TOME TREMIER
La Foi.
Chapitre Premier. — Exposé de la Foi. — Il import grandement de définir avant tout la foi qu'il s'agit de faire resplendir, son symbole, ses dogmes ou ses mystères, ses préceptes ou sa morale, ses prières ou sa liturgie. Ces mystères si écrasants pour la raison ont été crus et sont crus encore par un grand nombre de beaux génies. Ces préceptes si rigoureux ont été acceptés, observés, pratiqués par une multitude innombrable d'âmes généreuses ! Ces prières si naïves sont répétées depuis dix-huit cents ans par les lèvres les plus éloquentes, les plus pures, les nlus douces de rhumanitél
Chapitre Deuxiè3ie. — La Foi est absolument néces saire ! — Cette nécessité est affirmée par la raison, exprimée par le divin Sauveur des hommes, dans des termes qui s'imposent à toutes les âmes droites, et à tous les esprits sincères : « Celui qui ne croit pas au Fils unique de Dieu, est déjà jugé. 11 ne verra pas la vie, la colère de Dieu pèse sur lui. » — Nécessaire aux individus, la foi est non moins nécessaire aux nations. Où Jésus-Christ n'a pas régné, où Jésus-Christ ne règtie pas, les délits abondent, et avec eux la mort. Où Jésus-Christ a régné, où Jésus-Clirist règne, la grâce surabonde et, par la grâce, la justice, et la vie en ce monde et dans l'éternité.
CuAriTRE Troisiè:\ie. — La Foi est rare, très-rare!
— Nous approchons des temps malheureux dont le divin Maître a dit : Quand le Fils de l'homme viendra, croyez-vous qu'il trouve la foi sur la terre? de ces temps où, disait l'apôlre saint Paul, les hommes ne supporteront plus les saines doctrines; mais, précisés par des désirs insensés et une démangeaison maladive des oreilles, ils s'environneront de maîtres de leur choix, fuiront la vérité et se tourneront vers les fables. » La Foi est rare, mais sa rareté est un argument de plus en faveur de sa divinité. La foi est rare, mais il est faux qu'elle soit désormais impossible et qu'elle ait fui devant la science comme un oiseau de nuit fuit devant la lumière. La Foi est rare, mais dans l'Église catholique elle est encore saine, vive, dans des conditions qui caractérisent la véritable Eglise de Jésus- Christ; le nombre de ceux qui, dans son sein, croient d'une foi sincère et pratique, est encore relativement très-grand et constitue une véritable splendeur.
Chapitre Quatrième. — les causes de la perte de la Foi. L'esprit païen. — La première cause de la perte de la Foi, dans la proportion effrayante que nous avons constatée, et que nous déplorons amèrement, est l'envahissement des idées païennes. L'esprit païen a repris son empire au xv^ siècle, à l'époque de la Renaissance, et il continue ses ravages, par l'enseignement littéraire qu'il n'a pas cessé d'inspirer et de dominer. La religion chrétienne avait vaincu le paganisme, la force brutale, le sophisme et l'hérésie. II restait encore à déraciner un dernier fond de sauvagerie et de rudesse ; mais déjà la société était chrétienne dans son langage, dans ses institutions, dans ses lois, dans ses arts. [1 ne restait plus qu'à sonder les mystères du monde matériel ou vivant ; et déjà l'on voyait apparaître à l'horizon les fondateurs de la physique, de la chimie, de l'astronomie et de la physiologie modernes. Chassés de Gonstantinoplo au milieu du xv^ siècle, des Grecs lettrés viennent
oa LES SPLENDEURS DE LA FOI,
en grand nombre en Italie, apportant les œuvres de la philosophie, de l'éloquence, de la poésie, de l'art, du monde grec et romain. C'était le signal d'un retour fatal au paganisme; le mouvement païen devint immense et il envahit tout : la philosophie, la littérature, la poésie, les arts...
C'est surtout l'enseignement qui fait les générations, or renseignement redevient à son tour païen, les auteurs classiques de Rome et d'AthènesTenvahisseuttoutenlier, ils seront désormais les maîtres de la jeunesse catholique; les sept ou huit plus belles années de l'enfance et de la jeunesse seront vouées à l'étude exclusive des auteurs profanes. Voilà comment le moule chrétien fut brisé et remplacé par le moule païen.
Je démontre jusqu'à l'évidence, par le raisonnement, par l'histoire et par l'autorité, qu'aussitôt que l'esprit chrétien eut fait place à l'esprit païen, dans la vie générale et surtout dans l'enseignemeat de la jeunesse, la société se précipita rapidement vers l'abîme, en passant coup sur coup de la Renaissance au Protestantisme, du Protestantisme au Voltairianisme, du Voltairianisrae à la Révolution, puis, par les mômes chemins, et sous l'iniluence des mômes causes à l'Indifférentisme absolu en matière de religion, à l'incrédulité systématique, au naturalisme, au matérialisme, au solidarisme ; et, plus encore, à l'abaissement, à l'effacement des caractères, à la négation presque universelle des vertus qui font l'homme le citoyen, et surtout le chrétiea.
CHAPITRE Cinquième. — la seconde cause générale de la perte de la Foi : l'esprit révolatlonnaire. — Conséquence fatale et nécessaire de l'esprit païen, de la réforme, de la philosophie du xix* siècle, l'esprit révolutionnaire a fait explosion en 4789 et 1791, par la déclaration des droits de l'homme et la eonstitution civile du clergé. Elle constatait au sein des sociétés modernes, elle excitnit de plus en plus, une soif insatiable de toutes les libertés : liberté de pensée, liberté d'examen, liberté des
culles, liberté de la presse, liberté d'association, etc../, qui ont eu, ou qui auront pour conséquence la loi athée, la séparation de l'Église et de l'Étal, la suppression du budget des cultes, etc., etc. Ces entraînements, qui supposent déjà un affaiblissement général de la foi, ont pour corollaire nécessaire d'émanciper assez la majorité des intelligences et des volontés pour les rendre ingouvernables à toute autorité religieuse et civile, de faire prédominer le progrès matériel, d'amener un excès de civilisation qui a pour terme fatal la barbarie et la mort. Dans la pratique, hélas! la liberté absolue du bien et du mal n'est que l'émancipation du mal avec la proscription du bien. Que les gouvernements cèdent au torrent qui les entraîne; qu'ils donnent essor aux prétendus droits de l'homme, dans leur plénitude et leur exagération, l'Église ne s'armera pas du glaive, pas même du glaive spirituel. Si la liberté s'étend jusqu'à elle, elle restera, elle se fera sa place aussi petite qu'on voudra, heureuse de se dévouer encore à la gloire de Dieu, au salut des âmes, au bien même du gouvernement. Elle acceptera les faits accomplis, mais elle restera inflexible sur les principes ; elle poussera de temps à autre un cri d'alarme, elle formulera périodiquement le Syllabus des erreurs qu'elle est forcée de condamner, elle rappellera les droits de l'éternelle vérité, elle signalera les écueils cachés, elle montrera l'abîme ouvert sous les pas des générations assez imprudentes pour secouer son joug. Peut-elle faire autrement? Ne se nierait-elle pas elle-même, si elle ne protestait pas contre des usurpations qui ne tendent k rien moins, évidemment, qu'à rendre impossible l'accomplissement de sa mission divine : le maintien de la foi et le salut des âmes. Placé à ce point de vue, nous démontrons sans peine que les colères soulevées par leSyllabits de Pie IX sont factices et insensées.
Chapitre Sixième. — Troisième cause générale de la perte de la Foi, la plus efficace de toutes : l'habitude du péché de sang-froid. — La grande plaie du monde
moderne. J'appelle pe'c/?^ de sang-froid, et j'appellerais volontiers péché contre l'Espril-Saint, la transgression, sans entraînement des passions, des lois de la religion, de la raison et même de la nature. Par exemple : le travail da dimanche , qui fait les nations athées ; le repos du lundi, qui fait la honte et la ruine des familles ; l'oubli des préceptes de l'abstinence et du jeûne, si hygiéniques cependant, et de sa bonne économie politique; l'abandon des pratiques religieuses extérieures, de la prière et des sacrements, devoirs indispensables à la vie de l'âme; l'altération des poids et des mesures; la sophistication de toutes les matières, premières, alimentaires et médicales, crimes odieux de lèse-humanité qui appellent vengeance ; le bénéfice illicite prélevé sur le prix d'achat et de vente au préjudice du maître, indélicatesse raffinée qui étouffe dans l'âme des serviteurs tout sentiment d'honnêteté; enfin, et par-dessus tout, le crime que saint Paul défend de nommer, lutte abominable du calcul athée contre la nature, la raison et la passion, attentat homicide contre l'humanité et la patrie, source désastreuse d'une multitude de maux, chancre dévorant attaché au cœur de notre France, et préparant activement sa décadence. Ce chapitre de mon livre excitera bien des colères, on criera au scandale ; mais il fallait prendre le taureau par les cornes pour essayer de l'abattre ! Ou le péché de sang-froid cessera de régner en souverain, ou c'en est fait de la religion et du progrès bienfaisant.
Chapitre Septième. — La foi subjective, l'adhésion de l'intelligence aux vérités révélées , est éfflinemment raisonnable. — La Foi est éminemment raisonnable, parce qu'elle est, suivant la définition du grand Apôtro, le complément divin de l'âme humaine. Télescope béni de son intelligence, elle lui révèle les vérités qu'il a tant d'intérêt à connaître, et qu'il ne peut découvrir par ses propres lumières: Dieu, nous-mêmes, notre origine, notre fin dernière, nos destinées futures, nos devoirs,
le chemin qui nous conduira au bonheur et au bonheur éternel. Télescope non moins béni de son cœur, elle l'initie aux biens qu'il peut et qu'il doit espérer, qui satisferont seuls sa soif insatiable du bonheur. La foi, en outre, ne montre pas seulement le vrai et le bien avec le chemin qui y conduit ; elle est la source nécessaire de la félicité, parce que seule elle nous défend du suicide sous toutes ses formes, qui est la grande occupation de l'homme et surtout de l'homme civilisé ; seule elle détruit en nous ce qui s'oppose au bonheur; seule elle fait goûter les consolations et les joies qui font le vrai bonheur ; seule elle nous maintient dans la possession pleine et entière du bonheur. La foi, en un mot, élève, agrandit, ennoblit l'homme et le rend heureux ; la science incrédule l'abaisse, le rapetisse, le dégrade; elle commence son malheur ici-bas et le consomme dans l'éternité.
J'ai complété ce premier livre de mes Splendeurs par deux appendices.
Le premier. Appendice A, Sl pour titre : Les classiques païens et les auteurs chrétiens. J'avais communiqué à quelques-uns de mes anciens confrères les pages de mon chapitre sur. l'Esprit païen, dans lesquelles je me suis fait l'écho des convictions de M^"" Gaurae sur les dangers considérables de la part trop grande, ou plutôt exclusive, faite aux auteurs païens dans l'enseignement littéraire. Ma confidence les a vivement peines ! Ils m^ont fortement engagé à adoucir, au moins, l'expression trop ardente de mes convictions nouvelles; ils m'ont inspiré des craintes sur le mauvais accusil que ces convictions préparaient à mon livre auprès d'un public nombreux; ils m'ont engagé enfin à relire divers documents importants» J'ai obéi et je consigne dans l'Appendice A le résultat de ces dernières études. Elles ne m'autorisent pas à modifier mes conclusions; bien au contraire elles les ont raffermies, et elles auront pour résultat de ramener à la réforme de M^"" Gaume beaucoup de ceux qui lui font encore une opposition formidable. Il semble impossible,
en effet, que tous ne se rallient pas aune doctrine qui est aujourd'hui celle du Souverain Pontife uni à la majorité des évêques, et que, dans ses nouvelles sessions, le Concile du Vatican consacrera sans aucun doute. Le plus éloquent défenseur des Etudes classiques, telles que les a faites la Renaissance, a été jusqu'à dire : « Vous semble-t-il que les modifications opérées par la Renaissance sur le programme des études du moyen âge soient de nature à bouleverser les croyances? L'impiété moderne serait sortie de là! Et le communisme, et le socialisme encore ! Est-ce une conviction bien arrêtée? Pour nous, nous aurions peine à la partager. Qu'une montagne accouche d'une souris, nous l'avons cru sur la foi du fabuliste, mais nous n'aurions jamais pensé qu'il fût permis de renverser les rôles ! » A cela je réponds : l'esprit païen de la Renaissance ne fut pas une souris, mais bien un germe délétère capable d'empoisonner un monde. Les divines Écritures n'ont pas enregistré la fable de la souris qui accouche d'une montagne, mais elles dénoncent la toute petite parcelle de ferment qui corrompt une masse énorme de farine, et elles nous révèlent qu'il a suffi de cette minuscule inspiration, souris diabolique aussi, « vous ne mourrez pas, mais vos yeux s'ouvrir^ont et vous serez comme des dieux, sachant le bien et le mal,» pour perdre le genre humain tout entier.
VAppendîce B est consacré à la reproduction des principales décisions dogmatiques émanées du Saint- Siège, depuis la Révolution, sous formes de brefs, d'encycliques, de constitutions apostoliques, de décrets des conciles ou des congrégations romaines. Cette précieuse collection, que l'on ne trouverait pas facilement ailleurs, mérite de devenir le point de départ d'un examen sérieux et salutaire. Le nombre des erreurs philosophiques et théologiques est devenu si grand, que nul ne peut se flatter de leur avoir échappé. Ces affirmations de l'autorité suprême sont d'ailleurs si remarquables
par leur netteté, leur fermeté, leur parfait accord, qu'elles constituent autant de splendeurs de la foi ; on ne les lira pas sans une émotion profonde et sans fruit, parce qu'elles sont à la fois vivantes et vivifiantes.
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