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Chapitre Dixième. — Sixième splendenr de la Foi

Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait. (iMatth. V, 48.) En même temps qu'elles sont un commandement ou un conseil, ces paroles sont aussi une prophétie. Jésus-Christ, en effet, ne ferait pas à ses disciples des commandements, ou ne leur donnerait pas des conseils évangéliques, si ces commandements et ces conseils ne devaient pas être mis en pratique par un plus ou moins grand nombre d'entre eux. Elles signifient donc que la religion de Jésus-Christ formera une gr.inde multitude d'hommes parfaits, marchant sur les traces de leur divin Maître. Or cette annonce est devenue à son tour une réalité immense qui remplit l'univers. L'Eglise

catholique, romaine, seule entre toutes les Eglises chrétiennes, a toujours compté, compte encore, et comptera toujours dans son sein un grand nombre d'âmes parfaites, de saints et de saintes aux vertus surnaturelles, donc elle est divine et seule divine. Déjà, dans l'Ancien Testament, il avait été dit aux élus d'Israël : « Vous serez saints parce que votre Dieu est saint. » Et en effet, par la foi au Messie à venir, par la grâce qu'il devait conquérir par son sang, un certain nombre de personnages de la Bible ont été remarquables par leur sainteté ! Saint Paul, dans son épître aux Hébreux, exalte la foi et la vertu d'Abel, d'Enoch, de Noé, d'Abraham, de tous ceux qui, sans avoir vu l'accomplissement des promesses les ont saluées de loin avec le sentiment profond qu'ils étaient étrangers et voyageurs sur la terre. Commentant cette apothéose de saint Paul, saint Ambroise prend soin de faire remarquer que la philosophie païenne n'a engendré aucun héros que l'on puisse comparer aux patriarches,, aux prophètes de l'ancienne loi, sanctifiés à l'avance par la foi en Jésus-Christ. Mais, ce n'est qu'après la venue, les exemples, les leçons, la mort du divin Sauveur que la terre devait donner aux anges et aux hommes le spectacle non-seulement d'actes, en très-grand nombre, de vertus héroïques, mais de l'habitude des vertus héroïques que l'Eglise catholique exige de ceux qu'elle place sur les autels. Les vertus héroïques sont caractérisées et définies dans l'admirable chapitre cinquième de saint Matthieu qui se termine par l'appel à la perfection, et qui est en même temps le Sermon fait sur la montagne. Bienheureux les pauvres d'esprit ; bienheureux ceux qui sont doux; bienheureux ceux qui pleurent; bienheureux ceux qui ont faim et soif de la justice; bienheureux les miséricordieux; bienheureux ceux qui ont le cœur pur; bienheureux les pacifiques; bienheureux ceux qui souffrent persécution pour la justice. Vous êtes bienheureux lorsque les hommes vous maudissent et disent faussement tout mal de vous à cause de moi. Réjouissez-vous et tressaillez d'allégresse, parce que votre récompense

LA roi ET LA RAISON opi

sera grande dans les cieiix, c'est ainsi qu'ils ont persécuté les proiibèles qui ont été avant vous. Vous êtes (remarquons qu'il s'agit ici d'une affirmation et non plus d'une simple invitation) le sel de la terre... Vous êtes la

• lumière du monde... Que votre lumière luise donc devant les hommes, afin qu'ils glorifient votre Père qui est dans les cieux... Si votre justice n'est pas plus abondante que celle des Scribes et des Pharisiens, vous n'entrerez pas dans le royaume des cieux... Il a été dit aux anciens : « Tu ne tueras pas, » moi, je vous dis que celui qui se met en colère contre son frère, qui lui dit « raca, » qui l'appelle fou, subira le jugement et passera par le feu... Si, sur le point de présenter ton offrande à l'autel, tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse ton présent devant l'autel, va te réconcilier avec ton frère, et revenant, tu présenteras ton offrande... Il a été dit aux anciens : « Tu ne commettras pas d'adullère. »Moi, je vous dis que quiconque regarde une femme avec convoitise, a déjà commis l'adultère dans son cœur... Que si ton œil droit te scandalise, arrache-le... Que si ta main droite te scandalise, coupe-la et jette-la loin de toi... Il a été dit aux anciens : « Tu ne parjureras pas, tu tiendras au Seigneur tes serments. » Et moi, je vous dis de ne jurer en aucune façon, ni par le ciel, ni par la terre, ni même sur votre tête. Que votre langage soit : oui, oui; non, non. Car, ce qui est de plus est mauvais. Il a été dit : « œil pour œil, dent pour dent. »Et moi, je

' vous dis de ne pas rendre mauvais traitement pour mauvais traitement. Mais, si quelqu'un vous frappe sui la joue droite, tendez encore l'autre joue... Donne à qui te demande et ne te détourne pas de celui qui veul emprunter de toi 1 II a été dit : « Tu haïras ton ennemi el tu aimeras ton prochain. » Moi, je vous dis : Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent, priez pour ceux qui vous persécutent et vous calomnient, afin que vous soyez les bénis de mon Père qui est aux cieux. Si vous aimez ceux qui vous aiment, quel mérite aurez-vous ? Les Publicains le font aussi. Quand vous

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aimez vos frères, vous ne faites que ce que font les païens. Soyez donc parfaits, comme votre Père céleste est parfait. — Ce langage sublime de simplicité et de sainteté est à lui seul une splendeur éclatante de la foi. Il caractérise le Verbe incarné Fils du Dieu vivant. Une intelligence humaine eût été impuissante à concevoir cet idéal divin. Eh bien! tout ce que Jésus-Christ demande de plus parfait, des millions de héros catholiques le lui ont habituellement accordé. L'Eglise ne béatifie pas ceux qui, à partir du jour où ils sont entrés dans la voie de la sainteté, cèdent encore à quelques faiblesses humaines. Elle a eu bien de la peine à pardonner au Père Claver un mouvement d'impatience contre ses nègres bien-aimés qui, quoique souvent avertis, dansaient encore leurs danses indécentes. Les vertus dont les décrets de béatification supposent l'habitude sont : les vertus théologales, la Foi, l'Espérance, la Charité; les vertus cardinales, la Prudence, la Justice, la Tempérance, la Force; les vertus religieuses, le Zèle de la gloire de Dieu, l'Humilité, la Soumission à la volonté de Dieu, la Douceur, la Patience, le Mépris du monde, la Mortification, la Pauvreté, la Chasteté, l'Obéissance. Or l'histoire ecclésiastique de tous les âges prouve d'une manière éclatante que toutes ces vertus ont été poussées jusqu'à fhéroïsme, par une multitude de saints parfaits comme Jésus -Christ voulait qu'ils fussent parfaits. Il est impossible de penser à l'une quelconque de ces vertus évangéliques, sans la rattacher au nom populaire de l'un des saints dont nous célébrons les fêtes.

Quel beau monument que la série des décrets de béatification et de canonisation ^es saints des quatre derniers siècles ! Quelle glorieuse liste de noms et de vertus évangéliques I Quels types admirables de perfection de tous lesâges, de tous les sexes, de toutes les conditions de la vie, ayant fidèlement reproduit en eux les traits du divin auteur et consommateur de notre foi, miroir, modèle, règle, sceau de la sainteté! Rappelons-en quelques-uns.

Saint Joseph. — Il est juste, c'est-à-tlire modèle accompli de toutes les vertus. La grossesse miraculeuse de Marie, son épouse, l'inquiète, le trouble ; il veut la quitter sans bruit, en secret. L'ange le rassure d'un mot. II croit à cette parole du ciel et adore l'Enfant-Dieu. On lui ordonne de partir la nuit et d'emmener l'enfant avec sa mère : il part. Il est pauvre, et il porte avec joie les livrées de la pauvreté. Pendant trois jours, les yeux pleins de larmes, il cherche le divin Enfant perdu dans le temple. Il aime la solitude laborieuse de Nazareth. Jésus et Marie reçoivent son dernier soupir.

Saint Jean-Baptiste. — Quelle foi ! « Celui qui est venu après moi a été fait avant moi... Voici l'Agneau de Dieu qui efface les péchés du monde I » Quelle humilité ! « Je suis la voix qui crie dans le désert... Je ne suis pas digne de délier les cordons de ses souliers. » Quelle austérité 1 II a pour vêtement un manteau de poil de chèvre, pour ceinture une lanière de cuir, pour nourriture le miel sauvage de la forêt et la sauterelle des champs. Quel amour parfait ! « Il faut que Lui croisse; moi, il faut que je diminue. » QueHe force ! Il n'hésite pas à reprocher à Hérode le scandale qu'il donne, et courbe docilement la tête sous le fer du bourreau.

Saint Jean l'Evangéliste. — Sa virginité en a fait le disciple bien-aimé. Dans la dernière Cène, il pose sa tête sur le cœur de Jésus, il est le confident de ses secrets. Jésus mourant lui confie sa mère et le donne comme fils à Marie... C'est l'aigle qui monte au sommet des cieux et qui en raconte les merveilles... C'est l'apôtre inspiré de la divinité et de la charité de Jésus- Christ. Il n'y a dans son cœur que de l'amour... Il n'a plus sur ses lèvres que cette parole bénie : « Mes petits enfants, aimez-vous les uns les autres. »

Un enfant. Saint Cyrille. — Il avait sans cesse à ja bouche le nom de Jésus. Furieux de ce qu'il ne veut pas adorer les idoles, son père le chasse de sa maison, et le dénonce comme chrétien. Le juge le presse de

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céder aux volontés de son père et de rentrer ainsi dans son héritagec « Je serai bien mieux, dit-il, avec mon père qui est au ciel: je ne crains pas la mort, elle sera pour moi le commencement d'une nouvelle vie. » On le mène au lieu du supplice ; on lui fait voir le bûcher, le glaive, tous les instruments de la mort. Il demeure inébranlable. <{ Je ne crains ni le fer ni le feu; hâtez-vous de me faire mourir, afin que j'aille plus promptement au ciel. » Les assistants pleurent; il les conjure de se réjouir avec lui et de l'encourager. Il meurt en héros... Vos louanges, Seigneur, sont sorties glorieuses des lèvres de ce saint enfant !

Une jeune fille. Sainte Agnès. — Elle avait treize ans. Sa beauté et ses richesses la firent demander en mariage par plusieurs jeunes gens des premières familles de Rome. Mais elle ne veut pas avoir d'autre époux que Jésus-Christ. Ils insistent, elle reste inflexible. Irrités, ils appellent à leur aide les menaces du juge et la vue des instruments de supplice... On allume un grand feu, on apporte les chevalets et les ongles de fer; Agnès n'éprouve aucun moment de faiblesse. On la traîne devant les idoles pour la forcer de leur offrir de l'encens ; elle lève la main, mais pour faire le signe de la croix. On l'enferme dans un lieu de débauche. « Je ne crains rien, dit-elle au juge : Jésus-Christ est trop jaloux de la chasteté de ses épouses, pour souffrir que je sois violée. » Vaincus par sa beauté tout angélique, les libertins la respectent. Un seul, plus téméraire, ose lever sur elle des regards effrontés. Il est frappé de cécité. Rendu plus furieux, le juge la fait décapiter. Agnès, dit saint Ambroise, marcha au supplice avec plus de joie qu'une autre au lit nuptial.

Une jeune Epouse. Sainte Cécile. — Elle était d'une famille illustre et chrétienne. Sa vie était toute consacrée à la prière et à la charité. C'était l'abeille toujours active et bourdonnante qui remplissait sa ruche du miel de toutes les vertus. Elle fut mariée a un jeune patricien appelé Valérien. Le lit nuptial fut dressé, mais Cécile

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avait adressé à Dieu cette prière : « Faites que mon cœur et mon corps, restés immaculés, conservent intacte la fleur de la virginité. » Elle fut exaucée. Valérien ouvrit les yeux à la vraie foi et devint chrétien. Il en fut de même de Tiburce, son frère, et d'un jeune officier du prétoire, nommé Maxime. Ces trois jeunes gens moururent martyrs de leur constance à défendre leur religion. Cécile, après avoir assuré leur salut éternel, obtint à son tour la gloire du martyre. Elle eut la tête tranchée.

Une Mère et ses enfants niartijrs. Sainte Féliciléy dame romaine, aussi distinguée par ses vertus que par sa naissance, eut sept enfants qu'elle éleva dans la crainte du Seigneur et dans la piété. Devenue veuve, elle consacra tous ses loisirs à Dieu et à la conversion des idolâtres. Dénoncée comme chrétienne par les prêtres païens, elle comparut devant le tribunal de Publius. Sommée de sacrifier aux idoles, elle refuse et s'écrie : «Avec la vertu de l'Esprit de Dieu qui combattra en moi. je sortirai victorieuse du combat. » Mais, vos enfants ! Vous me forcerez à leur ravir la vie 1 — Mes enfants, ils vivront éternellement avec Jésus- Christ, s'ils lui sont fidèles. — Quoi, vous n'avez aucune pitié d'eux? Ils sont à la fleur de l'âge et peuvent espérer les plus hautes dignités 1 » — Votre pitié est une impiété! 31es enfants, regardez le ciel où Jésus-Christ vous attend avec ses saints. Publius fît alors souffleter Félicité, et il interrogea séparément les sept enfants. Aucun ne fut ébranlé par ses menaces ou ses promesses. Ils moururent tous dans des supplices différents, sous les yeux de leur mère, qui cueillit la dernière la couronne du martyre. Elle craignait plus, dit saint Grégoire le Grand, de laisser sur la terre ses sept enfants, que les autres mères ne craignent de survivre aux leurs. Elle fut huit fois martyi-e, puisqu'elle soufCi'it ce que souffrit chacun de ses sept enfants.

Un martyr dans la force de Nge. Saint Laurent. — Les vertus extraordinaires dont il donna l'exemple dans sa jeunesse, lui conquirent l'affeclion de saint Sixte

qui rétablit Iç premier des diacres, gardien des riciiesses de l'Eglise et chargé d'en distribuer les revenus aux pauvres. Quand le saint Pape marcha au supplice, Laurent attristé lui cria : « Où allez-vous, Pontife, sans votre Diacre ? — Je ne vous abandonne pas, mon fds..., des épreuves plus grandes et une victoire plus glorieuse vous attendent! Vous me suivrez dans trois jours. En attendant, donnez aux pauvres les trésors dont vous êtes dépositaire. » Laurent obéit. Et quand, plus lard, le préfet de Kome exigea qu'il lui remît son dépôt, Laurent lui dit, en lui faisant voir une grande multitude de pauvres : « Voilà ceux à qui les richesses de l'Eglise ont été distribuées! » Le juge, fortement irrité, s'écria : « Je sais que tu désires la mort, tu l'auras; mais ne crois pas qu'elle soit prompte, je te ferai mourir par degrés. On dresse un gril de fer sur des charbons à demi allumés, Laurent est placé dessus. Son visage se montre aux regards des chrétiens, entouré d'une auréole de gloire. Il était comme insensible aux ardeurs du feu matériel. « Vous pouvez retourner mon corps, dit-il aux bourreaux après quelque temps, il est assez rôti de ce côté.» Puis, et peu après : « Ma chair est assez cuite, vous pouvez en manger. » Il priait avec ferveur, demandant a Dieu la conversion de Rome. Sa prière achevée, il leva les yeux au ciel et rendit l'esprit. Sa fin fut celle de l'idolâtrie qui disparut peu à peu, jusqu'au jour où le sénat lui-même vénéra les tombeaux des apôtres et des martyrs.

Un Vieillard martyr. Saint Poly carpe eut le bonheur de converser avec ceux qui avaient vu le Sauveur, et de puiser l'esprit de Jésus-Christ dans les instructions des apôtres eux-mêmes. Saint Jean, auquel il s'attacha plus particulièrement, le fit évêque de Smyrne. Un jour, à Rome, il rencontra Marcion, l'ennemi de la divinité de Jésus-Christ, qui osa lui demander s'il le reconnaissait. « Oui, dit-il, je te reconnais pour le fils aîné du diable. » Il subit le martyre sous l'empereur Marc-Auréle. On l'amena dans l'amphithéâtre, le juge le

menaça de le faire jeter aux bêles ou dans un bilclier. «Je ne crains qu'une chose, dit Polycarpe avec calme, c'est le feu éternel! — Ou'on le livre aux flammes! » s'écrie le peuple. A l'inslanl même, le bois est entasse autour d'une colonne à laquelle le saint vieillard est attaché. Il fait à Dieu cette prière : « Seigneur Jésus, 2î)ieu du ciel et de la terre, je vous remercie de ce qu'elle soit arrivée l'heure où j'ai le bonheur d'être associé aux martyrs. » La flamme l'environne aussitôt, mais elle respecte son corps. Le bourreau le tue d'un coup de poignard. Ainsi mourut glorieusement, pour le nom de Jésus, ce vénérable Pontife, à l'âge de quatre-vingt-six ans.

Un Mendiant. Saint Joseph Labre. — Pauvre, humilié, méprisé, vagabond sur la terre, vêtu de haiJT Ions, il ne vivait que d'aumônes qu'il ne demandait jamais, et qu'il partageait avec de plus pauvres que lui, quand elles excédaient ses besoins. Il passait le jour dans sa chère église de Notre-Dame-des-Monts, et la nuit à l'hôpital. Lorsqu'il eut rendu le dernier soupir, un cri s'échappa de toutes les bouches. <i Le saint est mort ! » Dieu a manifesté sa gloire par de nombreux miracles. L'Eglise l'a placé au rang des saints, et l'on doit dire que sa canonisation a été l'un des actes les plus glorieux du souverain Pontificat de Pie IX.

Une Bergère. Sainte Geneviève. — Elle avait à peine sept ans que déjà un saint évêque, Germain d'Auxerre, annonçait sa sainteté future. Il la consacra à Dieu dont elle devint la fidèle épouse. Sa mortification était extrême, son humilité profonde, sa foi vive, sa charité ardente. On la traitait de visionnaire et d'hypocrite. La colère augmenta quand elle eut osé prédire que Paris échapperait au glaive d'Attila qui venait d'envahir les Gaules. Mais quand on vit les Huns changer le plan de leur marche, la persécution dirigée contre la sainte fit place à l'admiration. Geneviève fît longtemps encore d'autres prodiges éclatants. Elle mourut à quatre-vingt-dix ans. Et depuis des siècles elle est honorée solennelle-

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ment et invoquée avec une ferveur toujours nouvelle^ comme la patronne de Paris. Ses cendres ont été jetées au vent, mais la pierre de son tombeau parle victoires !

Un Laboureur, Saint Isidore. — Il fit de très-bonne heure éclater sa sainteté par sa patience à supporter les injures, par sa douceur à l'égard de ceux qui lui portaient envie, par sa fidélité à ses maîtres. Il faisait de son travail un acte de religion. Peudantque sa main conduisait la charrue, son cœur conversait avec les anges et avec Dieu. Plein de charité pour les pauvres, il paitageait avec eux son salaire. Il inspira si bien à sa femme les sentiments de sa foi profonde, qu'elle mérita d'être inscrite au nombre des saintes que l'Espagne honore. Le pieux laboureur se prépara dignement à la mort par un redoublement de ferveur; il fut l'admiration de tous ceux qui assistèrent à son heure dernière. Sa sainteté éminente, quoique cachée, l'a fait l'objet d'une admiration universelle. L'Espagne et la ville de Madrid le comptent au nombre de leurs plus glorieux patrons.

Vil Portier. Alphonse Rodriguez. — Il fut d'abord marchand, mais ayant essuyé plusieurs revers de l'ortune, il adora la main de Dieu, se livra tout entier aux œuvres de la sanctification chrétienne, el entra dans la Compagnie de Jésus. Ses supérieurs lui confièrent la charge de portier du collège de Majorque, et il remplit ces fonctions jusqu'à la fin de sa vie. C'est dans cet humble poste qu'il s'éleva à la plus haute sainteté, marchant sans cesse en la présence de Dieu. Sa mortification était extrême. Son obéissance el son humilité n'avaient point de bornes. A l'égard de tout le monde, il était affable et prévenant. On le voyait bien souvent en extase; mais les dons de Dieu n'enflaient point son cœur, il se regardait comme le plus grand des pécheurs. Il mourut à l'âge de quatre-vingt-dix ans, et devint l'objet d'une vénération profonde.

Une Servante. Sainte Zite. — Elle naquit de parents pauvres. A l'âge de douze ans, elle se mil au service

d'un riche habitant de Lucqnes, et y resta jusqu'à sa mort. Elle partageait avec les pauvres le peu qu'elle avait. Sa couchette ordinaire était une planche, ou la terre nue. Douce, humble, soumise envers tout le monde, elle se montrait d'un courage intrépide en face des libertins. Sa virginité était la récompense d'une vie mortifiée et d'une prière continuelle. Son service ne souiïrait pas de ses exercices de piété. Aussi ses maîtres finirent-ils par la traiter avec bonté, et même avec vénération. Dans sa vieillesse, elle fut considérée non comme une domestique, mais bien comme la servante de Dieu. Sa mort fut sans îigonie, elle expira doucement, les yeux levés au ciel. Au même moment, une étoile brillante apparut au zénith de la ville, et les enfants s'écrièrent : « Courons à l'église Sainte-Frédegonde, car Zite la sainte est morte. » Des miracles nombreux attestèrent sa sainteté. La République et la cité de Lucques l'ont choisie pour leur patronne !

Un Fugitif. Saint Alexis. — Fils unique d'un riche sénateur de Rome, il reçut une éducation conforme à son rang, et se distingua de bonne heure par sa bienfaisance pour les pauvres. Plus il avançait en âge, et moins il pouvait se distraire de la pensée de Dieu et de l'éternité. Ses parents voulurent absolument le marier. Mais, par une inspiration extraordinaire, le jour môme des noces, usant de la liberté que la sainte Eglise accorde d'embrasser un état plus parfait, avant la consommation du mariage, il s'enfuit et alla se cacher dans une petite cabane voisine d'une église dédiée à Marie. Ses vertus attirèrent l'attention; tout aussi dans sa personne décelait une origine noble. l\ changea de résidence, revint à Rome déguisé en pèlerin, et demanda l'hospitalité dans la maison paternelle. On lui accorda un petit réduit oii il passa le reste de ses jours, ignoré des membres de sa famille. Ce ne fut qu'à l'heure de la mort qu'il se fit reconnaître. On lui fit de magnifiques funérailles. Son corps retrouvé au xm" siècle, repose aujourd'hui dans une église élevée en son honneur. Son nom se trouve dans tous les martyrologes grecs et latins.

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LAvocat des pauvres. Saint Yves. — Issu d'une famille illustre et pieuse, il fit, dans les universités les plus renommées, de brillantes études de philosophie, de théologie et de droit canon. La sainte gravité de sa conduite imposait aux plus libertins, et finissait par les toucher. Sa vie était partagée entre la prière, l'étude et la charité. Sa mortification était excessive : il couchait sur la dure, avec un livre ou une pierre pour oreiller. Il se décida librement à embrasser l'état ecclésiastique. Le jour de son ordination et de sa première messe, il versa des larmes de joie et d'amour. Nommé officiai, c'est-à-dire juge ecclésiastique, du diocèse de Vannes d'abord, de Tréguier ensuite, il s'acquitta de cet emploi avec une sagesse et une habileté incomparables. Les orphelins, les veuves, les pauvres, les délaissés trouvaient en lui un défenseur infatigable. Les plus illustres jurisconsultes admiraient sa science et sa connaissance du droit, en même temps qu'ils étaient sous le charme de son éloquence. Il avait fait bâtir auprès de son presbytère un hôpital pour les pauvres et les malades. Dans les derniers temps de sa vie, on le voyait, soutenu par deux personnes, prêcher et répondre à tous ceux qui venaient de loin le consulter. Il succomba à tant de fatigues, et fut obligé de se mettre au lit. Ayant reçu les derniers sacrements, il ne s'entretint plus qu'avec Dieu jusqu'à son dernier soupir. Il avait pratiqué la vertu à un degré héroïque dans les fonctions si périlleuses de juge, d'avocat, de curé, fonctions qui ont donné à l'Eglise bien peu de saints.

f/n Ermite. Saint Paul. — Natif de la basse Thébaïde, il n'avait encore que quinze ans et vivait paisible-^ ment dans la pratique de toutes les vertus chrétiennes, lorsque l'empereur Dèce ouvrit la persécution contre les chrétiens. Le jeune Paul, pour mettre sa foi en sûreté, crut d'abord devoir se cacher; puis il se sentit inspiré de vivre tout à fait dans la retraite. Il trouva une caverne auprès de laquelle était une fontaineetun palmier qui lui donnaient le vêlement et la nourriture. Il avait déjà cent

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treize ans, quand saintAnloine fut conduit dans sa solitude par une révélation du ciel. Les deux saints se reconnurent sans s'être jamais vus. Ils conversèrent tout le jour des choses de Dieu et passèrent la nuit en prières. Le lendemain matin, Paul pria Antoine d'aller chercher !e manteau de saint Alhanase et de le lui apporter, pour qu'il put s'en revêtir un iuslant avant de mourir. A son retour, Antoine trouva le saint à genoux sans mouvement et sans vie. Deux lions venus du désert, creusèrent une fosse oîi Antoine put ensevelir le serviteur de Dieu.

Un Patriarche. Saint Athanase. — Elevé à l'âge de trente ans sur le siège patriarcal d'Alexandrie, il fut tout entier à ses devoirs de pasteur des cames. Il gouvernait avec douceur et fermeté le troupeau confié à ses soins, lorsqu'apparut sur l'horizon l'audacieux contempteur de la divinité du Christ. L'impie Arius a levé tout à coup le masque ; il groupe autour de lui de nombreux partisans, et se croit assuré du triomphe... Mais Athanase est là, debout sur la brèche, comme une sentinelle avancée et forte. Il terrasse, il foudroie de son éloquence véhémente et pleine de charité le nouveau Cérinthe. Vaincu sur le terrain de la doctrine, Arius attaque Athanase parla calomnie, il cherche à le rendre abominable aux yeux de la chrétienté. Le saint et courageux docteur est sommé de comparaître devant un conciliabule où. siègent des évêques, plutôt dignitaires de l'Empire que défenseurs de l'enseignement de l'Eglise. Athanase déconcerte ces juges prévaricateurs par la majesté de son altitude et la précision de ses réponses. Sa cause est gagnée, son innocence est manifeste; mais ici, comme trop souvent, hélas I la force l'emporta sur le droit. L'intrépide évêque dut prendre le chemin de l'exil. Cinq fois il sera ainsi éloigné de son cher troupeau. Qu'importe ! L'inextinguible étincelle de l'amour de Jésus-Christ brûle ardente et pure dans sa noble poitrine. Inébranlable témoin de la vérité, il attendra dans la prière, les veilles et le jeûne, l'heure du calme et du retour. La tempête finit par s'apaiser, et Athanase vint terminer ses

jours au milieu de ce peuple fidèle d'Alexandrie qu'il n'avait cessé d'édifier par sa patience héroïque, son humilité profonde, son austérité sans bornes et son invincible attachement à la doctrine de l'Eglise.

Une Impératrice. Sainte Hélène. — Elle fut mariée à Constance Chlore, lorsqu'il n'était encore qu'officier, et celui-ci se vil forcé de la répudier dès qu'il fut associé à l'Empire. C'était là une des conditions de son élévation. L'honneur d'avoir donné le jour au grand Constantin eût vite consolé Hélène de cet affront, si elle en eût prévu les suites heureuses, surtout pour son salut. Elle n'embrassa la foi chrétienne qu'après son fils; mais elle sut rattraper le temps perdu dans l'idolàh-ie. Elle se distingua surtout par une piété humble et sincère, qui lui faisait oublier sa dignité, et se confondre avec le peuple dans les assemblées saintes, par un amour tendre et généreux envers les pauvres, dont elle était la mère; par un zèle et une libéralité sans bornes pour la construction des églises. Hélène avait quatre-vingts ans lorsque son fils la pria de vouloir bien veiller à la construction d'un temple qu'il voulait élever sur le Calvaire. Hélène partit pour les Lieux saints, brûlant du désir de retrouver la croix sur laquelle Jésus-Christ était mort. Ses vœux furent exaucés ; la vraie Croix apparut au grand jour. Hélène témoigna à Dieu sa reconnaissance par une infinité de bonnes œuvres. De retour à Home, elle rendit bientôt sa sainte âme à Dieu, bénissant tendrement sa famille agenouillée au pied de son lit.

Un Docteur. Saint Ambroise. — Il était gouverneur de Milan, lorsqu'il fut appelé, comme par inspiration, au siège épiscopal de cette grande ville. Sa conduite ne tarda pas à justifier ce choix. On vit briller en lui toutes les qualités qui font les grands et saints évéques. Son zèle à instruire le peuple était infatigable, son désintéressement exemplaire, sa charité sans bornes, sa douceur à l'égard des âmes égarées incomparable. C'est à lui que l'Eglise doit la conversion de saint Augustin. Il se montra inflexible contre les entreprises de l'impéra-

trice Justine, et refusa énergiquement l'entrée de l'église à l'empereur Théodose, souillé du meurtre dos habitants de Thessalonique.

Une Mère. Sainte Monique. — Elevée par une sage gouvernante, elle apprit de bonne heure à dompter ses passions naissantes et a réprimer les saillies de son caractère. Elle épousa un bourgeois de Tagaste nommé Patrice, homme d'honneur, mais encore païen. Elle eut beaucoup à souffrir de son humeur violente et emportée, mais elle ne se départit jamais de la soumission que la religion commande aux femmes chrétiennes. Cette modération adoucit peu à peu le caractère impétueux de Patrice. Il finit par renoncer à l'idolâtrie et fit une sainte mort. Il laissait un fils qui devait prolonger encore longtemps les chagrins de celte digne veuve, avant de lui donner à son tour de bien douces consolations. Ce fils était le grand Augustin, alors engagé dans l'erreur et esclave de ses passions. Toutes les remontrances de Monique paraissaient inutiles ; mais les prières et les larmes qu'elle ne cessait de répandre devant le Seigneur avançaient en secret l'heure d'une conversion si miraculeuse. Elle arriva enfin, et cette bonne mère n'ayant plus rien à désirer sur la terre, alla recevoir dans le ciel la récompense de tant de mérites. Elle mourut au port d'Ostie, entre les bras de son cher Augustin.

Un Evêqiie. Saint Nicolas. — Ce grand saint, devenu si populaire à travers les âges, vivait au iv*" siècle et était évêque de Myre, en Lycie. La grande vénération qu'on a toujours eue pour lui dans l'Eglise et la multitude de temples bâtis en sou honneur, sont des témoignages éclatants de son éminente sainteté. Il est regardé comme le patron des enfants. Etc'est à juste titre, car dès son enfance, il fut un modèle d'innocence et de vertu. Il avait un plaisir extrême à former cet âge tendre à la piété, et plusieurs fois il délivra des jeunes filles en danger de perdre leur innocence. Il opéra plusieurs miracles parfaitement constatés.

Un Docteur. Saint Thomas d'Aquin. — Né en lâ^6,

d'une des premières familles du royaume de Naples, il montra lout jeune, de grandes dispositions pour l'étude et la vertu. Vers l'âge de dix-sept ans, il prit l'habit de Saint-Dominique. Ses parents en furent au désespoir, et le firent enfermer dans un château fort, où on ne négligea rien pour ébranler sa rés'olution, où son innocence aussi courut les plus grands dangers. Le saint novice triompha de toutes ces difficultés, parvint à s'échapper et finit par prononcer ses vœux. Il étudia sous Albert le Grand. La supériorité de son esprit, jointe à un travail opiniâtre, le rendit bientôt capable d'instruire ses maîtres eux-mêmes, et de composer ces beaux ouvrages de Théologie, qui lui ont fait donner le surnom d'Ange de l'école. L'étude ne servit qu'à augmenter son zèle pour la perfection et sa fidélité aux pratiques de la dévotion, particulièrement envers Jésus dans le Saint Sacrement. îl a écrit ses plus beaux traités au pied du crucifix et il mérita d'entendre de la bouche du divin Sauveur ces douces paroles : « Tu as bien écrit de moi, Thomas ! »

Une Malade. Sainte Lidwine. — Native de Hollande, Lidwine aima Dieu dès ses plus tendres années; à douze ans elle fait le vœu de virginité. Elle fut affligée d'une horrible complication de maux qui l'obligèrent à garder le lit les trente dernières années de sa vie. Elle se vit pendant sept ans privée de l'usage de presque tous ses membres. A ces souffrances physiques s'ajoutaient de grandes peines intérieures. Mais jamais, par un miracle de la grâce, le désespoir ne s'empara de celte âme épurée au creuset de la souffrance. Elle méditait habituellement sur la passion du Sauveur, c'est là qu'elle puisait la force d'ajouter à ses propres douleurs d'autres mortifications volontaires. Cette patience héroïque accompagnée d'une douceur et d'une humilité rares, d'un vif amour des pauvres, lui mérita le don des miracles et des révélations. Saintement et joyeusement crucifiée sur la terre avec son divin Maître, elle alla partager enfin avec lui la couronne promise aux fidèles amantes du Calvaire.

Un Roi. Saint Louis. — La reine Blanche, sa mère.

réleva avec grand soin. «Mon fils, lui disait-elle souvent, j'aimerais mieux vous voir tomber mort à mes pieds que devons voir commettre un péché mortel. » Ces paroles se gravèrent profondément dans le cœur du jeune Louis. Il les méditait souvent, étant devenu roi de France. Il se montra aussi grand prince que fervent chrétien, et sut allier toutes les vertus des saints avec les qualités d'un héros et d'un sage législateur. Après avoir réglé et pacifié l'intérieur de ses Etats, il prit la croix et partit pour la Palestine. Tombé au pouvoir des musulmans, il ne perdit rien de la tranquillité de son esprit ni de la dignité de son caractère. Les Barbares euxmêmes, touchés de tant de grandeur d'âme, disaient que c'était le plus fier chrétien qu'ils eussent jamais connu. Une seconde croisade n'eut pas plus de succès, mais elle procura au saint Roi l'avantage de mourir soldat de Dieu et de sa religion sainte. La peste l'enleva sous les iKirs de Tunis. Voltaire lui-même a rendu un solennel et louchant hommage h la grande sainteté de ce modèle in imparable des souverains, plus père encore que roi.

Un Pape. Saint Pie V. — Dès l'âge de quinze ans, il prit l'habit de Saint-Dominique et se fit une règle de tendre toujours à une perfection plus élevée. Après avoir enseigné avec beaucoup de succès la philosophie et la théologie, il devint successivement maître des novices, prieur, etc., et fut plus tard promu au cardinalat. Sous le pape Pie IV, il montra une si grande aptitude pour la direction des affaires de l'Eglise, qu'à la mort de ce pontife, il fût appelé par acclamation à lui succéder. Il fit tout ce qu'il put pour éloigner de lui ce fardeau, mais il dut obéir. Pie V montra plus d'ardeur encore pour l'oraison et la mortification ; c'était là toute sa force. Il publia les décrets du concile de Trente, et travailla de toutes ses forces à les faire exécuter. Ce fut à sa prodigieuse activité et à ses instantes prières qu'on dut la mémorable victoire remportée sur les Turcs en 1 571 . Pie V fut un grand pape et un prand saint.

Un grand du monde. Saint François de Borgia. — Il

o,,. LES SPLENDEURS DE LA FOI.

passa ses premières années à la cour de Charles-Ouint, i;ui le traita toujours avec une grande considération. Il épousa Eléonore de Castro dont il eut cinq enfants. \yant été chargé de conduire le corps de l'impératrice Isabelle a Grenade, François effrayé de l'état du cadavre (le cette princesse en conçut un tel mépris pour les choses de ce monde, qu'il résolut dès lors d'embrasser une vie plus parfaite. Veuf à l'âge de trente-six ans, vice-roi de Catalogne, quatrième duc de Candie, il renonça à toutes les grandeurs humaines et entra dans la Compagnie de Jésus. Saint Ignace l'envoya prêcher ilans les différentes provinces de l'Espagne, et l'établit supérieur de toutes les maisons de son ordre dans ce royaume. Son humilité extraordinaire et ses autres vertus, auxquelles sa naissance donnait un nouvel éclat, lui concilièrent le respect des grands et des petits. Son ministère fut béni. 11 fut le troisième général de la Compai^nie. Trois choses, disait-il, assureront la prospérité de la Compagnie : 1° l'esprit de prière et l'usage fréquent des sacrements; 2" l'opposition du monde et les persécutions ; 3° la pratique de la plus parfaite obéissance.

Un grand Cliancelier. Saint Thomas de Can^orhérij. — Chancelier du royaume d'Angleterre sous Henri II, et archevêque de Cantorbéry, il exerça ces lourdes fonctions avec un zèle et un talent qui furent d'abord appréciés du roi. Thomas était le modèle de son clergé, le père des pauvres, le défenseur ardent des droits de l'Eglise. Celte fermeté inébranlable lui valut l'inimitié du monarque. Personne, disait le roi, n'aura donc le courage de me défaire de ce prêtre qui me donne plus de peine que tout le reste de mes sujets ! » Thomas assassiné dans son église, au pied de l'autel, mourut en héros chrétien.

Un Fondateur. Saint Jean de Matha. — Il naquit a Faucon, en Provence, vers le milieu du xii^ siècle, et iUudia d'abord à Aix, ensuite à Paris, où il reçut la prêirise. Pendant qu'il disait sa première messe, il eut une \ision qui lui donna à entendre ce que le ciel demandait

LA FOI ET LA RAISON. o|-

de lui. Mais afin de s'en assurer davantage, il alla trouver dans le désert un saint ermite, Féli:C de Valois, avec lequel il arrêta la fondation d'un ordre religieux, destiné au rachat des chrétiens captifs chez les mahométans. Le souverain Pontife, après avoir consulté Dieu dans la prière, approuva le nouvel institut qui prit le nom d'Ordre de la Trinité. Jean fit deux voyages à Tunis, où il eut beaucoup à souffrir. Des milliers de captifs furent rachetés. Exténué de fatigues, de jeûnes et de mortifications, il vint mourir à Rome, en odeur de sainteté, vers l'an 1213.

Une fondatrice. Sainte Thérèse. — Elle naquit à Avila en 1515. Dès l'âge le plus tendre, embrasée par les pieuses lectures qu'on faisait dans sa famille, elle brûlait du désir d'affronter le martyre, et se portait avec une ardeur incroyable à toutes les pratiques de la piété. Ce premier élan s'affaiblit néanmoins par la lecture de qi:clques romans, et par les liaisons qu'elle contracta avec des personnes trop mondaines. Elle se serait même entièrement relâchée, si un mouvement pressant de la grâce ne lui eût inspiré la pensée d'entrer en religion. Elle choisit l'ordre du Carmel. Là encore elle eut à lutter contre la faiblesse humaine. Mais enfin, par un nouvel et glorieux élan, elle se donna toute à Dieu et marcha à grands pas dans les héro'ïques sentiers de la perfection. Elle reçut du ciel des faveurs extraordinaires par lesquelles Dieu ia préparait au grand œuvre de la réforme du Carmel. Elle arriva laborieusement à ses fins. Mille traverses, mille contradictions vinrent l'assaillir ! Thérèse n'en était que plus confiante en Dieu. Sa devise était : ou souffrir ou mourir, et après avoir bien soulïert, bien combattu tous les combats de Dieu, elle put enfin aller Toir face à face le divin époux de son âme, Tan 1581.

Je pourrais multiplier à rinfî.ni celte glorieuse liste de modèles des vertus héroïques, mais force est de s'arrêter.

Et quels sont ceux auquels Jésus-Christ commandait la sainteté et la perfection, qui ont été vraiment saints parfaits ? Ce sont des hommes comme nous dont le Sage

a dit : « L'être humain dans ses sens, dans ses sentiments, dans son cœur, est enclin au mal dès sa plus tendre jeunesse! » Chez qui la fascination de la frivolité obscurcit le bien, et l'inconstance de la concupiscence fait naître comme invinciblement la malice... C'est cette nature humaine qui faisait crier à Job : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avez-vous fait contraire à vous? Qui inspirait à saint Paul ces accents de désespoir : « Infortuné, je ne fais pas le bien que j'aime, et je faisle mal que je hais I » Ces saints, ces parfaits ce sont ces apôtres et ces disciples auxquels Jésus-Christ disait souvent : <S( Veillez et priez sans cesse, car l'esprit est prompt et la chair est faible... Insensés et lents à croire, combien de temps vous souffrirai-je près de moi ? » Ce sont ces mêmes apôtres, ces mêmes disciples qui, au jour de sa passion, n'avaient pas eu le courage de veiller et de prier une heure avec lui, et qui tous s'étaient enfuis. Oui, voilà ceux dont le Christ a fait des saints et même des parfaits. Un grand nombre de saints en effet, comme sainte Thérèse, sainte Françoise de Chantai, saint François de Borgia, saint André Avellin, etc., etc., ont fait le vœu de tendre sans cesse à la perfection, de faire à chaque instant ce qu'ils verraient être plus excellent. Suivant les expressions si éloquentes des saintes Ecritures, ils couraient dans le chemin de la vertu avec la

' rapidité de l'étincelle qui envahit une vaste étendue de roseaux secs ; ils avaient dressé des degrés dans leur cœur et ils les gravissaient avec intrépidité; ils étaient comme la lumière de l'aurore, faible d'abord à son lever, mais qui monte et croît sans cesse jusqu'à ce qu'elle atteigne la splendeur du midi. Et, répétons-le encore,

-ru ces transformations, ces transfigurations sont propres

^^^' lusivement à l'Eglise catholique, apostolique, romaine,

exçf.^ t ggyjg sainte qui, seule, a fait, fait encore et

qui 6Si?t.,^j,g ^gg saints et des pai^faits.

fera tou]o> ^^^^ sang-froid et trop célèbre, Proudhon, à

,. ^l^^J^P i-vine : « soyez saints parce que je suis

l'invilalion '^^jj p^j. ^^g abominables blasphèmes qu'on

saml,»reponQ ^ ^ ^

LA FOI ET LA RA'SO.N. Ojg

dirait sortir de la bouche de Satan, mais qui n'en sont pas moins, par leurs excès, une Splendeur de la foi : « Esprit menteur, Dieu imbécile. Ion règne est fini, cherche parmi les bêles d'autres victimes. Je sais que je ne suis ni ne puis jamais devenir saint. Et comment le seras-lu, toi, si je le ressemble?... Dieu, c'est sottise et lâcheté; Dieu, c'est hypocrisie et mensonge; Dieu, c'est tyrannie et misère; Dieu, c'est le mail Tant que l'humanité s'inclinera devant un autel, tant que l'homme sera esclave des rois et des prêtres, elle sera réprouvée... la paix et l'amour seront bannis d'entre les mortels. » Eh bien, ce même Proudhon vaincu par l'évidence des faits et le témoignage éclatant de l'histoire, a dit de la religion catholique : « C'est elle qui cimenta les fondements de la société, qui donna l'unité et la personnalité aux nations, qui servit de sanction aux premiers législateurs, anima d'un souffle divin les poêles et les artistes, et, plaçant dans le ciel la raison des choses et le terme de notre espérance, répandit à flots sur un monde de douleurs la sérénité et l'enthousiasme... Comme elle sait ennoblir le travail, rendre la douleur légère, humilier l'orgueil du riche, et relever la dignité du pauvre ! Que de courage elle échauffa de ses larmes! Que de vertus elle fit éclore ! Que de dévouements elle suscita! Quel torrent, d'aoiour elle versa au cœur des Thérèse, des François de Sales, des Vincent de Paul, des Fénelon, et de quel lien fraternel elle embrassa les peuples, en confondant dans ses traditions et dans ses prières, les temps, les langues et les races... La Religion a créé des types auxquels la science n'ajoutera rien, heureux si nous apprenons de la science à réaliser en nous l'idéal que la religion nous â montré. » Splendeur ! Splendeur 1

Jésus-Christ avait dit : <r. Soyez parfaits comme votre pèr£ céleste est parfait, ou mieux, beaucoup de vous seront parfaits comme votre père céleste est parfait I » L'oracle divin s'est accompli et son accomplissement est un miracle évident de la toute-puissance divine.

Chapitre Onzième. — Septième splendeur delà Foi.— Leif pauvres sont évangélisés. (Saint Matthieu, xi,5â.) Les disciples de Jean hésitaient encore à se ranger sous la direction de celui que leur maître avait appelé « l'Agneau de Dieu. » Le précurseur était toujours en prison. Hérode avait résisté jusque-là aux sollicitations d'une épouse ambitieuse et cruelle. L'illustre captif proflta des derniers instants que lui laissait la modération ou la pusillanimité du Téthrarque. Il fit venir deux de ses plus fidèles disciples et les adressa directement à Jésus,. « Jean- Baptiste, dirent-ils au Sauveur, vous pose cette question : Etes-vous Celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre? » En ce moment, Jésus était environné d'une grande multitude de peuple. Devant les disciples de Jean, il guérit les malades de -leurs infirmités et de leurs plaies, délivre les démoniaques et rend la vue aux aveugles. Puis, prenant la parole, il répondit aux envoyés : « Allez, dites à Jean ce que vous avez vu. Les aveugles voient, les boiteux marchent^ les lépreux sont guéris, les sourds entendent, les morts ressuscitent, l'Evangile est annoncé aux pauvres. » C'est donc Jésus-Christ lui-même qui a classé l'Evangile annoncé aux pauvres au rang des miracles qui démontrent sa divinité et la divinité de sa sainte Eglise, et qui en a fait une splendeur de la Foi ! Les pauvres sont évangélisés, c'est-à-dire réhabilités, respectés, aimés, secourus, enseignés! C'est encore un oracle; une prophétie ! et un oracle qui s'est accompli et s'accomplit tous les jours. Partout dans le christianisme, théoriquement du moins, mais partout dans le sein de l'Eglise catholique, romaine, dogmatiquement et pratiquement, le pauvre est évangélisé de la manière la plus parfaite, et cette évangélisalion du pauvre est encore un grand fait qui remplit le inonde. Donc l'Eglise catholique est divine. Jésus-Christ avait déjà appelé l'attention sur ce but capital de sa mission. Dans une circonstance mémorable, un jour qu'il enseignait dans la synagogue de Nazareth, sa ville natale, on lui présenta le livre du prophète Isaïe, il

l'ouvrit et il lut : « l'esprit du Seigneur est sur moi el m'a consacré par son onction sainte, il m'a envoyé pour évangéliser les pauvres. » L'Evangile annoncé aux pauvres, but capital de la mission du divin Maître, est donc aussi une prophétie de l'Ancien Testament, dont l'accomplissement est vraiment merveilleux.

À peine le Messie est-il né, pauvre au milieu des pauvres, que l'ange apparaît à de pauvres bergers, et leur dit: «Je vous annonce une bonne nouvelle, une grande joie- Voici qu'il vous est né un Sauveur, le Sauveur des pauvres I Allez, vous trouverez un enfant couché dans une crèche, enveloppé de langes. » Et tout aussitôt une multitude d'esprits célestes entonne l'hymne du salut « Gloire à Dieu!.. Paix aux hommes de bonne volonté 1» Les bergers coururent à Bethléem, trouvèrent l'enfant couché dans la crèche, crurent en lui et l'adorèrent; puis ils se firent les échos de la bonne nouvelle. Les premiers attirés au berceau du Sauveur furent donc les pauvres. Il fondera son Eglise sur des pauvres. Ses apôtres seront des pauvres, le chef de son apostolat sera un pauvre. Quand il commencera sa prédication, la première des béatitudes sera : « Heureux les pauvres ! » Jusque-là, dans tous les temps, dans toutes les sociétés, dans l'antiquité païenne et chez les peuples dont on a le plus vanté la civilisation, les Grecs et les Romains, nonseulement aucune pauvreté, aucune misère n'était respectée, l'histoire entière nous l'atteste, mais toutes les misères étaient barbarement outragées. Là l'indigence était une vraie dégradation sociale qui plaçait le pauvre hors de la famille et de l'humanité. Là l'enfant pauvre, lâchement trahi par la société, était abandonné sans défense aux caprices inhumains d'un père qui pouvait à son gré, le jeter comme une immondice sur la place puplique ou l'étouffer de sa propre main. Là, à côté d'une poignée d'hommes qui jouissaient exclusivement de la vie comme d'un monopole, végétaient entre le supplice de la faim et le supplice plus dur encore du mépris, des milliers d'esclaves, sortes de troupeaux à figure humaine

usés le jour aux plus rudes travaux, et la nuit parqués comme de vils animaux dans d'infects souterrains, race privilégiée pour la douleur et pour l'opprobre. Tout cela se passait sous le règne de la raison humaine sans qu'elle ait jamais protesté en faveur de la dignité de l'homme. Non-seulement la philosophie restait sans larmes en présence de tant d infortunes, sans voix contre tant d'oppression, mais elle proclamait par la bouche de Sénèque, de Marc-Aurèle et de ses autres sages, que la pitié n'est qu'une faiblesse : «Garde-toi de pleurer avec ceux qui pleurent ! » 3Iais voici que, tout à coup, apparaissent au monde la douceur et l'humanité de Noire- Seigneur Jésus-Christ criant au monde : « Mon Père m'envoie pour évangéliser les pauvres ! Heureux les pauvres, heureux ceux qui gémissent I Pleurez avec ceux qui souffrent, affligez-vous avec ceux qui sont affligés. Et, pour opérer celte révolution immense, Jésus-Christ a trouvé dans son cœur humble et doux un secret incroyable et divin au-delà de ce que nous pouvons dire. Il veut que le pauvre désormais soit honoré à l'égal de lui-même: il veut lui créer non plus seulement des titres à la considération et au respect, mais des titres à une sorlo de culte et d'adoralion. Et pour cela, il fera de leur condition comme un sacrement ineffable dans lequel il se révèle sensiblement à nous jusqu'à la fin des temps. Il s'incarne dans le pauvre; il s'identifie avec le pauvre : « En vérité, en vérité je vous le dis, ce que vous ferez au plus petit des miens, vous me le ferez à moi-même... Celui qui le touche, me touche à la pupille de l'œil. » Le pauvre pleure, c'est Jésus-Christ qui pleure 1 Le pauvre a faim, c'est Jésus-Christ qui a faim! Le pauvre mendie, c'est Jésus-Christ qui mendie 1 Le pauvre a l'apparence de l'homme, mais laréalité a disparu ; à sa place il n'y a plus que Jésus-Christ. Et, de peur que cette transformation ne reslâtune idée stérile, Jésus-Christ en a tiré lui-même la conséquence pratique. Après avoir revêtu le pauvre de sa dignité, il l'a revêlu de sa toutepuissance, il l'a fait le trésorier du ciel. Ce que Jésus-

LA FOI ET LA RAISON. yuj^

Christ donne, le pauvre le donne. Il donne la vérité, la grâce, le ciel; car la foi, la grâce, le salut éternel, tout cela n'est promis qu'aux pauvres. « Venez les bénis de mon Père... J'ai eu faim et vous m'avez donné à manger... J'ai eu soif et vous ne m'avez pas donné à boire. . . Retirez-vous, maudits, allez au feu éternel I » Voilà donc le pauvre vraiment divinisé ! Le voilà assuré des hommages de l'univers. Il faudra de toute nécessité, sous peine de mort éternelle, que l'homme rille à lui avec respect. Les droits de Jésus-Christ sont les droits du pauvre, et cette délégation était absolument nécessaire, pour que l'indigence ne fût pas laissée sans ressource, et que l'humanité fût vraiment une famille de frères, pour que le père commun qui est au ciel assurât à chacun le pain quotidien. Jésus-Christ dans le pauvre, c'est l'obligation de l'aumône, c'est la dette de la reconnaissance due à un amour infini l C'est aussi la règle de l'amour qui doit se mesurer, non sur les besoins du pauvre, mais sur les droits de Jésus-Christ, aux dimensions de la Croix. Et la croix c'est Tinfini dans l'amour. C'est encore la consolation et la gloire dans l'aumône I C'est enfin la réfutation de toutes les objections que le monde ne cesse d'opposer à l'aumône 1

Il importe de constater que .Tésus-Christ pour mieux affirmer la béatitude du pauvre, lui a opposé le malheur du riche : « Malheur à vous, riches I Je vous le dis en vérité, il est difficile qu'un riche entre dans le royaume des cieux !.. Je vous le répète, il est plus facile à un ; chameau de passer par le trou d'une aiguille qu'à un riche d'entrer dans le ciel. »

Quelque chose de plus extraordinaire que ces doctrines étranges sur la pauvreté et la richesse, scandale pour le juif, folie pour les gentils, sagesse et vertu de Dieu pour les élus, c'est qu'elles soient entrées si avant dans la société humaine qu'elles en ont changé toutes les idées, tous les sentiments, tous les rapports. C'est que le pauvre est en droit de secouer la poussière de son opprobre, de relever sa tête inclinée par le malheur et

plus encore par le mépris. Les abaissements du pauvre sont finis! Ce sont maintenant les jours de sa grandeur et de sa gloire 1 II peut sans rougir tendre la main et la fermer sur l'aumône du riche, car cette aumône n'est plus un secours jeté â la misère, mais un tribut payé à la royauté de Jésus-Christ qu'il représente. Or un tribut ne fait jamais honte à la royauté qui le réclame et qui l'accepte! Quel dessein sublime que celui de mettre le pauvre au-dessus de tout par le seul fait et au seul nom de sa pauvreté ! Quelle conscience de sa propre force pour tenter une telle révolution I Quelle puissance pour la faire accepter! A défaut d'autre splendeur, celle-ci suffit pour faire tomber à genoux devant Jésus-Christ et sa sainte Eglise catholique, apostolique, romaine! Car vraimenttant de puissance» tant de grandeur et tant de charité ne peuvent appartenir qu'à un Dieu.

Avant d'être civilisée par la Croix, la société ne connaissait pas d'autres monuments que les arcs de triomphe, les théâtres et les temples des idoles, c'est-à-dire, les tristes monuments de l'erreur, de l'orgueil et de la volupté ! Maintenant elle s'étonne de voir s'élever des édifices nouveaux, charitables et glorieux, dont la seule iuscriplion révèle le génie qui les enfanta : « A Jésus-Christ DANS SES pauvres! » Mais l'Eglise fait plus encore ! Avec cette puissance de création que lui a léguée son divin fondateur, elle suscite de tous côtés des institutions religieuses se partageant entre elles toutes les misères à recueillir et à soulager. A sa voix et sous son influence, parmi les secousses mêmes des révolutions et les ténèbres de la barbarie, surgissent de généreuses associations rivalisant entre elles de dévouement, se disputant^à l'envi la palme du sacrifice, dont les lois sont la vraie charte de la bienfaisance, dont la constitution restera à jamais l'organisation vivante de la charité. Aucune des misères innombrables n'échappe à la sainte conspiration de leur zèle dont l'exercice est une nouvelle splendeur de la Foi. « On reconnaîtra que vous êtes mes disciples à ce signe, que vous vous aimerez les uns les autres. »

LA FOI ET LA RAISOÎl. 325

Il ne sera question ici que de l'évangélisation qui s'exerce par l'instruction , l'enseignement des pauvres et des petits. C'est encore un fait plus éclatant que le jour, que, au sein du christianisme en général et de TEglise catholique, apostolique, romaine en particulier, l'enseignement a pris des proportions énormes; que les écoles qui remontent aux siècles apostoliques ont été se multipliant sans cesse jusqu'à atteindre un chiffre prodigieux; 2° que chez les nations restées idolâtres, même chez celles dont la civilisation est très-ancienne et trèsavancée, comme la Chine et le Japon, l'instruction se réduit à fort peu de chose, à l'explication de quelques textes de Confucius; 3° que parmi les nations qui ont abandonné le christianisme, l'instruction des classes inférieures de la société est devenue presque nulle. De sorte que l'enseignement, l'instruction du pauvre est bien évidemment une brillante splendeur de la foi.

Dès le premier siècle, saint Jean établit à Ephèse une école dans laquelle il instruisait des jeunes gens. Saint Polycarpe, son disciple, fit de même àSmyrne. Dès le ii^ et le iii^ siècle, nous voyons des écoles et des bibliothèques placées à côté des églises. Au premier rang de ces écoles il faut placer celles des catéchumènes, dont l'instruction et l'éducation duraient ordinairement deux ans. Constatons ici que le catéchisme, ce petit livre, qui, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours, sert de texte à l'instruction religieuse des catéchumènes et des enfants, est à lui seul une splendeur éclatante de la foi. « Lisez-le, ce petit livre, dit Jouffroy, un des chefs les moins suspects de l'école de Philosophie éclectique, vous y trouverez une solution de toutes les questions que j'ai posées, à toutes sans exception. Demandez au chrétien d'où vient l'espèce humaine, il le sait; où elle va, il le sait. Demandez au pauvre enfant, qui de sa vie n'y a jamais songé, pourquoi il est ici-bas, et ce qu'il deviendra après la mort? D vous fera une réponse sublime qu'il ne comprendra pas, mais qui n'en est pas moins admirable ! Demandez-lui pourquoi, demandez-lui comment le

monde a été créé, et pour quelle fin ? Pourquoi Dieu y a mis des animaux et des plantes? Comment la terre a été peuplée? Si c'est par une seule famille ou par plusieurs? Pourquoi les hommes parlent plusieurs langues ? Pourquoi ils souffrent, pourquoi ils se baltent, et quand tout cela finira? Il le sait. Origine du monde, origine de l'espèce, origine des races, destinée de l'homme dans celle vie ou dans l'autre, rapports de l'homme envers Dieu, devoirs de l'homme dans ses rapports avec ses semblables, droits de l'homme sur la création, il n'ignore rien. Et quand il sera grand, il n'hésitera pas davantage sur le droit naturel, sur le droit politique, sur le droit des gens. Tout cela sort ou tout cela découle avec clarté et comme de soi-même, du christianisme et du catéchisme I... » L'école d'Alexandrie et celle de Constantinople, où Julien l'Apostat eut pour condisciples saint Basile et saint Grégoire de Nazianze, étaient de véritables universités. La bibliothèque annexée à l'école d'Alexandrie comprenait cent mille volumes. Ces écoles et ces bibliothèques s'étendaient à la littérature profane, témoin le décret hypocrite de Julien l'Apostat qui défendit aux chrétiens d'interpréter Homère, Hésiode, etc., sous le prétexte qu'il est criminel d'expliquer des auteurs dont on condamne la doctrine, que l'on accuse d'erreur, de folie et d'impiété. C'est même un fait certain que les trésors littéraires de l'antiquité grecque et romaine furent conservés dans les couvents. Parmi les livres qu'apportèrent en Angleterre les moines chargés par Grégoire le Grand de convertir la Grande-Bretagne, on admirait un très-beau manuscrit d'Homère.

Mais la mission d'évangéliser les nations devait surtout s'exercer par des écoles élémentaires. Dès 680, le sixième concile de Constantinople ordonnait d'établir des écoles gratuites jusque dans les villages, et recommandait aux prêtres d'en avoir soin. Au vm^ siècle, divers conciles ordonnent aux évêques et aux curés de vaquera l'instruction des jeunes gens, surtout de ceux qui se destinaient a l'état ecclésiastique. Au ix" siècle, Gharlemagne, aidé

par Alcuin, fonda l'Université de Paris et donna un immense élan aux écoles ecclésiasliques et laïques. En même temps, Alfred le Grand fondait l'université d'Oxford. Au x'= siècle, quand Louis le Gros eut émancipé les serfs, il voulut que l'un des principaux soins des évêques fût leur instruction. On vit alors se former plusieurs Congrégations de l'un et de l'autre sexe, vouées non plus seulement à l'enseignement des hautes sciences, mais surtout à l'enseignement des premiers éléments des lettres et de la religion. Dans une série d'articles sur les bibliothèques du moyen âge, insérés dans les Annales de philosophie chrétienne, 1839, le R. P. Cahier prouve jusqu'à l'évidence qu'à cette époque tant calomniée, grâce à l'action puissante de l'Eglise, ^instruction des rois et des seigneurs, de la bourgeoisie, des femmes même, était beaucoup plus étendue qu'on ne saurait le croire. Il donne la liste, étonnante par le nombre, des écoles de la France, de l'Allemagne, de l'Angleterre, de l'Irlande. Il réfute la sotte calomnie que les nobles se faisaient gloire de ne pas signer leurnom, etexplique l'absence des signatures de la noblesse sur les actes publics, par la tyrannie de l'étiquette qui était de ne pas signer. Saint Louis, roi de France, qui signait ses lettres, ne signait pas ses diplômes, et un écrivain a reproché à Charles V d'avoir signé de sa propre main tous les actes émanés de son autorité. On sait d'ailleurs que la plupart des troubadours et des trouvères du moyen âge étaient presque tous des gentilshommes. Anne de Volvire, appelée la sainte de Néant, à laquelle un pieux usage breton avait donné pour parrain et pour marraine deux bons pauvres, était déjà à quatorze ans marraine de quatre enfants pauvres, et faisait elle-même dans son château la classe aux petites filles indigentes. Au xvi^ siècle, on vit naître coup sur coup une foule de congrégations ou ordres de religieux et de religieuses, uniquement ou principalement voués à l'instruction et à l'éducation des enfants et des pauvres. Les Ursulines, fondées par Angèle de AJérici ; les Jésuites, par saint Ignace de Loyola ; les prêtres de l'Ora-

loire, par saint Philippe de Néri ; la Congrégation de Notre-Dame, par le bienheureux Pierre Fourier; l'Ordre de la doctrine chrétienne, par saint Hippolyte Galande; les Somasques, par saint Jérôme Emilien ; les Religieux des écoles pies, par saint Joseph Calazanz; l'Ordre de la Visitation, par saint François de Sales et sainte Jeanne de Chantai; la Congrégation de l'Oratoire, par le cardinal de Bérulle; les prêtres de la Congrégation de la Mission et les Filles de la charité, par saint Vincent de Paul et Louise de Marillac ; les Eudistes, par le P. Eudes ; la Congrégation de saint Charles, fondée en Lorraine; les Sœurs de la doctrine chrétienne, les Sœurs de la Providence, les Frères; des Ecoles chrétiennes, par J.-B. de la Salle; les Frères de la Charité, fondés par l'abbé Rosmini ; les Frères de l'Instruction chrétienne, les Frères de la sainte Famille, etc., etc. J'esquisse rapidement la vie de quelques-uns de ces pieux fondateurs.

Jérôme Emilien. — Il était de Venise, d'une famille noble. Après avoir servi avec distinction dans les armées de la République , il fut fait prisonnier et chargé de fers. Ayant obtenu sa délivrance par l'intercession de la sainte Vierge, il se dévoua à la pratique de toutes les vertus chrétiennes, spécialement aux exercices de la charité. Le soulagement des pauvres et des malades, le soin des orphelins, l'instruction des enfants et des jeunes ecclésiastiques, furent tour à tour l'objet de sa sollicitude. Le désir de perpétuer ces bonnes œuvres le conduisit à fonder la Congrégation des Somasques. Ce nom est tiré du village où se réunirent pour la première fois les membres du nouvel institut. Jérôme mourut d'une maladie contagieuse, gagnée en soignant les malades.

Joseph Calazanz. — Il vint au monde le 1 1 novembre 1556, à Petralta, en Aragon. Dés son enfance, il se fit remarquer par sa piété. Prêtre, il prêche, confesse, visite les malades, les infirmes, en un mot, il se livre à toutes les œuvres de la charité et de l'apostolat. Sa mortification était excessive, ses prières étaient incessantes; les pauvres, les malades, les prisonniers étaient

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l'objet constant de sa tendresse et de ses aumônes. Quand la peste ravagea Rome, il allait de malade à malade et portait même sur ses épaules les corps des victimes de la contagion. La vue d'une troupe d'enfants désœuvrés et livrés à la plus honteuse ignorance touche son cœur. Il veut porter reriiède à ce triste état de choses. Une peut suffire seul à la tâche; il se donne des coopérateurs, en fondant, avec l'approbation du Pape, la Congrégation des Ecoles pies qui rendirent d'immenses services à l'Eglise dans la personne des enfants du peuple.

Jean-Baptiste de la Salle. — Né à Reims, d'une famille chrétienne et honorable, il eut dès sa jeunesse le désir de se consacrer à Dieu. Ordonné prêtre, il reçut le bonnet de docteur à Paris. Nommé chanoine de Reims, il abandonna bien vite ces fonctions, trop peu actives pour son zèle, et se consacra à l'éducation des enfants. En 1679, il établit à Reims des écoles gratuites, forme des maîtres qu'il loge chez lui, et leur donne de sages règlements. Ainsi prit naissance l'Institut des Frères des Ecoles chrétiennes qui ne fît que se développer à travers les siècles, malgré les persécutions et les calomnies de tout genre. Ce vénérable et modeste serviteur des pauvres quitta en paix cette terre d'exil, à l'âge de soixante-huit ans, en l'année 171 9.

Jean de Lamennais. — Frère du trop célèbre auteur de V Essai sur l' indifférence, Jean de Lamennais naquit sur le vieux sol catholique de la Bretagne. Elevé dans les sentiments d'une piété sincère et solide et ayant embrassé la carrière ecclésiastique, Jean se fît remarquer par sa foi ardente et son goût pour l'étude. En 1825, à Ploërmel, il jeta les fondements de l'Institut des Frères de la charité, destiné à élever les enfants pauvres. Les débuis furent humbles; mais le grain de sénevé germa, et la moisson devint de plus en plus abondante avec le temps. Aujourd'hui, l'œuvre chère au cœur de ce prêtre simple et droit est tout à fait florissante. Il n'y a pas longtemps encore que cet humble évangéliste des pauvres rendit sa belle âme à Dieu dans les sentiments de la plus

grande piété et d'une douce confiance dans la miséricorde divine. Il fut regretté de tous ceux qui le connaissaient. Son cher Institut des Frères de la charité a rendu et continuera à rendre de grands services partout où il sera appelé.

A la fin du xviu^ siècle, le nombre des écoles de charité à Paris et dans les diocèses de France était immense ! Bergier constatait que ce n'était ni Ja philosophie, ni la politique, ni la philanthropie, mais la religion seule qui, marchant à la tête de ces grandes œuvres, avait fondé tous ces établissements d'instruction pour les classes riches et pauvres. La Révolution française rompit violemment avec toutes les traditions dupasse, supprima les établissements religieux, et dispersa la sainte légion dei évangélistes des pauvres. Elle fit, en un mot, table rase de tout ce qui avait existé- Elle voulut ensuite réorganiser, mais elle n'aboutit qu'à un despotisme ridicule et barbare. Le Directoire ne fut pas plus heureux. Ses écoles centrales elles-mêmes restèrent désertes. II fut alors démontré jusqu'à l'évidence que la démagogie athée si puissante à détruire, est complètement impuissante pour édifier, que l'Eglise, qui a seule mission divine d'enseigner les nations, peut seule créer, construire et conserver.

La France, encore, qui, avant la Révolution, comptait une multitude innombrable de collèges et d'universités florissantes, n'eut plus que des écoles centrales sans élèves, des Facultés sans auditeurs, des collèges communaux vides,^ des lycées que peuplent seulement les boursiers de l'Etat, un seul observatoire qui n'a encore attaché son nom à aucun grand ensemble d'observations. Avec l'Empire et la Restauration, les congrégations religieuses enseignantes ont pu renaître. Elles se sont même multiphées dans une proportion vraimentènorme. Le Pauperes evangelizantur est devenu de nouveau une immense réalité. Et ce qu'il y a de plus extraordinaire, c'est que les collèges du clergé, les institutions ecclésiastiques, les écoles préparatoires aux carrières publiques, tenues par des religieux et des prêtres, l'emportent de beaucoup parle nombre, la distinction des

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élèves, et les succès obtenus dans les concours pour l'Ecole polytechnique, pour l'Ecole militaire, les certificats de capacité, les bourses aux écoles spéciales, etc. Les Universités catholiques ne sont encore qu'à leur début, et tout annonce déjà que pour le droit et la médecine, elles feront une concurrence redoutable aux Facultés de l'État. Elles prouveront du moins que la science la plus avancée n'inspire à TEglise aucune terreur, que la Foi considère la science comme une 'sœur bien-aimée ayant mission d'évangéliser avec elle dans une harmonie parfaite. Aussi la haine fait entendre des grondements lointains encore, mais qui se rapprochent de plus en plus. On entend l'expression des regrets ulcérés et bruyants qu'inspire le peu de liberté accordée à l'Eglise, surtout pour l'enseignement supérieur. On voit se dresser menaçant le drapeau de la ligue de l'enseignement, le spectre de l'instruction gratuite, obligatoire et laïque. C'est toujours, et plus acharnée que jamais, la haine de Dieu qu'il faut à tout prix chasser du cœur des enfants et surtout du cœur des pauvres. Ce qui est plus horrible, c'est qne cette haine, qui ne peut pas simuler l'amour de la science et du progrès, puisque les succès sont dans le camp opposé, prépare, sans avoir l'air de s'en douter, le châtiment cruel des sociétés qui se laissent follement gouverner par une odieuse minorité. La religion s'est retirée devant les préjugés sauvages qui lui interdisent l'exercice de sa grande mission d'évangéliser les pauvres. Qu'est-il arrivé? Voici que toutes les misères se lèvent rugissantes et désormais libres du seul frein qui les retenait, en les consolant. C'est le flot du paupérisme qui, vainement contenu par la loi, monte, monte encore et menace la propriété. La richesse effrayée jette le cri d'alarme, la société en détresse se couvre la tête d'un voile... Oùs'arrêtera le flot toujours mugissant? Dieu le sait! Mais, ce que nous savons, c'est que là où le catholicisme est debout, où les pauvres sont évangélisés par lui, le désespoir est un crime. Que la Religion revienne donc! Qu'elle s'avance, qu'elle plante sa croix

devant les flots, qu'elle leur dise : «Jusqu'ici, et pas plus loin I » Et les flots viendront mourir à ses pieds, l'espérance va renaître et le monde est sauvé 1

Chapitre Douzième. — Huitième splendeur de la Foi. Vous serez en haine à tous à cause de mon nom. (Matth., X, 22.) Jésus-Christ était au début de sa vie publique. Il parcourait les villes et les villages, prêchant l'Evangile, guérissant toute maladie, toute inflrmité. Voyant la multitude qui le suivait, il eut compassion de ces brebis sans pasteur, se tournant vers ses disciples, il leur dit : « La moisson est grande, mais il y a peu d'ouvriers. Priez le maître d'envoyer des ouvriers à sa moisson. » Prenant ensuite à part les douze, après leur avoirdonné le pouvoir de chasser les démons et de guérir tous les maux, il leur dit : « Allez, prêchez que le royaume de Dieu est proche. Je vous envoie comme des brebis au milieu des loups... Les hommes vous feront comparaître dans leurs assemblées et vous flagelleront dans leurs synagogues... Vous serez conduits à cause de moi devant les gouverneurs et devant les rois... Lorsqu'on vous livrera, ne vousinqiiiétez pas de ce que vous aurez à répondre... L'esprit de votre Père vous suggérera ce que vous aurez à dire et parlera en vous... Vous serez en haine à tous à cause de mon nom ! Le disciple n'est pas au-dessus du maître... Ils ont appelé le Père de famille Béelzébuth, ils diront pis encore de ceux de sa maison. Mais ne craignez pas ceux qui tuent le corps et ne peuvent pas tuer l'âme... »

C'est le récit évangélique dans toute sa simplicité. Une autre fois, Jésus-Christ dit encore aux douze : « On vous livrera aux tribulations et à la mort, et vous serez en haine à toutes les nations à cause de mon nom. (Math., xxiv, 9)... Si le monde vous hait, sachez qu'il m'a eu en haine avant vous. Si vous aviez été du monde, le monde vous aimerait, car il aime ce qui est à lui. Mais, parce que vous n'êtes pas du monde, et que je vous ai choisis du milieu du monde, c'est pour cela que le monde

VOUS hait. Le serviteur n'est pas au-dessus de son maître, ils m'ont persécuté, ils vous persécuteront à cause de mon nom, parce qu'ils ne reconnaissent pas comme leur Dieu Celui qui m'a envoyé. » Résumant la parole du Maître, saint Paul a dit : « Tous ceux qui veulent vivre pieusement en Jésus-Christ, souffriront persécution, »{Ep. à Timothée, II, ch. m, 12.)

Vous serez partout et toujours un objet de haine^ vous, mes apôtres et mes disciples, mes prêtres et mes lidèles serviteurs, vous que j'envoie et qui serez réellement des agneaux au milieu des loups I Voilà l'oracle, et puisqu'il s'accomplit tous les jours, voilà le miracle ! Agneaux et haine 1 Association absurde, monstrueuse et divine cependant, réalité immense qui, elle aussi, a rempli l'espace et le temps I C'est qu'il s'agit d'une haine surnaturelle et divine qui s'attaque à Dieu. Et puisque l'objet unique de cette haine implacable est le prêtre et le fidèle catholique, apostolique, romain, à l'exclusion de tout autre, la Religion catholique, apostolique, romaine est la seule Religion de Jésus-Christ; elle est seule divine.

En réalité, pour tout ce que la Vérité même a appelé le Monde, pour tous ceux qui ne fléchissent le genou ni devant Dieu ni devant Jésus-Christ pour tout ce qui, par une conséquence nécessaire, est entièrement sous l'empire du malin esprit, le prêtre et le fidèle catholique sont l'objet incessant d'une haine concentrée. Qu'un ministre d'une religion quelconque, un marabout, un derviche, un bonze, un lama, un ministre protestant, un pope, un muphli, etc., vienne à passer devant un groupe de libres penseurs, le sentiment qu'il excitera sera un sentiment de curiosité et de respect! Que le passant soit un prêtre catholique ou un frère des écoles chrétiennes, il sera l'objet d'une haine contenue peut-être, mais mal déguisée. C'est l'histoire du temps passé et présent, ce sera l'histoire de l'avenir I « Vous serez en butte à la haine à cause de mon nom, et parce qu'ils n'ont pas connu mon Père qui m'a envoyé ! » Le dis-

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ciple de Jésus-Christ n'a pas été seulement un objet de haine, il l'a été dans des conditions miraculeuses aussi et divines que le Maître énonçait en ces termes : «Vous êtes heureux lorsque les hommes vous maudissent, vous persécutent et disent faussement toute sorte de mal de vous. Réjouissez-vous et tressaillez de joie, car c'est ainsi qu'ils ont traité les prophètes qui vous ont précédé.» La haine! La haine ! La joie et le bonheur en face de la haine ! C'.est la prophétie et c'est l'histoire 1

'\° La haine s'allume d'abord dans le cœur des Juifs. Les Apôtres commençaient à peine à prêcher Jésus-Christ dans Jérusalem, que les princes des prêtres mettent la main sur eux et les jettent en prison. Un ange leur en ouvre les portes et les en fait sortir. Ils enseignent de nouveau dans le temple, les magistrats reparaissent à l'instant et les traînent devant le Conseil qui, après les avoir déchirés de coups, les renvoie en leur défendant, sous des peines plus sévères encore, de parler de Jésus- Christ. Les Apôtres sortent du Conseil pleins de joie de ce qu'ils avaient été jugés dignes de souffrir les outrages pour le nom de Jésus. Etienne, l'un des premiers diacres de l'Eglise naissante, jeune homme plein de grâce et d'intelligence, étonne les Juifs par ses réponses. L' E s r, rit-Saint parle vraiment par sa bouche. Ils frémissent de rage dans leur cœur et grincent des dents contre lui. Ils l'entraînent hors de la ville et le lapident tandis qu'il priait et disait : « Seigneur Jésus, recevez mon esprit, ne leur imputez pas ce péché. » C'est toujours la haine et la joie dans la haine que saint Paul célèbre en ces termes plus éloquents encore : « Cinq fois j'ai reçu des Juifs quarante coups de fouet moins un; j'ai été trois fois déchiré de verges. Périls du côté de ma race, périls du côté des Gentils, périls du côté des faux frères. Dieu nous a offert, nous le dernier des Apôtres, en spectacle au monde, aux anges et aux hommes, comme destiné à la mort! Vous, vous êtes sages; nous, nous sommes insensé à cause du Christ I Vous êtes forts , nous sommes faible 1 Vous êtes honorés, nous sommes méprisé ! Nous

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souffrons la faim et la soif! iXous sommes nu et déchiré de coups ! nous n'avons pas de demeure stable I Nous nous fatiguons à travailler de nos mains I On nous maudit et nous bénissons f On nous persécute et nous pardonnons 1 On nous blasphème et nous prions ! Nous sommes devenu comme V ordure, comme la balaijure du monde rejetée de tous ! » Ce qu'il disait de lui, saint Paul le disait de ses frères dans la foi. « Les uns ont été torturés, les autres ont subi les moqueries, les verges, les prisons ; ils ont été lapidés, mis à la question. Ils sont morts frappés par le glaive. Ils ont erré çà et là vêtus de peaux de mouton ou de chèvre, dans le besoin, dans l'angoisse, dans l'affliclion. Eux, dont ce monde n'était pas digne, ils étaient réduits à se cacher dan-^ les déserts, dans les anfracluosités des montagnes, dans les antres et les cavernes de la terre 1 » Haine, ordure et balayure du monde, saint Paul l'était ; les premiers chrétiens l'étaient; les chrétiens de tous les siècles et de tous les lieux l'ont été! Nous, catholiques romains, nous devions l'être et nous le sommes encore de la part d'une multitude de loups.

2° Du cœur des Juifs la haine passe dans le cœur des Romains et s'exerce par le martyre, dans des proportions évidemment surnaturelles et sataniques. Néron, dit Tacite, fit mourir des hommes détestés que le vulgaire nommait chrétiens, moins convaincus d'avoir mis le feu à Rome que d'être haïs du genre humain I L'excès divin de cette haine ressortdes circonstances suivantes : i^le nombre des martyrs. Tacite les nomme une multitude. Pline le Jeune dit dans sa lettre à Trajan, que si l'on continue à punir les chrétiens, une infinité de personnes de tout âge, de tout sexe, de toute condition, se trouveront en danger de mort, puisqu'on les lui dénonce en très-grand nombre. Saint Clément de Rome affirme que saint Pierre et saint Paul ont été suivis par une grande multitude d'élus qui ont souffert les outrages et les tourments, nous donnant l'exemple. Plusieurs auteurs ont évalué a. dix-huit millionsle nombre des victimes des dis

persécutions générales des empereurs romains ! â" La qualité des victimes, innocentes et modèles de toutes les vertus ! Pline affirmait, non-seulement qu'on ne les accusai't d'aucun crime, mais qu'ils s'obligeaient par serment à ne commettre ni larcin ni adultère, à ne point manquer à leur parole, k ne point nier le dépôt confié, etc. C'étaient des enfants, des adolescents, desjeunes vierges, des femmes s'élevant au-dessus des faiblesses de leur nature, des magistrats intègres avec leurs justiciables, des maîtres avec leurs esclaves, des nobles et des plébéiens, des personnages illustres et des citoyens obscurs, detoutesles nations civilisées et barbares. 3°, Le motif de la haine et du martyre. Les persécuteurs ont fait aux chrétiens un crime, celui de ne pas vouloir adorer les dieux et sacrifier aux idoles, d'être opiniâtrement attachés àla nouvelle religion, de ne pas consentira abjurer la foi en Jésus-Christ. iMaximien veut forcer la légion Thébéenne à prendre part au sacrifice solennel qu'il faisait aux dieux avant d'entrer dans les Gaules. Elle refnse 1 II la fait décimer une première, une seconde fois. Elle refuse encore. Maurice répond au nom de ses compagnons d'armes : « Nous confessons un Dieu créateur de toutes choses et Jésus-Christ son Fils. Nous avons des armes, mais nous ne nous en servirons pas. Nous aimons mieux mourir innocents que de vivre coupables. » Ils étaient six mille I Et ils se laissèrent égorger comme des agneaux. 4° La multiplicité et de la cruauté des tourments. Tacite disait déjà qu'on avait inventé contre les chrétiens des tortures très-raffinées, et dont la seule énumération fait frémir. Ils sont étendus sur le chevalet, battus de verges, écorchés vifs, déchirés avec des ongles de fer ou d'airain, consumés par le feu, attachés à la croix; mis en pièces et dévorés par des chiens, des ours, des lions ; couverts de lames rougies au feu ; assis sur des chaises ardentes ; plongés dans l'huile iDOuiilante ; brûlés à petit feu ; broyés sous des meules ; submergés dans les flots ; couchés nus sur des étangs glacés; enterrés vivants; coupés par morceaux»

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empalés, décapités par le glaive ou la hache, etc., etc. Toute pitié est éteinte pour eux jusque dans le cœur des lemmes et des enfants qui se font leurs bourreaux, dans le cœur aussi de la foule que le supplice des plus grands criminels émeut presque toujours, et qui applaudissait aux tourments des chrétiens par des cris d'allégresse. La mort même ne mettait pas les martyrs à l'abri de la rage des persécuteurs; on s'acharnait sur les restes mutilés de leurs corps; ils étaient réduits en cendres qu'on jetait aux vents. 5° La constance des victimes. Ce n'était pas le fanatisme des Indiens qui se précipitent sous les roues du char de leurs dieux, des pèlerins de la Mecque qui se font fouler aux pieds par le cheval blanc du prophète, des femmes indiennes qui se font brûler sur le corps de leurs maris. Les martyrs étaient calmes I Tant qu'on ne leur commandait pas l'apostasie, ils gardaient le silence. Mais, quand on les sommait de renier Jésus-Christ, ils s'avançaient fermes et invincibles. Jésus-Christ leur avait promis une sagesse et une force d'âme à laquelle leurs ennemis ne pourraient pas résister; confiants dans cette promesse et ne comptant point sur eux-mêmes, ils se préparaient au combat par la pénitence, la prière etle jeûne. En fait, cette constance héroïque a été accordée à tous les martyrs, à des vierges délicates et timides, à de tendres enfants qui ont vaincu leurs bourreaux par leur énergie modeste et calme. 6° Les fruits du martyre. Souvent des conversions extraordinaires, des miracles éclatants ont arraché aux plus incrédules l'aveu que l'héroïsme du martyr venait du ciel. Mais le plus grand des prodiges, c'est que le christianisme n'ait pas été noyé dans le sang surabondamment vierge, qu'au contraire la mort, ce principe de desli-uclion, ait multiplié de plus en plus le nombre des chrétiens, à ce point que le sang des martyrs soit devenu la semence de générations nouvelles de disciples de Jésus-Christ, et qu'après trois siècles de massacres affreux, l'univers soit devenu chrétien.

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