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Chapitre Seizième. — Douzième Splendeur de la Foi

En vérité, en vérité, je vous le dis: Celui qui croit en moi fera les œuvres que je fais et il en fera de plus grandes encore! (Jean, xiv, lâ.) Jésus vient de célébrer la Pàque légale! Après avoir aimé tendrement les siens, il à voulu leur laisser une preuve dernière et excessive de son amour. Il leur a donné lui-môme son corps à

LA FOI ET LA RAISON, 4V'à

manger, son sang à boire, avec des droits désormais sacrés a l'immorlalité, à la résurrection bienheureuse, à la vision intuitive, au bonheur éternel. Il épanche ensuite son cœur dans leur cœur : « Je vais dans la maison de mon Père, et je vais vous y prépare? une place. Quand cette place sera prête, je reviendrai et je vous prendrai avec moi, afin que là où je suis vous y soyez aussi... Je suis la voie, la vérité et la vie. Personne ne vient à mon Père que par moi. Je suis dans mon Père et mon Père est en moi... Qui me voit, voit mon Père... Si vous ne croyez pas à ma parole, croyez au moins à mes œuvres. En vérité, en vérité, je vous le dis : Celui qui croit en moi, fera lui-même les œuvres que je fais, et il en fera de plus grandes encore, parce que je vais à mon Père... Tout ce que vous demanderez à mon Père en mon nom vous sera accordé. » Jésus-Christ promet donc à ses apôtres une puissance égale et même supérieure à la sienne; et il leur indique le but de cette toute-puissance. Elle consiste à faire ses miracles I Quels miracles a faits Jésus-Christ? Les aveugles voyaient, les boiteux marchaient, les lépreux étaient guéris, les sourds entendaient, les morts ressuscitaient, les pauvres étaient évangélisés, les démons s'enfuyaient, une vertu s'échappait de son corps et guérissait tous les maux. Il faudra donc que les apôtres et les successeurs des apôtres fassent les mêmes miracles et de plus grands encore ! Voilà la prophétie, voilà l'oracle! clair, éclatant, surnaturel, divin! S'est-il accompli? Evidemment! A la lettre! Les miracles des apôtres, des miracles plus grands que ceux mêmes de Jésus-Christ, ont rempli et remplissent le monde. Ces miracles, en outre, sont propres exclusivement de l'Eglise catholique, romaine. Aucune autre Eglise ne songe même à les revendiquer; aucune n'a la prétention du miracle! Donc l'Eglise catholique est divine et seule divine.

Jésus-Christ a été plus explicite encore au jour de sa divine Ascension : « Allez, dit-il à ses apôtres, dans tout l'univers et prêchez l'Évangile à toute créature ! Or, voici

^<J^ Lr,S SPLENDF.L'RS DE L\ FOI.

les prodiges qui accompagneront ceux qui auront cru : Ils chasseront les démons et parleront des langues nouvelles; ils prendront impunément les serpents; ils boiront des poisons mortels, sans qu'ils leur nuisent; ils imposeront les mains aux malades et les malades seront guéris.» L'oracle fut immédiatement accompli, car saint Marc ajoute : «Eux, partis, prêchèrent partout, le Seigneur coopérant avec eux, et confirmant leur parole par les miracles qui l'accompagnaient. » Cet oracle de Jésus-Christ: les apùlres feront les miracles qu'il a faits et de plus grands encore, quand on le rapproche de l'affirmation par laquelle saint Jean termine son Évangile, est vraiment écrasant. Voici les paroles de l'apôtre: «Il y a encore beaucoup de choses que Jésus a faites, et si elles étaient écrites en détail, le monde ne pourrait contenir les livres qu'il faudrait pour les écrire.» On peut voir quelque exagération dans le langage hyperbolique du disciple bien-aimé ; mais il est rigoureusement vrai que les apôtres ont fait les miracles de Jésus-Christ et de plus grands encore. Dès le début de leur apostolat, après le bruit qui a éclaté dans le Cénacle, la multitude s'assemble autour d'eux et demeure confondue, parce que chacun les entend parler sa langue : « Tous ceux-ci sontgaliléens, et cependant chacun d'eux parle la langue dans laquelle nous sommes nés !» Parler toutes les langues ensemble, se faire entendre à la fois des peuples les plus divers, c'est là un miracle extraordinaire! Nous ne lisons pas que Jésus-Christ l'ait fait. Et que de fois ce miracle s'est renouvelé ! Paul à Ephèse baptise douze disciples du divin précurseur ; ils ne savaient pas encore s'il y avait un Saint-Esprit! il leur impose les mains ! Tout aussitôt, remplis de l'Esprit-Sainl, ils prophétisent et parlent plusieurs langues I Et ces dons, ces grâces diverses etjmerveilleuses, que saint Paul dit encore être l'œuvre de Dieu: l'esprit de la parole, la sagesse de la science, le don de guérir, le don des miracles,le discernement des esprits, etc., si communsdans la primitive Eglise! 11 sortait de Jésus-Christ une vertu

qui guérissait tous les maux..! Mais suivez saint Pierifi dans sa marche triomphale. On apportait les malados sur les places publiques, on les étendait sur des grabats, et l'ombre de Pierre les guérissait... Saphire et sa femme ont surpris la bonne foi de Pierre. Ils n'ont déposé à ses pieds qu'une partie du prix de leur champ vendu... « Pourquoi ce mensonge et celte fraude? dit saint Pierre à Saphire. Tu as menti à Dieu et non pas aux hommes! » Aussitôt Saphire tombe et meurt! La femme de Saphire ment à son tour et consomme la fraude. « Pourquoi, lui dit Pierre, vous étesvous concertés ensemble pour tenter l'Esprit-Saint? Voici que les pieds de ceux qui ont enseveli voire mari sont a la porte, et ils vous emporteront! » Tout à coup, elle chancelle et expire! C'étaient des péchés de sangfroid. Ils furent sévèrement punis ! Mais quel grand miracle comparé môme à ceux de Jésus-Christ ! Il ressuscita Lazare, mais il ne fit mourir aucun pécheur par le seul glaive de sa parole. C'est surtout dans le grand œuvre de la prédication de l'Évangile que les miracles des apôtres surpassèrent ceux de Jésus-Christ. Dés le premier discours de saint Pierre, trois mille hommes se convertissent! Au second, cinq mille! Au moment de l'Ascension du divin Sauveur, le nombre des disciples enfermés dans le Cénacle était de cent vingt! On comptait en outre, ça et là, quelques disciples cachés, mais en petit nombre. Quand Paul, revenu à Jérusalem chez Jacques, eut raconté aux auciens assemblés ce que Dieu avait fait pourles Gentils, par son ministère, ceux-ci, glorifiant Dieu, lui disaient : « Tu vois, frère, combien de milliers de Juifs ont cru I Et cependant ils étaient tous fort zélés pour la loi. )) Des milliers de juifs zélés pour la loi, convertis, quel miracle !... £t le paganisme de Grèce et de Rome évanoui! Et l'Evangile reçu dans le monde entier ! Les beaux pieds de chacun de ces admirables pêcheurs d'âmes, de ces évaogélisles de la paix, de crs évangélistes du bien, courant toujours, semaient partout des miracles. Le monde tout entier a retenti de prodiges

semblables ou plus grands que ceux du divin Sauveur, L'accomplissement de la prophétie remplit donc aussi le monde. Jamais dans l'Eglise de Jésus-Christ les miracles n'ont manqué à l'exercice de l'apostolat. Mais il est des saints auxquels la multitude de leurs miracles ont valu le nom glorieux de Thaumaturges. Ils sont à eux seuls des témoins plus solennels, plus éclatants de la vérité de la parole de Jésus-Christ, de l'accomplissement de l'incroyable prophétie. Nous tenons à faire passer sous les yeux du lecteur quelques-unes de ces grandes et immortelles figiires.

Saint Martin de Tours. — Né en Pannonie, d'une famille idolâtre, vers l'an 316, il fut forcé par son père d'embrasser la carrière des armes. Il était encore catéchumène, quand Jésus-Christ lui apparut en vision, et le remercia d'avoir donné la moitié de son manteau à un pauvre. Il quitte l'état militaire, se fait baptiser et va trouver Hilaire, évêque de Poitiers, qui le fait exorciste. Encore lévite, il fonde le monastère de Ligugé, et c'est là qu'il fait son premier miracle. Une affaire urgente avait obligé Martin de quitter sa cellule. Pendant son absence, un novice qui n'était pas encore baptisé, meurt subitement. Les moines sont consternés. 3Iartin revient... on lui apprend l'accident. Il se rend à la cellule du mort, renvoie tout le monde, fait une fervente prière, et rappelle à la vie celui qui n'était déjà plus qu'un cadavre. Nommé évêque de Tours^ le saint thaumaturge continue sa vie pénitente et mortifiée. Il prêche partout; les miracles accompagnent sa parole. A Trêves, il guérit une jeune fille paralytique et prés de mourir... A Paris, il délivre un lépreux du mal qui le ronge, en l'embrassant et lui donnant sa bénédiction. Dans un village du diocèse de Chartres, il ressuscite un enfant, miracle qui amène aussitôt la conversion d'une multitude d'âmes... Il rend la vue à Paulin de Nôle, en touchant ses yeux atteints d'une cataracte... Il pressait un jour des idolâtres d'abattre un arbre, objet d'un culte païen ; ses instances sont acceptées, mais à la condition que i'évêque se met-

tra du côté où l'arbre doit tomber. Le saint accepte. On veut rattacher avec des cordes... Il se laisse faire, confiant dans la puissance de Dieu... L'arbre va tomber,.. 11 penche du côte de Martin... un terrible craquement se fait entendre... le saint va périr inévitablement... mais non! Il fait le signe de la croix... l'arbre se relève et

. tombe avec fracas du côté opposé ! Les païens émerveillés battent des mains avec enthousiasme, et demandent avec instance qu'on les baptise. Sulpice Sévère, témoin digne de foi, raconte encore beaucoup d'autres prodiges opérés par ce grand et humble serviteur de Dieu. Chargé d'années et de travaux, le grand évêque de Tours est averti par Dieu de sa fin prochaine. Il tressaille de joie à cette Ijonne nouvelle, s'ofïrant cependant à rester encore sur la terre pour travailler au salut des âmes et des corps. Mais sa couronne immortelle est prête ; elle l'attend au ciel! Le démon tente alors de l'effrayer. « Que viens-tu chercher ici, bête cruelle? lui dit le saint. Tu ne trouveras rien en moi qui t'appartienne; le sein d'Abraham est ouvert pour me recevoir. » Ce furent ses dernières paroles. Il expira tranquillement à l'âge de quatre-vingtdix ans. Voilà, certes, des miracles aussi grands et plus grands que ceux opérés par Jésus-Christ.

Saint Grégoire. — Lui aussi, il naquit dans l'idolâtrie. Mais son âme était droite, son cœur pur, son intel-

> ligence active et ardente. Il ne tarde pas à concevoir des doutes sur les superstitions du paganisme. Le grand Origène l'initie aux mystères de la foi, et, dès lors, il marche à grands pas dans le chemin de la vertu. Il reçoit le baptême ; et peu après, malgré sa résistance, il est sacré évêque de Nèocésarée. Il convertit sa mère ; son père seul demeura sourd à ses exhortations... La force de Dieu réside en Grégoire. Les païens remplissent son diocèse; on n'y compte que dix-sept chrèliens! A sa mort, il n'y aura que dix-sept païens! Il brillera surtout par son pouvoir extraordinaire d'opérer des miracles. Il n'a qu'à parler et son désir est exaucé. Un jour, il entre pour se mettre à l'abri dans un temple cousacré aux

.,no LES SPI-liMlF-URS DE LA FOI.

Hloles. Après avoir fait plusieurs fois le signe de la croix il passe la nuit en prière... Le lendemain, le prêlre du temple arrive ; les démons lui déclarent qu'ils ne peuvent plus résider dans un lieu d"où les a chassés l'homme qui est venu la nuit dernière. Le prêtre est furieux... il court après Grégoire... Le saint lui dit tranquillement qu'il a reçu de Dieu le pouvoir de chasser et de rappeler Satan ù volonté. Le prêtre est saisi d'admiration. Il le conjure de rappeler les démons. Grégoire accepte et lui remet ce mot : « Grégoire à Satan, rentre! » La sommation est à peine déposée sur l'autel, que les démons reviennent et rendent leurs oracles! Le prêtre païen se sent pressé de se convertir. Cependant il demande un autre miracle plus éclatant encore... Une très-grosse pierre encombre le chemin ; il exprime le désir de la voir changer de place... Grégoire commande.., et la pierre se rend au lieu indiqué!... Cette fois, tout doute a disparu de l'esprit du païen, qui devient fervent disciple de Jésus. Une autre fois, il a une vision, sa chambre est inondée de clarté.., la Vierge lui apparaît... elle est accompagnés du disciple bien-aimé... Grégoire se prosterne... Saint Jean lui dit de se mettre a sa table et d'écrire ce qu'il va lui dire... Et Grégoire entend de la bouche même du saint Evangélisle, l'explication des divines Ecritures !... A Néocésarée, on lui apporte chaque Jour beaucoup de malades, souvent incurables, il leur donne sa bénédiction et ils recouvrent la santé... 11 fait bâtir une vaste église pour contenir les fidèles dont le nombre augmente chaque jour... Un tremblement de terre renverse presque tous les édifices de la ville ; pas une pierre de l'église élevée par l'ordre de Grégoire n'a été ébranlée!... Le Lycus, fleuve très-impétueux, débordait souvent et causait chaque fois d'affreux ravages..; c'était l'effroi et la désolation des habitants! Grégoire est ému de celte calamité. Il s'approche du fleuve, plante son bâton sur la rive, et ordonne avec calme et confiance aux eaux du fleuve d'obéir à la volonté de Dieu , de n'aller jamais au-delà de son bâton. . . Les eaux se sont

retirées dociles, et les inondations ont cessé pour toujours... Le bâton de Grégoire a pris racine et devient un grand arbre... C'est Grégoire de Nysse qui raconte ce double prodige vraiment incroyable. Deux frères se querellaient, au sujet d'un lac faisant partie de l'héritage paternel.., à qui appartiendrait le lac? Terrible est la discussion. Les deux frères sont loin d'être d'accord... Ils recourent à Grégoire, lui exposent l'état de la question et attendent sa réponse... L'affaire ne s'arrange point... Les deux plaignants sont sur le point d'en venir aux mains, espérant chacun se procurer par la voie des armes la solution dernière de leur différend... Le jour de la lutte est fixé... Grégoire est prévenu; il a horreur du sang versé inutilement... Il passe la nuit en prièi'e au bord du lac... Le lendemain, le lac est desséché!... Une autre fois, le saint thaumaturge, à la prière des habitants, a fait reculer une montagne, autant que l'exigeaient les travaux de construction d'une église. C'est le nec-plus-ultra de la foi, au jugement du divin Maître, et le miracle des miracles !

Saint François d'Assise. — La vie de cet humble et glorieux serviteur du Christ fut un miracle conlinuLl. Sa mère le mit au monde dans une élable, sur de la paille, d'après le conseil d'un étranger mystérieux. Un inconnu, un ange peut-être, revêtu de la forme humaine, lui sert de parrain. Un autre personnage, d'une origine non moins céleste, demande à voir cet enfant de bénédiction ; il le prend dans ses bras; il le contemple avec amour, et le marque sur l'épaule du signe de la croix. Aussi tous ceux qui furent témoins de ces prodiges s'écnérent : « Cet enfant sera grand devant Dieu ! » Jamais prédiction ne s'est mieux réalisée. François, après quelques années de légèreté mondaine, renonce aux espérances d'ici-bas, et s'élance à pas de géant dans le chemin royal de la croix. Il devient le familier de Dieu. Pauvre desr biens de ce monde, il est riche de la puissance divine. 11 commande aux éléments ; les animaux sauvages lui sont soumis ; il ré^ne en maître

sur toute la nature. D'un geste, d'un signe, il guérit les malades et les infirmes; il rend la vue aux aveugles, l'ouïe aux sourds, la parole aux muets! La mortellemême dépose sa terrible tyrannie aux pieds du fidèle disciple de Jésus ; François lui arrache ses victimes ; Dans la vallée de Spolète, il voit venir à lui un pauvre mendiant dont le visage est rongé par un chancre, et qui, prosterné, baise avec foi ses pieds. Le saint lui ordonne avec bonté de se relever ; il le serre sur son cœur ; il l'embrasse avec effusion, et le chancre disparaît..! A Terni, un enfant est écrasé sous les décombres d'un mur renversé ; on porte son petit corps à François; le serviteur de Dieu fait une prière, tend la main à l'enfant, et le rend à sa famille, en parfaite santé ! A Narni, un homme se noie, on n'a pas pu le retrouver... François prie... et, tout aussitôt, indique l'endroit précis où s'est arrêté son cadavre. On le lui apporte. . . Il le bénit, lui ordonne au nom de Jésus-Christ de revenir à la vie, et le mort ressuscite !... L'Église de la Portioncule et la petite retraite du mont Alverne furent les témoins privilégiés des- faveurs célestes accordées à François. Les anges l'environnaient; il conversait avec la Vierge immaculée ; Jésus se montrait à lui sous une forme visible; l'adorable Trinité se révélait à son âme douce et aimante, dans tout l'éclat de sa majesté. Un ange le marqua des sacrés stigmates de la passion du Sauveur. Et, après sa mort, on vit parfaitement dessinées sur son corps ces traces miraculeuses de l'amour divin.

Dans un sentiment de dévotion tendre pour mon saint Patron, je tiens à rappeler ici un de ses miracles les plus touchants, que l'imagination la plus vive n'aurait certainement pas inventé. Il prêchait un jour dans une ville d'Italie, sur la place publique, et une foule immense accourait pour l'entendre. Deux jeunes époux liés d'affection avec le saint, et qui avaient reçu de lui la promesse qu'après le sermon il partagerait leur modeste repas, avaient laissé leur petit enfant aux soins d'une

LA FOI ET LA lîAISO?).

servante qu'ils savaient digne de toute leur confiance^ en lui recommandant bien de pas le quitter un instant, lis avaient compté, hélas ! sans la renommée du saint qui attirait tout à lui. La servante ne peut résister au désir d'entendre le séraphique saint François; l'enfant resté seul tombe dans une chaudière bouillante, et perd la vie. Combien grand fut le désespoir de la servante, et plus encore le désespoir des parents, qui rentrèrent quelques instants après elle! Mais le saint allait venir, et sa venue était une faveur incomparable. Si on lui apprend la triste nouvelle, il sera impossible de le retenir. Pour la lui cacher, on enferme le corps du petit enfant dans un cofïre, et chacun dissimule de son mieux la douleur cuisante qui l'oppresse. François arrive, se met à table, comme s'il ignorait tout, et se montre plein de tendresse pour ses hôtes bien-aimés. Mais au dessert, il exprime un désir étrange, il veut qu'on lui serve des pommes! Ce n'était plus la saison, les parents s'excusent de leur mieux, en invoquant une impossibilité absolue. Le saint fait de nouvelles instances qui troublent et attristent se> hôtes déjà si consternés. Tout à coup, jetant sur le coflre où l'on avait caché le corps du petit {enfant, un regard inspiré et vraiment céleste, le saint s'écrie : « Ouvrez ce colïre, et vous trouverez les pommes que je désire si ardemment.» Quel coup de poignard pour le cœur du père et de la mère ! Mais il fallait obéir. Ils ouvrent le coffre fatal, et meurent presque de joie en voyant leur cher enfant vivant, tenant dans ses petites mains les pommes qu'attend impatiemment l'incomparable serviteur de Dieu. Il est donc vrai que Dieu fait la volonté de ceux qui le craignent, et que les disciples du Sauveur ont fait des miracles aussi grands, ou plus grands que les siens! Qu'on rie de ma simplicité, de ma folie, si l'on veut! mais après cinquante années consacrées à approfondir les mystères de la science, je crois à ce miracle, si extraordinaire qu'il soit, ou du moins àf^a possibilité, aussi sincèrement, aussi vivement qu'aux beaux jours de mon noviciat religieux, quand je

le lus pour la premiiTc fois, dans la Vie de saint François, par le 11. P. Chalippe.

Saint François de Paule. — Le pieux fondateur des Minimes appartenait à une bonne famille de la Calabre; et dès son enfance, il apparaît à tous comme l'élu du Seigneur. Vers l'âge de quinze ans, il se retire dans une affreuse solitude pour se livrer à tous les exercices d'une vie austère et mortifiée. L'enfer se déchaîne contre lui, mais le jeune et courageux athlète sort vainqueur de la lutte. Safoi est inébranlable ; son amoursansbornes. Plus tard, honoré de l'estime et de l'affection des papes et des i*ois, il se regardait comme la balayure du monde et la plus indigne de toutes les créatures; à l'entendre, il n'était qu'un misérable pécheur. Il voulut que ses disciples portassent le nom de Minimes, pour indiquer qu'ils devaient se considérer comme les derniers dans la maison ' du Seigneur. En échange de son humilité, il reçoit une participation vraiment extraordinaire à la toute-puissance divine. Il se joue des éléments les plus terribles. Il lit dans les cœurs: il lit dans l'avenir. Dieu semble s'être fait l'exécuteur de toutes ses volontés. Toujours affable, toujours aimable, sa charité pour le prochain ne se rebute jamais. Il opère des merveilles et il se considère comme le plus petit des serviteurs de Dieu. Rappelons les principaux prodiges accomplis par ce grand thaumaturge. Un pauvre homme était atteint d'une lèpre hideuse. Les nerfs des pieds et des mains s'étaient rétractés ; il n'avait plus de voix pour ainsi dire... On le mène à François... « Donnez-moi la main, » dit-il au lépreux, aussitôt le malade se lève plein de fraîcheur et de force !.. Il rend de même la vue à une fille aveugle, et la parole à un muet de naissance. La sœur du saint, désespérée de la mort de son fils unique, vient le trouver : François fait porter le corps dans sa cellule, se met en prière, et, quelques minutes après, la mère voit reparaître son fils plein de vie. Pendant qu'il fait bâtir un monastère, deux ouvriers sont ensevelis dans un éboulement de terre. On les

croit morts, François commande de déblayer le terrain; les deux ouvriers apparaissent pleins de vie, sans avoir reçu la plus petite égralignure !... Dans la ville de Palerme, plusieurs gentilshommes trouvent un homme mort enseveli sous la neige ; ils l'apportent au saint homme qui lui crie: «Lève-toi, et marche. » A ces mots, le cadavre se dresse, la mort a abandonné sa proie... Pendant la construction d'une maison de l'Ordre, un four à chaux, quoique très-ardent, ne fonctionnait pas, et faisait craindre une explosion. On va chercher François, qui entre sans hésiter dans le four incandescent, fait les réparations nécessaires et sort sain et sauf!... Un prédicateur renommé pour son talent et ses vertus osa reprocher à François de promettre la santé aux malades, et le blâmer de ce qu'il appelait sa présomption : le saint l'écoute avec patience, puis s'approchant de la cheminée, prend des charbons ardents et les garde serrés dans sa main sans se brûler. « Toutes les créatures, dit-il simplement, obéissent ainsi à ceux qui servent Dieu d'un cœur parfait. »

Saint François Xavier. — Aussi distingué par la noblesse de son origine que par la supériorité de son intelligence, le futur apôtre des Indes aspirait aux honneurs les plus élevés, aux emplois les plus recherchés... Ignace de Loyola fait pénétrer la grâce du ciel dans celle âme ardente et généreuse...' Il transforme Xavier..., il en fait un apôtre... Sous un pareil maître, François atteint bientôt le plus haut degré de la perfection évangélique. Il brûle du noble désir de sauver les hommes ses frères; il veut conquérir des âmes à Jésus-Christ... Son vœu est exaucé... Les Indes seront le théâtre de son apostolat; c'est la que Dieu fera éclater en son illustre serviteur sa puissance infinie. Ce n'est pas par le raisonnement qu'on peut arracher au démon des âmes aussi esclaves des puissances des ténèbres... Il faut des miracles incessants pour ouvrir à la lumière de l'Evangile les yeux aveugles de ces pauvres idolâtres... Ce pouvoir surnaturel accompagnera partout la prédication del'infa-

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tigable apôlre... Des centaines de personnes lui demandent à la fois de venir les voir, et de les guérir... Impossible de les satisfaire toutes en même temps Xavie'r

prend des jeunes enfants, leur donne des chapelets et des médailles... Et voilà que ces petits chrétiens chassent les démons et opèrent des guéri sons miraculeuses!... Un de ses catéchistes, Antonio Miranda, est mordu ])ar une vipère, et meurt. Xavier l'apprend.. ! Il a besoin de son auxiliaire pour l'instruction du peuple.., il accourt... « Antonio, dit-il d'une voix forte et vibrante, au nom de Jésus-Christ, levez-vous 1 » Et Antonio se lève, plein dévie!... Une jeune fille est emportée par une lièvre maligne... Xavier la ressuscite ! Un enfant a perdu la vie, noyé dans un puits... On invoque l'apôtre. .., les païens sont là..., ils attendent avec incrédulité.., Xavier connaît le fond de leur cœur.., il rend l'enfant à la vie... Des milliers d'idolâtres se convertissent..., ils appellent François le grand Maître de la nature. . . Il parle plusieurs langues sans les avoir apprises... Il sépare deux armées prêtes à en venir aux mains en leur enjoignant simplement de se séparer... Un jour, il annonce la parole de Dieu à un auditoire mal disposé.... on l'écoute en souriant,.., il se recueille et d'une vni.\ inspirée il s'écrie : « Vous ne croyez pas à ma parole, croyez au moins aux œuvres qu'elle fait accomplir. » Un indien était mort depuis plusieurs jours, le grand thaumaturge fait ouvrir la tombe.., le cadavre est exhumé..,. Il sent déjà mauvais !... « Placez-le là, » dit le Père inspiré... On dépose le corps infect à ses pieds..,. « Au nom du Dieuvivant, en preuve des vérités que je prêche, je t'ordonne de te lever! » Le mort se lève docile à la voix de i'apôlre. Toute la multitude proclame sa croyance au Dieu de Xavier!.. On porte un jeune homme en terre.., la famille est en larmes.., le saint est touché d'une si grande douleur..., et rend le mort aux siens. Le viceroi d'Espagne est sur le point de s'embarquer; il a. donné Tordre d'équiper le navire qui doit l'emporter... Ne montez pas sur ce vaisseau, lui dit Xavier, il pé-»

rira dans la traversée... La prédiction se vérifia. . . Plusieurs fois il s'interrompit dans ses brûlants discours au peuple pour annoncer la mort d'un personnage connu... <( Un tel vient de périr en mer, priez pour son âme!... » Il commandait aux flols irrités, il se montre visible au même moment sur deux navires séparés par une grande distance. Il sauve d'un naufrage inévitable un navire pris entre deux bancs de sables... « Grand Dieu, s'écria-t-il , Père, Fils et Saint-Esprit, sauvez- , nous!... » Et le navire reprend sa course sur la mer obéissante à la voix de l'apôtre !... Un enfant est tombé ■ à la mer... le père est au désespoir... il est musulman..! Xavier va le trouver, le console, et lui fait promettre de se convertir si Dieu lui rend son fils... Quelques jours après, l'enfant reparaît sur le rivage, il est dans les bras de son père qui demande le baptême... Une sécheresse désole la terre qu'il évangélise... Xavier supplie le Seigneur d'avoir pitié de ces pauvres néophytes et la pluie tombe en abondance ! . . . Il annonce à plusieurs âmes l'heure de leur conversion.., il reproche à d'autres leur rechute ignorée dans le mal...

Celui qui croit en moi fera les œuvres que je fais et de plus grandes encore I Splendeur!!!

Chapitre Dix-Septième. — Treizième Splendeur de la Foi. — Allez, emeignez toutes les nations, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit; leur apprenant à garder tous mes commandements, et voici que je suis avec vous, tous les jours, jusqu'à la consommation des siècles. (S. Matth., xxyiii, 10 et 18.) Ces paroles ont été prononcées dans la circonstance la • plus solennelle de la vie de Jésus-Christ. Les onze apôtres sont venus en Galilée sur la montagne assignée comme lieu de rendez-vous. Jésus-Christ paraît à "son tour, et, le voyant, les apôtres l'adorent! Il s'approche d'eux et leur dit : « Toute puissance m'a été donnée sur la terre et dans le ciel ; comme mon Père m'a envoyé je vous envoie. Allez donc, enseignez toutes les nations, les

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baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit; leur apprenant à garder tous mes commandements. Et voici que je suis avec vous tous les jours jusqu'à la consommation des siècles. »

Ce que Jésus-Christ commande à ses apôtres: «Allez, enseignez, baptisez, apprenez à garder mes commandements,» c'est évidemment la conversion du monde entier. Cette conversion, il l'avait prédite ou annoncée dans le cours de sa vie sous des images diverses. C'est d'abord une moisson : «Levez les yeux et voyez les champs, comme ilsblanchissentdéjàpourlarécolte! La moisson estgrnnde, mais les ouvriers sont en petit nombre. Priez donc le Maître d'envoyer des ouvriers à sa moisson. » Une autre fois^ c'est le royaume de Dieu qui approche ; et ce royaume de Dieu, il compare son accroissement à celui de la plus petite des semences devenue bientôt un arbuste et même un grand arbre, sous les branches duquel s'abriteront les oiseaux du ciel. Ailleurs, c'est une petite quantité de levain, laquelle ajoutée à une grande masse de pâte la fait fermenter tout entière! Quelle graine minuscule en effet, quel minime ferment que cette petite troupe d'apôtres que Jésus-Christ envoie à toutes les cités, et chez toutes les nations du monde! Mais le divin 3]aître s'explique plus clairement encore. Il annonce que beaucoup d'étrangers viendront de l'Orient et de l'Occident prendre place dans le royaume des cieux avec Abraham, Isaac et Jacob; . . . que son Evangile sera prêché partout;... que, quand il sera élevé de terre, il attirera tout à lui ! ! !

Jésus-Christ prédit en outre la manière dont s'accomplirait le grand miracle de la conversion du monde. Une cache pas à ses apôtres les oppositions violentes qu'ils susciteront, les haines ardentes dont ils seront l'objet, les persécutions sanglantes qu'ils subiront, le martyre et lamort quiles attendent.il les encourage, il les rassure en leur déclarant qu'il a vaincu le monde dont ils auront tant à souffrir, et leur promet qu'ils seront éclairés et fortifiés par la vertu de l'Esprit d'en haut, etc., etc.

Ainsi donc, la conversion du monde, les circons-

tances de celte conversion, les moyens par lesqnels elle doit s'opérer, Jésus-Christ a tout prédit. vSon affirmation est encore plus solennelle, lorsqu'il dit à ses apôtres, au moment de les quitter: Vous recevrez la vertu de l' Esprit-Saint qui viendra sur vous, et vous serez témoins pour moi, à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu'aux extrémités de la terre. (Actes des Apôtres i 8.) La prédiclionestextraordinaire, éclatante, et elle s'est merveilleusement accomplie ! L'Evanaéliste saint Marcle constate dans ces termes d'une simplicité grandiose, ou plutôt divine : Or ceux-ci sont partis, et ils ont prêché partout, le Seigneur coopérant avec eux, et confirmant leur parole par les miracles qui l'accompagnent. Ce langage n'a rien d'humain ! Eux: Pierre, leur chef, qui s'était tant scandalisé, tant révolté à la seule pensée du supplice de la croix, qui s'était attiré ces paroles écrasantes de Jésus : « Retire-toi, Satan, lu m'es un sujet de scandale, parce que tu n'as point de goût pour les choses de Dieu, mais pour celles des hommes. » Pierre, qui dans la nuit de l'agonie, ne put même pas veiller et prier pendant une heure avec son divin Maître, qui le renia trois fois... Mais Pierre qui, confirmé dans le bien , s'écriait avec enthousiasme : « Seigneur, vous savez queje vous aime! Eux! LES DIX! auxquels Jésus-Christ froissé de leur incrédulité, n'hésita pas à dire: « Race incrédule, jusqu'à quand restcrai-je avec vous? Jusqu'à quand vous supporterai-je? » Les dix! qui, dans la marche funèbre au jardin des Oliviers, se disputaient encore à qui serait le plus grand ! Les dix! insensés et lents de cœur à croire à l'accomplissement des prophéties ! Les dix! qui, dès que leur maître fut saisi par les soldats, s'enfuirent tous lâchement! Lesdix! qui, même sur leThabor, quelques heures avant l'ascension de leur Maître, doutent encore de sa résurrection, et méritent qu'on leur reproche sévèrement leur incrédulité et la dureté de leur cœur! Mais, les dix! qui, remplis de l'Esprit-Saint, sont enfin transformés en pêcheurs intrépides des dmesl

Ils sont partis ! L'Evangile ne dit pas « ils parliront, ils partent, mais ils sont partis! » Comme des héros, comme César! et chacun d'eux a dit à son tour comme César: « Je suis venu, j'ai vu, j'ai vaincu ! »

Et ils ont prêché! Dans tous les idiomes, parce que l'esprit a délié leur langue ! Ils ont prêché partout, dans la Judée, dans la Samarie, dans l'Asie Mineure, dans la Grèce, dans la Mésopotamie, dans rArménie, dans la Perse, dans le^Indes, en Chine probablement, à Rome, en Italie, dans les Gaules, en Espagne, etc., etc. Partout I

Avec la coopération du Seigneur qui les a envoyés! Ils ont semé, ils ont planté, ils ont arrosé! Dieu a fait croître les plantes, et les arbres bénis I

Le Seigneur confirmant et fécondant leur parole par les miracles gui V accompagnent 1 En effet, ainsi qu'il leur avait été promis, ils ont fait les miracles de Jésus-Christ et de plus grands encore. Ils sont allés, ils ont si bien enseigné, si bien baptisé, ils ont si bien appris à garder lescommandements, que Paul, leurcontemporain et leur coapôtre, disait, dans son Epîlre aux Romains: Leur voix a retenti par toute la terre, rendez grâces à Dieu de ce que votre foi est annoncée dans tout (univers; dans son Epître aux Colossiens : « L'Evangile (lui est parvenu jusqu'à vous, est aussi annoncé dans le laonde entier, où il croît et fructifie ainsi qu'en vous.»

Ils sont partis! Comme leur divin Maître voulait qu'ils [larlissent: sans bourse, sans chaussures, portantpartout la paix, acceptant l'hospitalité qu'on leur offre, mani,:eant et buvant ce qu'on leur sert, guérissant les malades, et répétant sans cesse : le royaume de Dieu est proche... Agneaux au milieu des loups, objets d'une haine universelle, prédestinés à être égorgés, et tous, de fait, marty-rs en témoignage de la foi qu'ils prêchaient. Tout cela est admirable, surnaturel, divin! Le monde converti estun miracle immense par le seul fait de sa prédiction. Mais celte conversion est un second miracle, plus immense encore en raison des circonstances extraordinaires dans lesquelles elle s'est opérée.

La difficulté de l'entreprise. — Ici, évideinment, aucune proportion entre la cause etTeffet. L'effet,, c'est le monde converti, conquis. La cause, c'est la Toix, la parole des apôtres, Fidcs ex aiiditu. Ou cette parole est restée une parole humaine, la parole des Imnnbles et grossiers bateliers du lac de Génésareth, et c'est alors un peu de vain bruit qui se dissipe dans l'air, une cause nulle, absolument nulle ! Ou cette parole confirmée par le miracle, comme l'affirme le saint Evangile, est devenue la parole même de Dieu; la cause, alors, est divine, et l'effet, le monde converti, le royaume de Dieu, l'Eglise catholique, apostolique et romaine, est divin. Cause nulle, effet inlini 1 Ou cause divine et effet diviii. Force est de choisir.

La grandeur de l'entreprise. — Se représentant les apôtres sortant de Jérusalem pour se répandre dans le monde entier, saint Jean Chrysoslome les arrête, et leur dit : « Que prétendez-vous faire? Convertir l'univers? à qui? à Jésus-Christ? Quoi, vous allez convertir l'Univers plongé dans toute sorte d'excès, et le convertir à un homme qui vient de mourir sur une croix, il y a peu de jours ! Et ne voyez-vous pas le soulèvement général que vous allez exciter contre vous? La superslilion du peuple, l'acharnement des anciennes erreurs, l'orgueil des philosophes, le libertinage des impies, la puissance des Césars, la cruauté des tyrans, la rage des bourreaux, toutes les forces de la terre et de l'enfer conjurées vont se déchaîner contre vous! — Jésus crucifié nous envoie I Nous ne savons qu'obéir! Et nous vaincrons!» Bilan de la cause, zéro! Bilan de l'effet, infini !

Les héros de l'entreprise. — C'est encore saint Jean Chrysostome qui parle: « Mais pour réussir dans votre projet, avez-vous des ressources? Avez-vous des trésors pour gagner les peuples par l'appât des richesses? Avezvous de la science pour confondre les maîtres des nations? Connaissez-vous la Politique, pour en faire jouer les ressorts? Avez-vous du moins des armées et des soldats pour subjuguer l'univers par la force des armes? — Aous

n'avons non de tout cela! Nous avons même le contraire (le tout cela! Nos troupes? Nous sommes douze I Nos richesses, c'est le dépouillement de tout! Notre politique, la simplicité de la colombe, avec la prudence du serpent! Notre sagesse, la folie delà croix! » Bilan de la cause, zéro, moins que zéro. Bilan de l'effet, infini !

Issue de l'entreprise. — Ainsi, d'une part, l'infini ! Les sages, les philosophes, les génies, les empereurs, les magistrats, les armées, l'univers entier. De l'autre, zéro, moins que zéro! Douze juifs, haïs et méprisés de toutes les nations ; douze pécheurs sans lettres, sans talents acquis, jusqu'ici grossiers, timides, lâches, sans défense, sans appui! Qui l'emportera? Les apôtres paraissent, ils annoncent l'Evangile ! La terre étonnée se tait devant eux... Ils parlent..., leurs paroles sont des traits de feu ! Ils marchent..., leurs pas sont des pas de géants. Leurs actes sont autant de prodiges. Ces agneaux timides qui vont à la boucherie sans se plaindre, sont autant de lions ardents qui affrontent tous les dangers, autant de conquérants qui parcourent tout l'univers en vainqueurs. Les miracles les précèdent dans leur marche, les vertus les suivent en foulç, les vices consternés et alarmés s'enfuient. L'idolâtrie est renversée, et, sur ses ruines, l'Eglise triomphante de Jésus-Christ établit son empire. Bilan de la cause, moins que zéro ! Bilan de l'effet, infini ! Par ses agneaux, le lion de la tribu de Juda a vaincu !

Rapiditéde l'entreprise. — Infinie aussi ! Saint Paul, presque au début de son apostolat, bénissait Dieu de ce que l'Evangile éclairait toute la terre. Toutes les nations, disait saint Justin, au second siècle, tous les peuples : Grecs, Romains, Scythes, Barbares..., sont soumis aux lois de l'Evangile. «Empire romain, disait TertuUien après Justin, cesse de nous vanter tes victoires et tes conquêtes. Nos apôtres sont allés plus loin que tous les généraux, et jamais Rome, dans ses plus beaux jours, n'a porté si loin son drapeau, que l'Eglise sa croix! Voyez

noire mullitudel Nous ne sommes (|ue d'hier et nous remplissons vos provinces, vos villes, vos camps, vos campagnes, tout, excepté vos temples et vos théâtres. Vous nous persécutez, et si nous voulions nous venger de vos colères, nous n'aurions qu'à vous abandonner! Votre empire serait désert! *» Bilan de la cause, zéro! Bilan de l'effet, infini !

Conséquences de Tenir éprise. — La transformation du genre humain, des individus et des peuples ! Transformation de cette multitude innombrable de personnes de tout âge, de tout sexe, de toute condition, qui après avoir gémi si longtemps à l'ombre delà mort, dans les ténèbres infectes de l'idolâtrie, ont enfin ouvert les yeux à la lumière ! Transformation de cette multitude d'âmes mondaines qui s'arrachant aux délices périssables du siècle, sont allées s'ensevelir dans les déserts, dans les couvents, dans les cloîtres, pour ne plus méditer que les vérjtés éternelles! Transformation des bonnes âmes changées en une multitude d'âmes saintes, héroïques, parfaites, comme leur père céleste est parfait! Transformation même des âmes les plus scélérates et lesplus impies! « Donnez-moi, disait Lactance, des hommes orgueilleux, avares, colères, sensuels; confiez- les à la religion, elle les métamorphosera en hommes nouveaux. L'orgueilleux humilié sous la main de Dieu ; l'avare répandant ses trésors dans le sein des pauvres; le colère montrant la douceur de l'agneau; le sensuel embrassant la croix...!» Transformation enfin en martyrs d'une foule innombrable de païens! Au quatrième siècle, saint Jérôme en comptait déjà onze cent mille! devenus autant de glorieux athlètes de la foi, modèles incomparables d'une constance au-dessus des forces humaines ! Constance héroïque ! Ils affrontaient la mort, bravaient les tyrans, montaient sur les échafauds en vainqueurs! Constance si universelle, qu'elle semblait innée aux chrétiens ! Hommes, femmes, enfants, vieillards ! tout sexe, tout âge était mùr pour le martyre. Leur vie n'était qu'un apprentissage au martyre ; leur ambition était de mourir; leur sang ne semblait couler

dans leurs veines que pour être versé sur l'autel de la Religion. Constance si extraordinaire, qu'elle faisait l'admiration des tyrans, et opérait quelquefois leur conversion. Constance divinement contagieuse et féconde! Plus on égorgeait de chrétiens, et plus ils se multipliaient. Le sang des martyrs était littéralement une semence de croyants. De telle sorte qu'après tous les efforts réunis de l'enfer, après trois cents ans de persécution sanglante, les tyrans lassés, enivrés, rassasiés de sang, désespérant d'éteindre le christianisme, se sont eux-mêmes faits chrétiens. Les loups changés en agneaux sont à leur tour entrés dans la bergerie, couronnant ainsi le triomphe delà religion de Jésus-Christ. Bilan de la cause, moins que zéro ! Bilan de l'effet, infini I

PerpéUiité de l'enîreprûe. — Ce qui est plus extraordinaire encore, c'est qu'après dix-huit cents ans les successeurs directs des apôtres prêchent partout, enseignent toutes les nations, les baptisent, et leur apprennent à garder les commandements de Dieu. D'un grand nombre de pépinières saintes, des Pécheurs d'âmes, déjeunes apôtres s'élancent chaque année vers les quatre points de l'horizon, le Japon, la Chine, la Corée, les Indes, la Cochinchine, le royaume de Siam, Madagascar, les îles Sandwich, les îles de l'Océanie, le Sénégal, l'Afrique méridionale et centrale, Saint-Domingue, les Montagnes Rocheuses, le Labrador, etc., etc. Et voyez comment ils partent ! La cérémonie des adieux n'est-elle pas aussi une splendeur de la foi? Après la prière du soir, les voyageurs du lendemain sont introduits dans la chapelle. Ils s'agenouillent sur les marches de l'autel, au pied du tabernacle. Derrière eux se rangent leurs confrères, leurs directeurs, leurs parents et amis, accourus pour les voir une dernière fois. On fait la prière du soir, on lit le sujet de la méditation que les séminaristes devront faire le lendemain. La lecture terminée, les assistants s'assoient. les missionnaires partants restent deboutau pied de l'aulel. L'un des directeurs de la maison, ancien missionnaire lui-môme, leur adresse une pieuse allocution. Puis,

LA FOI ET LA lUlSON. 4J3

les jeunes apôtres iiîonlent les marches du sanctuaire, el là, ilebout contre le tabernacle, ils se tournent vers leurs frères. Ceux-ci et après eux tous les assistants sortent de leur place et viennent baisera genoux les pieds bénis de ces envoyés du Seigneur, tandis que le chœur chante la belle antienne: Qu'ils sont beaux les pieds de

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