BREF DE PIE M CONDAMNAINT LA COINSTITUTION CIVILE DU CLERGÉ
A S. E. M. le Cardinal de La Rochefoucauld, Archevêque d'Aix, aux autres Archevêques et Évêques de V Assemblée nationale de France, au sujet de la Constitution civile du clergé, décrétée par l'Assemblée nationale le 40 mars 4191. (Extrait.)
« L'Assemblée nationale s'est attribuée la puissance
spiriluelle lorsqu'elle a fait tant de nouveaux règlements contraires aux dogmes et à la discipline ; lorsqu'elle a voulu obliger les Évoques et tous les Ecclésiastiques à s'engager par serment à l'exécution de ses décrets. Mais cette conduite n'étonnera pas ceux qui observeront que l'effet nécessaire de la constitution décrétée par l'Assemblée, est d'anéantir la Religion catholique, et avec elle l'obéissance due aux rois. C'est dans cette vue qu'on établit, comme un droit de l'homme en société, cette liberté absolue, qui non-seulement offre le droit de n'être point inquiété sur ses opinions religieuses, mais qui accorde encore cette licence de penser, de dire, d'écrire, et même de faire imprimer impunément, en matière de religion, tout ce que peut suggérer l'imagination la plus déréglée; droit monstrueux, qui paraît cependant à l'Assemblée résulter de l'égalité et de la liberté naturelle à tous les hommes. Mais que pouvait-il y avoir de plus insensé que d'établir parmi les hommes cette égalité et cette liberté effrénée, qui semble étouffer la raison, le don le plus précieux que la nature ait fait à l'homme, et le seul qui le distingue des animaux? Dieu, après avoir créé l'homme, après l'avoir établi dans un lieu de délices, ne le menaça-t-il pas de mort s'il mangeait du fruit de l'arbre de la science du bien et du mal? Et par cette première défense ne met-il pas des bornes à sa liberté? Lorsque dans la suite sa désobéissance l'eut rendu coupable, ne lui imposa-t-il pas de nouvelles obligations par l'organe de Moïse? Et quoiqu'il eût laissé à son libre arbitre le pouvoir de se déterminer pour le bien ou pour le mal, ne Tenvironna-t-il pas de préceptes et de commandements qui pouvaient le sauver s'il voulait les accomplir ?
*^0* LES SPLE.NDiauS UE LA FOI.
« OÙ est donc cette liberté de penser et d'agir que l'Assemblée nationale accorde à l'homme social comme un droit imprescriptible de la nature? Ce droit chimérique n'est-il pas contraire aux droits du Créateur suprême, à qui nous devons Texistence et tout ce que nous possédons? Peul-on d'ailleurs ignorer que l'homme n'a pas été créé pour lui seul, mais pour être utile à ses semblables? Car telle est la faiblesse de la nature, que les hommes, pour se conserver, ont besoin du / secours mutuelles uns des autres; et voilà pourquoi Dieu leur i a donné la raison et l'usage de la parole, pour les mettre en ! état de réclamer l'assistance d'autrui, et de secourir à leur i tour ceux qui imploreront leur appui. C'est donc la nature elle-même qui a rapproché les hommes et les a réunis en ' société; en outre, puisque l'usage que l'homme doit faire' de sa raison consiste essentiellement à reconnaître son souverain Auteur, à l'honorer, à l'admirer, à lui rapporter sa personne et tout son être ; puisque, dès son enfance, il faut qu'il soit soumis à ceux qui ont sur lui la supériorité de Tà^e; qu'il se laisse gouverner et instruire par leurs leçons; qu'il apprenne d'eux à régler sa vie d'après les lois de la raison, de la société et de la religion : celte égalité, celte liberté, si vantées, ne sont donc pour lui, dès le moment de sa naissance que des chimères et des mots vides de sens. Soyez soumis par la nécessité, dit l'apôtre saint Paul : ainsi les hommes n'ont pu se rassembler et former une association civile sans établir un gouvernement, sans restreindre cette liberté, et sans l'assujettir aux lois de l'autorité de leurs chefs. La société humaine, dit saint Augustin, n'est autre chose qu'une convention générale d'obéir aux rois; et ce n'est pas tant du contrat social que de Dieu lui-même, auteur de tout bien et de toute justice, que la puissance des rois tire sa force. Que chaque individu ■ soit soumis aux puissances, dit le sublime Apôtre que je viens j de citer; toute puissance vient de Dieu même : leur résister ' c'est troubler l'ordre que Dieu a établi; et ceux qui se rendent coupables de cette résistance, se dévouent eux-mêmes à des
châtiments éternels
« En avançant dans l'examen des erreurs de l'Assemblée nationale, nous rencontrons l'abolition de la primauté et de la juridiction du Suinl-Siége. Un décret formel porte que le nouvel évèipie ne pourra s'.idresser au pape pour en obtenir aucune confirmation, mais il lui écrira comme au chef visible
APPENDICE n. 3t*
lie l'Église universelle, en témoignage de Funité de foi et de la communion qu'il doit entretenir avec lui. On prescrit une nouvelle formule de serment où le nom du pontife de Rome est supprimé. Bien plus, l'élu étant obligé par son serment à l'exécution des décrets nationaux qui lui défendent de faire confirmer son élection par le Saint-Siège, toute la puissance du souverain Pontife est par là même anéantie, et c'est ainsi que les ruisseaux sont détournés de la source, les rameaux détachés de l'arbre, les peuples séparés du Vicaire de Jésus- Christ Comment, en effet, peut-on dire que l'on conserve,
que l'on entretient la communion avec le Chef visible de l'Église, lorsqu'on se borne à lui donner avis de son élection, et lorsqu'on s'engage par serment à ne point reconnaître l'au • torilé attachée à la primauté? En sa qualité de chef, tons ses membres ne lui doivent-ils pas la promesse solennelle de l'obéissance canonique, seule capable de conserver l'unité dans l'Église, et d'empêcher que ce corps mystique établi par Jésus-Christ ne soit déchiré par dos schismes? Voyez dans les Antiquités ecclésiastiques de .Martenne, la formule de serment en usage pour les Églises de France depuis un grand nombre de siècles : tous les évoques, dans la cérémonie de leur ordination, avaient coutume d'ajouter à leui- profession de foi la clause expresse de l'obéissance au Pontife de Rome
« Mais, disent les apologistes des décrets de l'Assemblée, la Constitution du clergé ne regarde que la discipline, qui souvent a changé suivant les circonstances, et qui est encore aujourd'hui susceptible de changement. Je réponds d'abord que, parmi les décrets relatifs à la discipline, on en a glissé plusieurs destructifs du dogme et des principes immuables de la Foi, comme nous l'avons déjà démontré Il est
bon d'observer d'abord la liaison intime que la discipline a souvent avec le dogme; combien elle contribue à conserver sa pureté; n'oublions pas aussi que les changements bien rares permis par l'indulgence des Pontifes romains ont eu peu d'utilité et une courte durée ; et certes les saints Conciles ont souvent lancé la peine d'excommunication contre ceux qui n'étaient coupables ((uo d'infractions contre la discipline de l'Église. . .
((. Tant d'exemples d'anathèmes lancés contre les
infracleurs de la discipliiie, prouvent que l'Église a toujours cru qu'elle éiail étroitement liée avec le dogme, qu'elle ne
32* LCS SPLODELRS DE LA KOI.
peut jamais être changée que par la puissance ecclésiastique, à laquelle seule il appartient de juger que l'usage constamment suivi est sans avantage, ou doit céder à la nécessité de procurer un plus grand bien. . .
« Examinons maintenant les divers articles de la
Constitution du clergé.
« Un des plus répréhensibles est sans doute celui qui anéantit les anciennes métropoles, supprime quelques évêchés, en éri^^e de nouveaux, et change toute la distribution des diocèses.
« Ne faut-il pas que nous examinions mûrement si nous
(levons l'approuver; et le principe vicieux d'après lequel ces divisions et ces suppressions ont été ordonnées, n'est-il pas un grand obstacle au consentement que nous pourrions leur donner. Il ne s'agit pas ici de quelques changements dans un ou deux diocèses, mais du bouleversement universel de tous les diocèses d'un grand empire ; il s'agit de déplacer une foule d'églises illustres, de réduire les archevêques au simple titre d'évèques, nouveauté expressément condamnée par Innocent III... Il faudrait auparavant que nous fussions instruit des sentiments du peuple à qui l'on veut ravir l'avanta^-e d'être plus près de son pasteur, et plus à portée des secours spirituels. Ce changement ou plutôt ce renversement de la discipline offre une autre nouveauté considérable dans la forme de l'élection, substituée à. celle qui était établie par un traité mutuel et solennel connu sous le nom de Concordat, passé entre Léon X et François I*', approuvé par le cinquième Concile général de Latran, exécuté avec la plus grande fidélité pendant deux cent cinquante ans, et qui, par conséquent, devait être regardé comme une loi de la Monarchie. On y avait réglé d'un commun accord la manière de conférer les évêchés, les prélatures, les abbayes et les bénéfices : cependant, au mépris de ce traité, l'Assemblée nationale a décrété que les évêques à l'avenir seraient élus par le peuple des districts ou dos municipalités, et semble avoir voulu par cette disposition embrasser les erreurs de Luther et de Calvin, adoptées depuis par l'apostat de Spalalro; car ces hérétiques soutenaient que l'élection des évêques par le peuple était de droit divin. . . Les troubles, les factions, les discordes éternelles, et une foule d'abus forcèrent d'éloigner le peuple des élections, et même de ne plus ronsuller ni son vœu, ni son témoignage. Mais si celle exclusion du peuple a eu lieu lorsque les électeurs étaient
tous catholiques, que dire du décret de l'Assemblée nationale qui, excluant le clergé des élections, les livre à des départements dans lesquels il se trouve des juifs, des hérétiques, des hétérodoxes de toute espèce Ce mode d'élection renouvellerait les troubles, réveillerait les haines assoupies depuis si longtemps ; il donnerait même à l'Église catholique des prélats fauteurs de l'hérésie, des docteurs qui, au moins en secret et au fond du cœur, nourriraient les opinions erronées des électeurs.
a Les évêques élus par leurs départements ont ordre
d'aller demander la confirmation au métropolitain, ou au plus ancien évoque ; s'il la refuse, il est obligé de consigner par écrit les motifs de son refus. L'élu peut en appeler comme d'abus devant les magistrats civils ; ce sont eux qui décideront si l'exclusion est légitime; ils se constitueront juges des métropolitains et des évêques auxquels cependant appartient de plein droit le pouvoir de juger des mœurs et de la doctrine, et qui, suivant saint Jérôme, ont été établis pour garantir le peuple de l'erreur...
« N'est-il pas évident que le but de l'Assemblée dans
ces décrets est de renverser et d'anéantir l'épiscopat, comme en haine de la religion dont les évêques sont les ministres? Son dessein se manifeste évidemment par l'établissement d'un conseil permanent de prêtres qui doivent porter le nom de vicaires. Dans les villes de dix mille habitants, ces conseillers seront au nombre de seize, et dans les lieux moins peuplés, ils se réduiront à douze. On force encore les évoques de s'attacher les curés des paroisses supprimées; ils sont déclarés ses vicaires de plein droit; et, par la force de ee droit, ils sont indépendants de l'évêque. Quoiqu'on lui laisse le libre choix de ses autres vicaires, il ne peut cependant sans leur aveu exercer aucun acte de juridiction, si ce n'est provisoirement ; il ne peut les destituer qu'à la pluralité des suffrages de son conseil. N'est-ce pas vouloir que chaque diocèse soit gouverné par des prêtres, dont l'autorité anéantira la juridiction de l'évêque? N'est-ce pas contredire ouvertement la doctrine exposée dans les Actes des Apôtres : « Le « Saint-Esprit a établi les évêques pour gouverner l'Eglise « que Dieu a acquise au prix de son sang. » Enfin n est-ce pas troubler et renverser absolument tout l'ordre de la hiérarchie? Parla les prêtres deviennent les égaux des évêques,
3i* LES SPLENDEURS DE LA FOI.
erreur que le prêtre Aiius enseigna le premier, et qui fut ensuite soutenue par Wiclef, par Marsile de Padoue, par Jean de Jandune, et enfin par Calvin, comme l'observe Benoît XIV dans son traité du synode diocésain. Il y a plus : les prêtres sont mis au-dessus des évoques, puisque les évêques ne peuvent les destituer, ni rien décider qu'à la pluralité des suffrages de leurs vicaires Pour ce qui regarde les autres
vicaires qu'on appelle vicaires de plein droit, il est trèsétrange et tout à fait inouï que les évêques soient forcés d'accepter leurs services, tandis qu'ils peuvent avoir des motifs très-légitimes pour les rejeter. Il est fort étonnant, surtout, que ces prêtres n'étant que subsidiaires, et remplaçant dans ses fonctions un homme qui n'est pas inhabile à les exercer lui-même, ils ne soient pas soumis à celui au nom duquel ils agissent.
«L'Assemblée a du moins laissé aux évêques le pouvoir
de choisir leurs vicaires dans tout le clergé. Quand il a été question de régler l'administration des séminaires, elle a décrété que l'évêque ne pourrait en choisir les supérieurs que d'après l'avis de ses vicaires et à la pluralité des sufTrages, et ne pourrai! les destituer que de la même manière. Qui ne voit à quel point on porte la défiance contre les évêques, qui cependant sont chargés de droit de l'institution et de la discipline de ceux qui doivent être admis dans le diocèse et employés au ministère? n'cst-il pas incontestable que l'évêque est le chef et le premier supérieur du séminaire?.... Enfin, pourniettre le comble au mépris et à l'abjection oiiron a dessein de plonger les évêques, on les assujettit tous les trois mois à recevoir, comme de vils mercenaires, un salaire modique, avec lequel ils ne pourront plus soulager la misère de cette foule de pauvres qui couvre le royaume, et bien moins encore soutenir la dignité du caractère épiscopal. Cette nouvelle institution de portion congrue, pour les évêques, contredit toutes los anciennes lois, qui assignaient aux évêques et aux curés des fonds de terre pour les administrer euxmêmes et en recueillir les fruits comme le font les propriétaires.
« Le droit qu'on attribue aux administrations de département do fixer elles-mêmes les limites des paroisses comme elles le jugeront k propos, est déjà fort extraordinaire ; mais ce qui m'a causé le plus grand étonnement, c'est le nombre
prodigieux de paroisses supprimées ; c'est le décret qui ordonne que dans les villes ou bourgs de six mille habitants, il n'y aura qu'une seule paroisse. Et comment un curé pourrat-il jamais suffire à cette foule immense de paroissiens?
« Nous passons maintenant à l'invasion des biens ecclésiastiques. Que tous ceux qui participent à cette usurpation se rappellent la vengeance que le Seigneur tira d'fléliodore et de ceux qui lui prêtèrent leurs services pour enlever les trésors du temple.
« Ce qui paraîtra presque incroyable, c'est que dans le moment oîil'on s'empare des biens des églises et des prêtres catholiques, on respecte les possessions que les ministres protestants, ennemis de l'Église, ont autrefois envahies sur elle, et cela sous le prétexte des traités. Sans doute que l'Assemblée nationale regarde les traités faits avec les protestants comme plus sacrés que les canons ecclésiastiques, et que le concordat passé entre le chef de l'Église et François I". Il lui a plu sans doute de faire cette exception en faveur des protestants, parce qu'il convenait à ses vues de n'envelopper dans la proscription que la religion et les prêtres catholiques. Qui ne voit que le principal objet des usurpateurs, dans cette invasion des biens ecclésiastiques, est de profaner les temples, d'avilir les ministres des autels, et de détourner à l'avenir tous les citoyens de l'état ecclésiastique ? A peine avaient-ils commencé à porter les mains sur cette proie, que le culte divin a été aboli, les églises fermées, les vases sacrés enlevés, le chant des divins offices interrompu. La France pouvait se glorifier d'avoir vu fleurir dans son sein, dès le vi* siècle, des chapitres de clercs réguliers, elle pleure aujourd'hui l'abolilion et la ruine de ces pieux établissements injustement et indignement proscrits par l'Assemblée nationale
«Un rite que l'Eglise gallicane, dans les siècles les plus
reculés, avait établi et maintenu avec un si grand soin, pour fixer les ecclésiastiques dans l'état de chanoine par des fonctions honorables, un rite qu'elle regardait comme propre à nourrir la piété, à exciter la dévotion des fidèles, et à les inviter, par l'attrait du chant et l'éclat des cérémonies, à remplir les devoirs de la religion, et à mériter par là de nouvelles grâces, l'Assemblée nationale, non sans un grand scandale, vient, par un seul décret, de l'anéantir, de le supprimer et de l'abolir; et en cela, comme dans tous les autres articles du
décret, elle a adopté les principes des hérétiques, et notamraent les opinions insensées des Wiclétiles, des Conluriateurs de Magdebourg, qui se sont élevés avec fureur contre l'usage du chant ecclésiastique, et ont osé en nier l'antiquité....
« Venons maintenant aux réguliers, dont l'Assemblée
nationale s'est réellement approprié les biens, en déclarant qu'ils sont à la disposition de la nation, expression moins odieuse que ceWe de propriété, et qui présente, en eflet, un sens un peu différent. Par son décret du 13 février, sanctionné six jours après par le roi, elle a supprimé tous les ordres réguliers et défendu d'en fonderaucun autre à l'avenir. Cependant l'expérience a fait voir combien ils étaient utiles à l'Église ; le concile de Trente leur a rendu ce témoignage, il a déclaré « qu'il « n'iguorait pas combien de gloire et d'avantages procuraient « à l'Église de Dieu les monastères saintement institués et « sagement gouvernés. »
« Il est bien vrai que plusieurs ordres religieux se sont
relâchés de leur ferveur primitive, que la sévérité de l'ancienne discipline s'y est considérablement affaiblie, et personne ne doit en être surpris. Mais faut-il pour cela les détruire!
...,. « L'Assemblée nationale, empressée h favoriser les faux systèmes des hérétiques, en abolissant les ordres religieux, condamne la profession publique des conseils de l'Évangile; {elle blâme un genre de vie toujours approuvé dans l'Eglise, comme très-conforme à la doctrine des Apôtres ; elle insulte les saints fondateurs de ces ordres, à qui la religion a élevé des autels, et qui n'ont établi ces sociétés que par une inspiration divine. Mais l'Assemblée nationale va plus loin encore. Dans son décret du 13 février 1790, elle déclare qu'elle ne reconnaît point les vœux solennels des religieux, et par conséquent, que les ordres et congrégations régulières, où l'on fait ces vœux, sont et demeurent supprimés en France, et qu'à l'avenir on ne pourra jamais en fonder de semblables. N'est-ce pas là une atteinte poilée à l'autorité du souverain pontife, qui seul a le droit de statuer sur les vœux solennels et perpétuels ?
« Nous pourrions faire un grand nombre d'autres observations sur cette nouvelle constitution civile du clergé qui depuis le commencement jusqu'à la fin n'offre presque rien qui ne soit dangereux et répréhensible, qui, dans toutes ses parties^
par le même esprit et par les mornes principes, présente à peine un article sain et tout à fait exempt d'erreur »
II. Lettre encyclique de notre très-saint Père le Pape Grégoire XVI, a tous les Patriarches, Primats, Archevêques ET ÉvÈQUES. Septembre 1832.
« Vous devez être surpris, que depuis l'époque oh la charge de toute TÈglise a été imposée à notre faiblesse, nous ne vous ayons point encore adressé de lettre, comme un usage qui remonte aux premiers temps et notre bienveillance pour vous nous pressaient de le faire. Nous souhaitions ardemment sans doute de vous ouvrir sur-le-champ notre cœur, et, dans la communication de Tesprit qui nous dirige, de vous faire entendre cette voix, dont nous devons contirmer nos Frères, comme nous en avons reçu Tordre dans la personne de saint Pierre. Mais vous savez par quelle terrible et désastreuse tempête nous nous sommes trouvé, dès le premier moment de notre pontificat, jeté tout à coup en pleine mer, où, si la droite de Dieu ne s'était signalée pour nous, vous eussiez eu la douleur de nous voir submergé par Teffet de la plus noire conspiration. Notre ame se refuse à renouveler nos douleurs en rappelant tant de périls ; nous aimons mieux bénir le Père de toute consolation, qui, en dispersant les rebelles, nous arracha à un danger imminent, et nous permit de respirer, après avoir rétabli le calme. Dès lors nous nous proposâmes de vous communiquer nos vues pour guérir les maux d'Israël; mais l'immense fardeau d'affaires, dont nous fumes accablé pour ménager le rétablissement de l'ordre public, apporta quelque retard à notre dessein.
«Une nouvelle cause de notre silence vint de l'insolence des factieux, qui s'efforcèrent de lever une seconde fois les étendards de la révolte. Nous dûmes enfin, quoique avec une profonde tristesse, user de l'autorité qui nous est confiée d'en haut, pour réprimer sévèrement Textrême opiniâtreté de ceux dont la fureur effrénée paraissait non pas s'adoucir, mais se fortifier par une longue impunité, et par'l'excès de notre douceuret de notre indulgence. De là notre tâche et notre sollicitude, comme vous pouvez le conjecture**, devinrent de plus en plus pénibles.
«Mais comme nousavons pris maintenant, suivaht l'ancienne
coutume, possession du pontificat dans la basilique do Saint- Joan-de-Latran, ce que nous avions dilTéré de faire pour les mêmes raisons, nous venons à vous, vénérables fi'ères, et nous vous adressons cette lettre en signe de notre bienveillance, dans ce jour où nous solennisons l'Assomption triomphante de la très-sainte Vierge dans le Ciel, afin que celle que nous avons reconnue au milieu des plus grandes calamités pour patronne et pour libératrice nous soit encore favorable au moment où nous vous écrivons, et nous inspire par une iiitluence céleste les conseils les plus salutaires à la société des fidèles.
« C'est avec le cœur pénétré d'une profonde tristesse que nous venons à vous, dont nous savons que le zèle pour la religion excite les vives inquiétudes dans le malheur des temps où elle se trouve. Nous pouvons le dire avec vérité, c'est maintenant l'heure de la puissance des ténèbres pour cribler comme le blé les enfants d'élection. Oui, la terre est dans le deuil et périt; elle est infectée par la corruption de ses habitants, parce qu ils ont violé les lois, renversé toute justice et rompu l'éjernelle alliance. (Is.me, xxiv, 6.)
p Nous vous parlons, vénérablesFrères, de ce que vous voyez de vos yeux, et de ce dont nous pleurons et nous gémissons ensemble. C'est le triomphe d'une superbe malice, d'une audacieuse science, et d'une licence effrénée. Les choses saintes sont méprisées, et la majesté du culte divin, qui est aussi puissante que nécessaire, est censurée par des hommes pervers, profanée et tournée en ridicule. De là, la saine doctrine se corrompt, et les erreurs de tout genre se propagent audacieusement. Ni les lois saintes, ni les droits sacrés, ni les maximes établies, ni les règles les plus respectables de la discipline, ne sont à l'abri des atteintes des langues d'iniquité.
«On ébranle violemment cette chaire de saint Pierre, où nous sommes assis, et où Jésus-Christ a posé le fondement de son Église, et les liens de l'unité s'affaiblissent et se rompent de jour en jour. L'autorité divine de l'Église est attaquée, ses dioils sont anéantis, elle est soumise à des considérations humaines, livrée le plus injustement à la haine des peuples et réduite à une honteuse seivitudc : l'obéissance due aux évoques est enfreinte, et leurs droits sont foulés aux pieds. Les académies el les gymnases relcnlisscnl horriblemenl d'opi-
nions nouvelles et monstrueuses, qui ne sapent plus la foi catholique en secret et par des détours, mais qui -lui font ouvertement une guerre désastreuse et criminelle. Car la jeunesse, corrompue par les maximes et par les exemples de ses maîtres, augmente le malheur delà religion et rend plus profonde la perversité des mœurs. De là cette religion sainte, par laquelle seule les royaumes subsistent et l'autorité se fortifie, n'opposant plus de frein aux passions des hommes, nous sommes témoins de la ruine de Tordre public, de la chute du pouvoir, du renversement de toute puissance légitime. Tant de calamités prennent principalement leur source dans les complots de ces sociétés, oii s'est rendu comme dans un cloaque, avec l'amas de toutes les immondices, tout ce que les hérésies et les sectes les plus criminelles ont présenté de pervers, d'impie et de sacrilège.
« Ces maux, vénérables Frères, et beaucoup d'autres plus fâcheux encore peut-être, qu'il serait trop longd'énumérer en ce moment, et que vous connaissez très-bien, nous jettent dans une longue et amèrè douleur, nous que le zèle de toute la maison de Dieu doit particulièrement dévorer, comme étant placé sur la chaire du Prince des Apôtres. Mais, comme nous reconnaissons que, dans la position où nous sommes, il ne suffit pas de gémir sur tant de maux, que. nous devons les extirper autant qu'il est en nous, nous recourons à votre foi, comme à une aide salutaire, et nous en appelons à votre sollicitude pour le salut du troupeau de l'Église, vénérables Frères, vous dont la vertu et la religion éprouvée, la prudence singulière et la vigilance assidue, nous donnent un nouveau courage, et nous procurent une douce consolation dans de si aftligeanles conjonctures : car il est de notre devoir d'élever la voix et de tout tenter pour que le sanglier sorti de la forêt ne ravage pas la vigne , et pour que les loups n'immolent pas le troupeau. C'est à nous à ne conduire les brebis que dans des pâturages qui leur soient salutaires et à l'abri de tout soupçon de danger. A Dieu ne plaise, nostrès-chers Frères, qu'accablés de tant de maux et menacés de tant de périls, les pasteurs manquent à leur charge, et que frappés de crainte ils abandonnent le soin des brebis en s'endormant dans un lâche repos. Défendons dans l'unité du même esprit notre cause commune, ou plutôt la cause de Dieu, et réunissons nos vigilants efforts contre l'ennemi commun pour le salut de tout le peuple.
« Vous remplirez ce devoir, si, comme le demande votre office, vous veillez sur vous et sur la doctrine, vous rappelant sans cesse que l'Église universelle est ébranlée par toute espèce de nouveautés, et que, suivant l'avis du pontife saint Aga- Ihon, dans tout ce qui a été défini selon les règles, on ne doit rien retrancher ou changer ou ajouter, mais conserver tout dans sa pureté et pour le sens et pour les paroles. Alors demeurera ferme et inébranlable celte unité qui repose sur la chaire de saint Pierre, comme sur son fondement, en sorte que lîi d'oïl découlent pour toutes les églises les privilèges d'une communion toute sainte, se trouve un mur qui serve de rempart à tous, un refuge assuré, un poî't à l'abri des orages et un trésor de biens sans nombre. Ainsi, pour réprimer l'audace de ceux qui s'efforcent d'enfreindre les droits du Saint-Siège, ou de rompre l'union qui lui rattache les Églises, inspirez la plus vive confiance pour la Chaire apostolique en vous écriant avec saint Cyprien : que celui-là se flatte faxissemcnt d'être dans l'Église, qui abandonne la chaire de Pierre sur laquelle l'Église est fondée.
« Vous devez donc travailleret veiller sans cesse .\ conserver le dépôt de la foi au milieu de cette conspiration d'impies, que nous voyons avec douleur se former pour vous l'enlever et pour la détruire. Que tous se souviennent que le jugement sur la saine doctrine, dont les peuples doivent être instruits, et le gouvernement de toute l'Église, appartiennent au pontife romain, à qui la pleine puissance de paître, de conduire et de gouverner l'Église universelle a été donnée par Jésus-Christ, comme l'ont expressément déclaré les Pères du concile de Florence. C'est aussi le devoir de chaque évoque de s'attacher fidèlement à la chaire de Pierre, de conserver religieusement le dépôt qu'il a reçu et de gouverner le troupeau qui lui est confié. Pour les piètres, il faut qu'ils soient soumis aux évêques, que saint Jérôme les avertit de considérer comme les pères de l'âme; qu'ils n'oublient jamais que les anciens canons leur défendent de rien faire dans le ministère, et de s'attribuer le pouvoir d'enseigner et de prêcher sans la permission de l'évêque, à la fidélité duquel le peuple est confié et qui doit rendre compte des âmes.
« Ce serait un crime sans doute, et une disposition tout à fait contraire au respect avec lequel on doit recevoir les lois de l'Église, que d'improuver, par un dérèglement insensé d'opi-
nions, la discipline établie qui comprend radniinisfration des choses saintes, la règle des mœurs et les droits de r^.gliseet de ses ministres, ou bien de signaler cette discipline comme opposée aux principes certains du droit naturel, ou de la présenter comme défectueuse, imparfaite et soumise à l'autorité civile.
« Comme il est constant, pour nous servir des paroles des Pères du concile de Trente, que l'Église a été instruite par Jcstui- Clirist et ses apôtres, et que le Saint-Esprit ne cesse de lui suggérer toute vérité, il est tout à fait absurde et souverainement injurieux pour elle, que Ton mette en avant une certaine restauration et régénération comme nécessaire pour pourvoir à sa conservation et à son accroissement ; comme si elle pouvait être censée exposée à la défaillance, à l'obscurcissement ou à d'autres inconvénients de cette nature. Le but des novateurs en cela est de jeter les fondements d'une institution humaine récente^ et de faire ce que saint Cyprien avait en horreur, que VÉglise, qui est divine, devienne tout humaine. Que ceux qui forment de tels desseins considèrent bien que c'est au seul Pontife romain, suivant le témoignage de saint Léon, que la dispensation des canom a été confiée, et qu'il appartient à lui seul et non à un particulier de prononcer sur les règles ancieiDies^ comme de peser, ainsi que l'écrit saint Gélase, les décrets des canons et d'apprécier les règlements de ses prédécesseurs^ pour tempérer après un examen convenable ceux oii la nécessité du temps et l'intérêt des églises demandent qu'on apporte quelques adoucissements.
« Nous voulons ici exciter votre zèle pour la religion contre cette ligue honteuse qui attaque le célibat des prêtres, et que vous savez s'agiter et s'étendre de plus en plus par les offorls de quelques ecclésiastiques qui, oubliant leur caractère et leurs devoirs, se sont réunis à certains philosophes corrompus de notre siècle, et ont été portés par l'appât des voluptés à ce point de licence, qu'ils ant osé en quelques lieux adresser aux princes des suppliques réitérées pour anéantir cette sainte discipline. Mais il nous est pénible de vous entretenir de ces infâmes tentatives, et nous nous confions plutôt sur votre religion pour vous charger de conserver intacte, de venger et de défendre de toutes vos forces, suivant les règles des canons, une loi si importante et sur laquelle les traits des libertins sont dirigés de toutes parts.
4z :es splendeurs de la foi.
« L'union honorable des époux parmi les chrétiens, que saint Paul appelle un grand sacrement en Je'sus-Christ et dana rÈglise, demande nos soins communs pour empêcher qu'on n'ait des opinions ou qu'on ne fasse des efforts qui puissent porter atteinte à la sainteté et à l'indissolubilité du lien conjugal. Notre prédécesseur Pie VIII, d'heureuse mémoire, vous l'avait déjà instamment recommandé dans ses lettres; mais on voit se renouveler des trames funestes. Il faut donc que les peuples soient instruits avec soin que le mariage une fois contracté suivant les règles, ne peut être dissous ; que Dieu oblige ceux qui sont ainsi unis à l'être toujours, et que le lien conjugal ne peut être rompu que par la mort. Qu'ils se souviennent que le mariage faisant partie des choses saintes est soumis à l'Église ; qu'ils aient devant les yeux les lois faites par elle sur cet objet, et qu'ils observent religieusement et avec exactitude celles de l'exécution desquelles dépendent la force et la solidité de cette alliance. Qu'ils se gardent d'admettre sous aucun prétexte rien de contraire aux canons et aux décrets des Conciles; qu'ils soient bien convaincus que les mariages ont une issue malheureuse, quand ils sont formés contre la discipline de l'Église, ou par la seule ardeur des passions, sans que les époux se soient rendu Dieu favorable, et sans qu'ils aient pensé aux sacrements et aux mystères qu'il signitient.
« rsous vous signalons maintenant une autre source trèsféconde des maux dont nous gémissons de voir l'Eglise affligée ; c'est cet indiffcrentisma ou cette opinion perverse, qui s'est répandue de tous côtés par les artifices des méchants, et d'après laquelle on se persuade pouvoir acquérir le salut éternel par toute espèce de professions de foi, pourvu que les mœurs soient conformes aux règles d'une droiture et honnêteté naturelle. Mais il ne vous sera pas difficile, dans une m.itiè c si claire et si évidente, de repousser loin des peuples confiés à vos soins la plus funeste des erreurs. Puisque TApùtre nous avertit qiCil ny a qu'un Dieu, une foi, un baplcmCy que ceux-là tremblent qui s'imaginent que toute religion nous ouvre la porte de la béatitude éternelle, et qu'ils considèrent séiicuscment que, d'après le témoignage même du Sauveur, iU sont contre le Christ, par cela seul qu'ils ne sont point avec lui; qu'ils dissipent malhourousemenl, parce qu'ils ne recueillent point avec lui; cl que, par conséquent, // n'y //»
APPENDICE n. 43*^
point de doute quils périront l'teinellement^ s'ils ne retiennent la foi catholique, en la conservant entière et inviolable. Qu'ils écoutent saint Jérôme, qui, dans un temps où l'Église était partagée en trois par un schisme, raconte que, fidèle à ses principes, quand on cherchait à l'attirer dans un parti, il ne cessait de s'écrier : Si quelquun est uni à lachairede Pierre, je suis avec lui. Ce serait à tort que quelqu'un se rassurei'ait, parce qu'il a été régénéré par les eaux du baptême; car saint Augustin lui répondrait à propos: Un sarment coupé de la vigne conserve encore la même forme ; mais à quoi lui sert cette forme, s'il ne vil pas de la racine !
« De cette source infecte de Vindiffe'rentisme découle cette maxime absurde et erronée, ou plutôt ce délire, qu'il faut assurer et garantir à qui que ce soit la liberté de conscience. Ce qui fraye la voie à celte pernicieuse erreur, c'est la liberté d'opinions pleine et sans bornes qui se répand au loin, pour le malheur de la société religieuse et civile, certains hommes répétant avec une extrême impudence qu'il peut en résulter de l'avantage pour la religion. Mais, disait saint Augustin, estil pour Vûme une mort plus déplorable que la liberté de l'erreur? En effet, quand ona ôtétoute espèce de frein capable de retenir les hommes dans les sentiers de la vérité, leur nature portée au mal tombe dans le précipice, et nous le déclarons, c'est vraiment ouvrir le puits de Vablme, d'où saint Jean ^it monter une fumée qui obscurcit le soleil, et sortir des sauterelles qui ravagèrent la terre. De là le renversement des esprits, une corruption plus profonde de la jeunesse, le mépris répandu parmi le peuple de tout ce qu'il y a de sacré, des lois, et des choses lesplus respectables, en un mot, le fléau le plus mortel pour la société, puisque l'expérience a fait voir de toute antiquité que les États les plus florissants par leurs richesses, par leur puissance et par leur gloire, ont péri par l'unique et déplorable effet de la liberté immodérée des opinions, de la licence des discours et de l'amour des nouveautés.
Là se rapporte cette liberté funeste, qu'on ne peut assez détester et avoir en horreur, cette liberté de la presse qui publie toute sorte d'écrits, liberté pourtant que quelques-uns osent avec tant de clameur solliciter et établir. Nous frémissons d'horreur, vénérables Frères, en considérant de quelles monstrueuses doctrines, ou plutôt de quels prodiges d'erreurs
nous sommes encombrés, comment on les répand au loin et partout, à l'aide d'une multitude de livres et d'écrits, pou considérables en volume, mais grands en malice, et d'où nous voyons avec larmes sortir la malédiction qui se répand sur la surlace d£ la terre. Il en est cependant, Ô douleur ! qui se laissent entraîner ù ce point d'impudence, qu'ils soutiennent opiniâtrement que cet amas d'erreurs vomi par cette source est suffisamment compensé par quelques livres qui, au milieu de ce déchaînement de perversités sont mis au jour pour la défense de la religion et de la vérité. Certes, il est mauvais et détendu en toute rigueur de droit, de faire un mal certain et plus grand, parce qu'il y a espérance qu'il en résultera quelque bien. Un homme de sens dira-t-il qu'il faut laisser librement répandre le poison, le vendre, et le transporter publiquement, ou le boire même, parce qu'il v a un remède tel, que ceux qui en usent parviennent quelqueYois à échapper à la mort? ri '*
« La discipline de l'Église, dans ses efforts contre le fléau des mauvais livres, fut bien diffsrenle dès le temps même des npulres, que nous lisons avoir fait brûler publiquement une quantité de ces livres. Qu'il suffise de parcourir les lois rendues a ce sujet dans le cinquième concile de Latran,et la constitution qui fut depuis donnée par Léon X, notre prédécesseur d'heureuse mémoire, h l'effet d'empêcher que ce qui a m saijement inventé pour V accroissement de la foi et la propagation des sciences utiles ne tourne en sens contraire, et ne porte préjudice au salut des fidèles. Ce fut aussi un objet dont s'occuix;rent avec beaucoup de soin les Pères du Concile de Trente, qui apportèrent remède à un si grand mal par leur salutaire decrelsur Vindex à faire des livresqui contiendraient une mauvaise doctrine. Il faut combattre avec force, — dit saint Clément XIII notre prédécesseur, d'heureuse mémoire, dans ses lettres encycliques sur la proscription des livres dangereux;^ il faut combattre avec force, d'autant que la chose le demande, et travailler autant que possible à se défaire de cette peste mortelle; car jamais on ne retranchera lamatière de l'erreur qu'en livrant aux flammes les principes crimincU de la dépravation. D'après cette constante sollicitude avec laquelle le Saint-Siégô s'est efforcé dans tous les temps de condamner les livres suspects et nuisibles, cldc les arracher des mains des fidèles, on voit combien est fausse, téméraire, injurieuse au Saint-Siège
et féconde en maux pour le peuple chrélien, la doctrine de ceux qui, non-seulement rejettent la censure des livres comme un joug trop onéreux, mais en sont venus à ce point de malignité, qu'ils la proclament en opposition aux principes de la droiture et de Téquité, et qu'ils osent refuser à rÉglise le droit de l'ordonner et de l'exercer.
« Comme nous avons appris que des écrits semés parmi le peuple propagent certaines doctrines, qui ébranlent la fidélité et la soumission due aux princes, et allument partout les flambeaux delà révolte, il faudra empêcher avec le plus grand soin que les peuples ainsi troinpés ne soient entraînés hors de la ligne du devoir. Que tous considèrent que, suivant l'avis de l'Apôtre, il n'y a point de puissance qui ne vienne de Dieu ; que celles qui existent ont été établies de Bien ; qu'ainsi, celui qui résiste à la puissance résiste à l'ordre de Dieu, et que ceux qui résistent s'attirent à eux-mêmes la damnation. D'où, vient que les lois divines et humaines réclament contre ceux qui, par des trames honteuses de révolte et de sédition, s'efforcent d'ébranler la fidélité due aux princes et de les précipiter eux-mêmes du trône ?
« Aussi est-il constant que les premiers chrétiens, pour ne passe souiller d'une tache si honteuse, ne cessèrent, même au milieu des persécutions, de servir comme il faut les empereurs, et de travailler au salut de l'empire, non-seulement par leur fidélité à faire avec soin et avec promptitude ce qui leur était ordonné et qui n'était pas contraire à la religion, mais encore par leur courage et en répandant môme leur sang dans les combats. Les soldats chrétiens, dit saint Augustin, servaient un empereur infidèle ; mais s'il était question de la cause de Jésus- Christ, ils ne reconnaissaient que Celui qui est dans les Cieux. Ils distinguaient le Maître éternel du maître temporel, et cependant ils étaient soumis pour le 7\IaUre éternel au maître temporel. C'est ce qu'avait devant les yeux l'invincible martyr Maurice, chef de la légion Thébaine, lorsque, comme le rapporte sriint Eucher, il répondit à l'empereur : Nous sommes vos soldats, prince; mais cependant serviteurs de Dieu, nous l'avouons librement... Et maintenant même le danger oîinous sommes de -perdre la vie ne nous pousse pas à la révolte ; nous avons des armes, et nous ne résistons pas, parce que nous aimons mieux mourir que donner la mort. Celle fidélité des anciens chréliens brille encore avec plus d'éclat, quand on
remarque, avecTertullien, qa'ïilorsles chrétiens ne manquaient ni par le nombre, ni par la force, s'ils eussent voulu se montrer ennemis déclarés. Nous ne sommes que d'hier, dil-il, et 7wus remplissons tout, vos villes, vos îles, vos forts, vos municipes, vos assemblées, vos camps, vos tribus, vos décuries, le palais,
le sénat, le Forum Combien n aurions-nous pas été propres
et prompts à faire la guerre, quoique avec des forces inégales, nous qui nous laissons égorger si volontiers, si notre religion ne nous obligeait plutôt à mourir qu'à donner la mort. Si notre grande multitude se fût séparée de vous, en se retirant dans quelque partie éloignée du monde, la perte de tant de citoyens de toutes les classes eût couvert de confusion votre puissance, Veut punie même par ce seul abandon. Sans doute, vous eussiez été épouvantés de votre solitude... vous eussiez cherché à qui commander ; il vous serait resté plus d'ennemis que de citoyens : maintenant vous avez moins d'ennemi'i, à cause de la multitude des chrétiens.
« Ces beaux exemples de soumission inviolable aux princes, suite nécessnire des saints précteptes de la religion chrétienne, condamnent la détestable insolence et la méchanceté de ceux qui, toutenflammés de l'ardeur immodérée d'une liberté audacieuse, ne tendent qu'à ébranler et renverser tous les droits des puissances, pour n'apporter aux peuples, sous le masque de la liberté, que la servitude. C'est là que voulurent aboutir les coupables rêveries et tous les projets des Vaudois, des Béguards, des Wicléfites, et des autres enfants de Bélial,qui furent l'opprobre du genre humain, et que leSiége apostolique frappa si souvent et si justement d'anathème. C'est aussi certainement pour la même fin que ces fourbes aspirent à se féliciter avec Luther d'<'^rt' libres de tous, et que, pour y parvenir plus facilement et plus vite, ils tentent audacieusement les plus criminelles entreprises.
« Nous n'aurions rien à préjuger de plus heureux, pour la religion et pour les gouvernements, des vœux que forment ceux qui désirent que l'Kglise soit séparée de l'Etat, et que la concorde mutuelle de l'empire avec le sacerdoce soit rompue; car il est certain que les partisans d'une liberté efi'rénée redoutent cet accord qui fut toujours si favorable et si salutaire aux intérêts de la religion et île l'autorité civile.
« A toutt's ces causes d'amertume, qui nous affligent et qui nous pressent d'une plus vive douleur à la vue du danger
commun, viennent se joindre certaines associations et réunions établies, oîi Ton fait cause commune avec des gens de toute fausse religion, et dans lesquelles sous une apparence de respect pour la religion véritable, mais au fond par un désir réel de la nouveauté, et pour exciter partout des séditions, on préconise toute espèce de liberté, on excite des troubles contre le bien de TÉglise et de l'État, on détruit Tautorité la plus sacrée.
« C'est avec douleur sans doute, mais aussi avec confiance en Celui qui commande aux vents et ramène le calme, que . nous vous écrivons toutes ces choses, vénérables Frères, afin i que vous couvrant du bouclier de la foi vous vous efforciez de combattre les combats du Seigneur. C'est à vous surtout qu'il appartient de vous opposer comme un mur à toute hauteur qui s'élève contre la science de Dieu. Tirez le glaive de l'Esprit, qui n'est autre que la parole de Dieu, et que ceux qui ont faim de la justice reçoivent de vous le pain de cette parole. Appelés à être des ouvriers diligents dans la vigne du Seigneur, ne travaillez tous ensemble que pour arracher du champ qui vous est confié toute racine amère, pour étouff'er toute semence vicieuse, et faire croître une semence abondante de vertus; embrassant dans votre aff'ection paternelle ceux qui s'appliquent aux sciences ecclésiastiques et aux questions de philosophie, les engageant par vos exhortations à ne pas se fier imprudemment sur les seules forces de leur propre esprit qui, en les détournant du sentier de la vérité, les entraînerait dans les voies des impies. Qu'ils se souviennent que Dieu est le guide de la sagesse et le réformateur des sages, et qu'il ne peut se faire que nous connaissions Dieu sans Dieu, qui apprend par le Verbe aux hommes à connaître Dieu. C'est le propre d'un orgueilleux ou plutôt d'un insensé de vouloir apprécier par des considérations humaines les mystères de la foi, qui surpassent tout sentiment, et de se fier sur notre raison, qui est faible et débile par la seule condition de notre nature.
«Au reste, que les princes nos irès-chers fils en Jésus-Christ favorisent ces vœux pour le salut de la Religion et de l'État, de tout leur pouvoir et autorité, considérant qu'ils les ont reçus non-seulement pour le gouvernement de ce monde, mais en particulier pour la défense de l'Église. Qu'ils songent sérieusement que tout ce qui tend au salut de l'Église tourne
au profit de leur puissance et de leur tranquillité. Qu'ils se persuadent que la cause de la religion doit leur être plus chère que celle du trône, et qu'il leur importe beaucoup, nous le disons avec le pontife saint Léon, que la couronne de la foi soit ajoutée de la main de Bien à leur diadème. Placés comme pères et tuteurs des peuples, ils leur procureront pour longtemps une paix et un repos vrais et prospères, s'ils mettent tous leurs soins îi maintenir intactes la religion et la piété envers Dieu, qui porte écrit sur sa cuisse : Roi des rois^ et Seigneur des seigneurs.
« Mais afin que tout cela arrive heureusement, levons les yeux et les mains vers la très-sainlc Vierge Marie, qui seule a détruit toutes les hérésies et qui forme notre plus grand sujet de confiance et môme tout le fondement de notre espérance. Qu'au milieu des besoins pressants du troupeau du Seigneur, elle implore par son crédit une issue favorable à nos efforts, h nos vues et à nos actes. Nous demandons instamment et par d'humbles prières, et à Pierre, prince des apôtres, et à Paul, son collègue dans l'apostolat, que vous empêchiez avec une fermeté inébranlable qu'on ne pose d'autre fondement que celui qui a été établi. Dans la douce espérance que l'Auteur et le Consommateur de notre foi, Jésus-Christ, nous consolera tous enfin dans les tribulations qui nous sont survenues de toutes parts, Nous vous donnons affectueusement à vous, vénérables Frères, et aux brebis confiées à votre soin, la bénédiction apostolique, gage du secours céleste. »
IIÏ. En'CYCLIQUE de NOTRE TRÉS-SAlNT PÈRE LE PaPE GriÎ- GOIKE XVI, CONDAMNANT LES Puroks d'WÎ CrOT/aut., DE M. DE
Lamennais. 24 juin 1834.
« Nous avions été pénétré d'une joie spéciale en recevant les nobles témoignages de foi, d'obéissance et de religion qui ont partout accompagné la réception de notre lettre encyclique du 15 août 18'.^2, dans laquelle Nous avons exposé à tout le troupeau catholique, ainsi que Nous y étions obligé, la doctrine saine et la seule à suivre touchant les points qui s'y trouvent développés. Notre joie fut encore augmentée par les déclarations que firent imprimer à ce sujet quelques-uns de ceux qui avaient approuvé les conseils et les opinions erronées dont Nous avions à Nous plaindre, et qui s'en étaient itrconsidéré-
ment montrés les fauteurs et les défenseurs. Nous savions, il est vrai, que le mal, loin d'être détruit, était encore 'fomenté contre la chose et sacrée et civile, comme le présageaient sans contredit d'impudents libelles répandus parmi le peuple et certaines machinations ténébreuses, lesquelles furent par cela même sévèrement improuvées par nos lettres du mois d'octobre, adressées à notre vénérable fi'ère révêque de Rennes." Mais au milieu de notre anxiété et de notre vive sollicitude, il nous fut assurément très-agréable devoir celui-là même qui était la principale cause de notre chagrin, reconnaître en termes formels, par la déclaration qu'il nous adressait le 11 décembre précédent, qu'il s'en rapportait ;jMre/n(';î^ et simplement à la doctrine contenue dans notre encyclique, et qu'il n'écrirait ni n'approuverait rien de contraire. Nous ouvrîmes aussitôt les entrailles de notre charité paternelle à ce fils qui, touché de nos avertissements, avait dû nous inspirer la confiance qu'il donnerait do jour en jour des preuves plus éclatantes de sa parhtite soumission à notre sentence.
« Mais, ce qui paraissait à peine croyable, celui que nous avions reçu avec une bonté si affectueuse, oubliant notre indulgence, a bientôt abandonné sa résolution, et Va bonne espérance que nous avions de voir les fruits de notre enseignement s'est évanouie depuis que nous avons eu connaissance d'un ouvrage en langue française, sous le titre de Paroles d'un croî/anf ; cet ouvrage répandu partout, petit de format, il est vrai, mais énorme par sa perversité, ce même auteur l'a fait imprimer récemment, sans y mettre son nom, qui n'en a pas moins été révélé par les feuilles publiques.
« Nous avons été saisi d'horreur, vénérables Frères, dès le premier coup d'œil que nous y avons jeté, et déplorant l'aveuglement de l'auteur, nous avons compris où va se précipiter la science qui n'est pas selon Dieu, mais selon les principes du monde. En effet, contre la foi solennellement donnée par sa déclaration, l'auteur, sous l'enveloppe captieuse des expressions et des images, prend à lâche, le plus ordinairement, d'attaquer et de détruire la doctrine catholique que nous avons définie dans notre lettre susmentionnée, en vertu de l'autorité confiée à notre humilité, soit touchant la soumission due aux puissances, soit pour écarter loin des peuples le tléau con« tagicux de l'indiftérenlisme, et pour mettre un frein à la licence désordonnée des opinions et des paroles ; soit enfin
oO* LES SPLENDEURS UE LA FOI.
pour condamner la liberté illimitée de conscience, et l'affreuse conspiration des sectateurs de toute fausse religion contre la chose sacrée et publique.
« Notre esprit se refuse à parcourir ces passages dans lesquels l'auteur s'efforce de rompre tous les liens de la fidélité et de la soumission envers les princes, en secouant partout le flambeau de la révolte, afin d'amener le renversement de l'ordi'c public, le mépris des magistrats, l'infraction des lois, et de détruire tous les éléments de l'autorité spirituelle et civile. De la, dans une fiction nouvelle et inique, et par une calomnie monstrueuse, il représente la puissance des princes comme contraire à la loi de Dieu, et même comme une œuvre de péché, comme la puissance de Satan, et il imprime les mêmes notes d'infamie aux membres du clergé et aux princes, à cause d'une alliance de crimes et d'efforts qu'il rêve avoir été faite entre eux contre le droit des peuples. Non content de tant d'audace, il vante en outre la liberté illimitée d'opinions, de paroles et de conscience ; il souhaite toutes sortes de succès aux militaires qui doivent combattre pour la conquérir, dit-il, ,sM?' la tyrannie, il convoque avec une fureur aveugle les assemblées et les associations de tous les peu[)les du monde, et par les efforts multipliés qu'il fait pour mettre à exécution des projets si criminels, il nous force à reconnaître qu'en ce point il a foulé aux pieds nos avertissements et nos sentences.
« Nous rougissons de rappeler ici tout ce que cette œuvre d'impiété et d'audace renferme d'assertions capables de troubler les choses divines et humaines; mais ce qui excite surtout notre indignation, et ce que la religion ne peut tolérer, c'est que l'auteur se sert des préceptes sacrés pour soutenir tant d'erreurs et les vanter auprès des imprudents; et que pour délier les peuples des lois de l'obéissance, comme s'il était envoyé et inspiré de Dieu, après avoir commencé son ouvrage par invoquer le très-saint nom de l'auguste Trinité, il emploie partout les Ecritures saci'ées, et en détourne avec autant d'adresse que d'audace les paroles qui sont les paroles de Dieu, dans le but d'inculquer d.ins les esprits ses funestes extravagances, afin de plus sûrement, comnK^ disait saint Bernard, répandre les ténèbres en place de la lumière, et au lieu du miel ou plutôt dans le miel même, faire boire le poison, forgeant un nuuuel évani/ile pour les peuples, et posant un autre fondement que celui qui a été posé.
APPENDICE B. ol*
« Or Celui qui nous a placé sentinelle vigilante en Israël, nous défend de garder le silence sur cette atteinte portée à la saine doctrine, et nous enjoint de prémunir contre Terreur ceux que Jésus-Christ, l'auteur et le consommateur de la foi, a confiés à notre sollicitude,
« A ces causes, après avoir entendu quelques-uns de nos vénérables frères les cardinaux de la sainte Église romaine, do" notre propre mouvement et de science certaine, et en vertu de la plénitude de la puissance apostolique, nous réprouvons, condamnons, voulons et décrétons qu'on ait toujours pour réprouvé et condamné le susdit livre ayant pour titre : Paroles d'un Croyant, dans lequel, par un abus impie de la parole de Dieu, les peuples sont excités à dissoudre les liens de tout ordre public, à détruire les deux autorités, h susciter, fomenter, corroborer les séditions, les tumultes, les révoltes dans les empires ; livre, par conséquent, contenant des propositions respectivement fausses, calomnieuses, téméraires, conduisant à l'anarchie, contraires à la parole de Dieu, impies, scandaleuses, erronées, déjà condamnées, surtout dans la personne des Yaudois, des Wicléfites, des Hussites et des autres hérétiques de ce genre.
« Ce sera à vous maintenant, vénérables Frères, de seconder de tous vos efforts nos présents mandements que réclament impérieusement le salut et la sûreté de la chose sacrée et civile, de peur que cet écrit se répandant secrètement pour détruire, ne devienne d'autant plus pernicieux qu'il favorise davantage l'amour déréglé des nouveautés coupables, semblable à ces maladies conlagieuscs qui répandent leurs ravages au loin parmi les peuples. C'est une obligation pour vous d'insister au maintien de la saine doctrine sur un point si important, de dévoiler l'astuce des novateurs, d'apporter plus de vigilance à la garde du tioupeau chrétien, de veiller à ce que Télude de la religion, la piété des actions, la paix publique, fleurissent et aillent toujours en croissant; c'est ce que nous avons droit d'attendre avec confiance de votre foi, de votre attachement éprouvé au bien commun, afin qu'avec le secours du Père des lumières, nous nous félicitions (nous le disons avec saint Cyprien) de ce que Cerrcur a été compris.e et re futée, de ce qu'elle a été réprimée, parce qu'elle a été reconnue et mise au jour.
« Au reste, nous devons surtout gémir en voyant où préci-
g2* LES SPLENDEURS DE LA FOI.
pilent les écarts de la raison humaine, dos qu'on se livre à l'esprit de nouveauté, et que, contre le précepte de l'Apôtre, on cherche à dire plus sage qu'il ne faut être sage, et que se confiant trop en soi-même on se persuade devoir chercher la vérité hors de l'Eglise catholique, dans laquelle elle se trouve exempte de la plus légère souillure ; delà vient qu'elle est appelée, comme elle est en réalité la colonne et h fondement de la vérité. Vous comprenez s;ins doute, vénérables Frères, que nous parlons aussi de ce dangereux système de philosophie nouvellement introduit, et que l'on doit réprouver, par , l'etlet duquel, entraîné par un désir immodéré et sans frein de nouveautés, on ne cherche pas la vérité où elle se trouve réellement, et négligeant les traditions saintes et apostoliques, on admet d'autres doctrines, vaines, futiles, incertaines et non approuvées par l'Eglise, et sur lesquelles des hommes frivoles croient faussement que la vérité elle-même s'appuie et se soutient.
« Tandis que nous écrivons ceci en vertu de la charge et de la sollicitude que nous avons reçues d'en haut, de connaître, de juger, et de garder la saine doctrine, noire cœur gémit de la lilessure douloureuse qu'y a faite l'erreur de notre fils, et dans la profonde affliction qui nous accable, il ne nous reste d'autre consolation que l'espérance de le voir rentrer dans les voies de la justice. Elevons donc et nos yeux et nos cœurs vers Cfliiiqui est le guide de la sagesse et le réformateur des sages, et adressons-lui de ferventes prières pour quo, donnant ànuti'e fils un cœur docile et une âme généreuse qui lui fasse entendre la voix d'un père tendre et affligé, il se hâte de donnei- joie à l'Eglise, joie à votre ordre, joie à ce Saint-Siège, joie à noli-e humilité. Quant Ji nous, nous regarderons comme un jour heurt'ux et fortuné celui où il nous sera permis de presser contre notre sein paternel ce fils rentré en lui-même ; et nous avons une grande confiance qu'à son exemple, ceux qui auront pu être induits en erreur par son autorité, reviendj'onl à résipiscence; en sorte que chez tous il y ait dans l'intéiél de la chose publique et sacrée, unanimité de doctrines» accord de résolutions et union d'aclions et de proj''ts. Nous vous demanduns avec instance et nous attendons de voti'e sollicitude pastorale que vous unirez vos vœux et vos juières aux nôtres p(mr obtenir celte grAco du Si^igncur. Eulin, imploraul pour l'accomplissement de celle œuvre le stcou ris divin,
nous VOUS accordons affectueusement, à vous et à vos ouailles, la bénédiction apostolique qui en est l'heureux présage. »
IV. Les dix-huit propositions données à signer aux Hermésiem.
Janvier 1837.
«I. Je crois et je confesse que c'est une erreur condamnable que de chercher à établir le donte positif comme la base de toute recherche théologique, parce que c'est là une voie ténébreuse, conduisant à toute sorte d'erreurs, et qui s'écarte du chemin royal, suivi par la tradition et par tous les saints Pères, dans l'exposition et la défense des vérités de la foi.
« IL Je crois et je confesse que c'est une tentative condamnable, que de s'efforcer de rejeter la grâce de la foi, dans laquelle nous sommes nés par la miséricorde de Dieu ; de la rejeter, dis-je, dans le but, en partant d\i doute positif, et avec les secours de la raison toute seule, de rechercher la foi, de telle manière qu'on puisse tout à fait la rejeter, si !a raison ne trouve pas la foi ou la nécessité de la foi.
«III. Je crois et je confesse que la foi est un do:i de Dieu et une lumière dont étant éclaire', Thomme donne un assentiment ferme et une adhésion entière aux choses qui ont été divinement révélées, et sont proposées par l'Eglise à notre croyance.
«IV. Je rejette totalement, et je condamne cette erreur, qui établit que la raison est la règle principale et Vunique moyen que l'homme possède de parvenir à la connaissance des vérités surnaturelles.
« V. Je crois et je confesse que c'est une opinion erronée que celle qui donne à la raison humaine, une souveraine autorité pour enseigner et juger les choses de la foi; mais que c'est plntut la foi qui est Importe de notre salut, sans laquelle personne en celle vie ne peut trouver Dieu, ni l'ius-oquer, ni le servir, ni lui plaire, et que c'est là surtout le propre de la foi, de réduire toute intelligence en servitude pour l'obéissance au Christ.
« YI. Quant à ce qui concerne la nature de la foi et la règle des choses à croire, les saintes Ecritures, la révélation et renseignement de l'Eglise, les motifs de cvédibiliié, les croyances qui servent d'ordinaire 'à prouver et à confirmer l'existence de Dieu, son essence, sa sainteté, sa justice,^ sa liberté, et la tin qu'il se propose dans ses œuvres, que les théo-
logiens appellent ad extra, la nécessité et la distribution de sa grâce, la rétribution des récompenses et l'application des peines, l'état de nos premiers parents, le péché originel et les forces de l'homme déchu, je m'engage à ne rien tenir et enseigner que ce que l'Eglise tient et enseigne.
«VIL Je crois et je confesse que tous les hommes, par leur seule génération de la race d'Adam, naissent sous le joug du péché originel, comprenant loffense et la peine du péché; et que ce péché, qui est un dans sa source, et qui étant transmis h tous par la génération et non par imitation, devient propre à chacun, et qu'outre ce péché originel, unie à lui, et venant de lui, la concupiscence, effet du péché et inclinant au péché, s'est répandue dans tous les hommes.
« VllI. Cependant en ce qui touche à la conception de la Bienheureuse Immaculée Vierge Marie, mère de Dieu, je me conformerai à ce qui a été établi par le décret Sanctissimus du pape Grégoire XV, de l'an 1622, et par la bulle SoUicitudo d'Alexandre VII, qui permettent d'enseigner en public et en particulier, que la Vierge Marie a été conçue sans la tache originelle; et qui défendent, sous peine d'excommunication encourue par le seul fait de soutenir le sentiment contraire, c'est-à-dire d'enseigner ou de prétendre, en public ou en particulier, que la Bienheureuse Vierge 3Iarie a été conçue avec le péché originel ; outre cela, je tiendrai ce que tient l'Eglise, à savoir que la Bienheureuse Vierge Marie a été exempte, durant tout le temps de sa vie, de tout péché, même véniel, et je promets de n'enseigner jamais rien ni en public ni en particulier, sur ce qui regarde la perpétuelle virginité de la Bienheureuse Vierge Marie, si ce n'est que le Christ Seigneur est né sans aucune diminution de sa maternelle virginité, et que Jésus-Clirist est sorti du sein maternel sans aucun détriment de sa maternité virginale, ce qui a été fait par la vertu du Saint-Esprit, lequel a assisté à la conception du fils et à l'enfantement de la mère, pour lui donner la fécondité et lui conserver une pei'pétuelle virginité.
«IX. Je crois et je confesse que sans l'inspiration prévenante du Saint-Esprit, et sans son assistance, l'homme ne peut croire, espérer et aimer ou se repentir, comme il le faut pour que la gr;\ce de sa justification lui soit conférée. Je crois également et je confesse que la gr;\ce divine est donnée par Jésus-Christ, non pas seulement alin (jue l'homme \^ms,sc plus facilement
vivre selon la justice et mériter la vie éternelle, coronie si par le libre arbitre et sans la grâce, il pouvait faire l'un et l'autre, quoique pourtant avec peine et difficulté.
« X. Je crois et je confesse que chacun reçoit la grâce, selon la mesure que TEsprit-Saint répartit à un chacun, comme il le veut, et selon la propre disposition et coopération de chacun; et que la- prière, non-seulement prépare l'esprit à recevoir les dons de Dieu, mais est le moyen recommandé par le Seigneur Christ, pour que Dieu soit porté à accorder ce que nous demandons, pourvu que ce que nous demandons ne soit pas opposé à notre salut.
« XI. Je crois et je confesse que nous sommes justifiés par la justice de Dieu, inhérente en nous, laquelle est répandue en nous par les mérites du Christ.
«XII. Je condamne et j'analhématise, comme une grande erreur, toute personne qui dit que les hommes sont justifiés, ou par la seule imputation des mérites du Christ, ou par la seule rémission des péchés, en excluant la grâce et la charité, que le Saint-Esprit répand dans les cœurs et qui leur est inhérente, ou même que la grâce qui nous justifie n'est autre chose que la faveur de Dieu.
«XIII. Je crois et je confesse que la prédestination est un mystère digne de notre admiration et de notre vénération, qu'il faut croire pieusement et dévotement, et non point pénétrer trop curieusement avec sa raison, et sur lequel il ne faut disputer qu'avec circonspection et devant des personnes d'un âge mûr. Egalement je crois et je confesse que les bienheureux doivent leur salut à la miséricorde de Dieu, et que pourtant les bonnes œuvres qu'ils ont faites sur la terre, par la grâce de Dieu et les mérites de Jésus-Christ, dont ils ont été les membres vivants, ne sont pas tellement les dons de Dieu, qu'on ne puisse aussi les appeler leurs mérites ; et de plus que les réprouvés ne peuvent accuser personne qu'eux-mêmes de leur perte.
« XIV. Je crois et je confesse que Dieu a fait toutes choses pour lui-même, et l'impie aussi pour le jour mauvais et que la cause finale de notre justification est la gloire du Christ et la vie éternelle.
« XV. Je crois et je confesse que, selon l'esprit de l'Eglise, la satisfaction est imposée dans la confession, non-seulement comme une garde pour une vie nouvelle et comme un remède
o6* LES SPLENDEURS DE LA FOI.
pour notre infirmité, mais encore comme une punition et une peine pour les péchés passés.
«XVI. Je crois et je confesse que Dieu punit lesméchanls de peines éternelles, d'après la justice que Ton appelle vindicative, à cause de la malice interne du péché.
« XVII. Je déclare et je promets vouloir observer dans le sens le plus strict le décret du concile de Trente, ayant pour but de réprimer la trop grande pétulance de certains esprits, lequel est conçu en ces termes :
a Que personne se contiant en son propre jugement n'ait « l'audace de tirer l'Écriture sainte à son sens particulier, ni <( de lui donner des interprétations ou contraires à celles que <( lui donne et lui a données la sainte mère l'Eglise, à qui il <( appartient de juger du véritable sens et de la véritable « interprétation des saintes Ecritures, ou opposées aux sen- <( timents unanimes des Pères, encore que ces interprétations « ne dussent jamais être publiées. »
« XVIII. Je promets à mon archevêque respect et obéissance, sans aucune restriction mentale, dans toutes les choses qui ont rapport à la doctrine ou à la discipline; et je confesse que je ne puis ni ne dois appeler du jugement de mon archevêque, à personne autre, selon l'ordre de la hiérarchie catholique, si ce n'est au pape, chef de toute l'Eglise. Je confesse que le Pontife romain tient la primauté d'ordre et de juridiction sur toute l'Eglise; qu'il est le successeur de saint Pierre, prince des apôtres, le véritable vicaire du Christ, le chef de toute l'Eglise, le centre de l'unité, le pasteur des pasteurs, le père et le docteur de tous les tidèles du Christ, et je tiendrai toujours dans mon esprit, et je prouverai par mes paroles et par mes œuvres, que c'est à lui dans la personne de Pierre, que le Christ a donné plein pouvoir de paître les agneaux et les brebis, de diriger et de gouverner l'Eglise universelle; et dans l'espèce je fais profession et promesse que je veux obéir aux décit'ls du Souverain Pontife dans les choses de la foi et des mœurs. »
YI. Dernière déclaration siijnée par M. Bautain et ses élèves, 8 septembre 1840.
M. Bautain cl ses élèves désirant se placer, vis-à-vis de leur évèque, -dans une position qui leur permit de faire tout le bicû
que leur science et leur zèle les appellent à faire, se sont entendus avec le nouveau coadjuleur de Strasbourg, M^'Raess, qui leur a proposé la déclaration suivante qu'ils ont signée :
« Désirant nous soumettre à la doctrine qui nous a été proposée par Monseigneur TEvèque, nous, soussignés, déclarons adhérer, sans restriction aucune, aux propositions suivantes :
« I. Le raisonnement peut prouver avec certitude Texislence de Dieu et Tinfinité de ses perfections. La foi, don du ciel, suppose la révélation ; elle ne peut donc pas convenablement être alléguée vis-à-vis d'un athée en preuve de l'existence de Dieu.
« IL La divinité de la révélation mosaïque se prouve avec certitude par la tradition orale et écrite de la synagogue et du «christianisme.
« IIL La preuve tirée des miracles de Jésus-Christ, sensible et frappante pour les témoins oculaires, n'a point perdu sa force avec son éclat vis-à-vis des générations subséquentes. Nous trouvons cette preuve en toute certitude dans l'aulhenticilé du Nouveau Testament, dans la tradition orale et écrite de tous les chrétiens , et c'est par cette double tradition que nous devons la démontrer à l'incrédule qui la rejette, ou à ceux qui, sans l'admettre encore, la désirent.
« IV. On n'a point le droit d'attendre d'un incrédule qu'il admette la résurrection de notre divin Sauveur, avant de lui en avoir administré des preuves certaines, et ces preuves sont déduites par le raisonnement.
« V. Sur ces questions diverses la raison précède la foi et doit nous y conduire.
« VI. Quelque faible et obscure que soit devenue la raison par le péché originel, il lui reste assez de clarté et de force pour nous guider avec certitude à l'existence de Dieu, à la révélation faite aux Juifs pxir Moïse ; aux chrétiens par notre adorable Homme-Dieu. »
VI. Propositions que la sainte Congn'fiation de /'Index a condamnées dans les traités de Théodicée et de Logique de M. te professeur Vbagbs. 28 juin 4843.
« I. Que nous ne saurions parvenir à la connaissance d'au- « cune vérité externe métaphysique, ou qui ait pour objet ce
ft qui ne tombe pas sous nos sens, si nous n'en sommes ins- « truils par d'autres, et en dernière analyse par la révélalion « divine. » Or celte doctrine est inadmissible, puisque les vérités internes et mathématiques pouvant être connues de nous à l'aide du raisonnement, comme l'auteur lui-même en fait l'aveu, il nous est possible par cela seul d'arriver à connaître des vérités externes, au moins toutes les fois que ces vérités sont liées avec des vérités internes, ou que ces dernières n'auraient plus déraison d'être, si Ton ne supposait en même temps quelque vérité externe.
« II. Qu'à proprement parler, les vérités externes métaphy- « siqnes ne sont pas susceptibles de démonstration. » L'auteur aurait dû considérer au contraire que les vérités externes sont quelquefois nécessairement liées aux internes comme la cause à son effet, et par conséquent susceptibles d'être démontrées, grâce à celle connexion, par le genre d'argument dit a posteriori, dont la certitude n'est pas moindre que celle qui s'obtient au moyen d'une démonslration à priori.
« III. Que l'existence de Dieu est tout à fait indémontrable; « nous nions qu'on puisse démontrer que Dieu existe.» Celte doctrine étrange découle comme d'elle-même des opinions déjà indiquées de l'auteur.
« IV. Que les preuves de l'existence de Dieu se réduisent h « une certaine foi, ou sont fondées sur cette foi, par laquelle « nous croyons plutôt que nous ne voyons ; ou bien c'est une « persuasion naturelle en nous que cette idée, que nous « avons de Dieu, est fidèle, quoique nous ne puissions en « avoir l'évidence purement interne. » Ces paroles semblent signifier que l'existence do Dieu est pour nous un objet de croyance pluiôt que de démonstration; ce qui est tout à faii loin de la vérité.
« V. L'auteur réduit au sens commun toutes les preuves des vérités externes métaphysiques : docirine inadmissible, puisqu'il y a des vérités externes qui se démontrent à posteriori au moyen des vérités internes, sans qu'il soit besoin de consulter le sens commun. C'est ainsi qu'ayant la conscience de notre existence, nous en inférons directement l'existence d'une cause, de laquelle nous tenons l'existence, c'est-à-dire que nous déduisons celle vérité externe de celte autre vérité qui f^sl interne, sans faire intervenir le sens commun.
a Ce sont là les principales assertions contenues dans le livre
susdit, qui nous paraissent mériter d'être corrigées. En conséquence la sacrée Congrégation avertit le révérend Auteur de veiller à ce que son livre soit amendé dans quelque nouvelle édition, et de vouloir bien en attendant s'abstenir d'énoncer de telles opinions dans ses leçons scolastiques. »
VIL Décret de Sa Sainteté Grégoire XVI portant condamnation DU LIVRE DE FraNÇOIS FoRTI, AYANT POUR TITRE :
Lettres sur la direction des éludes, o août 1843.
« Entre les plus grandes et les plus cruelles calamités de la religion catholique dont, en ces temps de trouble et de tempête, nous ayons à gémir, la principale est sans contredit la multitude des livres pestilentiels qui, comme les sauterelles sorties du puits de Vabime, inondent presque tout entière la vigne du Seigneur, pour la dévaster, et qui sont comme la coupe remplie d'abominations que vit Jean dans les mains de la grande Prostitue'e, abreuvant de toute sorte de poisons ceux qui y portent leurs lèvres. Tel est, en vérité, le libelle qui a pour titre : Lettres sur la direction des études, publié sous le nom de François Forti, avec la marque typographique : Genève, 1843, œuvre de volume assez mince, mais par la variété des matières qu'il traite, et par la multitude des erreurs qu'il accumule, digne d'être regardée comme équivalente à de gros tomes réduits à peu de feuilles avec tout l'art et toute la malice des maîtres d'iniquités, afin que la commodité du formal et la modicité du prix en rendant la propagation plus facile, on puisse le mettre dans toutes les mains et empoisonner ainsi toute étude, corrompre la jeunesse de tout âge et de toute condition, et ruiner la religion, si cela était possible. L'auteur a pris des plus astucieux ennemis de la foi et de la morale chrétienne, qu'il cite et qu'il loue, il a pris dans leurs ouvrages condamnés ses maximes erronées et perverses ; les liant par des sophismes contre la doctrine catholique, contre la morale chrétienne, de sorte qu'on peut dire qu'il a rassemblé dans ce seul libelle les principales erreurs et les extravagances de tous ses devanciers. C'est pourquoi, on peut lui appliquer ce que saint Léon écrivait à Turribio [Epist. XV), du dogme des Priscillianistes : « Il n'est pas d'ordure vomie par « quelque impie qui n'ait sa place dans ce libelle, Vauleiir ayant « fait comme un mélange de tout ce qu'il y a d'immonde dans
« les opinions dépravées, de telle manière qu'il boit h lui « seul tout ce que les autres n'ont fait que goûter en partie. » Et pour montrer manifestement qu'il en est ainsi, il suffira de noter, entre les autres, les propositions suivantes, soutenues dans cet ouvrage :
« L'auteur affirme qu'il est impossible de répondre victorieusement au\ arguments des philosophes sceptiques. — A propos de la cosmogonie mosaïque, il insinue encore le scepticisme. Il met en avant des doutes périlleux sur la nature et les facultés de l'àme. — Suivant lui, on ne doit juger des vertus et des vices que relativement au bonheur du genre humain et à la ^conservation de l'ordre de la nature dans la société civile. — Et par conséquent, sans aucun égard à la loi divine et à la moralité religieuse des actions. — Bien plus, il pousse Tirapiété jusqu'à tenir pourabsuvde et iïiimoT3.\ tout principe dogmatique propre à servir de frein aux passions humaines, et il a l'audace, déposant toute honte, do demander au pouvoir politique l'impunité de la plus honteuse et de la plus etVrénée de toutes les passions. Il enseigne que l'état de nature est l'étal de guerre, et comme celui des brutes. En outre, il rend grâces à Luther et au prolestanlisme de la réforme philosophique et de la réforme politique, comme d'un bienfait pour la société, assurant que ces prétendues réformes ont rendu mc-illeure la condition des peuples de presque toutes les nations. Il est donc clair que la religion imaginée par cet auteur diffère essentiellement de la religion révélée, et n'est purement qu'une religion politique, que le pouvoir politique de chaque État peut et doit déterminer, ré^ir et réformer selon son bon plaisir, ainsi que cela se pratique dans les Etals protestants.
a Quant h la religion catholique, il reproche à l'Église le nombre de ses dogmes et les préceptes moraux qui limitent Ja liberté de penser ; et il propose un système au moyen duquel les gouvernements, dans les Etats desquels elle est en vigueur, pourront la réduire et la rendre utile à la société selon que les politiques l'entendent. Il dit ensuite que cette religion serai utile à la société qui aurait peu de dogmes et les exercices les plus simples, et qui substituerait le cœur, ainsi qu'il s'exprime, aux priHentions de la métaphysique, c'est-à-dire comme il résulte du contexte, une religion qui substituerait les mouvements et les afiY'ctions du cœur aux préceptes moraux de /a
APPENDICE B. Ql"
religion chrétienne. Pour ce qui est des délits contï;e la religion, l'auteur insinue que Ton doit avoir plus de soin de maintenir la tolérance que de proléger le dogme.
« Il est donc manifeste que le but et les maximes de Tauleur tendent à réformer ou, pour mieux dire, ù renverser de i fond en comble la religion catholique d'après les principes ' des protestants. Les principes pos(?fe et établis par lui comme la règle des législateurs et de ceux qui tiennent le gouvernement, ont, relativement à la religion, pour objet direct d'obtenir ceci : 1" que le clergé soit exposé à la défiance et à la risée des peuples, et l'autorité ecclésiastique à la jalousie; 2" que l'on détache d'un seul c(fup ou que l'on aliène peu à peu du Siège apostolique, centre de l'unité catholique, les cœurs des fidèles ; 3" que toute juridiction ecclésiastique, dans le for extérieur et sur toutes les actions extérieures, soit abolie ; 4" que la puissance politique puisse régler et varier à son gré les institutions ecclésiastiques et les éléments môme de l'instruction religieuse, discuter la doctrine de l'Église catholique, la soumettre à son propre jugement et en empêcher la propagation; o" que le gouvernement de l'Église appartienne au seul gouvernement civil, ou du moins lui soit entièrement subordonné ; en un mot toutes ces maximes tendent à rendre l'Eglise esclave des gouvernements.
« Nous donc, pesant avec attention tout cela, et, les larmes dans les yeux, aux pieds du crucifix, considérant de quels immenses dangers serait pour les âmes la lecture de ce libelle pestilentiel, après avoir pris l'avis de nos vénérables F/ ères lescardinaux de la sainte Église romaine, inquisiteurs généraux de toute la république chrétienne, de notre propre mouvement, de science certaine, après mi^ire délibération et dans la plénitude de noti'O puissance apostolique, par nos présentes lettres, sous les clauses ordinaires et les peines portées dans l'index dos livres prohibés, nous condamnons, réprouvons et prohibons le susdit libelle, en quelque lieu et en quelque langue qu'il ait été ou (ce qu'à Dieu ne plaise) qu'il doive être impiimé, quelle qu'en soit ou en puisse jamais être l'édiliori et la traduction, comme contenant des doctrines et des assertions r
« Induisant au scepticisme et à l'incrédulité, scandaleuses « coiiire les bonnes mœurs, impies, respeclivemcnt fausses, « téméraires, captieuses, erronées, appi-ochant de l'hérésie.
« suspectes d'hérésie, injurieuses et calomnieuses en haine du
« sacré ministère ecclésiastique, dérogeant aux droits divins
« del Eglise, subversives de la foi et de la divine constitution
« de l'Eglise, favorables au protestantisme, schismatiques. »