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BON

Sa sagesse et sa justice. Ce sont encore des qualités ou perfections perfectionnantes des esprits finis, donc elles sont à un degré infini dans l'être des êtres, Celui qui est. La sagesse consiste dans la proportion et l'harmonie parfaite entre la fin ou le but à atteindre et les moyens qui le font atteindre. Or Dieu embrasse avec force son œuvre d'une extrémité à l'autre, et dispose tout avec une douceur irrésistible. Dieu est infiniment juste, c'est-à-dire infiniment fidèle à lui-même, à ses décrets et à ses promesses. Il récompense la vertu et punit le vice. Libre de ses dons, il n'exige pas de ses créatures ce qu'il ne leur a pas donné ; s'il punit essentiellement le péché, il ne le punit pas nécessairement en ce monde, il est patient, parce qu'il est éternel.

En résume, l'intelligence, la personnalité, l'unité, la simplicité, l'éternité, l'immensité, la nécessité, l'immutabilité, la vérité, la bonté, la beauté, la toute-puissance, l'omniscience, la liberté, la sagesse et la justice infinies de Dieu, sont une conséquence nécessaire et immédiate de la définition révélée à Moïse: je suis celui qui suis ! Ces grands mots, ces attributs mystérieux, devenus familiers aux intelligences humaines, n'ont pas pu être inventés par elles. Ils sont donc essentiellement des réalités subjectives, et le sentiment que nous en avons ne

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peut èlre que le résultat de l'illumination de nos

AMES, faites a l'iMAGE ET A LA RESSEMBLANCE DE DiEU,

PAR LE Verbe divin, a leur entrée dans le monde.

Personnalité divine. — Ce qui répugne le plus à la libre pensée, c'est que Dieu soit, autant et plus que tous les autres êtres, une nature distincte et infinie, subsistante en elle-même; le plus haut, le plus accentué, le mieux caractérisé de tous les moiî qui agit, qui fait, qui commande, qui s'impose h tous les êtres, lesquels n'ont de raison d'être qu'en lui, que par lui, que pour lui! Et cependant Platon, à la lumière de sa raison païenne, écrivait cet arrêt solennel : « Au grand jamais on ne nous persuadera qu'il n'y a rien sous le nom de Dieu! Que celui qui est absolument n'a ni le mouvement, ni la vie, ni l'âme, ni la pensée, qu'il est inerte, qu'il est privé de l'auguste et sainte intelligence. Dirons-nous qu'il a l'intelligence, mais qu'il n'a pas la vie ? Dironsnous qu'il a l'une et l'autre, mais qu'il n'a pas la personnalité. Dirons-nous qu'il est personnel, intelligent, vivant, mais qu'il est inactif I Tout cela est absurde. »

Mais, dira-t-on, la personnalité diminue Dieu, et en le diminuant elle le supprime! C'est une affirmation gratuite et fausse, un blasphème, une folie. L'être qui ne subsiste pas en lui-môme, qui n'est pas une personne, qui ne dit pas moi, ego, qui n'est pas lui, n'a de réalité que hors de lui et n'est rien.

Mais, ajoute-t-on, si Dieu était distinct de son œuvre, il ne serait passon œuvre, il ne serait pas l'être où l'infini. Oui si toute la réalité de l'œuvre ne venait pas de l'ouvrier! si tout l'être des créatures n'était pas éminemment en Dieu! si toute créature n'était pas, ne se mouvait pas, ne vivait pas en Dieu ! si en supprimant Celui qui est, on ne supprimait pas par là même tous les êtres, l'œuvre entière de Dieu ! L'œuvre honore, exalte l'ouvrier et ne le supprime pas ! L'œuvre sans l'ouvrier est une chimère; Raphaël sans ses chefs-d^œuvre ne serait pas Raphaël, il ne serait rien. La puissance de l'œuvre ou

des œuvres accuse le génie de la personnalité. Dieu est dans ses œuvres par sa puissance qui les a tirées du néant, par sa présence qui les fait subsister, par son essence qui leur donne l'être, le mouvement, la vie.

Quant à la prétention du panthéisme moderne que l'être infini, universel, parfait, immuable, supérieur au temps et à l'espace, ne peut être qu'un être idéal ! que lui accorder de la réalité ce serait nier son infinité ! en ce sens que perfection et réalité impliquent contradiction ! que la perfection n'existe pas ou ne peut exister que dans l'idée! que le Dieu réel, par conséquent, ne peut être que l'ensemble des êtres qui le manifestent, le cosmos, avec ses imperfections et ses lacunes! qu'en un mot, Dieu est l'idée du monde, et le monde la réalité de Dieu! (Vaciierot, Métaphysique), c'est un sophisme absurde, un cliquetis de mots incohérents! Il est meilleur évidemment d'exister que d'être simplement imaginé par un autre être, puisque l'être qui exisle en soi a, en même temps, son idéalité et sa réalité. L'idéal n'est qu'une simple modification de l'esprit qui le conçoit, et il est moindre forcément, que l'esprit qui le conçoit. L'esprit qui engendre l'idéal Dieu, sera-t-il infini ou fini. S'il est infini, il sera une réalité infinie, sa conception sera ellemême une réalité infinie, subsistante en elle-même! Dieu sera réellement et non plus idéalement. S'il est fini, sa conception elle-même sera finie, et no sera pas la perfection idéale infinie. Dieu idéal infini n'est plus qu'une vaine chimère! Dieu Nature ou Cosmos n'a de réalité que dans l'esprit fini qui le conçoit, et périt avec lui ! Ce n'est plus du panthéisme, c'est le matérialisme brutal avec toutes ses conséquences!

En réponse au raisonnement de l'impie: le parfait. Dieu, n'est qu'une idée de l'esprit s'élevant de l'imparfait qu'il voit à une perfection qui n'a de réalité que dans la pensée, Bossuet invoquait son âme! « Dis-moi, mon âme, comment entends-tu le néant sinon par l'être; la privation, si ce n'est par le bien dont elle prive; Timperfeclion, si ce n'est par la qualité dont elle déchoit;

l'erreur, si ce n'est par la négation de la vérité; le doute et l'obscurilé, si ce n'est par défaut de lumière et de savoir ; le désordre, si ce n'est par la violation de l'ordre... Il y a donc antérieurement atout, un être, une vérité, une règle, un ordre, en un mot, une perfection avant toute perfection, un parfait qui est le premier! Voilà Dieu!» Rien de plus absurde,en elTet, que d'admettre que la négation précède l'affirmation, que le fini précède, rinfini. Le fini ajouté au fini ne fera jamais qu'un être idéal, l'indéfini! qui est forcément la négation de l'infini, de l'être, de ce qui est !

Reste donc le matérialisme grossier qui décrète sans sourciller et sans tenir aucun compte de l'observation, de l'expérience, de la raison, etc., que la matière est éternelle; que tous les êtres de la nature ne sont que des modifications, des évolutions de la matière ; que toutes les opérations physiques, psychologiques, psychiques, dont l'homme ignore absolument le mécanisme : la vie, l'instinct, les idées, les jugements, les raisonnements, les sentiments, le vouloir, sont des phénomènes dus au jeu des forces atomiques ou moléculaires de la matière.

Ils sont tellement aveugles, qu'ils ne voient pas qu'en faisant la matière éternelle ils la font nécessaire, qu'en la faisant nécessaire ils la font illimitée, qu'en la faisant illimitée ils la font infinie, qu'en la faisant infinie et cause de tout ce qui existe, ils la font toute-puissante, qu'ils la font Dieu, éternel, nécessaire, infini, tout-puissant !

Un amas d'atomes existe en nombre nécessairement fini, puisque le nombre actuellement infini (qui ne peut être à la fois pair et impair) est impossible ! Infini ce qui est essentiellement nombre et limite, tandis que l'infini ne se conçoit qu'en excluant à la fois la limite et le nombre 1 Parfait, ce même nombre fini d'atomes, qui par là même qu'il est fini, peut être conçu plus ou moins grand, que l'on peut imaginer plus ou moins changé ou transformé, qui est toujours en effort ou en devenir; etc. ! Ah ! ce ne sont plus là des mystères, ce sont des absurdités monstrueuses.

En résumé, Celui qui est, l'être par essence, nécessaire, éternel, infini, immense, immuable, tout-puissant, etc.. Dieu est un mystère, mais un mystère grandiose, magnifique, qui en s'imposant à l'intelligence l'élève et l'exalte à son tour. Quelle admirable donnée ( pour la raison humaine, que celle de la nécessité absolue d'un premier être! et combien, en môme temps, si l'on peut s'exprimer ainsi, combien celte donnée est naturelle et conforme à la raison! En effet, si à un instant donné aucun être n'avait existé, jamais aucun être n'aurait existé, puisque le néant ne peut rien engendrer. Aussi l'athée n'hésite pas à faire la matière éternelle, chaque atome de la matière éternel ! La matière et l'atome sont finis, et le fini, c'est l'indéterminé, quant à sa nature, quanta sa forme, quant au temps, quant au lieu, quant au mouvement, quant aux qualités, etc^etc. Or, nécessaire et limilé, éternel et indéterminé, c'est à la fois l'affirmation et la négation ! C'est l'impossible à sa suprême puissance I Tandis que l'être, celui qui est, et l'être nécessaire, éternel, infini, immense, immuable, tout-puissant, omniscient, sont une seule et même affirmation splendide.

Et ce premier mystère, qui s'harmonise si bien avec la raison, une fois admis, tous les autres mystères s'harmonisent à leur tour, parce qu'ils ont leur raison d'être en Dieu, et qu'ils nous sont révélés par Dieu. Pour le matérialiste, au contraire, l'abîme appelle un autre abîme, il tombe de cataracte en cataractejusqu'à ce qu'il soit englouti dans les flots de la déraison et du désespoir.

Chapitre Vingt-Troisième. — les Mystères de la Très- Sainte Trinité, — Dieu est un I La raison suffit à nous le démontrer. Mais ce qu'aucune intelligence contingente et finie n'aurait pu soupçonner, si Dieu lui-même n'avait daigné nous le révéler, dans cette unité infinie, il est une mystérieuse triplicité ; en cette nature essentiellement une il est trois personnes distinctes, le Père, le Fils et le Saint-Esprit.

Déjà, dans le récit de la création, on constate un mélange imprévu de singulier et de pluriel , qui caractérise la mulliplicité dans l'unité divine. Faisons l'homme à NOTRE image et à notre ressemblance! Et Dieu créa l'homme. Plus tard, assis sous le chêne de Mambré, le père des croyants vit passerdevant lui comme un symbole ou une ombre de la très-sainte Trinité. Dieu se montra à Abraham sous trois formes humaines, auxquelles il parla au singulier, comme si elles faisaient un, ne transeas, Domine; et qui lui répondent comme si elles elles étaient, un, revertar. Il vit trois, dit un saint Père, et il adora un. Puis viennent les Prophètes qui célèbrent dans leurs chants, mais encore vaguement, le Père, le Verbe et l'Esprit; jusqu'à ce qu'enfin Jésus- Christ vienne déchirer le voile. Allez, enseignez toutes les nations, baptisez-les, au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Echo fidèle de la Révélation divine, saint Jean l'Evangéliste dit à son tour : Trois rendent témoignage au ciel, le Père, le Fils et le Saint-Esprit, et ces trois sont UN ! Enfin les apôtres, dans leur divin Symbole, font cette solennelle profession de foi : « Je crois en Dieu, le Père Tout-Puissant,... en Jésus-Christ, son Fils unique, et au Saint-Esprit. » Saint Alhanase, dans le Symbole de la Foi qui porle son nom et qui est accepté de l'Eglise entière, définit avec une précision admirable ce dogme sublime de la Très-Sainte Trinité : La Foi catholique veut que nous adorions un seul Dieu dans la Trinité, et LA Trinité dans l'Unité. Ne confondant pas les Personnes et ne séparant pas la substance. Car autre est la personne du Père, autre la personne du Fils, autre la personne du Saint-Esprit. Mais le Père, le Fils et le Saint-Esprit ont une môme divinité, une gloire égale, une majesté coéternelle. Quel est le Père, tel est le Fils, tel est le Saint-Esprit. Incréé le Père, incréé le Fils, incréé le Saint-Esprit. Immense le Père, immense le Fils, immense le Saint-Esprit. Eternel le Père, éternel le Fils, éternel le Saint- Esprit. Et cependant, ce ne sont pas trois incréés, trois

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immenses, trois éternels, mais un seul incréé, un seul immense, un seul éternel. Tout-puissant, Dieu, Seigneur, est le Père ; tout-puissant, Dieu, Seigneur, est le Fils; tout-puissant, Dieu, Seigneur, est le Saint-Esprit. Et ce ne sont pas trois tout-puissants, trois dieux, trois seigneurs, mais un seul Tout-Puissant, un seul Dieu, un seul Seigneur. Le Père n'a été fait par aucun, ni créé, ni engendré. Le Fils est du Père , non pas fait, non pas créé, mais engendré. L'Esprit-Saint est du Père et du Fils, non pas l'ait, non pas créé, non pas engendré, mais procédant. Un Père donc, et non trois pères, un Fils et non trois fils , un Esprit-Saint et non trois espritssaints. Et dans cette Trinité, il n'y a ni antérieur, ni postérieur, ni plus grand, ni plus petit! Ces trois personnes sont coôternelles et coégales, de sorte qu'il faut, en tout, adorer l'Unité dans la Trinité, et la Trinité dans l'Unité. Un en trois, trois en un ! mais trois personnes en une seule substance ou nature, et une seule nature en trois personnes !

La foi n'enseigne pas que trois dieux ne font qu'un seul Dieu, qu'une seule substance fait trois substances, ce qui serait contradictoire en soi, et contraire à la raison : mais qu'une seule et même nature est en trois personnes, et que ces trois personnes, le Père, le Fils et le Saint-Esprit, ne font qu'un seul Dieu! Ce qui reste un mystère au-dessus de la raison , un mystère ineffable, mais un mystère glorieux, dont notre raison éclairée par la foi peut, jusqu'à un certain point, concevoir la souveraine convenance ou même la nécessité absolue, l'existence par conséquent!

L'âme humaine, dont Dieu a dit qu'il la faisait à son image et à sa ressemblance, a sa trinité dans son unité ! Elle est, elle connaît, elle veut ou aime. L'idée ou la connaissance est quelque chose de distinct de l'être ; la volonté est quelque chose de distinct de Fêlre et de l'idée.

Mais par cela même que mon âme est susceptible de subir et subit de fait mille modifications diverses, en

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moi l'être, l'idée, la volonté sont de simples accidents, des modes ou manières d'exister, qui ne subsistent pas en elles-mêmes, mais dans l'âme, non pas trois personnes, mais une seule personne, comme une seule nature. Dans la nature divine, au contraire, où l'on ne peut concevoir ni accident, ni modes, parce qu'elle est infinie, qu'elle est tout: l'être, la connaissance, l'amour: Dieu étant, Dieu se connaissant ou engendrant son Verbe, Dieu aimant son Verbe et aimé de son Verbe, constituent trois personnes, dans une même nature, le Père, le Fils et le Saint-Esprit. F.'aigle de Meaux a dit dans soa langage inspiré: «Si j'étais comme Dieu une nature infinie, incapable de tout accident survenu à sa substance, et qu'il fallût que tout fût substantiel en elle, ma puissance (mon être), mon intelligence et mon amour seraient quelque chose de subsistant! et je serais TROIS PERSON.NES SUBSLSTAiM DÂ?sS UNE SEULE NATURE. » C'est le dernier mot du génie humain sur le mystère de la très-sainte Trinité !

L'unité de personne dans l'âme humaine résulte si bien de sa nature finie, que quand une de ses facultés prédomine extraordinairement,onvoit naître une tendance invincible à la personnifier, à lui donner une subsistance distincte. C'est ainsi qu'on a fait du génie de Socrate un démon, de la sagesse de Numa une Egérie, etc.

A un autre point de vue, saint Augustin disait : « Nous trouvons véritablement en nous une image de Dieu, c'est-à-dire de cette souveraine Trinité, et, bien qu'elle ne soit pas égale à lui, ou, pour mieux dire, qu'elle en soit très-éloignée, il n'est rien néanmoins entre ses ouvrages qui approche de plus près de sa nature. En effet, nous sommes, nous connaissons que nous sommes, nous aimons notre être et la connaissance que nous en avons. Etre, Connaissance, Amour! Nous avons dit pourquoi dans l'âme humaine ces trois choses ne sont qu'une nature et une personnel

Parce que Dieu se connaît nécessairement et éternellement, il engendre de toute éternité son Fils ou

Verbe. Parce que le Père aime éternellement son Fils, et que le Fils aime éternellement son Père, le Saint- Esprit, amour mutuel du Père et du Fils, procède éternellement du Père et du Fils. Et parce que c'est toujours Dieu, Dieu être, Dieu intelligence, Dieu amour, force est d'affirmer une seule et même nature en trois personnes consubstantielles et coéternelles, un seul Dieu, à qui est dû un seul culte, une seule adoration, un seul amour.

« Sans la très-sainte Trinité, disait encore Bossuet, Dieu, dans lequel toute paternité prend sa source, à quo omnis paternitas nominatur, Dieu, qui est plus père que tous les pères, n'aurait pas de Fils. Or pourquoi la nature divine manquerait-elle de cette parfaite fécondité qu'il donne à ses créatures ? Le nom de père est-il donc si déshonorant, et si indigne du premier être, qu'il ne lui puisse convenir suivant sa propriété naturelle? « Moi qui fais enfanter les autres, ne pourrais-je enfanter moi-même ? » (Isaie, lxvi, 9.) Et s'il est si beau de se faire des enfants par adoption, n'est-il pas encore plus beau et plus grand d'en engendrer par soimême?... De produire par abondance, par plénitude, par l'effet d'une inépuisable communication, en un mot, par la fécondité et la richesse d'une nature heureuse et parfaite?... DieudeDieu, lumière de lumière, Fils parfait d'un père parfait, qui est père dès qu'il est, qui conçoit en lui-même son fils coéternel.» Rien donc de plus raisonnable que le mystère de la très-sainte Trinité, qui donne à Dieu son Fils unique qu'il aime infiniment et dont il est infiniment aimé, en même temps que de cet amour mutuel procède éternellement le Saint-Esprit.

Si, pour l'âme éclairée par la Foi, le mystère de la trèssainte Trinité est éminemment raisonnable, s'il est en Dieu une merveilleuse et glorieuse nécessité de sa nature infinie, il est pour l'humanité régénérée un mystère d'amour infini. Parce qu'il nous a aimés d'un amour éternel, Dieu le Père nous a lires du néant! Et, dans sa miséricorde, il a tant aimé le monde, qu'il lui a donné son

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Fils! Le Fils nous a aimés, et il s'est fait chair, et il s'est livré pour nous. Le Père et le Fils nous ont tant aimés, qu'ils nous ont envoyé l'Esprit-Saint, Esprit de consolation, Esprit d'amour, l'Esprit-Saint qui fait son temple de nos fîmes et de nos corps sanctiflés par sa grcâce, ses vertus et ses dons, qui prie incessamment en nous par des gémissements inénarrables!

^ous avons trouvé la sainte Trinité dans la Révélation, dans la raison éclairée par la Foi , dans l'âme humaine faite à l'image de Dieu, nous la trouvons encore dans la tradition dont elle illumine les ténèbres, et dans la synthèse des sciences où l'unité dans la trinité tient une place vraiment extraordinaire.

La tradition. — Aristote : Que pense Dieu ? Il se pense lui-même ! Sa pensée est la pensée de sa pensée, et ce nombre trois est la loi de la nature : nous l'appliquons à nos dévolions envers les Dieux.

Platon : Le premier bien est Dieu ; l'intelligence est le fils de ce premier bien qui l'a engendré semblable à lui, et l'âme (l'esprit) du monde est le terme entre le Père et le Fils. — Sur une inscription grecque célèbre on lisait: Le Grand Dieu^ l'Engendré de Dieu, le tout brillant,

— En Egypte, l'oracle fameux de Sérapis disait : D'abord Dieu, puis le Verbe, puis l'Esprit, trois Dieux engendrés ensemble et se réunissant dans un seul.

— L'Oupneckat des Indiens dit que Dieu est Trabaty c'est-à-dire trois ne faisant qu'uN.

Les Thibétains invoquent Dieu sous trois noms : Om, le bras ou la puissance ; Hu , la parole ou le Verbe ; Hum, le cœur ou l'amour.

On trouve dans le Laolzeu des Chinois ce texte étrange : On sait communément que trois sont trois, mais on ne sait pas que trois sont im. La première personne se considérant elle-même engendre laseconde; la première et la seconde s'aimant mutuellement respirent la troisième.

Ajoutons enfin qne nous voyons apparaître partout, dans la nature et dans la science, dans le monde abstrait et dans le monde concret, ce dogme ou symbole ineffable de l'Unité dans la Trinité, de la Trinité dans rUnité. On trouve cette thèse admirablement développée dans l'excellent ouvrage, la Science sacrée, de M. l'abbé Berseaux, tome II, pages 302! et suivantes. Esquissons seulement quelques traits de ce magnifique tableau.

Dans la société spirituelle : Jésus-Christ, l'Eglise, les fidèles.

Dans l'âme humaine: Vêtre, V intelligence, V amour. Nous sommes, nous connaissons, nous aimons.

Le fond de notre âme agissante comprend: une première idée, Vidée de l'être ; une première volonté, la volonté de posséder l'être, le désir de la béatitude ; un premier sentiment, le sentiment de notre corps.

Les opérations de l'intelligence sont au nombre de trois : Vidée, le jugement, le raisonnement.

L'idée comprend : un sujet percevant, un objet à percevoir, la perception ou l'objet perçu.

Le jugement suppose le sujet, le verbe et Vattribut.

Le raisonnement comprend trois propositions : la première majeure engendre la seconde mineure, la troisième conclusion naît de la majeure et de la mineure.

L'être en \Q\-mème est puretnent spirituel, purement matériel, ou mixte.

Les trois mondes, spirituel, matériel, mixte, ne font qu'un seul univers.

Tout être a sa substance, sa forme ou espèce, son ordre.

Tout être créé ou incréé se montre à nous sous trois qualités : bon, dont le type est le Père ; vrai, dont le type est le Fils ou le Verbe; beau, dont le tyj^e est l'Esprit- Saint.

Le monde matériel comprend trois sortes d'êtres, les minéraux qui sont, les végétaux qui sont et qui vivent, les animaux qui sont^ vivent et sentent.

Los esprits célestes se divisent en trois classes (m grandes hiérarchies; chaque hiérarchie se divise en trois ordres.

L'être considéré relativement est ou cause, ou moyen, ou effet.

Considéré comme successif, l'être esipassé, présent ou avenir.

Dans la grammaire, il y a trois pronoms: je, toi, il: mon, ton, son; moi, toi, lui; mien, tien, sien ; nous, vous, eux.

Il y a trois termes : substantif, adjectif, verbe.

Le substantif est masculin, féminin ou neutre.

L'adjectif est positif, comparatif om surperlatif.

Le verbe est actif, passif ou neutre.

Dans les Sciences mathématiques. L'Arithmétique comprend trois opérations fondamentales : la numération, Vaddition, la soustraction.

Tout corps a trois dimensions : lonrjueur, largeur, profondeur. Les grandeurs géométriques sont au nombre de trois : la ligne, la surface, le volume.

La ligne a son commencement ou point de départ, son milieu, sa fin ou son point d'arrivée.

La ligne est droite, brisée ou courbe.

La droite est horizontale, verticale, normale ou inclinée.

Deux lignes forment trois angles, aigu, droit ou obtus.

Un triangle ^ trois angles , trois côtés, trois sommets. Tout polygone est divisible en triangles, comme tout nombre est décomposable en nombres triangulaires.

Tout cercle a son centre ou foyer, son rayon et sa circonférence.

La mécanique comprend trois grandes divisions : la statique ou science de l'équilibre, la cinématique ou science du mouvement, la dynamique ou science des forces causes du mouvement.

Les lois du monde planétaire sont au nombre de

trois, la loi du mouvement elliptique autour d'un centre d'attraction, là loi des aires, la loi des temps de révolution.

La chimie est régie par trois lois correspondantes à l'action de Dieu, qui a tout fait avec nombre, poids et mesure -Adi loi des proportions multiples, la loi des équivalents, la loi des volumes.

Tous les corps objets de la physique ou de la chimie sont solides, fluides ou gazeux.

En cristallographie, toutes les formes cristallines se ramènent à trois types: le tétraèdre, le cube et le rhombe.

.En acoustique, un son quelconque est caractérisé par trois éléments : le ton, Vintensité et le timbre.

Il y a trois notes fondamentales: la dominante, la tierce et la quinte, formant l'accord parfait.

Les instruments de musique sont d.vent, à cordes om à percussion.

En physiologie et psychologie, trois grands objets d'étude: le corps, Vâme, Vunion de Pâme et du corps.

La vie dépend de trois organes, que Bichat appelle étapes de la vie : Vestomac, organe de la puissance ; le cerveau, organe de l'intelligence; le cœur, organe de l'affection ou amour.

Trois organes principaux sont présents dans toutes les parties du corps, Yestomac par les vaisseaux chilifites, le cerveau parles nerfs, le cœur par les artères et les veines.

La famille est constituée par le père, la mère et Venfant. L'homme, \Qpère, créé indépendant, debout dans sa force, représente le Père éternel. La femme, créée de l'homme, son image, sa gloire, sa beauté, chair de sa chair, sang de son sang, os de ses os , figure le Verbe divin, engendré du Père; l'enfant procédant du père et de la mère, de leur amour mutuel, est l'image du Saint-Esprit.

La société civile est constituée par trois choses : le pouvoir, le ministre et le sujet.

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Nous pourrions multiplier à Tinfini ces rapprochements, et constater ainsi que la Trinité dans l'Unité est la loi essentielle de la nature. Un auteur, animé des meilleures intentions, M. P. Bouverat, dans un petit volume intitulé Spéculum Trinitatis, ou résumé de r universalité des choses dans lesquelles la Sainte Trinité a. imprimé son sceau divin (Haton, Paris, 1871), a multiplié à l'infini les manifestations singulières de la Trinité sainte, dans le monde physique, moral et métaphysique!...

II est donc vrai, absolument vrai que, même sur le plus profond, le plus inaccessible des mystères, les témoignages du Seigneur sont devenus parfaitement croyables... La trinité des personnes dans l'unité de la nature divine est, en Dieu, un fait, non-seulement essentiel et nécessaire, mais fécond et vivifiant; et, dans ses rapports avec l'humanité, une source infinie de grandeur, de sainteté, de divinité.

Adorons donc, et répétons incessamment, avec la sainte Eglise catholique, l'antique et chère doxologie : Gloire au Père, au Fils, et au Saiist-Esprit, comme il était au commencement, quHl est maintenant et quHl sera dans les siècles des siècles! Répétons-la surtout à notre dernier soupir, quand, appelant sur nous la miséricorde de Dieu, son minisire dira: « Il a beaucoup péché, mais il n'a pas nié le Père, le Fils et le Salnt-Esprit. Il a cru, et il sera sauvé 1 «

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