Chapitre Huitième. — Quatrième sjjlendeur de la foi
Cetenfant sera en butte àla contradiction .[l.uc, ch. ii, y 34.) L'enfant, si beau, si doux, dont le vieillard Siméon a dit qu'il sera en butte àla contradiction,. s'?y//rz;/?i cui contradicetur, est celui dont les anges signalaient la naissance en chantant : Pax homimbu.s bonje voLUNTATis. Il résumera ses enseignements dans cette seule parole : Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur. El sa vie s'écrira dans ces deux mots : // a passé en faisant le bien. Sa voix ne retentissait pas bruyante dans les places publiques, il n'achevait pas de briser le roseau à moitié rompu; il n'éteignait pas la mèche qui fumait encore ! Les enfants se pressaient autour de lui, et la foule le suivait bien loin dans le désert.
aar^ LES SPLENDEURS DE LA FOI.
atlirée parle charme de sa conversation, la sublimité de sa doctrine et l'éclat de ses miracles ! Sauveur envoyé de Dieu, lumière qui se révélera aux nations, agneau immolé pour les péchés du monde, il devrait être adoré, aimé, béni de tous, et voici que Siméon prédit qu'il sera en butte à la contradiction, dans toute l'énergie de ce mot terrible, à la contradiction universelle, incessante, acharnée, excessive! Voilà la prophétie, l'oracle! Et son accomplissement remplit aussi le monde, le temps et l'espace. Splendeur!
A l'heure de sa naissance, il n'y a pas de place pour lui dans les hôtelleries de Bethléem; il naît dans une étable abandonnée. Averti tard de sa naissance, Hérode a résolu de le faire mourir, et le voilà condamné à fuir en Egypte. Au retour de l'exil, Archélaiis menace encore ses jours, il ira vivre à Nazareth, dans l'obscurité, la pauvreté et le travail. Pendant sa vie publique, il soufïre de la l'aim, de la soif, de la fatigue, et n'a pas où i-eposer sa tête. Il sera sans cesse contredit ! S'il chasse les démons, c'est au nom de Belzébuth; s'il fait des miracles, c'est par une intervention salanique, puisqu'il est pécheur ! On lui tend des pièges, on conspire contre lui, on prépare sa mort en disant qu'il est bon qu'un homme meure pour le peuple; on prononce contre lui la grande excommunication, et on le chasse de la synagogue ; il est réduit a ne plus marcher en public, à se cacher, à fuir dans le désert. L'heure des dernières contradictions a sonné! Ses ennemis ont résolu de l'arrêter; ils conviennent avec Judas du prix de sa trahison ; Judas le livre par un baiser; il est pris, garrotté, traîné à Jérusalem, accusé, déclaré blasphémateur, insulté, frappé, conspué, abandonné de ses apôtres, renié par Pierre, moqué et revêtu de la robe des fous, flagellé, couronné d'épines, bafoué comme un roi de théâtre, mis en parallèle avec Barrabas etrejeté, condamné à mort, chargé de sa croix, traîné au supplice, crucifié, outragé, blasphémé, maudit. Il meurt en poussant un grand cri! Un soldat romain perce son cœur du fer de sa lance, et des gardes sont apposés
LA FOI ET LA RAISON. Cg.
à son tombeau pour que ses disciples ne puissent pas enlever son corps et faire croire à sa résurrection. Contradiction!
Ressuscité et monté au ciel, il sera plus que jamais en butte à la contradiction, non dans sa personne matériellement inviolable, mais dans la personne des siens. Il leur avait promis qu'ils seraient haïs à cause de son nom, et en effet la haine se déchaîne tout d'abord contre les Apôtres et les premiers chrétiens, chassés à leur tour des synagogues, jetés en prison, martyrisés, comme Etienne, Jacques le Mineur, etc. Quand, désespérés et privés de toute puissance, les Juifs seront dans l'impossibilité d'assouvir leur haine contre les chrétiens, les empereurs romains deviendront les instruments implacables de la contradiction. Néron, Domilien, Trajan, Marc-Aurèle, Sévère, Maximin, Déce, Aurélien, Dioctétien, Julien l'Apostat ordonnèrent des persécutions générales dans lesquelles périrent des millions de chrétiens. C'était bien Jésus-Christ que l'on contredisait dans ses martyrs, puisque la première sommation qui leur était faite était de le renier, de fouler aux pieds sa croix, et de sacrifler aux idoles que la prédication de l'Evandle a renversées.
Lorsque les persécuteurs auront disparu, tous, ou presque tous, victimes mémorables de la justice divine, les exécuteurs de l'oracle sacré de la contradiction seront les hérétiques et les schismatiques ! Ils disputeront à Jésus- Christ tout son être : sa divinité qu'il a comme anéantie par amour pour nous, son humanité sainte dont il s'est revêtu pour se faire notre victime, son âme qui fut triste jusqu'à la mort, sa volonté qu'il a sacrihée à celle de son Père, sa liberté qu'il a abdiquée, son corps qu'il a livré au supplice pour nous, etc., etc.
Arius contredit la divinité du Verbe, en soutenant que le Fils de Dieu n'est ni égal en tout, ni consubstantiel à son Père. Macédonius, en niant la divinité du Saint- Esprit, contredit l'Incarnation du Verbe divin dans Marie par la vertu de l'Esprit-Saint. Pelage en niant le péché
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jriginei, contredit la nécessité delà grâce et de la Rédemption par Jésus-Christ. Les semi-pélagiens contredisent aussi le divin Rédempteur, en affirmant que l'homme peut mériter la grâce par un commencement de foi et par un bon mouvement de la nature. Neslorius contredit la divinité du Fils de l'Homme, en affirmant que .^larie, sa Mère, ne peut pas être appelée Mère de Dieu, en distinguant ainsi la personne de Jésus-Christ de la personne du Verbe divin. Eutychès contredit Jésus-Christ en niant l'unité des personnes et la dualité des natures, en affirmant qu'après l'Incarnation il n'y a en Jésus- Christ qu'une seule nature. Les monothéistes contredisent Jésus-Christ en lui refusant deux volontés et deux opérations, divine et humaine. Les iconoclastes contredisent Jésus-Christ en faisant la guerre à ses images, aux images de sa divine Mère et de ses saints. Photius contredit Jésus-Christ en niant que l'Esprit-Saint procède du Père et du Fils, et en se séparant de sa sainte Eglise. Bérenger dispute à Jésus-Christ sa présence réelle dans la sainte Eucharistie, en niant la transsubstantiation. Wiclef attaque Jésus-Christ dans l'autorité du souverain Pontife romain, qu'il nie être le chef de son Eglise. Luther contredit les doctrines de la Révélation sur le péché originel, la justification, les sacrements, les indulgences, la primauté du Saint-Siège, le Purgatoire, le libre arbitre, le mérite des bonnes œuvres, etc., et bouleverse toute l'Eglise de Jésus-Christ, etc, Calvin, enchérissant sur Luther, ne veut ni invocation des saints, ni pape, ni évoques, ni prêtres, ni fêtes, ni cérémonies sacrées. Henri VIII contredit Jésus-Christ en se faisant le chef de l'Eglise, et passant bien vite du schisme à l'hérésie protestante. Baius contredit Jésus-Christ par de nombreuses et grosses erreurs sur la grâce, le libre arbitre, la justification, le péché originel. Jansénius ose affirmer que Jésus-Christ n'est pas mort pour tous les hommes ; que Dieu refuse la grâce non-seulement aux pécheurs, mais même aux justes; que les sacrements ne doivent être administrés qu'aux saints.
Après les réformateurs qui disposèrent les esprits à l'insubordination et à l'incrédulité, viennent les sociniens, qui rejettent de leur symbole tous les dogmes et tous les mystères inaccessibles à la raison : la sainte Trinité, la divinité de Jésus-Christ, l'Incarnation, la salisfaction du divin Sauveur, les effets des sacrements, l'opération de la Grâce, etc., qui affirment en un mot que la Rédemption consiste tout entière en ce que Jésus- Christ nous a donné des leçons et des exemples de sainteté, et qu'il est mort pour confirmer sa doctrine.
Après les négations du socinianisme vinrent les déchaînements enragés de la philosophie du xviii'' siècle, matérialiste et athée. Le chef du parti, Voltaire, avait depuis longtemps déjà fait serment de consacrer sa vie à la ruine de l'Kglise et de toute religion révélée. S'obsti- . nant à voir dans le christianisme une invention humaine, proposée parles prêtres, imposée parles rois, il arrive a lavoir en horreur ; il la désigne du nom d'infâme, et désormais son alïreux cri de guerre sera : « Ecrasez l'infâme! Ce qui m'intéresse le plus, c'est l'avilissement de l'infâme... Engagez tous les frères à poursuivre l'infâme, de vive voix et par écrit, sans lui donner une minute de relâche... » C'était une armée qu'il avait organisée contre Jésus-Christ et l'Eglise... « Faites un corps, ameutez-vous, et vous serez les maîtres...» Et cette meule remplit de ses aboiements infernaux VEncijclopédie universelle, immense monument de fausse philosophie, de demi-science insurgée contre la foi, d'histoire menteuse, etc., etc.
Après la philosophie et amenée par elle, vint la Révolution française, qui passa des paroles aux actes, des menaces aux coups. Après avoir jeté le trouble et la division dans l'Eglise, supprimé tous les ordres religieux, laïcisé et asservi le clergé, elle proscrivit la religion chrétienne, et proclama le culte de la Raison. Jésus- Christ fut chassé de son tabernacle et de son temple ! Et de viles courtisanes se faisant appeler les reines du Dieu- Raison, reçurent l'encens de la multitude. La contradic-
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tion fut comme une mer immense; elle avait tout englouti.
Jusque-là, cependant, on avait laissé à Jésus-Christ son être, sa réalité historique. Mais voici venir la critique moderne qui lui disputera les actions de sa vie, les paroles de sa bouche, sa personnalité, son existence, en un mot. Dans sa Vie de Jésus, qui a eu un si fatal retentissement, le docteur Strauss va jusqu'à dire : « Le sujet des attributs que l'Evangile et l'Eglise accordent à Jésus-Christ, est, non pas un individu, mais une idée! Dans un individu, dans un Dieu-Homme, ces attributs se contredisent. Dans l'idée ou dans l'espèce, elles concordent. L humanité est la réunion de deux natures, le Dieu fait homme, tinjini descendu à la condition finie et l'esprit fini qui se soucient de son infinité. Elle est l'enfant du Père invisible et delamère visible, de l'esprit et de lanature... Elleest le thaumaturge... Elle est rimpérissable.. Elle est Celui qui meurt, re?.suscite et monte au ciel. Christ c'est l'Humanité. » Et celte abstraction sacrilège, insensée, a trouvé de l'écho dans un grand nombre d'esprits contradicteurs de Jésus- Christ.
La contradiction de M. Renan est plus révoltante encore. Il prend plaisir à dépouiller le divin Sauveur de tout son éclat réel, de tout son prestige surnaturel et divin, pour en faire un personnage commun à l'excès,, ou plutôt le « ver de terre des prophéties ! » L'origine de sa famille est inconnue... Son père et' sa mère étaient de médiocre condition... Il était l'aîné d'une nombreuse famille, mais ses frères et ses sœurs le détestèrent toujours... Il était en révolte contre l'autorité paternelle... Il foula aux pieds tout ce qui est le plus cher à l'homme, le sang, l'amour, la patrie... Avec une douzaine de pêcheurs et quelques femmes qui se disputaient l'honneur de le soigner, entre autres Marie de Magdala, personne fort exaltée et atteinte de maladie nerveuse, il parcourut la Galilée... Il ne fuyait pas la joie et allait aux divertissements des mariages... Sa vie était une fête
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perpétuelle... Il affectait de s'entourer de personnes de vie équivoque, risquant, de rencontrer la mauvaise société dans des maisons mal famées... Rien de scandaleux, mais une profonde horreur pour les dévots... Comme principe social, le communisme avec ses accessoires, la haine du riche, la destruction de la propriété... Rien de précisément nouveau dans sa doctrine... Ses affirmations continuelles de lui-même avaient quelque chose de fastidieux... Il ne fit jamaisde miracles... C'était un exorciste expert dans tous les secrets de l'art, un peu sorcier, un peu magnétiseur, un peu spirile... On lui imposa sa réputation de thaumaturge... Les actes d'illusion et de folie tenaient une grande place dans sa vie. Provincial admiré des provinciaux, il fut mal accueilli de l'aristocratie de Jérusalem... Il se dit hautement le Fils de Dieu; mais c'est là un équivoque... Il était panthéiste, mais ce fut sans le savoir... A la dernière période de sa vie, il dépassa toute mesure... Il fit croire que c'était lui qu'on mangeait, lui qu'on buvait... Géant tombé, il voulait qu'on n'existât que pour lui, qu'on n'aimât que lui... Voyant dans sa propre mort un moyen de fonder son royaume, il conçut de propos délibéré le dessein de se faire tuer...Désespéré, poussé à bout, nes'appartenantplus, il se prêta à une misérable scène (la résurrection feinte de Lazare) qui le conduisit au supplice... Tout se passa très-loyalement... Un grand sentiment d'ordre et de police conservatrice présida à toutes les mesures... Jésus fut attaché à la croix... On chercha à établir la foi a la résurrection... La forte imagination de Marie de Magdala joua dans cette circonstance «n rôle capital. Pouvoir divin de l'amour, moments sacrés où la passion d'une hallucinée donne an monde un Dieu ressuscité!
Yoilàle Christ de M. Renan... Non plus un roi, mais un personnage de IhèkUe .'Eiprocidentes adoraverunt eum. Ce sont là non plus des procédés humains, mais des procédés vraiment sataniques. Nous sommes en plein surnaturel, et rien ne démontre mieux la divinité de Jésus- Christ. Splendeur!
2gg LES SPLENDEURS DE LA FOI.
La contradiction cependant ne s'est pas encore arrêtée là. De la haine hypocrite, elle devait passer à la moquerie et au dédain. Un littérateur connu, membre de l'Assemblée législative, a chanté ce noël abominable... « C'était vraiment un étonnant rêveur. . . Ne distinguant pas trop entre le mien et le tien... Ne travaillant pas pour vivre... Mendiant, un admirable vagabond... Malheureusement, Dieu, le père inconnu, l'avait doué de la périlleuse faculté d'indignation... Le fils divin commit de terribles inconvenances contre les choses et les gens établis... Cela alla si loin, que la sacristie, la bourse..., le gouvernement..., le prirent au collet comme un simple journaliste et le tuèrent... Les petits enfants peuvent bien célébrer la naissance d'un tel naïf. Considérez la suite... La foi est morte, l'hypocrisie s'étale... Pudeur de Tartuffe devant la vérité nue '....Compromis, mensonges, perversion de l'entendement, gangrène du caractère ! En place de Jésus les Jésuites... Dix,-huit cents ans de perdus... N'est-ce pas qu'une bonne fluxion de poitrine eût dû frapper ce Sauveur, sur la paille de son élable, et sauver ainsi le monde? Pauvre grand cœur, s'il avait pu prévoir ce qu'on allait faire de lui, avec quelle hâte, plutôt que d'ouvrir la bouche, il se fût jeté au Jourdain une pierre au cou ! » Henri Rochefort est encore allé plus loin dans l'expression froide du dédain : « Si ce garçonlà avait voulu s'appliquer quelque peu, il aurait admirablement réussi dans la charpente; mais ses parents ne pouvaient pas le tenir ; il était toujours dehors ; quand il arrivait à faire sa demi-journée, c'était tout le bout du monde; on le renvoyait de tous les ateliers. Et pourtant, ce n'était pas l'intelligence qui lui manquait pour son état... Quand on lui a présenté la croix où il allait mourir, il s'est écrié au premier coup d'œil : « Que c'est mal raboté ! cela doit venir de chez un tel.... »
L'abîme appelle l'abîme. Voici enfin la contradiction poussée à l'horrible ! Dans le royaume très-chrétien, le l*"" septembre, un journal a pu dire impunément, à propos du procès fait à M. Gambelta :
LA FOI ET LV HAISON. gg?
« ... Il y a de cela dix-hnit siècles, un révolutionnaire du nom de Jésus-Christ eut mnille à partir avec la justice!... au point que Tinforluné thaumaturge périt sur le gibet d'infamie... Depuis, il est passé Dieu, grâce au casier judiciaire qui lui avait coûté si cher en tant qu'homme !...»
Le jour de la mi-carême (15 mars 1877), la ligue de cabarets-gueux , organisée en procession carnavalesque, promena dans les rues, pendant plusieurs heures, sous la protection de l'autorité municipale, une image du Sacré Cœur, avec celte inscription : « Voilà celui qui a tant aimé les filles ! »
Répétons-le donc encore : L'accomplissement de l'oracle du vieillard Siméon a pris des proportions gigantesques. Humainement, raisonnablement parlant, cette contradiction immense et impitoyable semblait incroyable et impossible, puisque Celui qui devait en être l'objet se présentait au monde comme son salut, sa lumière, sa voie, sa vérité, sa vie, le législateur suprême du vrai, du bon, du beau! Elle nous place donc en face du surnaturel et du divin à sa suprême puissance. L'esprit que cette splendeur de la foi n'éblouira pas et ne terrassera pas, sera à son tour un prodige d'aveuçjlement.
Cet EiNFANT SERA UN SIGNE DE CONTRADICTION !
Chapitre Neuvième. — Cinquième splendeur de la foi. — Venez après moi, je ferai de vous des pêcheurs d'hommes. (Saint Mathieu, ch. iv, ^ 18.) Jésus passant le long de la mer de Galilée, vitSimon et André son frère qui jetaient leurs filets kla mer, car ils étaient pêcheurs; et il leur dit : Venez après moi, je vous ferai pêcheurs d'hommes... Etlaissant leurs fîletsilslesuivirent. Je vous FERAI pêcheurs d'hommes ! C'est-à-dire pêcheurs d'âmes ! Quelle étrange parole adressée à de pauvres bateliers! Jamais l'univers n'avait entendu rien de semblable ! Je vous ferai pêcheurs d'hommes! Qui, s'il n'était Dieu, aurait pu avoir cette prétention extraordinaire, prendre
anr, LES SPLENDEURS DE LA FOI.
cet engagement solennel? C'est un oracle éclatant, une prophétie merveilleuse! L'oracle est devenu une réilité immense 1 La prophétie s'est accomplie! L'engagement a été tenu ! Depuis le jour où cette parole mystérieuse a été prononcée, le monde a été notoirement plein de pêcheurs d'hommes! Les apôtres et les successeurs des apôtres sont par profession des pécheurs d'hommes ! Le fait qu'ils ont pris dans leurs filets des multitudes d'hommes et de peuples, est patent. Nous voici donc encore en présence et d'une prophétie et d'un miracle splendides.
Avantde monter au ciel, Jésus-Christ dit à ses apôtres: Allez, enseignez toutes les nations, baptisez-les au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit; apprenez-leur à garder mes commandements! El aussitôt, mais après qu'ils eurent été remplis de l'Esprit-Sainl, ces pêcheurs d'hommes sont allés partout prêchant et convertissant, c'est-à-dire faisant partout des pêches miraculeuses d'hommes. Le jour môme de la Pentecôte et le lendemain, Pierre pocha huit mille gros poissons-hommes. Puis les apôtres se partagèrent le monde et l'enveloppèrent tout entier de leurs filets divins. Simon Pierre pécha dans le Pont, la Bithynie, la Cappadoce, l'Asie Mineure, à Antioche, à Rome; André, chez les Scythes, en Grèce et dansl'Epire; Jacques le Majeur, en Judée et probablement dans les Gaules et l'Espagne; saint Jean, dans l'Asie Mineure ; Philippe dans la haute Asie ; Barthélémy, dans la haute Arménie ; Matthieu, dans la Colchide ; Thomas, chez les Parthes, dans l'Inde et peut-être la Chine; Jacques le Mineur, dans Jérusalem; Simon, dans la Libye; Jude, dans la Mésopotamie, etc. Paul, adjoint aux apôtres par une vocation directe, a jeté son iilet dans soixante-dix-sept contrées ou villes ; la simple énumération des lieux de son apostolat est une confirmation éclatante du divin oracle : Je ferai df
vous DES PÊCHEURS D'HOMMES !
1^ pêche des âmes se fait en premier lieu directement par les missions apostoliques proprement dites ; er-
second îieii dans la clinire chrétienne par la prédication; en troisième lieu dans le tribunal de la pénitence par la confession, tous sont autorisés à dire à ces peuples comme saint Paul aux Corinthiens : Vous êtes le sceau de mon apostolat; c'est moi qui vous ai engendrés, vous êtes mon œuvre, ma gloire, ma consolation, ma joie.
/. Les missiojis apostoliques. — C'est Jésus sauveur du monde continué k travers l'espace et le temps; c'est le royaume de Dieu s'établissant sur toute la terre par la conquête des âmes à la béatitude éternelle. L'histoire de l'Église n'est pas autre chose que l'histoire des missions; elles n'ont pas cessé etne cesseront pas jusqu'à la fin des temps. La liste par ordre chronologique et par ordre alphabétique des principales missions, remplit vingt-six grandes colonnes de la Table des matières de VHistoire universelle de VÉglise catholique, de M. l'abbé Rohrbacher, septième édition, '1877. Depuis dix-huit siècles, le monde tout entier n'a pas cessé d'être sillonné en tous sens par de glorieux pêcheurs et chasseurs d'hommes ou d'âmes. Et ce ne sont pas des pêcheurs d'hommes isolés, ce sont des familles entières, des générations de pêcheurs d'hommes, qui se succèdent et s'élancent sans cesse à la conquête des âmes. Chaque année, de nombreux missionnaires partent de l'Italie, de la France, de la Belgique, de l'Irlande, de Rome, de Gênes, de Milan, de Londres, des maisons des Jésuites, des Franciscains, des Dominicains, des Lazaristes, des Picputiens, des Maristes, des Pères du Saint-Esprit, des Oblats, etc., etc. Ils vont! En Afrique : dans l'Algérie, le Sahara, le Maroc, la Tunisie, le Fezzan, le Sénégal, la Guinée, la haute et la basse Egypte, l'Àbyssinie, le pays des Gallas et des Sahos, le Zanzibar, la Sénégambie, la Nigritie, etc. Ils vont 1 En Asie : dans la Syrie, l'Arménie, la Mésopotamie, le Kurdestan, sur les bords du Tigre et de l'Euphrate, sur les pentes du Liban, du Caucase, du Thibet, de l'Himalaya, dans la Cochinchine, la Chine, le Japon, la Corée, la Birmanie, le royaume de Siam, le Tonkin, le Cam-
bodge, i'Inde Irnnsgangétiqiie et l'Inde cisgangélique, rOcéanie, l'Australie, etc., etc. Ils vont! En Amérique, depuis la Californie jusqu'au Labrador, etc., etc.
Et dans quelles conditions vraiment surliumjiines, surnaturelles, divines, exercent-ils leur ministère évangélique? Conditions de désintéressement! Comme saint Paul, le modèle des apôtres, ils étaient et ils sont pleinement autorisés a dire : « .fe n'ai convoité ni l'or ni l'argent de personne ; à l'égard des choses dont moi et ceux qui sont avec moi avions besoin, ces mains y ont pourvu; je vous ai montré en tout que c'est en travaillant ainsi qu'il faut soutenir les indigents, et se souvenir de la parole de celui qui a dit : il est plus heureux de donner que de recevoir ! » Conditions d'intrépidité ! « Je m'en vais ignorant ce qui doit m'arriver, si ce n'est quel'Esprit-Saint m'atteste que des chaînes et des tribulations m'attendent; je ne crains rien de ces choses, et je ne regarde pas ma vie comme plus précieuse que moi, pourvu que j'accomplisse ma course et le ministère que j'ai reçu du Seigneur Jésus, de rendre témoignage à l'Evangile de la grâce de Dieu ! » Conditions de dévouement sans limites! «Libre a l'égard de tous, je me suis fait l'esclave de tous pour en gagner un plus grand nombre. Je me suis fait comme juif avec les juifs pour gagner les juifs;., comme si j'eusse été sans loi avec ceux qui étaient sans loi, afin de gagner ceux qui étaient sans la loi;... faible avec les faibles pour gagner les faibles;... tout à tous pour les gagner tous ! » Voilà vraiment la pêcheur d'hommes évangélique, primitif et moderne, se pliant à toutes les nécessités, affrontant tous les dangers, prenant toutes les formes, usant de toutes les ruses saintes, à l'exemple du pêcheur et du chasseur qui aspire ardemment à s'emparer de sa proie ! Mais à la plus grande gloire de Dieu et pour le seul salut des âmes!
Pas plus que les glaces du pôle, les feux des tropiques ne sauraient l'arrêter. Il vit avec les Esquimaux et les Oroënlandais dans leur outre de peau de vache marine,
emporté dans des traîneaux sur les glaces éferneileà par des rennes ou des chiens, disant son bréviaire à la lueur des aurores boréales, se nourrissant d'huile de baleine. Il parcourt la solitude monté sur le dromadaire de l'Arabe, ou suit le Caire à pied dans les déserts embrasés. Dans l'Inde, au Maduré, il se condamnera à la vie mortifiée et monotone des bonzes ; il se fera paria, proscrit, maudit, s'interdisant pendant de longues années tout commerce, même secret, avec ceux de ses confrères qui évangélisent les castes nobles! En Chine, il prendra l'habit des lettrés, il donnera des leçons de géométrie; il se fera président du tribunal des mathématiques ; il s'armera du télescope et du compas ; il déroulera les cartes, il fera tourner les globes terrestre et céleste; il initiera les mandarins au cours véritable des astres , |)our leur apprendre en môme temps le nom véritable de celui qui les dirige dans leurs orbites, leur inspirant tout à la fois une vénération profonde pour son Hieu et une haute estime pour la France ! Au Paraguay et dans le Brésil, il remonte les grands fleuves et pénètre dans les bois, son bréviaire sous le bras gauche» une grande croix de bois dans la main droite, sans autres, provisions que sa confiance en Dieu; perçant les forêts vierges, marchant dans des terrains marécageux, où il a de l'eau jusqu'à la ceinture, gravissant des Tocs escarpés ; fouillant dans les antres et les précipices, au risque d'y trouver au lieu d'hommes des serpents ou des bêles féroces I Quand il ne réussit pas à atteindre le sauvage qui fuit toujours, le chasseur d'hommes plante sa croix dans un lieu découvert, et va se cacher dans un fourré; les Indiens s'approchent peu à peu; alors, sortant tout à coup de son embuscade, et profitant de leur surprise, il les engage à quitter une vie misérable pour jouir des douceurs de la société. Souvent, s'embarquant sur une pirogue avec ses jeunes catéchumènes, il sillonne les fleuves, chantant des cantiques, que les néophytes répètent, comme des oiseaux privés pour attirer les oiseaux sauvages. Les Indiens se laissent enfin prendre à ce
doux piége, ils descendent de leurs montagnes jusque sur la rive ; pour mieux écouler, plusieurs d'entre eux se jettent dans le fleuve et suivent la barcfue enchantée. Les pêcheurs d'hommes arriveront ainsi à constituer en peu d'années trente villages ou Réductions, sortes de républiques chrétiennes, dont les habitants sont cultivateurs sans esclavage et guerriers sans férocité. « Au sein de ces peuplades nombreuses composées d'Indiens enclins à tous les vices, il régnait, dit un témoin oculaire, l'Évêque de Buenos-Âyres, une si grande innocence, que je ne crois pas qu'il s'y commît un seul péché mortel... » C'était le christianisme au maximum du bonheur! A la Guyane, le missionnaire s'enfonçait dans les marais malsains ; il se rendait aimable aux Indiens à force de se dévouer à leurs douleurs; il parvenait à obtenir d'eux quelques enfants qu'il élevait dans la religion chrétienne ; de retour dans les forêts, ces jeunes apôtres improvisés prêchaient l'Evangile à leurs vieux parents qui se laissaient facilement toucher. Le moment de fonder une bourgade avec chapelle venait bientôt! « Un malin, dit Chateaubriand, dans une forêt solitaire du Canada, je cheminais lentement; j'aperçus venant à moi un grand Vieillard à barbe blanche, vêtu d'une longue robe, lisant attentivement dans un livre, et marchant appuyé sur un bâton. Voilà la vie que menait le missionnaire. Tantôt il suivait les sauvages dans des chasses qui duraient plusieurs années..., tantôt il errait au gré du caprice de ses néophytes, qui, comme des enfants, ne savaient jamais résister à un mouvement de leur imagination et de leurs désirs..., s'estimant très-amplement récompensé s'il avait, par ses longues souffrances, conquis une âme à Dieu, ouvert le ciel à un enfant, soulagé un malade, essuyé une larme. Le ciel, touché de ses vertus, lui accordait quelquefois la palme du martyre qu'il avait tant désirée. » Dans les mers du Levant, le missionnaire se laissait enfermer dans la cale des sultanes, pour entendre toute la nuit les confessions des galériens, leur dire la messe et les communier de grand
inalin. Beaucoup étaient atteints par la peste, et plusieurs mouraient avant qu'il fût sorti ! Un jésuite qui, il y a quelques années à peine, avait sollicité l'honneur de se dévouer au service spirituel des forçats, sous le climat meurtrier de la Guyane française, écrivait à son supérieur: « Le poste que j'occupe depuis quatre ans est véritablement écrasant, et je me sens quelquefois abruti par le travail. Avoir toujours sous les yeux un millier de grands criminels à humaniser, à éclairer, à convertir, est un fardeau qui m'accable! Mais ma mission est si b^felle ! Sur les huit cents hommes de mon pénitencier, six cent trente ont fait leurs pàques en dépit des injures et des sarcasmes des endurcis ! »
J'esquisse ici la vie de quelques-uns des pêcheurs d'hommes les plus populaires. Saint Patrice, apôtre de l'Irlande; saint Augustin, apôtre de l'Angleterre; saint Éloi, apôtre des Flamands et des Frisons; saint Boniface, apôtre de l'Allemagne; saint Anschaire, apôtre de la Suède, du Groenland et de l'Islande; saint Adalbert, apôtre de la Pologne et de la Prusse; saint Etienne, roi et apôtre de la Hongrie; saint Dominique, apôtre des Albigeois, fondateur de l'ordre des Frères prêcheurs; sainte Catherine de Sienne, la grande convertisseuse, dont les papes firent leur légat ; saint Vincent Ferrier, qui entraînait des foules immenses sur ses pas; saint François Xavier, apôtre des Indes et du Japon, qui porta la foi à cinquante-deux royaumes et arbora la croix sur trois mille lieues de pays, qui baptisa de ses mains près d'un million tant de musulmans que d'idolâtres, qui procura cà l'Eglise plus de nouveaux sujets que les célèbres hérétiques de son temps n'avaient fait de déserteurs 1 Saint François de Sales, l'apôtre du Chablais, qui fut doux et humble de cœur, dont le cardinal Duperron disait : « Je suis sûr de convaincre les calvinistes ; mais, pour les convertir, c'est un talent que Dieu a réservé à M. de Genève. » Saint Jean-François Kégis, apôtre du Velay,que rien ne pouvait arrêter dans ses courses évangéliques, qui, mourant en pleine mission, sur son champ
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de bataille, disait à son compagnon : « Ahl mon frère, quel bonheur! Que je meurs conletit! » Pierre Claver, apôtre, le père, ou mieux l'esclave des esclaves, l'esclave des nègres, qu'il servit quarante ans, et auxquels, à force de tendresse et d'affectueuses leçons, il apprenait à être purs, chastes et sobres. Le père Anchiéta, l'apôtre du Brésil, qu'on appela le nouvel Adam, à cause de l'inaocetice de sa vie, et du pouvoir merveilleux qu'il exerça sur les éléments et sur les animaux. Le révérend père Maunoir, apôtre de la basse Bretagne, qui donna en moyenne dix missions par an, pendant quarante ans, et fonda ces maisons bénies de retraites annuelles qui perpétuent efficacement son apostolat
Les pêcheurs d'hommes sont avant tout les missionnaires; or qui dit missionnaire, dit mission, mission légitimement donnée, mission reçue, mission remplie, La foi, disait saint Paul, naît de Vouie, fides ex auiiitu, mais comment ouïra-t-on sans prédicateur de l'Evangile, guomodo audicnt sine prœdicante ? Et de quel droit prèchera-t-on si l'on n'est pas envoyé, quomodo prœuicabunl nisi mittanlur ? Or celui qui envoie, qui est, par conséquent, le pêcheur d'hommes par excellence, c'est le Souverain Pontife, successeur de Pierre. C'est le Pape, en effet, qui, aujourd'hui encore, comme il y a dix-huit cents ans, tend incessamment ses filets évangéliques sur tous les peuples, du nord au midi, de l'orient à l'occident. Comme modèle de ces pêcheurs suprêmes d'âmes, je rappelle saint Grégoire le Grand.
//. La chaire et la prédication évangéliqucs. — Les pêcheurs d'hommes sont en second lieu les prédicateurs, les orateurs chrétiens. Socrate établissait en principe que l'art de persuader, ou l'éloquence, ne doit servir qu'à porter au bien, à détourner du mal, et au cas où l'on a commis le mal, à faire qu'on s'en accuse au juge, afin d'en recevoir la punition. Ce qui n'était chez Socrate qu'un idéal est devenu au sein du catholicisme une réalité palpable, de tous les temps et de tous les lieux. La chaire catholique est non pas la tribune,
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mais le trône d'où loinbe incessamment la parole de Dici' vivante, efficace, plus pénétrante que le glaive à dou . tranchants, atteignant jusqn'à la division de l'âme et d( l'esprit, jusqu'aux joints et à la moelle des os, qui me à nu les pensées et les désirs du cœur. Aussi l'histoire de l'Eglise est pleine du souvenir des merveilleux effets de salut produits par la parole des grands maîtres de la chaire chrétienne, les Léon le Grand, les Grégoire le Grand, les Basile, les Grégoire de Nazianze, les Jean l'hrysostome, les Ambroise, les Augustin, les Pierre Chrysologue, les Thomas d'Aquin, les Bonavenlure, les Lejeune, lesBossuet, les Bourdaloue, les 3Iassillon, les Fléchier, les Bridaine, les Beauregard, les >Jaccarthy, les Lacordaire,lesRavignan, les Félix, les Monsabré, etc. C'est du haut de la chaire catholique que la vérité brille, que la vertu plaît, que la grâce émeut profondément! Lumière, amour, conversion! Ce sont les grands buts de l'éloquence inspirée de Dieu. J'esquisse ici la vie de quelques orateurs illustres entre tous : saint Jean Chrysostome ou Bouche d'or, Bossuet, Bourdaloue, Bridaine, le père de Beauregard, le père de Maccarlhy, le père de Ravignan.
m. Le confessionnal. — Après les missionnaires et les prédicateurs viennent les confesseurs, qui sont à proprement parler les pêcheurs d'hommes pratiques et définitifs. C'est par la confession que la pèche s'achève. Le confessionnal est vraiment la guérite du chasseur, la hutte du pêcheur d'hommes. Chacun des millions de confessionnaux de l'Eglise catholique est donc un témoin visible, éloquent, du solennel oracle : Venez après moi , je ferai de vous des pêcheurs d'hommes l Et parce que c'est seulement dans l'Eglise catholique que le confessionnal est dressé, l'Eglise catholique est seule l'Eglise du Dieu sauveur qui a constitué ses apôtres pêcheurs d'hommes. La confession est, d'ailleurs, un joug si insupportable à la fois aux fidèles et au prêtre, que, si elle n'avait pas été divine ou instituée par Jésus-Christ, il aurait été impossible de la faire
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accepter. Que l'on se représente, en effet, le confesseur aux approches de Pâques, de Noël ou de quelque autre grande fête, pendant une mission ou même une retraite, à la veille d'une communion générale, etc. ! Il est obligé de rester à son poste le jour tout entier, et une partie de la nuit, sans pouvoir presque remuer, dans une attitude gênante, l'oreille toujours tendue, et tremblant de ne pas entendre, etc. ! Le froid le saisit souvent, le sommeil le tue, les exhalaisons mauvaises, physiques et morales, lui deviennent insupportables I Oui, quel martyr que l'infortuné qui peut à peine sortir du confessionnal pour prendre un peu de repos ou de»nourriture, et remplir les autres fonctions également pénibles du saint ministère ! Ah! s'il ne sentait pas que c'est Dieu qui l'y a mis, que Jésus-Christ l'y a cloué pour ramener au bercail les brebis égarées de son bercail, il se découragerait raille fois. Quels admirables pêcheurs dliommes que ces nobles et saints vieillards, assistants tous^deux du Général de la Compagnie de Jésus, qui dans l'Eglise du Gesù à Rome, entendaient chacun, chaque année, douze mille confessions de pénitents venus de toutes les parties du monde ! Et que de gros poissons venaient mordre à ces lignes dormantes toujours tendues, ou s'engîiger dans ces filets sans cesse déployés! On vit un jour sortir du confessionnal du père de Rozaven le plus illustre des chimistes, et le plus éminent des physiologistes de notre Académie des sciences ! Et ces deux saints jésuites, aujourd'hui âgés de soixante-seize ans, qui à Paris entendent, l'un quatorze mille, l'autre vingt-quatre mille confessions par an ! Tous les deux, mais le second surtout est tellement familiarisé avec les pêches miraculeuses des âmes, qu'il me disait naïvement : « Qu'un pécheur, bien portant ou malade, consente à me donner son petit doigt, et je le conduirai au Ciel. » Et le vénérable Jean-B-iptiste Viannay, curé d'Ars, homme simple, bon et sans artifice, confesseur incomparable, pêcheur d'âmes comme on n'en vit jamais, vers lequel accouraient, de tous les vents de l'horizon,
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one multitude avide des bienfaits dont il était le dispensateur. Owelque matin qu'il se levât, avant trois heures, les pénitents l'attendaient à la porte de son église. Quelques-uns même y passaient la nuit pour t.*tre assurés d'arriver jusqu'à son confessionnal. QU'T^nd il entrait ou sortait de son église ou qu'il traversait la place, chacun se précipitait vers lui, pour entendre sa voix, ou du moins pour loucher son humble soutane. Ah! quelle émotion cause encore aujourd'hui la vue de ce confessionnal grossier et incommode, où tant de pécheurs se sont agenouillés, où tant de larmes ont coulé, où tant de joies, de lumières et de consolations ont éclaté !
Pêcheur d'hommes dans ses missions, dans ses prédications, dans le confessionnal, l'apôtre catholique est encore pêcheur d'hommes dans l'administration des autres sacrements, le baptême, là confirmation, la sainte Eucharistie, l'ordre, le mariage, l'extrême-onction.
Mais tandis que l'Eglise catholique compte dans son sein tant de pêcheurs d'hommes, le pêcheur d'hommes est inconnu au sein du schisme ou de l'hérésie. Les missions protestantes datent d'hier, des premières années de ce siècle, et l'on peut dire que si la Réforme, qui se dit cependant évangélique, songea si tard à porter l'Évangile aux nations idolâtres, ce fut plus par haine du catholicisme que par zèle ou par charité. Une fois résolue, cette propagande, ou plutôt cette exportation du christianisme évangélique, s'est faite à grand fracas de sociétés nombreuses, sous la protection des gouvernements, avec force directeurs, secrétaires, correspondants, missionnaires ou plutôt émissaires, commis voyageurs en Bibles qui ne sont plus la parole de Dieu immaculée, et en tracts ou petits traités de morale secs ou sans onction. Ces sociétés bibliques malgré leur revenu annuel énorme, de 25 millions de livres, leur armée de cinq mille missionnaires, lemillion de Bibles oude ?rac;squ'ellesdistribuent chaque année, et dont on fait dans les Indes des statues de dieux, en Chine des semelles de souliers, sont absolument stériles ! Les annonces de conversions
sont une exception rare, très-rare, et encore sont-elles démenties par des confrères jaloux ou plus sincères. Le missionnaire ou plutôt le commissionnaire biblique n'est pas pêcheur d'âmes, parce qu'il n'est pas envoyé, qu'il n'a ni caractère ni mission divine, qu'il ne va pas à la façon des apôtres, selon l'ordre deJésus-Christ, sans bâton, sans sac, sans provisions, sans argent. Il reçoit 6,000 francs pour lui , 1,000 francs pour Madame, 500 francs pour chaque enfant ; il profite de sa position pour faire un commerce avantageux ; il se fait allouer ou il achète à vil prix des terres qu'il exploite ou qu'il vend très-cher. Les gros millions des sociétés bibliques sont l'or du pharisien qui donne par ostentation, et qui a sa récompense ici-bas. Les petits millions de l'Association pour la propagation de la foi sont le sou du pauvre, qui se multiplie au centuple. Les missions protestantes sont le maximum de la puissance humaine avec le minimum d'effet divin. Les missions catholiques sont le minimum de la puissance humaine avec le maximum d'effet divin.
Le ministre évangélique n'est pas pécheur d'hommes dans la chaire chrétienne; toujours parce qu'il n'est pas envoyé, ou qu'il est envoyé par une autorité humaine et usurpée. Sa parole aussi n'a pas de raison d'être; les lidèles sont en droit de la discuter et de la récuser, en invoquant le principe fondamental de la Réforme qui les fait interprètes de la sainte Ecriture et juges suprêmes dans la foi. Député par César ou par le peuple, il n'est plus indépendant ; il a des intérêts de famille à ménager. Il est simplement un homme habillé de noir qui monte en chaire chaque dimanche pour parler de choses raisonnables. Sa parole n'a ni autorité, ni caractère sacramentel. Le protestantisme, en outre, a dégradé l'éloquence chrétienne par le langage bas, trivial, de mauvais goût, que durent affecter les premiers réformateurs pour se faire mieux accepter du peuple.
Le ministre évangélique enfin n'est pas pêcheur d'âmes dans l'administration des sacrements. Le baptême n'est guère pour lui qu'une pure cérémonie, une simple
aspersion d'eau lustrale ; la confession est abolie ; la comiiiunion est rare, et l'eucharislie n'est plus qu'un symbole ; l'ordination est Irès-probabrement ou mieux certainement nulle ; le mariage enfin n'est qu'un contrat naturel. Pour lui la seule condition de salut est la foi, même sans le mérite des bonnes œuvres; sa religion est au fond le socinianisme ; il ne croit plus à la divinité de Jésus-Christ; il ne peut donc y avoir par lui ni rédemption ni conversion.
En résumé : Jésus avait pris l'engagement solennel de faire des apôtres et de leurs successeurs de vrais pêcheurs d'hommes! L'ensraqemenl a été tenu en face de l'univers entier! Le vrai type des pêcheurs d'hommes existe en très-grand nombre! il existe au sein de l'Eglise catliolique, apostolique, romaine, et nulle part ailleurs! Donc puisque l'oracle, si incroyable, si étrange, est devenu une immense réalité, Jésus-Christ est Dieu et l'Eglise catholique est divine!
Signalons un fait qui n'a pas été assez remarqué : en France et partout, le pêcheur d'hommes a souvent laissé son nom au centre de son apostolat, ou au lieu de son martyre, de sorte que l'acconiplisseraent de l'oracle divin est mille fois monumentalisé! Venez après moi, je
FERAI DE vous DES PÊCHEURS D'HOMJIES.