‹ Les splendeurs de la foi (volume 3)Chapitre 17 sur 52 · III. Du cœur des empereurs romains, la haine a passé · texte numérisé non relu

III. Du cœur des empereurs romains, la haine a passé

au cœur d'une multitude d'autres persécuteurs païens, hérétiques, schismatiques, etc., etc., les rois de Perse, les rois des Goths et des Visigoths, les souverains de la Chine, du Japon, duTonkin, de Siam, delà Corée, de l'Ethiopie, etc. Les musulmans, les empereurs d'Allemagne, les rois d'Angleterre ont haï à leur tour l'Eglise de Jésus-Christ et fait un très-grand nombre de martyrs. Il n'est pas un siècle, il n'est pas une année qui n'ait vu couler le sang de chrétiens catholiques. Pour eux, la haine et le martyre sont la régie, tandis que pour toutes les autres sectes chrétiennes, elles sont la très-rare exception. Chaque schisme, chaque hérésie amène une explosion nouvelle de haine et de cruauté. Les ariens, les vaudois, les albigeois, les calvinistes, les luthériens, les anglicans ont exercé les plus cruelles violences contre les catholiques. Ils ont brûlé les églises, détruit les monastères, massacré les prêtres et les religieux, etc. Un corsaire calviniste nommé Souris, s'empare du navire qui transporte au Brésil le père Ignace Azevedo avec les vingt-neuf compagnons de son apostolat, et tout aussitôt il les immole aux mânes de Calvin.

IV. Du cœur des coryphées du schisme et de l'hérésie, la haine contre les catholiques passe au cœur des philosophes du xviii" siècle et de Voltaire leur chef. Elle déborde en torrents, non plus de sang, mais en torrents de blasphèmes, de sarcasmes, d'injures, de calomnies odieuses, de mensonges effrontés, etc. Jésus-Christ, la sainte Eglise, les fidèles, c'est 1' « Infâme » qu'il faut détruire à tout prix. L'odieux patriarche de Ferney ira jusqu'à émettre le vœu horrible de voir étrangler le dernier des jésuites avec les boyaux du dernier des rois. « Quel dommage, s'écrie-t-il, que les philosophes ne soient encore ni assez nombreux ni assez zélés pour détruire par le fer et par le feu les ennemis du genre humain et la secte abominable qui a produit tant d'horreurs.» C'est là encore la haine, non pas humaine, mais satanique, qui imprime au front de la religion catholique un caractère éclatant de divinité. Elle est plus significative

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encore cette haine, lorsqu'elle traîne Jeanne d'Arc, la sainte héroïne, dans la fange d'un poëme oîi l'obscénité la plus ordurière le dispute à Timpiété la pins exécrable. Et cette haine, partagée par une légion de coopérateurs, a inondé la capitale et les provinces de mauvais livres, à l'usage de tous les âges, de tous les sexes, de toutes les conditions. Ils ont corrompu profondément l'esprit public; ils ont fait d'une nation noble et généreuse, une société incrédule, immorale, intéressée, altérée de la soif du plaisir et de l'or.

V. Du cœur des philosophes, la haine passe enfin au cœur des révolutionnaires qui décrètent tour à tour la confiscation des biens du clergé, la constitution civile de l'Église de France, la suppression des vœux monastiques, la déportation des prêtres non assermentés, les massacres du % septembre à Paris, à Versailles, à Reims et ailleurs. Ils commandent les fêtes impudiques de la déesse Raison, l'abjuration solennelle de leur sacerdoce par les prêtres assermentés, la réforme du calendrier chrétien, la suppression des fêtes, le travail forcé du dimanche, la fermeture des temples, le renversement des croix, la déportation des prêtres à Cayenne, leur entassement sur les pontons, leur mise à mort, le martyre d'un grand nombre de religieux et de religieuses, etc., etc. C'est la haine à son paroxysme le plus violent, la haine vraiment infernale ! « Vous serez en haine à cause de mon nom.»

Honteuse de ses excès, la haine philosophique et révolutionnaire, a résolu de se cacher pour frapper de nouveaux coups et elle a organisé les sociétés secrètes, au premier rang desquelles est la Franc-Maçonnerie qui, comme un immense réseau, couvre non-seulement l'Europe, mais le monde entier. Le nombre des loges est de plus de cinq mille! Celui des compagnons de huit raillions au moins pour tous les pays, de seize cent mille pour la France seule. De l'aveu de Proudhon, la Franc- Maçonnerie est la négation directe de l'élément surnaturel. Ennemie jurée de Dieu etde lareligion, elle apour but final de les exclure de l'éducation, des mœurs privées et

publiques, de la vie humaine et de la mort. Elle initie à ses secrets jusqu'aux femmes et aux jeunes filles, et ne craint pas de leur dire (juand le moment estvenu : « La première de vos obligations sera d'aigrir le peuple contre les prêtres et contre les rois; travaillez partout dans cette intention sacro-sainte ! » La Franç-Maçonnerie ne rêve pas autre chose que l'anéantissement de toute autorité divine.

La haine 1 Une haine vraiment satanique, je l'ai vue à l'œuvre sous tous les gouvernements qui se sont succédé depuis soixante ans.

Sous la Restauration ; Force de loi donnée à la déclaration du clergé de France en 168^1. —Violente colère suscitée par les lois du sacrilège et du repos du dimanche, — Le déchaînement de la presse libérale. — Ridicule jeté incessamment sur le roi Charles X ; écoutez ces chansons perfides du plus populaire des poètes contemporains :

Aux pieds de prélats cousus d'or

Charles dit son ConfUeor, '

On rhabille, on le baise, on l'huile,

Puis au bruit des hymnes sacrés

Il met la main sur l'Evangile,

Son confesseur lui dit : « Jurez;

Oiseaux, oiseaux votre maître a des maîtres

Gardez bien, gardez bien votre liberté.

Combien d'imperceptibles ê;res!

De petits Jésuites bilieux!

De milliers d'autres petits prê'rcs Qui portent de petits bons dieux!

Béni par eux, tout dégénère, Par eux la plus vieille des cours N'est plus qu'un petit séminaire, Mais les barbons régnent toujours.

Les refrains impies de la rue. — L'effervescence impie de la jeunesse des écoles. — Insultes aux soutanes qui se montraient dans les cours et les salles de la Sorbonne. — Injures grossières prodiguées au clergé; colère furieuse contre la Congrégation,

pieuse association de jeunes gens s'encoiirageant mutuellement au bien. — Décret de fermeture des collèges des Jésuites arraché au Roi très-chrétien, qui expiera sa faiblesse par l'exil et la mort dans l'exil.

Sous la monarchie de Juillet : Le noble et pieux arche- Tèque de Paris, M^"" de Quélen , réduit à fuir et à se cacher pour échapper à la mort. — Le sac odieux et sacrilège de Saint-Germain-l'Àuxerrois. — Le pillage et la destruction de l'Archevêché. — L'église de Sainte-Geneviève enlevée au culte et redevenue le Panthéon des grands ho-nmes de la France. — Projet de suppression des écoles des frères prétendus ignorantins. — Défense de célébrer d'autres fêtes que les fêtes du Concordat. — 31ariages protestants des filles du roi. — Autorisation accordée au Primat des Gaules d'ouvrir son Eglise française. — Immense développement des sociétés secrètes.

Sons le second Empire ; Haine mieux dissimulée maisnonmoins active. — La persécution contre lapresse religieuse. — L'hostilité contre les ordres religieux enseignants. — Les attaques des organes du pouvoir contre le clergé et contre les hommes fidèles avant tout à leur conscience et à l'Eglise. — La dispersion du Conseil supérieur de l'œuvre de Saint-Vincent-de-Paul.

— La violation de l'engagement solennel de faire respecter le pouvoir temporel du Pape. — Les Français enrôlés au service du Pape menacés dans leur nationalité. — Le denier de Saint-Pierre dénoncé comme une œuvre mauvaise. — Les destinées de la papauté traitées entre la France et le Piémont sans le Pape. — La mission de défendre le Chef de l'Eglise confiée à son spoliateur. — La déchéance du pouvoir temporel du Pape réalisée par la fourberie et le mensonge. — Désaveux hypocrites bientôt suivis de la reconnaissance des faits accomplis p^r une politique déloyale et contraire aux intérêts de la France. — Le progrès matériel encouragé sans limites.

— Le luxe atteignant dans toutes les classes de la société de folles proportions. — L'immoralité hautement enseignée dans les théâtres. — Le drame

envenimé de Galilée. — Scandale des fêtes païennes et des bals décolletés du palais des Tuileries.

Sous le gouvernement de la Commune. — Excitée par l'accueil trop empressé que le clergé avait fait à l'Empire et à l'Empereur, la haine reprit son cours, et s'élança d'un seul bond aux excès les plus révoltants. Elle débuta par des professions de foi athées : « Dieu est l'hypothèse, nous lui signifions son congé... La génération nouvelle ne doit connaître ni Dieu, qui est le tyran, ni le prêtre, qui est le bourreau... Je hais Dieu, le misérable Dieu du prêtre, et je voudrais comme les Titans escalader le ciel pour aller le poignarder. » Viennent ensuite les arrêts de proscription et de confiscation. — L'Eglise est séparée de l'Etat. — Le budget du culte est supprimé. — Les biens des congrégations rehgieuses sont déclarés propriétés nationales. — L'arrestation des prêtres est décrétée. — Les églises sont transformées en clubs. Enfin, viennent les exécutions capitales. Les nobles victimes, parmi lesquelles M«' Darboy et l'abbé Deguerry, sont transportées de la prison de Mazas à la prison de la Roquette dans des fourgons de chemin de fer, et sur le parcours on entendait les cris sauvages : A bas les calotins I Coupons-les ici en morceaux! Il y a dix-huit siècles que ces gueux-là nous embêtent! etc., etc. Quarante-sept victimes, dont dix prêtres ou religieux, sont conduits de la Roquette à larue Haxo. A cheval, une vivandière vêtue de rouge, battant le tambour, appuyée d'une fanfare de clairons, déversait l'ivresse du bruit sur ces têtes déjà affolées par l'ivresse de l'alcool et du sang. La foule armée poussait les otages, des femmes leur donnaient, aux prêtres surtout, des coups de poing... On criait : Ici, ici, il faut les tuer ici ! Pas un qui ne voulût les frapper à son tour, japper une injure, lancer sa pierre. On chantait, on dansait, on hurlait... Il n'y avait plus là que des jouets humains que l'on allait torturer et des fous furieux devenus incapables de distinguer le bien du mal. La barrière de la cité de Vincennes, rue Haxo, 85, était

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fermée : on se pousse, on se presse, la barrière tombe; d'un seul mouvement les otages furent entraînés au pied d'un petit mur inachevé. La cantiniére descendue de cheval courut vers eux et porta le premier coup. Ils furent aussitôt assaillis à coups de fusil, de revolver et de sabres. Des fédérés perchés sur une muraille voisine chantaient à tue-tête et faisaient un feu plongeant. Le massacre ne suffisait pas. On força ces malheureux de sauter pardessus le mur. On les tirait au vol. Cela faisait rire. Les prêtres refusèrent de sauter. Un fédéré les saisissait à bras-le-corps et les jetait par-dessus la muraille. Une dernière victime s'était évanouie; on la prit par les jambes et par les bras; on la balança un instant, et elle fut lancée sur les autres malheureux. C'est alors qu'on fît à ces douces victimes du nom de Jésus l'honneur d'une décharge générale. Haine I Haine satanique!

Sous le ciel de plomb de l'heure présente. — La haine promise et prédite est cruellement déchaînée partout. En France, des hommes d'Etat qui se vantent de leur modération ne craignent pas de s'écrier publiquement : « L'ennemi, c'est le cléricalisme, l'ullramontanisme. Le grand vaincu des élections, c'est le cléricalisme! » Or, puisque de l'aveu de nos ennemis eux-mêmes, il n'y a plus en France de gallican, c'est donc le catholicisme, le grand prédestiné à la haine, qui se trouve la cible permanente de leurs attaques. Et cependant le gouvernement est le premier à répéter qu'il ne subit en aucune manière l'influence des cléricaux et des curés ! ! ! En même temps, les sociétés secrètes et leurs organes recommencent leurs cris de mort : « On vous oubliait presque, mais vous nous avez trop prouvé que vous avez la vie dure comme la vipère qui, coupée en morceaux, s'agite encore : on saura bien vous empêcher de siffler et de mordre. Vous avez voulu le combat, eh bien I nous sommes prêts. »

En Italie, le Pape dépouillé de tout ce qu'il possédait, enfermé au Vatican sous la protection d'une loi de garanties, sacrilège et dérisoire, se trouve livré pieds et

poings liés aux insultes et aux menaces des ennemis de l'Eglise. Les églises sont confisquées, les Congrégations religieuses chassées de leurs couvents et dépouillées de leurs biens .. En un mot, partout une persécution non avouée, mais réelle et ardente.

En Allemagne, la haine est plus froide, plus systématique, plus philosophique, si l'on peut s'exprimer ainsi, mais plus profonde et plus envenimée. Elle repose sur les principes de 1789 arrangés de telle façon qu'entre l'Eglise et l'Etat moderne, ce soit un combat à mort. « L'Eglise veut faire de l'Etat son gendarme, l'Etat veut et doit faire de l'Eglise sa pupille. » «Aucun membre de l'Etat ne peut se soustraire à l'obéissance aux lois, en faisant appel aux dogmes et aux constitutions de l'Eglise ou à sa conscience. L'Etat doit donc travailler incessamment à dominer l'autorité de l'Eglise, surtout de l'Eglise catholique, institution éminemment dangereuse ; il doit en outre travailler sans cesse à consolider sa propre puissance. » Tel est le but de la lutte religieuse en Allemagne. Les moyens mis en œuvre pour arriver à cette fin sont d'une violence extrême : séparation de l'Eglise et de l'Etat; mariage civil obligatoire ; registres civils; lois pénales contre l'abus de la chaire ; surveillance de l'éducation du clergé ; haute police de l'Etat sur l'administration des biens ecclésiastiques ; défense de porter des peines ecclésiastiques ayant un effet civil; présentation des ordonnances ecclésiastiques au visa de l'Etat; suppression et expulsion de l'ordre des Jésuites et des autres ordres religieux non autorisés ; appel d'abus contre l'autorité ecclésiastique; émancipation intérieure de l'Eglise; émancipation extérieure des puissances étrangères. C'est au fond imposer l'abjuration du dogme fondamental : « Je crois à l'Eglise catholique. » C'est 3ne profession équivalente d'athéisme ! Aussi la persécution marche-t-elle son train. Exil, emprisonnement, amendes, destitutions, tout 'est mis en œuvre pour réaliser ce plan infernal.

En Russie, la haine s'est manifestée et se manifeste

encore par les mauvais trailemeiils exercés contre les Grecs unis ou Uniates de Pologne. Des populations entières de 10, 20, 40,50 raille âmes sont arrachées à leurs foyers et envoyées sur la terre d'exil, sans ressources, sans abri. Les prêtres orthodoxes sont déportés en Sibérie et condamnés a une misère horrible. Et le souverain qui laisse ainsi torturer des milliers de sujets innocents et fidèles, va, à la tête de ses armées, demander à la Turquie l'émancipation des populations chrétiennes schismatiques! Quel accomplissement éclatant de la prophétie incroyable : Vous serez en haine à cause de mon nom I Haine aux catholiques parce qu'ils sont seuls les disciples avoués de Jésus-Christ!

En Angleterre, c'est la même haine, la même conjuration des hommes d'Etat et des journaux contre l'autorité de l'Eglise catholique et du Saint-Siège, seul obstacle invincible au développement de la Réforme et de la Révolution.

En Suisse, sur la vieille terre de l'honneur et de la liberté, les églises catholiques avec leurs presbytères, les ornements nécessaires au culte, en un un mot avec tout ce qui constituait autrefois la propriété absolue et sacrée de cent mille catholiques du Jura et du canton de Genève, sont donnés a une poignée de sectaires ou plutôt d'intrus sans aucun sentiment religieux. Les curés légitimes sont chassés, exilés, traqués comme des criminels, et remplacés, après des semblants odieux d'élection populaire, par de misérables prêtres apostats italiens, allemands ou français que la vindicte publique poursuit de tous les côtés. Haine, haine satanique ou infernale et en même temps, splendeur, splendeur!

En Belgique, c'est la haine ouverte, bruyante de la Franc-Maçonnerie, delà Presse libérale, des Universités, mais avec un raffinement qui est le chef-d'œuvre de Satan. La Belgique a enfanté le Solidaire, c'est-à-dire l'impie qui rompt ouvertement, publiquement avec rKg'ise de Jésus-Christ, qui s'engage par serment à ne pas faire baptiser ses «nfants, à ne jamais mettre le

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pied dans un temple élevé à Dieu, à se marier civilement, à refuser les derniers sacrements. Le solidarisme n'est autre chose qu'une profession ouverte de matérialisme et d'athéisme grossier, ou d'un déisme désintéressé de toute pratique religieuse. C'est la haine à sa dernière étape. « On ne détruit pas l'Eglise en la persécutant ou en discutant avec elle témoins : Dioclétien et Voltaire. Mais quand personne ou presque personne ne voudra de son ministère, il faudra bien que l'Eglise disparaisse. La religion chrétienne repose sur deux fantômes dont les simples sont effrayés, le Jugement et l'Enfer. Le seul moyen de se débarrasser de cet épouvantait est de repousser le prêtre, son pardon et son goupillon. » Tel est le langage du solidaire. Et qu'on n'essaye pas de le rappeler aux sentiments de la famille et des convenances que la famille impose. Avant d'être père, époux, frère, il est solidaire I II a donné sa foi, son baptême, son âme, la religion de sa mère, le salul éternel de ses enfants ! C'est plus que la haine, c'est la rage du damné. Et en effet, celui qui ne croit plus au Fils de Dieu est déjà jugé! Il ne verra pas la vie, la colère de Dieu repose sur lui!

La haine avait été solennellement prédite sous toutes ses formes et nous l'avons trouvée partout, dans tous les temps, et à l'heure présente plus exaspérée que jamais. La haine dans celui qui la couve et l'exprime, c'est le sceau de la bête; dans l'Eglise catholique et pour ses enfants, c'est le sceau de Dieu. Les fous furieux qui nous haïssent proclament l'origine divine de l'Eglise el la foi non moins divine des haïs. II est cependant une condition indispensable à remplir pour que la haine soit vraiment pour l'Eglise le gage de la victoire, et pour nous le sceau des élus. C'est que nous ne cessions pas d'être des agneaux. « Aussi longtemps que nous serons des agneaux, disait saint Jean Chrysoslome, cette bouche d'or de l'Eglise, nous vaincrons. Alors même que nous aurions autour de nous des milliers et des milliers de loups, nous serons vainqueurs. Mais, si nous venions à

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mordre ceux qui nous mordront, nos ennemis l'emporteraient sur nous, parce qu'alors nous n'aurions plus le secours du berger qui fait paître non les loups, mais les agneaux.

« Vous serez l'objet de la haine. » Et nous avons été l'objet de la haine I « Je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups, » et nous avons été des agneaux au milieu des loups ! Splendeur! Splendeur!

Qu'elles sont belles et consolantes ces paroles du Prince des apôtres, et qu'elles sont surtout applicables aux temps actuels l « Mes bien-aimés, ne soyez pas surpris du feu ardent qui sert à vous éprouver, comme si ce qui vous arrive était quelque chose d'extraordinaire. Rendus participants des souffrances du Christ , réjouissez-vous, afin qu'au jour de la Révélation de sa gloire, vous soyez aussi transportés d'allégresse. Si on vous outrage pour le nom du Christ, soyez bienheureux, parce qu'alors la gloire, la vertu et l'esprit de Dieu reposent sur vous. Si l'on vous faisait souffrir comme voleurs, médisantsou avides dubiend'autrui, vous auriez à rougir. Mais, quand on vous fait souffrir comme chrétien , loin de rougir, bénissez et glorifiez Dieu. » Splendeur !

Chapitre Treizième. — Neuvième splendeur de la rpi. — Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise et les portes de l'enfer ne prévaudront pas contre elle. (Saint Matthieu, xvi, 18.) Jésus vint aux environs de Cèsarée de Philippe, et il interrogeait ses disciples disant : Quel est en vérité celui qu'ils disent être le Fils de l'homme? Ceux-ci répondirent : les uns veulent que ce soit Jean-Baptiste, d'autres Elie, d'autres enfin l'un des prophètes. Et vous, qui dites-vous que je suis? Prenant la parole, Simon-Pierre dit : Vous êtes le Christ, Fils du Dieu tivant ! Et Jésus s'adressant à Pierre, lui dit: « Tu es bienheureux Simon, fils de Jean, car ce n'est ni la chair ni le sang qui t'ont révélé ce mystère, mais mon Père qui est dans les cieux. Aussi moi jeté dis : Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mou

Eglise et les portes de l'enfer ne prévaudront point contre elle. Je te donnerai les clefs du royaume des cieiix ; tout ce que tu lieras sur la terre sera lié aussi dans le ciel; et tout ce que tu délieras sur la terre sera délié aussi dans le ciel. « Une autre fois, sur les bords de la mer de Tibériade, Jésus ressuscité après avoir exigé de Pierre une triple profession non plus de foi mais d'amour, lui dit : Pierre, m'aimes-lu ? Pais mes agneaux I Pais mes brebis I C'est-à-dire qu'il l'élablit chef suprême de son bercail, de son royaume, de son Eglise... Ainsi donc : Jésus-Christ déclare ouvertement qu'il bâtira une église, que le fondement et le chef suprême de cette Eglise, royaume de Dieu, son royaume, son bercail, sera Simon-Pierre ; et que contre cette Église ainsi bâtie, les portes de l'enfer, c'est-à-dire le royaume et le roi de l'enfer, quoique indéfiniment conjurés contre elle, ne prévaudront jamais. Voilàla prophétie I L'oracle! S'estil accompli? Jésus-Christ a-t-il bâti une Eglise dont le chef est Pierre? Incontestablement! L'enfer s'est-il incessamment déchaîné contre celte Eglise de Pierre, catholique, apostolique, romaine, par la synagogue, par les tyrans, par les hérétiques, par l'islamisme, par la renaissance et le relâchement des mœurs, par le schisme, par la réforme, par la philosophie, par la Révolution, etc., etc.? Incontestablement! C'est l'histoire tout entière de l'EgHse. L'enfer a-t-il prévalu? Non, évidemment! L'Eglise est sortie triomphante de toutes les conjurations qui auraient dû l'anéantir si elle n'avait pas été divine, si, en même temps que Jésus disait à ses apôtres : « Allez, enseignez toutes les nations, baptisez-lea au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, apprenezleur à pratiquer tout ce que je vous ai recommandé, » il n'avait pas ajouté : « Voici que je suis avec vous jusqu'à la consommation des siècles.» Je suis avec vous, enseignant, avec vous baptisant, avec vous apprenant à garder les commandemeuts, avec vous exerçant un ministère extérieur visible, avec vous et avec ceux qui vous succéderont; avec la société assemblée sous leur conduite, avec

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mon Eglise jusqu'à ce que le monde Unisse, tous les jours, sans interruption. Voilà donc la prophétie, voici le miracle de son accomplissement.

Première Tempête. — Conjuration de la synagogue et des juifs rebelles. — Cinquante jours s'étaient écoulés depuis que chargé des malédictions de tout un peuple, Jésus avait expiré dans les tourments, que son corps avait été enfermé dans le sépulcre, et la pierre qui le couvrait scellée du sceau de l'autorité publique. Ses timides disciples cachés dans le Cénacle n'osaient se montrer ; son nom n'était plus prononcé ; on n'entendait plus d'autre voix dans Jérusalem que celle de ses ennemis, et il n'y avait de puissance que la leur. Tout à coup un cri de résurrection retentit dans la ville déicide; des langues de feu ont paru ; les apôtres sont sortis de leur retraite comme des hommes possédés d'un esprit divin. Ils parlent toutes les langues à la fois, ils prêchent que le crucifié est vivant, qu'il est le Messie annoncé par les prophètes. Des miracles éclatent, autorisant leurs discours, ils sont crus; les meurtriers du Sauveur se convertissent par milliers; le peuple se précipite en foule sur les pas des nouveaux prédicateurs ; la première église chrétienne s'établit dans Jérusalem, en vue du Calvaire ; il s'en établit d^autres dans toute la Judée; la synagogue frémit en vain; troublée, éperdue, elle se débat quelque temps, et bientôt elle tombe ; la ville et le temple tombent avec elle; le peuple juif est dispersé par toute la terre I Quelle victoire 1 Y en eut-il jamais de plus prompte et de plus merveilleuse?

Deuxième Tempête. — Conspiration des tyrans I Tout le monde romain est conjuré contre douze pêcheurs de Génésareth qui ont osé entreprendre de soumettre l'univers à la loi de leur divin Maîlre. Toute la puissance des Césars; toute l'autorité du sénat, des pontifes et des magistrats; tous les prestiges des faux dieux; tout l'art des écrivains et des sophistes, la force des armées, la haine aveugle des peuples, la cruauté des bourreaux, l'horreur des supplices et des tortures, tout est employé.

tout est épuisé, pendant plus de trois cents ans, pour étouffer la religion naissante et assurer le triomphe de l'idolâtrie. Enfin, après de si longs et de si cruels efforts, une dernière persécution plus furieuse que toutes les autres, semble avoir accompli le vœu des persécuteurs ; on se flatte d'avoir éteint le christianisme dans les flots de sang qu'on a versés, et l'on proclame solennellement que ce culte abhorré a disparu de la terre! Voyez les fastueux monuments qu'on s'empresse d'ériger pour éterniser le souvenir d'un si mémorable événement. Usez ces inscriptions orgueilleuses : « A Dioclétien, le nouveau Jupiter, et à Maximin le nouvel Hercule I pour avoir enfin aboli le nom chrétien, et détruit dans le monde entier la superstition du Christ : Nomine chruiianoTum dcleto. . ., superstitione Chrisliubique deleia. A peine ces monuments sont-ils achevés que le jeune Constantin, encore païen lui-même, averti par un ange mystérieux et par un signe céleste, déploie l'étendard de la croix, entre vainqueur dans Rome et y arbore le signe du salut! L'univers étonné est malgré lui chrétien ! Là péritle paganisme et son empire que l'impie Julien s'efforcera de relever. Rome païenne, la merveille des nations et le centre de l'idolâtrie, périra elle-même un siècle plus tard, et fera place à Rome chrétienne qui sera jusqu'à la fin des temps le siège de la vraie religion et la capitale du monde catholique.

Troisième Tempête. — Conspiration des hérésies et des schismes. — A quelle extrémité l'Eglise ne fut-elle pas réduite, lorsque, sous les empereurs chrétiens, divisées entre elles mais unies et animées d'une même haine contre elle, les hérésies vinrent déchirer son sein et lui arracher ses entrailles! Nestoriens, donatistes, pélagiens, manichéens, iconoclastes, etc., etc. ! Quelle effroyable tempête ils déchaînèrent! Quel trouble et quel bouleversement dans le royaume de Jésus-Christ ! Partout autel contre autel, chaire contre chaire, pasteur contre pasteur, troupeau contre troupeau ; l'erreur soutenue par la puissance publique parlant plus haut que la vérité;

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des conciles orthodoxes et des conciliabules ennemis de la vraie foi; l'Orient et l'Occident divisés; le peuple fidèle marchant incertain dans celle lumière mêlée de tant de ténèbres. Le monde exposé à se coucher chrétien et à se réveiller arien. Qui rendra à la vérité son éclat obscurci? Qui fera sortir encore une fois du sein des eaux la terre presque submergée et engloutie? Dieu qui a promis à son Église que les portes de l'enfer ne prévaudraient point contre elle! En effet, àlavoixde Dieu, les ombres épaisses du mensonge se dissipent ; les schismes et les hérésies passent, s'écoulent comme des torrents, disparaissent 1 L'Eglise, toujours inébranlable sur le roc où elle a été fondée, domine, du haut de la montagne sainte, l'océan des passions et des erreurs humaines, et voit perpétuellement venir se brisera ses pieds, les flots qui mugissent vainement contre elle.

Quatrième Tempête. — Conspiration du Mahométisme. — Mahomet reprend l'œuvre d'Arius. Lui aussi s'attaque à la divinité de Jésus-Christ, en lui refusant d'autre titre à la vénération des peuples que celui de Grand Prophète. Il se donne comme l'envoyé de Dieu, et jure de convertir l'univers à sa doctrine, mélange de fanatisme austère et de mysticisme voluptueux, dont l'attrait est impuissant à réaliser le rêve ambitieux de ce fils ombrageux d'Ismaël. Il aura donc recours à la force brutale. L'Islamisme attaque de tous côtés à la fois la chrétienté surprise de tant d'audace, mais nullement inquiète du résultat final. Les Mahométans infectèrent la Méditerranée par des flottes de corsaires; ils envahirent successivement la Sardaigne, la Corse, la Sicile, la Calabre, l'Espagne, la France méridionale, la Hongrie, la Bohême, l'Autriche. Mais, quand le péril devenait extrême, le successeur de Pierre faisait appel aux généreux sentiments de l'Europe catholique et des héros chrétiens. Charles Martel, don Juan d'Autriche, Sobieski, vainqueurs des célèbres batailles de Tolède, de Tours, de Lépante, de Vienne, arrêtaient ces furieux ennemis au moment où ils semblaient le plus près de

subjuguer l'Europe pour la replonger dans la Barbarie. Les croisades d'une part, de l'autre les conquêtes des Portugais, qui ont ôté à cette puissance formidable les ressources du commerce et de la richesse de l'Orient, l'ont enfin réduite au degré de faiblesse où nous la voyons aujourd'hui, jusqu'à ce qu'elle soit enfin rejetée au-delà des Balkans ou qu'elle s'écroule sur elle-même.

Cinquième Tempête. — Conspiration et invasion des Barbares. — Dans le x^ siècle, l'Eglise eut beaucoup à souffrir de la férocité des peuples du Nord qui occupèrent successivement toutes les provinces de l'Europe d'Occident. Les Normands, les Hongrois et d'autres peuples sauvages parcoururent !e fer à la main l'Allemagne, l'Angleterre, la France, l'Italie et l'Espagne, et causèrent partout des maux infinis. Les villes furent réduites en cendres, les monastères furent pillés et renversés, les études et les arts presque oubliés. L'Eglise a eu assez de force non-seulement pour guérir les plaies qu'elle avait reçues de la main des Barbares, mais pour convertir et s'assimiler ses nouveaux persécuteurs. Il a fallu du temps pour dompter les excès de leur sauvagerie originaire , et pour dissiper l'ignorance qu'ils avaient traînée à leur suite; mais enfin Dieu a fait triompher l'Eglise de la barbarie et de l'ignorance, comme elle avait triomphé des persécutions et des hérésies.

Sixième Tempête. — Les scandales de l'âge de fer. — Les troubles et l'ignorance amenés par l'invasion des Barbares, produisirent l'affaiblissement de la discipline et la corruption des mœurs; les scandales se multil>liaient, les plus saintes lois étaient publiquement violées ; le concubinage et la simonie étaient à l'ordre du jour; le mal avait gagné jusqu'aux premiers pasteurs, et Rome même n'en était pas exempte. L'Eglise gémissait de ces désordres, et celte épreuve était mille fois plus douloureuse pour elle que les persécutions. Ces scandales, au lieu d'ébranler notre foi, doivent au contraire l'affermir; car jamais il ne parut plus sensible que c'est la main de Dieu qui soutient l'Eglise et non celle des

hommes. Au milieu de tant de désordres, la foi se maintint toujours pure ; Dieu ne permit pas que l'on donnât dans l'enseignement la moindre atteinte aux dogmes chrétiens, ni à la croyance catholique. L'Église n'a jamais cessé de réclamer contre les excès et les abus ; elle renouvelait dans tous les Conciles les lois de la discipline et s'efforçait d'en rétablir l'observation. La divine Providence a suscité des saints illustres qui se sont opposés avec un zèle indomptable au torrent des iniquités. Les sciences et les arts trouvèrent un asile dans le clergé et les monastères : les maisons épiscopales et religieuses redevinrent des écoles publiques. Les clercs et les moines s'occupèrent à transcrire les ouvrages anciens qu'ils avaient arrachés des mains des Barbares. IXon-seulement la tradition constante et suivie des vérités qui règlent notre foi et nos mœurs, mais encore la renaissance des lettres, des sciences et des beaux-arts dans l'Europe sont l'œuvre propre de l'Kglise catholique.

Septième tempête. — Le grand schisme d'Occident. — Au XIV® siècle, découragés par les guerres intestines qui désolaient l'Italie, les souverains Pontifes avaient cru devoir s'éloigner de Rome, et venir se fixer à Avignon. On ne doutait pas que ce déplacement ne fût trèsfatal à l'Eglise; cependant elle restait apostolique, une, visible, catholique... Mais à la mort du pape Grégoire XI, les cardinaux résidant à Rome, au nombre de seize, se crurent en droit de se réunir en conclave et élurent pape Urbain VI, Italien de naissance, pr^at aussi dis.tingué par ses vertus que par sa science. En même temps, les cardinaux d'Avignon choisissaient pour pape

un Français, Clément Yll, qui fixa son siège à Avignon. Quel était le chef légitime de l'Eglise de Dieu? Nul ne le savait d'une manière certaine; le doute, au contraire, était devenu si grand, que l'on vit de saints et savants personnages-se ranger les uns sous l'obédience d'Urbain, les autres sous l'obédience de Clément. Ce fut pour la barque de -Pierre une cruelle temp'ête, et le Seigneur semblait eocore dormir. Urbain et Clément eurent pla-

sieurs successeurs, tous convaincus de la légitimité de leur élection, et voyant dans leur rival un antipape. Ce déchirement cruel dura trente ans. En vain le concile de Pise avait-il déposé les deux concurrents de Rome et d'Avignon; en vain procéda-t-il à l'élection d'Alexandre V; le schisme continua. L'obstination des élus, la jalousie des cardinaux des deux obédiences, les intérêts contraires des couronnes , étaient des obstacles invincibles au retour à l'unité! Mais l'Eglise a des promesses, et Dieu ne l'abandonna pas dans ce péril extrême. En dépit de toutes les passions humaines, l'union se fit dans le Concile général de Constance; les prétendants à la papauté abdiquèrent ou furent déposés, et Martin V, le nouvel élu, fut universellement reconnu pour unique et légitime successeur de saint Pierre.

Huitième Tempête. — Les violences de la Réforme 'protestante. — Malgré tant de défaites déjà, l'esprilde ténèbres ne se tint pas pour battu. II jeta dans Tâme d'un moine orgueilleux et libertin le souffle de la révolte. Luther brûla les bulles du Pape sur la place publique, en protestant violemment contre l'autorité du souverain Pontife, et proclama la doctrine du libre examen. C'était plus que la négation de tel ou tel dogme; c'était la négalion du principe même de l'autorité, base de tous les dogmes. Cette émancipation de la raison trouva de l'écho dans une multitude d'âmes depuis longtemps impatientes du joug, et la nouvelle religion, plus ou moins profondément modifiée, fit des progrès si rapides, qu'en peu d'années elle envahit une grande partie de TEurope. L'Angleterre, le Danemark, la Suède, presque toute l'Allemagne et la Suisse brisèrent les liens qui les rattachaient à Rome. Les nouvelles sectes ne respectaient pas plus les lois humaines que les lois divines. Luther avait osé dire à son propre souverain : « S'il m'est permis par amour pour la liberté chrétienne de fouler aux pieds les décrets du Pape et les canons des Conciles, pensez-vous que je respecte assez vos ordres pour les considérer comme des lois? » Voilà comment la réforme

s'est montrée partout yiolenle et sanguinaire. En Allemagne, les lulliériens s'attroupèrent, levèrent des armées, perlèrent le ravage dans les provinces, brûlèrent les églises, détruisirent les châteaux et les monastères, massacrèrent les prêtres et les religieuses. En Angleterre, que de spoliations et de massacres I Que de sang répandu aussi dans notre pauvre France déchirée pendant trois longs règnes par des factions insurgées, par des guerres civiles, par de nombreuses batailles! Un disciple de Luther, Œcolampade, disait quelques années seulement après que son maître .eut commencé à prêcher : « L'Elbe, avec tous ses flots, ne saurait fournir assez de larmes pour pleurer les maux que la réforme a faits. » Ces maux énormes, ils ont surtout atteint la sainte Eglise contre laqu3lie toutes ces sectes, unies ou divisées, amies ou ennemies, se sont conjurées; et cependant elle est restée debout. Elle a gardé six grands royaumes, la France, ^Italie, l'Espagne, le Portugal, l'Autriche, la Pologne; elle compte un grand nombre d'enfants fidèles, jusque dans les royaumes les plus infectés par l'hérésie ; elle reprend chaque jour, par des conversions nombreuses, en Angleterre surtout, beaucoup du terrain qu'elle a perdu. Les conquêtes de ses nouveaux apôtres lui donnent en Chine, au Japon, dans les Indes, presque autant d'âmes que la réforme lui en avait fait perdre. Deux grands événements, entin, l'heureuse terminaison du Concile de Trente, malgré tous les obstacles suscités par l'esprit d'erreur et de révolte ; et l'élan vraiment merveilleux du nouvel ordre religieux, la Compagnie de Jésus, fondé par saint Ignace dans le but particulier de relever Tautorité du souverain Pontife romain, achevèrent d'apaiser les flots.

Neuvième Tempête. — Le déchaînement de la Phîlosophie duwiïi'' siècle. — L'incrédulité du xyiii* siècle, si fière de ses lumières et de ses forces ameutées contre l'Église de Jésus-Christ, déploya toutes ses phalanges, déistes, athées, sceptiques, matérialistes, impies de tous les systèmes, de tous les pays, de toutes les sectes; elle

les rangea sons un même drapeau, le drapeau de la haine implacable contre le nom catholique. Elle en forma une armée innombrable avec ce seul cri de guerre : Ecrasez l'infâme I Rien ne l'arrêta ; tout moyen lui sembla légitime pour détruire une religion qui ose se dire seule vraie et seule divine : la vérité et le mensonse, la violence et la perfidie , les respects hypocrites et les mépris insultants, les maximes de la tolérance et les fureurs de la persécution. Elle prophétisa bien haut que la dernière heure du catholicisme était venue ; que l'impérissable Eglise allait tomber inévitablement sous ses coups. Elle entraîna la foule, non en persuadant les esprits, mais en corrompant les cœurs, en flattant toutes les passions, en favorisant tous les vices. Elle désola l'Eglise par de nombreuses défections; mais sa fécondité lui donnera de nouveaux enfants qui essuieront ses larmes. Les complots et les excès de la philosophie ont laissé debout l'Eglise catholique qu'elle prétendait anéantir, mais ils ont miné la société civile dont elle affectait de défendre les intérêts. Elle a amené la Révolution française, elle a fait verser des flots de sang, et elle s'y est noyée elle-même, tandis que l'Eglise catholique est sortie de sa double lutte contre l'incrédulité et la Révolution plus triomphante que jamais.

Dixième Tempête. — Les excès de la Révolution française. — Une génération corrompue par la philosophie crut que, une fois le joug de la Religion chrétienne et catholique brisé, et la raison de l'homme une fois reconnue pour la seule divinité de la terre, on verrait renaître l'âge d'or des nations éclairées et affranchies. La religion fut proscrite, son culte et ses lois abolis, ses ministres poursuivis et exterminés comme des ennemis publics; Dieu n'eut plus d'autels, et la raison en délire eut ses temples. Aussitôt le divorce prononcé entre le ciel et la terre, on vit arriver dans l'ordre moral quelque chose de semblable à ce qui arriverait dans l'ordre de la nature, si le flambeau du jour venait à s'éteindre , et les déments à se confondre. La Erance, parvenue après

quinze siècles de christianisme, au faîle de la civilisation, tomba tout à coup au fond du gouffre de la barbarie; il n'y eut pins ni décence, ni règles, ni humanité, ni forme de société quelconque. Elle n'offrait plus que l'image du chaos et de l'enfer, lorsque les impies, épouvantés de leur propre ouvrage, voyant que l'abime creusé allait les dévorer eux-mêmes, désespérant d'arrêter les ravages du torrent dont ils avaient rompu les digues, appelèrent à leur secours cette même religion catholique qu'ils s'étaient efforcés d'anéantir, rouvrirent de leurs mains les temples de leur Dieu, et rendirent quelque liberté à son culte. Dès lors les maux diminuèrent, et les plus incrédules sentirent bien que l'unique moyen de salut était dans la réconciliation de la France avec l'Eglise. Aussi, lorsqu'un homme sorti de leurs rangs, et depuis devenu si fameux, fat monté au souverain pouvoir, il jugea impossible de donner aux lois et à l'autorité un solide fondement sans recourir au Saint-Siège apostolique, pour relever les chaires légitimes des Evoques, rendre des pasteurs catholiques aux peuples, et appuyer l'ordre public sur la morale de l'Evangile. Quel hommage rendu à cette Eglise opprimée ! Quelle rétractation solennelle de tant de calomnies !' Quel aveu de l'impuissance absolue de conserver sans elle les mœurs, les vertus sociales et la vie même du corps politique I Et, ce que l'on ne saurait encore nier, c'est que le retour à la religion de nos pères a été l'époque précise de la résurrection des sciences, des lettres, du commerce, de l'industrie, des arts, pour lesquels on témoigne aujourd'hui tant de zèle, et qui avaient péri avec tout le reste sous la domination de l'athéisme 1

A un autre point de vue encore, la Révolution française fut pour la sainte Eglise de Jésus-Christ l'occasion d'un triomphe éclatant. Ce que l'histoire racontait des cruelles persécutions d'autrefois et de l'héroïsme des premiers fidèles, était relégué par un monde incrédule parmi les exagérations et les fables. Et voici que, lorsque l'Eglise, dans sa prétendue vieillesse, fut appelée à sou-

3o8 LES SPLENDEURS DE LA FOI.

tenir le plus violent des assauts, on put constater avec éclat que le feu sacré qui enflammait les martyrs n'était nullement éteint. On voulut imposer au clergé français des lois qui altéraient sa constitution divine et contredisaient sa foi. Il fallait prêter serment ou s'exposer à tous les effets de la plus implacable vengeance. Délibère-t-il un instant? Trente évêques et quarante mille prêtres, par le refus unanime du parjure, se dévouent sans hésiter à tous les sacrifices, à tous les périls et aux massacres. Dans les prisons, sur les pontons, ces tombeaux flottants, où ils souffrent des supplices, presque pires que la mort, dans les bagnes de Cayenne, sur les échafauds, etc., pas un ne laisse échapper un murmure ou une plainte. Il n'y en eut pas un seul à qui la vue de la mort ait arraché un signe de faiblesse, qui, en expirant, n'ait pas renouvelé ses serments de fidélité à son Dieu et à la sainte Eglise de Jésus-Christ. Triomphe et splendeur 1

Onzième Tempête. — Les attentats du Directoire et de l'empereur ISapoléon contre le Saint-Siège. — Deux fois, au commencement de ce siècle, l'enfer dirigea tous ses efforts contre le siège impérissable de Pierre, se flatta de l'avoir abattu, et osa chanter sa victoire contre le Christ. Mais que sa joie fut courte, et par quels miracles de sa droite, Dieu releva ce trône apostolique qu'on croyait brisé et réduit en poussière I Ce fut Dieu évidemment qui renversa en un moment le colosse de puissance qui pesait sur le monde entier, s'affermissant de plus en plus tous les jours, et devant lequel s'étaient abaissés les sceptres et les couronnes. Ce fut Dieu qui frappa tout d'un coup le capitaine fameux dont les entreprises, jusqu'alors habilement concertées, avaient toujours été couronnées de succès. Quel autre que Dieu vainquit par les seuls éléments naturels des armées jugées invincibles, et dispersa par le souffle de l'aquilon, comme des feuilles légères, ces innombrables légions qui semblaient appelées à la conquête de l'univers?' Quel autre que Dieu reunissant, dans un même but et dans un sentiment commun de conservation, les sou-

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venins d'Elats si séparés de vues, d'intérêts, de politique, de religion, des rois, des princes, venus de tous les points de la terre, même schismatiques et hérétiques, au secours du chef de l'Eglise, brisa par leurs mains ses fers, et le reporta pour ainsi dire sur leurs bras, dans cette Ro:ne dont ils combattaient l'autorité et les droits?

Douzième Tempête. — Les prétentions et les audaces de la fausse science et de la demi-science.. — Au XVIII® siècle et dans les premières années du xix^ siècle, on vit se former une vaste coalition de savants dans le but de convaincre les écrivains inspirés d'ignorance ou d'imposture. Des hommes présomptueux se partagèrent le domaine entier des sciences, et se livrèrent à des travaux gigantesques. Ils interrogèrent à la fois les annales des nations, les lois de la nature, le cours des astres du firmament, les révolutions du globe, sa surface et ses entrailles, les mouvements des mers et des fleuves ; ils firent appel à tous les êtres animés ou inanimés, au ciel, à la terre, à lOcéan, à l'homme avec sa raison et ses sens, à la philosophie avec ses subtilités et ses abstractions, à l'histoire avec ses faits, ses dates et ses monuments, etc., contrela vérité de nos livres saints; annonçant, chaque jour, des découvertes nouvelles, des litres nouveaux de conviction contre la révélation divine,des démonstrations toujours plus évidentes de son incompatibilité avec les faits de l'histoire les plus incontestables. L'Egvple nous apportait ses constellations gravées sur la pierre; Flnde, ses tables chronologiques et astronomiques, pour donner des démentis authentiques à l'histoire sacrée. L'édifice de la foi semblait tomber pièce à pièce et s'écrouler sur ses fondements. On s'étonna que le monde eût pu prendre si longtemps pour des vérités révélées de si palpables erreurs ; on ne tarissait pas sur le mérite des hommes extraordinaires dont le g'^nie et le savoir allaient enfin désabuser le genre humain et tirer la raison de sa longue enfance. Mais qu'estil arrivé ? Les mêmes recherches continuées, les mêmes éludes plus approfondies, ont fait reconnaître que les

grands hommes eux-mêmes avaient été dupes des plus grossières illusions; leurs inventions et leurs systèmes se sont évanouis comme des rêves et des fantômes; leurs difficultés mieux examinées se sont tournées en preuves de la religion qu'ils prétendaient détruire. Les m,onuments transportés de si loin et à si grands frais pour rendre témoignage contre elle, ont déposé en sa faveur; enfin des calculs plus justes et des observations plus exactes ont ramené forcément à l'Ecriture sainte, à ses origines, à ses dates, à son irréfragable autorité qu'on se flattait d'avoir livrée à la dérision pour toujours. Quelle confusion pour la fausse science I quel triomphe pour l'Eglise I Elle est bien en droit après cela de s'écrier avec le grand apôtre : 0 savants, ô littérateurs, ô chercheurs du siècle, qu'êtes-vous devenus? Sapiens, ubi, scriba, ubi, conquisitor hiiJKs sœculi I Dieu a perdu la sagesse des sages; il a réprouvé la science des plus savants !

Cet oracle si clair : Les portes de l'enfer ne prévaudront pas contre elle, s'est donc accompli de la manière la plus éclatante. Il est à lui seul toute l'histoire, et il est devenu un nouveau fait immense qui remplit le monde. Donc l'Eglise de .Tésus-Chrisl est divine! Etpuisqu'elle est divine, puisqu'elle a été jusqu'ici de triomphe en triomphe, elle triomphera jusqu'à la fin. L'oracle qui s'est accompli d'une manière si frappante dans le passé, s^accomplira d'une manière plus frappante encore dans l'avenir. Au moment présent, les puissances de l'enfer sont plus déchaînées que jamais contre l'Eglise de Pierre. L'Italie a exécuté leurs volontés, elle tient le Souverain Pontife captif dans le palais du Vatican, après l'avoir dépouillé de toutes ses ressources matérielles, morales et spirituelles ! En Angleterre on l'a dénoncé comme l'ennemie implacable des souverainetés temporelles ! La France, ou du moins la majorité législative delà France crie au cléricalisme, à l'ullramontanisme, comme à l'adversaire mortel de la Pairie ! L'Autriche montre au grand jour ses défiances, plus perfides peut-être qu'une hostilité

LA FOI ET LA RAISON. 3Gi

ouverte ! La Prusse exhale sa haine par toutes ses voix ! Son mauvais Génie, plus fort et non moins rusé que Julien l'Apostat, qui a déjà vaincu le Danemark, l'Aulriche et la France, se déclare sûr de vaincre Rome à son tour ! Il compte les heures de la papauté ! Il n'attend plus pour la rayer de l'histoire que la mort de Pie IX, succombant sous le poids des années ! Prusse et Italie, i resserrez les traités qui vous unissent, concertez habilement vos desseins, ourdissez des trames profondes, prenez d'infaillibles mesures, prophétisez bien haut que l'Eglise impérissable de Pierre va tomber inévitablement sous vos coups! Vous serez vaincues! Les portes de l'Enfer ne prévaudront pas contre elle. Jésus- Christ, l'agneau-lion, sera avec elle jusqu'à la consommation des siècles ! Et, à la consommation des siècles, l'éternelle séparation des élus et des réprouvés, le bonheur éternel des bons, le malheur éternel des méchants, seront pour elle le triomphe des triomphes, car tous les élus seront ses enfants, tous les réprouvés furent ses ennemis, et elle sera la Jérusalem céleste, la vision béatifique de la paix. Pie IX est mort et Léon XIII règne I

Chapitre quatorzième. — Dixième splendeur de la Foi, — Et moi, quand j'aurai été exalté de terre,]' attirerai tout à moi. (Saint Jean, xii, 3^.) Presque au début de sa vie publique, dans l'entretien mystérieux qu'il eut avec Nicodème, prince des juifs, Jésus-Christ lui fit cette révélation extraordinaire : « De même que Moïse a élevé le serpent d'airain dans le désert, de même il faut que le fils de l'homme soit élevé et offert à tous les regards, afin que tout homme qui croira en lui ne périsse pas, mais possède la vie éternelle. Car Dieu a tant aimé le monde qu'il lui a donné son fils unique, afin qu^aucun de ceux qui croient en lui ne périsse, mais qu'il ait la vie éternelle... Celui qui croit en lui ne sera pas jugé !... Celui au contraire qui ne croit pas en lui est déjà jugé, il ne verra pas la vie, la colère de Dieu repose sur iui I ! 1 »

Dans une circonstance solennelle, au jour de son entrée triomphante à Jérusalem, en présence de la foule, Jésus faisait à son Père cette prière : « Mon Père, glorifiez VOTRE FILS ! » Une voix descendant du ciel, et que la mulliludc prit pour un coup de tonnerre, fit entendra ces mots : « Je l'ai glorifié, et je le glorifierai ENCORE I » Alors, Jésus-Christ s'écria : « Et moi-,

/ QUAND JE SERAI EXALTÉ DE TERRE, j' ATTIRERAI TOUT A

MOI. » Jean l'Evangélisle ajoute : «Il disait cela, faisant allusion au genre de sa mort 1 » Ee divin Sauveur affirme très-clairement que, comme le serpent d'airain, il devait, pour le salut du peuple, ôlre attaché à la croix, suspendu entre le ciel et la terre, et qu'ainsi il attirerait tout à lui I Il disait équivalemment : « Moi, homme mortel et mort, moi, le divin pendu, j'attirerai tout à moi! Tandis que la puissance des empereurs les plus illustres, des conquérants les plus intrépides s'éteint dans le tombeau ! » C'est lorsqu'il aura subi sur la croix le supplice des esclaves, que Jésus-Christ prétend exercer une attraction universelle et irrésistible. Voilà la prophétie I Voici le miracle. Un regard, une parole de Jésus, c'était assez pour toucher profondément, pour subjuguer, pour enchaîner ses premiers disciples et ses apôtres. Il a attiré à lui Zachée, Madeleine, tant d'autres ! Sur lacroix il attira le bon larron, qui fut avec lui ce jour-là dans le paradis. Il ctail si bien l'àme de la nature entière, que lorsqu'il rendit le dernier soupir, le soleil perdit sa clarté, la terre tremblai, les rochers se fendirent, des morts sortirent du tombeau, le voile du temple se déchira, les sépulcres s'ouvrirent, et beaucoup de saints qui s'étaient endormis se levèrent» Le centurion et ceux qui étaient avec lui disaient: Celuilà était vraiment le fils de Dieu ; Jésus-Christ les avait attirés à lui 1 Encore dans le tombeau, il descendit aux Limbes, et il en sortit entraînant après lui les âmes des patriarches et des justes, qu'il fit entrer au ciel. Ressuscité, Jésus-Christ a attiré à lui le genre humain tout entier, les nations, les peuples-, leS' royaumes , les empires de tout l'univers. Il a balayé d'un souflle les idoles,

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épuré la religion publique des erreurs et des infamies qui la déshonoraient; et après avoir chassé les peuples des temples qu'il renversait, il les a amenés dans des temples nouveaux, au pied de ses autels, et il s'est emparé des adorations de l'humanité. Du temple il a pénétré dans la société, il en a renouvelé les institutions ou plutôt il en a reconstitué les éléments, il a pénétré tout le corps social de sa propre vie, et fait entrer dans ses entrailles les principes, avant lui ignorés, du droit, de la justice et de la liberté. Il a appelé d'abord les petits ; et les peuples sont venus se consoler en priant et en espérant à ses pieds. Il a appelé ensuite les savants ; et le génie, désertant les écoles des sophistes et des rhéteurs, est venu penser, écrire, prêcher pour sa cause. Il a appelé enfin les Césars ; et les empereurs lui cédant !e trône, se sont écriés à la face de l'univers : « Il n'y a qu'un Seigi-eu et qu'un Maître, c'est Jésus-Christ. CItristus régit, régnât, imperatl » L'univers était devenu et est encore chrétien, mais forcément partagé ea deux camps, le camp des amis de Jésus-Christ et le camp de ses ennemis. Restauration des uns et ruine des autres, il s'est imposé à tous. Oui, c'est uniquement grâce à l'attraction exercée par Jésus-Christ que le monde a été sauvé, éclairé, civilisé, rendu à la liberté, vivifié par la charité. Oui, cette attraction est tellement la vie des sociétés modernes^ que si elles pouvaient s'en isoler brusquement, elles deviendraient des astres errants, bientôt éteints par le vide et le froid des espaces célestes, ce seraient des terres sans soleil! Elles perdraient rapidement toute civilisation, toute liberté, toute charité; témoin les saturnales de la Révolution française en 1793, et de la Commune de Paris en 1871.

Jésus-Christ a attiré àlui l'iiomme individuel, la personnalité humaine! Il a fait sienne son intelligence et sa volonté; il a fait sien son cœur et jusqu'à son corps, tout son être en un mot.

Son intelligence. En effet, par la foi en Jésus-Christ, l'homme abdique sa raison propre et la. fond dans la:

raison supérieure du Verbe divin. Il brise le moule personnel plus ou moins faux et étroit, pour entrer dans le moule large et profond d'où est sorti TEvangile. Nul autre sur la terre ne l'a obtenue cette suprême dictature de l'intelligence humaine. Les tyrans ont opprimé la pensée en l'empêchant de se manifester, en punissant sa manifestation, mais ils ne l'ont pas gouvernée, conquise, attirée à eux.

Sa volonté. Depuis dix-huit cents ans, des millions d'hommes ne veulent que ce que veut Jésus-Christ. Ils ont pour unique volonté, la volonté propre de Jésus- Christ, et pour loi unique de leur vie sa loi sainte et les divins enseignements de son exemple. Ils se font avec lui doux et humbles de cœur; ils prennent volontairement son joug, en proclamantdevant l'univers entier qu'il est bon et léger. Et pour être entièrement à lui, |ils quittent leurs maisons, leur père, leur mère, leurs frères, leurs sœurs, leurs femmes, leurs enfants, leur patrie, etc. Ils font abnégation entière d'eux-mêmes; ils crucifient leur chair avec ses vices et ses convoitises, ils châtient leur corps et le réduisent en servitude. Afin d'assurer leur union éternelle avec Jésus-Christ, et en même temps procurer le salut de leurs frères, ils accomplissent dans leur chair ce qui manque à la passion du Sauveur. Ils sont en un mot tellement attirés par Jésus-Christ, qu'ils n'hésitent pas à dire avec saint Paul : « Je suis cloué à la croix avec Jésus-Christ; je vis, mais ce n'est plus moi qui vis, Jésus vit en moi. » Celte fusion en Jésus-Christ de l'être entier de l'homme se consomme ici-bas dans le sacrement de l'Eucharistie, où Jésus se fait notre aliment et notre breuvage, alors que sa chair est confondue avec notre chair, que son sang est mêlé à notre sang, que son cœur bat contre notre cœur, que notre âme est animée par son âme. Que celte fusion avec Jésus-Christ, que ce revêtement entier dé Jésus-Christ, auquel le grand apôtre conviait les premiers fidèles : Induimini Dominum Jesum CItristîiml est admirablement formulé dans ces deux belles prières inspirées à saint Ignace dans la

grotte de Manrèse : « 1 " Recevez, Seigneur, ma liberté tout entière; recevez ma mémoire, mon intelligence et ma volonté ; c'est vous qui m'avez donné tout ce que j'ai et tout ce que je possède ; je vous le rends sans retour, et j'en laisse l'entière disposition à votre volonté. Donnez-moi seulement votre amour avec votre grâce, je serai riche assez, et je ne vous demande rien davantage, î^" Ame de Jésus-Christ, sanctifiez-moi; corps de Jésus- Christ, sauvez-moi ; sang de Jésus-Christ, enivrez-moi : passion de Jésus-Christ, fortifiez-moi; ô bon Jésus, exaucez-moi; cachez-moi dans vos plaies; ne permettez pas que je sois séparé de vous; défendez-moi des méchants; à l'heure de ma mort appelez-moi, commandezmoi de venir à vous, afin que je sois heureux aVec vous dans les siècles des siècles. »

Son cœur. Jésus-Christ a attiré le cœur de l'homme. 11 a conquis son affection et son amour... L'amour a gardé sa tombe. Son sépulcre n'est pas seulement glorieux, il est aimé. Chaque jour, il renaît dans la pensée d'une multitude innombrable de ses disciples. Il est visité dans son berceau par les bergers et par les rois qui lui apportent à l'envi, l'or, la myrrhe et l'encens comme à leur roi, comme à leur Rédempteur, comme à leur Dieu. Une portion considérable de l'humanité reprend sa route et suit ses pas dans tous les lieux de son antique pèlerinage, sur les genoux de sa mère, au bord des lacs, au sommet des montagnes, dans les sentiers de la vallée, sous l'ombre des oliviers, sur le Thabor, etc. On épie son sommeil et son réveil ; on est suspendu à ses lèvres ; chaque mot qu'il a dit vibre encore et produit plus que. de l'amour, des vertus fructifiant dans l'amour. Des millions d'adorateurs se détachent chaque jour en esprit de la croix, trône de son supplice et de son triomphe, se mettent à genoux devant lui, se prosternent le plus bas qu'ils peuvent sans en rougir, et là, baisent avec une indicible ferveur ses pieds sanglants. Une passion inénarrable le ressuscite de la mort et de l'infamie pour le placer dans la aloire d'un amour ,qui ne défaille jamais, qui trouve

en lui la paix, la joie et jusqu'à l'extase. Il demande a chaque génération qui se lève des apôtres et des martyrs, et chaque génération répond à son appel. Et cet amour, obtenu après sa mort de millions d'hommes qui ne l'ont jamais vu, est vieux de dix-neuf cents ans; et il ne brûle pas en un seul lieu, mais sous toutes les zones du globe terrestre^ rendant tous les temps, tous les hommes tributaires avec lui d'un amour qui ne s'éteindra jamais. Jésus-Christ est roi du cœur comme il est roi des intelligences.

Son corps. Parce que le corps, la chair, avec ses concupiscences, ses convoitises, la corruption qu'elle engendre, est "'obstacle ou la résistance invincible opposée à l'exercice de la divine attraction, les attirés de Jésus-Christ se sont faits les ennemis acharnés, les bourreaux de leur corps. Ils ont inventé contre lui, comme les tyrans contre les martyrs, mille instruments ou modes de supplice, les disciplines et les cilices, les croix armées de clous, les abstinences, les jeûnes prolongés, etc. , etc. Ils ne se sont arrêtés dans leur sainte cruauté que lorsque le corps a été complètement réduit en servitude, suivant le langage énergique de saint Paul. Et ce qui est plus extraordinaire, plus divin, c'est que les chairs les plus haïes et les plus crucifiées sont les plus tendres et les plus pures. Telles sont les chairs des Louis de Gonzague, des Rose de Lima, etc., etc. Napoléon le Grand a fait sur ce sujet un commentaire qui est à la fois et un trait de génie et une inspiration surnaturelle. « On admire les conquêtes d'Alexandre le Grand, mais que sont-elles comparées à celles du Christ ? Bien qu'Alexandre ait conquis l'univers, ses conquêtes étaient passagères. Jésus, au contraire, conquiert et s'attache, non pas une nation, mais la race humaine tout entière. Ses conquêtes s'étendent sur dix-huit siècles et suivant toute apparence, elles s'étendront sur la fin des siècles. Et que prend Jésus à chaque homme ? Ce qui se gagne le plus difficdement I Le cœur ! l'amour ! Jésus-Christ le conquiert par miUions depuis dix-huit siècles. Alexandre,

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César, Annibal, n'ont jamais su conquérir un cœur d'homme ! Et le Christ 1 Les cœurs de millions d'individus lui appartiennent. Depuis dix-huit siècles, des millicns d'hommes se sont laissé martyriser pour lui ; des raillions acceptent son joug, supportent pour lui les plus dures privations ! Où sont mes amis? Deux ou trois immortels partagent mon exil 1 Quel abîme entre ma misère et le règne éternel du Christ qui est annoncé, prêché, aimé, adoré par toute le terre. Il vivra pendant des siècles dans des millions de cœurs. » Ce règue merveilleux du Christ prouve surabondamment sa divinité. Mais, si le Christ est Dieu, son Eglise est divine, manifestement divine.

Cette attraction, exercée par Jé?us-Christsur les âmes est également merveilleuse et toute-puissante, soit qu'il s'agisse d'une âme infidèle, soit qu'il s'agisse d'une âme fidél-e et surtout d'une de ces âmes d'élite qu'il daigne appeler ses épouses bien-aimées. Il se lient incessamment au seuil de l'âme égarée, et il ne se lasse pas de frapper. Il l'agite, il l'ébranlé, il la détache des sens et du monde, il la subjugue. Secouée en tous sens par la main divine, la pauvre âme aura beau se raidir et tendre tous ses ressorts, il ne lui sera pas possible de continuer le sommeil qui la charmait. Jésus a le pouvoir de réveiller et de troubler les âmes. Quand il les a réveillées et troublées, il a le pouvoir d'y pénétrer, quand il lui plaît, sans leur enlever leur liberté, en les laissant, ou mieux en les faisant libres. Souvent la conversion est instantanée I Un coup de foudre, une voix qui éclate dans la nue terrasse Saul, et change le lion en agneau, le persécuteur en apôtre. Jésus se retourne et regarde Pierre qui vient de le reuier trois fois. Pierre converti, va pleurer amèrement dans les ténèbres, et ses larmes quotidiennes creusèrent deux sillons sur ses joues. Il est attiré pour toujours! Et quand le divin Maître lui demandera s'il l'aime, il n'hésitera pas à lui répondre : « Seigneur, vous savez que je vous aime. »

Quelle divine attraction que celle qui arrache chaque jour, aux étreintes de la famille, ces vierges bénies, ap-

pelées à suivre l'agneau partout où il ira, jusqu'au Calvaire, jusqu'au ciel ! Elles s'arracheront toutes jeunes et charmantes aux embrassements d'un père et d'une mère bienaimés, à toutes les espérances et à toutes les illusions de la vie, pour aller se cacher dans la solitude du cloître... Quelques mois après, l'heure de la prise d'habit a sonné. Elles reparaissent radieuses à la grille du chœur, vêtues comme de jeunes mariées, parées de bijoux et de dentelles, qu'après quelques minutes elles arracheront et fouleront aux pieds, portant sur leur front le reflet d'une joie divine que leur donne une connaissance entière de Celui auquel leur cœur s'est donné. Quand après une ou deux années d'épreuves définitives, elles viennent une dernière fois à la grille pour prononcer des vœux irrévocables; quand leur voix s'élève dans le silence de l'assemblée sainte, pour dire : Mon bien-aimé est à moi, je suis à lui ! ce n'est plus seulement la joie, c'est l'enthousiasme qui fait battre leur cœur, et qui trahit dans l'émotion de leur voix, la passion qui les transporte. Et c'est Jésus-Christ mort sur la croix qui exerce cette attraction miraculeuse. Oui, Jésus-Christ exalté de terre, attire tout à lui.

Dans ces tristes siècles où l'indifférence universelle demandait une grâce toute-puissante qui réveillât et vivifiât les âmes; où l'impiété partout frémissante faisait sentir le besoin d'un lien nouveau qui rattachât Jésus- Christ aux hommes, où les violences déchaînées de l'hérésie désolaient l'Eglise et lui arrachaient des milliers d'enfants ; où les crimes qui montaient vers le ciel appelaient une grande expiation et une grande réparation, Jésus apparut à Marguerite-Marie Alacoque, quMl a appelée d'abord sa fiancée, puis son épouse. Et lui découvrant son divin Cœur, il lui dit : « Voici ce cœur qui a tant aimé les hommes, qui n'a rien épargné, jusqu^à s'épuiser et se consumer, pour leur témoigner son amour... Jeté demande que le premier vendredi de l'octave du Saint-Sacrement soit dédié à une fête particulière pour honorer mon cœur en lui

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faisant réparation et amende honorable des outrages qu'il a reçus dans le sacrement de mon amour... Je te promets que mon cœur se dilatera pour répandre avec abondance les influences de son divin amour sur ceux qui lui rendent cet honneur. » Voici qu'enfin, sous le gloiieux pontificat de Pie IX, la voix de l'humble vierge de Paray-le-Monial a été pleinement entendue. Le monde célèbre avec pompe la fête du Sacré-Cœur. L'Eglise catholique, dans son ensemble, l'Eglise de France en général, chaque diocèse de la France ea particulier, la ville de Paris, d'une manière toute spéciale , ont été solennellement consacrés au Sacré Cœur de Jésus. Marguerite-Marie a été élevée sur les autels ; son tombeau, devenu glorieux, attire des milliers de pèlerins qui prient avec la ferveur des premiers chrétiens; et voici que, au sein de la grande Babylone moderne, du sommet de la sainte colline des martyrs, anciens et modernes, va s'élancer l'immense basilique du Sacré-Cœur, du haut de laquelle Jésus-Christ reconnaissant attirera de nouveau à lui les cœurs de noire belle Patrie.

Il est donc vrai que la prophétie, que le miracle, que l'impossible sont devenus d'immenses réalités. Exalté de la terre, Jésus-Christ a tout attiré à lui ! Jésus-Christ toujours vivant dans sa mort, s'esl imposé au monde ! En cessant de vivre, il a commencé à régner I Du fond de sa tombe, ou plutôt du haut des cieux, il remue le monde, et subjugue l'humanité! Donc il est Dieu, et sa religion est divine I Splendeur!! !

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