Chapitre Quinzième. — Onzième Splendeur de la Foi
— C'est en cela que tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples, si vous avez de l'amour les uns pour les autres. Jean, xiv, 34.) Le divin Sauveur fait la dernière Cène avec ses apôtres ; il s'est levé de table, il a déposé ses vêlements, il a ceint ses reins d'un linge, et il a lavé les pieds aux douze 1 Même à Judas! Il leur a donné la preuve dernière de son amour infini, son corps à manger et son sang à boire.. 1 L'esprit troublé, le cœur plein
d'angoisses, il leur annonce que l'un d'entre eux va le trahir. Cette révélation a fait sortir Judas, et Jésus, resté seul avec les onze, leur dit : « Mes petits enfants, je vous donne un commandement nouveau, c'est que vous vous aimiez les uns les autres.., comme je vous ai aimés. Tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples à ce signe, que vous vous aimerez les uns les autres.» Un peu plus tard, dans l'adorable discours de la Cène, Jésus-Christ dira à son Père : « Que ceux que vous m'avez donnés soient un, comme nous sommes un; qu'ils soient consommés dans Funilé, afin que le monde connaisse que c'est vous qui m'avez envoyé. C'est ainsi Jésus-Christ lui-même qui a, par deux fois, fait de la charité envers le prochain une Splendeur de la foi.
L'apôtre saint Pierre a été plus explicite encore, car il a dit: « La volonté de Dieu est que vous fermiez la bouche aux objections des ignorants et des insensés en faisant le bien à toute créature 1 »
L'oracle est donc que l'Eglise de Jésus-Christ devait resplendir par une charité sans bornes, par une fusion entière des cœursetdes âmes! Et en effet, on reconnaissait les premiers chrétiens à ce signe, qu'ils étaient un seul cœur et une seule âme. Cette charité devait embrasser toutes les misères et toutes les douleurs ; or c'est, en effet, dans le sein de l'Eglise catholique, apostolique, romaine, que la charité a été surabondante, et a pris, dans ses excès, toutes les formes imaginables. Donc l'Eglise catholique, apostolique, romaine, est la véritable Eglise de Jésus-Christ. Saint Paul disait déjà: « Qui souffre sans que je souffre avec lui ?» Disons d'abord ce que cette charité devait être en énumérant ses règles, ses œuvres, ses qualités, sa perfection, son couronnement.
1° Règles de la charité évangélique.
Première règle : Ne faites pas aux autres ce que vous ne voudriez pas qu'on vous fit.
Deuxième règle : Faites aux autres ce que vous voudriez qu'on vous fit.
Troisième règle: Vous aimerez le prochain comme vous-mêmes. (Màtth.^xxii, 39.) L'amour que nous avons pour nous, est réel, actif, efficace; nous voudrions le communiquer à tous, ou que tous nous aimassent aussi cordialement que nous nous aimons nous-mêmes, L'amour que nous avons pour nous est tendre : il nous rend sensibles à tous nos maux et nous fait croire qu'ils ne sont jamais petits; il nous cache nos propres défauts et nous persuade qu'ils ne sont jamais grands. .\otre amour pour le prochain doit donc aussi nous rendre sensibles à ses plus petites peines, et nous fermer les yeux sur ses plus grands défauts : règle vraiment divine dont les sages de l'antiquité n'eurent jamais l'idée. Un prince païen très-éclairé, à qui on la révélait pour la première fois, n'hésita pas à proclamer divine la religion qui l'enseignait et qui, par miracle, la pratiquait.
Quatrième règle : Aimez vos ennemis ; faites du bien à ceux gui vous haïssent, priez pour ceux qui vous persécutent et vous calomnient. (Math., v, 44.)
Cinquième règle : Aimez le prochain ou du moins efforcez-vous d'aimer le prochain comme Jésus-Christ vous a aimés. « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés! » Règle sublime dont la pratique constitue une perfection éminente, l'héroïsme de la charité. C'est là, à proprement parler, le commandement nouveau qu'un Dieu seul pouvait apporter au monde, dontun Dieu seul pouvait nous donner l'exemple, exemple qu'un Dieu seul, par sa grâce, peut nous faire imiter. Car Jésus-Christ nous a aimés: 1° sans aucun intérêt de sapartet sans aucun motif de la nôtre, non-seulement quand, pécheurs, nous n'étions nullement aimables, mais quand nous étions souverainement haïssables. Il nous a aimés plus que lui-même, puisqu'il s'est comme anéanti pour nous, et qu'il a répandu son sang jusqu'à la dernière goutte. Donc, disait saint .lean (P' Épître, m, 16) : « Puisque Jésus nous a témoigné son amour en donnant sa vie pour nous, nous devons correspondre à cet
amour en donnant notre vie pour nos frères. » L'apôtre de la charité ajoutait : « Mes petits enfants, aimons-nous les uns les autres, n'aimons pas de la parole et de la langue, mais en œuvres et en vérité. C'est par là que nous reconnaîtrons et que l'on reconnaîtra que nous sommes de la vérité. . . Nous savons que nous avons été transportés de la mort à la vie parce que nous aimions nos frères... Celui qui aime, accomplit la loi... Si vous vous aimez, cela suffît. . . »
Jésus-Christ a encore recommandé la charité à ses disciples sous une autre forme : « Soyez miséricordieux comme votre père céleste est miséricordieux. » La miséricorde, pitié du cœur pour la misère du prochain, et les œuvres de la miséricorde sont recommandées dans ces paroles de la dernière sentence : « Venez les bénis de mon Père, possédez le royaume que je vous ai préparé depuis le commencement. Car j'ai eu faim et vous m'avez donné à manger ; j'ai eu soif et vous m'avez donné à boire; j'étais sans asile et vous m'avez recueilli; j'étais nu et vous m'avez vêtu; j'étais malade et vous m'avez visité: j'étais prisonnier et vous êtes venu me voir. » Les œuvres de charité et de miséricorde sont de deux sortes : corporelles et spirituelles. Les premières au nombre de sept, sont : 1° visiter les malades; ^° donner à manger à ceux qui ont faim; 3° donner à boire à ceux qui ont soif; 4° habiller ceux qui sont sans vêtements; 5° donner l'hospitalité à ceux qui sont sans asile ; 6" visiter et soulager les prisonniers; 7° ensevelir les morts. Les secondes, aussi au nombre de sept, sont: 1° enseigner les ignorants; 2" donner des conseils à ceux qui en ont besoin; 3° éclairer ceux qui sont dans l'erreur; 4° pardonner les injures; 5° consoler ceux qui sont tristes ; 6" supporter les défauts du prochain; 7° prier Dieu pour les vivants et les morts.
La charité chrétienne doit revêtir en outre des qualités, ou remplir des conditions que saint Paul énumère avec une complaisance inspirée dans ce passage sublime :
« Quand je parlerais toutes les langues des hommes et des anges, si je n'ai pas la charité, je ne suis qu'un airain sonnant et une cymbale bruyante. Quand j'aurais le don de prophétie, quand je pénétrerais tous les mystères, quand je posséderais toutes les sciences; quand j'aurais toute la foi possible jusqu'à transporteries montagnes.., quand je distribuerais tous mes biens aux pauvres, quand je livrerais mon corps pour être brûlé.., si je n'ai pas la charité, tout cela ne me sert de rieni La charité est patiente; elle est douce et bienfaisante; elle n'est point envieuse, elle n'est point téméraire et précipitée; elle ne s'enfle pas d'orgueil; elle n'est point jalouse; elle ne cherche passes propres intérêts; elle ne s'aigrit pas; elle ne pense pas le mal ; elle ne se réjouit pas de l'injustice et du mensonge, mais elle se réjouit de la justice et de la vérité. Elle supporte tout, elle croit tout, elle espère tout, elle souffre tout. Les prophéties s'évanouiront, les langues cesseront, la science sera abolie, la Charité ne finira jamais. La Foi, l'Espérance et la Charité sont trois choses excellentes, mais la plus excellente est la Charité 1 La Foi passera, l'Espérance passera, mais la Charité seule demeurera. »
Enfin Jésus-Christ a résumé toute sa doctrine dans cette parole ineffable : «Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur. » La douceur, c'est la perfection, le vernis, la fleur, le duvet de la charité. L'humilité, c'est le fondement, le moyen, la sauvegarde de la charité. Sous toutes ses formes et à tous ses degrés de perfection, la charité est la vertu surnaturelle par laquelle nous aimons le prochain pour l'amour de Dieu, de sorte que, au sentiment de saint Thomas, l'amour de Dieu et l'amour du prochain ne font qu'une seule et même habitude ou disposition de l'âme, capable d'actes différents. Interrogé sur les commandements de la loi, le divin Sauveur répondit : « Le premier et le plus grand des commandements est : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout « ton cœur, de toute ton âme, de toutes tes forces, de tout « ton esprit. » Le second est seuiblable au premier : «Tu
« aimeras ton prochain comme toi-même. » Le motif ou raison du premier commandement, est Dieu lui-même ! Le motif du second est Jésus-Christ, Dieu incarné dans l'humanité, dans l'homme, mais incarné d'une manière particulière daus le pauvre. « J'ai eu faim et vous m'avez donné à manger ; j'ai eu soif et vous m'avez donné à boire... Ce que vous avez fait au plus petit des miens, vous me l'avez fait à moi-même. »
Ce n'est pas tout encore et voici le couronnement indispensable de la charité évangélique. Il faut qu'elle soit sans cesse agissante, mais il faut aussi qu'elle se cache. <i Gardez-vous, dit Jésus-Christ, de faire vos bonnes œuvres devant les hommes pour attirer sur vous leurs regards, sans quoi vous perdrez votre récompense. Quand vous faites l'aumône, que votre main gauche ignore ce que fait votre main droite» afin que votre aumône demeure dans le secret, et que votre Père qui voit dans le secret, vous la rende. » Voilà la charité évangélique dans toute sa splendeur divine, ses règles, ses œuvres, ses qualités exquises, ses motifs, sa perfection ou son couronnement.
Et, en effet, le signe auquel, dès les premiers âges de l'Eglise, on reconnaît les chrétiens, c'est à leur charité fraternelle. C'est par leurs bonnes œuvres que, selon la volonté de Dieu, ils ferment la bouche à ceux qui blasphèment ce qu'ils ignorent. On les montre du doigt en disant : « Voyez comme >ls s'aiment. » Ils n'étaient qu'un cœur et une âme ! Voyez combien est grande leur sollicitude pour les pauvres I Saint Pacome, fondateur de la vie cénobitique, encore soldat, de passage dans une ville chrétienne, fut frappé d'étonnement à la vue des dons volontaires qu'un grand nombre d'habitants faisaient aux pauvres. Il demanda quels étaient ces anges de charité, on lui répondit que c'étaient des chrétiens. Tout aussitôt, il élève les mains vers le ciel et fait serment d'embrasser le christianisme. La veuve et l'orphelin, le vieillard sans appui et l'infortuné vêtu de haillons sont l'objet non-seulement de la compassion et
de l'amour du chrétien, mais de son respect et de sa vénération. C'est l'Eglrse qui a appris aux princes et aux rois à laver et à baiser les pieds des pauvres, dont elle a été de tout temps la nourrice et la mère. Tant qu'elle eut des trésors, elle en fut prodigue en leur faveur; elle construisait pour eux de magnifiques hospices et elle instituait des ordres religieux des deux sexes pour les nourrir, les soulager dans leurs besoins, les soigner dans leurs maladies, les consoler dans leurs douleurs. Aujourd'hui, indigente et pauvre elle-même, elle sollicite au moins la pitié publique en faveur de ses enfants qui soutïrent ; elle gémit; elle fait entendre le cri puissant des entrailles maternelles; armée de tous ses moyens d'autorité et de persuasion, elle ne cesse, du haut de ses chaires, de menacer les riches avares et insensibles, d'inviter à de nouveaux efforts, à de nouveaux sacrifices, les riches charitables et compatissants...
En résumé, depuis les premiers jours du Christianisme, et c'est un des faits les plus éclatants de l'histoire, on a vu surgir une multitude de héros de l'humanité régénérée, qui, à l'envi, ont fidèlement observé toutes les règles de la charité évangélique, pratiqué toutes les œuvres de miséricorde corporelle et spirituelle avec le luxe divin des qualités délicates que saint Paul énumère sicomplaisamment, en la scellant de ce cachet d'humilité et de douceur dont le divin Sauveur nous a donné l'exemple, en lui faisant exhaler ce doux parfum de modestie timide qui se cache à elle-même le bien qu'elle fait. Et, ce ne sont pas seulement des héros de la charité que le Catholicisme a faits, ce sont des générations de héros qui succèdent incessamment à leur saint fondateur, et qui continuent le glorieux apostolat de sa charité sans bornes.
Après l'avoir admirée en théorie, voyons comment quelques-uns de ses plus beaux modèles l'ont pratiquée dans un degré héroïque.
Saint Paul. — Zélateur ardent de la secte des Pharisiens, il ne connaissait d'amis que ceux de son parti et
de sa race ; il poursuivait avec fureur tout ce qui rompait avec les traditions de ses pères. Mais, quand il a adoré Jésus-Christ, voyez comme son cœur s'élargit ! « Il n'y a plus, s'écrie-t-il, du distinction deJuifelde Gentil, de circoncis etd'incirconcis, de Grec, de Barbare, de Scythe, d'hommes esclaves et d'hommes libres, il n'y a plus que Jésus-Christ, il est tout en tous, et tous ne sont qu'un en lui. Je me dois pour son amour non à un peuple, non aune secte, mais à tous les peuples civilisés et sauvages, à tous les hommes savants et ignorants, sages et insensés. La charité de Jésus-Christ me presse. Je porte dans mon sein et dans mes entrailles tout ce qui a été racheté de son sang. Je verserais volontiers tout le mien pour l'habitant le plus inconnu de la région la plus reculée de l'univers. De libre que j'étais, je me suis fait esclave de tous ; je parcours toute la terre pour servir mes semblables, pleurant avec ceux qui pleurent, me réjouissant avec ceux qui se réjouissent, souffrant sans me plaindre la faim, la soif, la nudité, les fatigues extrêmes et les persécutions les plus cruelles, m'oubliant moi-même et me faisant tout à tous, pour tout réunir sous la douce loi du Dieu de miséricorde et d'amour! »
Saint Jean rÉvangélisle. — 11 avait puisé la charité sur lapoitrinede Jésus-Christquile fitdoux et humble de cœur comme lui. Comme il est admirable quand il nous dit dans sa première épître : «Mes bien-aimés, aimonsnous les uns les autres, parce que la charité est de Dieu. Quiconque aime est né de Dieu et connaît Dieu. Celui qui n'aime point ne connaît pas Dieu, car Dieu est amour! Si quelqu'un dit: J'aime Dieu et qu'il haïsse son frère, il ment, car comment celui qui n'aime pas son
FRÈRE qu'il voit, AIMERAIT-IL DiEU QU'iL NE VOIT PAS?
Arrêt divin mais terrible, qui s'explique par cette parole solennelle de Jésus-Christ: «Ce que vous ferez au plus petit des miens, vous me le ferez à moi-même I » Dans ses dernières années, porté à l'église par les bras des fidèles, impuissant à leur adresser de longues exhortations, il se contentait de leur dire : Mes
LA FOI ET LA RAISON. .>jY
petits enfants aimez-vous les uns les autres. Et quand on lui faisait un doux reproche de n'avoir plus que^ ces mots dans le cœur et sur les lèvres, il répondait : «C'est le précepte du Seigneur, si vous l'accomplissez, cela suffît! » A l'âge de quatre-vingts ans, il apprit qu'un jeune néophyte confié par lui à la sollicitude paternelle de l'évêque d'Ephèse était arrivé d'excès en excès à se faire chef d'une troupe de brigands, vivant avec eux de rapines et de meurtres, sur une montagne escarpée et couverte de forêts. Tout aussitôt, Jean monte à cheval, prend un guide et se dirige à la hâte vers le repaire des brigands. Arrivé au but, il descend de cheval, renvoie ceux qui l'accompagnaient, et s'engage seul dans les profondeurs du fourré. Bientôt arrêté par les sentinelles avancées, il demande qu'on le conduise au chef de la bande. Dès qu'il eut reconnu Jean, celui-ci prit la fuite, mais Jean le poursuivit en lui criant : «Pourquoi fuyez-vous votre père envoyé pour chercher !a brebis égarée et la ramener au bercail?» Ne pouvant résister à des instances si pressantes, le jeune homme s'arrête, embrasse en pleurant le saint vieillard, qui le presse avec amour sur son cœur, l'emmène et le réconcilie avec Dieu.
Saint Nicolas, évêque de Myre. — Il a mérité, par l'innocence de sa vie, par sa piété, par sa tendre compassion pour les pauvres, d'être le modèle et le patron de l'enfance et de la jeunesse chrétiennes. La mort prématurée de son père et de sa mère l'avait fait maître absolu de son sort, et possesseur d'un héritage immense. 11 en fit le trésor des pauvres. D recherchait les besoins cachés, les misères timides, et les soulageait en secret. Rien de plus touchant que les saintes adresses, les aimables industries dont il usait pour dérober, non-seulement aux regards étrangers, mais aux objets mêmes de ses largesses, la source d'où elles se répandaient sur eux, pour qu'on ne pût rendre crâces qu'à Dieu, dont il se faisait le ministre invisible. Deux sœurs vertueuses que n'avait pu doter un père autrefois riche mais réduit, par une suite de maiaeurs, aune grande indigence, avaient reçu de celle
main inconnue des sommes qui leur procurèrent des établissements honorables. Une troisième sœur, non moins digne d'intérêt que ses aînées , conçut l'espoir d'être aussi favorablement traitée à son tour. On attendit une troisième bourse jetée à l'improviste par la fenêtre ouverte. Elle ne se fît pas attendre! Mais, cette fois, le mystérieux bienfaiteur fut aperçu, et il ne put plus échapper à la reconnaissance qu'il avait éludée si longtemps. On sut, dès lors, à qui attribuer cent autres libéralités secrètes dont on avait cherché en vain à découvrir l'auteur.
Saint Paulin, évêque de Noie. — Saint Augustin a dit de lui : « Allez dans la Campanie, voyez Paulin, cet homme si grand par sa naissance, par son génie, par ses richesses I Voyez avec quelle générosité ce serviteur de Dieu s'est dépouillé de tout pour ne posséder que Dieu 1 Voyez comment il a renoncé à l'orgueil du monde pour embrasser l'humilité de la croix ! Voyez comment il emploie présentement à louer Dieu ces trésors de science qui sont perdus quand on ne les consacre pas à celuiquiles a confiés I» Un jour, n'ayant plus rien à donner, il se vendit lui-même pour rendre la liberté au fils d'une pauvre veuve I Fait prisonnier par les Goths, il disait à Dieu avec simplicité : « Ne permettez pas que l'on me tourmente pour de l'or et de l'argent; vous savez où j'ai mis tout ce que vous m'aviez donné. »
Saint Jean l'Aumônier^ évêque d'Alexandrie. — A peine intronisé, il assemble les économes de son Eglise et leur dit : « Allez par toute la ville, et inscrivez avec soin les noms de tous nos seigneurs et maîtres I » Ils lui demandèrent avec étonnement quels étaient ces seigneurs et maîtres. «Ce sont ceux, dit-il, que vous appelez les pauvres!» Il s'en trouva plus de sept mille, auxquels il fit donner l'aumône tous les jours. Voici son testament : « Je vous rends grâces, ô mon Dieu, de ce que vous avez exaucé ma prière et qu'il ne me reste plus qu'un tiers de sou, quoique, à mon ordination, j'aie trouvé dans la maison épiscopale d'Alexandrie quatre
mille livres d'or, outre les sommes innombrables que j'ai reçues des amis du Christ ! ... »
Saint Jean Gualbert. — Un jour de vendredi saint, rencontrant dans un passage étroit le meurtrier de son frère, il met l'épée à la main et veut la lui passer au travers du corps. Mais celui-ci s'est jeté à ses pieds, et, les bras en croix, le conjure au nom de Jésus-Christ de ne ne pas lui ôter la vie. Frappé de ce qu'il voyait, Jean tend la main au meurtrier et lui dit: « Je ne puis vous refuser ce que vous me demandez au nom du Dieu Sauveur; je vous accorde non-seulement la vie, mais mon amitié, » et il l'embrassa tendrement. Devenu fondateur de l'ordre de Valiombreuse, Jean fit sa principale vertu de la charité envers les pauvres ; il n'en renvoyait aucun sans lui donner l'aumône; et souvent il lui arriva de vider les magasins de ses monastères pour soulager les indigents. Dieu permit que dans une grande cherté il multipliât miraculeusement les provisions du couvent de Rozzuolo, où les pauvres accouraient de toutes parts.
Sainte Elisabeth de Hongrie. — Le château de Marbourg qu'elle habitait, était bâti sur un rocher escarpé, et les infirmes ne pouvaient pas l'atteindre. Elle fit bâtir au pied deux hôpitaux où tous les malades et les pauvres étaient accueillis. Elle les visitait souvent, elle leur rendait les services les plus humiliants et les plus tendres. Tous les jours, on distribuait à sa porte des aumônes abondantes, en argent et en provisions, à neuf cents indigents, de sorte que son revenu était véritablement le patrimoine des pauvres. Prudente dans sa charité excessive, elle faisait travailler ceux qui le pouvaient, d'une manière proportionnée à leur force et à leur adresse. Dépouillée de ses Etats et de sa fortune, réduite elle-même à manquer du nécessaire, elle tendit la main sans honte et vécut d'aumônes. Quand, plus tard, son spoliateur, son bourreau, revenu à des sentiments de justice et de bonté, la supplia de lui pardonner le mal qu'il lui avait fait, pour toute réponse elle se jeta dans ses bras, en l'arrosant de ses larmes, eu
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s'écrlant : «Je ne veux ni de vos châteaux, ni de vos villes; donnez-moi seulement sur ce qui m'est dû de quoi pourvoir aux besoins des pauvres.» Dès qu'ellereçut les cinq cents marcs d'argent que le duc Henry lui envoyait, elle les fit distribuer aux pauvres, en une seule fois et le même jour. Elle avait fait publier partout, a vingt-cinq lieues autour de Marbourg, que tous les pauvres, eussent à se réunir au jour fixé dans une plaine, près de Wherda. Au jour indiqué, plusieurs milliers demendiants, de vagabonds, d'estropiés, d'aveugles, d'infirmes, se trouvèrent réunis. Elisabeth présida elle-même à la répartition de son douaire, passant de rang en rang, servant chaque pauvre, les reins ceints d'un linge, comme elle aurait servi Jésus-Christ. Vers le soir, apprenant que les plus faibles devaient passer la nuit en plein air, elle ordonna qu'après avoir allumé de grands feux, on leur lavât les pieds, et qu'on les parfumât. Comme ils chantaient, joyeux de tant de prévenances, elle s'écria : « Je vous l'avais bien dit, il faut rendre les hommes aussi heureux que possible. » Et elle accourut pour prendre part à leur joie!
Saint Jean de Dieu, fondateur des Frères de la Charité. — Converti par Jean d'Avila, il se mit à courir les rues de Grenade, s'arrachant les cheveux, dans un tel désespoir, que la populace, le croyant fou, le poursuivit à coups de pierres et de bâton. Rentré chez lui, couvert de sang et de boue, il donna aux pauvres tout ce qu'il avait, ef se réduisit à un dénùment absolu. Appelé par le saint religieux, dont la voix avait touché son cœur, à la pratique de la charité, il se procura quelques ressources dans le commerce du bois, et loua tout aussitôt une maison pour recevoir les pauvres malades. Il pourvoyait à tous leurs besoins, passait le jour au chevet de leur lit, et employait les nuits à transporter de nouveaux infirmes. Un jour que le feu prit à son hôpital, vivement alarmé du danger que couraient ses chers malades, il les prit tour à tour sur son dos et les emporta k travers les flammes! Elles semblaient éteintes au contact de la
charité ardente qui embrasait son cœur, et ni lui ni les malades n'en furent atteints. Sa charité ne se concentrait pas dans son hôpital : pénétré de douleur à la seule pensée que des infortunés n'avaient pas le nécessaire, il fît faire une recherche exacte de tous les pauvres de la province, et pourvut à leurs besoins, soit en leur envoyant des vivres à domicile, soit en leur procurant du travail. Un jour que l'archevêque de Grenade lui reprochait d'avoir reçu dans son hôpital des vagabonds et des hommes de mauvaise vie, il répondit avec une candeur admirable : « Je ne connais dans mon hôpital d'autres pécheurs que moi, qui suis indigne de manger le pain des pauvres I » Ses religieux, qui vont de porte en porte demandant l'aumône en disant : Mes frères, faites-vous du bien, pour l'amour de Dieu, sont connus en Italie sous le nom de Faie ben Fratelli!
Saint Thomas de Villeneuve. — Tout petit, il donnait son déjeuner aux enfants pauvres, et ses vêtements à ceux qui avaient froid. 11 revint plus d'une fois à la maison sans habit, sans gilet, sans chapeau et sans souliers. Si on l'avait écoulé, il aurait donné ses repas pour se contenter de pain sec. A la mort de son père, il donna tout son héritage aux pauvres, fit de sa maison un hôpital , et entra dans l'ordre des Ermites de Saint- Augustin. Nommé archevêque de Valence, il fit le Chemin à pied, avec son habit de moine tout usé. Le chapitre, qui connaissait sa pauvreté, lui fit présent de quatre mille ducats pour son ameublement; il les reçut, mais pour les donner à l'hôpital qui était surchargé de pauvres. Il garda son habit monastique et il le raccommodait lui-même, comme le voulait la règle. Des dixhuit mille ducats que rapportait l'évêché de Valence, il en consacrait treize à des œuvres de charité,. On voyait tous les jours à sa porle cinq cents pauvres, et tous recevaient, avec une portion de pain et de vin, une pièce de monnaie. Il conlribuait a la dot des jeunes filles à marier. Mais sa tendresse particulière était pour les orphelins; il récompensait ceux qui les lui appor-
3g2 LES SPLEINDEURS DE LA FOI.
laienl. Avant de mourir, il voulul qu'on donnât aux pauvres tout ce qui lui restait d'argent et ses meubles I Et parce que, après avoir donné largement à tous, ses serviteurs lui rapportaient encore quinze cents ducats, il leur reprocha de retarder sa bienheureuse mort. «Allez, leur dit-il, achevez la besogne, afin que je ne vive pas plus longtemps. » Quand ils revinrent, il s'écria : «Maintenant, je marcherai joyeux au combat, n'ayant plus rien par quoi l'ennemi puisse me retenir. » Apprenant au même moment qu'un pauvre père de famille, concierge de prison, n'avait pas eu sa part dans la distribution de ses meubles, il le fil venir, lui demanda pardon de cet oubli, lui donna le lit sur lequel il était couché, et fit signe qu'on le mît à terre, pour qu'il pût l'emporter. Comme personne ne voulut lui obéir, le saint se tourna vres le père de famille et le pria, au nom de Jésus-Christ, de lui accorder l'usage du lit jusqu'à sa mort. Splendeur I
Saint Louis de Gonzague. — Ce jeune saint appartenait plus au ciel qu'à la terre, il fallait toute la sainte rigueur de l'obéissance pour l'arracher à ses entretiens intimes avec Dieu, et cependant il a mérité que le Pape Benoît XIII lui rendît ce glorieux témoignage : « Il faudrait employer les plus magnifiques paroles pour louer dignement la charité de Louis de Gonzague, car elle atteignait le plus haut degré où l'on puisse parvenir. Elle éclata surtout lorsque, à la suite de la disette, la peste se déclara dans la ville de Rome, et y fit de si nombreuses victimes. Bien que ce saint jeune homme eût peine à se tenir debout, tant les mortifications qu'il pratiquait l'avaient affaibli, il demanda et obtint de ses supérieurs la permission de visiter les pestiférés dans les hospices publics, de les y porter sur ses épaules, de leur laver les pieds, .de les encourager, d'aller mendier de porte en porte pour les affamés, etc. Frappé lui-même de la contagion dans ce ministère de charité, il mourut à peine âgé de vingt-trois ans !
Saint Vincent de Paul. — Une piété rare, la pureté sans tache de ses mœurs, la solidité et la pénétration de
son esprit, la candeur de son âme, une tendresse pour les pauvres quiallaitjiisqu'àpartageraveceuxcequisuffisait à peine à ses propres besoins, un amour ardent pour la maison du Seigneur, un zèle prématuré pour sa çloire décelèrent les vues secrètes de la divine Providence sur lui, et, sous les haillons du jeune berger, cachaient le bon pasteur... Jamais cœur ne fut plus sensible que le sien aux misères humaines ; il avait le génie de la bienfaisance, et il sut le communiquer aux autres.
Partout où Vincent passera, l'infortune et la douleur seront comme forcées de s'enfuir. . . Dieu, qui l'a établi d'une manière toute spéciale le ministre de sa charité et le dépositaire de ses dons ici-bas, lui a donné autorité sur tous les cœurs, droit et action, pour ainsi dire, sur toutes les fortunes, de sorte qu^il est impossible de lui rien refuser de ce qu'il demande, en qualité de pourvoyeur et d'économe des pauvres... On dirait vraiment que tout est à l'homme de Dieu, et qu'il a reçu comme le haut domaine sur tous les biens... Aussi que pourra-t-il? Ce que ne pourrait aucun souverain I Nourrir la population entière de quatre grandes provinces! Lutter contre les fléaux réunis de la guerre, de la contagion, de la famine, et les vaincre I Pourvoir, pendant vingt années consécutives, à tous les besoins de vingt-cinq villes et d'un nombre décuple de bourgs et de villages 1 Faire distribuer journellement, à quatre-vingts lieues de sa résidence, des vivres, des remèdes et des vêlements à tout un peuple nu, malade et affamé! Être, en un mot, aux habitants d'une notable partie de la France ce que la divine Providence est à l'univers ! Que serait-ce si nous comptions les hôpitaux, les refuges, les asiles, etc. , qu'il a ouverts à tous les âges, à toutes les infirmités humaines ? Si nous le montrions résolvant avec un plein succès, vers la fin de ses jours, le problème, insoluble, pour tous les gouvernements, de l'abolilion de la mendicité? Et prouvant ainsi que la religion peut seule ce qui sera toujours impossible à la puissance humaine, parce que celle-ci emploie le zèle mercenaire qui
cherche à s'enrichir, et celle-là la charité généreuse qui cherche à se dépouiller.
La Fille de la Charité. — C'est le chef-d'œuvre de saint Vincent de Paul, qui, à l'imitation de Dieu, prit le limon de la terre, le façonna etl'insuflla de son esprit. Il lui apprit tout d'un coup les tendres soins que réclament les douleurs et les ennuis de la maladie ; les douces insinuations qui consolentet rassurent les mourants; ia sollicitude attentive qui devine les besoins; l'empressement qui prévient les désirs, le zèle qui triomphe des dégoûts ; la patience que ne rebutent ni l'ingratitude ni les murmures injustes; l'art si ulile de préparer de leurs mains les remèdes, de les appliquer avec discernement, de panser délicatement les blessures, de guérir les infirmités.... ; l'art de bégayer avec l'enfance pour la former à la science et à la vertu; d'inspirer la foi aux pauvres en soulageant leurs misères; de faire ainsi tout à la fois une double aumône à l'âme et au corps, etc. Ecole d'un genre nouveau, où la charité elle-même engendre des mères pour les orphelins, des institutrices pour les filles pauvres, des médecins pour les malades, des ménagères pour l'indigence, des consolatrices pour toutes les douleurs, etc. Et, après deux siècles, cet enseignement de saint Vincent de Paul est aussi vivant, plus vivant qu'au premier jour! La philosophie, l'hérésie, le schisme n'auraient jamais réussi à faire une seule fille de la charité. Et la Sainte Eglise catholique, apostolique, romaine en compte dans son sein vingt mille, une armée, qui étonnent et défientle monde. Partout estimées, partout aimées, vouées partout à la chasteté, à la pauvreté, à l'obéissance et, s'il le faut, à la mort.
À Paris, pendant le siège, quarante-sept filles de charité soignaient à Bicêtre les soldats atteints de la petite vérole. Onze frappées par le fléau succombent en quelques jours! Épuisées de fatigue, à moitié empoisonnées par l'air pestilentiel qu'elles respirent, les trentesix sœurs restantes ne peuvent plus suffire au service de
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l'ambulance! On en demande onze nouvelles, il s'en présente trente-deux.
La Sœur Rosalie. — Elle avait à peine quinze ans, et elle était d'une beauté resplendissante, lorsqu'elle entra au noviciat des Filles de la Charité! Morte à soixante-dix ans, elle a donc consacré exclusivement à Dieu et aux pauvres cinquante-cinq années de sa vie. Son noviciat terminé, elle fut envoyée à la Petite-Maison de la rue de l'Epéede-Bois, faubourg Saint-Marceau, quartier de Paris le plus pauvre, le plus grossier, le plus livré à toutes les suggestions des passions mauvaises, et elle ne la quitta jamaisîS'ilarrivaitqu'on lui parlât des vices qui rongeaient ces populations malheureuses, elle répondait: « Ce sont mes enfants, et si je n'étais pas soutenue par la grâce, je serais pire qu'eux!» Elle exerçait surtout ce qui l'approchait une puissance extraordinaire, la puissance d'un esprit supérieur et d'un cœur animé de l'ardent amour de Dieu et des pauvres. Les incrédules eux-mêmes ne lui résistaient pas, pourvu qu'ils fussent disposés à donner: elle les mettait en présence de nécessités si grandes, si redoutables, si cruelles,. que leur bourse s'élargissait chaque jour davantage, jusqu'à ce que, à l'heure marquée, ils se trouvassent inondés'de foi, de connaissance et d'amour de Dieu. Combien d'âmes elle a ainsi ouvertes à la grâce, en obtenant d'abord l'ouverture des bourses I Elle ne se contentait pas du concours des aumônes, elle demandait et obtenait le concours des cœurs. Elle s'était donné de très-nombreux auxiliaires, dames, jeunes gens, hommes mûrs. Elle avait un talent extraordinaire pour exciter le zèle des plus indifférents. L'autorité qu'elle prenait au nom des pauvres sur tous ceux qui l'approchaient, lui créait d'immense ressources; aussi sa charité embrassait-elle toutes les misères qui s'adressaient àelle; et elle parvenait a les soulager. Rien ne l'effrayait; elle savait toujours trouver le moyen de vaincre les obstacles qui s'opposaient au bien .Dans les grandes crises elle déployait une puissance inconcevable. Toujours calme, froide même en apparence, elle réussissait, comme on le
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vil pendant les choléras de 1 832 et de 1 849; comme pendant les journées de 1848, à organiser des moyens de secours an niveau des plus grandes détresses. Il serait difiicile d'énumcrer les prodiges de charité et de miséricorde qu'elle a faits! 3ïais, pour en donner une idée, il suffit de rappeler que, d'une activité prodigieuse, elle passa toutes ses journées, uniquement occupée du prochain, sans autre repos que le temps consacré à laprièrel Et ce n'était pas celui où elle travaillait le moins efficacement à sa mission quotidienne d'ardente charité. Splendeur!
Les Petites-Sœurs des pauvres. — Un humble vicaire de Saint-Servan, petite ville de Bretagne, en face de Saint-Malo, M. l'abbé l.epaillcur, pris d'une tendre compassion pour les vieillards pauvres, fatalement condamnés à la mendicité ou plutôt au vagabondage, avait eu la pensée de fonder un asile qui leur assurât à la fois les secours temporels et spirituels. Comme il n'avait aucune des ressources indispensables pour cette création, il dut se borner à exprimer son désir à deux jeunes filles, ses pénitentes, dans lesquelles il avait découvert les mêmes aspirations. 11 les invita à s'unir et à se tenir prêtes à répondre à l'appel de Dieu. Le règlement qu'il rédigea pour elles contenait celte petite phrase qui fut le point de départ d'une des plus belles créations de la charité catholique: Nous aimerons surtout à agir avec bonté envers les joauvres vieillards, infirmes et malades, nous ne leur refuserons pas nos soins. Quand le moment fut venu, la bonne Providence mit sur le chemin des deux jeunes filles deux autres anges de charité, Jeanne Jugan et Fanchon Aubert, qui leur donnèrent asile dans la petite mansarde qu'elles habitaient, ainsi qu'à une vieille aveugle qu'elles avaient adoptée. Ce fut le berceau de l'œuvre incomparable qui a comme envahi le monde. Dans le conseil de la mansarde on prit tout aussitôt la résolution de recueillir un plus grand nombre de vieillards. Les quatre associées ne pouvaient plus penser à gagner la vie de leurs pauvres par le Ira-
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rail; les soins que réclamaient leur âge et leurs inlirmilés absorbaient tout leur temps. Faire mendier les vieillards eux-mêmes, c'eût été les exposer de nouveau au danger de leurs mauvaises habitudes. Le Père leur proposa de se faire mendiantes pour eux, à la plus grande gloire de Dieu. Qui aurait pensé que ce serait là pour l'institut naissant une ressource inépuisable? Et cependant à partir de ce jour, elles ont pourvu à toutes les nécessités de leurs pauvres, par celle noble et sainte mendicité. On les montrait du doigt, on les bafouait, il se faisait autour d'elles comme un cercle de ridicule et
d'opprobre
Le nombre de leurs vieillards, qui augmentait sans cesse, exigeait impérieusement de nouvelles Petites- Sœurs des pauvres ; c'est le nom aussi humble qu'aimable qu'elles reçurent, après avoir ajouté aux trois vœux ordinaires, de pauvreté, de chasteté, d'obéissance, le vœu parliculier d'hospitîilité... Elles avaient une si grande certitude que leur exemple serait largementsuivi, qu'elles nesongeaient qu'à fonder de nouvelles maisons. On touchait en effet au moment où l'œuvre allait prendre une extension miraculeuse. Le pieux fondateur avait peine à croire en ses yeux, quand il voyait avec quelle rapidité se formaient les sujets aptes à diriger des maisons nouvelles et à en remplir les principaux emplois. C'étaient toujours ou presque toujours de pauvres ouvrières ou de simples servantes, transformées par l'amour de Dieu et du prochain; elles abondaient déplus en plus; les noviciats se multipliaient et se perfectionnaient ; les Petites- Sœurs des pauvres se façonnaient comme par enchantement. Aujourd'hui leur Congrégation, si jeune encore, se compose d'environ deux mille huit cents membres, et ces 2,800 membres se chargent de nourrir à elles seules, de consoler, de soulager, plus efficacement que ne sauraient le faire toutes les administrations,
VlXr.T MILLE PAUVRES VIE JLLAIiDs!
Un seul lit fondé dans un hôpital coûte dix mille francs! Les iO-j maisons, les ;âO,000 lits des Peiiies-Sœurs des
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pauvres représenteraient donc deux cents millions, et ils n'ont rien coûté. C'est un monde sorti du néant par la toute-pnissance divine. Ces maisons bénies sont, au fond, l'assemblage de toutes les misères imaginables 1 Mais du sein de cette pauvreté à fendre l'âme, de ces infirmités repoussantes, sort comme un rayonnement de dignité, de bonlieur, de contentement ! Les âmes sont heureuses, elles voient et elles goûtent Dieu. Les sœurs l'honorent et l'aiment dans leurs pauvres, les pauvres le bénissent et l'aiment dans leurs petites-sœurs, et rien n'est suave et touchant comme l'épanouissement de tous ces pauvres cœurs heureux, reposés, consolés, pleins de reconnaissance et d'espoir. On les traite comme des enfants, ils en prennent le caractère, la franchise des rires, la gaieté, la gaieté surtout ! Et que de conversions miraculeuses produites par ce spectacle touchant à l'excès! Que de fois cet aveu spontané s'est échappé du cœur : Tenez, ma mère, avec vos pauvres vous m'ouvrez la porte du ciel : avant de vous connaître, j'étais un mauvais chrétien, je n'aimais pas les pauvres; maintenant, j'aime les pauvres et le bon Dieu !
Oui, une seule fille de la Charité telle qu'elle est sortie du cœur de saint Vincent de Paul, avec sa cornette (sa coiffe empesée), son collet (sa guimpe), sa chemisette (son corsage), sa cotte (sa jupe), son tablier et son chapelet, sa petite croix et sa tète de mort; une seule petite-sœur des pauvres telle qu'elle nous est apparue dans la personne de Jeanne Jngan, avec son manteau, son petit bonnet, sa robe à la Vierge, son cordon, c'est une splendeur éclatante de la Foi ! Que dire donc des vingt mille Sœurs dé la Charité, des deux mille huit cents Petites-Sœurs des pauvres! Armée glorieuse de témoins éclatants de la divinité de la sainte Église catholique, apostolique, romaine. Ah! qu'elles sont célestes, quand elles se lèvent de la table sainte, portant dans leur chaste poitrine le divin époux qu'elles adorent, qu'elles servent, qo'elles aime^it dans les enfants et les vieillards de leur adoption!
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Dans tous les siècles, et dans le dix-neuvième plus encore que dans tous les autres, cette sainte Église a pu jeter au monde le lier défi de saint Paul : Qui est infirme, sans que je le sois avec lui? Quel est celui que le feu de la douleur a atteint sans me brûler au cœur ! Oui, dans la trop longue série des misères humaines, misères du corps et misères de l'esprit, il n'en n'est pas une seule à laquelle elle n'ait apporté le soulagement et ouvert un asile. Suivons en effet rapidement l'homme, du sein de sa mère au seuil de l'éternité, et constatons que par Elle le remède est toujours placé près du mal.
A sa naissance. — Hospices de maternité. Sociétés de maternité. Sœurs de Notre-Dame de l'Assistance des accouchées. Œuvre des layettes. Tours. Hospices des enfants trouvés. Œuvre des nourrices.Œuvre de la Sainte- Enfance pour le rachat, le baptême et l'éducation des petits Chinois.
Du berceau à l'école. — ^ Salles d'asile. Œuvre des dames palronnesses des salles d'asile. Œuvre de l'adoption. Œuvre des petits orphelins. Vestiaire de l'Enfant- Jésus. Œuvre des tutelles des enfants trouvés et abandonnés. Orphelinats agricoles. Œuvre des enfants délaissés. Œuvre de la campagne pour les enfants pauvres. Œluvre'du rapatriement des enfants délaissés.
De V école à V apprentissage. — - Ecoles primaires de toutes sortes. Bourses pour les écoles primaires. Œuvre de lapremière communion. Œuvre des catéchismes etdes paroisses pour l'habillement des premiers communiants et des premières communiantes. Sociétés de placement, d'éducation, d'apprentissage des enfants. Œuvre de la première communion et de la persévérance des jeunes fumistes et ramoneurs. Sociétés d'éducation et d'enseignement.
De f apprentissage à l'atelier. —Œuvre des apprentis et des jeunes ouvriers. Œuvre de patronage des apprentis convalescents. Orphelinats et ouvroirs de filles pauvres, à la ville et à la campagne. Ecoles professionnelles.
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A tatciierct en ménage. — Associations des jeunes gens et des demoiselles de commerce. Ecoles du soir. Association des institutrices. Œuvre des domestiques et des servantes. Refuges pour les jeunes filles et Iqs femmes sans asile. Sociétés pour le renvoi dans leur famille des jeunes filles sans place et des femmes délaissées par leurs maris. Œuvre de Saint-Vincent-de-Paul. Bureaux de bienfaisance. Dames de la Charité des paroisses. Dames de la Charité des arrondissements. Sociétés philanthropiques, dispensaires et fourneaux. Caisses des loyers. Assistance judiciaire. Œuvre du secrétariat des pauvres. Œuvre du rachat des effets déposés au montde-piété. Asiles de la bonne nuit. Société de Saint- Francois-Régis, pour la réhabilitation des mariages civils et religieux. Société de patronage pour les prévenus acquittés.
Infirmes. — Asiles des petits et des petites incurables. Hôpitaux de Berck-sur-Mer et de Forges-les- Bains pour les enfants scrofuleux. Asiles et écoles des sourds-muets et des sourdes-muettes. Asiles et écoles des jeunes aveugles. Asiles des Quinze-Vingts pour les aveugles. Société pour l'enseignement simultané des sourds-muets et des parlants. Ecoles des bègues. Asde de Saint- Vincent-de-Paul pour les épileptiques.
Malades. — Hôpitaux et hospices généraux. Hôpilaux et hospices spéciaux. Fondations Monthyon pour les convalescents. Asiles pour les convalescents. Œuvres des pauvres malades. Œuvre de la visite des pauvres malades dans les hôpitaux. Sœurs gardes-malades au domicile des riches et des pauvres. Secours aux noyés et aux asphyxiés. Secours d'hospice. Consultations gratuites. Dispensaires. Hospices et asiles des fous.
Vieillards. — Hôpitaux et Hospices de la vieillesse. Asile Sainte-Anne. Hospices des petits ménages. Maison de retraite et asiles pour les vieillards des deux sexes. Maisons des petites-sœurs des pauvres.
Criminels. — Sociétés de patronage pour les prévenus acquittés. Sociétés de patronage pour les jeunes détenus
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et les jeunes libérés. Colonies et pénitenciers agricoles pour les jeunes condamnés. Ouvroirs des jeunes filles victimes d'une première faute. Maisons et œuvres du Bon-Pasteur. Œuvres des dames et des messieurs visitant les prisons. Congrégations de frères et de sœurs pour le service des prisons. Trinilaires et prêtres de la iVIerci pour la délivrance des captifs en pays infidèles. Des documents authentique.^ prouvent que le nombre total des infortunés arrachés à l'esclavage, de 1218 à lOSB, atteignit le chiffre énorme de un million quatre cent mille, et que ce rachat ne coûta pas moins de huit milliards quatre cents millioml [Vie de saint Jean de Malha, par le R. P. Calixle de la Providence, pages 345 et 346.) Quelle splendeur de la Foi !
ajourants et morts. — Prêtres des dernières prières. Congrégations des frères du bien-mourir, pour l'assistance des agonisants. Aumônier des condamnés à mort. Ordres et congrégations de pénitents pour l'assistance des condamnés à mort. Frères ensevelisseurs. Archiconfrérie de la bonne mort. Confrérie de Notre-Dame de Pitié pour les morts. Dames auxiliatrices des âmes du Purgatoire.
Et combien d'œuvres spécialement consacrées à satisfaire les besoins religieu.x. et morauxdes populations. Œuvres des faubourgs. Œuvres des églises de campagne. Œuvre des tabernacles. Œuvre des lampes. Œuvre de l'adoration du Saint Sacrement. Œuvre du repos du dimanche. Œuvres de la sainte famille. Œuvre de la doctrine chrétienne. Œuvres des étudiants. Œuvre des nouvelles converties. Œuvres de la jeunesse. Œuvre des petits-clercs de Saint-Sulpice. Œuvre des écoles apostoliques. Œuvre et sociétés des bons livres. Bibliothèques paroissiales. Œuvre des Bretons, des iVJlemands, des Alsaciens, des Flamands, des Anglais, des Italiens. Congrégations et confréries d'hommes et de femmes, etc.
Voyageurs, Pèlerins, etc. Qui n'admire le dévouement des Pères du Saint-Bernard condamnés volontairement à respirer un air raréfié et froid qui dévore leur vie ? Qui ne sait l'orig ne et l'histoire de la chapelle
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de Noire-Dame des Anges dans la forêt de Bondy, de l'abbaye de Notre-Dame des Ermites, àEinsiedeln; des nombreux monastères érigés dans les lieux les plus sauvages des Abruzzes; des couvents fortifiés du mont Liban ; des ordres de chevaliers de la Terre sainte, etc., institutions inspirées dans le seul but de défendre la vie des voyageurs des avalanches ou des attaques des brigands, et les caravanes de pèlerins des déprédations des Arabes, etc., etc.
Les centres d'action que nous venons d'énumérer sont, dans notre seule France, au nombre de plus de VINGT MILLE. Chaque centre d'action compte en moyenne dix coopérateurs. C'est donc un total de deux cent mille agents actifs de la charité catholique, prêtant une oreille attentive et fidèle a la voix du Dieu qui a dit : Aimez le prochain comme vous-même. Efforcez-vous de l'aimer comme je vous ai aimés ! Ce que vous fereiz au plus petit des miens, vous me le ferez à moi-même ! Celui qui n'aime pas son prochain qu'il voit, comment aimerait-il Dieu qu'il ne voit pas?
N'est-on pas saisi de respect à la vue de ces innombrables monuments de la charité catholique, où toutes les infirmités sont guéries, ou du moins soulagées; où les douleurs sans espoir sont adoucies; où la vieillesse indigente trouve le calme et le repos; où l'orphelin retrouve une famille; où sont prodigués au malheureux privés de raison, des soins qu'il ne sait pas reconnaître? Providence visible de Dieu sur la terre, l'Eglise catholique pouvait seule adoucir de la sorte les maux de l'humanité souffrante. Splendeur!