‹ Les splendeurs de la foi (volume 3)Chapitre 12 sur 52 · FAIT CHAIR, ET IL A HABITÉ PAR.MI NOUS ! 1 I · texte numérisé non relu

FAIT CHAIR, ET IL A HABITÉ PAR.MI NOUS ! 1 I

A peine l'ange est remonté aux deux, que Marie, transportée par une charité ardente, court offrir ses bons solqj à sa cousine Elisabetli, dont elle a appris par l'ange La grossesse miraculeuse. Elle entre dans la maison de Zacharie et salue Elisabeth. Tout aussitôt, Elisabeth sent tressaillir dans son sein l'enfant qu'elle portait, et s'écrie inspirée par l'Esprit-Saint: Vous êtes hênie entre toutes les femmes et le fruit de vos entrailles est bénil D'où me vient cet excès de bonheur que la mère de mon Dieu daigne venir à moi? Marie, inspirée et transportée à son tour, s'écrie : « Mon âme glorifie le Seigneur; mon esprit tressaille d'allégresse en Dieu mon Sauveur ; parce que le Tout-Puissant a fait en moi de grandes choses. Il a abaissé ses regards sur l'humilité de sa servante, et voici que toutes les nations, a partir DE ce jour, me proclameront bienheureuse I ! !

Quelques mois plus tard, Marie met au monde, aux portes de Bethléem, dans une étable abandonnée, le Fils annoncé par l'ange ; elle le dépose dans une crèche vermoulue ; et tout à coup les anges en grand nombre font retentir les airs de ce chant de triomphe et d'amour: Gloire à Dieu, au plus haut des deux, et sur la terre paix aux hommes de bonne volonté I

J'ai cru devoir refaire en abrégé ce récit èvangélique ; mais faisons maintenant abstraction de ce qu'il contient de merveilleux pour ne garder que ces simples paroles: Toutes les nations, a partir de ce jour, me proclameront bienheureuse ! Lorsqu'elles furent écrites par saint Luc, le compagnon fidèle de l'apostolat de saint Paul, Marie vivait encore à Ephèse près de Jean, le disciple bien-airaé, qui l'avait acceptée pour mère. Plus tard, revenue à Jérusalem, ville pleine des souvenirs de la vie et des souffrances de son divin Fils, elle mourut consumée par l'amour. Saint Denis l'Aréopagite raconte que les apôtres déjà dispersés, avertis par des voix célestes,

se retrouvèrent au pied du lit sur lequel 3Tarie s'endormait dans le Seigneur, lui rendirent de touchants hommages, et la proclamèrent de nouveau bienheureuse. Toujours esl-il que dans le concile de Jérusalem, le premier des conciles, en formulant le symbole auguste qui porte leur nom, ils apprirent au monde entier à faire -ce solennel acte de foi : Je crois en Jésus-Christ, Fils unique de Dieu, né de la Vierge Marie. C'est le point de départ du culte particulier d'hyperdulie dont Marie sera désormais l'objet dans le monde chrétien.

Une pieuse combinaison des paroles de l'ange, du salut d'Elisabeth, des invocations échappées aux lèvres -des premiers dévols envers Marie, avait fait naître de très-bonne heure la délicieuse prière Ave, Maria. Je vous salue, Marie. Entrée dans les habitudes de l'Ei^lise, ïécitée le matin, le soir, plusieurs fois dans la journée, par les fidèles de tous les pays, la Salutation angélique est a elle seule le plus merveilleux accomplissement de l'oracle sorti de la bouche de Marie : Toutes les nations me proclameront bienheureuse.

Dès les premiers siècles de l'Eglise, des chapelles furent consacrées à Marie dans la grotte de Gethsémani, et sur le mont Carmel. Le temple de la Fortune d'Éphèse devint le sanctuaire de la Panagia, de la toute sainte Marie, comme le Panthéon de Rome devint Sainte-Marie de tous les Martyrs. Et déjà du temps de Constantin, sur ■un emplacement désigné miraculeusement, on vit s'élever la magnifique basilique de Notre-Dame des Neiges ou de Sainte-Marie Majeure, glorieuse reine de toutes les églises consacrées à Marie. On croit communément que saint Luc, peintre habile , choisi par les artistes chrétiens pour leur patron, fit plusieurs fois le portrait de Marie, et que quelques-unes de ses madones sont encore vénérées aujourd'hui dans les églises de Rome : la plus célèbre est le principal ornement de Sainte-Marie Majeure. En tout cas, on a retrouvé sur les murs des catacombes des images de Marie qui remontent au troisième, au second et même au premier siècle de l'Eglise. Dans l'une la

LA FOI ET LA IIAISON. grj

Vierge est assise, tenant le divin Enfant sur ses genoux. et étendant ses bras pour prier; le peintre a dessiné à droite et à gauche le monogramme du Christ. Dans un grand nombre d'autres peintures, Marie est représentée dans cette même altitude de prière, mais seule, avec cette inscription écrasante pour les incrédules : Maria Virgo, Ministère du ternplo Gerosale.

Les Pères de l'Eglise et les écrivains ecclésiastiques proclamèrent à l'envi Marie Bienheureuse. Depuis saint Clément pape, second successeur de saint Pierre, jusqu'à saint Bernard et saint François de Sales, c'est un concert unanime de louanges enthousiastes et de supplications ardentes. Elles remplissent quatre .gros volumes de la Summa Aurea de Laudibus Beatœ Virginis. Migne, 1862.

Le nom, la commémoraison, l'invocation de Marie ont pris place dans toutes les liturgies, à partir de celle de saint Jacques, la plus ancienne de toutes. Ne se contentant pas de l'invoquer dans la célébration des saints mystères, aux moments les plus solennels, avant et après la consécration, l'Eglise a commencé de très-bonne heure à célébrer, par des fêtes particulières, les mystères et les circonstances glorieuses de sa vie : ses épousailles, sa purification, l'attente de son enfantement, son annonciation, sa compassion, sa Visitation, son assomplion, sa nativité, ses sept douleurs, sa conception immaculée. Ces solennités si nombreuses ne suffisaient pas, l'Eglise a voulu que tous les samedis libres de l'année fussent des fêtes de Marie. Ce n'était pas assez encore, le calendrier de Marie a été s'augmenlant chaque jour, de siècle en siècle. On a fêté tour à tour : Kotre- Dame de Lorette, Notre-Dame du Mont-Carmel, Notre- Dame Auxiliatrice ou Secours des chrétiens, Notre-Dame du saint Rosaire, le saint Nom de Marie, les Prodiges de Marie, etc., etc. Et toutes ces fêtes récentes rappellent des événements grandioses qui sont pour Marie d'éclatants triomphes proclamés par l'Eglise universelle : la bataille de Lépanle, la levée du siège de Vienne, la

défaite des Albigeois, la prise de La Rochelle, le retour de Pie VI et de Pie VII à Rome, etc., etc.

En outre, des invocations liturgiques et de ses fêtes, l'Eglise a composé en l'honneur de Marie des antiennes et des hymnes plus admirables, plus touchantes les unes que les autres, et qui la proclament bienheureuse sous toutes les formes possibles. (Chacune de ces hymnes ou antiennes a inspiré une délicieuse mélodie, que l'on chante depuis des siècles avec une émotion toujours nouvelle. La plupart de ces prières, comme aussi les dévotions particulières envers Marie, le Scapulaire, le Chapelet, l'Angélus, etc., rappellent d'ailleurs des événements miraculeux, de grands bienfaits de la bienheureuse Mère de Dieu. Au xiii^ siècle, de puissantes sectes manichéennes, les paturons, les vaudois, les albigeois, etc., faisaient à la France et à l'Eglise une guerre implacable. Saint Dominique leur opposa la dévotion du Chapelet ou du saint Rosaire, et ils furent vaincus, alors qu'ils se croyaient le plus sûrs de la victoire. Quand l'Occident tout entier s'arracha en quelque sorte de ses fondements pour se jeter sur l'Orient, et marcher à la conquête des lieux saints, les papes Urbain II, Jean XXII, Calixte III ordonnèrent que VAve Maria serait récité trois fois au son de la cloche, le matin, à midi et le soir, par tout le monde, et à genoux. Aujourd'hui encore après plusieurs siècles, l'Angélus retentit trois fois chaque jour, de sorte qu'il n'est pas une minute du jour ou de la nuit dans laquelle Marie ne soit pas proclamée, bienheureuse, visiblement et solennellement.

Les hérétiques ne pouvaient pas attaquer Jésus-Chrisl sans attaquer sa divine Mère. Ils s'insurgèrent donc contre Marie : Arius nia que le Fils de Dieu, consubslantiel à son Père dans sa divinité, fût consubstantiel a Marie dans son humanité. Nestorius disputa à Marie sa maternité divine. Jovinien osa blasphémer contre sa triple virginité, etc., etc. Ces attaques violentes furent pour Marie l'occasion des plus éclatants triomphes. Les Pères de l'Eglise, les souverains Pon-

tifes, les Conciles, particuliers et généraux, prirent sa défense avec une énergie vraiment divine ; ils la proclamèrent avec plus de solennité bienheureuse et glorieuse ! Qmnd le peuple d'Eplièse apprit la condamnalion de Nestorius, il poussa de grands cris de joie, il combla de bénédictions les Pères du concde, et les accompagna aux llambeaux jusqu'à leurs demeures. L'atmosphère de la ville fut embaumée tout à coup de parfums brûlés en l'honneur de .Marie Mère de Dieu, l'enthousiasme était à son comble, des larmes coulaient de tous les yeux.

Marie a été surtout proclamée bienheureuse dans les sanctuaires bénis des lieux de pèlerinage, qui sur toute la surface de la terre vontse multipliant sans cesse depuis les premiers âges du christianisme jusqu'à nos jours. Tous, au nombre de plus de douze cents, ont eu pour origine un événement surnaturel, une apparition céleste, une grcàce insigne obtenue, un prodige opéré, etc., etc. Toutes ont leur statue miraculeuse aux pieds de laquelle des milliers de pèlerins, venus souvent de bien loin, ont prié et prient avec une ferveur toujours ancienne et toujours nouvelle.

Au moyen âge, hidévotion envers Marie prit un élan vraiment magnifique : toutes les illustrations de l'époque, saint François d'Assise, saint Bonaventure, Alexandre de Halle, Albert le Grand, saint Bernard, etc., furent des dévotsenlhousiastes de Marie. (Pour les savants et les écrivains de ces âges de foi, Marie était comme un miroir divin dans lequel toutes les vérités théologiques ou spéculatives, tous les faits de l'histoire de la Keligion et de la nature venaient se réfléchir.) Quand le génie croyant eut inventé l'architecture gothique avec son ogive élancée, symbole de la pensée chrétienne aspirant au ciel, il éleva ses plus beaux monuments à la gloire de Marie. En France, seulement, trente-six de nos cathédrales, sur quatre-vingt-trois, sont dédiées à Marie.

A partir du m.oyen âge les lettres, les arts, les beauxarts célèbrent à l'envi les gloires de Marie. Les peintres,

Bellini, Cimabué, Fra Angelico, Memling, Albert Durer, lui consacrèrent leurs plus belles toiles. Même après que la Renaissance eut en quelque sorte paganisé le pinceau, les maîtres les plus illustres, le Pérugin, Raphaël, le Guide, le Tintoret, les Carrache, Murillo, Mignard, Rubens, etc., n'ont jamais été mieux inspirés que lorsqu'ils ont reproduit la ravissante image de Marie mère de Dieu. Les sculpteurs à leur tour, Michel-Ange, Luca délia Robia, -Donatello, Bouchardon, Canova, Bonnassieu, ont sculpté admirablement les gloires de )Iarie. Les musiciens Haydn, Weber, Pergolèse, Beethoven, Mozart, Haendel, Rossini, Gounod, etc., l'ont chantée en flots d'harmonie ; leurs Ave Maria y leurs Begina cœli, leurs Stabat comptent au nombre de leurs chefs-d'œuvre. Les poêles, enfin, depuis Sédulius jusqu'à Santeuil, depuis les Trouvères jusqu'à Lamartine et Victor Hugo, ont chanté ses louanges.

Un sentiment profond de respect et de vénération avait rendu les premiers chrétiens timides, peut-être à l'excès ; ils avaient à peine osé donner à leurs enfants le nom augusteet suave de Marie. Mais peu à peu, à mesure que la dévotion envers la Mère de Dieu et des hommes alla grandissant, ils s'enhardirent, et le nom de Marie devint de plus en plus universel. Aujourd'hui, le plus grand n mbre des enfants est heureux et fier de le porter. Et c' si une des plus gracieuses glorifications de Marie, que ce^le multitude empressée qui, la veille de la fête de l'Atssomplion, parcourt en tous sens nos grandes villes, portant à la main les bouquets de fleurs qu'elle va offrir à nos innombrables Maries.

Et que dire de ce nombre merveilleux de familles religieuses, d'ordres de chevalerie, de congrégations ou d'associations pieuses, d'hommes, de femmes, déjeunes gens, de jeunes filles, d'enfants, qui se sont groupés dans tous les siècles sous l'étendard de Marie, accomplissant ainsi l'oracle du Prophète : « Des milliers de vierges après elle feront cortège au roi, elles viendront à lui fières de marcher sur ses traces : après les pères

,et les mères, ce seront les enfants. » (Ps. XLI, yV 14 et 15.)

Depuis le commencement du second siècle de l'Eglise jusqu'au dix-neuvième, l'oracle s'était accompli: toutes les nations de la terre avaient proclamé Marie bienheureuse ! 31ais il fallait, pour que le miracle fût à son comble, que la prophétie se réaliscât avec plus d'éclat encore au dix-neuvième siècle, et que notre siècle fût plus que tout autre le siècle de Marie. Son début fut signalé par une dévotion nouvelle, douce et touchante entre toutes: ce ne fut plus un jour, ce fut un mois entier, le beau mois de mai, avec ses fleurs, ses parfums et ses chants, dont on fit une longue fêle à Marie, et que l'on célèbre aujourd'hui dans le monde entier. Après le mois de Marie vint, en 1830, la médaille miraculeuse, révélée à une pieuse fille de la charité, avec sa pressante invocation : « 0 Marie, conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours à vous, » médaille qui brille aujourd'hui sur des milliers et des millions de poitrines bénies. Bientôt, en 1836, naquit l'archiconfrérie de Notre-Dame des Victoires à laquelle se sont déjà associés 174,441 diocèses ou paroisses. Le nombre des cierges qui brûlent à chnque instant devant son autel privilégié, est de plus de 100 ; la quantité de cire consommée chaque année, dépasse 100,000 francs. A la fin de mars dernier, le nombre des ex-voto suspendus aux murs était del ,871 ; à l'oflice du soir, le dimanche, les recommandations venues du monde entier atteignent le chiffre énorme de 23,000, 100,000 chaque mois, 1,200,000 chaque année. Nulle part ailleurs, et dans aucun siècle, Marie ne fut proclamée bienheureuse avec plus d'enthousiasme I

Et les apparitions de la Salette, 19 décembre 1846; de Lourdes, février 1853; de Pontmain, 17 février 1871, avec leurs sources miraculeuses, leurs sanctuaires ma^nifiques, leurs multitudes de pèlerins venus de toutes les parties du monde, les innombrables miracles qui s'y opèrent chaque année I El la manifestation toute récente

de Marie à de petits enfants dans la forêt de Marpingen, qui a tant irrité l'ennemi personnel de l'Eglise et de la France !

11 y a quelques jours, le pèlerinage annuel du Salut avait le noble courage de porter à Lourdes deux cents MALADES, dont l'état était si grave, que plusieurs furent sur le point de mourir en roule. Tous ont été soulagés ou consolés ! Vingt ont été miraculeusement guéris. Jamais Marie ne s'était montrée plus glorieuse, plus pleine de tendresse pour la France. En même temps, vingt-cinq mille pèlerins, la reine mère de Bavière en tète, entouraient la forêt de Marpingen, comme jetant un défi au persécuteur qui frémissait de rage. C'est qu'en effet, au moment donné, Notre-Dame de Lourdes et de Marpingen, forte comme une armée rangée en bataille, assurera le triomphe de la France et réparera toutes ses perles !

Il est donc vrai, d'une vérité absolue et éclatante, qu'aujourd'hui, comme au moyen âge, plus qu'aux premiers siècles. de l'Eglise, dans l'univers entier, la gloire de Marie est comme le soleil dans le firmament. Il faut se faire aveugle, pour se soustraire à l'éclat de ses rayons évidemment divins.

Entre x^larie immaculée dans sa conception et trois fois vierge, avant son enfantement, dans son enfantement, après son enfantement; entre Marie Mère de Dieu et Marie proclamée bienheureuse par l'univers entier, par les rois et parles peuples, par toutes les puissances du monde, la sainteté, le génie, l'éloquence, la poésie, l'architecture, la peinture, la sculpture, la gravure, le dessin, la musique, etc., etc., il y a la proportion de l'effet à la cause, et de la cause à l'effel, c'est le miracle engendrant le miracle. Entre Marie, femme commune, épouse vulgaire, mère de plusieurs enfants, dont l'un fut un sage quelque peu imposteur (d'après M. Renan et l;i libre pensée) puisqu'il se proclamait Dieu, il y a un abîme infranchissable! Ce serait un édilice colossal, fondé sur le vide 1 En dépouillant Marie de ses prérogatives, de ses

privilèges, de son prestige, M. Kenan a centuplé l'éclat du miracle ! Il a fait l'absurde surnaturel et divin 1

Et que serait-ce si nous faisions le tableau vraiment admirable et divin de l'influence du culte de Marie sur la condition de la femme, sur la vie des individus, des familles, des sociétés. Marie est, à proprement parler, l'àme du monde chrétien ; c'est elle surtout qui fait les saints, et tous les saints ont eu pour elle une dévotion tendre. Chaque jour se vérifie cette promesse divine : Israël sera votre héritage, jetez vos racines dans le cœur des élus.

Ecrions-nous donc en finissant : Marie avait annoncé et prédit que toutes les nations la proclameraient bienheureuse, l'oracle s'est accompli dans des conditions merveilleuses. C'est à la fois une prophétie grandiose et un miracle éclatant! Donc Marie est Mère de Dieu I Donc la foi chrétienne est divine! Donc, parmi toutes les églises l'Eglise catholique, apostolique, romaine, resplendit divine, puisqu'elle est par excellence l'Eglise de xMarie, et resplendit seule divine, puisque c'est dans son sein seul que le culte de Marie a pris son plein développement; puisque c'est elle qui, plus que toutes les autres ensemble, proclame Marie bienheureuse 1

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