‹ Les splendeurs de la foi (volume 3)Chapitre 20 sur 52 · CEUX QUI ÉVANGÉLTSEM LA PAIX, QUI ÉVANOÉLISENT LE BIEN · texte numérisé non relu

CEUX QUI ÉVANGÉLTSEM LA PAIX, QUI ÉVANOÉLISENT LE BIEN

Dès que leurs frères ont déposé sur leurs pieds le baiser du respect, les missionnaires les relèvent et déposent à leur tour surleurfront le baiser de la paternité. Et quand tous les cœurs se sont ainsi fondus les uns dans les autres, on entonne léchant du départ, dont un grand artiste, Gounod, a voulu composer la musique- Voici le refrain: «Partez, amis, adieu pour cette vie, portez au loin le nom de notre Dieu. Nous nous retrouverons un jour dans la patrie. Adieu, frères, adieu! >> Assistant un soir, dit M. Louis Veuillot, à pareille cérémonie, dans la chapelle du séminaire des Missions-Etrangères, je fus témoin du fait suivant: « Un vieillard s'avance, marchant avec peine, un des directeurs le soutient. Arrivé à l'autel, il baise successivement les pieds des quatre premiers missionnaires. Quand il fut aux pieds du cinquième, il se prosterna, il imprima ses lèvres sur les pieds du jeuiie homme qui pâlissait, il y pressa son front et ses cheveux blancs, et enfin il laissa échapper un soupir qui retentit dans tous les cœurs, que je ne me rappelle pas sans me sentir pâlir, comme je vis en ce moment pâlir son fds. Ce fils est le second que cet Abraham sanctifié donnait ainsi à Dieu. Et il ne lui en restait point d'auti'e ! » Splendeur ! Jésus-Christ avait dit à ses apôtres: «Allez, enseignez toutes les nations» baptisez-les au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, apprenez-leur à garder mes commandements. Et voici que je suis avec vous jusqu'à la, consommation des siècles.» Telle est la prophé4,ie! Jésus- Christ avait voulu qu'elle fût plusexplicite encore. « Vous recevrez la vertu de l'Esprit qui viendra sur vous et vous aérez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie,el jusqu'aux extrémités de lialei"iîe..« C'était

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l'oracle ! C'étaitaussiL'DipossiBLE, humainement! Ce devait être et ce fut le miracle. Vous recevrez la vertu de l'Esprit d'en liautl Or l'oracle et le miracle sont devenus un fait immense! Le monde est converti et chrétien 1 Les apôtres sont allés, ils ont enseigné, ils ont baptisé, ils ont appris à garder les commandements, ils ont été témoins jusqu'aux extrémités de la terre ! Donc Jésus- Christ est Dieu, donc la Religion catholique, apostolique, romaine est divine! Splendeur! Splendeur!!!

Chapitre Dix-Huitième. — Quatorzième Splendeur de la Foi. ' — Jérusalem, les jours viendront où tes enfants tomberont sous le tranchant du glaive, et seront emmenés captifs chez toutes les nations... Jéuisalem sera foulée aux pieds par les Gentils, jusqu'à ce que le temps des Gentils soit accompli... (Luc, xxi, 24.) Jésus-Christ approchait de Jérusalem où il voulait faire son entrée triomphale. Envoyant la ville du sommet des collines qui l'entouraient, il pleura sur elle et dit : « Ah ! si tu connaissais, au moins en ce jour qui t'est encore donné, comment tu pourrais t'assurer la paix ! Maintenant, hélas ! ces choses restent cachées à les yeux. Aussi des jours viendront où tes ennemis t'entoureront de tranchées, t'environneront, te serreront de toutes parts. Ils te renverseront par terre, toi et tes enfants ; ils ne laisseront pas de toi pierre sur pierre, parce que tu n'as pas connu le temps où tu as été visitée ! » Une autre fois, Jésus-Christ disait aux Juifs : « Je suis venu au nom de mon Père et vous ne m'avez pas reçu ! Un autre viendra en son propre nom (Tibère ou Titus) et vous serez forcés de le subir!» Enfin dans une prédiction des circonstances de laruine de Jérusalem non moins claire, non moins explicite, Jésus-Christ dit : « Quand vous verrez Jérusalem investie par une armée, sachez que la désolation est proche. Malheur aux femmes enceintes et à celles qui nourriront! En ces jours-là, il y aura une détresse affreuse dans le pays et une grande colère contre le peuple... Ils tomberont sous le tranchant

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du glaive et seront eminencs captifs cliez toutes les nations... Jérusalem sera foulée aux pieds par les Gentils jusqu'à ce que le temps des Gentils soit accompli. » Jésus-Christ a donc clairement prédit la destruction de la ville de Jérusalem et du temple, le massacre des Juifs, leur dispersion, la malédiction dont ils ne cesseront pas d'être accablés, et qu'ils ont eux-mêmes appelée sur leur tète, lorsque, dans un excès de fureur satanique, à celte déclaration de Pilate : « Je suis innocent du sang de ce juste, c'est votre affaire, » ils répondirent : « Que son sang soit sur nous et sur nos enfants 1 » Scène épouvantable ! Le peuple tout entier prophétisaitcommeravait fait Caïphe I Le flambeau de toutes les prophéties l'éclairait d'un jour funèbre!... Ces oracles se sont-ils accomplis? Oui, et d'une manière vraiment épouvantable. Jérusalem a été assiégée, entourée, prise d'assaut, saccagée, détruite 1 II n'est pas resté pierre sur pierre du temple dont les fondements mêmes ont été arrachés. . . Le peuple juif, dispersé par toute la terre, est partout délesté, maudit, tenu en défiance 1 Vit-on jamais rien de plus lamentable que le tableau tracé par Josèphe des malheurs qui assaillirent les juifs déicides dans leur patrie, dans toutl'Orient et jusque dans l'Occident. Tibère et Claude les chassent de Rome ; à Césarée, on les égorge par milliers. Néron leur ôte le droit de cité dans la capitale de la Syrie. Dans Alexandrie, aux plus cruels traitements on ajoute l'outrage ; on les chasse de leurs maisons ; leurs femmes sont publiquement insultées ; on les tue à coups de pierres et a coups de biVlon ; on prend plaisir à les voir lentement consumés par la flamme des bûchers. A la suite d'un soulèvement provoqué par de nouvelles vexations, Alexandre, Juif de nation, abandonne ses compatriotes à la fureur des soldats et du peuple. Il y eut un carnage horrible. . . On trouva plus de cinquante mille cadavres entassés dans le Delta du Nil, où ces malheureux avaient essayé de se retrancher. Toutes les cités de la Syrie virent se renouveler ces mêmes horreurs, qui se répétaient jusque dans

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la Mésopotamie. La Palestine à son loiir est ravagée par les Homains et par des bandes insurgées qui, sous le nom avoué d'assassins, sèment partoutle pillage, l'incendie et la mort. A Jérusalem, Florus agace les habitants par la tyrannie de ses caprices, et quand ils viennent se^ plaindre au préteur, il lance ses satellites sur ces infortunés comme sur des bêtes fauves. Plus barbare encore, Jean de Giscala appelle au secours de ses zélateurs vingt mille Iduméens qui par leurs férocités mettent le comble à la désolation .'Nulle trêve, nulle fin, c'est la plus effroyable anarchie qu'on vit jamais I Tout regorge de sang jusque sur les degrés du sanctuaire 1

Ce n'est pas seulement l'événement principal du chcâtiment effroyable des Juifs qui avait été prédit par Jésus- Christ. Les circonstances qui devaient l'accompagner ou le précéder étaient, elles aussi, annoncées à l'avance.

'1° Jésus-Christ avait dit a ses apôtres: «Avant tous ces maux, ils mettront la main sur vous ; ils vous traduiront devant les synagogues, les rois et les gouverneurs ; ils vous jetteront en prison; ils vous tueront. » Qui a fait le premier martyr de l'Evangile? Qui a immolé le premier évèque de Jérusalem? Qui a jeté Pierre en prison, livré Paul au proconsul romain? Ce sont les Juifs qui l'onl poursuivi partout de leurs fureurs, à Jérusalem, à Roiiie, à Damas, à Césarée; et qui ont été les instruments, en dernierlieu, de la persécution de iNéron.

â° Jésus-Christ avait dit en second lieu que l'Evangile de son règne serait prêché dans l'univers entier avant la. chute de Jérusalem. En effet, la voix des apôtres avait retenti jusqu'aux extrémités de la terre, leur sang fécond avait coulé sur tous les rivages, mêlé au sang d'innombrables fidèles. L'Eglise était fondée et régnait par la croix! C'était la Jérusalem nouvelle chantée par Isaïe! L'antique Jérusalem pouvait alors périr!

3*» Jésus-Christ avait dit: «En vérHé, en vérité je vous le dis, la génération présente ne passera pas avant que tous ces malheurs arrivent! El il avait invité les filles de Jérusalem à pleurer sur elles et sur leurs

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enfants. Ces paroles, entendues sans doute de plusieurs de ceux qui devaient être les témoins ou les victimes d/^ ce suprême désastre, ont été pleinement vérifiées p.i l'événement. Le païen Phlégon et toute la tradition ecclêsiastique racontent que lorsqu'on traînait au supplice les deux apôtres saint Pierre et saint Paul, ces deux fidèles témoins de Jésus-Christ dénoncèrent aux Juifs qui les entouraient la ruine imminente de leur patrie. Lactance nous a conservé ces révélations : « Jérusalem va être renversée de fond en comble, ses habitants, réduits à se manger les uns les autres, périront de faim et de désespoir. Ceux qui échapperont à la mort tomberont entre les mains de leurs ennemis; ils verront écraser leurs enfants, ravager tout par le fer et le feu; ils seront à jamais bannis de la terre donnée à leurs pères. Et tous ces maux fondront sur eux pour avoir insulté avec tant de cruelles railleries le bien-aimé Fils de Dieu! » Les deux apùlres étaient martyrisés le29 juin, en l'an 66, et au commencement d'avril de l'an 67, Titus, à la tète d'environ soixantedix mille hommes, venait camper presque en vue de Jérusalem. Bientôt, pour achever d'affamer la ville, il l'entoura (le la vaste muraille annoncée par Jésus-Christ. Le 8 septembre, il fil attaquer la ville haute; au premier assaut, la muraille est ouverte ; les Romains s'y précipitent ; tout fut massacré; le sol ne se montrait plus, tant il était couvert de sang; la ville entière fut démolie. Il y eut quatrevingldix-septmille prisonniers! Onze centmille hommes avaient péri ! Désastre inouï et tel qu'on n'en vit jamais sur la terre; aveuglement insensé, punition d'un crime affreux; massacre, famine; abomination de ladésolation dans le temple , sacrifice offert à Jupiter par les soldats devant la porte orientale ; circonvallation immense; ville prise d'assaut et mise à feu et à sang, ruine complète par les Gentils, etc., etc. Voilà bien l'accomplissemenl entier de l'oracle, couronné par la cérémonie solennelle du triomphe de Titus que Joséphe a décrite avec un accent d'inexprimable douleur. Parmi les dépouilles ou remarque surtout le livre de la loi

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mosaïque! et sept cents prisonniers qui marchaient chargés de chaînes, les yeux baissés et remplis cte larmes, devant le char du triomphateur. Déjà la charrue, suivant l'usage romain, avait passé sur les débris encore fumants du temple. » Ce n'était pas assez; la folle prétention de Julien l'Apostat de faire mentir le Nazaréen en rebâtissant le temple, fera creuser les fondements de telle sorte, qu'il ne reste plus, en effet, pierre sur pierre de ces bâtiments superbes condamnés par Jésus-Christ.

Le prophète Osée avait dit : « Les enfants d'Israël seront longtemps sans roi, sans prince, sans sacrifice, sans autel, sans éphode et sans téraphim. » Il semble impossible de préciser mieux, et en moins de mots, la condition réelle des Juifs dispersés et foulés aux pieds par les nations : 1°sans roi et sans pri-nce! Mille fois les Juifs ont essayé de se constituer en république indépendante et de se donner nn chef; mille fois ils se sont ralliés au premier aventurier qui flattait leur ambition patriotique. Tous leurs efforts ont échoué et leur sort n'a point changé. C'est toujours et partout la race proscrite, errante, réprouvée, portant au front le cachet de la malédiction divine et de sa grandeur déchue, mystérieuse empreinte que l'opulence n'effacera jamais I Ils avaient dit : « Nous n'avons pas d'autre roi que César! » C'est César en effet, c'est toujours César, aux temps de Home comme dans toute la série des siècles, c'est-à-dire le pouvoir politique, qui les abandonne aux fureurs populaires, provoquées parle préjugé, ou soulevées par les crimes. 2° Ils seront sans culte et sans sacrifices. Il u'y avait qu'un lieu dans l'univers où 'l'on pût offrir à Dieu le sacrifice d'agréable odeur, et ce lieu n'est plus ! Il est donc tout naturel que les réjouissances de la fête des Tabernacles, les rites mystérieux de la Pâque, les pompes augustes de la Pentecôte aient cessé. Qui, d'ailleurs, immolerait désormais les victimes d'Is-raël et les présenterait au Seigneur ? Ce ministère ét-ait réservé aux prêtres ; et Israël n'a plus de prêtres! Le prêtre devait être pris dans la tribu de Levi, et la tribu de Lévi est con-

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fondue avec toutes les autres 1 Le rabbin qui a succédé au Pontife est un simple docteur, sans onction sainte, sans caractère, sans mission! 3° Ils seront sans éphode : l'éphode est l'insigne sacerdotal. Jusqu'au temps de Théodose le Jeune, les Juifs, quoique dispersés, avaient encore un pontife appelé patriarche; cet empereur supprima la dignité du patriarcat, et depuis celte époque ils n'ont plus eu l'ombre de hiérarchie ! 4° Sans téraphim I Sans pontife et sans voyant rendant les oracles divins dans l'Arche sainte ! L'Arche sainte, en effet, a disparu dans l'incendie du temple, et il n'y a plus eu ni saint des saints, ni oracles, Dieu est muet pour eux! Nul pasteur pour les conduire, nul vrai maître pour les éclairer, nulle main pour soulever le voile des divins mystères ! La dispersion avec les caractères les plus marqués d'une réprobation définitive et sans appel! Leur obstination à refuser le pardon; l'amas de crimes accumulés sur leur tête et dont chaque jour ils travaillent à combler la mesure; l'absence absolue de sacerdoce etde nationalité; la haine invincible dont ils sont l'objet, etc. ; tout dit bien haut qu'il n'y a plus pour eux de grâce...

Contraste étrange! ils sont les rois de la terre par les richesses énormes qu'ils possèdent, par l'influence incalculable qu'exerce chez toutes les grandes nations la presse quotidienne, passée dans leurs mains, et cependant ils sont l'objet d'un mépris universel! M. Uenan lui-même, l'ennemi personnel de Jésus-Clmst, a dit : « Insociable, étranger partout, sans patrie, sans autre intérêt que ceux de sa secte, le juif talmudiste a souvent été un fléau pour les pays où le sort l'a porté ! » Michelet le prêlrophobe a dit plus durement encore : « Le juif c'est l'homme immonde qui ne peut toucher une denrée ou une femme sans qu'on la brûle, c'est l'homme d'outra-^^^e sur lequel tout le monde crache I» (Histoire de France, t. UI.l M. Desmousseaux termine son livre Le Juif, le Judaïsme, et la Judwisation des peuples chrétiens, si instructif et si effrayant! par la révélation du I complot satanique ourdi par les Juifs contre les sociétés

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cnrétiennes, par cette sanglante apostrophe, expression formidable de la vérité: «Marche, marche, âme errante, juif errant, toujours inquiet, toujours agité, toujours souffleté, toujours implacable, toujours immuable au milieu de tes changements..,. Toute nation te reste étrangère; toute nation pourtant te connaît et tu les connais toutes 1 Mais ton cœur de pierre ne s'attache à aucun homme et nul ne s'attache à toi... On le reconnaît partout, et partout hommes, climats et fléaux, s'ils ne te ménagent l'insulte, épargnent ta vie 1 Un signe semblable à celui qui marqua Gain te marquerait-il donc? Tu es maudit!. . oui maudit!.. Et les prophètes de ton ancienne loi te crient que nulle bénédiction n'égalera la tienne le jour où régénéré pai' le sang du Fils de David, lu voudras faire de ta personne le véritable enfant d'Abraham!» La conversion des juifs est, en effet, une opinion assez commune fondée principalement sur les prophéties d'Isaïe et de saint Paul. « 11 viendra de Sion Celui qui doit la délivrer et qui doit bannir l'irapiété de Jacob.» (Isaie, lxix, 2!5)... Saint Paul {Epître aux Romains, xi, ^. 25 et suiv.,) semble dire que le peuple juif se tournant, à la fin des temps, vers son Messie, trop longtemps méconnu et que les Gentils auront aussi à leur tour oublié, fléchira le genou devant lui, et implorera son pardon. Alors, l'ancienne et la nouvelle alliance, réconciliées en une seule, s'embrasseront comme deux sœurs réunies dans le même amour, sur la poitrine adorable de cet unique et véritable Sauveur, dont la mort racheta sans distinction tous les peuples, tous les pays, tous les âges. Beaucoup d'interprètes appliquent aux Juifs cet oracle d'Ezéchiel : « Je vous retirerai de tous les peuples... Je vous emmènerai dans votre terre que j'ai donnée à vos pères... Vous serez mon peuple et je serai votre Dieu. Lorsque je vous aurai purifié de toutes vos iniquités, que j'aurai repeuplé vos villes et rétabli les lieux ruinés.., tout ce qui restera des peuples qui vous environneront, reconnaîtra que c'est moi qui suis le Seigneur. »]N'e pourrait-

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on pas expliquer ainsi la tendance extraordinaire d'un très-grand nombre de juifs de toutes les parties du monde à venir vivre et mourir à Jérusalem ? Chaque vendredi, sauf celui qui fait partie de la fête des Tabernacles, les plus dévols se rendent dans l'après-midi, vers quatre heures en été, vers trois heures et demie en hiver, au mur ouest de l'enceinte de la mosquée d'Omar, pour prier et pleurer leurs péchés, pour demander la fin des maux qui les accablent, depuis plus de dix-neuf siècles. Rien de plus triste que leur chant dialogué : « Le rabbin: k cause du temple qui a été détruit, à cause des murs qui sont abattus, à cause de nos grands hommes qui ont péri. — Le peuple ;^ous sommes assis solitairement et nous pleurons. — Le rabbin: Nous vous en supplions, ayez pitié de Sion!»

Quel accomplissement frappant de la prophétie de Jérémie (xxx, 15) : « Pourquoi pleurez-vous de vous voir brisés de coups? Votre douleur est incurable, c'est à cause delà multitude de vos péchés que je vous ai traités de la sorte ! » Splendeur III

Chapitre Dix-Neuvième.— Quinzième Splendeur de laFoi. — Et loi, converti, confirme tes frères. (S. Luc, xxji, 321.) C'était après la cène, Judas est sorti, l'âme du divin Sauveur est triste jusqu'à la mort, mais elle est infiniment aimante, douce et résignée. « Mes petits enfants, dit-il, je vous donne un commandement nouveau: C'est de vous aimer, comme je vous ai aimés. » Puis, se tournant vers Pierre, il lui dit: « Simon, Simon, Satan demande à te cribler comme on crible le froment; mais j'ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille pas, et, converti, confirme tes frères! » Confirme tes frères! Jésus-Christ parle ainsi au chef de son Eglise ; la prière qu'il vient de faire l'a rendu invincible, les puissances de l'enfer ne prévaudront pas contre lui 1 Il fléchira un instant, mais il se relèvera, confirmé dans le bien ; et, converti, il devra affermir ses iréies dans la foi. C'est un ordre, mais c'est en même temps un oracle,

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une prophétie. Tu seras le jouet de Satan, mais lu le convertiras, et, converti, tu convertiras les frères.

L'oracle s'est accompli, Pierre est tombé! Il a méconnu et renié son divin maître, l'homme, le Gali-

léen, le Nazaréen ! mais il n'a pas renié le Dieu,

Jésus-Christ a laissé tomber sur lui un regard de miséricorde et d'amour! Il est converti! Il s'est caché dans les ténèbres, il a pleuré amèrement, el chaque j,our jusqu'à la fin de sa vie, le chant du coq fera coulei' sur ses joues un sillon de larmes. Et, converti, Pierre a confirmé ses frères dans la foi, de la manière la plus divine.

De toutes les splendeurs la plus éclatante peut-être est l'histoire de saint Pierre résumée dans ces deux mots, d'une grandeur el d'une simplicité merveilleuses: « Pierre, converti, confirme tes frères!» Pierre avant sa conversion, c'est l'homme avec toutes les faiblesses de l'humanité; c'est le roseau agité par le vent. Pierre converti, c'est le chêne vigoureux qui défie la tempête. Ecoutons son histoire tracée par les saints évangéhsles.

André a amené son frère Pierre a Jésus, en lui disant : Nous avons trouvé le Messie! Jésus regarde Pierre, et lui dit: «Simon, fils de Jonas (fils de la colombe el colombe) tu seras appelé Céphas! c'est-à-dire la Pierre, le rocher immuable, sur lequel je bâtirai mon Eglise. » Quel admirable début !

.lésus passant le long des bords de la mer de Galilée, vit Simon et André son frère jeter leur filet à la mer, car ils étaient pêcheurs, il leur dit: «Venez, suivezmoi, je vous ferai pêcheurs d'hommes ! » Et laissant leur filet, ils le suivirent. Quelle divine attraction! Quelle mission divine! Pêcheur d'hommes !

Jésus-Christ assis dans la barque de Pierre lui dit: « Prends le large, et jette tesfileis. — Maître, nous avons travaillé toute la nuit sans rien prendre! Cependant sur votre parole je jetterai le filet... » Us prirent une si grande quantité de poissons, que le filet se rompait. Us firent signe à leurs compagnons de venir les aider; ceuxci vinrent; et ils remplirent de poissons les deux barques, à ce point qu'elles menacèrent de couler à fond.

Ce que voyant, Simon-Pioi-re tomba aux pieds de Jésus en s'écriant: « Retirez-vous de moi, Seigneur! parce que je suis pécheur! La pêche miraculeuse les plongeait tous dans la stupeur ! Xésus ditàSimon :. « Ne crains point ! Pluslard, tu pécheras desliommes. » Quel miracle ! Quel acte de foi divine! Quelle prophétie étrange !

Vers la quatrième heure de la nuit, Jésus vinl à ses disciples, marchant sur la mer, et semblant, vouloir les dépasser. Ils crurent que c'était un fantôme. Pierre s'écrie : Seigneur, si c'est vous, ordonnez-moi de venir à vous sur les eaux. Et descendant de la barque, Pierre marchant sur les eaux allait vers Jésus. Mais iJ faisait un grand vent, Pierre eut peur,, et comme il commençait à enfoncer, il cria: Seigneur, sauvez-moi! Jésus étendant la maiii, le saisit et le fait rentrer dans la barque en lui disant: «Homme de peu db' foi,: pourquoi as-tu douté ?^ Voilà le miracle encore, voilà aussi l'homme, le roseau.

« Et vous, Pierre, qui difes-vous que je suis? — Seigneur, vous êtes le Christ, Fils du Dieu vivant! — Tues bienheureux Simon, fils de.Tonas, parce que ce n'est ni la chair, ni le sang qui t'ont révélé ce mystère, mais mon Père qui est dans les deux. Et moi je te le dis : Tu es Pierre, et sur celte pierre je bâtirai mon Eglise, et les puissances de l'enfer ne prévaudront pas contre elle. Je te donnerai les clefs du royaume des cieux: tout ce que lu lieras sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que lu délieras sur la terre sera délié dans le ciel.» Quel magnifique acte de fol! Quelle louange! Quelle promesse! Quelle puissance étonnante accordée à Pierre ! Puissance toujours exercée et qui s'exercera toujours.

Jésus annonçait à ses disciples qu'il fallait qu'il allât à Jérusalem, qu'il y souffrirait beaucoup, qu'il serait misa mort, et que le troisième jour il ressusciterait! Pierre le prend à part et lui fait de vifs reproches: à Dieu ne plaise qw'il vous arrive de pareilles choses ! c'es.t impossible! Jésus, regardant ses disciples, menace Pierre et lui dit: « Retire-toi de moi,. Satan ! Tu es un sujet de scandale pour moi ! Tu ne. compread^ pas ce qui est de

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Dieu, mais ce qui est des hommes! Tu n'as pas de goût pour les choses du ciel, mais seulement pour les choses de la terre! » Voilà l'homme! Voilà le roseau! Voilà Pierre avant d'être revêtu de la vertu d'en Haut !

Jésus se lève de table, dépose sa robe, se ceint les reins d'un tablier, met de l'eau dans un bassin, et va d'abord à Pierre..., pour lui laver les pieds. «Quoi! Seigneur, vous me laveriez les pieds! Je ne le permettrai jamais! — Si je ne te lave pas les pieds, tu n'auras pas part avec moi! — Seigneur! pas seulement les pieds, mais les mains et la tête! — Celui qui est pur a seulement besoin qu'on lui lave les pieds: or vous êtes purs. » Voilà encore l'homme, la nature humaine avec ses extrêmes ! Et quelle scène divine !

« Simon, Simon, voici que Satan demande à vous cribler comme on crible le froment! — Seigneur, dit Pierre, je suis prêt à aller avec vous à la prison, à la mort. — Tous, celte nuit, vous vous scandaliserez à cause de moi. — Quand tous les autres se scandaliseraient, moi, jamais je ne me scandaliserai, je donnerai ma vie pour vous ! — Tu donneras ta vie pour moi ! En vérité, en vérité, je te le dis: Aujourd'hui, avant que le coq ait chanté, tu me renieras trois l'ois ! — Non, quand il me faudrait mourir, je ne vous renierai pas. »

Pierre a été introduit dans le Prétoire par un disciple qui connaissait le grand prêtre. — La servante qui gardait la porte lui dit: «N'ôtes-vous pas un des disciples de cet homme? — Non, » répond Pierre. On avait allumé un grand feu, Pierre avait pris place autour du foyer. Une servante le regardant attentivement, lui dit: «Vous étiez avec Jésus le Galiléen. — Je ne sais ce que vous voulez dire, je ne connais pas cet homme ! » Pierre voulut sortir, le coq chanta. Comme il franchissait la porte, une autre servante dit: « Celui-ci était avec Jésus de Nazareth!» Pierre niait, mais la servante insista. « Vous êtes de ces gens-là, votre langage vous trahit. » Pierre protesta et jura avec serment qu'il n'y avait rien de commun entre Jésus et lui. — Mais ne t'ai-je pas vu avec lui dans le

jardin?» dit un parent du serviteur dont Pierre avait coupé l'oreille. Pierre persista dans sa négation.

Le coq chanta pour la seconde fois I Et Jésus qui passait, traîné par les soldats, jeta un regard sur Pierre, qui courut se cacher dans les ténèbres, et pleura amèrement. Voilà la chute et la conversion !

Jésus ressuscité se montre debout sur le rivage. Le disciple que Jésus aimait, dit à Pierre : « C'est le Seigneur !» Pierre se revêt de sa tunique, car il était nu, et il se jette à la mer! Après un modeste repas, Jésus dit à Pierre: « Simon, fils de Jonas, m'aimes-tu? — Oui Seigneur, vous savez que je vous aime I — Pais mes agneaux. — Simon, fils de Jonas, m'aimes-tu? — Oui Seigneur, vous savez que je vous aime. — Pais mes agneaux. — Pierre, m'aimes-tu? — Seigneur, vous qui savez tout, vous savez que je vous aime ! — Pais mes brebis. Quand tu étais jeune, tu ceignais tes reins, et tu allais où tu voulais aller ! Quand tu seras vieux, tu donneras tes mains, on les garrottera, un autre te ceindra, et te conduira où tu ne voudrais pas aller. » En parlant ainsi Jésus- Christ indiquait à Pierre le genre de mort par lequel il devait glorifier Dieu.

C'est la touchante et divine histoire de Pierre.

Voici comment il confirma ses frères.

Descendu de la montagne des Oliviers, Pierre entré dans le cénacle avec les apôtres et les disciples, fait procéder à l'élection de Matthias en remplacement de Judas. Puis, après dix jours de prière commune et fervente, Pierre avec les apôtres est rempli de l'Esprit- Saint, et sort du cénacle, parlant toutes les langues. 11 venge tout d'abord ses compagnons de Taccusalion d'ivresse dont on veut les flétrir, et montre en eux l'accomplissement de la prophétie d'Isaïe: «Je répandrai mon esprit sur vos fils, et ils prophétiseront.» Puis interpellant la foule, il lui dit: « Jésus que vous avez crucifié n'a pas subi la corruption du tombeau, il est ressuscité et nous sommes les témoins de sa résurrection. Elevé à la droite de son Père, il a répandu sur nous son esprit qui

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procède de son Père, et cet esprit fait en nous ce que vous voyez, ce que vous entendez. Croyez en lui, acceptez son baptême. » Trois mille environ crurent, et s'unirent aux apôtres, dans la fraction du pain et la prière. Le lendemain la prédication recommence, et cinq mille hommes sont convertis. La synagogue s'indigne, elle jette Pierre et Jean en prison ; elle les cite devant son tribunal et leur défend avec menaces de parler et d'enseigner désormais au nom de ce Jésus ; mais ils répondent avec une énergie divine : «Nous ne pouvons pas ne pas obéir à Dieu qui nous fait un devoir de dire ce que nous avons vu et entendu. » Et, dans une prière fervente, les apôtres réunis demandent à Dieu de leur donner la force d'annoncer sa parole sainte en toute confiance, et d'étendre sa main pour que les guérisons, les miracles, les prodiges faits au nom de Jésus-Christ accompagnent partout leurs pas. Et voici qu'en effet l'ombre seule de Pierre guérit tes malades et délivre les possédés venus de toutes parts se grouper sur son passage. Hérode pour plaire aux juifs fait arrêter Pierre, avec la volonté de le faire mourir, comme Jacques le Majeur ; mais un ange lui ouvre les porte? de la prison. Dans la grande discussion survenue à l'occasion des observations • légales à imposer aux Gentils convertis, Pierre fait celte simple observation : « Pourquoi imposerez-vous aux disciples un joug que ni nos pères ni nous n'avons pu porter? » Tous étaient confirmés dans la vérité, et fixés sur la conduite à tenir.

Mais c'est surtout^ quand, après avoir fixé son siège à Rome, il sera devenu le chef visible et suprême de l'Eglise, que Pierre accomplira avec plus de solennité le commandement ou l'oracle du divin Maître.

Les fidèles de Rome, dit saint Ambroise, alarmés des dangers que la cruauté de Néron faisait courir à Pierre, le pressaient de céder à l'orage et de s'éloigner de la ville. Il s'y refusa longtemps, mais leurs instances furent si pressantes, qu'enfin il se décida à partir. Il se mit en route pendant la nuit, et déjà il approchait du mur d'enceinte, lorsq^u'il vit Jés.us.-Christ fraadiir la porte et

LA FOI ET \.\ liAlSON. 4^ i

Tenir à sa rencontre. «Où allez-vous, Seigneur? lui demande Tapôtre. — Je vais à Rome pour y être de nouveau crucifié!)) Pierre a compris! Il est rentré dans Rome. Averti du supplice qui l'attend, il n'a plus qu'une pensée ; celle de confirmer par une exhortation immortelle le courage, la foi et l'espérance des chrétiens. C'est son testament, et il l'adresse aux fidèles de l'univers, à tous ceux qui partagent avec lui la foi en Jésus-Christ Notre- Seigneur ! «Servez Dieu, en joignant la vertu à la foi; la science à la vertu, le désintéressement à la science, la patience au désintéressement, la piété à la patience; l'amour de vos frères à li piété, et à l'amour de vos frères, la charité qui enferme tout!! Î.^.Oaieonque perd de vue ces grandes choses est un aveugle marchant b, talons dans la vie, uni ingrat qui oublie la faveur dont il fut l'objet, quand il reçut, parle baptême, la rémission de ses anciens péchés... Je n'hésite pas à vous tenir ce langage, quoique vous sachiez déjà ces vérités et que vous les teniez fermes dans vos cœurs. Tant qiieji'habite encore ce tabernacle mortel, je vous dois mes encouragements et mes exhortations. [Ctonfirma fratres iuos !i J'ai d'ailleurs la certitude que la déposition du temple de mon âme est prochaine. Notre-Seigneur Jésus- Christ me l'a révélé ! Mais j'aurai soin qu'après ma mort ces instructions vous soient souvent renouvelées!» Par les successeurs de Pierre !..,

« Je veux vous affirmer encore qu'en vous annonçant l'avènement et la puissance de Noire-Seigneur Jésus- Christ, je n'étais nullement l'écho de fables savantes ! Je fus moi-môme le témoin de ses grandeurs, et des gloires dont Dieu Je Père l'a investi. J'étais là, quand une voix descendue du ciel, au milieu d'une aairéole éblouissante, lui rendail ce témoignage: « Celui-ci est « monFilsbien-aiméen qui j'ai placé mes complaisances, « écoutez-le. » Cette voix céleste^ je l'ai entendue, alors que nous étions avec lui sur la montagne sainte. Nous avons d'ailleurs un témoignage non moins authentique dans les oracles deS' propbéles. Vous les éludiez avec

428 LES SPLE^'DEURS DE L\ FOI

attention, je le sais, et vous faites bien. Les prophéties sont la lampe allumée dans l'obscurité, en attendant que le jour paraisse, et que l'étoile du matin brille dans vos cœurs. Rappelez-vous, pourtant, que les paroles de l'Ecriture ne doivent pas être soumises a une interprétation PRIVÉE. Elles sont indépendantes de la volonté €t de l'intelligence, par leur origine même, puisque les saints qui nous les ont transmises les avaient reçues de l'inspiration de l'Esprit. » Qui ne sent ici le souffle de Dieu?

« Comme il y a eu des faux prophètes au sein du peuple d'Israël, de même il se rencontrera des maîtres en imposture. Ils introduiront parmi vous des sectes de perdition. Ils apostasieront la foi du Seigneur qui lésa rachetés. Des multitudes les suivront dans leurs égarements! * Dans leur avarice sordide, ils font trafic de leurs discours séducteurs et des malheureux qui en sont les victimes. Leur condamnation est écrite dès l'origine de l'histoire du monde ; le Dieu vengeur ne s'endort pas. Il n'a point pardonnéauxangesrebelles...Iln'apointépargnéle monde antédiluvien. Aux flots du déluge universel qui engloutirent les impies, Noé et sept autres personnes échappèrent seules! Les cités de Sodome et de Gomorrhe réduites en cendres, attestent encore aujourd'hui la réalité des châtiments que Dieu réserve aux impies. Loth le juste fut arraché par le Seigneur aux outrages de ces infâmes Dieu sait, quand il lui plaît, arracher les justes

à la persécution. Sa Providence réserve les impies pour le jugement final et pour les supplices éternels. Sa vengeance éclatera surtout contre les pervers qui s'abandonneront auxignominies des concupiscences charnelles, afïectant le mépris de toute autorité, se complaisant dans les audaces de l'orgueil, poursuivant de leurs blasphèmes tous les représentants du pouvoir. Les anges, plus grands et plus puissants que les princes de ce monde, les épargnent pourtant et laissent à Dieu le soin de les juger... Les insensés, livrés comme des bêtes sans raison à toutes les perversités de la nature, se préci-

LA roi ET LA IIAISON , j)q

pilent h leur perte. Ils blasphèment ce qu'ils ignorent et ils périront dans la corruption. Leurs yeux sont

plcinsd'adultères,etils séduisent les âmes innocentes

Fontaines sans eau, nuages emportés par des tourbillons, et qui vont se perdre dans les ténèbres de la nuit, ils attisent les flammes des passions impures pour envelopper de nouveau les chrétiens à peine échappés à l'erreur. Ils promettent la liberté, ces esclaves de la corruption ! Oui, esclaves! car on l'est dès qu'on se laisse vaincre; oui, car après avoir cherché un refuge contre les souillures du monde dans la connaissance de Jésus- Christ, ils ont subi de nouveau le joug honteux de la chair. Mieux eût valu pour eux ne connaître jamais la voie de la justice; et c'est à eux que s'appliquent dans toute leur réalité ces cruels proverbes: Le chien retourne à son vomissement! Le porc sortant de l'eau va se vautrer dans la fange!

« Au dernier jour on verra surgir des artisans de déception, des séducteurs livrés h toutes les convoitises de

la chair Où est, diront-ils, la promesse faite par

Jésus...., de son second avènement? Nos pères sont morts, rien n'est changé dans l'ordre de la création, la nature est éternelle! Or la vérité, qu'ils l'ignorent ou non, est que le Yerbe de Dieu a créé les cieux d'abord ; ensuite la terre, de l'eau et par l'eau, et qui y fut replongée par le déluge. En ce moment, les cieux et la terre ne subsistent que par le Yerbe de Dieu. C'est lui qui les maintient à l'état actuel jusqu'au jour du jugement et de la catastrophe finale où les impies périront par le feu. Pour vous, mes bien-aimés, ne cherchez point à supputer les temps. Sachez qu'aux yeux du Seigneur un jour est comme mille ans, et mille ans comme un

jour! Sa providence est patiente! Par amour pour

nous, il ne veut la perle de personne, il veut au contraire nous appeler tous à la pénitence Le jour du

Seigneur surprendra à Timproviste comme surprend un voleur! Dans un choc terrible les cieux passeront; les éléments embrasés seront dissipés ; la terre, avec tout

^^jQ LES SPLENDEURS DE LA FOI.

ce qu'elle renferme, sera consumée par le feu. Si clone loul l'univers es! destiné à périr, quelle ne doit pas être la piété, la sainteté de voire vie, vous qui attendez le jugement du Seigneur, qui courez à cet événement formidable, où les cieux embrasés seroat dissous, ou les éléments entreront en fusion 80.m8 l'ardeur des flammes I Selon la promesse de Dieu nous attendrons de nouveaux cieux et une terre nouvelle, patrie de la justice I Dans une telle expectative, mes bien-aimés, employez donc tous vos soins à vous maintenir,, purs et sans tache, dans la paix d'une conscience inviolable; redoublez de zèle dans la confiance que la longanimité de -\olre-Seigneur est un moyen de salut pour nos âmes. .Notre bien-aimé frère Paul vous a déjà écrit ces

choses, selon la sagesse divine qui l'inspire Je sais

qu'il se trouve dans ses épîlres des passages difficiles à comprendre, et qu'un certain nombre d'hommes, ignorants et légers, cherche ni à en dépraver le sens. Mais il n'est pas un seul livre des Ecritures que l'esprit de mensonge et de ruine n'ait prétendu altérer de la sorte. Vous du moins, mes frères, tenez-vous pour avertis, gardezvous de céder à des suggestions perfides, soyez fermes dans la foi, croissez de plus en plus dans la grâce et la connaissance de notre Dieu et Seigneur. A lui la gloire, maintenant et dans l'éternité ! »

Quelle admirable profession de foi! Quelle majestueuse condamnation des hérésies de tous les âges jusques et y compris le protestantisme et le hbéralisme. El quel événement extraordinaire que celui de voir tomber la double théorie véritable de la formation neptunienne de la terre et de la fin du monde par le feu, de la bouche de celui dont la synagogue elle-même admirait d'autant plus la fermeté inébranlable qu'elle le savait sans lettres et ignorant, sme lilleris et idiotœl mais que saint Denis l'Âréopagite, étonné de la sublimité de son langage, n'hésitait pas à appeler « la gloire sans rivale, l'ornement céleste, le chef suprême, la base, la colonne la plus unique et la plus forte de la divine théologie. »

LA FOI ET LA RAISON. ^.j^

La première t'pître de saint Pierre, plus morale que dogmatique, n'en est pas moins un merveilleux accomplissement de la prophétie : Converti, confirme tes frères ! Ses frères, cette fois, ce sont les juifs de la dispersion réservés au sailli, qui doit être révélé à la fin des temps... <( Ce n'est point au prix de l'or et de l'argent, matières corruptibles, que vous avez acquis la rédemption des vaines erreurs de vos traditions paternelles, mais par le sang de Jésus-Christ, agneau sans tache, connu avant la création du monde, et manifesté dans ces derniers temps à cause de vous. C'est par lui que vous croyez en Dieu qui l'a ressuscité d'entre les morts, et l'a couronné de gloire, aussi votre foi et votre espérance sont en Dieu.

« 3Iaintenez donc vos âmes chastes dans les liens de la charité et de la tendresse fraternelle. Aimez-vous de plus en plus respectueusement les uns les autres, dans la simplicité de vos cœurs..., régénérés que vous êtes dans le

Verbe de Dieu vivant et éternel Déposez tout esprit

de fraude, de dissimulation, d'envie et de médisance. Comme l'enfant nouveau-né, ayez soif du lait spirituel et pur qui vous fera grandir dans le salut. Goûtez de plus en plus combien le Seigneur est doux. Approchez-vous de cette pierre vivante, rejelée des hommes, mais élue et glorifiée par Dieu, pour que vous lui soyez superposés vous-mêmes, comme les autres pierres de ses édifices spirituels, temples saints où l'on

offre des hosties agréables à Dieu, par .Îésus-Christ

Honneur à ^ ous qui avez cru! Pour les incrédules, au contraire, la pierre angulaire, rejetée par les architectes aveugles, e^st devenue une pierre d'achoppement et de scandale, contre laquelle ils viennent se briser... Vous, mes bien-aimés, race choisie, sacerdoce royal, nation sainte, peuples de la divine acquisition..., voyageurs et pèlerins que vous êtes, dégagez-vous des convoitises charnelles qui luttent contre l'âme, établissez votre vie parmi les nations dans la roule du bien. On nous traite de malfaiteurs, forcez la calomnie a reconnaître vos

LES SPLENDEUnS DE LA FOI.

bonnes œuvres Soyez soumis, en vue de dieu, a

TOUTE AUTORITÉ HUJiAiNE i ail princG, comme source du pouvoir; aux gouverneurs envoyés de lui, comme à ses représentants, pour la répression des coupables cl la rémunération des hommes de bien. Telle est la volonté de

Dieu Vous êtes libres, non pour faire de votre liberté

le voile d'une malice perverse, mais pour vous montrer les serviteurs de Dieu. Respectueux pour tous, aimez les hommes d'un amour fraternel, craignez Dieu, honorez le prince. » — <( Esclaves, soyez soumis en toute crainte à v^os maîtres, non pas seulement à ceux qui se montrent bons et modérés, mais à ceux dont le caractère est le plus difficile. Car c'est le triomphe de la grâce de supporter patiemment, en vue de Dieu, les traitements injustes. Jésus-Christ a souffert ainsi pour nous, et il nous a laissé son exemple afin que nous le suivions. D n'avait pas péché, le mensonge n'effleura jamais ses lèvres; on le maudissait, il gardait le silence ; il souffrait les tortures de sa passion, sans qu'une menace tombât de sa bouche sur ses bourreaux.» — «Que les femmes soient soumises

à leurs maris Qu'elles les amènent à la foi par leur

conduite chaste, jointe à une crainte respectueuse. Qu'elles n'étalent pas au dehors une chevelure habilement contournée, et des parures d'or, ou de trop riches vêtements ; mais qu'elles brillent au dedans par l'incorruptibilité d'un esprit calme et modeste, qui est d'un grand prix aux yeux de Dieu. C'est ainsi qu'autrefois les saintes femmes s'ornaient dans un esprit de soumission et de fidélité à leur propre époux.» — «Vous, maris, vivez INTELLIGEMMENT et Sagement avec vos femmes, les traitant avec délicatesse comme des êtres plus faibles, cohéritières avec vous delà grâce de Jésus-Christ. Alors, les prières que vous ferez ensemble seront exaucées. » — Tous enfin, ne faites qu'un seul cœur, compatissants, vous aimant en frères, miséricordieux, modestes, humbles. Ne rendant pas le mal pour le mal, la malédiction pour la malédiction, mais, au contraire, le bien pour le mal, la bénédiction pour la malédiction. Avant tout, ayez les

LA FOI ET LA RAISON A'Sà

uns pour les autres une charité conslanle, car la ch;irité couvre la multitude des péchés. Mettez au service les uns des autres les dons que vous avez reçus, vous constituant ainsi les bons dispensateurs des dons multiples de

Dieu Mes bien-aimés, si on vous outrage pour le nom

du Ciirist, regardez-vous comme bienheureux, parce que l'honneur, la gloire, la vertu de Dieu et son esprit reposent sur vous. Défendez-vous efficacement, qu'on vous outrage comme homicide, voleur, médisant, avide du bien d'autrui. Mais si l'on vous outrage comme chrétiens, gardez-vous bien de rougir, mais glorifiez Dieu... Evêques, je vous en conjure, évoque moi-même et témoin des souffrances du Christ, paissez le troupeau de Dieu confié à vos soins, et remplissez les fonctions de l'épiscopat non pas dans un esprit de rigueur, mais avec une tendre affection ; non pas en vue d'un lucre honteux, mais dans le sentiment d'une charité désintéressée ; non pour dominer tyranniquement sur le clergé, mais pour vous faire vous-même de cœur le modèle du troupeau... Vous jeunes élèves, soyez soumis aux anciens; exercezvous les uns les autres à l'humilité, car Dieu résiste aux superbes et il donne sa grâce aux humbles. Humiliezvous sous la main de Dieu pour qu'il vous exalte au temps de sa venue; rejetant sur lui toute votre sollicitude parce qu'il a soin de vous. Soyez sobres, et veillez, car votre adversaire le diable rôde autour de vous comme un lion rugissant, cherchant qui il pourra dévorer.. .Résistez-lui, forts dans la foi... Que le Dieu de toute grâce, qui nous a appelés par Jésus-Christ à son éternelle gloire, après que vous aurez souffert un peu de temps, vous perfectionne, vous fortifie et vous affermisse. A lui la gloire et l'empire dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il ! »

Ce langage est évidemment surnaturel, inspiré et divin.

Quand tu seras converti, confirme tes frères ! C'est, dit Bossuet, sous une autre forme : «Tu es Pierre, et sur celte pierre je bâtirai mon Eglise elles portes de l'enfer

ne prévaudront pas contre elle, » c'est-à-dire qu'elle sera affermie contre tous les efforts de Satan, jusqu'à être inébranlable, confirmée dans son immobilité! Et voici en effet que, chaque jour, le souverain Pontife, chef de l'Eglise, successeur de Pierre, par la convocation des conciles, par les allocutions consistoriales, par ses bulles, par ses brefs apostoliques scellés du sceau du divin pêcheur, continue la glorieuse mission de confirmer ses frères dans la foi. Quels que soient les tempêtes qui surgissent, les doutes qui s'élèvent, les erreurs qui éclatent, Pierre commande aux flots et aux vents, et ils s'apaisent; Rome parle, et la cause est définitivement jugée. Roma locuta est, causa finita est ! Pie IX avait confirmé jusqu'au bout, autant et plus que ses prédécesseurs; il avait confirmé surtout par son incomparable Syllabus, par ses protestations énergiques contre tous les envahissements de la révolution et contre toutes les audaces de l'erreur. Sa fermeté inébranlable lui avait mérité l'insigne honneur d'être le premier Pape proclamé infaillible. Léon XIII lui avait à peine succédé, que, dans sa lettre encyclique de prise de possession du souverain pontificat, il se faisait l'écho fidèle et intrépide de toutes les confirmations de Pie IX, qui avaient été celles de Pierre! SPLENDEUR!

Chapitre Vingtième. — La portée des Splendeurs de la Toi. — Une seule de ces quinze splendeurs de la foi, qui sont, dans leur énoncé, des prophéties lumineuses, dans leur réalisation, des miracles éclatants, suffit à démontrer invinciblement, à faire toucher du doigt, la divinité de Jésus-Christ auteur de ces prophéties et de ces miracles, la divinité de la sainte Eglise catholique, apostolique, romaine, objet et fruit de ces miracles éclatants. Réunies, s'ajoutant l'une à l'autre, elles se fortifient dans une proportion croissante, et en quelque sorte indéfinie, .lamais encore, à ma connaissance du moins, on ne les avait groupées sous leur double aspect, sous leur double portée, de prophéties claires comme le jour, de faits ou

de miracles gros comme le monde, ou plutôt de faits qui

sont LE MO-NDE LUI-MÊME TRANSFORMÉ et BYl qUclque

sorte divinisé.

En effet: 1" Toutes les nations me proclameront bienheureuse ! C'est le MONDE retentissant partout des louanges de Marie; parsemé des lieux de pèlerinage et des sanctuaires de Marie, redisant partout les miracles de Marie I

2° Mes yeux ont vu votre salut, le salut de tous les peuples, la lumière qui éclairera les nations ! C'est le MONDE sauvé, illuminé, civilisé parle Christianisme!

3° Cet enfant sera la ruine et la résurrection de plusieurs! C'est \e MONDE voyant disparaître tour à tour les nations, juive, grecque, romaine, etc., conjurées contre la religion de Jésus-Christ. C'est le MONDE témoin solennel de la mort funeste de beaucoup de persécuteurs, d'hérétiques, d'impies, ennemis de Jésus- Christ, de sa sainte Église et de la papauté. C'est le MONDE glorieux d'applaudir à l'héroïsme de la sainteté, à la gloire sans nuages des grands convertis ou ressuscites de Jésus-Christ !

4° Cet enfant sera en butte à la contradiction I C'est le MONDE, de tous les temps et de tous les lieux, déchaîné, acharné, aboyant sans cesse contre Jésus- Christ, et lui disputant violemment tout son être !

5° Venez à moi, je ferai de vous des pêcheurs d'hommes! Cest le MONDE sillonné en tous sens par les beaux pas des évangélistes de la paix, chasseurs et pécheurs d'hommes, jetant incessamment leurs lignes et leurs filets! Partout des missions, partout des chaires, partout des confessionnaux !

6" Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait ! C'est le MONDE, partout et toujours édifié, étonné, embelli des vertus héroïques des saints, aspirant à la perfection, et s'engageant par vœu à l'atteindre.

7" Les pauvres sont évangélisés ! C'est le MONDE surpris, scandalisé de voir la pauvreté libérée, honorée, aimée, embrasséelibrement, comme uneprofessionbénie !

les pauvres évangélisés, instruits, soulagés et consolés de toutes leurs misères; tandis que le riche, comme maudit, est réduit à ne pouvoir être sauvé que par le pauvre.

8° Vous serez en haine à tous à cause de moi ! C'est le MONDE écho seLupilernel des aboiements impitoyables de meutes acharnées contre les chrétiens catholiques ardents à la curée des infâmes autrefois, des cléricaux aujourd'hui!

^ 9° Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise, et les portes de l'enfer ne prévaudront pas contre elle. C'est le MONDE théâtre de la fureur impuissante de l'idolâtrie, de l'hérésie, du schisme, de la philosophie, de la Révolution, conjurés tour à tour contre l'Église, toujours debout sur son roc étemel! Eorts ont été les empereurs, forts les ariens, forts les barbares, forts Luther et Calvin, forts Voltaire et les encyclopédistes, forts Robespierre et la Révolution française, forts les empereurs d'Allemagne, fort Napoléon le Grand, forte la Franc-Maçonnerie, fort le hérosdu Cullurkampf! Et toutes ces forces, tous ces Ilots sont venus ou viendront se briser contre la pierre du Vatican !

40° Quand j'aurai été élevé de terre, j' attirerai tout à moi. C'est le MONDE devenu chrétien, dominé par la croix de Jésus-Christ ; le monde poussant le grand cri de gloire et de victoire du moyen âge : Le Christ règne, LE Christ gouverne, le Christ commande aux intelligences, AUX volontés, aux cœurs, aux corps !

11" On reconnaîtra que vous êtes mes disciples à ce signe que vous vous aimerez les uns les autres ! C'est le 3I0NDE passant de Fégoïsme le plus brutal à la charité la plus ardente ; enfantant partout des héros de la charité.

12° En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui croira en moi fera les œuvres merveilleuses que j'ai faites et de plus grandes encore ! C'est le MONDE converti par les miracles des apôtres ; c'est le MONDE émerveillé des prodiges opérés par la très-sainte Vierge Marie et les saints.

13" Jérusalem tu seras foulée aux pieds par les gentils! C'est Je MONDE montrant partout du doigt les juifs dispersés, errants, maudits, obstinés dans leur endurcissement, sans autels, sans prêtres, et sans sacrifices I

14" Allez, enseignez toutes les nations, baptisezles au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, apprenez-leur à garder mes commandements ! C'est le MONDE baptisé, en effet, enseigné, soumis à la loi de Jésus-Christ, chantant, dans sa reconnaissance, partout , et toujours, la sainte doxologie : Gloire au Père, au Fils et au Saint-Esprit!

'15° Et toi, converti, confirme tes frères! C'est le MONDE écoutant autrefois comme aujourd'hui la voix qui descend de la chaire de Saint-Pierre à Rome, secouant follement, sans pouvoir s'en défaire, le joug cependant si doux du représentant de Jésus-Christ. C'est le monde effrayé de l'audace de Pie IX, énonçant et condamnant les erreurs modernes dans son divin Sijllabus, continué par Léon XIII!

Ces quinze prophéties sont quinze phares, ou mieux quinze soleils éblouissants ; ces quinze miracles sont le monde prenant autant de formes nouvelles et surnaturelles. Impossible de ne pas voir les unes, impossible de ne pas palper ou sentir les autres.^Réunis ils placent la divinité de Jésus-Christ et de son Eglise sous un jour si évident que l'incrédulité est un crime, que le doute même devient inexcusable. Les faux sages et les demi-savants du monde, éblouis de leurs propres lumières, et qui se font plus hauts que le ciel, peuvent seuls ne pas voir le jour de ces oracles lumineux, ne pas toucher ces mondes miraculeusement transformés! Qu'il est sublime et terrible cet élan de Jésus-Christ remerciant son père d'avoir permis que la révélation accessible aux plus petits se dérobe aux regards des superbes !

Et qu'on le remarque bien: ces oracles et ces miracles ne cessent pas de s'accomplir au sein de l'Eglise catholique, apostolique, romaine. Ils s'accomplissent, il est vrai, dans des proportions ou avec un éclat moindre,

4o8 ^^'^ SPLENDEURS DE LA FOi.

parce que la foi devient fatalement de plus en plus rare sur la terre. Mais cet éclat amoindri a été lui-même l'objet de prédictions très-claires, et devient à son tour un miracle d'aveuglement volontaire ! » Quand l'heure du dernier jugement aura sonné, et que le Fils de l'homm.e viendra, croyez-vous qu'il trouve encore de la foi sur la terre? » Le divin Sauveur ajoutait même : « La vie matérielle dominera de plus en plus sur la terre; la grande occupation des hommes sera de manger, de boire, de se marier, de courir de fête en fêle; puis viendront des jours de séduction si grande, que, si Dieu n'en abrégeait pas le cours, les élus eux-mêmes, si cela était possible, seraient séduits. » Saint Pierre aussi, dans sa seconde épître, nous montre la concupiscence des derniers jours et la mise en jeu des tromperies habiles amenant des défections innombrables. Saint Paul enfin signale dans le lointain un temps où les hommes ne supporteraient plus la saine doctrine et se laisseraient endormir par des fables. Tout EST splendeur dans la foi chrétienne, jusqu'à l'abandon qu'elle devra suBfR UN jour! .

Jésus-Christ est Dieu, l'Église est divine, donc tout ce que Jésus-Christ nous a révélé et ce que l'Église nous enseigne est vrai, bon et beau, comme toutes les manifestations divines. Les objections que cette révélation et cet enseignement soulèvent, peuvent avoir quelque valeur apparente, mais elles n'ont aucune valeur réelle ! C'est un droit et un devoir de les rejeter, sans même les discuter. Mais si j'usais de ce droit, si j'accomplissais trop rigoureusement ce devoir, beaucoup d'intelligences ne seraient pas satisfaites ; j'aurais à craindre de voir surgir des bas-fonds de la raison subjuguée par les sens des nuages épais d'hésitations, de doutes, d'inquiétudes, qui obscurciraient le beau ciel de la révélation. Je ferai donc un pas de plus, avec la confiance, j'oserai dire, avec la certitude, de ne laisser aucune place aux objections.

La Religion chrétienne, catholique, apostolique, romaine nous propose comme dogmes de foi des mystères et des vérités qui effrayent l'intelligence, ou qui con-

LA FOI ET LA r,AISO:N. i^q

Irarient la volonté. Dieu, son existence, sa notion, ses attributs! La très-sainte Trinité. La Création. L'incarnalion. La Rédemption ! Le péché originel, l'existence du mal dans le monde ! La Providence divine. Le miracle. La prière. La liberté humaine en présence du concours divin de l'Action toute-puissante de la grâce et de la Prédestination ! La présence réelle de Jésus-Christ sous les espèces eucharistiques! L'existence des esprits ou anges bons et mauvais et leurs rapports avec l'homme I Les sacrements! Les fins de l'homme; la mort, le jugement particulier, la résurrection des corps, le jugement général! La vie future, le paradis, l'enfer, l'éternité des récompenses et des peines! Les rapports de l'Église et de l'Etat ! Le pouvoir temporel des Papes.

Sur tous ces points, le mystère et le surnaturel, dans ce siècle de préoccupations matérielles plus grandes, de foi plus rare et moins vive, excitent dans beaucoup d'esprits une répulsion plus ou moins violente!

Pour concilier pleinement la raison avec la foi, il y a bien des préjugés à étouffer, des répugnances à vaincre, des incertitudes à dissiper. Fidèle ii mon plan, je ne discuterai pas, je ne raisonnerai même pas syllogistiquement, mais j'éclairerai ! Par la question préalable, par des fins de non-recevoir qu'il sera impossible de récuser ; par des considérations très-courtes et trèssimples, accessibles à toutes les intelligences sous la seule condition qu'elles seront dégagées de l'influence d'une volonté mauvaise, je ferai tomber les objections, en leur enlevant toute valeur apparente ou réelle.

Chapitre Vingt- Unième. — les Mystères en généraL — Dans le chapitre septième du premier volume, j'ai démontré jusqu'à l'évidence que la foi subjective, l'adhésion de l'intelligence aux vérités révélées est éminemment raisonnable, parce que la foi n'est en réalité que l'auxiliaire nécessaire et bienfaisant de l'âme humaine, le télescope béni de sa raison et de son cœur.

J'ai en même temps rappelé les principes qui forcent

440 LES SPLE.NUEURS DE LA FOI.

à admettre la nécessité absolue et l'existence réelle des mystères, c'est-à-dire des vérités, faits ou dogmes, inaccessibles à l'intelligence humaine, mais que tout homme raisonnable doit accepter quand ils lui sont révélés et imposés par une autorité compétente et indiscutable. Notre intelligence est essentiellement finie; la vérité, au contraire, physique, métaphysique ou morale, est essentiellement infinie ou indéfinie. Notre intelligence est le petit trou creusé par l'enfant. Le mystère, lui^, c'est la Méditerranée ou l'Océan ! Fou celui qui voudrait faire entrer l'Océan dans le petit trou! Plus fou encore, celui qui partirait de cette impossibilité pour nier l'existence de l'Océan !

L'inaccessible, l'inconnu, c'est le mystère! Le connu, le palpable, c'est la révélation manifestée par les splendeurs de la Foi ! Opposer l'inconnu, le mystère, au connu, à la révélation, ce serait faire acte de déraison ! Accepter, au contraire, l'inconnu, le mystère, sous la pression du connu, de la révélation, c'est faire acte de raison éclairée ! Nous l'avons dit aussi, les mystères de la religion sont bien moins nombreux et moins effrayants que les mystères de la science. En réalité, nous ne savons rien, ou bien peu de chose ! Et le peu que nous savons, nous le savons fort peu ! Nous n'avons le dernier mot de rien ! A quoi aboutissent, en dernière analyse, les progrès des sciences? A la multiplication des inconnues ! Quand il est sincère, le vrai savant n'hésite pas à dire avec Salomon : f( Je m'étais proposé dans mon esprit de chercher et de rechercher l'origine de tout ce qui existe sous le soleil 1 J'ignorais, hélas ! que c'est la pire des occupations auxquelles Dieu ait pu livrer l'homme. » Et ailleurs : « Quel fruit l'homme retire-t-il de son travail ? » On voit poindre partout l'afiliction d'esprit, le mystère, l'inconnu, dont Dieu l'enveloppe comme d'un vêtement! Lui, Dieu! il a bien fait tontes choses, dans le temps et dans l'espace. Mais ce bien, il Ta fait comine inaccessible à Htomme ! Il a au contraire livré l'homme à des disputes éternelles,

comme s'il avait voulu le mettre dans l'impossibilité de trouver le secret d'une seule de ses œuvres, depuis le commencement jusqu'à la fini... El ailleurs encore: J'ai reconnu que, de toutes les œuvres de Dieu qui s'accomplissent sous le soleil, l'homme ne peut trouver aucune raison (dernière ou définitive) ; que plus il s'évertue à chercher, moins il trouve. Le savant vainement se flatterait d'avoir cette connaissance, il ne l'atteindra jamais ! Oui, toutes les sciences humaines, celles dont l'homme est le plus fier, sciences dont, cependant, l'objet n'est que l'œuvre visible de Dieu, aboutissent à des inconnues redoutables, à des mystères désespérants 1 Et l'on s'étonne, et l'on s'indigne de ce que la religion dont l'objet est Dieu lui-même, l'auteur de toutes choses, l'Infini ! nous propose et nous impose des mystères?

Esprit, matière, éther, espace, temps, attraction, affinité, lumière, chaleur, électricité, magnétisme, atomes, molécules, etc., nous en ignorons l'essence ! Et nous voudrions savoir Dieu 111 L'inconséquence est d'autant plus fatale que les mystères de la Religion, parfaitement dignes de Dieu, parfaitement dignes de l'homme, sont, comme nous le prouverons, d'admirables conquêtes scientifiques, qui élèvent l'intelligence, qui dilatent le cœur, qui sont pour nous la source de grâces et de félicités que nous n'aurions jamais osé espérer.

Au contraire, les mystères de la science humaine, beaucoup plus proches de nous, sont des murailles escarpées contre lesquelles force est de venir se briser. A ce point que, en dehors des faits ou des phénomènes, la science humaine est comme une noire prison sur la porte de laquelle on lit ce triste arrêt: 0 vous tous qui entrez, laissez ici toute espérance ! Prison que nous sommes condamnés à habiter tant que la vision de la foi n'aura pas fait place à la vision intuitive. Car c'est alors, seulement, qu'émancipés par la croyance fidèle aux mystères de Dieu nous verrons la lumière dans sa lumière ! Pour prouver que nous n'exagérons rien en affirmant que

442 LES SPLE^DEUr.S DE LA FOI.

les mystères de la science sont en réalité désespérants, pour ne pas dire révoltants, énumérons-en quelques-uns.

La terre, que nous sentons absolument immobile, est animée de trois mouvements très-rapides : de rotation autour de son axe, de révolution autour du soleil, de translation dans l'espace sur l'immense orbite que le soleil lui-même décrit autour de l'étoile Alcyon des Pléiades, peut-être de beaucoup d'autres mouvements encore, car Alcyon et toutes les étoiles qu'on a appelées fixes, comme par antithèse, font elles-mêmes dans l'espace des courses vertigineuses ! — Chacune de ces petites taches blanchcàtres ou nébulosités que nous ne découvrons qu'avec peine dans le ciel, comme aussi l'immense zone circulaire que nous appelons Voie lactée, est un amas de soleils plus immenses et plus brillants que notre soleil, qui n'est lui, en réalité^qiCune étoile de sixième grandeur! — Chacune des ondes lumineuses parties du soleil franchit en une seconde, le temps de dire un, trois cent mille kilomètres! — Ce courrier qui fait trois cent mille kilomètres par seconde, met plusieurs années pour venir de l'étoile la plus voisine jusqu'à nous, et nous rend aujourd'hui témoins d'une éruption stellaire, survenue il y a douze ans, cent ans, mille ans peut-être! — Les milliards de milliards de rayons lumineux, calorifiques, sonores, lancés par les astres visibles et invisibles du firmament, se croisent et s'entrecroisent, sans jamais se perdre ou s'éteindre, emportant avec eux et en eux la trace indélébile des événements survenus depuis l'origine des temps !

Une goutte d'eau microscopique, d'un millième de millimètre de diamètre, renferme vingt-cinq millions de molécules formées chacune de millions d'atomes ! — Dans chaque millimètre de l'air que nous respirons, il y a, suivant M. Stoney, savant très-autorisé, un milliard de milliards de molécules, dont il reste encore un million de milliards, dans un millimètre cube du vide le plus parfait que nous puissions obtenir avec nos machines

pneumatiques perfectionnées. — Les molécules ou atomes du fluide lumineux, l'étlier, dont les distances mutuelles sont tout au plus de trois millionièmes de millimètre, exécutent au moins, par seconde, quatre /

cents millions de vibrations ! Les amplitudes de ces !

vibrations varient de quatre à six millionièmes de milli- \

mètre. Et cependant ces vibrations, infiniment petites, \,

engendrent tous les phénomènes de l'attraction, de l'affinité, de la lumière, de la chaleur, de l'électricité, du magnétisme ! — Au sein de ce flacon plein de gaz, et hermétiquement fermé, où semble régner un repos absolu, les molécules sont incessamment projetées en tous sens, avec des vitesses excessives de six cents à deux mille mètres par seconde, de manière à causer huit millions de collisions ou chocs mutuels dans ce même temps presque indivisible. — Un gaz, l'hydrogène, mis en présence, à une température relativement basse, du palladium, un des métaux les plus denses, le pénètre, lui fait absorber cinq à six cents fois son volume, et forme avec lui un seul et môme solide, ce qui suppose une pression ou compression intérieure de quarante à cinquante mille atmosphères dont nous n'avons aucune idée, — Deux gaz inoltensifs, l'oxygène et l'hydrogène, s'unissant sous l'action d'une petite étincelle électrique, en quantité suffisante pour former un litre d'eau, dégagent 34,000 calories ou unités de chaleur, c'est-àdire l'équivalent d^une force mécanique auprès de laquelle toutes les forces du monde visible s'annulent, bien supérieure à l'effort épouvantable d'une masse de granit de plusieurs milliers de kilogrammes tombant du sommet du mont Blanc ! — Si l'on arrêtait subitement la terre sur l'orbite qu'elle décrit autour du soleil, la chaleur produite par la transformation subite du mouvement de masse en mouvement moléculaire, engendrerait une chaleur si grande, que le globe terrestre serait non-seulement fondu, mais volatilisé I etc., etc. .

Prolongées indéfiniment, une courbe et son asymptote distantes à l'origine d'un centimètre ou même d'un

millionième de millimètre, se rapprochent toujours sans se rencontrer jamais.

Quoi de plus intime pour nous que notre corps et notre âme ! Notre corps et notre âme, c'est nous ! Notre âme se voit de la plus parfaite des visions, la vision intuitive ! L'âme habite, informe, anime, sent son corps, elle en fait ce qu'elle veut ! et, cependant, le corps et l'âme, séparés ou unis, sont pour notre intelligence deux inconnues désolantes, deux énigmes insolentes qui arrachent à la science la plus audacieuse, à la science la plus libre penseuse, ce cri de désespoir : ignoramus, ignorabimns, qui a excité tant de colères, et que tous sont condamnés à répéter, bon gré, mal gré! Qu'est-ce que cette substance qui sent, agit, délibère, souffre en nous? Ignoramus! Ignorabimus ! Quel est le lieu où la mémoire rassemble et garde en dépôt les trésors du passé, c'est-à-dire un amas énorme d'idées, de faits, de souvenirs, qu'elle tient sans cesse à notre disposition, sans que nous puissions voir où elle les prend pour nous les présenter? Et la volonté? Et l'intelligence ou la faculté de comprendre ou de raisonner? Et l'imagination? Et cette succession indéfinie d'idées, de réflexions, de sentiments, de désirs, de rêves, modifications mobiles à l'excès d'une âme simple et indivisible, qui, tour à tour, nous occupent, nous amusent, nous afiligent, nous étonnent,' nous déconcertent, etc. Qu'est-ce? Ignoramus! Ignorabimus! Et la vie, ce que nous sentons le plus intimement en nous? Et nos sens? Et nos organes? Et ce pouvoir si absolu que nous avons sur nos membres? Et tous ces ressorts si admirablement distribués dans toutes les parties de notre corps, qui le font mouvoir avec tant de facilité, et de tant de manières différentes? Comment, sans les avoir vus, sans connaître ni leur position, ni leur nombre, ni leur jeu si compliqué, ni leurs combinaisons si multiples, nous en faisonsnous servir ponctuellement ? Comment trouvez-vous à point nommé chacun d'eux pour lui imprimer l'action qu'il vous plaît? Ignoramus! Ignorabimus!

Ce n'est là qu'un très-faible aperçu des mystères écrasants de la nature, que la science est forcée d'accepter par milliers, parce que leur existence lui est démontrée, sans qu'elle puisse y rien comprendre. Si nous écoutons le dernier mot de la science, même expérimentale, il n'y a en réalité dans la nature que des myriades de myriades de monades simples ou inétendues, identiques entre elles! Et c'est avec ces monades inétendues qu'il a fallu constituer tous les corps: gazeux, liquides, solides, inorganiques, et organiques du règne minéral, du règne végétal, du règne animal, et engendrer toutes les forces, tous les phénomènes de la nature !

Le mystère de la matière, par suite des progrès incessants des sciences d'observation, est devenu un abîme si profond, que sa vue donne le vertige aux plus forts. Un des physiciens les plus illustres de l'Angleterre, nous l'avons déjà constaté, hélas! a été jusqu'à faire dans son discours inaugural des sciences de l'Association britannique pour l'avancement des sciences, cette délirante profession de foi : « Je discerne dans cette matière que, dans notre ignorance, nous avons jusqu'ici couverte d'opprobre, la puissance d'engendrer toutes les formes de la vie... La nature de la matière est de développer tout ce que nous voyons autour de nous, comme tout ce que nous sentons en nous; tout ce qui a été, comme tout ce qui sera, par le jeu des forces moléculaires. Nous vivons parce que la matière vit : nous sentons et nous pensons, parce que c'est la force des combinaisons matérielles dont nous sommes formés, de sentir et de penser ! » Pour le savant sans Dieu, cette synthèse de l'univers, par la seule matière, est évidemment l'impossibilité absolue, i'absurde à sa suprême puissance. Au contraire, pour le savant chrétien qui croit au Dieu éternel, tout-puissant, créateur et conservateur des mondes, cette synthèse atomique est un hymne admirable, qu il chante de grand cœur, et qui le fait tomber en extase, parce qu'ainsi tout est ramené à l'unité. L'inconnu, le mystère de la science reste,

mais il passe en réalité du fini à l'infini, du monde à Dieu. 11 restera toujours vrai qu'il est en dehors de nous des êtres que nous ne pourrons pas atteindre, des vérités que nous ne pourrons pas comprendre; mais ces êtres et ces vérités ont leur source et leur raison d'être dans l'être infini qui les a créés et qui nous les révèle. Je me prosterne à ses pieds, et j'adore.

Pour le savant athée, celte même synthèse est l'impossible et le désespoir ; il ne lui échapperait que s'il pouvait, comme il le prétend et l'espère en vain, rentrer dans le néant.

Pour le savant chrétien, le mystère est éminemment raisonnable et consolant, parce que c'est la manifestation par le miroir et l'énigme de l'éternelle vérité, qu'il verra un jour face à face. In lumine tuo videbimus lumen.

En résumé, la science a ses mystères, impénétrables, effrayants, désespérants, quoique le champ de ses observations soit le monde du fini, le monde de la matière et de l'âme ! Ces mystères sont des faits qu'elle accepte parce qu'elle a démontré leur existence, quoiqu'elle ne connaisse ni leur cause ni leur nature intime ! Elle en est fière parce qu'ils constituent le progrès, et sont la conquête du temps et des hommes/ Multi transibuni, et Scientia augebitur! Elle les propose, elle les impose, même à ceux qui sont le moins en état de les saisir, et alors qu'ils n'ont encore reçu aucune application qui en fasse apprécier l'utilité !

Ce n'est pas tout encore. En ce siècle positiviste, où l'on se vante d'avoir abandonné la voie, dans l'étude des sciences, du raisonnement et des théories à priori, pour s'attacher uniquement à l'observation et à l'expérience, force est d'accepter les faits les plus invraisemblables de la science sans qu'il soit permis de remonter à leurs origines ou à leurs causes, etc. Et l'on s'étonnerait que la religion dont le champ est l'infini, dont l'objet est Dieu, ait, elle aussi, des mystères, faits grandioses qu'elle accepte sur l'autorité de la vérité même, faits qui sont pour l'esprit humain des conquêtes inattendues et glorieuses,

LA FOI ET LA TxAISON'. 447

faits qu'elle sera fière de proposer et d'imposer d'autant plus que tous sont pour l'iiuinanité une source de bonheur, inespéré, éternel, et en quelque sorte infini!!! S'incliner devant le mystère alors qu'il n'est guère qu'une abstraction, dans un champ de recherches où il semble absurde qu'il existe , et rejeter le mystère dans un ordre de conceptions où il est une uécessité naturelle et impérieuse, alors qu'il a pour résultat de nous montrer Dieu, la vérité, la bonté, la beauté infinies, s'épanchant tout entier en quelque sorte, suivant le langage inspiré de saint Thomas, pour notre bonheur, comme si l'homme était le Dieu de Dieu même! N'est-ce pas le comble de la déraison et de l'injustice?

Chapitre Vingt-Deuxième. — Dieu! — Vidée de Dieu. Rien n'est plus naturel, plus familier à l'homme que la pensée, que l'idée de Dieu. Quand nous considérons le ciel, disait déjà Cicéron, pouvons-nous ne pas reconnaître avec évidence qu'il est une intelligence souveraine qui le dirige? Saint Paul a dit à son tour : « Les perfections invisibles de Dieu, rendues compréhensibles par les chosesquiont été faites, sont devenues visibles aussi bien que sa puissance éternelle et sa divinité, de sorte qu'ils sont (les philosophes) inexcusables, parce que, ayant connu Dieu, Us ne l'ont pas glorifié comme Dieu, et ne lui ont pas rendu grâces, mais ils se sont évanouis dans leurs pensées. Leur cœur insensé a obscurci leur intelligence !

Par cela même que, toujours dans le langage du grand Apôtre, nous sommes en Dieu, nous nous mouvons en Dieu, nous vivons en Dieu, nous sommes du genre de Dieu, en ce sens que nous avons l'être avec Dieu et par Dieu, l'âme humaine est naturellement croyante à Dieu. Tout en elle acclame Dieu. Un philosophe célèbre, Hemsterhuys, n'a pas hésité à dire: un seul soupir

VERS LE futur ET LE MEILLEUR EST UNE DÉMONSTRATION PLUS QUE GÉOMÉTRIQUE DE LA DIVINITÉ !

Parce que Dieu a créé] Pliomme à son image, qu'il lui a donné la plénitude de l'intelligence pour pen-

4;^ LES Sl'LEISDEUUS DE LA FOI.

ser, qu'il a créé en lui la science de resprit, qu'il a même daigné accorder à ses oreilles l'honneur d'entendre sa voix mystérieuse (Eccl.xvii, 4-11), l'homme a été dès l'origineinilié àridée etausenlimentcle Dieu. Voilà pourquoi, toujours et partout, l'homme dans son esprit, dans son cœur, dans son langage, dans son culte, a été constamment en rapport avec Dieu. « Obligé, par mon enseignement, a dit M. de Qualrefages, dans son livre de l'Espèce humaine, de passer en revue toutes les races humaines, j'ai cherché l'athéisme chez les races les plus inférieures comme chez les plus élevées. Je ne l'ai rencontré nulle part, si ce n'esta l'étal individuel, ou à l'état d'écoles plus ou moins restreintes, comme on le vit et Europe au siècle dernier, comme on le voit encore aujourd'hui.»

Cela est si vrai, que nous avons vu un hétcrogéniste, positiviste à l'excès, invoquer l'absence prétendue de toute idée de Dieu, comme caractère distinclif des races humaines, autres que la race adamique.

l'Existence de Dieu. — Nous avons multiplié dans cet ouvrage les preuves certaines de l'existence de Dieu. Les plus palpables sont celles qui résultent de laconsta lation de ces grands dogmes scientifiques.

Le nombre actuellement infini est impossible : il y a eu une première révolution de chacun des astres ; un premier homme, et dans chaque catégorie d'êtres un premier parent.

La vie n'a pas toujours existé à la surface de la terre.

La génération spontanée ou le développement de la vie sans une autre vie antérieure est impossible.

L'univers sans Dieu, la théorie purement dynamique du monde ou des mondes, conduit à des absurdités monstrueuses.

La causalité est un premier principe de la raison ; la finalité est une loi de la nature. La finalité, le dessein, les causes finales éclatent partout et proclament une intelligence infinie.

LA roi ET LX RAISON. 449

L'instinct des animaux est inexplicable sans l)ieu.

Le? atomes et les molécules sont des produits manufacturés, des œuvres de Dieu.

Chacune des œuvres des six jours a exigé impérieusement rinlervention divine.

L'existence de Dieu est plus invinciblement démontrée encore par chacune des quinze splendeurs de la Foi, qui sont tout ensemble des prophéties éclatantes et des miracles de la toute-puissance divine.

Dieu resplendit à chacune des pages des divines écritures ; l'ensemble des textes dans lesquels les écrivains sacrés énumèrentles noms et célèbrent les attributs du Dieu d'Adam, d'Abraham, de Jacob, de l'Evangile, noms et attributs qui n'ont pas pu être inventés par l'esprit humain, sont à eux seuls une manifestation sublime du dogme fondamental de notre foi, car elles dépassent infiniment l'intelligence humaine.

Instituée divine par son divin fondateur, l'Eglise catholique croit et professe qu'il y a un seul Dieu, vrai et vivant, tout-puissant, éternel, immense, incompréhensible, infini en intelligence, en volonté, en toutes perfections ; Puissance spirituelle, une, singulière, absolument simple et immuable. [Constitution dogmatique du concile du Vatican.)

La définition et les attributs de Dieu. — Au moment où il va lui confier la mission de délivrer les enfants d'Israël de la servitude, Dieu dit à Moïse : « Viens et je l'enverrai a Pharaon! — Qui suis-je pour que j'aille à Pharaon, et que je lire de l'Egypte les enfants d'Israël? — Je serai avec toi. — Je dirai aux enfants d'Israël : Le Seigneur Dieu de vos pères m'envoie vers vous. Mais s'ils me demandent quel est son nom, que leur dirai-je? Tu leur diras: je suis celui qui suis. Celui qui estm'envoie vers vous. Ileûtétéimpossible de concevoir et d'énoncer une définition aussi nette et aussi magnifique. Elle convient admirablement à l'être défini, Dieu 1 Et elle ne convient qu'à lui 1 Elle le caractérise par

,rA l^ES SPLENDEURS DE l.A FOI.

son genre prochain, I'EtrEj.Ie suis; et par sa différence très-prochaine, celui qui suis 1 Celui qui est ! De celte définition incomparable, découlent immédiatement tous les attributs divins.

Son intelligence. Il se connaît! Il s'affirme.

Sa personnalité. Il se manifeste à 3Ioïse ; il lui parle, il lui commande, il lui dit: je suis, je t'envoie.

Son unité. Il est celui qui est ! S'il y avait deux ou plusieurs dieux, il ne serait plus celui qui est, il ne serait qu'une partie de ce qui est. Une autre fois, d'ailleurs, il a mis dans la bouche de Moïse cette déclaration formelle: Voyez que je suis seul, et qu'il n'y a pas d'autre Dieu que moi !

Sa simplicité. Si Dieu était composé, il y aurait en lui de l'être et du non-être, il ne serait plus celui qui est. S'il était étendu, on pourrait concevoir sa moitié, son quart. Le je, le moi, est nécessairement simple et indivisible.

Son éternité. Celui qui est , est essentiellement le présent: il n'y a pour lui ni passé ni avenir. S'il n'était pas éternel il n'aurait pas toujours été, et il ne serait pas celui qui est ! Il ajoute d'ailleurs : celui qui est, c'est mon nom de toute éternité. Il est! C^est l'élernel présent!

Son immensité. Il est! Il est partout, comme il est toujours! Partout c'est lui ! De même que son éternité comprend éminemment et virtuellement le passé et l'avenir, son immensité comprend virtuellement l'espace et le lieu, qui n'existeront que lorsqu'il aura créé des êtres finis.

Sa nécessité. Il est, donc il est nécessairement. Et pour Têtre nécessaire il n'est ni temps ni lieu. Le temps et le lieu ne sont que pour les êtres contingents, qui ont reçu leur être de l'être des êtres.

Son immutabilité. Celui qui est, est nécessairement ce qu'il est, tout ce qu'il peut être. Il est immuable dans son essence, dans ses perfections divines qui sont son essence; dans ses actes intérieurs, ou ad

iutra, qui sont Ini-môme ; mais non pas dans ses actes extérieurs, ad extra, qui sont de lui, en lui, par lui mais qui ne sont pas lui. La cause première de toutes choses essentiellement une, simple, indivise, immuable, peut par un seul acte, éternel comme elle-même, produire au dehors des êtres successifs et changeants, sans changer elle-même. Les êtres créés de Dieu changent, mais Dieu reste toujours le même, ce qu'il est! Ils périssent, mais Dieu demeure.

Sa vérité, sa bonté, sa beauté. L'être créé peut être et est vrai, bon, beau! Donc l'être infini, celui qui est, est infiniment vrai, infiniment bon, infiniment beau ! la vérité, la bonté, la beauté infinies ! Que m'interrogez-vous sur le BON? dirait Jesus-Christ.Dieu seul est bon, la bonté même, comme il est la vérité même, la beauté même. Le vrai, le bon, le beau, sont l'être sous diverses dénominations. Bonum et eus convertuntur! C'est toujours l'Etre.

Sa force ou puismnce, sa science. Tous ces attributs sont des perfections de l'être créé, donc ils sont à plus forte raison des perfections de l'être essentiel, de celui qui est, de l'être des êtres.

L'être infini est donc tout-puissant, omniscient! Dieu peut tout, Dieu sait tout ou, mieux. Dieu voit tout d'une vision intuitive ; car il voit tout dans son être, qui est l'être des êtres, d'une vision essentielle, éternelle 1 Par cela même qu'il n'y a pas pour Dieu d'avenir, il n'y a pas, à proprement parler, pour Dieu de prévision ou de prescience; mais seulement science et vision!

Sa liberté. La liberté est une qualité essentielle des intelligences finies, et une qualité ou perfection perfectionnante : donc l'intelligence infinie est infiniment libre. Non pas dans ses actes intérieurs qui sont elle-même, mais dans les actes extérieurs ou relatifs à la création. Dieu a créé le monde librement, il l'a créé librement tel qu'il est; il le gouverne librement comme il le veut.

Dieu est libre, en ce sens, que par un seul et même acte éternel il a décrété librement tout ce qui devait exister

hors de lui; mais non pas en ce sens qu'il puisse changer de résolution ou de volonté. Il est tout à la fois libre et immuable! Et par cela même que ces deux perfections coexistent dans Dieu, elles sont compatibles, quoiquenous puissions ne pas voir le comment de cet accord mystérieux. Dieu dans la création, comme dans le gouvernement du monde, a pu et dû fixer son choix sur l'imparfait, ou le moins parfait, parce que le plus parfait ne peut exister qu'en Dieu; et que d'ailleurs l'imparfait de l'être fini n'atteint en aucune manière l'être infini. Il suffit que toute œuvre de Dieu soit bonne. Et en effet chacune des périodes de la création a pour couronnement- celte constatation d'une simplicité sublime: Dieu a vu que c'était

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