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CHAPITRE VII

La Foi subjective, l'adhésion de l'intelligence aux lumières de la révélation est éminemment raisonnable.

Qu'est-ce que la Foi? La Foi, dans la définition qu'en donne la théologie , est une vertu surnaturelle par laquelle nous croyons fermement tout ce que Dieu a révélé, parce qu'il l'a révélé, et qu'il est la vérité même qui ne peut ni se tromper ni nous tromper. C'est une vertu, parce qu'il y a du mérite et un grand mérite à croire. C'est une vertu surnaturelle et par conséquent un don, une grâce, parce que Dieu se révèle à qui il lui plaît, que lui seul peut nous rendre dociles à sa parole et à la voix de sa sainte Eglise. C'est aussi une vertu lliéologale, parce que son objet immédiat est Dieu, et que son motif est une perfection divine, la véracité infinie de Dieu.

Une fois admise l'existence de Dieu et de la révélation divine, la foi, définie comme nous venons de le dire, n'est pas seulement nécessaire, elle est de plus parfaitement légitime et raisonnable. Car à quoi croirions-nous, si nous ne croyons pas à la véracité infinie de Dieu ?

Mais saint Paul a donné de la Foi une autre définition éminemment propre à faire ressortir cette vérité capitale, que rien n'est plus raisonnable, i)lus honorable en soi et plus honorable pour l'homme que l'adhésion de i"inlelligence par la

foi à la révélation divine. Il dit dans sa magnifique ÉpHre aux Romains, ch. xi, jî^ 1 : La foi est la substance des biens que nous devons espérer, V argument des vérités qui ne nous apparaissent pas. Sperandarum substantia rerum,... argu-

MENTUM NON APPARENTIUM.

La Foi est l'argument des vérités qui ne nous apparaissent pas! L'argument, c'est-à-dire la manifestation, l'énoncé, la mise à notre portée de ce qui est pour nous invisible, de ce que notre intelligence ne pourrait pas découvrir par ses propres forces; de ce qui resterait par conséquent pour elle inconnu, inaccessible, inabordable; de ce qui, en un mot, est, non pas contraire à la raison, car ce qui est contraire à la raison est impossible ou n'existe pas, mais est au-dessus ou au delà de la raison, et que cependant nous avons le plus grand intérêt à connaître et à croire.

Est-il réellement des choses que nous ne puissions pas découvrir par ces seules lumières de la raison ? Évidemment ! Le nier serait le comble de la folie. Nous ne sommes pas infinis, bien loin delà! Au physique, notre être est très-limité, nous tenons une toute petite place dans l'univers ; au-dessus, audessous, à droite, à gauche de nous, il n'y a plus rien de nous. L'œil le plus perçant, la voix la plus retentissante, loreille la plus fine ne s'étendent pas au delà de quelques kilomètres.

Au moral notre être n'est pas moins borné. Qu'est-ce que la vertu des plus vertueux et la sagesse des plus sages? Voyez David adultère et assassin; voyez Salomon libertin et idolâtre; voyez tous les sages, tous les philosophes de la Grèce et de Rome, Cicéron lui-même, dont la mémoire reste entachée de vices honteux. Est-ce que Dieu qui connaît à fond notre pauvre nature humaine, sortie de ses mains et animée de son souffle, n'a pas dit par la bouche du sage par excellence : les appétits,

les sens et les désirs de riionimc sont enclins au mal dès sa jeunesse. Est-ce que le saint homme Job ne s'écriait pas dans le sentiment profond de sa misère : « Mon Dieu, pourquoi m'avez-vous fait contraire à vous? » Est-œ que le grand Paul, ravi jusqu'au troisième ciel et initié aux secrets de Dieu, ne gémissait pas amèrement de ce qu'il ne faisait pas le bien qu'il aimait, de ce qu'il faisait au contraire le mal qu'il détestait. Est-ce qu'il ne s'indignait pas contre l'ange impur qui insultait à la faiblesse ? Les seuls ctres satisfaits d'eux-mêmes sont les pharisiens maudits qui ont fait divorce avec toute vertu. Le premier pas dans la voie de la sainteté est de se prosterner à terre et de se frapper la poitrine en s'écriant : Pardonnez-moi, mon Dieu, car je suis un grand pécheur.

Dans l'ordre de l'intelligonco, notre être serait-il plus infini? Qui serait assez absurde pour le croire, même un instant ? J'ai rencontré autrefois dans les cours de Bicêtre, un pauvre fou qui se croyait et se disait en sanglotant le plus malheureux des hommes, parce qu'on aurait fait un gros livre de ce qu'il ne savait pas. On ferait non pas un gros livre, mais des milliers de gros livres de ce que ne saura pas le plus encyclopédiste des savants du dix-neuvième siècle et des siècles à venir.

Plaçons-nous d'abord sur le terrain de la science à la portée de l'homme, en apparence du moins. Dans les sciences naturelles, physiques, mathématiques, que savons-nous ? Rien ou bien peu de chose! Et nous le savons bien peu! Nous n'avons le dernier mol de rien! Que sont au fond tous les progrès des sciences? La multiplication des inconnues et des mystères. Pour nos pères le monde matériel était un mystère quadruple, composé de terre, d'eau, d'air et de feu. L'eau ou l'air étaient des mystères sira])les ou uniques. Pour nous qui avons découvert soixante

éléments, et plus, le monde est un mystère composé, quinze fois plus inabordable ; l'eau, depuis que nous la savons composée d'hydrogène et d'oxygène, est un mystère double; l'air, mélange en proportions à peu près définies d'oxygène, d'azote et d'acide carbonique, est un mystère triple.

Esprit, matière, éther, espace, temps, affinité, gravité, électricité, chaleur, lumière, photographie, télégraphie électrique, etc., etc., autant de mots dont le sens est pour nous entouré de mystères insondables, autant d'énigmes ou d'inconnues désespérantes.

Dans le domaine de la philosophie non-seulement nous savons très-peu de chose, mais nous le savons bien peu ou mal. Nous prenons sans cesse le faux pour le vrai, et ce qui le prouve d'une manière plus éclatante que le jour, ce sont les erreurs et les contradictions qui remplissent le monde. Il y a presqu'autant, je ne dirai pas d'opinions, mais de convictions, qu'il y a d'hommes ! Cicéron avait déjà dit de son temps qu'il est impossible d'imaginer une absurdité qui n'eût pas été dite par un philosophe, et nous avons prouvé qu'il n'avait rien exagéré. Combien est-il de vérités de l'ordre intellectuel sur lesquelles toutes les intelligences sont d'accord? Un bien petit nombre, et je n'oserais pas ranger dans cette catégorie l'existence de Dieu, la spiritualité et l'immortalité de l'âme. Car il est une foule d'êtres humains, même parmi les plus savants, qui s'obstinent à se faire athées et matérialistes, sans même s'apercevoir qu'ils sont en réalité trop petits et trop récents pour être même une matière organisée nécessaire. Le doute envahit les esprits les plus éclairés et les plus sensés.

Cicéron à la fin de ses lettres sur la vieillesse, après une invocation entraînante à l'immortalité de l'àme retombe tristement

sur lui-même et s'écrie : « Si je me trompe, en croyant à l'immortalité de l'âme, je me trompe avec plaisir, et je ne veux pas qu'on m'arrache une erreur qui fait le charme de ma vie. » Il dit ailleurs dans ses Academica, II, lib. I, § 12 : Presque tous les philosophesles plus vantés, Socrate,Démocrite, Anaxagoras, Empédocle ont affirmé qn ils ne connaissaient rien, quils ne percevaient rien, qu'ils ne savaient rien... ; que la vérité était noijée dans un puits profond, et quilny avait pas place pour elle ! Socrate, dans le Gorgias, dit à son interlocuteur après l'exposition de l'immortalité de l'âme : « Sans doute tu regardes ces récits comme les rêves d'une vieille en délire, et tu les méprises. Je les mépriserais moi-même si dans nos recherches nous avions trouvé quelque chose de plus salutaire et de plus certain. » Sénèque plaint en ces termes l'indifférence de son temps pour la vérité, et l'impuissance de la philosophie: «Loin de découvrir des vérités inconnues aux anciens, tous les jours les anciennes vérités périssent. Ah ! lors même que nous y consacrerions tous nos efforts, que la jeunesse austère y contribuerait de son ardeur et la vieillesse de ses conseils avidement recueillis par les générations nouvelles, nous n'arriverions qu'à peine à l'abîme où se cache la vérité. » Sénèque, encore, dont les sentiments sont quelquefois si élevés et si chrétiens qu'on a voulu qu'il eût été en rapi)ort avec saint Paul, dans la Consolation à }farcia, s'oublie au point de s'écrier : « Les morts n'éprouvent aucune douleur, et les terreurs de l'enfer sont une fable. La mort est le dénouement et la fin de toutes les douleurs. » C'est aussi lui qui avait jeté sur la scène le mot impie tant applaudi de la Piomc des Claude cl des Néron : « Après la mort rien, la mort elle-même n'est rien. Post mortem nihil, ipsaque mors nihil.

Dix-huit cents ans plus tard les chefs de la philosophie éclectique se réunissent en congrès à Paris, et sur ces mêmes

questions de Dieu et de rimmortalité de Tâme ils se divisent, sans qu'il puisse même se former une majorité.

Si, pour résoudre ces grands problèmes, nous ajoutons aux ressources de la raison les ressources de la science, nous ne serons pas plus avancés. Le célèbre naturaliste Huxley faisait, en janvier 1869, cet aveu désolant : « Les philosophes s'apprêtent à livrer bataille sur le dernier et le plus grand de tous les problèmes spéculatifs. La nature humaine possède-t-elle un élément libre, doué de volonté, ou n'est-elle que la plus artistement construite des machines qui sont l'œuvre de la nature ? Quelques-uns, au nombre desquels je me range, pensent que la bataille restera à jamais indécise. » L'un des physiciens les plus éminents de l'école moderne, M. J. Tyndall, dans un discours prononcé par lui à Norwich, en août 1868, a dit : « Le problème de l'union du corps et de l'âme est aussi insoluble, dans sa forme moderne, qu'il l'était dans les âges préscientifiques... Si vous demandez d'où vient la matière,... comment et qui l'a divisée en molécules ; comment et qui lui a imprimé la nécessité de se former en groupes organiques , la science est sans réponse à ces questions. Mais si la science est rendue muette, à qui appartient-il de donner la réponse?.. A celui a QUI LE SECRET A ÉTÉ RÉVÉLÉ ! luclinons uos têtcs et reconnaissons notre ignorance, une fois pour toutes... » Enfin, le chef lui-même de la philosophie positive, Auguste Comte admet dans les objets dont la pensée humaine s'occupe deux catégories, le cognoscible et Vincognoscible; il admet même deux catégories d'incognoscible : l'incognoscible de la science, l'incognoscible de la religion, et il ajoute {Cours de philosophie positive, tom. P"", S*" édition, introduction, p. xliv) « Vincognoscible, ce qui est au delà du savoir positif, soit matérielioinent, le fond de l'espace sans borne, soit intellectuellement, l'enchaînement des causes sans terme, est

inaccessible à l'esprit humain. Mais inaccessible ne veut pas dire nul ou non existant. Limmensité tant matérielle qu'intellectuelle tient par un lien étroit à nos connaissances... C'est un océan qui vient battre notre rive et pour lequel nous n'avons ni barque ni voiles. »

Si dans le domaine des vérités naturelles et des sciences humaines, l'horizon de notre intelligence est si borné, que sera-ce donc quand elle se trouvera en présence des vérités surnaturelles et des sciences divines? Apologue ou histoire ! Saint Augustin se promenait sur les bords de la mer de Carthage; plongé dans une méditation profonde, il se flattait d'arriver à se former au moins une idée du mystère de la très-sainte Trinité, lorsque tout à coup il s'aperçut qu'il n'était pas seul. A quelque pas de lui, un enfant, au visage angélique, avait creusé dans le sable un petit trou ; puis, armant ses petits doigts d'une petite coquille, il allait à la mer, remplissait sa petite coquille et venait la vider dans le petit trou, pour retourner et revenir encore. Surpris de cet étrange manège, et tremblant que la raison du pauvre petit enfant ne fût déjà égarée, saint Augustin s'approche, puis, d'une voix douce et triste à la fois, il lui dit : Pourquoi tant d'allées et venues, que voulez-vous donc cher enfant? Ce que je veux, mon père, c'est faire entrer la mer tout entière dans le petit trou que j'ai creusé. — Mais c'est impossible, vous seriez donc fou! ah! quel malheur! — Moi fou! non mon père! ou du moins le plus fou de nous deux n'est pas moi! La Méditerranée est grande, très-grande, il est vrai, ma coquille et mon trou sont bien petits, mais enfin ce ne sont là ni l'infiniment grand, ni rinliniment petit, tandis que Dieu que vous prétendez enfermer dans la sphère inliniment petite de votre raison est, lui, intinimenl grand ! » Puis,

la leçon donnée Fenfant disparut, et saint Augustin r&pritplus humble le chemin de Carthage.

Une cavité minuscule en présence d'un océan d'inconnues et de mystères : voilà en réalité ce qu'est notre intelligence et nous la croirions follement capable de tout atteindre!

Au nombre des choses qui ne nous apparaissent pas, que nous ne pouvons savoir par nous-mêmes, et dont le nombre est indéfini ; parmi tant de mystères et d'inconnues, en est-il que nous ayons un très-grand intérêt à connaître et à saisir ? Evidemment ! Dieu, nous-mêmes, notre origine, notre fin der- Dière, nos destinées futures, nos devoirs, le chemin qui nous conduira au bonheur et au bonheur éternel, etc., etc. L'argument ou l'intermédiaire qui nous révélera, qui nous énoncera ces choses, qui les mettra à notre portée, qui les fera nôtres, sera donc bien venu ! En lui faisant bon accueil, nous ferons donc acte de raison éclairée et sage ; et loin d'en rougir nous devrons être saintement fiers de l'avoir accepté. Or cet argument, cet intermédiaire glorieux et bienfaisant, c'est la Foi. Fides... argumentum non apparentium. Elle est la barque, elle est la voile qui seule pouvait nous conduire à l'inaccessible.

Dans les sciences humaines ou dans les circonstances ordinaires de la vie, quand un objet ne nous apparaît pas, ou qu'une entreprise est au-dessus de nos forces naturelles , nous nous hâtons de suppléer à notre impuissance, au prix, s'il le faut, de très-longues recherches et de beaucoup d'or. Pour sonder les profondeurs des cieux, l'astronome n'a pas hésité un instant à armer son œil insuffisant d'un télescope qui grandit les objets ou rapproche les distances. Pour essayer d'arracher à la nature le secret de la constitution intime des corps, et parvenir à saisir des détails d'organisation que leur petitesse dérobe

complètement à ses regards , le naturaliste s'empresse de recourir au microscope ; le capitaine de vaisseau sur la mer, et le général d'armée en rase campagne, sont heureux et fiers de la lunette d'approche, de la longue-vue, qui supprime en grande partie du moins la distance et permet de conjurer souvent le danger ; l'homme du monde au théâtre, dans les fêles publiques ou en présence des grandes scènes de la nature, bénit sa lorgnette; le myope, pour mieux se diriger dans la rue, le presbyte pour pouvoir accomplir ses travaux de cabinet, n'hésitent pas non plus à faire usage de lunettes. Que dirait-on de Ténergumènc qui prétendrait organiser une croisade contre les télescopes, les microscopes, les longues-vues, les lorgnettes, les lunettes, etc., etc., sous prétexte qu'elles sont une offense à la dignité humaine et une insulte à la vue? On le comparerait à Omar ! On le rangerait parmi ces fous furieux dont la mémoire est un objet d'exécration. Or, la Foi, dans l'idée si juste que nous en donne saint Paul, n'est pas autre chose que le télescope, le microscope, la longue-vue, la; lorgnette, la lunette de notre intelligence, dont elle centuple la portée. Argument, de ce quine nous apparaît pas! Elle est donc évidemment raisonnable et glorieuse. S'attaquer à elle, c'est un crime, un suicide intellectuel.

Nous nous le rappelons, c'était en 1847, François Arago faisait pour la dernière fois à l'Observatoire royal le cours d'astronomie populaire qui mettait tout Paris en mouvement ; j'étais un de ses auditeurs les plus assidus, j'ai même rédigé et j)ublié dans \ Époque un certain nombre de ses admirables leçons. F. Arago, tout le monde l'a su, avait pour moi une Irès-grande affection, mais ma foi vive l'impatientait quelquefois. Croire, me disait-il, ce serait une liiimiliation profonde! Car comment croire sans avouer par la même qu'il est

des vérités que je ne comprends pas, qui défient et surpassent ma raison, que je devrai admettre sur parole. Je lui répondais qu'il n'y avait aucune humiliation à reconnaître un fait plus éclatant que le jour, le fait que la vue de Tintelligence a ses limites comme la vue des objets matériels a les siennes. Cette réponse ne le satisfaisait pas, et je m'enhardis un jour à lui dire : «Hier, monsieur Arago, vous avez pris plaisir à énumérer les propriétés étonnantes de l'œil, à montrer combien il est supérieur par la multiplicité de ses fonctions spontanées et vivantes à tous les instruments créés par le génie humain ! Vous exaltiez tour à tour sa puissance de réception, ou cette aisance merveilleuse avec laquelle il condense en un point presqu'indivisible le plus immense horizon; son pouvoir d'accommodation presqu'instantané à toutes les distances; son achromatisme pratiquement si parfait, etc., etc. Et cependant votre vie de savant n'est presque qu'une série d'attentats à la perfection de l'œil! Vous allez proclamant sans cesse son impuissance en l'armant de mille instruments divers destinés à le compléter. Télescope, microscope, micromètre, polariscope, polarimètre, réfractomètre, photomètre, spectroscope, etc., autant d'insultes à ce chef-d'œuvre inimitable que vous avez tant fait admirer ! Brisez donc tous ces engins, si vous voulez être conséquent avec vous-mêmes, car ma foi n'est rien autre chose que le télescope béni de mon intelligence.

Comment songer même un instant à briser ces télescopes qui nous montrent la lune mieux qu'on ne voit le Mont- Blanc de Dijon ; qui nous ont permis d'arriver à connaître les inégalités de la surface de notre satellite mieux que nous ne connaissons les inégalités de la surface de notre terre ; qui ont résolu en étoiles et en étoiles disposées dans un ordre merveilleux, ces nébuleuses dont on faisait si gratuitement la matière première de mondes nouveaux ; ces micro-

mètres qui nous ont mis à même de mesurer avec une précision inconnue jusque-là les deux diamètres des planètes, et de constater leur inégalité ; ces polariscopes qui nous ont révélé la nature véritable de la photospliore solaire; ces spectroscopes qui nous ont fait percer les plus profonds mystères des cieux? Faire rentrer dans le néant tant d'inventions merveilleuses qui mettent l'homme en possession, si nous pouvons parler ainsi, de nouveaux cieux et de terres nouvelles, ce serait évidemment un acte de barbarie !

Oui, répliquai-je, mais dédaigner, repousser, outrager la foi, qui n'est en réalité que le télescope non plus d'un œil matériel qui nous est commun avec les êtres les plus inférieurs de la création, mais de notre raison, de notre intelligence qui nous fait rois de la nature entière et nous rend semblables à Dieu, ne serait-ce pas une folie bien plus révoltante encore?

Et ce que nous disons de notre œil est vrai de tous nos organes. Nous suppléons à la force de nos bras par toutes les forces de la nature, l'eau, le vent, le feu, l'électricité. Nous compensons la lenteur de nos pieds par le vélocipède, par la locomotive, par la télégraphie électrique, et l'un des plus grands regrets de la science moderne est de n'avoir pas pu encore agrandir le domaine de l'oreille humaine.

Quel est, en dernière analyse, le but ou la mission du génie et de l'industrie? La multiplication et le j)erlèctionnement incessant desoutils par lesquels l'homme supplée à l'impuissance de ses organes. Il y a plus, le caractère distinctif de l'homme, le signe incontestable de sa supériorité sur tous les êtres animés de la création, c'est que seul il sait se créer des outils. Le gorille s'arme d'une branche détachée de l'arbre ou d'une pierre ramassée sur le sol, mais il ne s'est jamais fabriqué une massue, pas même une pointe de flèche en silex taillé. Dans

ces conditions évidemment, l'outil appelé en aide à rinsutfisance des forces de l'homme, loin de l'humilier, ajoute h sa gloire. De là ce raisonnement bien simple et en même temps irrésistible.

Puisque nous pouvons et que nous devons, sans crainte d'humilier nos facultés physiques, avec la certitude, au contraire, de les compléter, de les exalter, de les centupler, recourir incessamment aux instruments que le génie humain invente chaque jour ; nous pouvons et nous devons, pour être conséquents avec nous-même, compléter notre intelligence et notre raison, les exalter, les centupler par l'accès donné aux lumières de la révélation divine, à la seule condition que la réalité et l'excellence de cette révélation bienheureuse soient démontrées certaines.

Sa réalité ! le but principal de ce livre est de la faire resplendir. Son excellence, les lumières innombrables qu'elle apporte à la raison sont plus éclatantes que le jour.

Jésus-Christ avait dit cette grande parole : Quand l'esprit viendra, il vous enseignera toute vérité... (Évangile selon saint Jean, ch. xvi.) En effet l'esprit, la révélation, la foi est venue, et elle a enseigné à l'homme de bonne volonté toute vérité. La vérité sur Dieu, la vérité sur le prochain, la vérité sur nos frères, la vérité sur nous-mêmes,

La vérité sur Dieu : 1° Son existence, sa nature, son culte. ' L'existence de Dieu! la raison a été comme impuissante à la démontrer et à la faire admettre. Dans son livre de la nature des Dieux, Cicéron lui-même disait : « Vous voulez prouver l)ar des raisonnements l'existence de Dieu... Vous cherchez l'appui de la raison ; souffrez donc que ma raison combatte lu vôtre. . . Vous employez toutes sortes d'arguments pour me prouver qu'il existe des dieux, et en argumentant vous ne faites

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que rendre douteuse une vérité que seule la tradition de nos ancêtres (c'est-à-dire une révélation primitive) met au-dessus du plus petit doute. »

La nature de Dieu. Sur ce point capital, la raison avait abouti à cet excès affreux que tout était Dieu, excepté Dieu luimême. L'ivrognerie, l'inceste, le rapt, l'adultère, la luxure, la fourberie, la cruauté, la fureur avaient leurs attributs inscrits au frontispice des autels ; seul, le vrai Dieu n'avait d'autel que sous le nom de dieu inconnu. Au contraire, quelle admirable idée la foi nous donne de Dieu, de son éternité, de son infinité, de son immensité, de sa toute-puissance, de sa sainteté, de sa bonté infinie, de sa providence, etc. Par combien d'images élevées et saisissantes les livres saints nous révèlent ses grandeurs et nous peignent sa majesté ! Avec quel enthousiasme ils exaltent ses bienfaits.

Le culte de Dieu. Dans la théologie de la raison, le culte n'atteignait que le corps, Tâme n'y avait aucune part, sinon par l'immense élan imprimé à ses passions et à ses vices. Ce qu'un homme rougirait d'entendre, les païens de Rome, dit Sénèque, ne rougissent pas de le dire à leurs dieux; ils ont si bien la conscience de leur turpitude, que si quelqu'un peut les écouter ils se taisent. Ils étalent à la lumière du soleil ce que dans la vie commune on cache dans les plus profondes ténèbres. .Dans les coins secrets des temples il se commet des crimes abominables contre nature. La foi au contraire nous apprend à adorer Dieu en esprit et en vérité , par le respect, l'amour et l'imitation de ses perfections infinies. Soyez parfaits, nous dit-elle, comme votre Père céleste est parfait.

La vÉniTÉ SLR nos frères. A l'école de la raison, les trois quarts des hommes étaient esclaves; et la nature voulait, disait-on, non-seulement que les uns fussent libres, et les

LA FOI EST RAISONNABLE ET GLORIEUSE. lOo

autres essentiellement esclaves, mais que l'esclave différât à peine d'un animal. La loi ne le faisait pas seulement vil, elle ordonnait de le considérer comme rien : non tam viles quam nuUi sunt. Aussi les maîtres avaient sur les esclaves un pouvoir absolu ! La célèbre constitution de Constantin signalait des excès de tous les jours, lorsqu'elle défendait de les rouer de coups, de leur faire avec un dard des blessures mortelles, de les suspendre au gibet, de les empoisonner , de les faire déchirer par les ongles des bêtes féroces, de leur sillonner les membres avec des charbons ardents.

Quel affreux spectacle que celui des gladiateurs condamnés à se couper la gorge pour le passe-temps des citoyens de tous les rangs et de tous les sexes!

Et cependant, Trajan lui-même, ce prétendu homme de bien tant vanté, dont on a voulu faire les délices du genre humain, pour célébrer son triomphe sur les Daces, ordonna des spectacles de gladiateurs qui se prolongèrent ^enàant cent vingt-trois jours, et où s'entre-déchirèrent dix mille gladiateurs et onze MILLE animaux féroces !

Le plus grand des empereurs romains acceptait sans frémir, sans rougir, les adieux sacrilèges des nobles victimes qui allaient s'égorger de leurs propres mains. Et cela dans les plus beaux temps de Rome, alors que la raison et la philosophie atteignaient leur apogée.

Dès son berceau, au contraire, la foi n'a vu dans l'esclave qu'un enfant de Dieu. « Si là pauvreté, disait déjà leLévitique, ch. XXV, réduit votre frère à se vendre à vous, vous ne l'opprimerez pas en le torturant, mais vous le traiterez comme un serviteur h gages. Il travaillera chez vous jusqu'à Tannée du jubilé ; il sortira alors, avec sa femme et ses enfants, et pourra retourner à sa famille et à l'héritage de ses pères... » A la lumière de la révélation, tous, juifs et gentils, esclaves et maîtres,

nous formons un seul corps, animé d'un même esprit, et dont au même titre nous sommes tous les membres. « L'œil ne peut pas dire à la main : je n'ai pas besoin de tes services ; ni la tête aux pieds : vous ne m'êtes pas nécessaires. Tout au contraire, les membres du corps qui paraissent les plus faibles sont souvent les plus indispensables... 11 faut donc que tous aient les mêmes soins les uns les autres, parce que, quand un membre souffre tous les autres souffrent, quand un membre est glorifié, tous les autres se réjouissent avec lui. » Puis viennent les admirables préceptes de la charité chrétienne.

La vérité sur nous-même. Elle échappe fatalement à la raison, tandis que la foi nous rend certains de l'existence de notre âme, de sa spiritualité, de son immortalité, de son éternité bienheureuse ou malheureuse, de la résurrection du corps, etc. Elle nous apprend les devoirs que nous avons à remplir envers Dieu, envers nous-mêmes, envers le prochain. Elle nous offre' la grâce nécessaire pour nous en acquitter fidèlement.

Relisez, chers lecteurs, le moment est venu, le simple exposé, que nous donnions en commençant, du symbole, des dogmes et de la morale de la foi, et vous verrez quel imme'nse trésor de connaissances spéculatives et pratiques elle offre à notre intelligence. Tandis que pour la raison abandonnée k elle-même, tout est ténèbres profondes, contradictions incessantes, doute écrasant, opinions incertaines qui se heurtent et se renversent les unes les autres, pour la raison complétée par la foi, tout surabonde de lumière; c'est l'éclat du soleil en plein midi. Un enfant chrétien qui sait bien son humble catéchisme possède mille fois plus de vérités religieuses et morales que Platon, Socrale, Cicéron, Sénèque et tous les philosophes de ranliciuilé.

Qui de nous n'a jtas renconlié sur son chemin un frère

aveugle. Il est conduit le plus souvent par un enfant, ou par un petit chien, compagnon fidèle de son infortune. Quelquefois cependant, il n'a pour guide que son bâton, avec lequel il frappe incessamment le bord du trottoir, pour acquérir la certitude qu'il suit une ligne rigoureusement parallèle et sûre. Mais jamais vous n'avez vu un aveugle conduit par un autre aveugle; ils savent trop bien qu'en s'appuyant l'un sur l'autre, ils tomberaient tous deux dans le précipice, et feraient une chute plus lourde.

Quelle ne serait pas votre indignation, si, au milieu d'une place publique parcourue en tous sens par des voitures nombreuses et rapides, un homme méchant s'approchant tout à coup de l'aveugle, le séparait violemment de l'enfant, du chien, du bâton qui le guide, et l'abandonnait à lui-même, avec la certitude de levoirbientôt écrasé? Quelle cruauté! diriez-vous. On peut cependant concevoir un attentat plus odieux encore ; c'est celui du méchant qui, sous prétexte de prendre dans la sébille de l'aveugle de la menue monnaie, substitue de sang-froid une pièce d'airain à la pièce d'argent, dont l'aveugle est peut-être loin de soupçonner la présence, mais qui serait un si grand soulagement à sa misère.

L'aveugle est la pauvre raison humaine, ensevelie dans des ténèbres profondes, marchant à tâtons, toujours prête à s'égarer et à tomber dans les aberrations les plus lamentables. La foi pour elle n'est pas seulement le bâton , le chien fidèle, l'enfant clairvoyant, ou l'épouse dévouée ; c'est l'ange de lumière qui la défend de tous les périls, la conduit au terme de son voyage, et la met en possession de l'héritage appelé de tant de vœux.

Séparer l'aveugle de son guide indispensable, c'est enlever h l'âme le flambeau de la foi, la livrer à elle-même, à ses

ténèbres, à ses faiblesses, à ses passions, à ses vices, à toutes les séductions qui renlourent, et la faire aboutir à Tabîme de l'incrédulité et de la corruption.

Enlever à la sébille de Taveugle la pièce d'argent qui y brillait d'un doux éclat, et la remplacer par une monnaie d'airain, c'est substituer à la foi la philosophie, autre aveugle qui, loin de l'éclairer, l'éblouit peut-èlre un instant, mais pour la plonger bientôt dans des ténèbres plus profondes, et la précipiter dans des égarements qu'elle n'aurait pas connus si elle avait cheminé seule dans la vie.

Ah ! de grâce, laissez à rame l'ange gardien et illuminateur de la foi. Ne commettez pas le vol abominable à la sébille de l'aveugle; vous assumeriez sur vous une responsabilité par trop effrayante.

Mais nous n'avons encore développé que la première partie de la délinition de saint Paul : la foi est l'argument de ce qui ne nous apparaît pas, La seconde : La foi est la subblance des biens que nous pouvons, que nous devons espérer, est plus instruclive encore; elle nous fera mieux sentir combien l'adhésion de notre âme à la foi est raisonnable, légitime et glorieuse.

L'homme qui n'aurait rien à désirer ici-bas serait une sorte de phénomène ou de monstre. 11 faut être grandement tombé, et s'être fatalement identifié avec la matière, pour ne rien demander en dehors et au delà du bien-être illusoire et passager de cette triste vie. L'âme de l'homme, au contraire, a une soif insatiable du bonheur : le Sage la compare, avec raison, à la mer dans laquelle tous les fleuves se jettent, sans jamais la faire déborder; à un feu dévorant qui ne dit jamais : c'est oss^'s/ Or, celte félicité complète et durable à laquelle nous aspirons de toute Ténergie de notre être, nous sentons iiistinc-

tivement, et nous apprenons tous les jours par une douloureuse expérience, qu'elle n'est pas de ce monde, où le malaise est la règle générale, et l'aisance l'exception ; où le beau est sans cesse étouffé et opprimé par le laid, le bien par le mal, le juste par l'injuste, l'ordre par le désordre, la vertu par le vice. . ; où tout, en un mot, est vanité et aftliction d'esprit. C'est le cri de douleur et de vérité échappé à l'àme désabusée de l'homme qui fut le plus en possession de tous les moyens d'arriver au bonheur, et qui les avait tous mis en œuvre tour à tour, avec une persévérance inouïe.

« J'ai vu tout ce qui est sous le soleil...; j'ai surpassé en puissance et en sagesse ceux qui ont existé avant moi ; j'ai tout étudié et tout appris; j'ai enivré mon âme de délices, je me suis livré à tous les plaisirs; j'ai élevé des monuments grandioses, bâti des maisons splendides, planté de grands vignobles, construit des jardins et des vergers remplis d'arbres et de plantes de toute espèce, creusé des réservoirs pour arroser jusqu'aux jeunes arbres de mes forêts; j'ai possédé une multitude de serviteurs et de servantes, une famille nombreuse, de grands troupeaux de bœufs et de brebis ; j'ai amoncelé l'or sur l'or et l'argent sur l'argent, j'ai eu pour tributaires les rois et des provinces entières; mes palais étaient remplis de flots d'harmonie; sur ma table un vin délicieux remplissait les urnes et les verres; je n'ai rien refusé à mes yeux des beautés et des splendeurs qui les charmaient, à mon cœur des voluptés dans lesquelles il a voulu se complaire... Et lorsque je me suis replié sur moi-même, j'ai rencontré un vide affreux, j'ai éprouvé un dégoût amer, d'autant plus que rien n'est stable sur la terre. »

Salomon ajoute ailleurs, ce qui est pour les âmes droites une épreuve presqu'au-dessus des forces humaines, que, dans ce monde, le malheur est trop souvent le partage des bons et le

bonheur le partage des méchants. Écoutons ce cri d'angoisse échappé à la grande âme de David :

« Mes pas ont chancelé, mes pieds se sont presque dérobés sous moi, quand j'ai été témoin de la paix des pécheurs, et comme réduit à envier leur sort. Il semble que la mort n'existe pas pour eux, et qu'ils soient à l'abri de tous les maux de l'humanité. Ils ne prennent aucune part aux fatigues des autres hommes, et les fléaux communs ne les atteignent pas. Leur iniquité sort des flots de leur graisse, et ils s'a^bandonnent sans frein à tous les désirs de leur cœur. Leurs pensées et leurs discours n'ont pas d'autre objet que le mal ; en parlant ils semblent néanmoins rendre des oracles. Leur bouche est à la hauteur des deux, tandis que leur langue ravage la terre. Mon peuple indigné les regarde et s'étonne de voiî que leurs jours sont pleins diniquité. Il se scandalise et s'écrie : Dieu ne le sait donc pas, et la science n'est plus l'apanage du Très-Haut ! Et moi j'étais tenté de m'écrier à mon tour : Si les pécheurs et ceux qui avalent l'iniquité comme l'eau sont comblés de bonheur et de richesses! C'est donc en vain que j'ai gardé mon cœur pur et mes mains innocentes ; c'est donc en vain que j'ai supporté avec patience les épreuves qui le long du jour fondaient sur moi, et les châtiments qui m'assaillaient dès le matin. Mais tenir ce langage ce serait condamner au désespoir et à la réprobation la génération entière de vos élus. J'en étais là, je m'efforçais en vain de sonder ce mystère scandaleux de la paix des impies, quand, enfin, rentrant dans le sanctuaire de ma foi, qui est le sanctuaire de mon Dieu-, j'ai vu se dérouler sous mes yeux le tableau de leur fin dernière... Cette prospérité était un piège que vous leur tendiez. Au moment où ils se croyaient les plus forts, vous les avez jetés à terre. Dans quelle désolation ])rofonde ils sont tombés tout à couj) ! Leur ini(|ui(é les a tués; ils se sont évanouis comme un

songe à rinstant du réveil; leur image a complètement disparu de la cité !.. »

Oh ! oui, sans la foi, tout est ici-bas contradiction et désespoir. Que les insensés qui le veulent se condamnent à ce désespoir affreux, qu'ils se plongent dans les flots désolants de ces contradictions lamentables; je veux, moi, car c'est le besoin impérieux de ma nature, cette foi bienheureuse qui, devenue le télescope de mon cœur comme elle a été le télescope de mon intelligence, me montre dans le lointain le bon et le beau idéal, le terme de mon exil et de mes malheurs, le bonheur au-dessus des désirs de mon âme, des rêves de mon imagination, des aspirations de mes sens, que l'œil n'a pas vu, que l'oreille n'a pas entendu, que le cœur n'a pas compris, mais que Dieu réserve à ceux qu'il aime. La foi est la substance des biens que je puis, que je dois espérer ! Comment ne serait-elle pas éminemment raisonnable, légitime et glorieuse.

Et ce que nous avons dit de la vérité, nous devons le dire du bonheur. La foi seule nous le donne, parce que seule elle détruit en nous tout ce qui s'oppose au bonheur, parce que seule elle fait goûter les consolations et les joies qui font le bonheur, parce que seule elle nous maintient dans la possession du vrai bonheur.

Quels sont les ennemis les plus irréconciliables du bonheur de l'homme? Les passions et les vices! L'esprit d'inquiétude et l'amour des plaisirs qui font le vide dans le cœur; l'orgueil, l'envie de posséder, la jalousie, la colère, la haine, . le dépit qui aigrissent ; les mouvements déréglés des sens qui font naître les grosses tempêtes. Or la foi et la foi seule peut mettre un frein aux passions, et défendre le cœur des

flots tumultueux des vices. Son joug d'ailleurs est doux et le fardeau qu'elle impose est léger.

D'où s'échappent ces grands cris de douleur de l'humanité? Insensés que nous étions, nous nous sommes donc trompés..? A quoi nous a servi notre orgueil ? Nous avons été dévorés par notre propre malice... Collines, tombez sur nous; montagnes, écrasez-nous...? De la bouche des impies et des pécheurs qui n'ont pas voulu ou qui n'ont pas pratiqué la foi. Leur bonheur ne fut, en réalité, qu'une poussière soulevée par le vent, une écume légère emportée par la tempête, une vapeur qui Vest dissoute dans l'air.

De quelles bouches, au contraire, se sont élancés les cris de satisfaction et d'allégresse d'âmes heureuses au delà de ce qu'elles pouvaient désirer? Je surabonde de joie au milieu même de mes tribulations! Ou souffrir, ou mourir! 0 bonne et chère croix que je t'ai longtemps désirée! Je vois Jésus debout et tenant dans sa main la couronne qu'il va déposer sur la tète de son serviteur..! C'est assez, mon Dieu, c'est assez... ! Delà bouche d('s justes qui vivaient de la foi, et qui goûtaient la paix de Dieu inhniment plus douce que toutes les délices des sens.

L'homme livré à lui-même, à sa seule raison, est fatalement homicide et suicide ! Il est même le seul être de la création qui attente à ses jours. C'est épouvantable à dire, mais c'est la Nérité ! Et ce qui est plus douloureux encore à constater, c'est (jue cette soif du suicide va croissant avec la civilisation ! A l'état sauvage l'homme est homicide, anthropophage même quelquefois. Du moins il ne se tue pas; il a au contraire linstinct profond et impérieux de sa conservation. Mais à peine arrivé en contact avec l'homme civilisé, qui lui apporte ses passions sans luiai.porterlafoi, le sauvage voit naître en lui des appétits

déréglés, que dans son heureuse ignorance il ne soupçonnait pas. Il approche de ses lèvres la coupe des liqueurs fortes, et l'intempérance fait en quelques années ce qu'une guerre acharnée n'aurait pu faire : elle décime ces populations autrefois si robustes et si vivaces, elle les fait marcher à grands pas vers leur déclin. C'est ainsi qu'ont péri partout les races aborigènes du nouveau monde, traquées et abruties par les traficants de l'ancien monde. A la place des pionniers du commerce et de l'industrie, mettez l'apôtre de la foi, la vieille robe noire, et le passage de l'état sauvage à l'état de civilisation sera non plus homicide mais bienfaisant, vous verrez naître les admirables missions du Paraguay,

Aujourd'hui en Europe, en France surtout, où la civilisation est à son apogée, ne dirait-on pas que la grande occupation de l'homme est d'attenter à sa vie? Il se tue par la soif des grandeurs, par le tracas des affaires, par les angoisses de la grande industrie, par le séjour presque habituel dans les atmosphères empestées des théâtres, des cafés et des estaminets, par l'abus du tabac et des liqueurs alcooliques, de l'absinthe surtout, par des danses effrénées qui se prolongent toute la nuit, par la passion des chevaux et des courses, par les exaltations du jeu, par les attentats directs contre ses jours qui vont se multipliant dans une proportion désespérante, etc.

Et les maladies terribles, presqu'inconnues autrefois, qui moissonnent à elles seules plus de la moitié des victimes de la mort, la syphilis, la fièvre puerpérale, le croup, la fièvre typhoïde, l'anémie, la chlorose, la phlhisie pulmonaire surtout, que j'appellerais volontiers le sceau de la bête, ne sont-elles pas les tristes fruits et en même temps le châtiment redoutable d'une civilisatiou sans foi?

Et la folie, endémique ou épidémique à son tour I

Chose étrange, on fait un crime à la foi de l'abstinence et des jeûnes qu'elle commande avec tant de sagesse et de douceur, pour défendre ses enfants de l'invasion des passions homicides, et l'on ne lient aucun compte à l'incrédulité des mille germes, des mille réponses de mort qu'elle fait naître partout sous nos pas.

Ne serait-ce pas même par une fatale extension à la raison de cette horrible manie du suicide, qu'il faut expliquer ces odieuses préférences, je ne dirai pas des ignorants, mais des savants eux-mêmes, et des savants surtout ?

La foi donne à l'homme pour origine et pour créateur Dieu, pour premier père Adam, sorti parfait des mains de Dieu ! Il aime mieux naître au hasard d'une série de transformations indéfinies, et avoir pour premier père un singe !

La foi lui donne une âme spirituelle capable de comprendre et d'aimer; il fait des efforts inouïs pour n'être qu'une matière organisée !

La foi lui commande d'élever les yeux vers le ciel où l'attend, s'il le veut, un bonheur éternel et infini : il aime mieux faire de la terre son unique patrie, et appeler à grands cris le néant !

Ces préférences horribles, ces répulsions sacrilèges de ce qui est vrai, bon, beau, cette haine acharnée de la foi et des biens qu'elle apporte, n'ont évidemment rien d'humain! Elles sont surnaturelles, mais d'un surnaturalisme infernal, et bien aveugle serait celui qui n'y verrait pas une démonstration éclatante de la divinité de noire foi ! Le miracle du mal, comme le miracle du bien, est un argument invincible de vérité. Or le miracle

du mal le voici : Homo cum in honore esset non intellexit, compai'atus est jumentis insipientibus et similis factus est illis. l'homme parvenu par la foi au comble de l'honneur, n'a pas compris; il a voulu descendre au niveau des bêtes de somme

SANS raison, et IL s'eST FAIT SEMBLABLE A ELLES !

Je termine par un autre texte dans lequel saint Paul fait encore allusion à la foi comme au télescope de notre intelligence et de notre cœur (P'' épître aux Corinthiens, ch. xiii, V. là.). «Maintenant nous voyons dans le miroir de la foi, et ce ce que nous voyons reste encore à l'état d'énigme. Mais un jour nous verrons face à face. Aujourd'hui nous connaissons, mais nous ne connaissons qu'en partie; un jour je connaîtrai comme je suis connu. Ici-bas, il est pour moi trois grandes choses : la foi, l'espérance et la charité. Dans le ciel la plus grande de ces trois choses, la charité, demeurera seule, et avec elle le bonheur sans nuage, la paix éternelle des cieux. »

Qui de nous, chers lecteurs, serait assez ennemi de luimême pour préférer à la terre des vivants par la foi la terre des morts sans la foi que Job appelle dans son langage si énergique : la terre de la misère et des ténèbres, toujours couverte de l'ombre de la mort, où il ne règne aucun ordre, mais une horreur sempiternelle !

Oh oui! rien de plus excellent que la foi si admirablement définie par saint Paul, et tant exaltée par lui dans sa sublime et éloquente épître aux Hébreux :

La foi dans les temps antiques d'Abel, d'Enoch, de Noé, d'Abraham, d'Isaac, de Jacob, de Joseph, de Moïse, de Josué, (le Gédéon, de'Baruch, de Samson, de Jephté, de Samuel, (le David !

La foi dans les temps nouveaux: de Jean-Baptiste, de Pierre, de Paul, de Jean l'Évangéliste, d'Etienne.

La foi dans le moyen âge : de saint Jérôme, de saint Augustin, de saint Ambroise, de saint Grégoire, de saint Léon, de saint Jean-Chrysostome, de saint Basile, de saint Thomas d'Aquin, de saint Anselme, de saint Bernard, de Cliarlemagne, de saint Louis !

La foi dans les temps modernes de saint François de Sales, de saint François Xavier, de saint Vincent de Paul, de Bossuet, de Fénelon, de Newton, de Racine, de Corneille,' de Kepler, d'Euler, d'Ampère, de Cauchy et de tant d'autres illustrations littéraires, scientifiques, philosophiques et théologiques.

La foi par laquelle tant de héros de l'humanité ont vaincu le monde, fermé la gueule aux lions, arrêté la violence du feu, émoussé le tranchant du glaive, guéri des maux incurables, remporté des victoires, mis en fuite des armées étrangères, ressuscité les morts !

On les a vus sacrifiant tout à la résurrection promise par la foi, subir toutes les tortures, accepter les fouets et les outrages, lapidés, sciés, décapités, ou réduits à errer dans le désert, eux dont le monde n'était pas dignes, couverts de peaux de brebis ou de chèvres, allant çà et là, dans l'indigence, dans ralïliction, dans les angoisses; se cachant dans les vallées ou sur les montagnes, dans les antres et les cavernes de la terre. »

C'est toujours saint Paul qui a parlé. Ajoutons avec lui: «Nous donc, voyant sur nos télés une si -loriouse nuée de témoins; nous dépouillant des misères et des péchés, courons avec courage et patience vers le bui qui nous est proposé; contemplant et adorant fauteur et le consomfiiateur de notre foi, le Seigneur Jésus assis à la droite du trône de Dieu ! »

Nous sommes donc arrivés à cette conclusion capitale : la loi est éminemment raisonnable et glorieuse, parce qu'elle est le complément divin de ràrae humaine. Télescope béni de son intelligence, elle lui révèle les vérités qu'elle a tout intérêt à connaître, et qu'elle ne peut découvrir par ses propres lumières. Télescope non moins béni de son cœur, elle l'initie aux biens qu'il peut et doit espérer, qui satisferont seuls sa soif insatiable du bonheur. La foi, en outre, ne montre pas seulement le vrai et le bien, avec le chemin qui y conduit ; elle est la source nécessaire et efficace de la félicité, parce que, seule, elle détruit en nous ce qui s'oppose au bonheur ; seule, elle fait goûter les consolations et les joies qui font le bonheur ; seule, elle nous maintient dans la possession pleine et entière du bonheur. La foi, en un mot, élève, agrandit, ennoblit l'homme; la science incrédule l'abaisse, le rapetisse et le dégrade.

Mais peut-être que les vérités de la foi sont contraires aux vérités de la science, que la foi est condamnée par la science?

Ce doute implique contradiction dans les termes. La vérité est une, et ne peut pas être contraire à elle-même. Donc puisque la révélation et la science sont toutes deux la vérité, elles s'accordent nécessairement l'une avec l'autre.

Nous établirons, en effet, dans les chapitres qui vont suivre, et de la manière la plus certaine, l'accord parfait de la science et de la révélation. Issues toutes deux de Dieu, loin de se combattre, ces deux sœurs se donnent mutuellement la main pour remonter au Ciel, et se fondre dans la vision intuitive de la vérité, de la bonté, de la beauté infinie.

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