‹ Les splendeurs de la foi (volume 2)Chapitre 16 sur 40 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Causes iniividtielles de la perte de la foi.

On se pose souvent cette question très-grave : Notre siècle est-il plus mauvais ou meilleur que les siècles qui ont précédé ? Je n'entends pas me faire le panégyriste du temps passé, laudator temporis acti. Chaque siècle a ses vertus et ses vices ; chaque siècle, par conséquent, a ses avantages et ses infériorités. Le nôtre est certainement plus éclairé, plus instruit, plus civilisé ; les villes sont plus aérées, les habitations plus saines, la vie moyenne est plus longue, les mœurs générales sont plus douces; les rapports mutuels sont moins tendus et moins menaçants ; il y a même, dans des âmes d'élite, sollicitude pour le pauvre, pitié et soutien pour le faible, désir de rendre à tous la vie plus facile et plus douce, etc.

Mais chaque siècle a aussi sa caractéristique et, la caractéristique de notre siècle est incontestablement, d'une part, la diminution et la rareté de la foi; de l'autre, ce que j'appelle le péché de sang-froid.

Le péché de sang-froid est, dans son expression la plus odieuse, le péché de Judas qui offrit, vendit, livra froidement son divin 3Iaître par un baiser sacrilège et diabolique. C'est encore la négation raisonnée et volontaire, par un acte librement consenti, de la vérité connue et présente à l'esprit; ce que l'Évangile appelle péché contre le Saint-Esprit, qui ne sera pardonné ni dans ce monde ni dans l'autre. C'est enfin le péché que l'on commet, non-seulement de propos délibéré.

mais sans soulèvement des sens, sans entraînement des passions, sans emportement de caractère, sans pression de circonstances extérieures impérieuses, contre la raison contre la nature, et quelquefois même contre la passion.

Pécher par entraînement des passions, par emportement du caractère, par soulèvement dos sens, par la séduction du vice et de Texemple, c'est une faute, un mal dont nous restons responsables, parce, comme Dieu le disait de Gain, nos appétits sont sous la puissance de notre volonté, et que nous pouvons toujours les dominer. Sub teeritappetitus tuiisethi dominabrris ilHus, Mais du moins ces fautes, quoique volontaires et coupables, sont comme la conséquence naturelle et spontanée de notre nature. Elles ont pour excuse, sinon légitime, du moins atténuante, notre fragilité. Nous sommes une mauvaise terre, cette mauvaise terre a donné de mauvais fruits, il fallait presque s'y attendre. Dieu nous pardonnera ; il sait que nous avons été conçus dans l'iniquité ; que les sens et les pensées de Vhomme son enclins au mal dès sa jeunesse. Les péchés de faiblesse ne font pas perdre la foi ; souvent, au contraire, une grande et lourde chute nous réveille et nous convertit en nous humiliant. L'histoire et l'expérience prouvent que les emportements des passions sont jusqu'à un certain point plus habituels et plus violents dans les âges et dans les contrées où la foi est plus vive. Les péchés de sang-froid, au contraire, qui supposent déjà une foi languissante ou morte, contribuent dans une proportion énorme à la faire perdre entièrement. J'oserais presque dire qu'ils la tuent ; parce que, négation de Dieu consentie et calculée, ils éteignent dans les âmes toute action de TEsprit- Saint. Et parce que les péchés de sang-froid surabondent dans notre dix-neuvième siècle, qu'ils sont comme sa monnaie courante, il f;inl par u« contre-coup fatal et nécessaire que la foi ait presque totalenjenl disparu.

Les principaux péchés de sang-froid, causes fatales de la rupture presque universelle avec Dieu que nous ne saurions trop déplorer, ceux que nous discuterons ici tour à tour, sont: le travail du dimanche, qui fait les nations athées ; le repos du lundi, qui fait la honte et la ruine des familles; Foubli volontaire des préceptes de TÉglise, de Fabstinence et du jeûne, si liygiéniques cependant et de si bonne économie politique ; Faltération des poids et des mesures, la fabrication ou la sophistication de toutes les denrées alimentaires et autres, crimes odieux de lèse-humanité qui appellent vengeance ; le bénéfice illicite prélevé sur les prix d'achat et de vente, au préjudice du maître, indélicatesse raffinée qui étouffe dans Tàme des serviteurs tout sentiment d'honnêteté ; enfin et par-dessus tout la violation des lois qui doivent présider à l'union de l'homme et de la femme, crime monstrueux, lutte abominable du calcul athée contre la religion, la raison, la nature, et même la passion, source désastreuse d'une multitude de maux, chancre dévorant attaché au cœur de notre France et préparant activement sa décadence!

Entrons en matière, mais non sans avoir rappelé, suivant notre bonne habitude, certains principes fondamentaux sans lesquels les vérités à établir ne seraient pas comprises, les difficultés soulevées ne seraient pas résolues.

Si les doctrines de l'athée ou du déiste étaient véritables, si Dieu n'existait pas, ou si Dieu ne s'inquiétait nullement du sort de ses créatures ; si la Providence divine ne gouvernait pas le monde, si elle ne veillait pas sur tous les êtres, et ne pourvoyait pas à leurs besoins essentiels, pour les conduire à leur fin dernière, il ne pourrait plus être question de la religion chrétienne et de la foi ; mon livre serait sans raison d'être et sans portée. Je n'ai pas la prétention de me placer sur le terrain de ceux qui, de nos jours, et en si grand nombre, vont répétant, croyant l'avoir inventé, ce que Minutius Félix met dans la bou-

chc du philosophe païen Cécilius : « Les chrétiens veulent que « leur Dieu, curieux, inquiet, ombrageux, imprudent, se « trouve partout, sache tout, voie tout, même les plus secrètes « pensées des hommes, se mêle de tout, même de leurs crimes, « comme si son attention pouvait suffire et au gouvernement « général du monde, et aux soins minutieux de chaque partice culier. Folle prétention ! La nature suit sa marche éternelle « sans qu'un Dieu s'en mêle; les biens et les maux tombent « au hasard sur les bons et les méchants ; les hommes reli- « gieux sont souvent plus maltraités par la fortune que les « impies. Si elles étaient gouvernées par une sage pro- « vidence les choses sans doute iraient tout autrement. » J'admets avec le sage et la révélation, dont je démontrerai la réalité et la vérité, que Dieu prend soin de ses créatures; que sa providence gouverne l'univers; que tout lui obéit, même le hasard, en ce sens que le sort est jeté dans l'urne, mais que le jugement vient de Dieu, etc., etc.

Non, mon frère, ne dites pas avec l'impie, il n'y a jms de providence, de peur que Dieu irrité de vos discours, ne diss'pe r œuvre entière de vos mains. Si votre intelligence s'effraye de la multitude infinie de détails que l'exercice de sa bonté paternelle imposerait à Dieu, rappelez-vous ces paroles si simples du grand Apôtre : Nous sommes en lui, nous nous mouvons en lui, nous vivons en lui. Si votre cœur se soulève au spectacle de la paix du pécheur et de l'infortune du juste, interrogez leur fin dernière ! Puis regardez Jésus-Christ mourant sur la croix, abandonné de son Père et poussant un grand cri. Nous ne saurions percer le mystère dont la sagesse divine s'enveloppe , mais, de môme qu'elle a tout fait avec nombre, avec poids, avec mesure, oWe atteint tout d'une extrémité à Vautre avec force, et dispose toutes cJioses avec douceur.

Pour réveiller, si elle était assoupie, la foi à la divine Provi-

dence, il suffirait de se rappeler ces paroles si touchantes sorties de la bouche du divin Sauveur, la vérité et la bonté infinies {Ev. sitiv. saint Matth., xi, 25) : «Que votre âme ne soit pas inquiète de ce que vous mangerez. Regardez les oiseaux du ciel, ils ne sèment pas, ils ne moissonnent pas, ils n'amassent pas dans des greniers, et votre Père céleste les nourrit 1 >"ctes-vous pas beaucoup plus qu'eux ? Quant aux vêtements pourquoi vous en inquiéter ? Voyez les lis des champs, comme ils croissent ; ils ne travaillent pas, ils ne filent pas ; et Salomon, dans toute sa gloire, n'a jamais été vêtu comme l'un d'eux. Que si l'herbe des champs, qui est aujourd'hui et qui demain sera jetée dans le four. Dieu la vêtit ainsi, combien plus vous vêtira-t-il, hommes de peu de foi. Ne vous troublez point, disant : que mangerons-nous, que boirons-nous, de quoi nous vêtirons-nous? Laissez pour toutes ces choses leur inquiétude aux païens. Votre père sait que vous en avez besoin. Cherchez premièrement le royaume du ciel et la justice, tout le reste vous sera donné par surcroît. Ne soyez donc pas inquiets pour le lendemain ; laissez au jour de demain à s'inquiéter pour lui-même ; à chaque jour suffit son mal. Qui de vous, en y pensant et faisant de vains efforts pourrait ajouter un pouce à sa taille ? Si vous ne pouvez pas les moindres choses, comment espérer en vous pour les plus grandes?» Jésus-Christ, en outre, dans l'admirable prière qu'il daigna nous enseigner, nous fait un devoir de demander chaque jour à notre Père qui est aux cieux le pain quotidien ; et il daigna répéter souvent avec uae bonté plus touchante encore: «Si quelqu'un de vous demande du pain, son père lui jettera-t-il une pierre; s'il demande un poisson, lui donnera-t-il un serpent; s'il demande un œuf, lui ofFrira-t-il un scorpion ? Si donc vous, quelque mauvais que vous soyez, vous savez donner à vos enfants les bonnes choses qu'ils demandent, combien, à plus forte raison, votre

PèM-e céleste donnera-t-il le bon esprit à celui qui le lui ilemandera.

Il est mis à l'exercice incessant et universel de la divine providence trois conditions faciles à remplir avec sa "race <ïui ne nous fera jamais défaut. La première est la fidélité à le servir : cherchez d'abord le royaume du ciel et la justice le reste vous sera donné par surcroît. La seconde est notre coopération ou notre concours, en ce sens que, d'une part, nous fassions de notre côté tout ce qui dépend de nous comme si notre bonheur était dans notre seule puissance ; d'autre part que nous espérions tout de Dieu comme si nous étions l'im'puis sance absolue. De sorte que nous fassions tout ce que nous pouvons, mais avec ce sentiment profond que nous sommes des serviteurs inutiles. La troisième condition enfin est l'invocation ou la prière; Jésus-Christ ne cessait pas de dire à ses disciples : « Demandez et vous recevrez, cherchez et vous trouverez, frappez et on vous ouvrira. Jusqu'ici vous n'avez rien demande; demandez donc et vous recevrez. Insistez s'il le faut jusqu'à vous rendre importuns, Dieu veut quelquefois qu'on iui lasse violence. »

Ces principes rappelés, abordons le péché de sang-froid saisissons courageusement le taureau par les cornes pour I immoler à la sainteté de Dieu et au salut de l'humanité Ou le péché de sang-froid cessera de régner en souverain' ou c en est fait de la religion et du progrès bienfaisant.

Violation de la loi du Uimanche

nepos du dimanche. Rappelons d'abord dans quels termes ce commandement sacré a été donné à l'homme sur le mont Sinai. Dieu était apparu à Moïse dans toute sa gloire et hi

terreur inséparable de sa majesté, au milieu des éclairs et des tonnerres, et il lui avait dit {Exode), c. xxxi, v. i'det suivants: « Ayez soin de garder mon sabbat, car c'est un signe entre vous et moi dans la suite des générations, afin que vous sachiez et que Ton sache que je suis le Seigneur qui vous sanctifie. Observez mon sabbat et qu'il vous soit sacré; celui qui le violera sera puni de mort. Si quelqu'un travaille ce jour-là, il sera retranché du milieu de mon peuple. Vous travaillerez les six autres jours, mais le septième est le sabbat et le repos consacré au Seigneur : quiconque fera quelque ouvrage en ce jour-là mourra. Que les enfants d'Israël gardent le sabbat, et qu'ils le célèbrent dans la suite de leurs générations. C'est un pacte éternel entre eux et moi. Le Seigneur qui a fait en six jours le ciel et la terre, et qui s'est reposé le septième jour, impose ce même repos à l'homme. »

Et qu'on le remarque bien, cette tradition du repos du septième jour se retrouve chez tous les peuples, chez les sauvages de l'Amérique, comme au sein des civilisations vieillies de la Chine et du Japon. Ce septième jour de repos, qui était chez les Juifs le sabbat ou samedi, jour de Saturne, est devenu dans la religion chrétienne le dimanche, jour anniversaire de la résurrection de Jésus-Christ, L'apôtre saint Paul, dans sa seconde épître aux Corinthiens parle déjà du dimanche comme premier jour de la semaine, et saint Jean dans l'Apocalypse l'appelle le jour du Seigneur. Saint Justin dit en termes formels : « Au jour appelé jour du soleil, tous ceux qui demeurent à la ville ou à la campagne s'assemblent en un même lieu ; et là on lit les écrits des prophètes et des apôtres.»

Donc désormais le septième jour, le jour du sabbat, le jour de Dieu, le jour du repos, est le dimanche. L'homme est en droit de travailler les six autres jours de la semaine, mais c'est pour lui un devoir rigoureux de se reposer le dimanche. Ce repos

est la condition essentielle et le signe de l'alliance entre la Divinité et Thumanité. L'observer, c'est se déclarer serviteur et enfant de Dieu ; le violer, c'est enlever à Dieu ce qui lui appartient, ce qu'il s'est réservé sous peine d'anathème ; c'est réellement apostasier.

Voilà le précepte! Il est parfaitement digne de Dieu qui après avoir donné pour fin dernière à l'homme de le connaître, de l'aimer, de le servir, se devait à lui-même de fixer le signe sensible par lequel l'homme reconnaîtrait son souverain domaine, et le moment où l'accomplissement du devoir sacre de la soumission, de l'adoration, de l'amour et de la prière deviendrait obligatoire.

11 est pleinement conforme à la nature de l'homme, moteur animé très-parfait, mais moteur limité dans sa force, qui appelle son jour de repos hebdomadaire, comme il exige ses heures d'alimentation journalières et le sommeil de ses nuits. Nous savons seulement d'une manière générale que la machine humaine exige ses temps d'arrêt ; mais Dieu dont la sainte Écriture dit éloquemment qu'il connaît les matériaux et l'assemblage de la machine sortie de ses mains, ipse cognovit fgmentumnostrum, savait que le septième jour était le jour le plus convenable pour le repos. Ce précepte, enfin, est en harmonie parfaite avec la seconde nature de l'homme, être éminemment sociable, qui n'est ce qu'il est et tout ce qu'il doit être qu'en société. Le repos ordonné est, en effet, un repos univer- .sel et commun à tous, à l'individu, à la famille, à l'Etat, (jui, en l'ob.servant, déclarent appartenir à Dieu. Entraînés les autres jours par leur travail, à distance les uns des autres, les membres de la grande famille humaine doivent se rapprocher et .se réunir ce jour-là, pour donner essor à leurs sontimenis de dépendance mutuelle, d'égalité et de fraternité. Ce repos du dimanche est, en outre, commandé i)ar une multitude de

motifs humains, que Jean-Jacques Rousseau résume admirablement dans sa célèbre lettre à D'Alembert. « Que 'doit-on l>enser de ceux qui voudraient ôter au peuple les fêtes, les jtlaisirs et toute espèce d'amusement, comme autant de distractions qui le détournent de son travail? Cette maxime est barbare et fausse. Tant pis si le peuple n'a de temps que pour gagner son pain; il lui en faut encore pour le manger avec joie ; autrement il ne le gagnera pas longtemps. Le Dieu juste et bienfaisant qui veut qu'il s'occupe, veut aussi qu'il se délasse. Sa nature lui impose également l'exercice et le repos, le plaisir et la peine. Le dégoût du travail accable plus le malheureux que le travail lui-même. Voulez-vous donc rendre un peuple actif et laborieux, donnez-lui des fêtes; offrez-lui des amusements qui lui fassent aimer son état, et qui l'empêchent d'envier un sort plusdoux. Desjours ainsi perdus feront mieux valoir les autres.» Rien donc de plus en harmonie avec la nature de l'homme que le repos du septième jour ou du dimanche. Et cependant, au sein des sociétés modernes, ce repos est considéré comme une odieuse tyrannie, contre laquelle on proteste avec une énergie infernale. Et, souvenir par trop douloureux, ils ne sont pas bien loin de nous, ils peuvent revivre encore ces temps désastreux où l'impiété osa réaliser ce vœu sacrilège : Faisons cesser sur la terre les jours de fête du Seujneur. On supprima le dimanche, et on fit observer rigoureusement le repos du dixième jour ou de la décade. C'était au moins un hommage inconsidéré, il est vrai, insensé même, mais enfin un hommage réel rendu au principe de l'institution divine. Ce n'était pas cette abdication honteuse de toute raison et de toute foi, qui excuse également aujourd'hui et ceux qui par avidité ne se reposent jamais, et ceux qui par fantaisie se reposent quand il leur plaît, et ceux qui par une habitude impie travaillent le dimanche et se reposent le lundi.

Chose étrange! pourvu que la religion n'entre pour rien dans la conduite et les délibérations de Thonime ; pourvu qu'il ne soit question ni de Dieu, ni du devoir, ni de la loi, tout va bien ; mais si c'est l'Église qui vient disputer un jour sur sept aux intérêts et aux sollicitudes de la vie brutale, on l'accuse -d'attenter au pain du pauvre.

C'est triste à dire, mais, dans notre France surtout, le repos du dimanche était devenu odieux, et c'était contre lui une conjuration vraiment désespérante. Nous avons vu des capitaines d'habillement obliger violemment les compagnies ouvrières à travailler le dimanche et fermer les ateliers le lundi. Nous avons vu des chefs de corps commander arbitrairement le service de la caserne et les revues hebdomadaires, de telle sorte qu'il fût impossible aux soldats d'assister à la sainte messe. Faut-il ajouter qu"à ceux qui demandaient l'explication de ces exigences odieuses, on répondait invariablement : la

FRANC-MAÇONNERIE LE VEUT AINSI ! Et l'oU VCUt qUC la ll'anC-

jmaçonnerie soit si innocente et si bonne!

Dans ces dernières années, il s'est fait une réaction salutaire; les populations des villes, surtout, semblent aspirer avec une certaine unanimité vers le repos du dimanche. Mais, hélas! cette réaction est accompagnée de circonstances qui dénotent de plus en plus la rupture des sociétés modernes avec Dieu. Tout récemment le syndicat des ouvriers typographes d'une de nos plus grandes villes commerçantes, le Havre, faisait la déclaration suivante : « Considérant que le travail du septième jour est dans son essence antisocial et contraire aux asj)iralions constantes de l'homme vers la liberté ; que l'homme a le droit et le besoin de se reposer de ses travaux un jour sur sept ; qu'il est de son intérêt bien compris d'en agir ainsi ; que persévérer plus longtemps dans l'application d'un système condamné par la raison et rexpéiience.

serait en quelque sorte sanctionner l'institution d'une sewitude volontaire, les soussignés déclarent formellement et sur l'honneur se refuser à tout travail, au delà du sixième jour de chaque semaine. »

Qu'arriva-t-il? Que les journaux chrétiens applaudirent, que les journaux impies s'indignèrent; que les ouvriers libres-penseurs protestèrent contre ces éloges et ces colères. « Nous voulons un jour de repos sur sept jours, pour en consacrer quelques heures à l'étude de nos droits et de nos devoirs de citoyens, nous éclairer mutuellement, apprendre à nous connaître et à nous aimer, à nous défendre contre l'arbitraire ; pour l'employer à nous entretenir de nos mères, de nos sœurs, de nos femmes, de nos enfants, et goûter les douces joies du foyer domestique. Nous voulons un jour sur sept, parce qu'il faut à l'homme l'air salubre et l'espace éclairé ; parce que notre front, nos yeux, nos muscles le demandent impérieusement ; parce que l'esprit, comme le corps, se refuse à s'atrophier, à s'enkyloser dans ce cercle exclusif, étroit, énervant des exigences de l'atelier. Nous n'admettons pas l'ilotisme professionnel, et nous repoussons énergiquement le fatalisme utile. Nous voulons que le spectacle de la nature et les jouissances physiques de ses émanations salubres et vivifiantes, la connaissance de ses droits par l'étude, les pures affections de la famille aimée, la satisfaction complète de soi-même, agissant puissamment sur son être et sur sa conduite, fassent de l'homme autre chose qu'un esclave résigné, un instrument passif de la pensée d'autrui. »

Voici donc que la voix du peuple, qui est à sa manière la voix de Dieu, nous le rappelle éloquemment : la nature et la raison font à l'homme un devoir impérieux de se reposer le dimanche! Mais les ouvriers typographes du Havre oublient ou plutôt repoussent Dieu ; ils ne souffrent pas qu'on leur parle

de leurs devoirs de chrétien. Hélas! ils ne savent pas que le repos du dimanche, sans la sanctification du dimanche, laisse la porte ouverte à tous les abus. Il ne les fera pas libres ; il ajoutera au contraire àresclavage des passions; et Tesclavage des passions

entraînera l'esclavage des choses, car, comme le disait Epictète, V esclavage des choses est hienprès de Vesclavage des hommes!

Sanctification du dimanche. C'est un précepte rigoureux qui s'exprime par l'obligation de consacrer a la prière une certaine portion de la journée, ou, d'une manière plus précise encore, par l'obligation d'assister chaque dimanche au saint sacrifice de la messe. Ici la nature, la raison, la foi s'unissent encore pour nous conseiller une obéissance facile. Nous avons besoin de Dieu, son concours est indispensable à la pleine satisfaction des intérêts de lindividu, de la famille, de la société. Ah ! s'ils n'étaient pas aveuglés par des préventions impies, nos pauvres frères affirmeraient plus énergiquement encore la nécessité absolue de la sanctification chrétienne du dimanche, condition nécessaire et efficace du plein exercice de l'égalité, de la fraternité, de la liberté humaines.

Réunis dans le temple avec leurs maîtres, les serviteurs, les serfs, les esclaves même entendaient autrefois ces mêmes vérités éternelles : Sorti de la poussière, l'homme, quelque grand quil se fasse, retournera en poussière. Tous ont une âme à sauver. Dieu rie tient compte que des vertus et des vices. Il résiste aux superbes et il donne sa grâce au.T humbles. A la suite de ce nivellement de tous devant Dieu, l'autorité devenait jdus douce, lobéissance moins pénible, les souffrances moins araères. Au contraire, le dimanche sans Dieu laisse F homme à lui-même, h ses seules forces, à ses passions, à ses mauvais instincts, et bientôt à une haine indomptable contre la société.

Pourquoi faut-il que la bienheureuse révolution qui s'opère -tlans les esprits et dans les habitudes des populations des villes, s'arrête à demi-chemin ? Le repos du dimanche sans la sanctitication du dimanche, n'est ([u'un vain palliatif. Il n'arrêtera pas dans sa course le torrent impétueux qui menace de tout emporter. En Angleterre, presque personne ne travaille le dimanche, mais plus de sept millions d'Anglais ne mettent jamais les pieds dans un temple, et ne font aucune prière. Voilà pourquoi l'ivrognerie, la dissolution des mœurs et la misère croissent dans une proportion désespérante. En France, c'est presque la même chose, aussi le paupérisme grandit à vue d'œil ; et parce que l'autorité civile a fatalement abdiqué, le repos du dimanche au sein de la classe ouvrière tend de plus en plus à faire place au repos du lundi.

Le repos du lundi. Nouveau crime de sang-froid. Conspiration, inexplicable naturellement, contre Dieu, contre l'homme, contre la famille, contre la société, contre le progrès; fléau dévastateur qui commence à jeter l'épouvante dans l'industrie nationale. Écoutez les accents de douleur d'une commission chargée, par la Société impériale d'agriculture de Valenciennes, d'étudier les remèdes à un si grand mal.

« Comment est-il arrivé que chez nous, dans notre France si libérale, si humaine, si chrétienne, si laborieuse, une habitude aussi funeste se soit introduite; funeste à l'humanité, funeste à la religion, funeste au travail lui-même? Le mal existe et produit les plus pernicieux effets. Autrefois le patron pouvait compter sur six jours pleins de travail, l'ouvrier sur un jour plein de repos... Aujourd'hui (juel patron peut compter sur six jours de travail librement consenti; quel ouvrier peut compter sur un jour de repos librement accordé? L'ouvrier est esclave du maitre ; le maître est esclave de l'ouvrier; l'un et

ioO LES SPLENDEURS DE L\ FOI.

Tautre sont esclaves du plus ivrogne, du plus débauché, du i)lus paresseux de l'atelier. C'est à ce dernier qu'il faudra demander combien de jours et quels jours on travaillera ; combien de jourson chômera. Combien de fois est-il arrivé de voir déserter tout à coup l'atelier ou le chantier, au beau moment où les travailleurs se mettaient en haleine ; où la machine s'animait, où le marteau et le ciseau allaient leur train, où des chants joyeux promettaient une journée fructueuse pour tous! Il a suffi pour cela qu'un camarade aviné entrant dans l'atelier reprochât à ces fainéants de travailler un lundi quand ils ont encore de l'argent dans leur poche. 11 en résulte que, forcés de venir le dimanche, les bons ouvriers, c'est-à-dire ceux qui auraient le plus besoin de repos n'en ont pas du tout ; qu'ils ruinent leurs forces et leur santé, abrègent considérablement leur vie, ou hâtent du moins l'âge des infirmités, et de l'oisiveté forcée, rendue par la souffrance plus pénible que le travail. Autrefois le samedi soir était salué avec joie par la famille entière. La mère songeait déjà qu'elle allait pouvoir payer le pain et les vêtements achetés pendant la semaine ; l'épouse se disait qu'elle allait enfin pouvoir converser plus longuement avec celui que depuis toute une semaine elle n'avait pour ainsi dire vu qu'à la dérobée. Les enfants bénissaient le dimanche, ce beau jour où ils pouvaient sauter longtemps sur les genoux du père. L'époux, le père, ne voyait pas non plus sans joie ce jour où il pourrait enfin relever la tète, essuyer la poussière et la sueur qui couvraient son visage ; se faire beau pour se montrer à sa femme, à ses enfants, pour aller avec eux prier à l'Eglise, ou admirer l'après-midi, dans une promenade de famille, les merveilles de la nature. Le lundi, au contraire, n'apporte à personne ni repos, ni consolation, ni bonheur! S'il y a dans la semaine un jour où l'épouse est brutalement frappée, où les enfants pleurent, où le pain manfjue; où les

LE PÉCHÉ DE S.\>G-FROin. I5î^

pensées coupables naissent dans le cœur de jeunes filles déjà grandes et empressées de fuir cet enfer, dans le èœur de l'épouse longtemps vertueuse, et qui finit par céder moins à la séduction qu'au désespoir, ce jour-là c'est le lundi, hideux et criminel comme il est devenu pour nous. »

Tout le monde comprend le mal, mais pour le conjurer il faudrait un vaste ensemble de mesures, impossibles, hélas ! à prendre, sous la pression d'une minorité bruyante et haineuse de libres-penseurs. La Société de Valenciennes se borne à décerner des médailles aux ouvriers qui lui sont signalés comme ayant mieux observé le dimanche. Si le Gouvernement ne peut plus imposer aux particuliers le repos du dimanche, qu'il donne au moins un courageux exemple! Que les chantiers de toutes les administrations, à moins de nécessités urgentes, soient rigoureusement fermés le dimanche, et en pleine activité le lundi. Agir autrement serait se déclarer athée, et exciter à rathéisme qui conduit fatalement au socialisme.

Est-il nécessaire de répondre à des objections sans valeur?

Le 'peuple a besoin de pain et non de fêtes! Le peuple a besoin de pain et de fêtes ! de travail et de repos ! Rousseau l'a dit éloquemment en se faisant l'interprète de la nature et du bon sens. Tous les peuples ont leur jour de repos! il serait plus facile de trouver un peuple sans langue qu'un peuple sans fêtes. Et la volonté de Dieu qui exige sa part du temps qu'il nous accorde , ne faut-il pas en tenir compte !

L'homme doit vivre chaque jour; il faut donc qu'il travaille chaque jour. Sophisme impie. L'homme serait profondément malheureux, et il faudrait désespérer de son sort, s'il ne gagnait pas en six jours de quoi se reposer le septième. Ce qui était si facile pour nos pères serait-il devenu impossible pour

nous! La civilisation aurait donc recule d'une manière affreuse? Les développements de l'industrie seraient devenus fatalement homicides? Le fer et la houille ne seraient plus faits pour l'homme, mais l'homme aurait été fait pour la houille et le fer, La vie moderne se résumerait donc dans ce cri brutal : Ux homme est emerké ! mais un tonneau de fer ou de houille) au commerce est livré ! Si le temps ne suffit pas à rhomme pour gagner sa vie, c'est évidemment (ju'il est entré dans une voie désastreuse dont il faut le faire sortir à tout prix. Cette voie c'est l'athéisme affiché par le péché de sang-froid! L'homme, en règle générale, ne suffira jamais à lui-même et à sa famille sans Dieu-| S'il ne cherche pas avant tout le règne de Dieu, il manquera trop souvent du nécessaire ! Dieu seul peut lui donner son pain quotidien ! Il y a toujours un grand fond de vérité, même sous la loi évangélique de la souffrance, dans cet oracle du Roi-Prophète : Ceux qui bénissent le Seigneur aui'ont la terré pour héritage; ceux qui le maudissent seront dispersés. J'ai été jeune et fai vieilli. Or dans ma vie entière je n'ai jamais vu le juste abandonné, et ses enfants mendiant leur pain. La misère universelle, le paupérisme grouillant des temps modernes ont leur source unique et nécessaire dans l'oubli de Dieu !

Quelle aberration de tant exciter l'homme à gagner de l'argent, et de songer si peu à lui apprendre à ne pas le dépenser. Un des fléaux de nos jours, et c'est encore un péché de sangfroid, consiste à gaspiller son avoir. Ce (jue l'immense majorité deshommes, même honnètesduxix*^ siècle, dépensent en dehors de leur ménage et de leur famille est véritablement effrayant. Les dimanches et les fêtes les enrichiraient relativement, tandis que la jirodigalilé et la satisfaction de mille besoins factices les ruinent et les tuent.

Qui travaille prie! Oui, il prie celui qui travaille dans Tordre delà divine Providence, sous la dépendance de' Dieu. II prie, le père infortuné à qui sa femme et ses enfants demandent du pain qu'il n'a pas, et qui travaille en déplorant la fatale nécessité qui le domine.

Mais il ne prie pas, il blasphème, il apostasie celui qui travaille sans nécessité !

Voulez-vous conserver la foi, le plus précieux de tous les biens, don gratuit, il est vrai, mais que Dieu ne refuse à aucun de ceux qui l'implorent? Gardez et sanctifiez le dimanche. Ne le consacrez ni au travail, ni à un repos purement humain, ni à des excursions de plaisir, ni à des parties de campagne ou de chasse, etc.

Priez du cœur et aussi des lèvres. Entendez la sainte messe, non pas une messe basse dans une chapelle particulière , quelque pieuse qu'elle puisse être , mais la messe de votre paroisse, et en famille, si vous tenez à ce que votre foi passe à vos enfants. Pour être vraiment chrétien et pour engendrer des chrétiens, il faut être avant tout fidèle paroissien.

Lisez non des romans religieux qui caressent doucement l'imagination, sans instruire et sans toucher, mais des livres sérieux qui éclairent Tintelligence, qui enrichissent l'esprit, qui échauffent le cœur. Interdisez-vous la lecture de tout ouvrage impie ou immoral, et plus encore parce que leur action de tous les jours est profondément délétère, la lecture des journaux qui ne sont pas franchement chrétiens.

Donnez à votre âme son pain transsubstantiel ; confessezvous et communiez aux principales fêtes de l'année.

Ces préceptes et ces conseils sont durs à la nature, j'en conviens, mais quel bonheur ils engendrent !

Heureux tous ceux qui craignent le Seigneur et qui marchent dans ses voies! Vous mangerez le fruit du travail de vos mains ; vous serez heureux, et tout pour vous tournera à bien. Votre femme sera dans votre maison comme une vigne féconde ; vos enfants, comme de jeunes oliviers, entoureront votre table. Vous verrez la paix du ciel régner sur Israël et sur les enfants de vos enfants.

Vente à faux poitTs on avec f»u«se mesure^ aliération et falsification des substances alimentaires , médicales et commerciales.

S'asseoir dans une arrière-boutique ou dans un laboratoire secret, et là, froidement, fermer l'oreille à la voix de la conscience, fausser ses balances ou ajouter à des aliments, à des remèdes, à des marchandises quelconques des matières inertes ou sans valeur ; fabriquer de toutes pièces, d'après des recettes mystérieuses, achetées quelquefois très-cher, des produits artificiels qui n'ont de commun avec les produits naturels qu'une apparence trompeuse, et qui quelquefois même sont des poisons (1); c'est évidemment un péché de sang-froid. Il suppose en général, chez celui qui le commet, absence complète de toute pensée de Dieu ; dans tous les cas, sa pratique habituelle a bientôt éteint tout sentiment de foi.

11 importe de le remarquer, ce crime est une conséquence en quelque sorte naturelle et inévitable de la violation de la loi du dimanche. Cette filiation coupable a été signalée par le proi)liète Amos en termes très-éloquents. (Ch. vjii, v. 4 et suivants.) « Ecoutez mes paroles, vous qui dé^orez le

(1) On a trouvé de rarscnic dans du vinaigre fabriqué sansdoulc avec de l'acide suKuriquc provenant du soufre des pyrites.

LE PÉCHÉ DE SANG-FROID. loo

pauvre, et qui épuisez les forces de tous les indigents de la terre ; qui dites : « Quand donc n'y aura-t-il plus de fêtes « du mois pour que nous puissions vendre nos récoltes sans « entraves? Quand n'y aura-t-il plus de sabbat pour que nos gre- « niers restent toujours ouverts.» «Vous qui diminuez le volume du sépha, qui augmentez le poids du sicle, qui vous servez de balances trompeuses, qui achetez le pauvre pour un peu d'argent et rindigent pour le plus vil salaire, qui leur vendez le rebut de vos magasins ! »

Dans les âges de foi, ce crime était rare, et la loi le punissait très-sévèrement. Au moyen âge, à Londres, dit M. Letheby, le boulanger qui avait vendu un pain frauduleusement préparé, était traîné sur la claie, de l'hôtel de ville à sa maison, à travers les rues les plus sales, portant à son cou le pain sophistiqué. Pris une seconde fois en flagrant délit, il était traîné encore sur la claie, mais jusqu'au lieu d'exposition des condamnés, pour rester attaché au pilori x)endant au moins une heure.

Aujourd'hui, il nes'agit plus d'actes isolés, mais bien d'habitudes universelles et permanentes. En dehors des denrées vendues telles que la nature les produit, il serait peut-être impossible de trouver une substance qui ait échappé à la sophistication. Elle atteint jusqu'aux médicaments qui ne peuvent enrayer le mal et conjurer la mort qu'autant qu'ils sont absolument purs. Le Dictionnaire usuel des altérations et des falsifications remplit deux énormes volumes; il en remplirait cent, mille, si toutes les pratiques odieuses de l'industrie et du commerce étaient dévoilées. Des substances autrefois presque sans valeur, et qui n'avaient d'autre emploi que de servir à la sophistication, sont aujourd'hui des substances précieuses que l'on sophistique à leur tour. L'audace des falsificateurs a dépassé toutes les limites du possible. On a vu des tabletiers français

lo6 LES SPLENDEIKS DE LA FOI.

^'xpédier aux Échelles du Levant des cargaisons d'étuis en buis, sans avoir pris la peine de les diviser et de les creuser, sans s'inquiéter en aucune fa^on de la perte inévitable d'un commerce séculaire. On a vu des maisons an^aises envoyer <lans les îles du Sud des millions d'aiguilles sans chas, et rire froidement à l'avance du désappointement cruel des pauvres femmes insulaires. Nous avons vu dans les expositions de l'industrie solliciter des récompenses pour des machines ingénieuses destinées à transformer en grains de café parfaitement imités , grillés ou crus, le marc épuisé ou une poussière inerte aromatisée ; à donner par trituration aux écorces des ièves de cacao assez de iluidité pour pouvoir servir à la fabrication d'un chocolat sans chocolat.

Je fus invité un jour par un homme à qui j'avais rendu quelques services , à visiter une fabrique de chocolat qu'il venait d'établir. Quand j'arrivai il était absent, ce qui me valut d'être initié pleinement aux odieux secrets de sa fabrication. J'entrai d'abord dans une pièce assez vaste: de nombreuses ouvrières entouraient une table, sur la({uelle se dressait une manne ou grande corbeille d'osier remplie de tablettes de chocolat. Toutes les ouvrières y puisaient tour à tour, et chacune d'elles enveloppait sa double tablette d'un papier de couleur différente, bleu, jaune, rose, blanc, etc. Mais chaque enveloppe portait son étiquette particulière : chocolat de santé à TU c, 80 c, 1 fr., 1 fr. 50, jusqu'au demi-kilogramme, enfermé dans du pajtier blanc, et ipii était coté '2 fr. oO c. C'est-à-dire qiiuu même poids de la même substance prenait une valeur de i)lus en plus grande, suivant la nuance du papier dont on l'enveloppait. Quel excès d'imi)udence! Quel crime de sang-froid! Je descendis ensuite dans l'atelier de fabrication, remise très-humide au rez-de-chaussée. Il n'y était jamais entré une levé de cacao ! Mais on voyait

dans les quatre angles des amas de fécule de pommes de terre, de cassonade, dï'corces de cacao, et de suif ou mauvaise graisse. Le tout, grâce aux brillants progrès de la mécanique moderne, se transformait en une pâte à laquelle on donnait l'apparence, le goût, Farome factices du chocolat, et que l'on expédiait à toutes les bonnes villes de notre belle France sous le nom de chocolat de santé ! Le prix de revient du demi-kilogramme de cette m.auvaise drogue s'élevait à peine, tout compris, à quelques centimes, et on le vendait en moyenne d fr. 50 ; le bénéfice dépassait donc cent pour cent! Mais acquis malhonnêtement, il se fondait en quelque sorte dans la main du falsificateur, et son entreprise criminelle se termina par une banqueroute frauduleuse. Peut-être qu'il se croyait honnête homme! Qu'il se félicitait intérieurement d'avoir gardé quelque mesure, de n'avoir pas comme tant d'autres ajouté à son chocolat de la terre, de la sciure de bois, ou même du cinabre ou du sulfure rouge d'antimoine, deux substances toxiques que Ton a eu l'affreux courage de lui incorporer pour lui donner une plus belle couleur!

Je rougis presque d'avoir été amené à révéler ces faits étranges et douloureux; mais il faut bien qu'on sache à quels excès peut conduire une civilisation impie. Ce n'est là au reste qu'un faible échantillon de ce qui se pratique en secret sur une échelle immense. L'oubli de Dieu, la cujtidité, une concurrence effrénée, secondés d'une part par le mauvais génie de l'industrie, de l'autre par une législation insuffisante juscpi'au scandale, je dirais pres(|ue jusqu'au délire, ont donné des proportions énormes à la plus épouvantable des conspirations. « A l'heure qu'il est, la presque universalité des aliments, des boissons, des condiments, des médicaments sont altérés et dénaturés, au point de pouvoir donner souvent naissance à des maladies sérieuses, et d'enlever aa

I;j8 LES SPLENDEURS DE LA FOI.

médecin les moyens de combattre efficacement les maladies les plus graves. » Ainsi s'exprime M. Chevallier, professeur à lÉcole de pharmacie, auteur du Dictionnaire usuel des altérations et fals'ificalions. « Il est vrai, ajoule-t-il, que la loi punit pour la première fois d'une amende de 10 à oO francs, la seconde fois de quelques jours de prison, celui qui a trompé l'acheteur sur la nature ou le poids de la marchandise. Mais elle se tait sur le détenteur d'une marchandise falsifiée, et laisse impuni celui qui va trouver le marchand pour lui offrir à prix d'argent des produits propres à frauder ses marchandises, qui propose de lui vendre un secret pour tromper le public, etc. »

Ce qui est plus désespérant encore que la faiblesse de la législation, qui considère à peine comme un délit et n'élève pas même à la hauteur d'un abus de confiance un crime inexcusable, c'est dans l'esprit public un ensemble de dispositions désespérantes, et que nous signalons avec un regret extrême.

Certaines administrations, forcées par les règlements de mettre leurs fournitures en adjudication, acceptent des rabais impossibles, qui forcent le soumissionnaire h sophistiquer ou à perdre. Par exemple, l'approvisionnement de sulfate de (juinine pour les colonies, même pour le Sénégal, où les fièvres pernicieuses exercent tant de ravages, s'est fait souvent à un prix si peu différent de celui du quinquina brut, qu'il était loin de couvrir les frais de la préparation du sulfate de quinine.

En second lieu, les acheteurs non-seulement acceptent, mais exigent (|u'on leur livre les denrées à des prix inférieurs aux prix de l'achat en gros; ils veulent donc qu'on les trompe sciemment; ils se constituent volonlairement les complices des falsificateurs, les receleurs des voleurs.

Enfin, le caractère des populations est tellement abaissé, qu'alors que Tautorité fait verser dans les ruisseaux des tonneaux de vin artificiellement préparé , ou fait enlever pour les jeter à la voirie des viandes décomposées ou corrompues, on voit les voisins accourir et se disputer ces produits malsains d'une industrie coupable, d'un commerce déloyal. Ils seraient tentés de reprocher aux agents de l'autorité de ne les avoir pas appelés à les partager, ou de ne les avoir pas distribués aux pauvres ! A la vue de ces scènes si dégoûtantes, comment les falsificateurs ne seraient-ils pas encouragés dans leur trafic homicide?

N'oublions jamais cet enseignement divin : celui qui fait le mal, même par faiblesse humaine, craint instinctivement la lumière ; il la fuit, parce qu'elle lui montre sa faute et tend à lui inspirer des remords qu'il ne veut pas. Mais celui qui fait le mal avec pleine connaissance de cause, de propos délibéré, doit arriver fatalement à repousser la lumière, à la haïr, à lui faire la guerre ; voilà comment le péché de sang-froid conduit invinciblement à l'incrédulité. Chaque pas dans la voie de la sophistication est un pas en dehors du christianisme. Disonsnous en gémissant combien ces pas sont innombrables, et nous comprendrons comment tant d'âmes sont aujourd'hui sans foi !

Je ne lis jamais sans trembler ses paroles si précises et si énergiques du Deutéronome, ch. xxv, f 14 et suivants : «Vous n'aurez pas en réserve plusieurs poids, l'un plus fort, l'autre plus faible. Il n'y aura pas dans vos maisons deux mesures, l'une plus grande, l'autre plus petite. Mais vous aurez un seul poids juste et véritable; une seule mesure égale et équitable, afin que vous viviez longtemps sur la terre... car le Seigneur votre Dieu qui déteste toute injustice, a en abomination celui qui a deux poids et deux mesures. » Dieu se serait-il refusé à

160 LES SPLE^iDEinS DE LA FOI.

prévoir que i audace et la méchanceté de riiomme iraient jusqu'à Tadultération de la marchandise !

Oubli des lois «le l'abstinence et du jeûne.

Les lois de l'abstinence et du jeûne sont presqu'aussi anciennes que le monde, et leur raison d'être fut toujours le bien de l'homme et de la société. Dieu défendit à Noé et à ses enfants de faire du sang un aliment, parce que l'habitude d'égorger les animaux, pour boire ou manger leur sang, pouvait tendre fatalement à rendre l'homme cruel. Moïse proscrivit la chair de plusieurs animaux appelés par lui impurs, parce que leur chair était malsaine, en elle-même ou en raison du climat, et pouvait causer des maladies graves, comme la lèpre ou le ver solitaire. L'usage du vin était interdit au prêtre aussi longtemps qu'il était au service du temple, ])Our qu'il conservât pleinement sa raison dans l'exercice de ses fonctions si saintes.

Le jeûne aussi, dans l'Ancien comme dans le Nouveau Testament, est souvent loué et conseillé comme une mortification salutaire, agréable à Dieu et grandement méritoire. Jésus- Christ a dit qu'il chasse les démons et les vices ; il a voulu jeûner lui-même pendant quarante jonrs, au début de sa vie publique ; et à son exemple les apùtres se préparèrent à leur glorieuse mission par le jeûne et la prière.

La mortification de l'esprit et du corps est une des conditions et des vertus essentielles du christianisme. Ceux qui sont à Jésus-Christ, dit saint Paul, crucifient leur chair avec ses vices et ses convoitises... Je châtie mon corps et je le réduis en servitude, de peur que, après avoir prêché aux autres, je sois moi-même l'éprouvé,

A'oilà pourquoi l'Église, sage interprète des droits de Dieu, des besoins et des intérêts de riiomme, dans le seul but que l'âme conserve son emj»ire sur le corps, que l'esprit ne soit

LE l'iiCHÉ DE SANG-FUOID. 161

pas subjugué par la chair, que l'être spirituel en un mot ne soit pas absorbé par l'être matériel, a réglé avec beaucoup d'indulgence la mortification chrétienne, en ordonnant l'abstinence de viande à certains jours de la semaine, le jeûne et l'abstinence des Quatre-Temps, le jeûne et l'abstinence du Carême.

L'homme est malade, il a en lui moralement comme physiquement de nombreuses réponses de mort. Or quoi de plus nécessaire au malade que la diète et l'abstinence.

L'homme aussi est un athlète engagé dans une lutte formidable dont le but est l'éternité ; or, l'entraînement par l'abstinence est la condition indispensable de la victoire de l'athlète.

Ces deux comparaisons si frappantes sont de saint Paul.

3Iettez à part le précepte religieux, et consultez des médecins dignes de confiance. Ils vous diront que l'usage constant de matières chargées d'azote et de fibrine, trop nutritives en un mot, comme la viande, disposent à la pléthore, aux congestions sanguines, aux hémorragies, aux palpitations, aux coups de sang, aux apoplexies, aux dartres, à la gravelle, à la goutte, etc.; que les aliments maigres ont souvent de grands avantages ; qu'en outre une des conditions de la bonne alimentation est la variété; qu'il est très-sain, par conséquent, de s'abstenir de viande une ou deux fois par semaine. Les médecins s'accordent encore à reconnaître que le printemps est une époque de mouvement général dont l'homme doit subir l'influence, que c'est la saison de l'exaltation des sens, parce que le sang circule avec plus d'énergie et souvent avec une violence extraordinaire. Donner alors des boissons alcooliques et fermentées, des aliments trop nourrissants, ce serait provoquer des accidents graves. Une nourriture végétale est au contraire souverainement hygiénique.

162 LES SPI.ENDEinS DE L\ FOI.

«Étendez alors votre vin de beaucoup d'eau, dit le savant auteur de la Médecine dans ses rapports avec la Religion, M. le docteur Vitteaux de Saint-Désert, mangez peu, jeûnez en un mot, vous serez moins graveleux, moins goutteux, moins couperosé; les digestions se feront mieux, votre tète sera moins pesante, votre œil ne semblera plus sortir de son orbite , votre âme se dilatera et rayonnera de joie. Et parce que rinfluence de la saison dure quelques semaines, il est convenable que votre jeûne se prolonge pendant quarante jours. La loi du carême est une loi de conservation, et il est admirable que TÉglise ne l'impose qu'alors que le développement physiologique est achevé, que le système osseux est pleinement consolidé. Il sera bon encore que le jeûne se renouvelle aux QualrerTemps , parce que ce sont des époques de transition et de grands troubles atmosphériques. »

S'ils pouvaient aussi faire abstraction de leurs préventions contre la religion, les économistes seraient les premiers à applaudir aux lois de l'abstinence et du jeûne. La viande sera toujours chère, et si elle devenait pour tous un aliment indispensable, son prix deviendrait exorbitant. Il faudrait, il faut déjà la demander à une importation ruineuse, et bientôt même l'importation ne suflirail pas. La viande n'est nécessaire, en réalité, que lorsqu'il s'agit de faire en un temps très-court un travail épuisant. Autrefois les plus belles populations de l'Europe étaient celles dont le régime était entièrement végétal ; et le plus grand nombre des exemptions militaires atteint les habitants des villes où l'usage de la viande est devenu presqu'uryversel. Les lois de l'abstinence ont en outre le grand avantage d'encourager la ])cche, la pisciculture, et un grand nombre d'autres industries qui font vivre de nombreuses colonies ouvrières.

Quoi qn il en soit de ces considérations humaines, TEolisc impose à ceux de ses enfants, qui n'en sont pas dispensés par des raisons légitimes, un jour maigre par semaine, quarante jours d'abstinence et de jeûne au Carême, Tabstinence et le jeûne desQuatre-Temps. Elle en aie droit, son divin Fondateur a dit d'elle : celui qui ne l'écoute pas, qui ne lui obéit pas, doit-ètre considéré comme un publicain, c'est-à-dire comme un pécheur, ou même comme un païen. Si Ecclesiam non audierit sit tibi sicut ethnicus et publicanus (Saint Matth.). Ce précepte n'est pas difficile à observer. Son infraction n'est pas commandée par une passion subite et violente; si on le viole, on le viole de sang-froid ; de sorte que, cette fois encore, chaque violation sera un acte de fuite ou de haine de la lumière, un amoindrissement de la foi. Et cependant, combien est grande de nos jours la multitude de ceux qui, volontairement, ne tiennent aucun compte de ces commandements si sages ! Et l'on s'étonnerait que la foi fût si rare !

C'est bien peu de chose, dit-on, et pourquoi s'en inquiéter? C'est bien peu de chose ! Raison de plus pour obéir; il vous en coûtera si peu ! Naaman partait irrité de ce que, sans sortir même de sa cellule, le prophète Elisée se fût contenté de lui faire dire par son serviteur que, pour être guéri de la lèpre, il n'avait qu'à se baigner sept fois dans les eaux du Jourdain. Heureusement les serviteurs de Naaman l'arrêtèrent par cette réflexion toute naturelle. Alors même que le prophète vous aurait ordonné quelque chose de difficile, vous auriez dû le faire; combien plus devez-vous obéir quand il vous demande une .chose si simple. Naaman descendit dans le Jourdain, se lava sept fois, et sa chair redevint saine et fraîche comme celle d'un jeune enfant.

C'est peu de chose ! Et cependant, préférant une mort glorieuse à une vie qui lui serait devenue odieuse s'il avait trahi

164 Li:s sPi.K.NDEins de i.a foi.

sa foi, Éléazar se laissa égorger i>lutôt que de manger de la viande défendue. El toutes les fureurs d'Antiochus ne réussirent pas à commander la même infidélité à l'illustre mère des Machabées et à ses sept enfants.

Aux hommes de peu de foi qui croiraient ce précepte audessus de leurs forces, rappelons la touchante histoire du jeune Daniel. Fidèle à la religion de ses pères, il répugnait invinciblement à manger les mets et à boire les vins de la table du roi qu'il savait avoir été offerts au.\ idoles. De son côté, le chef des eunuques refusait de se rendre à ce désir si légitime. Je crains, disait-il, que mon maître voyant votre visage amaigri, s'irrite et me fasse mourir. Essayez, je vous prie, répondait Daniel, pendant dix jours seulement. Ne me donnez que des légumes à manger et de Teau à boire. Puis, le temps écoulé, vous comparerez mon visage à ceux des jeunes gens qui se nourrissent des viandes et des vins du roi... L'épreuve fut faite, et les dix jours écoulés le visage de Daniel se montra plus frais et plus brillant de santé que celui de tous ses compagnons. Job a dit avec infiniment de raison : ceux qui craignent la bruine seront ccroscs jmr la neige ! L'expérience de tous les jours démontre que nous sommes trop souvent victimes des ménagements excessifs auxquels nous entraînent notre lâcheté et notre peu de foi. Modicœ fidei quare duhitasti ?

Est-il nécessaire, est-il utile de répondre aux objections ridicules de l'incrédulité et de l'indifférence?

Ce nesl pas ce qui entre dans la bouche qui souille rhomme^ mais ce qui en sort. Ne tenez aucun compte, si vous le voulez, de la loi de Dieu, mais ne la blasi»hémez pas. C'est à l'Église et non pas à vous à interpréter les i)aroles de son divin Législateur. Non, ce n'est pas la nourriture matérielle, l'aliment grossier, qui souille le^cœur, c'est la désobéissance à la loi de Dieu. Il était bon et beau le fruit de la science du bien

et du mal, mais il était défendu ; et il est devenu pour l'homme un poison matériellement et spirituellement mortel.

On ose nous opposer la recommandation que Jésus-Christ faisait à ses apôtres : Mangez ce qui sera servi devant vous ! Ces paroles peuvent signifier simplement : Ne soyez ni difficiles ni exigeants, contentez-vous de ce qu'on vous offrira. Les apôtres étaient pauvres ! peut-être aussi que Jésus-Christ les autorisait à faire comme les pauvres, à manger ce qu'ils auraient sous la main. C'est ainsi que la sainte Église a 'compris la parole du divin Maître.

Bénéfices illicites prélevés par les serTiteurs anx dépens de leurs maîtres.

Fallait-il, hélas ! que le péché de sang-froid se glissât jusque dans les classes les plus inférieures de la société, pour leur enlever à elles aussi la foi, seule garantie sérieuse de leur honnêteté, mobile le plus puissant de leur obéissance, et surtout la grande consolatrice des rudes épreuves de leur condition! Le mal que nous avons à signaler a peut-être existé <le tout temps, mais c'est de nos jours seulement qu'il est devenu une habitude fatalement universelle.

Qu'un serviteur ou une servante entraînés par la gourmandise,* par la coquetterie, par la passion du vol, commettent des larcins, on le comprend, cela a été dans tous les temps, et cela sera toujours. C'est un vol comme tous les vols ; cependant, parce qu'il est plus facile, en même temps qu'il constitue un abus de confiance, la loi l'a appelé vol qualifié et le punit plus sévèrement. Je n'ai rien de plus à en dire. Je veux parler d'un autre vol commis sans passion, par calcul, et par conséquent de sang-froid. Il s'agit, en effet, de si petites choses, d'actions se succédant si lentement, que la passion ne peut y être pour rien. C'est une habitude plutôt qu'un acte de vol. D'une part,

ce sont les marchands ou fournisseurs qui, pour attirer les domestiques, leur laissent sur chaque achat le sou pour livre, ou leur font une remise de cinq pour cent, qu'ils n'accorderaient pas aux maîtres. De l'autre, ce sont les domestiques euxmêmes qui, sous peine de porter leur clientèle ailleurs, exigent impérieusement cette même remise ; ou qui, sur tous les achats qu'ils font, augmentent de cinq pour cent et quelquefois de beaucoup plus la somme portée au compte de leur maître. Aujourd'hui ces pratiques illicites sont comme changées en seconde nature ; elles constituent cependant de véritables vols qui, parce qu'ils vSont commis de sang-froid, sont grandement coupables, et minent sourdement mais activement non-seulement la probité, mais la foi des serviteurs. C'est peu de chose en apparence ; on trouvera peut-être étrange que j'en parle. C'est immense, au contraire, et je vois dans cette fatale habitude un fléau des sociétés modernes. Le prince de Galles, héritier présomptif de la couronne d'Angleterre, a fait à ce sujet une profession de foi courageuse , qui aurait dû avoir plus de retentissement. 11 a déclaré hautement qu'il ne voulait dans sa maison aucun de ces serviteurs qui se payent de leurs mains, parce qu'ils lui inspirent une défiance irrésistible.

Pourquoi faut-il que ces pratiques détestables soient encouragées : par les fournisseurs, qui vont jusqu'-à offrir plusieurs fois dans l'année des cadeaux à leurs pratiques ; par les économistes qui s'oublient jusqu'à donner des éloges inconsidérés et dangereux aux serviteurs qui portent à la caisse d'éj)argne des sommes qui supposent des gages plus que doubles de leurs gag<'S réels; par les maîtres qui osant offrir à leurs serviteurs des gages notoirement insuflisants, les autorisent im])liritement à se faire ronipcnsalion à eux-mêmes. Pourquoi n'accorderaicnt-ils pas en outre du salaire slriclement ucces-

LE PÉCHÉ DE SA>f.-Fl!01D. 167

saire, une portion convenable de ce que rapporteraitje sou pour livre prélevé sur les achats de la maison ?

Tolérer plus longtemps le vol qui consiste suivant l'expression vulgaire à faire danser lanse du panier, ce serait, je le répète, vouloir la démoralisation inévitable et profonde d'une des classes les plus intéressantes de la société. Les maîtres seraient les premières victimes de leur fatale condescendance. Ils ne trouveraient plus bientôt de serviteurs fidèles et dévoués ; ils seraient forcés peut-être de se servir eux-mêmes.

Pour montrer combien les abus que je signale sont entrés dans les habitudes universelles, qu'il me soit permis de citer un trait d'enfant. Le père de l'enfant dont je parle, et qui n'a pas encore huit ans, lui avait promis cinquante centimes s'il remportait la croix de sa classe. Dans l'intervalle qui s'écoula entre la promesse du père et le succès du fils, celui-ci commit quelque méchanceté qui lui fit perdre ses droits à la récompense qu'il attendait. Cette perte le déconcertait, et, ne voulant pas s'y résigner, il osa demander à sa mère ce que son père lui refusait si justement. Je n'ai pas ces cinquante centimes, répondit la mère, il faudrait que les demande à votre père, et il me les refuserait. — Faites mieux, ma mère, répondit l'enfant, augmentez de cinquante centimes le premier achat que vous ferez, et portez-les au compte de mon père. On rira si l'on veut de ma simplicité, mais je vois dans cette explosion de l'enfant l'indice d'une gangrène profonde.

ITiolatioB des lois qui doivent présider à l'anion de l'homme et de la femme.

C'est le plus odieux et le plus désastreux des péchés de sang-froid. Une de ces violations et ce n'est pas la plus coupable, constitua le crime d'Onan : Dieu le frappa de mort

subite, parce que, dit la sainte Écriture, il avait coramis une action détestable.

L'union de riiomme et de la femme ne peut avoir qu'un seul but, la paternité et la maternité. En dehors de ce but essentiel, elle ne saurait être permise ou autorisée, et Dieu Ta défendu par l'un de ses dix grands commandements. Cette prohibition ne fait pas le compte delà plus brutale des passions de l'homme ; elle veut à tout prix se satisfaire, et se satisfaire sans avoir à subir les conséquences si graves de sa révolte. Voilà comment, dans ce siècle de foi éteinte et d'égoïsme, au sein du mariage, comme en dehors du mariage, on a recours à des précautions ou à des manœuvres coupables, devenues une habitude de plus en plus universelle, vice abominable, chan-cre hideux attaché au cœur des sociétés modernes et qui les dévorera !

Malthus lui-même, le trop célèbre apôtre de la prudence <ans le mariage et du renoncement vertueux, a dit dans son livre de La Population, édition française, p. 606 : « Je repousserai toujours comme immoral tout moyen artificiel et hors des lois de la nature que l'on voudra employer pour contenir la population. »

Dans le mariage, cette fatale habitude est commandée par un calcul athée. L'homme qui ne croit pas et qui n'espère pas en Dieu, ne compte plus que sur ses propres forces, et, par là même, une famille nombreuse est à ses yeux un fardeau par trop onéreux, un épouvantail qui le poursuit incessamment. 11 ne veut pas qu'un héritage partagé entre trop d'enfants les fasse déchoir de la position sociale cpie le rang et la fortune leur assurent ou leur promettent. La lênmie à son tour se fait la complice et souvent le mauvais ange de riiomme, parce que jioiir une âme qui n'a ]»his le sentiment de l'abnégation chrétienne, les fonctions de la maternité sont trop prni-

Mes à remplir, et inconciliables avec les exigepces du monde.

C'est le cas ou jamais de rappeler les principes.

Dans les idées de la foi, comme aussi dans l'ordre de la nature, riiéritage du Seigneur, le signe et le sceau de sa bénédiction, ce sont les enfants : Hœreditas Domini filii. La récompense de la vertu est le fruit des entrailles : merces fructus vent ris. On attend à la fois de Dieu et Taccroissement de la famille et sa prospérité.

Dieu aussi fait présider à la propagation du genre humain des lois providentielles qu'on ne saurait méconnaître. Ainsi par exemple, au sein des sociétés constituées normalement, alors que les lois de la nature et de la religion sont fidèlement gardées, le nombre des naissances masculines est toujours plus grand que celui des naissances féminines, dans le rapport de 22 à 21, ou même de 17 à 16. De même la moyenne du nombre des enfants par mariage est comprise entre 4 et 5. Cette moyenne est en accord parfait avec les lois de la mortalité ; en ce sens qu'elle assure un accroissement continu et bienfaisant de la population. Elle est aussi parfaitement conforme aux besoins du cœur de l'homme et de la femme. Quand l'amour paternel, et plus encore l'amour maternel, est appelé à s'épancher ou à se répandre sur trois ou quatre enfants, il est en général parfaitement réglé. Mais si, surtout par une volonté mauvaise, il n'a à s'exercer que sur un ou deux enfants, il est grandement à craindre qu'il devienne excessif. Au lieu de vivifier l'enfant, cet amour déréglé le perd, et l'enfant fait à son tour le malheur du père et de la mère, qui ont compromis son avenir par leur calcul insensé et coupable. Voilà comment il arrive, aujourd'hui, que tant d'enfants déshonorent el désespèrent leurs parents. Comment aussi, par une réaction désolante, mais logique, la crainte et le dégoût de la

paternité et de la maternité, vont grandissant dans une ])roportion lamentable.

Une étude attentive des lois de la mortalité démontre, en outre, que ce n'est pas trop de trois ou. quatre enfants pour être certain moralement d'en sauver un des mille accidents qui menacent sa vie, et de le voir arriver à l'âge adulte. De sorte que les parents qui opposent leur volonté à la volonté de Dieu, qui se font sourds aux vœux de la nature, s'exposent presque infailliblement à voirlamort leur enlever leurs enfants, destinés cependant à devenir leur gloire, leur joie, et souvent leur appui. Combien il est triste alors cet intérieur vide d'enfants, surtout quand on est forcé de se dire sans cesse qu'on les a perdus par sa faute !

Dans ce siècle matérialiste le bon et le beau idéal est un couple d'enfants, un lils et une fille! Mais pour l'homme de foi qui réfléchi^., cet excès de bonheur, quand il est le fait du calcul humain, est presqu'un signe d'abandon de la Providence, ou du moins de prédestination à de cruelles angoisses. Il est d'ailleurs évidemment homicide, puisque, s'il devenait la règle générale, c'en serait bientôt fait du genre humain. Une famille d'enfants nombreux à laquelle Dieu et la foi président, est au contraire, même sur cette terre de larmes, un ]>;iradis anticipé, une source féconde de jouissances pures et durables.

II est faux, absolument faux, et ce fut la grande erreur de Malthus, que le développement naturel et sans entraves des populations soit un épouvantail sans cesse dressé en face de l'humanité, et contre lequel il faille se conjurer de manière à faire du renoncement vertueux une pratique universelle, une condition essentelle de la prospérité des nations. (À'tte doctrine dabord est impie ! C'est en effet Dieu ipii a dit à l'homme : crois-

LE PÉCHÉ DE SANG-FROID. 17't

sez et multipliez-vous ; et la preuve que cetaccroissement est sans danger, c'est que le nombre moyen des enfants par mariage est compris entre quatre et cinq. Elle est en outre contraire à la raison. Écoutez comment un de nos plus célèbres économistes, M. Frédéric Passy, combat les sophismes de Malthus : « L'homme a une tâche à remplir, mais il a les moyens de la remplir. Il a une bouche qui consomme, mais il a deux bras, et avec deux bras l'intelligence et la volonté qui les dirigent. Eh ! quoi ! il serait naturel de se réjouir de la naissance d'un veau, parce que ce veau deviendra un bœuf, et il faudrait pleurer à la naissance d'un enfant, parce que cet enfant deviendra un homme. Le bœuf, dit-on, doit fournir l'équivalent de sa dépense. Et il n'en serait pas de même de l'homme ! de cet homme qui fait travailler le bœuf, et fournit lui-même au sol les éléments de de sa subsistance. La terre lui fait défaut, dit-on. Où donc a-t-on vu cela, vraiment ! Je vois que la terre est grande, au contraire, et qu'elle est à peine effleurée, car nous sommes encore au début de nos efforts pour la plier à notre usage. Pour qui sait voir, les substances prises soit dans le règne végétal , soit dans le règne animal, apparaissent douées, et à un degré bien supérieur à celui de la multiplication de l'homme, de la faculté de se multiplier de plus en plus. [Le principe de la population, Mallhus et sa doctrine, p. 44 et suiv.)

Enfin disons-le, au risque de scandaliser les prudes du xix^ siècle (la pruderie hélas n'est pas la pudeur); la doctrine de l'abstention vertueuse ou de la prudence dans le mariage n'est pas plus chrétienne qu'elle n'est humaine. Le christianisme et les apôtres de la civilisation par l'évangile connaissent mille fois mieux la nature de l'homme que les philosophes et les économistes philanthropes, et je manquerais à

mon devoir si je ne rappelais pas les conseils de saint Paul, contradictoires des conseils de Malthus. « A'e vous éloignez pas ruti de fautre, sice nestd'uîi consentement commun, pour un temps ^ et pour vaquer à la prière; revenez bientôt, de peur que votre incontinence donne lieu à Satan de vous entraîner 41U mal. » Loin de recommander le renoncement vertueux, habituel, qui suppose des natures exceptionnelles et de convention, saint Paul, on le voit, accorde à peine un éloignement momentané, dans le but de s'unir plus à Dieu, avec prompt retour aux devoirs mutuels des époux.

Cela posé, disons sans ménagement ce que sont les pratiques criminelles dont nous parlons, d'abord, dans le mariage.

1° l'a attentat contre Dieu, la négation de sa providence, une lutte criminelle et insensée contre sa volonté. De propos délibéré, on préR^reun ou deux enfants avec la malédiction de Dieu à une famille nombreuse que Dieu prendrait plaisir à bénir. Une rupture volontaire et calculée avec les pratiques essentielles de la religion, la confession et la communion. Il est vrai qu'on ^se réserve présomptueusement, si, ce qui est presqu'impossible, on a conservé une ombre de foi, de revenir à Dieu dans la vieillesse.

2" Un attentat contre la famille. Oubliant qu'il n'est, quoi qu'il fasse, qu'un serviteur inutile, l'homme se fait seul l'artisan du bonheur de ses enfants. 11 condamne au néant les î'trcs dont il empêche la naissance. 11 condamne souvent à une mort prématurée et la complice et la victime de ses calculs impies. Combien de jeunes femmes sont mortes en couche, de la fièvre puerpérale, si commune de nos jours, parce qu'un Dieu plein de miséricorde n'a pas voulu que le cœur de la jciiiif nitTC s'ouvrit à la contagion universelle?..

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Elle a été enlevée du inonde des pécheurs de peur que le vice faussât son intelligence, ou que la fiction trompât son cœur. Combien d'enfants aussi ont été enlevés par le croup, si fréquent aujourd'hui?

3° Un attentat contre la société. L'accroissement des populations est jusqu'à un certain point la prospérité et la force des nations; son décroissement est un signe de décadence. En France, l'accroissement de la vie moyenne cache encore la diminution énorme de population que nous subissons fatalement ; mais bientôt rien ne pourra plus la masquer ; notre nudité sera révélée à l'univers entier, et les yeux des plus aveugles s'ouvriront! Déjà dans un grand nombre de départements le nombre des enfants par mariage n'est plus que de un et demi, etl'enquête agricole a signalé, dans certaines communes riches, l'absence presque complète d'enfants.

Dans l'industrie agricole, surtout, les enfants sont le stimulant le plus efficace du travail, la force en quelque sorte des auteurs de leurs jours. On ne s'accroche au sol avec amour, on ne déchire ses flancs avec acharnement, que quand un grand nombre de petites bouches affamées demandent du pain. Malthus lui-même l'a dit, mais en termes bien pâles, à l'endroit déjà cité : « Si dans chaque mariage le nombre des enfants était assujetti à une limitation volontaire, il y aurait lieu de craindre un accroissement d'indolence ; et il pourrait arriver que ni les diverses contrées prises individuellement, ni la terre entière envisagée d'une manière collective, n'arrivassent ou ne se maintinssent pas au degré de population qu'elles doivent atteindre. »

Déjà les ouvriers manquent à l'agriculture, et le paysan est condamné à payer bien cher les bras mercenaires appelés à remplacer les bras dévoués de ses enfants. Déjà aussi, dans

plusieurs de nos départements, les doigts féminins font défaut à des industries séculaires, les dentelles, les gants, les brosses, et force est de faire appel à Tart mécanique ou à rélectricité.

En outre, Taffreuxabus dont nous parlons, en même temps qu'il diminue dans une proportion énorme le nombre des enfants légitimes à la charge de leurs parents, accroît dans une proportion plus grande encore le nombre des enfants illégitimes, presque tous à la charge de l'Etat. La nature et la passion tendent invinciblement à reprendre leur empire; contenues d'un côté, elles font irruption de l'autre.

En môme temps, hélas! cette crainte excessive^t répulsive des enfants a plus que centuplé le nombre des avortements et des infanticides. Elle a fait naître d'horribles industries, celle entre autres des faiseuses d'anges! Eu Amérique, où la foi chrétienne est à peine un mot, on en est venu à se demander quelle loi pourrait empêcher la femme de se débarrasser de ses enfants!

Alexandre Dumas fils n'a pas oraint d'écrire cette phrase terrible : « Laissez la femme faire ce qu'elle fait, et dans cinquante ans nos neveux (on n'aura plus d'enfants alors, on n'aura que des neveux) verront ce qui restera de la famille, de la religion, de la vertu , de la morale et du mariage dans notre beau pays de France ! »

A l'un de ses plus illustres confrères qui semblait exagérer les aberrations des femmes de nos jours, en aflirmaui que le lait de femme est insuffisant en France, le secrétaire gêné- ; rai de la Société protectrice de l'enfance, répondait avec une sainte indignation : «Non le lait de lémme ne manque pas jdus en France, qu'en autre pays du monde, aux besoins quil est destiné à satisfaire; pas j.liis (pie ne maïKpie le lait des animaux pour l'entretien des espèces, quand l'industrie ou la mauvaise volonté humaine ne viennent pas tioubier les lois de

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la nature... Ce qui est malheureusement trop vrai, c'est que, dans ce siècle positiviste, la notion du devoir s'otscurcit sensiblement, et que le culte des plaisirs ou des intérêts matériels absorbe, cliez le grand nombre, tout autre sentiment. Il en résulte que la famille est comme un fardeau, et que Ton fait tout pour l'éviter. Un enfant troublerait le repos du mari, et serait pour la femme une gène de tous les instants. Vite, qu'il parte, et le plus loin possible ! on en sera quitte pour un peu d'argent ; et s'il ne revient pas ce sera, pour ses parents qui l'ont à peine connu, comme s'il n'existait pas ! » Quel affreux avenir !

Oui parce que les enfants sont odieux, ou que, du moins, leur naissance est un trop cruel embarras ; parce que pour des mères sans foi et sans entrailles, les devoirs de la maternité sont au-dessus de leurs forces, on livre sans scrupule aucun ses enfants à des seins étrangers, on les abandonne au plus vite à des mères salariées , c'est-à-dire qu'on les condamne à une mortalité désespérante , dont la seule pensée glace d'effroi. Un procès en cour d'assises apprenait il y a quelques mois, à la France épouvantée, que soixante -seize mères avaient vu leurs nourrissons confiés tour à tour à une empoisonneuse cynique, condamnée à vingt années de travaux forcés!

Il y a plus encore ! Des faits incroyables, mais certains, semblent démontrer qu'on aurait organisé en France l'homicide lent et dissimulé des enfants en nourrices; qu'il existerait dans certaines localités de nos départements, des femmes ayant pour industrie de recevoir des nourrissons, surtout des enfants naturels, pour les faire mourir à petit feu. Infandum!

Un attentat enfin contre la nature et la passion. Qui aurait cru que l'homme ferait violence à l'amour, et résisterait à la plus puissante des attractions ! Ah 1 si la religion avait dit

au torrent : Tu iras jus(iue-Ià, mais là tes flots tumultueux devront se briser ! Quelles colères elle aurait excitées ! Un calcul athée et infernal pouvait seul commander le sang-froid nécessaire à cette garde homicide des sens ! Et c'est la religion catholique qui seule aujourd'hui a le courage de soutenir envers et contre tous la cause de la passion, de la nature, de la société, de l'humanité, de la famille, de Dieu. Et c'est aux célibataires volontaires de la sainte Eglise de Jésus-Christ qu'il était réservé de devenir dans la suite du temps les défenseurs des droits du mariage et des générations à venir.

Qu'est-il résulté de ces perversions étranges de l'instinct paternel et maternel ? Que le sentiment le plus doux de la nature a presque disparu du cœur de l'homme; qu'il est comme devenu ridicule d'aimer. C'est le vice aujourd'hui, levicehautement avoué, le vice effronté, et non plus l'affection, qui rapproche l'homme de la femme! Et voilà comment les rois de la mode en sont venus à inventer les filles de marbre, les plus odieuses des courtisanes, dont les épouses légitimes, honteusement abandonnées, sont condamnées à envier le triomphe abominable. Dans une conférence récente, une de nos gloires médicales disait à la jeunesse qui l'entourait : «A quoi bon aller engloutir dans des excès encore plus tristes que coupables, tout ce que la nature nous a donné de beau, de bon, d'utile, de pur, de généreux ! Pourquoi chercher si loin et si mal un plaisir dont le cœur est banni, quand on peut être heureux l)urcment, saintement. Ils sont bien à plaindre ceux qui ne savent plus ou qui ne sauront jamais le nom du sentiment céleste qui verse l'ivresse mystérieuse aux âmes dignes de la goûter ! »

Mais no l'onblions pas; si la société ferme les yeux sur les attentats commis contre elle, il n'en est pas ainsi de la nature.

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Elle proteste avec énergie, par une multitude de maladies graves, presque inconnues autrefois, communes aujourd'hui au delà de ce que nous pourrions dire. Un docteur, qui ne se pose pas en chrétien, M. Bergeret, médecin en chef de rhôpital d'Arbois (Jura}, a rencontré dans sa pratique, limitée cependant à la circonscription d'un chef-lieu de canton, de si nombreux et de si terribles exemples des suites fatales de cet oubli des lois de la nature, qu'il n'a pas pu se défendre de les dénoncer à la conscience publique. Dans un livre intitulé : Fraudes dans V accomplissement des fonctions génératrices, après avoir montré par soixante-dix-huit observations plus effrayantes les unes que les autres, les maux horribles causés par cespratiques odieuses : métrites aiguës ou chroniques, méiiorrhagies, métrorrhagies, hématocèles, tumeurs fibreuses, polypes, hyperesthésies utérines, hystéralgies, coliques et névroses, névralgies et engorgements, cancer, tumeurs des ovaires, urétrites, maladies des organes de la circulation, de la respiration et de la digestion, stérilité, impuissance, etc., etc., il ajoute : « Les fraudes génésiques sont une cause profonde de démoralisation ; elles font que les hommes poussent la séduction jusqu'à ses dernières conséquences ; elles font de la femme l'instrument des plus ignobles convoitises ; elles font prendre à l'homme et à la femme le goût et l'habitude des voluptés sensuelles ; elles conduisent presque infailliblement à l'adultère et à la prostitution. »

Cet arrêt, sorti d'une bouche qui ne saurait être suspecte, me dispense d'insister sur les suites terribles, en dehors du mariage, des abominables habitudes que je combats. Il suffira de dire qu'elles ouvrent la porte à un libertinage sans frein et sans limites ; qu'elles donnent à la dissolution des mœurs un élan irrésistible; qu'elles substituent

à lunion sainte de Ihomme et de la femme une promiscuité des sexes qui fait descendre l'homme au-dessous de Tanimal. Rien n'arrête plus, je ne dirai pas la fougue, mais la brutalité des passions. Un mot cruel dira suffisamment l'excès du mal. Dans un de ces déparlements environnant Paris , où le nombre des enfants par mariage n'est plus que de un et demi, un ami de la famille reprochait à une mère de ne pas veiller assez sur sa jeune fille, de permettre qu'elle prit part à toutes les danses de nuit dans les cabarets, lorsque la mère l'arrêtant tout court, s'écria : « Je ne crains rien pour ma fille, elle est trop bien apprise pour qu'il lui arrive jamais d'être condamnée à afficher son déshonneur 1 » Voilà dans quel excès nous sommes tombés.

M. Bergeret cependant ne veut pas qu'on dise de cet abominable péché de sang-froid qu'il conduit la Société à l'abîme. Il a tort. L'écrivain dramatique que je citais tout à l'heure, et qui connaît trop bien son siècle, a été plus courageux. Par euxmêmes, peut-être, ces vices contre nature n'amèneraient pas une ruine morale universelle ; mais, unis à l'abandon de la foi dont ils sont et l'effet et la cause, ils nous perdront infailliblement, d'autant plus qu'en pareille matière, sous l'empire accepté d'une influence satanique, la conversion et le retour sont à peu près impossibles. Peut-être cependant que si, comme nous l'espérons, le concile du Vatican frappe de ses foudres les plus terribles ces infernales habitudes, sa voix solennelle sera quelque peu écoutée. Sauvez-nous, Seigneur, nous périssons !

Qu'il me soit permis de signaler encore quelques graves abus qui touchent à celle matière si délicate.

Dans les logements étroits du dix-neuvième siècle, et par suite de ce laisser-aller plus grand qui rapproche lous les rangs et tous les âges , les enfants sont sans cesse en contact

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avec les parents et les serviteurs. Ils voient tout, entendent tout, comprennent ou devinent tout. C'est un grand malheur. Leur intelligence, trop vite éveillée, s'ouvre au mal avec une facilité extrême ; et Ton est forcé de dire, hélas ! avec trop de raison, qu'il n'y a plus d'enfants, mais de petits hommes vicieux avant l'âge. Et combien de mères dénaturées attendent à peine qu'ils aient grandi pour donner son cours à leurs passions de sang-froid ! Comment les jeunes générations ne seraient-elles pas incrédules ?

Dans la plupart des familles, les domestiques ont leur chambre en dehors de l'appartement des maîtres. C'est une dérogation funeste aux habitudes antiques que l'Évangile nous rappelle dans une de ses paraboles : Mes serviteurs sont avec moi sous une même clef. Relégués dans des mansardes, ils s'entraînent les uns les autres, et là aussi combien la promiscuité des sexes est effrayante ! Ainsi s'explique la rareté extrême des serviteurs chastes et fidèles.

Et c'est à ces serviteurs pervertis que les pères et les mères abandonnent en quelque sorte leurs enfants.

En effet, le sanctuaire de la famille, ce que notre vieille langue appelait le foyer domestique, n'existe plus. Le père lui est en quelque sorte étranger. Il part dès le matin pour revenir bien avant dans la nuit; il s'asseoit à peine à la table commune. Les affaires, les cercles, les clubs, les cafés, les cabarets, les théâtres, les réunions, les conférences l'absorbent tout entier ; il est à peine rentré au logis qu'il lui tarde déjà d'en sortir.

Et la mère ! que d'efforts elle fait pour échapper à cette solitude si triste que ses enfants ne remplissent pas assez ! La vie de la foi, la vie du juste, n'est-elle pas absolument incompatible avec ces mœurs désordonnées?

180 LES SPLE.NDELRS DE LA FOI,

Enfin Tattention publique s'effraye bien tard, hélas ! d'un des tristes écarts de la loi française, dans laquelle Dieu et, par conséquent, la religion, la morale, la famille sont assez sacrifiés pour qu'on ait pu dire d'elle qu'elle s'est faite athée. La première protestation énergique contre ce grand abus.est encore sortie de la plume de M. Alexandre Dumas fils ; mais je laisserai parler un de nos plus savants médecins et philosophes, M. le docteur Emile Chauffard.

Dans son discours sur la mortalité des nourrissons, prononcé, le 28 décembre 1869, au sein de l'Académie impériale de médecine; il disait : « En outre des faveurs indirectes de la loi française pour les unions illégitimes (elle interdit la recherche de la paternité, etc.), il y a plus encore, il y a de grandes institutions dirigées contre le mariage ; il y a de grandes agglomérations d'hommes jeunes et valides, le plus pur et le plus ardent de notre race, auxquelles on ne laisse d'autres ressources que les unions de passage, la pire espèce des unions illégitimes. Je veux parler des grandes armées permanentes , ces conscriptions impitoyables, qui, tous les ans, arrachent au foyer le meilleur choix: de la jeunesse française, pour le livrer aux encombrements malsains de la caserne, à la vie oisive de garnison... Pensezvous à la situation de quatre à cinq cent mille hommes, jeunes et vigoureux, à qui le mariage est interdit, sans qu'ils aient fait vœu de continence, et que l'on jette sur le pavé des grandes villes, livrés et nécessairement adonnés à toutes les séductions... Et ces cinq cent mille hommes robustes sont arrachés pour la plupart au foyer rural, à l'agriculture, la plus féconde, la plus morale, la j)lus salubre des industries, et enlevés au mariage, qui seul donne à la population l'accroissement et la force... Qui ne sait les ravages exercés dans l'armée par la tuberculose et la syphilis. Et

ces tuberculeux, et ces syphilitiques, libérés ou réformés, deviennent des pères qui lèguent à leur descendance, et souvent à leurs femmes, des affections contagieuses ou héréditaires qui se traduisent par une effrayante mortalité dans le bas âge. »

Je n'ajoute plus rien, mais tous les lecteurs de bonne foi reconnaîtront sans hésiter qu'une foi qui a résisté k tant d'ennemis conjurés et formidables, qui compte encore aujourd'hui tant d'âmes fidèles, est nécessairement et évidemment divine. Splendeur ! splendeur !

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