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Chapitre Vingt-Cinquième. — La Providence

Dieu ordonne, arrange et régit tous les événements de l'univers qu'il a créé. Il donne à chaque être sa place, son rang, sa mesure, son degré, sa proportion ; il les gouverne tous par une action aussi douce que puissante ; il opère dans les hommes, pour les hommes, souvent par les hommes, et malgré les homnîes, tout ce qui lui plaît, quand il lui plaît, comme il lui plaît, sans être jamais arrêté dans l'exécution de ses desseins par la résistance de ses créatures; atteignant tout, d'un extrême à l'autre, fortement, et conduisant tout suavement à sesfins.Âucun dogme n'est plus clairement enseigné par la raison et par le consentement unanime de tous les peuples. Tous ont reconnu que la Divinité gouverne le monde 1 Partout et dans tous les temps les hommes lui ont adressé leurs prières, comme au souverain modérateur de toutes choses; son action sur ses créatures n'est niée que par ceux qui ont dit, non pas dans leur intelligence, mais dans leur cœur, dans leur volonté égarée par les sens: il n'y a pas de Dieu!

Aucun dogme aussi n'est plus clairement révélé dans la sainte Ecriture. « Seigneur, vous avez affermi la terre, et elle reste ferme sous nos pieds. C'est d'après votre commandement que le jour subsiste, car toutes lescréatures sont à vos ordres.» « Dieu envoie la lumière, et elle part; il l'appelle et elle vient en tremblotant (sic, EN ondulant) ! Les étoiles ont brillé de tout leur éclat, chacune dans le poste qui leur fut assigné, elles ont pris plaisir à luire en l'honneur de celui qui les a faites. » « Dieu prend également soin de tous les hommes, il donne à chacun la vie, la respiration et toutes choses. » « C'est lui qui a fait naître d'un seul

homme le genre humain, pour habiter toute la terre, ayant dcterminé le temps précis et les bornes de leur demeure sur le globe... » « Vous avez réglé toutes choses, dit la Sagesse, avec mesure, avec nombre et avec poids , car la souveraine puissance est à vous, et pour toujours ! Qui pourra résister à la force de votre bras? L'univers est devant vous comme le petit grain qui peut à peine faire pencher la balance, et comme une goutte de la rosée du matin qui tombe sur la terre. Mais vous avez compassion de tous les hommes, parce que vous pouvez tout; et vous dissimulez leurs péchés, afin qu'ils fassent pénitence. Vous aimez ce qui est, vous ne haïssez rien de ce que vous avez fait, car si vous l'aviez haï vous ne l'auriez pas créé. Qu'y a-t-il, en effet, qui puisse subsister si vous ne l'aviez pas voulu ! Mais vous êtes indulgent envers tous, parce que tout est à vous, ô Seigneur, qci AIMEZ LES AMES ! Quï est-ce qui vous dira : pourquoi avez-vous fait cela? Ou qui protestera contre votre jugement? Qui se lèvera devant vous pour prendre la défense des hommes injustes? Car après vous qui avez soin de tous les hommes, il n'est point d'autre Dieu devant lequel on puisse appeler des jugements que vous prononcez. Il n'est ni roi ni prince qui puisse s'élever contre vous en faveur de ceux que vous avez fait périr. »

Jésus-Christ Dieu, la vérité, la sagesse, la science, la bonté infinie, nous dépeint la divine providence en traits si simples et si touchants, qu'il faudrait être insensé et cruel pour ne pas se laisser attendrir. « Ne vous inquiétez point pour votre vie de ce que vous mangerez, ni pour votre corps de quoi vous vous vêtirez. La vie n'est elle pas plus que la nourriture, et le corps plus que le vêtement? Regardez les oiseaux du ciel ; ils ne sèment point, ils ne moissonnent point, ils n'amassent pas dans des greniers, et votre Père céleste les nourrit! N'êtes-vous pas beaucoup plus qu'eux? Et quant aux vêtements, pourquoi vous inquiétez-vous? Voyez les lis des champs, comme ils croissent 1 Ils ne filent pas, ils ne tissent

pas, et Salomon dans toutn sa gloire n'a jamais été vêtu comme l'un d'eux. Que si l'herbe des champs, qui est aujourd'hui, et qui demain sera jetée dans le four, Dieu la vêt ainsi, combien plus, vous, hommes de peu de foi! Ne vous inquiétez point disant : Que mangeronsnous? Que boirons-nous? ou de quoi nous vêtirons-nous? Ce sont là toutes choses que les païens recherchent! Votre Père sait que vous en avez besoin! Cherchez avant tout le royaume du ciel et sa justice; toutes ces choses vous seront données par surcroît. Ne soyez donc pas inquiets pour le lendemain ; le lendemain se suffira à lui-même 1 À chaque jour suffit sa peine, sa malice!...

Celui que ces paroles toutes divines n'émouvront pas, n'est pas digne de croire et de se confier à la bonne Providence! Il se fait volontairement victime de la fatalité. Quel touchant commentaire de ces délicieuses invitations des livres saints 1 <( Débarrassez-vous sur le Seigneur de vos sollicitudes, et lui-même vous nourrira! » « Jetez-vous à corps perdu dans les bras de votre Dieu, il ne les retirera pas pour vous laisser tomber!» «Une mère peut-elle oublier son enfant, de sorte qu'elle n'ait pas pitié du fils de ses entrailles? Eh bien, quand même elle l'oublierait, moije ne l'oublierai point!» «Dieu lui portera secours sur son lit de douleur ! Vous avez, Seigneur, retourné tout son lit dans son infirmité!» C'est encore le divin à sa suprême puissance.

Quoi de plus admirable que cette suite non interrompue de jours et de nuits, cette succession incessante des saisons, ce cours invariable des astres, sans que le soleil refuse jamais sa lumière, sans que la lune anticipe ou retavde jamais son cours, sans qu'aucun des astres sorte jamais de la place qui lui a été assignée !

Et cette succession variée des productions de la terre; les irbres, les plantes, les herbes, les feuilles, les fruits, chacun et chacune selon leur espèce, et dans le temps marqué poar les besoins et les désirs m -mes de l'homme. Du sein tie cette terre si vile et si stérile par elle-même, la chaleur vi la pluie, le soleil elles vents font surgir les ali-

monts des animaux et de l'homme. C'est évidemment Dieu qui donne abondamment leur subsistance à toutes les créatures, qui fait lever son soleil et tomber sa pluie sur les bons et sur les méchants. Comment la vie de la multitude des êtres qui couvrent par milliards la surface de la terre, pourrait-elle être abandonnée au hasard? Le hasard n'est qu'un mot, moins qu'un mot, rien, une ridicule excuse de l'incrédulité ou de la sottise humaine ! Si les grands phénomènes de la nature n'étaient pas gouvernés par la sagesse infinie, et par des lois aussi anciennes que le monde, où seraient les garanties de la perpétuité des êtres? Car, que faudrait-il pour faire disparaître toute trace de végétation et de vie de la surface de la terre? iMoins d'une année de sécheresse absolue ou de pluies continues I Quel est l'homme assez insensé ou assez dénaturé pour abandonner au hasard la subsistance de sa famille, et ne pas plus s'en inquiéter que si elle ne dépendait en aucune manière de lui? Mais des observations séculaires démontrent que les moyennes de température et de pluie sont sensiblement constantes, et le hasard, évidemment, ne produirait pas cette succession régulière des saisons. La science elle-même rappelle loi de la nature, or toute loi suppose un législateur, une cause, et cette cause ne peut être que la Providence divine !

Le II. P. Baudrand fait admirablement ressortir par un tout petit exemple l'enchaînement providentiel des phénomènes de la nature. Un roitelet n'a besoin que de quelques grains de millet pour vivre; mais ces grains n'existeront pas si l'herbe ne croît pas. L'herbe ne croîtra pas si la terre ne la produit pas; la terre ne la produira pas si elle n'est pas arrosée par la pluie; la pluie ne tombera pas sans les nuées et les vents qui les diffusent. Les nuées et les vents ne se formeront point sans les vapeurs, et les vapeurs ne monteront pas de l'océan dans l'air, si elles ne sont engendrées et élevées par les ardeurs du solei4. Voilà donc dans quel ordre divin le ciel et le soleil, l'air et les vent§, les nuages et ks pluies,: la

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mer et -les 'fleuves, h icrrc el ses fruits, tout l'univers enfin, concourt de concei't à la produclion des graines minuscules nécessaires à la subsistance du petit roitelet. Mais à quoi serviraient les graines, s'il n'était lui-même en état de les chercher, de les discerner, de les saisir, de les broyer; s'il n'avait un gosier pour les avaler, un estomac pour les .digérer, aine multitude de petits organes, de petits canaux, de petites veines, par lesquelles les sucsdes graines digérées, se répandant dans tout le corps, le nourrissent, le vivifient, l'animent, et se transforment en os, en chair, en bec, eu ongles, en plumes, elc, etc. Il y a infinrment plus d'art et -d'industrie dans l'organisation de ce petit oiseau, que tlans toutes les œuvres de l'industrie humaine, qui ne fera jamais un grain de sable qui est, unbrtn d'herbe qui est et qui vit; un oiseau qui esi, vil, sent et vole. Un ordre que nulle industrie humaine ne peut imiter, que nulle intelligence créée ne peut concevoir, que nul obstacle ne peut arrêter dans son cours, que nulle puissance ne peut intervertir, renverser et détruire, est évidemment l'œuvre d'une intelligence infinie.

On oppose au dogme de la divine providence : 1° les voiles impénétrables et en apparence désespérants qui assombrissent trop souvent ses voies. La Providence, qui s'étend à tout, qui pourvoit à tout, qui règle tout, le monde moral comme le monde physique, c'est Vl^~ CONNU, le MYSTÈRE : la voix du genre humain tout entier, la raison, le ciel et la terre, la révélation , sont le CONNU qui nous l'annonce et la font briller à nos yeux comme un soleil éclatant. Les contradictions et les scandales apparents de la terre, c'est encore le mystère, ce sont les nuages un instant amoncelés qui nous cachent le soleil, c'est l'éclipsé momentanée qui cessera bientôt : nuages ou éclipse qui ne sont nullement un argument contre l'existence du soleil I

1 . Le triomphe des tyrans! « Le roi d'Assur a dit : Dans ma sagesse j'ai conçu, dans ma force j'ai exécuté, j'ai dévasté les frontières des peuples, j'ai dépouillé les

LA FOI ET LA RAISON. ^gg

princes; plus puissmt qu'eux, j'ai fait descendre ceux qui étaient assis sur des trônes élevés. Mon bras a atteint comme dans son nid la force des nations; comme on cueille des ceps abandonnés, j'ai ramassé toutes les nations de la terre., et il ne s'est trouvé personne qui remuât son aile, ouvrit la bouche et poussât le moindre cri! » C'est la tyrannie à sa suprême puissance I «Tais-loi, dit le Seigneur! Est-ce que la hache se glorifiera ou s'élèvera contre celui qui s'en sert pour fendre, ou la scie contre celui qui la met en mouvement pour scier, ou la verge, ouïe bâton, vils morceaux >de bois, contre celui qui les lève pour frapper. J'enverrai la maigreur au milieu de ces gras! Au-dessus de cet orgueil s'allumera et s'enflammera comme un brasie ardent. Les épines et les ronces d'Âssur seront dévorées dans oin seul jour. »

2. La prospérité des mécimnts. « Mes pieds ont presque chancelé, et mes pas se sont presque dérobés sous moi, quand j'ai vu et presque envié la paix des impies. Il n'est pas question pour eux de mort, aucune plaie ne les en menace. Ils ne louchent pas du bout du doigt au laideur des humains, et aucun lléau ne vient les frapper. Voilà pourquoi ils sont pleins d'orgueil, et se couvrent de leur impiété comme d'un manteau de gloire. L'iniquité sort de leur graisse! Ils se livrent à tous les dérèglements de leur cœur; ils ne pensent, ils ne parlent que de méchanceté, et ils en parlent avec solennité. Leur bouche est dans le ciel, et leur langue rase la terre. Mon peuple se tourne vers eux, en voyant leurs jours si pleins. Et il se dit : Dieu le sait-il ? Est-il quelque science dans le Très-Haut? Comment se peut-il qu'eux, pécheurs, ils soient dans l'abondance et les richesses? C'est donc en vain que j'ai maintenu mon cœur dans la justice, et que j'ai lavé toute la nuit mes mains en société des innocents? Puisque, après avoir duré toute la journée, mon afiliclion et mon chàliment recommencent dés le matin! Parler ainsi c'eût été condamner toute la.famille de vos enfants à la réprobation. J'ai donc

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clierclie k approfondir ce mystère. C'était m'imposer un rude labeur. Mais j'ai eu l'heureuse pensée d'entrer dans le sanctuaire du Seigneur et d'interroger les fins dernières. C'était un piège que vous leur tendiez, et vous vous réserviez de les frapper. en plein triomphe. Les voici tombés en ruine et dévastés de fond en comble. Ils ont disparu tout à coup, victimes de leurs crimes, disparu comme le songe de l'homme à son réveil! Dans la cité vous n'avez laissé aucune trace de leur image et de leur souvenir!!! » Voilà le secret de la Providence divine! Elle embrasse à la fois la vie présente et la vie future! La vie présente, temps d'épreuve, de combat et d'expiation, temps où chacun doit compléter en lui-même ce qui manque à la Passion et à la Rédemption de Jésus-Christ ! La vie future, où la justice divine sera satisfaite et vengée ; où chacun recevra la récompense ou le châtiment de ses œuvres! En tout, dit le pieux auteur de l'Imitation, IL FAUT ENVISAGER LA FIN. La fin pour la religion catholique, apostolique et romaine, c'est le jugement dernier, la réprobation des pécheurs, la glorification des justes; l'hommage solennel rendu par hs uns et par les autres à la sainteté, à la providence, à la justice de Dieu ! Nos ergo erravimus! Montes cadile supei' nos!

3" L'inégalité des conditions. Elle est une nécessité absolue de l'ordre social ; elle n'existe pas ou presque pas à l'état sauvage, où l'on constate simplement une infériorité ou une supériorité relative, suite naturelle de l'infériorité ou de la supériorité des esprits et des caractères. Elle est d'autant plus grande que la société est plus civilisée ! Si par impossible on la faisait cesser, elle renaîtrait plus grande. Ce serait comme dans un taillis abattu ou incendié, ciiêae redevient

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