L'OUVRAGE
Je ne viens pas faire de la polémique comme les écrivains catholiques du xviii^ siècle. J'ai peu de confiance dans la lulte des esprits, et nous sommes d'ailleurs dans un siècle où l'on a horreur du syllogisme, élément indispensable de toute discussion. J'ai la persuasion intime, et je consacrerai à cette thèse un des chapitres de cet ouvrage, que l'argumentation et la controverse ont rarement éclairé un esprit ou converti un cœur; et que, dans la discussion, le défenseur du droit et du vrai arrive facilement à faire assez de concessions pour que la raison passe du côté de son adversaire.
Je ne viens pas non plus, comme Chateaubriand, mon illustre compatriote, dont j'admire la mission certainement providentielle, parler à l'imagination et au cœur par une série de tableaux enchanteurs et de scènes poétiques. A la fin de la grande Révolution, les âmes étaient violemment excitées par des spectacles cruels et lugubres; les beautés et les harmonies de la religion, par un contraste heureux , étaient de nature à les impressionner profondément, à les réconcilier, sans qu'elles songeassent à s'en défendre, avec des sentiments qui semblaient être a jamais exilés.
Aujourd'hui les conditions d'étude et de logique nécessaires à une discussion approfondie n'existent plus, les imaginations, dans le domaine au moins des choses de l'esprit, sont tout à fait blasées, riea ne saurait les fixer et les émouvoir.
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Mais il est heureusement une faculté qui n'a pas encore été profondénnent blessée, la faculté de comprendre, l'intelligence, et jusqu'à un certain point l'esprit. \ous avons encore en France, et il y a dans le monde beaucoup d'intelligence, et d'intelligence très-é.veillée, très-exercée I
Donc, sans discuter et sans peindre, je viens parler à l'esprit, faire briller devant lui la lumière de la vérité et ie la foi. Mon livre ne sera pas autre chose que l'expression animée de la loi immaculée de Dieu qui convertit les âmes, le témoignage fidèle du Seigneur qui donne la sagesse aux plus petits. Lex Domini immaculata converlens animas ; testimoniiim Domini fidèle sapientiam 'prœ^tam parvulis (Ps. XXVIII). J'ai h conviction intime, — et j'espère la faire partager aux intelligences qui me liront, en dépit des efforts d'une volonté égarée, toujours prête, hélas I à fermer accès à la lumière la plus vive et la plus pure, — que la divinité de la foi catholique, apostolique, romaine est une vérité claire comme le jour, croyable au-delà de ce que l'on peut dire, en conformité parfaite avec la science dans les points de contact qu'elles ont l'une avec l'auire.
Oui du plus profond de mon âme, éclairée par la science et sanctifiée par la foi, s'échappe ce cri de reconnaissance : Je vous rends ce témoignage, ô mon Père ! Seigneur du ciel et de la terre, que si votre révélation demeure, hélas! cachée aux savants et aux sages, elle est jiarfaitemcnt accessible aux plus petits et aux ] dus humbles.
Si mon plan n'est pas entièrement nouveau, s'il a été ébauché ailleurs dans quekiues-uns de ses détails il est neuf au moins dans son ensemble.
J'ai été vivement frappé de la portée d'une sentence de saint Grégoire I", que le bréviaire romain rappelle souvent au prêtre. Le grand docteur avait à expliquer pourquoi, si ordinaires, si communs même, dans les premiers âges du christianisme, les miracles sont aujourd'hui relativement rares.
Cfç. LES SPLENDEURS DE L\ FOI.
« Le miracle, disail-il, est l'eau nécessaire à faire <( naîlre et grandir l'arbre du ciel, qui devra donner asile « sur ses branches à tous les enfants de Dieu. Quand « nous plantons un arbre, nous avons soin de l'arroser, <' et nous l'arrosons aussi longtemps qu'il n'a pas « repris ; mais quand il a jeté dans le sol des racines « profondes, qu'il vit de la fraîcheur qu'il aspire, nous « cessons de lui prodiguer une eau devenue désormais « inutile. Les miracles sont indispensables au début, « quand la majorité est encore infidèle, et ils se mulli- « plient alors sur les pas des apôtres de l'Évangile ; « mais ils sont superflus quand la majorité est devenue <( croyante et fidèle : Miracula infidelibus, non fide- « libm. »
L'établissement du Christianisme, le fait qu'il a vnincu, conquis, renouvelé le monde, est le plus éclatant, le plus indiscutable des miracles. Il fait pâlir à lui seul tous les faits merveilleux individuels sur lesquels on peut discuter à perte de vue. Ce que nous aurions voulu appeler les Evidences de la Foi, si l'expression était permise, ce que nous appellerons les Splendeurs de la Foi, ce sont les lumières éclatantes d'un certain nombre de faits considérables, clairement énoncés à l'avance, réalisés de la manière la plus étonnante, contre toute attente humaine, en dehors de toutes les conditions naturelles. Ces oracles, devenus des réalités immenses et palpables, sont désormais des phares éblouissants dont la lumière, dans l'ordre moral et intellectuel, surpasse infiniment la lumière électrique, la plus vive des lumières de la science moderne. Grâce à eux, nous sommes pleinement autorisés à dire de notre foi, que, semiDlable au soleil, elle s'est levée comme un géant pour parcourir sa vaste carrière, qu'elle a atteint les splendeurs du midi, qu'une volonté rebelle peut seule échaoper a l'éclat et à la chaleur de ses rayons.
J'énumérerai plus tard ces petites paroles devenues des réalités grandioses. Leur portée divine n'exige nullement que les Évangiles soient démontrés authentiques, ou
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les œuvres originnles des écrivains apostoliques dont elles portent les noms. Il suffit surabondamment, ce qu'accordent sans difficulté aucune les ennemis les plus acharnés du Christianisme, ce que la critique moderne n'a jamais nié, que les textes que j'invoque aient été écrits et connus dans le i" siècle de l'ère chrétienne, alors que rien ne faisait encore prévoir l'accomplissement de ces oracles si élonuaLts.