyez l'Amérique septentrionale. Là tout est consommé. La séparation et l'indépendance mutuelle de l'Église et de l'État sont franchement acceptées, toutes les libertés régnent en souveraines, et l'Église catholique ne se i plaint pas, et elle tra-r
l'esprit RÉV0LUT10?sN.\IRE. ilo
vaille activement, efficacement au salut des âmes ; .et le gouvernement, autrefois si intolérant, exalte sans respect humain les immenses services rendus par les jésuites aux soldats de ses armées, il les remercie avec effusion de leur avoir appris à supporter sans murmurer des privations presqu'au-dessus des forces humaines. En même temps, aussi, la Prusse protestante bénissait les sœurs françaises de la charité, des soins qu'elles avaient prodigués aux blessés sur les champs de bataille et dans ses hôpitaux, avec un héroïsme admirable ! Ce sont cependant ces mêmes jésuites, ces mêmes sœurs de charité que le libéralisme français poursuit dotant de haines! Cette année un concile national de tous les évêques catholiques des États-Unis s'est réuni à Baltimore, et il a gardé le silence le plus absolu sur tout ce qui touche à la politique, aux gouvernements et aux gouvernés.
Le Concile général du Vatican, assemblé à Rome, reprendra-t-il et continuera-t-il Tœuvre sainte et forte de Pie IX? Fera-t-il sien le Syllahus ? Les révolutionnaires le craignent et font entendre déjà des cris de colère et de vengeance. Les gouvernements inquiets se tiennent sur la défensive, et se réservent le droit de protester quand le moment sera venu. Les catholiques-libéraux partagent les inquiétudes pusillanimes des gouvernements, et conjurent l'Église de ne pas briser les derniers liens qui, disent-ils, unissent encore à elle les générations nouvelles. Leur timidité, conséquence fatale d'une foi par trop amoindrie, les aveugle à ce point qu'ils ne distinguent plus entre le droit et le fait, entre la théorie et la pratique, entre les principes et les personnes ; ce qui les réduit à donner le douloureux et scandaleux spectacle d'une défiance alarmée des oracles de l'Esprit-Saint ! Ils seraient bien coupables s'ils ne savaient pas qu'en condamnant de nouveau les erreurs du Syllabus, le concile n'aura nullement la prétention de faire
violence aux gouvernements et aux peuples! Non! Il les laissera libres de céder au torrent qui les entraîne, mais il aura du moins fait sou devoir : eu montrant du doigt les écueils redoutables contre lesquels la foi du plus grand nombre viendrait se briser ; en prévenant les esprits sages contre les dangers imminents d'une législation qui semble plus conforme aux besoins des temps, parce que les temps hélas! sont à l'incrédulité, à la haine de toutes les vérités, à Tamour de toutes les erreurs; en se montrant effrayée de réformes que leurs partisans appellent à grands cris parce qu'ils sentent qu'elles les débarrasseront de Finfluence détestée de l'Église.
Oui, si les nations frémissent, si les peuples méditent de sinistres complots ; si les rois et les princes conjurent contre Dieu, contre le Christ et contre son Église, c'est parce que nous avons atteint ces temps dont le grand Apôtre disait à son fidèle disciple Timothée : Les hommes ne supporteront plus les sainei doctrines; pressés par des désirs insensés et une démangeaison maladive des oreilles^ ils s'environneront de maîtres de leur choix et se tourneront vers les fables. Ces maîtres qui font tant de bruit à la tribune des réunions publiques et dans les journaux, sont bien ceux dont saint Paul a tracé le portrait : s'aimant eux-mêmes, avides, arrogants, orgueilleux, blasphémateurs, impatients de tout joug, calomniateurs, durs, sans cœur, sans bonté, insolents, etc. Et si Pie IX fait retentir la voix d'un pasteur vigilant, il ne fait qu'accomplir l'ordre donné par le grand apôtre : avei'tis, insiste à temps et à contre-temps, reprends, supplie, menace avec patience, avec science, avec autorité!
Il est encore un principe qu'il importe de rappeler avant de prouver directement par quelcjucs considérations rapides combien les prétendus bienfaits qut^ les sociétés modernes appellent de tant de vœux, sont dangereux pour la foi.
l'esprit révolutionnaire. 117
La foi est un trésor incomparable, nous Tavons déjà établi, nous rétablirons bientôt plus encore, mais ce trésor nous le portons dans des vases fragiles à l'excès. Si la chair est prompte, Tesprit est léger, et la foi se perd plus facilement peut-être que l'innocence, qu'un souffle cependant peut ternir. C'est surtout de la foi qu'on peut dire : celui qui aime le péril, périra. Voyez Pierre, si présomptueux et si sûr de lui-même, la voix d'une servante a suffi pour le rendre infidèle ; il affirme avec serment, avec anathème, qu'il n'a jamais connu Jésus- Christ; et il l'adorait en s'écriant: vous êtes le Christ fils du Dieu vivant; vous avez la parole delà vie éternelle! Une hésitation, un doute volontaire font perdre quelquefois en un instant le don surnaturel de la foi. Donc puisqu'elle est absolument nécessaire, puisque celui qui ne croit pas au Fils unique de Dieu est déjà jugé, qu'il ne verra pas la vie, que la colère de Dieu repose sur lui, il faut absolument que tous nous soyons dans la disposition forte et généreuse d'abriter notre foi par le's précautions les plus déliêates, de tout mettre en œuvre pour qu'elle ne soit pas compromise, d'être prêts à sacrifier tout ce qui pourrait la menacer de près ou de loin. Examinons à cette lumière divine et pure qui donne aux objets leurs véritables couleurs, ces idées révolutionnaires qui passionnent tant le xix® siècle. Séparation de l'Église et de l'État, liberté et égalité des cultes devant la loi, liberté d'examen, liberté de conscience, liberté de la presse.
Ce sont là pour nous à la fois et des effets funestes et des causes actives de la perte de la foi.
La séparation de VÉglise et de VÉtat. Quel est l'ordre naturel des idées en fait de gouvernement? L'être qui a été l'objet immédiat et dernier de la volonté divine, l'être que Dieu a créé pour sa gloire, qu'il a destiné à un bonheur éternel, c'est rindividu ou l'homme individuel. Pour l'individu,
Dieu a constitué le père et la mère, ou la famille qui est, elle, de droit divin. Les familles, comme les individus, appellent par leur essence la société. La société établit entre les individus et les familles des intérêts privés et conwmns qui doivent être réglés et garantis. La nécessité de ce règlement, de cette garantie, entraîne l'existence d'un pouvoir supérieur ou gouvernement qui préside à l'ensemble des familles. Le gouvernement n'est pas essentiellement,'' comme la famille, de droit divin, il n'est nullement indisjtensable que, comme les juges et les premiers rois d'Israël, il soit institué immédiatement par la volonté' de Dieu lui-même ; il peut être établi j»ar la volonté commune des familles et des individus qu'il régit. Mais aucun esprit raisonnable ne niera que l'autorité exercée par un pouvoir quelconque est nécessairement une émanation, une délégation de l'autorité divine ; que tout pouvoir doit gouverner au nom de Dieu qui a créé les intérêts privés et communs, de Dieu origine de tout être et de toute autorité ; de Dieu qui sanctionne, garantit et venge tous les droits.
Dieu, I'Lndividu, la Famille, I'État, voilà donc l'ordre immuable que la raison doit reconnaître et avouer, que la volonté doit accepter et respecter. Les gouvernements passeront, la famille passera, Dieu et l'individu resteront seuls éternellement. L'individu doit tendre vers Dieu qui est sa fin ; la famille doit l'aider dans cette tendance divine, qui est le droit de Dieu et le devoir de l'individu ; le gouvernement ou l'État doit rendre possible et facile à la famille cette sainte tutelle qui est le droit de l'individu et le devoir de la famille. Entre l'État et l'individu, il y a donc la famille, et il est absurde de dire que l'individu appartient à l'Etal, comme il serait absurde de dire que la tin appartient au moyen.
Les droits de l'Etat naissent radicalement et exclusivement des intérêts privés ou communs des familles et des individus,
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ils leur sont corrélatifs. Il n'a de pouvoir, en général, que celui qui est impérieusement et strictement nécessaire pour rendre efficaces le règlementetla garantie de ces intérêts : il outrepasse ses droits, il usurpe, dès qu'il commande ou défend en dehors des intérêts privés et communs ; il commet une injustice plus ou moins criante, il se fait tyran, quand il les méconnaît ou les foule aux pieds.
Un gouvernement parfait sera évidemment celui qui, prenant l'homme dans sa synthèse, tel qu'il est présenté et défini par la nature, par la raison et par la foi, l'homme matériel et spirituel, l'homme du temps et de l'éternité, de la nature et de la grâce, l'homme, en un mot, aux intérêts matériels, moraux, religieux et surnaturels, veut par tout son pouvoir, régler et garantir également ces intérêts divers et multiples qui sont pour lui sacrés au même degré. Tel fut, par exemple, au xvi^ et au xvii^ siècle, le gouvernement qui a fait l'Espagne si sainte, si forte et si grande. (1)
Dans un gouvernement parfait, la religion connue et acceptée comme seule vraie, seule divine, par l'ensemble des familles, est loi de l'État ; non pas en ce sens que la loi puisse entrer dans le domaine intime de la conscience, prescrire des
(1) Au moment où j'écrivais ces lignes, le ministre d'Etat de l'Espagne révolutionnaire sommait le concile du Vatican de ne pas loucher aux principes de la constitution de 1869, parce que le gouvernement était résolu ù les défendre par tous les moyens en son pouvoir. C'est bien là le pauvre orgueilleux! Quoi, l'Eglise commettrait un crime si, sans même nommer l'Espagne, elle déclarait que les principes de sa nouvelle constitution sont dangereux, qu'ils eutraîneronl la perte d'un nombre immense d'âmes, que le sang qu'ils feront couler sera un torrent en comparaison du sang versé au nom de l'Inquisition, objet de tant de déclamations (uribondes. L'Espagne franchement catholique était devenue un colosse comme l'empire romain; elle serrait dans ses bras énormes et robustes l'Occident et l'Orient, elle dictait des lois au monde. L'Espagne constitutionnelle sera bientôt réduite à sa plus simple expression. 11 lui sied bien mal d"tHre si arrogante.
actes intérieurs, punir des infractions qui ne se sont pas produites au dehors, le sanctuaire de la conscience n'est gouvernementalement accessible qu'à Dieu ; mais en ce sens que toute désobéissance- à la religion manifestée par des actes extérieurs devient justiciable des lois; que la loi doit punir un Attentat extérieur contre la foi d'un individu, comme elle punit l'attentat commis contre son honneur ou contre sa bourse. Dans un semblable gouvernement, un pouvoir ou tribunal intermédiaire entre l'État et l'individu, qui a pour mission de connaître, par des moyens légitimes et honnêtes, des infractions extérieures de la loi religieuse, de les juger et de les punir, est tout aussi naturellement et loyalement institué que les tribunaux appelés à poursuivre les délits contre les personnes, leur réputation ou leur fortune. Dans cet ordre de choses encore, l'individu qui dénonce celui qui n'a pas craint de tendre des pièges à sa foi, n'est pas moins dans son droit, et n'est pas plus indélicat, que celui qui dénonce l'attentat commis contre sa personne ou contre ses biens.
N'est-il pas évident par soi-même, et l'histoire ne prouvet-elle pas surabondamment, qu'un gouvernement parfait, tel que nous venons de le définir, est éminemment favorable à la foi ; qu'il tend efficacement à la conserver et à la faire grandir, que c'est vers elle alors comme un entraînement universel et irrésistible. Mais, hélas! le règne du bien, comme le règne de Dieu, n'est pas de ce monde, et la corruption du très-bien devient fatalement la pire des corruptions, corniptio opfimipessima!
Quand dans un pays la religion a cessé d'être une, quand la foi n'est plus générale, quand la prépondérance des intérêts surnaturels ou éternels est révoquée en doute, il arrive que les gouvernements ne veulent plus ou ne peuvent plus considérer que l'homme du temps, aux intérêts matériels et sociaux, et nullement l'homme de l'élcrnilé. L'État ne voit plus dans
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rhomme que son présent, sa fortune, son honneur, et ne veut plus s'occuper en aucune manière de sa foi et de son immortel avenir. On entre alors plus ou moins franchement dans le régime de la séparation de TÉglise et de l'État, de l'égalité de tous les cultes devant la loi, etc., etc. Qui pourrait le nier^ alors même que des faits innombrables et plus éclatants que le jour ne le prouveraient pas de la manière la plus incontestable, cette sécularisation plus ou moins absolue de la législation est beaucoup moins favorable à l'exercice de la foi.
Par cela même, en effet, que le gouvernement, qui est l'autorité suprême, se constitue équivalemment athée, garde entre tous les cultes une neutralité officielle, ne s'occupe pas plus de l'homme religieux que s'il n'existait pas, etc. , la foi et les intérêts surnaturels descendent au dernier rang, et cèdent le pas aux intérêts matériels et sociaux. La négation ou, si vous le voulez, l'indifférence de l'État tend invinciblement à devenir la négation et l'indifférence des familles et des individus. La foi s'amoindrit et se perd dans une proportion et avec une rapidité vraiment désespérantes. Mais en même temps l'autorité exercée par l'État perd de sa puissance et de son prestige. EUe n'a plus au même degré le caractère d'autorité divine ; elle n'est plus, si l'on peut s'exprimer ainsi, un dogme visible et palpable, mais seulement un fait de force matérielle; les liens qui l'unissent aux familles et aux individus se relâchent ; l'anarchie s'affirme de plus en plus chaque jour, et Tordre social est en danger.
Cependant, comme d'une part ce gouvernement purement humain n'est pas essentiellement mauvais, et que d'autre part il est peut-être le seul possible désormais, nous croyons nécessaiiv de rappeler à quelles conditions il maintiendra l'ordre et rt^iupliiasa mission providentielle, c'est-à-dire les principes qui devront présider à son exercice régulier.
i22 LES SPLENDEURS DE LA FOI.
I. Dès qu'une action, quelle qu'elle soit, n'est en aucune manière contraire aux intérêts privés et communs, elle demeure le droit certain et inviolable des individus et des familles. L'État ne peut pas sans crime entraver l'exercice de ce. droit; il peut seulement et il doit le surveiller, à cette fin seulement qu'il n arrive jamais à être contraire aux intérêts de tous et de chacun ; tout autre mode ou but de surveillance serait illégal. Si un tiers prétend s'opposer à l'exercice de ce droit légitime, l'État doit le punir.
II. Par cela même que l'Étal abdique relativement à certains intérêts qu'il ne veut pas et ne doit pas régler, les droits relatifs à ces intérêts reviennent ou retournent à la famille et à l'individu, et c'est un devoir rigoureux pour le gouvernement que de garantir pleinement à la famille et à l'individu le libre exercice de ces droits.
III. Quand un gouvernement a répudié ce qui concerne les intérêts surnaturels, qu'il a reconnu, par conséquent, la liberté de conscience, l'égalité de tous les cultes devant la Ici, il ])révarique s'il laisse les hommes investis de son pouvoir attaquer un culte quelconque. Sa faute sera plus grande, si le culte qu'on attaque est la religion de la majorité des familles qu'il gouverne.
IV. L'intervention de l'État dans l'Eglise doit rester purement extérieure ou matérielle ; il y aura usurpation, violence, et par conséquent danger, toutes les fois que dans ses rapports avec l'Église et les divers cultes, le gouvernement sortira de la sjdière des intérêts matériels et civils qui est son empire unique et absolu.
Dans l'ordre de choses logique et conséquent avec lui-même que nous venons de délinir, les diverses communions religieuses conserveraient jdeinement leur indépendance ; lElal hii-niéme exercerait plus librement son autorité souveraine ; il conserve-
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rait sur tous les cultes cette surveillance paternelle dont l'effet unique doit être de sauvegarder les intérêts matériels et moraux dont il est l'arbitre suprême. L'ÉgJise, comme les consistoires, comme les synagogues, ne serait plus un État dans l'État ; l'évêque, le président du consistoire et le grand rabbin n'auraient de puissance que dans une sphère où le gouvernement ne peut pas et ne doit pas pénétrer. Hors de cette sphère, ils deviendraient de simples individus ou sujets, pour lesquels il n'est nullement nécessaire de créer la juridiction exceptionnelle du conseil d'État, et qui seraient justiciables des simples tribunaux, quand, d'une manière quelconque, ils auraient attenté, dans Tordre matériel ou moral, aux droits du gouvernement ou des tiers.
Si cet ordre de choses était possible en France ; si le gouvernement, après avoir restitué au clergé catholique une part suffisante des biens dont la révolution l'a violemment et injustement dépouillé, en lui laissant la faculté d'acquérir et de posséder, pouvait s'habituer à tenir la balance bieiï égale; si de vieilles et mesquines traditions ne lui imposaient pas des préventions injustes, si le respect des droits de chacun pouvait entrer dans nos mœurs , la foi gagnerait peut-être à la liberté, tandis qu'elle est trop souvent compromise et étouffée sous le régime inconséquent et persécuteur de l'immixtion de l'État dans le gouvernement de l'Église.
En raison du sort que son origine et sa fin surnaturelles lui font nécessairement ici-bas, sort que son divin Fondateur a comme consacré par cette prophétie douloureuse: Vous serez jusqu'à la fin des siècles un objet de haine à cause de moi, elle a autant à redouter de la faveur que de la répulsion des pouvoirs établis. Peu s'en est fallu qu'elle n'expiât cruellement en 1830 les sympathies du gouvernement de la Restauration; et lesdéliances du gouvernement de Juillet lui ont valu eu 1848
l'2^ LES' SPLENDEUES DE LA FOI.
une ovation populaire, alors qu'elle aurait pu s'attendre à des persécutions violentes.
Une société franchement et largement libérale, telle que nous l'avons définie, serait un terrain neutre, que TÉglise cultiverait avec succès, sauvant les âmes et consolant toutes les douleurs.
C'est ce qui se réalise en Amérique, où la liberté, moins belle toutefois de près que de loin, s'étend à la Religion. «En 1785, écrivait récemment le correspondant du journal VUnivers, il y avait deux cents catholiques à Xew-York, nous sommes cent mille aujourd'hui. Voyez-vous du nord au sud cette ceinture dont Dieu pare l'Atlantique, et qui du Maine au Texas renferme des joyaux qui doivent faire l'admiration du Ciel. Quels rayons divins partent de ces sièges épiscopaux, élevés par les successeurs de saint Pierre... Mais voyez plus loin la lumière de la foi semer de ses feux la plaine infinie. Albani, Rochester, Buffalo, Cincinnati, Saint-Louis! Et plus loin, plus loin, derrière les grands lacs , dans les prairies sans fin , au milieu des montagnes Rocheuses, jusque dans ces déserts sans nom que, jusque-là, la bête sauvage avait seule foulés, partout l'Eglise s'établit, et bientôt, nous n'en doutons pas, elle aura converti toutes les pauvres sectes, dont les membres les plus distingués viennent, tous les jours, se réunir à nous i>our se désaltérer à la source de vie cherchée par eux vainement ailleurs. »
Oui] mais sous ce régime d'émancipation de l'État et de liberté absolue, la foi chrétienne, en dehors de l'Église c;ilholique n'est plus qu'un mot, la violence et l'immoralité déhordent et la terre tremble sous les pas.
Kous pourrions nous arrêter ici, et nous dispenser de prouver, ce qui est plus évident (|ue le jour, que toutes les insjtirations de l'esprit révolutionnaire, la liberté d'examen, la liberté de conscience, la liberté de la presse, la liljcrté
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des réunions, etc., etc., sont pour la foi des dangers véritables. Ajoutons quelques mots cependant.
Liberté d'examen. Les incrédules prétendent qu'il faut examiner et comparer toutes les religions, tous les systèmes, pour arriver à la vérité. Oublions que cette comparaison, cette discussion sont au-dessus des facultés de Fimmense majorité des hommes ! C'est comme si un médecin condamnait son malade à essayer de tous les aliments sains ou malsains pour ai'river à découvrir le meilleur des régimes. C'est comme si avant de croire au témoignage des sens, on nous condamnait à réfuter toutes les objections des idéalistes. Ils veulent encore qu'avant d'admettre un dogme, chacun commence par examiner s'il est vrai ou faux en lui-même, pour juger si Dieu Ta révélé, c'est non moins absurde; car Dieu a le droit de nous révéler l'incompréhensible, et il est lui-môme un profond mystère. Les protestants affirment que pour savoir si un dogme est révélé, le fidèle doit voir par lui-même s'il est enseigné ou non dans la sainte Écriture. Cette recherche est au-dessus de ses forces, et elle a conduit aux erreurs les plus contradictoires. Tertullien l'a dit, il y a seize cents ans. « Celui qui cherche la vérité ne la tient pas encore, ou il l'a déjà perdue. Quiconque cherche le christianisme n'est pas chrétien ; qui cherche la foi est infidèle. S'il faut discuter toutes les erreurs de l'univers, nous chercherons toujours, et nous ne croirons jamais. » La liberté d'examen n'est pas autre chose en réalité que la négation et la ruine du catholicisme qui est essentiellement la religion d'autorité. L'histoire est pleine de cette grande leçon.
Liberté dépenser. Ce n'est pas seulement, dans l'esprit du siècle, la liberté de ne rien croire et de n'avoir aucune foi, mais encore le droit de prêcher l'incrédulité, déparier, d'écrire, d'invectiver contre la religion ; de déclamer contre les lois et contre le gouvernement. On veut, en outre, que cette liberté
soit un droit naturel, qu'on ne peut entraver sans absurdité et sans injustice. C'est toujours la négation absolue de toute autorité et de toute religion.
Liberté de conscience. Dans le sens que lui assigne l'esprit révolutionnaire, ce ne serait pas seulement le droit que se donneraient quelques citoyens de servir Dieu en particulier, comme ils l'entendent; mais la liberté pour tous les dissidents d'établir une religion nouvelle, de l'exercer publiquement^ d'élever autel contre autel. Cette lutte des religions est évidemment l'amoindrissement de toutes. Et d'ailleurs la liberté de conscience n'est pour l'erreur qu'un mot. Partout où le protestantisme et le calvinisme ont été maîtres absolus, en Ecosse, en Suède, en Danemark, en Norwége, ils n'ont souffert aucun exercice de la religion catliolique. Spectacle étrange, la France, nation catholique, a pour tous les autres cultes chrétiens la tolérance la plus entière ; et elle souffre que chez des nations protestantes, alliées et amies, la religion catholique soit mise hors la loi !
Liberté de la presse. Il faut la subir, mais qui pourrait, qui oserait nier qu'elle soit le triomphe des méchants et des mauvaises doctrines, l'oppression des bons, de la vérité et de la vertu. Les ennemis de Dieu et de la société l'ont seuls réclamée impérieusement, et l'exercent avec une effroyable tyrannie. La liberté de la presse, c'est l'erreur et le vice jetés chaque jour aux quatre vents de l'horizon; c'est l'atmosphère sans cesse empestée de germes corrompus et corrupteurs des esprits. La liberté de la presse! Elle créeaux âmes honnêtes et chrétiennes une situation vraiment désespérante. C'est une excellente chose évidemment que l'instruction primaire, savoir lire, écrire et compter. A une époque où les bons livres circulaient presque seuls, où les mauvais livres étaient l'exception; comme aussi dans un pays où l'on peut comprendre les
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ouvrages élémentaires sans pouvoir rien entendre à la langue des prosateurs, des poètes, des écrivains périodiques, l'instruction élémentaire ne présentait que des avantages, et le clergé en était le promoteur le plus ardent. Maintenant que les productions d'une littérature impie, impure et subversive surabondent, que, de plus en plus déchaînée, la liberté de la presse va multipliant incessamment ses productions délétères; dans un pays aussi comme la France, où l'enfant qui sait son catéchisme, est en état de tout comprendre, l'instruction, sans cesser d'être excellente en elle-même, devient un agent fatal de propagande désastreuse. A combien de milliers d'âmes, chaque année la lecture des ouvrages irréligieux, des romans immoraux, fait perdre l'innocence et la foi ! Combien d'esprits sont pervertis chaque jour par la lecture des journaux révolutionnaires ou incrédules ! Et vous voulez que nous ne soyons pas saisis de terreur !
La dépravation des campagnes grandissait dans des proportions tellement alarmantes, que l'Assemblée nationale émue vota à une très-grande majorité la loi du poinçonnage et du colportage. Le croirait-on ? Cette loi si nécessaire et qui avait été un grand soulagement pour les âmes, nous ne dirons pas chrétiennes mais honnêtes, est devenue aujourd'hui odieuse, insupportable, et la seule annonce de son retrait excite des transports de joie vraiment satanique. Je m'arrête brisé et désolé. Les prétentions et les exigences de mes adversaires prouvent surabondamment la vérité de ma thèse. Ils ne veulent de la liberté de la presse, que parce qu'ils savent qu'elle aura bientôt fait beau jeu de la foi.
En présence de ces vérités incontestables, de ces principes premiers et évidents, me sera-t-il permis de demander justice des colères qui ont accueilli la publication du Syllabus de l'im-
mortel Pie IX? 11 me suffira d'énumérer celles des propositions qui ont le plus scandalisé les esprits faibles et irrité les méchants pour faire regretter, je l'espère, un emportement déraisonnable. Je prouverai en même temps que, si le concile du Vatican s'associe aux condamnations de Pie IX, il remplira un devoir sacré, et ne flétrira que ce qu'il doit flétrir. En agissant ainsi, il n'enlèvera rien aux gouvernements de l'autorité dont ils sont si jaloux, et leur laissera leur liberté d'action, puisqu'il ne s'attaquera qu'au principe et nullement aux faits accomplis ou à accomplir.
Prop. VI. « La foi du Christ est ennemie de la raison humaine, et la révélation divine, non-seulement ne sert de rien, mais encore prcjudicie à la perfection de Vhomm£. » Mensonge déclamatoire et impie.
VIII. « Comme laraison humaine va de pair avec la religion elle-même, les sciences théologiques doivent être traitées sur le même pied que les sciences philosophiques. » Exagération sans raison, que le positivisme lui-même condamne.
XV. « Tout homme est libre d'embrasser et de professer la religion qu'il s'est persuadé à lui-même être vraie, en se laissant guider par la lumière de la raison. » C'est le libre examen, négation implicite de la foi.
XXXIX. « L'État comme étant la société et l'origine de tous les droits, jouit d'un droit qui n'admet point de limites. » Usurpation insensée.
XL. « /--a doctrine de l'Église est contraire aux biens et aux intérêts de la sociélè humaine. » Assertion gratuite et haineuse, démentie par la raison cl par les faits.
l'esprit révolutionnaire. 129
LV. « L'Eglise doit être séparée de l'État, et VÈtat séparé de r Église. » La séparation aura lieu au grand détriment de rÉglise et de TÉtat (1). Le souverain Pontife Grégoire XVI, dans la bulle Mirarl vos du 15 août 1832, a condamné tous les écarts de l'esprit révolutionnaire dans lesquels l'école catholique libérale de Félix de La Mennais s'était laissé entraîner; il dit en termes formels : « Nous n'aurons rien à présager de plus heureux pour la Religion et pour les gouvernements, en suivant les vœux de ceux qui veulent que l'Église soit séparée de l'État; et que la concorde mutuelle de l'empire avec le sacerdoce soit rompue. Car il est certain que cette concorde, qui fut toujours si favorable et si salutaire aux intérêts de la Religion et à ceux de l'autorité civile, est redoutée par les partisans d'une liberté effrénée. »
Si dans tout ce que je viens de dire il m'était échappé quelque assertion contraire à la lettre ou à l'esprit de cette Encyclique et du Syllabus de Pie IX, je le rétracte d'avance.
(J) Pondant que j'écris ces lignes, l'écho m'apporle ce cri sauvage et sataiiiquc : « Si les religions, de quelque nature qu'elles soient et de quelque part qu'elles viennent, ne constituaient pas un attentat permanent à toutes les libertés et à tous les progrès, les tyrans mettraient moins d'empressement à restaurer ces auxiliaires de l'absolutisme, dès qu'ils s'emparent du pouvoir. Nous avons assez de menottes aux mains et de fers aux pieds dans la vie privée et politique, sans nous en forger encore pour notre esprit et notre pensée. Le premier devoir d'un peuple qui veut s'affranchir — et quand nous affranchirons-nous, si ce n'est maintenant? — est de rejeter cette entrave qu'on appelle une religion, et qui mène fatalement à l'esclavage ceux qu'elle ne mène pas à la folie.-» Henri Rochefort aux libres-penseurs lyonnais, 7 décembre 1869.) Et nunc reges inlelligite ; erudimini qui jucUcatis terram! C'est la rage, et elle est très-commune aujourd'hui ! Elle aura son heure de sang. Il est trop tard pour la conjurer. L'enragé ajoutait à-l'adresse du concile : '< Je vous félicite de tout mon cœur , citoyens, d'avoir eu l'idée féconde d'opposer aux processions et autres simagrées de nos ennemis la seule communion dontnons voulons user, la communion des convictions républicaines cl des sentiments de fiatcruité ! »
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Je m'empresse aussi (V ajouter que dans un pays comme la France, ou Timmense majorité est encore catholique, la séparation de l'Église et de l'Etat, même dans les conditions qu<i j'ai iiosées, serait un crime et un malheur, elle entraînerait forcément l'État h se taire athée et persécuteur déclaré de l'Eglise.
LXVII. « De droit naturel, le mariage n est pas indissoluble y et le divorce peut être sanctionné par Vautorilè civile. » De iîiit oui, et non sans un très-grand mal. De droit, non, le mariage est un sacrement, et indissoluble de droit divin.
LXIV. « Les citoyens ont droit à une liberté entière de manifester hautement et publiquement leurs pensées, quelles quelles soient, par la parole, par la voie de la presse, ou de toute autre manière, sans que Tautorité ecclésiastique ou cicile puisse y mettre aucune entrave. » Ce droit est chimérique. Ce n'est plus la liberté, mais la licence.
LXVll. « // faut abolir la loi qui à certains joui^s défendles œuvres serviles en vue du culte divin. » Ce septième jour du repos est d'institution divine; sa suppression serait un attentat contre Dieu, et la négation de la foi.
LXVIII. « La famille a sa raison d^être dans le droit civil. De la loi civile dépendent les droits des parents sur les enfants."» Nous l'avons prouvé, c'est le monde renversé, la pyramide sur sa pointe.
LXXIX. « // est faux que la liberté civile de tous les culteSj et le plein pouvoir accordé à tous de manifester ouvertement et publiquement toutes leurs opinions et toutes leurs pensées précipitent plus aisément les peuples dans la corruption des mœurs et de l'esprit, et propagent rindiUèrentisme. » C'est nier la lumière du soleil.
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