LIGENCE QUE NOUS VENONS DE CONCEVOIR, MAIS DONT ELLE
RESTERA TOUJOURS iNFJNiaiENT élotgnée!» Si délerminisme il y a, Dieu seul a pu, dans l'acte de la création, constituer un élatinilial, atomique ou moléculaire, tel que dans chaque état subséquent, k tous les points de l'espace et de la durée, les faits fussent parfaitement ce qu'ils sont. Et si le déterminisme doit s'étendre aux actes des êtres ou des causes libres, il est bien plus indispensable encore que Dieu intervienne avec sa Toute-Science et sa Toute-Puissance. Voilà donc le gouvernemeut de la Providence noblement vengé par la science la plus profonde, et rendu évidemment compeitible avec l'uuiversalilé et Tindéfeclibililé des lois naturelles.
Ecoulons donc la voix du Sage! Ne disons pas:« Il n'y a pas de Providence, » de peur que Dieu, irrité de notre langage impie, ne détruise toutes les œuvres de nos mains. Si nous voyons les oppressions des pauvres et hs injustices violentes des méchants, quelque élevés qu'ils soient, les oppresseurs et les juges iniques ont quelqu'un de plus élevé qu'eux. C'est un roi suprémie qui commande à tout, auquel la terre est forcée d'obéir.
Chapitre Vingt-Sixième. — la Prière. — Quoi de plus naturel à l'esprit et au cœur de l'homme que la prière? L'enfant implore son père, l'épouse implore son époux, l'esclave implore son maître, le sujet implore son souverain ! L'univers entier prie! Ce n'est partout dans le monde passé,, comme dans le monde actuel, que prières, qu'invocations, qu'ex-voto! Les soldats roimains comme les soldats carthaginois ont laissé sur les rochers d-es Alpes des témoins indestructibles de l'élévation de leur âme vers leurs Dieux!
L'instinct inné de la prière comprend la conviction intime qu'elle peut être exaucée; et parce que la prière exaucée c'est une suspension^ une dérogation, au moins apparente, aux lois de la nature, celte suspension, cette dérogation ne sont en elles-mêmes- ni impossibles, ni absurdes. La dérogation apparente n'est paS' plus impossible ou absurde qu'il n'est impossible ou absurde que par la volonté initiale de son auteur la machine à calculs analytiques, après avoir écrit pendant des siècles la série des nombres carrés, fasse tout à coup apparaître un nombre triangulaire, pour revenir sur-le-ebamp', ou après un temps plus ou moins- long, a la série des nombres carrés, ou à une autre série de nombres quelconques !
La sainte Bible surabonde en prières sorties des bouches les plus nobles, les plus pures, les plus saintes, et en prières, comme celles de Moïse, promptement et miraculeusement exaucées.
L'Evangile est le code de la prière courte, ardente, sans cesse suivie de miracles.
La liturgie de l'Eglise catholique est a son tour un arsenal de prières appropriées à. tous les besoins des individus, des familles, des sociétés ; et l'histoire de l'Eglise est l'histoire d'innombrables miracles, faveurs 001 grâces accordées à la prière.
Mais il est dans l'Evangite en faveur di^ la prière, un témoignage infiniment plus éclatant, qui d^evrait désarmer les esprits les plus prévenus: le tiîmomjnage de Jésus- Christ, que les ennemis de sa divinité vénèrent au moins comme un sage législateur. « Il faut prier toujours et ne se lasser jamais . Demandez et il vous sera donné, cherchez et \Qm trouverez ; frappez et il vous sera ouvert. Car qaioonque demande reçois, quiicher^'he trouve, il sera ouvert à. celui qui a frappé... Quel est celui qui donne un scorpion à son fils qui lui demande un œuf; une pierre quand il lui demande du pain, ou un serpent quand il lui demande un poisson? Si donc vous, qui êtes mauvais, savez donner de bonnes choses- à vos enfants,
combien plus votre père qui est aux cieux donnera-t-il à ses enfants les biens qu'ils lui auront demandés !...' Si deux ou trois de vous s'unissent pour prier, quelque cliose qu'ils demandent, elle leur sera accordée par mon Père qui est aux cieux...... Ayez foi en Dieu I En vérité,
je vous le dis, quiconque dira à cette montagne : lèvetoi et jette-toi dans la mer I s'il n'hésite pas dans son cœur; s'il croit que ce qu'il a commandé doit se faire, il sera obéi !... Tout ce que vous demanderez dans laprière, croyez que vous l'obtiendrez, et vous serez exaucés. . . Si quelqu'un de vous ayant un ami, va le trouver pendant la nuit, et lui dit: Mon ami, prête-moi trois pains, car un de mes parents arrive de voyage et je n'ai rien à lui offrir. Si cet ami parlant de l'intérieur lui crie : Ne m'importune point, ma porte est fermée, mes enfants et mes serviteurs sont sous clef avec moi, je ne puis me lever et te donner les pains que tu demandes ! Si cependant le visiteur continue de frapper r quand même il ne se lèverait pas parce qu'il est son ami, il se lèvera vaincu par son imporlunité, et lui donnera les pains dont il a besoin. Et moi je vous dis à mon tour: Demandez et vous recevrez, cherchez et vous trouverez, frappez et il vous sera ouvert!... En vérité, en vérité, je vous le dis, ce que vous demanderez à mon Père en mon nom, il vous l'accordera. . . . Jusqu'ici vous n'avez rien demandé, demandez donc et vous recevrez 1 »
Ainsi, Jésus-Christ, la Vérité, la Sainteté même, nousfait un devoir rigoureux de prier, et de prier sans cesse ^ jusqu'à l'importunité l II nous reproche de ne pas prier ! Il nous affirme sur serment que tout ce que nous demanderons dans la prière, alors même que ce serait un miracle, aussi grand que le déplacement d'une montagne,' nous l'obtiendrons. Ce n'est pas assez encore. Jésus-( Christ, qui savait que quand la prière n'est pas exaucée, ' c'est que celui qui prie est mauvais, ou qu'il demande mal, ou qu'il demande ce qui serait un mal pour lui, a voulu nous enseigner lui-même à prier ! Et cet enseignement fut le chef-d'œuvre de son amour. « Quand vous vou-
LA KOI ET I.\ r.AlSOIN. /oq
lez prier, entrez dans volrc cbambro, et, la porte fermée, priez voire Père en secret, et voire Père, pour qui il N'y A POINT DE SECRET, vous EXAUCERA ! Ne parlez pas beaucoup en priant, car votre Père sait ce dont vous avez besoin, avant que vous le demandiez 1 Mais voici comment vous prierez. «Notre Père qui êtes dans les cieux,
« que VOTRE NOM SOIT SANCTIFIÉ ! QUE VOTRE RÈGNE « ARRIVE ! QUE VOTRE VOLONTÉ SOIT FAITE SUR LA TERRE,
« COMME AU CIEL. Donncz-nous aujourd'bui notre pain « quotidien. Pardonnez-nous nos offenses, comme nous « pardonnons A CEUX QUI NOUS ONT OFFENSÉS ! Ne nous « laissez pas tomber dans la tentation. Délivrez-nous du « mal ! Ainsi soit-il! » Que votre nom soit sanctifié, que votre règne arrive, que votre volonté soit faite ! Ce sont trois actes de charité parfaite, sous une forme à laquelle aucune bonne nature ne peut se refuser, et qui suffisent à nous rendre agréables à Dieu ! Nous devenons ainsi RONS. Pardonnez-nous, comme nous pardonnons, c'est la condition essentielle pour être exaucés ! Car, ajoute Jésus-Christ, si nous ne pardonnons pas aux hommes, notre Père céleste ne nous pardonnera pas non plus I Demander ainsi, après avoir pardonné, c'est bien demander! Le pain quotidien, le pain consubstanliel, le pain du corps et de l'âme, l'abri contre les tentations, la délivrance du mal, c'est le bon par excellence. Impossible donc de ne pas être exaucé. Que d'élus cette petite prière aura faits 1 C'est le divin à une puissance infinie. Je pleure de joie, j'adore et j'aime ! celui qui ne pleurera pas de joie, qui n'adorera pas, qui n'aimera pas avec moi, je le plains de toute mon âme, et sans espoir de lui ouvrir les yeuxl
Que peut opposer la libre pensée, la fausse science ou la demi-science à ces oracles de la vérité même?
M. Tyndall rencontra un jour sur ses Alpes bien-aimées deux jeunes prêtres, l'un Valaisan et l'autre Tyrolien, qui, suivant l'usage antique, venaient bénir, l'un les sources du Rhône, en demandant à Dieu qu'il creusât profondément son lit, qu'il se défendît de débordements désas-
jj^2Q i^ES SPLENDEURS DE LA FOI.
ireux, on qu'il fît quelque dérivalion bienf^iisante el désirée; l'autre, les sommets couverts de neige, pour conjurer les avalanches et les Inondations. Ce n'était pas demander plus que le déplacement de la montagne promis parr Jésus-Clirist! Ce n'é.tait au fond qu'implorer le pain quotidien 1 Ces bénédictions n'étaient donc pas en. dehors du domaine assigné ou plutôt imposé à la prière par le divin Sauveur des hommes. Elles étaient d'ailleurs conformes en tout à la liturgie de la sainte Eglise catholique, apostolique, romaine. Pourquoi donc les ti-aiterait-on de folie ou du moins- de niaiserie, sous le prétexte inconsidéré et athée que les- lois de la nature sont invariables, que Dieu lui-même ne peut pas suspendre ou altérer leur cours ?
Quelques semaines plus lard, le Conseil de la Reine imposa à la nation des jours de deuil et de prière, pour obtenir que le choléra, qui s'avançait de l'Orient vers l'Occident, n'envahisse pas l'Angleterre,, ou que la petite vérole et la peste bovine cessassent leurs ravages. Cet appel à la foi des chrétiens scandalisa non moins la science de l'illustre physicien. Il prolesta de nouveauy invoquant toujours le grand principe de l'invariabilité des lois de la nature. « Depuis six mille ans le soleil se. lève et se couche chaque jour, donc il se lèvera, et se couchera toujours. C'est forfaire à la raison que de croire la prière capable de produire quelque effet phy.sique, quelque modificalion, quelque suspension des loisr de la nature. » Chose étrange, M. Tyndall est un des physiciens qui ont enseigné que le monde finirait, par le. feu 1 Qu'il y aura un jour, peut-être très-pr-oche, où le> soleil pour la terre ne se lèvera pas, et ne se couchera plus! La science est-elle donc», vraiment, le pauvre orgueilleux? M. Tyndall convient cependant qu'il est ab'solumen' au-dessus du pouvoir de la science de démontrer que: les deux jeunes prêtres, comme, aussi rEgli&a, anglicane, demandent l'impossible. (F/'ar/y^pn/so/sfl/Vi/icey page 3(31, lignes 12! et suivantes.) C'est quelque chose, mais ce n'est pas assez. Pourquoi après s'èlue. levé
depuis six mille ans, le soleil ne se refuserait-il pas un jour de se lever? La machine à calcul de sir Babbage après avoir enregistré pendant û\\ mille années la; série des nombres carrés, peut à un moment donné faire apparaître tout à coup un cube, par la volonté antérieure de son auteur, volonté consignée dans, la machine au moment de sa construction. Le Créateur et Moteur Suprême de l'univers ne pourrait-il pas faire cis qui est possible au génie humain crée a son image 1 II arriva qu'un savant confrère de M. Tyndall lui fit dans la J'all Mail Gazette, sous le voile de l'anonyme,, une réponse bien simple, mais^ qui devait rester sans réplique. Il n'y a pas que la matière dans le monde physique, il n'y a pas que des molécules qui s'attirent ou se repoussent, il y a des esprits essentiellement libres qui ne peuvent entrer dans les équations du Déterminisme ! Les volontés des hommes, par exemple, sans cesse en action, exercent une inlluence petite en apparence, mais visible et réelle, sur les phénomènes naturels, et modèrent le cours des lois qui les régissent. Les feux qu'il allume, les défrichements qu'il opère, les forêts qu'il abat ou qu'il plante, les dessèchements de marais ou de mers' qu'il mène à bonne fin, les percements de montagne, etc., modifient, et quelquefois profondément, le climat d'une localité déterminée, ou de contrées entières. La pluie était rare en Egypte avant le percement de l'isthme de Suez, aujourd'hui elle est fréquente ! On parle dé' rétablir la mer du Sahara pour féconder de nouveau le déserl! Un glacier derrière letjuel se pressait, une énorme masse d'eau menaçait à la fois d'écraser et d'engloutir le bourg de Wiége. Un habile ingénieur, après av-<:)ir, par un forage, donné écoulement à l'eau amonceléev entreprit le sciage du glacier et le fit tomber en; lames inoffen'sives; le fléau fat conjuré! Or ce que peut d'une manière bornée la volonté libre, mais si faiblie de l'homme, pourquoi la volonté toute-puissante de ITieu ne le feraitelle pas sur une échelle grandiose? Pourquoi, à la prière de l'homme qu'il a pris l'engagement d'exaucer, Dieu
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n'interviendrail-il pas à son tour, mystérieusement mais souverainement? L'argument était irrésistible , et j'hésite à constater que M. Tyndall ne lui trouva qu'un tort prétendu, celui d'encourager les croyances des païens antiques et des sauvages modernes, qui attri^ buent chaque changement d'aspect de la nature à l'entrée en scène d'une divinité arbitraire ! 1 f (Fragments of science, p. 368, ligne 2!0.)
Ah t qu'il était mieux inspiré le grand Euler, âme si douce, esprit si lucide, mathématicien siéminent, physicien si expérimenté, quand il écrivait, il y a cent ans déjà, ce que les savants du jour devraient être honteux de n'avoir pas lu. « La religion nous prescrit le devoir de la prière, en nous donnant l'assurance que Dieu exaucera nos vœux, pourvu qu'ils soient conformes aux règles qu'il nous a données. D'un autre côté, la philosophie nous enseigne que tous les événements de ce monde arrivent conformément au cours de la nature établi depuis le commencement et que rien ne saurait arrêter ce que Dieu a prévu et voulu. Mais je réponds que quand Dieu a établi le cours du monde, et qu'il à arrangé tous les événements qui devaient arriver, il a eu évidemment égard à toutes les circonstances qui accompagneraient chaque événement, et particulièrement aux dispositions, aux vœux, aux prières de chaque être intelligent, et que l'arrangement de tous les événements a été mis parfaitement d'accord avec toutes ces circonstances. Quand donc un fidèle adresse à Dieu une prière digne d'être exaucée, il ne faut pas s'imaginer que cette prière ne parvient qu'à présent à la connaissance de Dieu; il l'a déjà entendue, depuis toute l'éternité, et si, en père miséricordieux, il l'a jugée digne d'être exaucée, il a arrangé exprès le monde en faveur de cette prière, en sorte qne son accomplissement fût une suite du cours régulier des événements. C'est ainsi que Dieu exauce les prières des fidèles sans faire des miracles; quoiqu'il n'y ait aucune raison pour que Dieu ait
FAIT ET FASSE ENCORE DE VRAIS mRACLES.»{Le ttl'es à ÎOie
princesae cV Allemagne. Lettre quatre-\ingt-clixième. ) C'est LA SCIENCE VRAIE ct elle est toute chrétienne !
M. Tyndall nie qu'il puisse y avoir ou qu'il y ait une liaison entre la prière, entre les dispositions des volontés humaines et les phénomènes physiques: c'est un démenti qu'il donne gratuitement à la sainte Bible et au Nouveau Testament. « Je vous ai refusé la pluie, dit Dieu par la bouche du Prophète (Âmos, iv, 7), trois mois avant la moisson... J'ai fait pleuvoir sur une première cité et non sur une seconde. Sur une troisième cité, je n'ai plu qu'en partie, et la partie sur laquelle je n'ai pas plu s'est entièrement desséchée. » « Elie, dit l'apôtre saint Jacques (Ep., v, 17), était un homme semblable à nous, passionné comme nous; cependant, il pria avec instance qu'il ne plût pas sur la terre, et il ne plut pas durant trois ans et six mois. Il pria de nouveau, et le ciel donna la pluie, et la terre produisit ses fruits! »
La grande illusion de la science, c'est de rabaisser Dieu à son niveau, si bas ! Pour Dieu éternel et immense il n'y a ni espace ni temps, ni passé ni avenir. Il est et nous sommes, et nous nous mouvons et nous vivons en lui. C'est le mystère des mystères, devant lequel tous les autres mystères, et toutes les autres objections s'évanouissent.
Chapitre Vingt-Septième. — le Miracle. — Nous avons dit du miracle, de sa possibilité,, de sa nécessité, de sa réalité, tout ce qu'il est essentiel d'en dire; nous n'avons donc ici qu'à répondre à certaines objections et à éclairer, par une comparaison heureuse, que les découvertes récentes de la science nous fournissent, la nature et le mode de production du miracle.
« A quoi bon recourir au miracle? disait Diderot. Je n'ai besoin pour me rendre que du syllogisme. Une seule démonstration me frappe plus que cinquante faiUÎ Pourquoi me harceler par des prodiges, quand tu peux me terrasser par des syllogismes? Quoi donc! serait-il plus facile de redresser un boiteux que de m'éclairer?
Le syllogisme, nous l'avons prouvé jusqu'à l'évidence, n'impose pas la conviction de l'inlelligence à cau-sede rinlervenlion de la volonté, et le raisonnement est le privilège du petit nombre! Le miracle, d'ailleurs., répondait La Harpe à Diderot, est le syllogisme mis en action, le plus excellent des syllogismes. « Si Dieu m'a donné ii-ne puissance qui n'est qu'à lui et qui ne saurait être celle d'un iliomme, très-cei;lainement c'est Dieu qui^m'en-voie, et c'est sa paroJe que j'annonce : la majeure est évidente. Or j'ai reçu de Dieu colle puissance ; je prouve la mineure. Lazare sors du tombeauJ Et le cadavre de Lazare moi't depuis quatre jours, au \a et au su de toule une ville, se lève et sort du sépulcre ; donc, etc. Le syllogisme esien bonne forme! Mais, admirons en passant, tout à la fois, et cette grande prédilection pour les syllogismes allectée devant ceux qui n'y entendent rien, et cette folle aversion du syllogisme pour rien, devant ceux qui en savent faire! » (Cowrs c/e littérature.)
21° Le miracle est impossible 1 Non, et c'est violer toutes les règles de la logique, quand le monde est plein de miracles, que de conclure d'une impossibilité prétendue à la non-existence des faits. Ce n'est pas là ce qu'a pensé le genre humain, qui toujours et partout a cru au surnaturel, à l'intervention directe de [)ieu dans le gouvernement de l'univers, et n'a jamais pensé que le monde fût une machine matérielle qui fonctionnât sans Dieu. Non, car il n'est aucun peuple qui n'ait élevé vers le ciel des mains suppliantes. Non, car les lois 'de la création ne sont pas absolues, immuables, géométriques, et Dieu, loin d'être enchaîné par elles, peut y déroger, ou mieux, y avoir dérogé de toute éternité, par un décret libre de sa Yolonté. Dieu a pu créer, il a créé I Et la création estje plus grand des miracles. Comment donc ne pourrait-nil pas faire itous les miracles imaginables? Le Dieu qui ne pourrait pas faire des miracles serait un Dieu anliscientifique, antihistorisque, puisqu'il ne serait pas le Dieu créateur. Si les lois et les forces de la nature
LA FOI ET LA RAISON. ^gw
sont absolu ment et élernelleraent invariables, si on ne peut les entraver dans leur marche, comment se fait-il que dans beaucoup de cas nous les chaugiofts, nous les asservissions, nous détournions de nous leurs eJïels nuisibles, nous remontions même à leurs sources p.0iur les larir ? Comment agissons-.aous même sur l'esprit de nos semblables, et parvenofts-DOus à ;modifier leurs convictions et leurs volontés ? Si Dieu a donaé aux causes secondes la venu de produire leurs effets, ne faut-il pas qu'il ail cette vertu en lui-même? £t s'il n cette vertu en lui-même, ne faul-il pas reconnaître qu'il peut produire à son gré J es effets des causes seco.ndes, sans les causes secondes., malgré et contre les causes secondes : multiplier le blé sans l'interventioii de la terre, guérir les maladies sans, remèdes , etc., etc.. D'ailleurs, en quoi l'ordre général de la nature serait-il troublé, si Dieu a prévu les exceptions; s'il se les est réservées, s'il les a fait rentrer dans l'ordre général de la nature; si, par une exception voulue et prévue, le feu, tout en conservant sa propriété de consumer, ne consume pas ; &i l'eau du fleuve, eu conservant sa propriété de couler, remonte vers isa source ; si tel malade est guéri sans médecins et sans remèdes; si un mort ressuscité vient reprendre la place qu'il occupait quelques jours auparavant? Loin de troubler l'ordre, le miracle n'aide-t-il pas à son triomphe, puisqu'il est un des moyens les plus efficaces par lesquels Dieu exécute le plan qu'il a formé, €t conduit les êtres à leur fin dernière et universelle: sa gloike et leur bonheur 1 Quand il fait des miracles. Dieu, disait saint Augustin, change son œuvre, mais ne change pas son dessein 1 Ce serait trop d'honneur, disait Rousseau, à celui qui nierait la possibihté du miracK qu^e d.e le punir. Il suffirait de l'enfermer.
3° La probabilité du miracle ou d'une dérogation aux lois continues de la nature, est moins grande que la 'prohabilité d'une erreur de la part des témoins qui affirment cette dérogation ou ce miracle! Donc
le miracle a en sa faveur une probabilité non-seulement nulle, mais négative, c'est-à-dire qu'il a contre lui toute probabilité! C'est le sophisme du trop célèbre philosophe anglais Hume, sophisme tant vanté, tant répété! C'est un sophisme, car il oppose à un fait affirmé, au miracle, non pas son impossibilité, — Hume ne nie pas la possibilité du miracle, — mais son improbabilité, ce qui est plus absurde encore que d'opposer au mouvement, au déplacement dans l'espace sa prétendue impossibilité. — Est-ce qu'il n'est pas de la nature essentielle de certains faits en général, et du miracle en particulier, d'êh^e improbables, invraisemblables ? Est-ce que la raison n'affirme pas comme un axiome que le vrai peut être complètement invraisemblable et par conséquent improbable? Sir Charles Babbage, dans son neuvième traité de Bridgewater, note 1, page 131, ne s'est pas contenté de cette réponse philosophique. 11 a prouvé rigoureusement que l'argument tant vanté de Hume était mathématiquement faux. Au temps de Hume, le calcul des probabilités ou des chances était trop peu avancé pour qu'on pût essayer même de comparer rigoureusement les deux probabilités opposées l'une a l'autre par Hume, probabilité du miracle, probabilité de l'erreur des témoins. Mais les savantes théories de Laplace ont rendu ce calcul possible. . Sir Charles Babbage l'a fait, et il a neltement établi cette proposition: 1° Quelque grande que soit la probabilité fournie par l'expérience contre l'occurrence d'une dérogation aux lois de la nature ou d'un miracle, on peut toujours concevoir un nombre de témoins assez grand pour que l'improbabilité de l'erreur de leur témoignage unanime soit plus grande que l'improbabilité de l'occurrence du miracle. En d'autres termes : on peut toujours concevoir ou assigner un nombre de témoins indépendants tel, que l'improbabilité de la fausseté de leur témoignage concordant soit plus grande que l'improbabilité de l'occurrence du miracle lui-môme, tel, par conséquent, que, dans la théorie de Hume, il prouverait la vérité du miracle. Sir Charles Babbage ne s'est pas
contenté ie l'analyse, il a passé aux Dombres, et les nombres ODt donné nn démenti brutal au sophiste.
4*^ // est impossible de comtaler le miracle, et par là même d'en être certain! Cette alfirmation est le comble de l'absurdité. Faul-il de meilleurs yeux pour s'assurer de la mort et de la vie de Lazare, qae pour s'assurer de la mort et de la vie de tout autre homme? Faut-il avoir de meille'ures oreilles pour entendre la voix accentuée qui le rend à la vie? Faut-il plus de bon sens que n'en a le commun des mortels pour comprendre que si un homme peut naturellement passer du sommeil à la veille, il ne peut passer de la moit à la vie que par une vertu surnaturelle? Affirmer qu'il faut, pour qu^in miracle soit certain, qu'il se fasse dans un amphithéâtre, sous les yeux des médecins, des physiologistes, des physiciens et des chimistes, devant une commission composée dliommes spéciaux ayant l'habitude de l'analyse et de l'observation, qui fassent sélection du cadavre, qui choisissent la salle, règlent le programme de l'expérimentation, c'est tout simplement absurde et indécent.
L'homme du peuple et l'homme du monde, au contraire, sont plus compétents que le savant, parce que le savant, trop orgueilleux, n'admettra jamais des faits en dehors de ses théories et de ses formules ! Dieu ne se révèle qu'au petits et aux humbles.
b°Les miracles peuvent être expliqués par les voies de la nature aujourd'hui mieux connues ! Non 1 Celte explication ne saurait s'appliquer évidemment à aucun des miracles de Jésus-Christ et des apôtres, et moins encore aux Splendeurs de la Foi ! Que les savants invoquent, autant qu'il leur plaira, les lois encore inconnues de la nature, qu'ils fassent appel en outre à la puissance de l'imagination, tant qu'ils n'auront pas démontré qu'un médecin peut guérir un malade par sa seule parole, ressusciter un mort par un acte de sa volonté, etc., ou que l'imagination puisse consolider une fracture, fermer une blessure, rendre la vue à un aveugle, faire tomber la pluie, ou ramener le beau temps, ils n'auront rien fait.
^gjj LES SPLENDEURS DE LA FOI.
6° // ne se fait plus de miracles 1 II suffit qu'il y en ait eu pour que la Religion chrétienne soit divine! Mais le miracle n'a pas cessé dans la sainte Église de Dieu. Voyez plutôt Lourdes et les canonisations incessantes de saints, qui ne se font jamais sans la constatation solennelle de miracles éclatants. Et les quinze splendeurs de la foi, prophéties sans cesse accomplies, miracles incessants, plus éclatants que la résurrection des morts.
7° Les miracles peuvent venir du démon! L'existence du démon est elle-même un miracle, ou du moins un fait surnaturel, connue principalement par la Révélation! Le démon ne peut pas avoir été l'auteur des miracles de Jésus-Christ, des apôtres, de la sainte Vierge, des saints, car ils se sont faits contre lui, et il ne peut être contraire à lui-même.
Nous verrons plus tard ce que sont les prétendus miracles du magnétisme, du spiritisme, etc.
8° Toutes les religions, même celles qui sont évidemment fausses ont eu leurs miracles! Des semblants de miracles, des tours de force et d'adresse, des effets de prestidigitation, oui! De vrais miracles, Non!
Au reste, la prétention de toutes les religions au miracle ne prouve-t-elle pas que partout on a cru, et que le miracle estpossible et qu'il est nécessaire, parce qu'il est comme la seule signature apposée par Dieu à son œuvre! Et que sont les prétendus miracles du paganisme, comparés à la série si imposante des miracles qui, depuis Moïse jusqu'à Jésus-Christ, et depuis Jésus-Christ jusqu'à nous, ont été faits publiquement, et en plein midi, devant des milliers de témoins intéressés à les contredire, d'autant plus qu'ils avaient pour but non de caresser les passions, mais de réformer les mœurs.
Disons enfin comment, par une comparaison très-saisissante et en faisant appel au chef-d'œuvre des chefs-d'œuvre de la mécanique-mathématique, un savant trèsillustre, sir Charles Rabbage l'immortel auteur de 1'^ MACHINE A CALCULS ANALYTIQUES, a réussi à éclairer d'un
jour nouveau la question de la nature et de la possibilité du miracle.
« Le le cteurest donc assis devant la machine à calculs, mise en mouvement à l'aide d'une manivelle, et il voit apparaître dans les lucarnes des chiffres dont l'ensemble représente des nombres, qui se succèdent suivant une loi déterminée, la série, par exemple, des nombres carrés 2, 4, 9, 16, 25, 36. Il a pu prolonger l'expérience aussi longtemps qu'il a voulu, on peut supposer qu'elle a duré des années et des siècles, sans qu'il ait cessé de constater que le nombre écrit à chaque instant, est le nombre carré qui suit, de telle sorte que cette production des nombres carrés soit comme une loi de la nature, la succession indéfinie des levers et des couchers du soleil, et qu'il y a mille à parier contre un que le nombre à venir sera encore un nombre carré. Mais voici que le constructeur de la machine s'écrie tout à coup : Le premier nombre qui apparaîtra dans les cases, et que vous croyez devoir être un nombre carré, ne le sera pas. Quand la machine fut originairement créée pour marquer ces nombres, j'ai imprimé en elle une loi qui coïncide dans tous les cas avec celle des nombres carrés, mais j'ai fait exception pour le nombre qui doit sortir maintenant. Après qu'il se sera montré, la loi des nombres carrés reprendra sa marche invariable, jusqu'à la destruction de la machine elle-même. Celui qui est témoin de ce tour de force accordera sans peine à l'artiste qui a ainsi voulu l'accomplissement d'un fait prévu un si grand nombre de siècles à l'avance, un plus grand degré de puissance que si la machine n'avait enregistré qu'une série. Et si l'inventeur explique que, dans la construction de sa machine, il a le pouvoir de faire apparaître en son temps tout nombre faisant exception aux lois établies , pour toutes les périodes à venir, aussi éloignées, et aussi inégales qu'on puisse les imaginer ; s'il ajoute encore qu'il a donné ce mode de construction à la machine pour la mettre en parfait accord avec les événements dans chacune des
périodes respectives, l'observateur ne pourra s'empêcher d'y reconnaître une puissance plus considérable que si, lorsque chacun de ces événements divers doit se présenter, il avait fallu intervenir pour troubler momentanément la marche des calculs de la machine. Si, outre cela, l'inventeur, se tenant éloigné, faisait que l'observateur, pour la parfaite intelligence de la machine, produisît lui-môme, par un simple procédé, par exemple en déplaçant un boulon, ces déviations apparentes, toutes les fois que certaines combinaisons se présenteraient à son regard; s'il était enfin doué du pouvoir de prédire les cas exceptionnels qui dépendent de la seule volonté de l'observateur, bien que, sous d'autres rapports, ils dépassent les limites de sa puissance et de son intelligence, il faudra bien admettre qu'une machine ainsi constituée suppose une puissance inimaginable d'invention.
La machine à calculs analytiques que j'ai mise sous les yeux du lecteur, possède ces qualités. Elle est faite pour obéir à toute loi donnée, et pour produire, à des périodes aussi éloignées qu'on voudra, une ou plusieurs exceptions apparentes à la loi. H faut cependant observer que cette loi apparente qui s'est imposée à l'attention du spectateur, par suite d'une induction illimitée, n'est pas la pleine expression de la loi en vertu de laquelle fonctionne la machine ; il faut de plus noter que le cas d'exception est aussi absolument et irrésistiblement la conséquence nécessaire de l'oi-ganisation primitive de la machine, que chaque calcul individuel pris dans la masse de ceux qu'elle peut éventuellement produire. Je n'ai pas eu l'intention de donner à la machine, dans son plan primitif, le pouvoir de faire des calculs, autant au-delà de l'analyse mathématique que ceux dont je viens de parler; je n'entrevois pas même, actuellement, de période après laquelle cette extension pourrait être utile à l'esprit humain. J'ai été simplement préoccupé de donner à l'invention un degré de généralité renfermant une grande manifestation de puissance mathématique.
LA FOI ET LA RAISON. gQl
J'ai parfailement la conscience que les généralisations mécaniques qu'elle peut recevoir dépassent de beaucoup celles que j'ai eu le loisir d'étudier. J'ai également écarté certaines combinaisons qui ne pourront pas avoir d'utilité d'ici longtemps. Au milieu de celles que j'ai été amené à étudier, j'ai observé les possibilités dont je viens de parler; et les réflexions qu'elles ont produites dans mon esprit m'ont engagé à poursuivre mes recherches. Si le lecteur convient avec moi que ces spéculations conduisent à une conception plus élevée du grand Auteur de l'univers que toutes celles entrevues jusqu'ici, il conviendra également que l'étude des branches les plus abstraites de la mécanique pratique, combinée avec celle des mathématiques, dans ce qu'elles ont de plus profond, n'empêche en aucune façon l'esprit humain de percevoir les raisons évidentes de la vérité des dogmes de la religion naturelle. J'ose même dire que ces caractères fournissent de la grandeur de la création des preuves plus exlcnsives peut-être que celles fournies jusqu'à présent par les sciences d'observation, ou la physique.
C'est encore cette fois le dernier mot, le nec-plusultra de la science la plus avancée, et je ne puis rien ajouter. La science a parlé comme Rome parlait, la cause est finie !
Thapitre Vingt-Huitième. — le Péché originel. — Adam
et Eve, le premier homme et la première femme, ont été placés dans le Paradis terrestre. Après un temps d'épreuve fixé par Dieu, ils doivent sans mourir entrer en possession de la félicité surnaturelle des cieux. Mais ils désobéissent et mangent du fruit défendu. Déchus aussitôt de la vie de la grâce et de la justice originelle, ils sont chassés du Paradis terrestre,.condamnés à la fatigue, à la souffrance, à la mort ; et ils tombent sous la puissance du démon qui les a encouragés dans leur désobéissance. Le châtiment et ses suites funestes, l'ignorance, la concupiscence, la privation de la grâce sanctifiante, l'esclavage du démon, etc., se sont étendus à la postérité
entière d'Adam et d'Kve. Nous naissons tous conçus dans le péché, enfants de colère, exclus du bonheur surnaturel des cieux : c'est le dogme et le mystère du PÉCHÉ griglxel! Dogme et mystère clairement affirmés et définis dans la sainte Ecriture, dans l'enseignement de l'Eglise, dans les traditions du genre humain.
« Voici, disait David, que je suis conçu dans l'iniquité, et que ma mère m'a conçu dans le péché » (Ps. L.J, « Qui, disait Job, peut rendre pur l'homme issu d'un GERME IMPUR? Comment l'homme né de parents coupables pourrait-il être immaculé et juste?» (xiv, 4; XV, 14.) « Le péché est entré dans le monde, disait saint Paul, par un seul homme, en qui tous ont péché, et par le péché la mort, qui n'a épargné personne. » [Rom. V, 12.) « Nous sommes par nature des enfants de colère. » [Epist. ii, 3.)
Résumant les enseignements des saintes Écritures, des saints Pères, des conciles antérieurs, le jugement et le sentiment de l'Eglise universelle, le concile de Trente formule ainsi ses anathèmes : « Si quelqu'un refuse de reconnaître qu'Adam, le premier homme, après avoir transgressé dans le Paradis terrestre le commandement de Dieu, a perdu aussitôt la sainteté et la justice dans lesquelles il avait élé établi ; que par cette prévarication il a encouru la colère de Dieu, et par suite, la mort dont Dieu l'avait auparavant menacé, avec la servitude de celui qui, dès lors, eut l'empire de la mort, le démon ; et que, par ce péché^ Adam tout entier, dans son corps et dans son âme, fut réduit à un état pire, qu'il soit analhème ! 2" Si quelqu'un affirme que la prévarication d'Adam a nui à lui seul et non à sa race, qu'il a perdu pour lui seul, et non pour sa postérité, la sainteté et la justice qu'il avait reçues de Dieu, ou que souillé par sou péché de désobéissance, il n'a répandu dans loat le genre humain que la mort et les peines du corps, et non aussi le péché qui est la mort de l'âme, qu'il soit analhème ! »
11 est donc de foi : 1° qu'Adam a été créé, non dans
l'étal de nature pure, mais dans la sainteté et la justice surnaturelles, dons gratuits de Dieu ;2°que par son péché il est déchu de l'état surnaturel de justice et de sainteté, et qu'il a été réduit h l'état de nature pure, ou même à un état pire que l'état de nature pure (c'est au moins l'opinion du plus grand nombre de théologiens, etil nous semble que le comparatif jiire du concile de Trente ne peut pas avoir d'autre signification) ; 3" que la prévarication d'Adam est devenue commune k toute sa race, non-seulement quant à la peine et à la mort, mais même quant à la coulpe, ou tache inhérente et propre à chacun ; en ce sens que tous ont réellement péché en Adam, et naissent pécheurs, enfants de colère, non par imitation mais par propagation.
Cette histoire de la chute de l'homme, de la déchéance de la race humaine, est en outre affirmée par l'ensemble de toutes les traditions. Nous trouvons en efïet, partout, l'homme primitif créé dans un état d'innocence, de bonheur et de civilisation ; placé dans un lieu de délices; roi delanature, donnant aux animaux les noms qu'ils portent; conversant familièrement avec Dieu, etc.; la première femme prêtant l'oreille à la voix du serpent et introduisant le mal dans le monde ; Adam perdant toute sa postérité par sa fatale condescendance au désir d'Eve; Adam et Eve honteux dejeur nudité, et se faisant des vêtements pour la cacher ; Eve condamnéeà enfanter dans la douleur ; Adam et Eve livrés cà l'ignorance, à la concupiscence, à la souffrance et à la mort ; la dénonciation d'une inimitié éternelle entre le l'homme et le démon ; la promesse du pardon et d'un médiateur entre Dieu et l'homme, etc., etc.
On pourrait invoquer, enfin, en faveur du dogme chrétien, l'étude psychologique de l'âme humaine et la preuve expérimentale. Elles nous disent, en effet, que le trouble, le désordre, la contradiction, et, par conséqtient, la déchéance sont dans l'âme humaine. Ea Phèdre antique, comme Job, comme saint Paul, se plaignent amèrement de ne pouvoir pas faire le bien
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qu'ils aiment, et d'être fatalement entraînés au mal qu'ils réprouvent. «Rien ne nous lieurle plus rudement, disait Pascal, que cette doctrine du péché originel, et, cependant, sans ce mystère le plus incompréhensi.ble de tous, nous
sommes incompréhensibles à nous-mêmes L'homme
est plus inconcevable sans ce mystère que le mystère
D'est inconcevable à l'homme J'avoue qu'aussitôt que
la religion chrétienne découvre ce principe que la nature humaine est corrompue et déchue, cela ouvre les yeux à voir partout le caractère de cette vérité; car la nature est telle qu'elle marque partout un Dieu perdu, dans l'homme et hors de l'homme.» Bossuet dit à son tour: « D'où vient cette discordance, et pourquoi vois-je ces parties si mal rapportées? Ces mesures si mal assorties, avec des fondements si magnifiques, ne crient-elles pas assez haut que l'ouvrage n'est pas absolument divin, que le péché y a mêlé du sien, que l'homme a voulu bâlir à sa mode sur l'ouvrage de son créateur, et s'est éloigné du plan ? voilà le mot de l'énigme, voilà le dégagement de tout embarras 1 » Enfin Chateaubriand a dit : « Le péché originel est retrouvé, puisque l'homme tel que nous le voyons n'est vraisemblablement pas l'homme primitif. 11 contredit la nature, dérègle quand tout est réglé, double quand tout est simple; mystérieux, ch^ingeant, inexplicable, il est visiblement dans l'état d'une chose qu'un accident a bouleversé. C'est un palais écroulé et rebâti sur ses mines... La confusion et le désordre de toutes parts, surtout dans le sanctuaire. » Bayle lui-même a dit, vaincu par l'évidence: «La vie présente n'est presque autre chose qu'un combat continuel des passions avec la conscience, dans lequel celle-ci est presque toujours vaincue. Ce qu'il y a de plus étrange et de plus bizarre dans ce combat, est que la victoire se déclare très-souvent pour le parti qui choque tout à la fois les idées que l'on a de l'honnêteté, et la connaissance que l'on a de son intérêt temporel. Le vrai système des chrétiens est le seul qui puisse résoudre ces difficultés. Il nous apprend que depuis que
îe premier homme fut déchu de son é(at d'innocence, tous ses descendants ont été assujettis à une telle corruption, qu'à moins d'une grâce surnaturelle ils sont nécessairement esclaves de l'iniquité, enclins à mal faire, etc. »
Ce fait psychologique étrange, que nous sommes des êtres contradictoires avec nous-mêmes, ne vient pas de Dieu qui est l'ordre essentiel, et ne peut pas être l'auteur du désordre. Il ne vient pas de la faiblesse inhérente à tout être fini, car l'àme faite à l'image de Dieu est naturellement inclinée vers Dieu. Elle ne vient pas de l'abus que nous aurions fait personnellement de notre liberté, car nous nous sentons inclinés et portés au mal dès l'enfance, aussitôt que nous pouvons faire usage de nos facultés, comme si le vice nous était devenu naturel, et naissait dans notre âme ainsi que les ronces et les épines naissant de la terre, d'elles-mêmes et sans culture. Donc la contradiction ne peut venir que d'une faute primitive qui nous est transmise héréditairement par la naissance.
Mais nous le reconnaissons, cette preuve fournie par la psychologie et l'expérience, n'a de valeur qu'autant qu'on aura prouvé; 1° que l'état de nature pure est contraire à la nature de Dieu et de l'homme ; 21° que nous naissons dans un état de dégradation pire que l'état de nature; or, \° tous admettent, et c'est presque un dogme de foi, que Dieu aurait pu se contenter de donner à l'homme sorti de ses mains, ce qui constitue essentiellement sa nature, largiens naturam, sans y ajouter de son plein gré, gratuitement, bénévolement, la grâce, donam gratiam ; 2!° beaucoup de théologiens n'hésitent pas à accorder que l'état actuel de Thomme n'est^ sous aucun point de vue intrinsèque, pire que l'état de nature pure ; qu'il n'y a entre l'homme de la nature pure et l'homme déchu d'autre différence que celle d'un homme nu avec un homme dépouillé; que notre corruption n'est l'effet ni de la privation d'un don naturel, ni d'une qualité morbide, dont l'âme serait affectée. Dans
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cette opinion assez commune, et tolérée par l'Église, le péché originel consisterait tout entier dans la privation, causée par la désobéissance d'Adam, de la vie, de la grâce, et des dons surnaturels de l'âme. Il y avait entre Adam et nous une solidarité essentielle ; au nom de cette solidarité, nous naissons dans l'indigence où il est tombé ; la justice divine nous retire des privilèges gratuits, et nous dépouille des dons surnaturels.
Il est évident qu'à ce point de vue, les objections par lesquelles on combat le dogme ou mystère du péché originel perdent toute leur valeur. On ne peut plus dire en effet : 1° que ce dogme soit un dogme barbare, puisque la privation de dons gratuits et surnaturels n'est contraire ni aux attributs de Dieu ni aux droits essentiels de l'homme; 2o que l'enfant serait contre toute équi;é coupable d'un péché qu'il n'a pas commis, puisque la transgression est l'œuvre unique d'Adam, qu'il n'y a qu'un péché originel ; que l'enfant naît simplement dans la privation de biens gratuits ; 3° qu'on ne pourrait expliquer la complicité de l'enfant que par la préexistence des âmes ou une sorte de panthéisme humanitaire ; car il n'y a aucune participation de l'enfant à la faute adamique ; 4° que nous expliquons la concupiscence par la concupiscence, car ce n'est pas à la concupiscence mais à la liberté seule que nous demandons la raison de la possibilité de la faute originelle.
Mais je suis forcé, malgré moi, d'admettre que cette théorie est par trop indulgente, que le péché originel ne peut pas être une simple négation ou privation ; qu'entre l'homme déchu et l'homme de nature pure, il y a plus de différence qu'entre l'homme dépouillé et l'homme nu; que la réponse aux objections est par trop facile; qu'en un mot les explications font par trop disparaître ou plutôt suppriment le mystère du péché originel. Celte doctrine ne s'accorde suffisamment, ni avec la conception d'nn germe immonde, deJob,niavec la conception dans les iniquités et dans le péché, de David ; ni avec le mot terrible de saint Paul, enfants de colère, par
nature, ni avec le genre humain, infecté originellement par quelque péché, de saint Thomas d'Aquin ; ni enfin avec l'iiomme blessé dans ses facultés naturelles, et constitué dam un état pire, du concile de Trente. Pour moi donc, la transmission ii tous les hommes du péché originel suppose plus qu'une simplespoliation, elle suppose unealléralion intrinsèque, une diminution véritable et profonde des facultés naturelles. La concupiscence de l'homme déchu est plus ardente et plus entraînante ; la promptitude au mal de ses sensations et de ses pensées, qui inspirait à Dieu une pilié profonde, est plus intense ; Ja malice dans laquelle le monde entier est plongé est plus effrayante qu'elle ne l'aurait été dans l'état de nature pure. Oui, il est des perversités humaines qui &or[ent de l'ordre naturel, que l'on peut appeler surnaturellesparce qu'elles sont la conséquence nécessaire d'une nature viciée ou d'une influence, d'une obsession satanique exagérée, à laquelle l'homme n'aurait pas été soumis dans l'état de nature pure. Ce n'est pas en haine de la création, mais en haine de la rédemption, que l'enfer s'acharne contre le genre humain, et circule sans cesse comme un lion avide de sa proie. Il reste à montrer comment celte altération de la nature humaine chez Adam et sa transmission à sa postérité sont raisonnables, justes, conformes aux lois générales de la création, de la génération, etc., ou qu'elles sont en toute vérité la conséquence nécessaire des idées universellement admises sur la solidarité inhérente à l'unité physique, physiologique, morale et sociale du genre humain.
La raison et la foi nous enseignent que l'âme humaine est la forme substantielle du corps, l'agent par lequel l'être humain est, vit, sent; le principe de tous ses actes, de toutes ses opérations ou fonctio'ns, nutrition, croissance, génération, etc.,etc. Par cela même qu'elle est la forme substantielle du corps, le principe de ses actes, si l'âme vient à subir, dans le premier père du genre humain, une modification profonde, cette modi-
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fication profonde doit avoir son retentissement dans la nature humaine tout entière ; or quelle modification plus profonde dans l'àme que la cessation brusque de la vie surnaturelle de la grâce? Il est donc tout naturel que, par le péché, la nature humaine ait été profondément altérée ; que l'empire de l'âme sur le corps et les sens du corps ait diminué dans une proportion considérable: que l'intelligence soit devenue moins accessible à la vérité, la raison moins droite, la conscience moins éclairée, les sens moins soumis à la raison, etc., etc. L'altération mystérieuse de la nature humaine ainsi comprise, sa transmission héréditaire se comprend, elle aussi, sans peine, parce qu'elle n'est à son tour qu'une conséquence ' naturelle de la génération. C'est encore l'âme, forme du corps, qui détermine cette fonction mystérieuse, et le germe qui la constitue est lui-même passif de l'âme, modifié ou altéré quand l'âme a subi une altération profonde ! Ne trouverions-nous pas ici la raison du germe IMMONDE DE JOB? Nous avcns constaté que la conception est sous la dépendance des impressions reçues de l'extérieur, nous avons expliqué ainsi la parturilion, déclarée d'abord impossible, des agneaux tachetés de Jacob, et proclamée aujourd'hui un phénomène quotidien, confirmé par le fait immense que dans la nature le pelage des animaux et le plumage des oiseaux sont d'une uniformité vraiment étonnante, tandis que dans la domesticité cette uniformité fait place à une variété indéfinie. Si une simple impression physique agit si profondément sur la conception, comment l'état de l'âme, forme du corps, n'exercerait-elle pas une influence énergique ? C'est une loi générale de la nature que tout être , engendre un être semblable à soi, et que tout être engendré se trouve, sous tous les rapports, dans l'état de l'être qui l'engendre, à moins qu'il n'y ait écart de la nature. Ce principe gouverne le règne végétal et le règne animal; nous le retrouvons dans le règne humain, mais avec une mobilité plus grande, à tous les points de vue, physique, physiologique, moral, social. 11 existe incon-
testablement, au sein de riiumanité, par suite de l'unilé d'origine, une loi d'iiérédité qui embrasse tout: la constitution physique avec la santé et la maladie ; le caractère ou naturel bon et mauvais, la noblesse et la dégradation, le mérite et le démérite, la liberté et la servitude, la richesse et la pauvreté, la vérité et l'erreur, les biens du corps et les biens de l'âme, les biens du temps et les biens de l'éternité. La loi de solidarité considérée comme ayant sa source dans l'unité morale ou sociale se retrouve entre le corps et l'àme, entre les membres d'un même corps, entre les citoyens d'une môme nation, entre tous les membres d'une même famille, d'un même état ou même de l'humanité, entre l'homme et le monde matériel, entre l'homme et le monde spirituel. En résumé, puisque, d'une part, la solidarité est partout, que, d'autre part, la science va multipliant sans cesse les exemples ordinaires et extraordinaires iVatavisme, c'eslà-dire de transmission, à travers plusieurs générations, de détails, même secondaires, de l'organisation physique, physiologique, psychique, comment se refuserait-elle à croire à la transmission de la déchéance originelle? Le seul fait, sans exception, et si profondément mystérieux de la perpétuité des genres, des espèces, des variétés mêmes, force en quelque sorte à admettre que la réalité de tous les êtres successivement engendrés est contenue dans le premier parent ; il est donc tout naturel que I3 genre humain tout entier ait péché dans Adam. « L'œuf, disait M. Claude Bernard qui passait cependant pour être positiviste ou même matérialiste, est la première condition de la loi organogènique qui préside à l'évolution de tout être vivant.,.. C'est, sans contredit, de tous les éléments histologiques le plus merveilleux, car nous le voyons produire des séries entières d'organismes entiers. »
Oue serait-ce si nous appelions à l'aide du mystère du péché originel la pangenèse de Darwin, dei-nier mot de la science la plus aventurée, qui veut que la simple cellule élémentaire contienne, non-seulement les éléments
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OU principes constituants des corps, mais encore, sous forme de gemmules toxiques, les principes des états morbides, des maladies héréditaires, des difformités, des monstruosités, etc., etc.
Mais, dira-t-on, le péché originel est une affection des âmes qui ne sont pas transmises ou engendrées, qui sont au contraire immédiatement créées et infusées aux corps, soit au moment môme de la conception, soit à l'instant de l'organisation. Nous pourrions admettre avec beaucoup de philosophes, de Pères de l'Eglise, de docteurs, que la transmission des âmes se fait comme celle des corps par génération et propagation, ce qui ferait évanouir toute difficulté. Mais en maintenant comme incomparablement plus probable la création immédiate des âmes, o'esl-il pas permis de croire que l'âme créée directement, mais infusée au germe que Job appelait si savamment et si éloquemment immonde, germe dont elle est la forme évolutive, ne puisse faire évoluer qu'un être dégradé et déchu. C'est en cela que consiste réellement le secret du péché originel, dont le comment n'en constitue pas moins un mystère profond 1 Sans doute que si le péché originel était un péché actuel, ce qui est contradictoire dans les termes, il serait en effet absurde de l'attribuer aux âmes qui n'existaient pas. Mais il s'agit, non d'un acte, mais d'un état ; or on comprend trèsbien que l'âme soit constituée dans cet état de déchéance ou de dégradation, par cela même qu'elle devient la forme d'un germe infecté : De immundo conceptum semine I
En résumé, le péché originel ou la transmission au genre humain tout entier de la transgression d'Adam, est une conséquence légitime et naturelle des lois de la génération et de la solidarité humaine. Elle n'a rien d'injuste, et nous sommes même en droit de nous écrier avec l'Eglise : Félix ciifpa! Oui, heureuse faute! puisqu'elle a été divinement et surabondamment compensée par les augustes mystères de l'Incarnation et de la Rédemption ; puisque là où le réché avait abondé, la
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grâce a été surabondante ; puisque si par le péché d'un seul la mort avait régné, la vie par la mort d'un seul a régné surabondamment et pour l'éternité.
Chapitre Vingt-Neuvième. — le mystère de l'Incarnation. — L'Incarnation est le mystère du Fils de Dieu fait homme ; il nous est révélé en ces termes par saint Jean, au début de son Evangile : « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était en Dieu, et le Verbe était Dieu. Toutes choses ont été faites par lui, et rien de ce qui a été fait n'a été fait sans lui ! Et le Verbe s'est fait chair et il a habité parmi nous, plein de grâce et de vérité, et nous avons vu sa gloire, la gloire du Fils unique du Père. » Saint Jean dit encore dans sa première Épître : ce qui était dés le commencement,
CE QUE NOUS AVONS ENTENDU, CE QUE NOUS AVONS VU DE NOS YEUX, CE QUE NOUS AVONS CONTEMPLÉ ET TOUCHÉ DE NOS MAINS DU VERBE DE LA VIE, NOUS VOUS L'ANNONÇONS ».
Les apôtres nous ont appris à redire sans cesse : «Je crois en Jésus-Christ, le Fils unique de Dieu, qui a été conçu du Saint-Esprit, qui est né de la Vierge Marie, qui a souffert sous Ponce-Pilate, qui a été crucifié, qui est mort, qui a été enseveli, qui est ressuscité, qui est monté au ciel, qui est assis à la droite du Père toutpuissant, d'où il viendra juger les vivants et les morts. » Ce dogme mystérieux est plus nettement défini encore dans le symbole de saint Athanase. « Il est nécessaire au salut éternel qu'on croie fidèlement à l'Incarnation de Notre Seigneur Jésus-Christ. Une foi droite nous oblige donc à croire et à confesser que Notre Seigneur Jésus- Christ, fils de Dieu, est Dieu et homme. Dieu engendré avant les siècles de la substance de son Père, et homme Dedans le temps de la substance de sa mère. Dieu parfait et homme parfait, subsistant par une âme raisonnable et une chair humaine. Égal à son Père selon sa divinité, plus petit que son Père selon son humanité, qui, quoiqu'il soit Dieu et homme, n'est pas deux, mais un seul Christ. Un, non par la conversion delà divinité en
chair, mais par l'Assompiion, par Dieu, de rhumr.nité. Un absolument, non par la confusion de la substance, mais par l'unité de la personne. Car, de même que l'âme raisonnable et la chair sont un seul homme, Dieu et l'homme sont un seul Christ. » Voilà, tout ensemble et la définition du mystère, et la comparaison naturelle qui nous en fait entrevoir la possibilité. En effet, puisque l'homme est lui-même une incarnation, un esprit uni à une chair, dans l'unité de personne ou de moi, pourquoi en Jésus-Christ la divinité ne se serait-elle pas unie à l'humanité dans l'unité du moi divin, comme l'àme est unie au corps pour ne former qu'un moi humain? L'âme est simple, active, indivisible, indestructible ; le corps est inerte, étendu, divisible, corruptible ! Comment l'âme a-t-elle pu s'unir a lui? Un jour l'esprit s'est infusé ou a été insufflé à la matière ; et tous deux n'ont p lus fait qu'un homme ; sans qu'on puisse jamais dire de quelle manière se constitue celte unité mystérieuse. J'ai un corps, j'ai une âme, et je sens qu'ils sont étroitement unis. Je sens leur distinction absolue, mais je sens peut-être mieux leur pénétration réciproque. La science la voit jusqu'au point de l'exagérer ! 11 n'y a pas dans mon esprit une pensée, un rêve, etc., il n'est point dans mon cœur une émotion, un sentiment qui ne laissent leur trace sur un de mes organes. A son tour, il n'est pas une molécule du cœur qui ne réagisse sur mes pensées ou mes affections. Il en est de même de tous mes autres organes, ils sont matériels de leur nature ; mais unis à mon âme, ils ont pris une certaine spiritualité. Ce que nous observons dans l'Incarnation humaine, pourquoi ne le retrouverions-nous pas dans l'Incarnation divine ? Dieu est Esprit, l'âme est esprit, Dieu a fait l'âme humaine à son image, elle est de son genre 1 Au moment où l'âme humaine de Jésus allait s'unir au corps formé du plus pur sang de Marie par l'intervention de l'Esprit-Saint, pour l'élever à la qualité de personne humaine, pourquoi le Verbe divin n'aurait-il pas pu s'unira celte âme humaine et l'élever, dans l'union avec son corps, à la dignité infinie
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de personne divine, où l'homme ne subsiste plus en luimême, mais dans le Verbe divin. Dans cette union si extraordinaire, il n'y a plus qu'une personne, le Christ, rHomme-DieuIJésus-Christ est vraiment homme, il a un esprit comme le nôtre, une imagination, une sensibilité, une volonté, un cœur et aussi un corps semblables aux nôtres ! En lui la nature humaine est complète, nul homme n'a été plus homme que lui ! Et en même temps, il est Dieu, pleinement Dieu, parfaitement Dieu, et il suffit d'un regard pour s'en assurer, comme ilsuffit d'un regard pour voir en lui l'homme. « Il naît, dit Bossuet, mais il naît d'une Vierge, et sa naissance est annoncée par les anges. Il mange, mais quand il lui plaît et servi, quand il le veut, par les anges. Il peut se passer de tout aliment matériel, sa nourriture est la volonté de son Père. Il demande à boire à la Samaritaine, mais il lui révèle les secrets de son cœur et la convertit. Il entend l'accusation portée contre la femme adultère, mais en même temps il écrit sur le sable les crimes secrets des accusateurs ! Il dort, mais pendant son sommeil il empêche la barque de couler. Il marche, mais quand il l'ordonne l'eau devient ferme sous ses pieds. Il crache, mais la boue qu'il fait avec sa salive rend la vue à l'aveugle-né. Il pleure Lazare, rhais il le ressuscite. Il meurt, mais en mourant il met la crainte au cœur de la nature entière. Il rompt le pain avec les disciples d'Emmaiis, mais il remplit leurs cœurs d'ardeurs toutes divines. Il tient partout un milieu si juste, qu'en se montrant homme, il se montre en même temps Dieu. En se déclarant homme, il se déclare aussi Dieu. L'économie est si sage, la dispensation si prudente, toutes choses sont si admirablement ménagées, que la divinité apparaît tout entière et l'humanité tout entière. »
Mais voici quelque chose déplus admirable encore que la coexistence des deux natures. II y a en moi deux natures, une nature matérielle et une nature spirituelle, ^lais je crois sentir en outre comme une union intime de ces deux natures. Il y a un troisième qui dit mon âme et
qui (lit mon corps, qui parle de l'une et de l'nntre comme siens. Ce troisième, c'est le bioi^ qui appartient k l'âme, mais à l'âme en tant qu'elle est un double foyer d'actions, dont elle accepte la responsabilité, c'est la personne humaine. Or la Foi nous fait un devoir de concevoir de même, en Notre-Seigneur Jésus-Christ deux foyers d'actions, un foyer d'actions humaines, parce qu'il est homme; un foyer d'actions divines, parce qu'il est Dieu; mais avec un centre unique de responsabilité, un seul MOI, une seule peiisonîve, le moi du Verbe divin, la personne du Fils de Dieu. Donc toutes les actions de Jésus-Christ, spirituelles et corporelles, humaines et divines, sont les actions du Verbe, du Fils de Dieu. Il naît, il prie, il pense, il aime, il souffre; mais une larme de ses yeux, un soupir de son cœur, un acte d'adoration et d'amour, ont un prix infini. Puisque l'incarnation humaine, l'union hypostalique du corps et de l'àme échappe à tout regard de l'esprit, comment s'étonner que l'incarnation divine, l'union hypostatique delanature divine et de la nature humaine reste un mystère impénétrable? De même donc que ce qui est une énigme insoluble dans l'homme, ce n'est ni la présence du corps, ni la présence de l'âme, ni la transpiration de l'âme dans tout le corps, mais le comment de la fusion du corps et de l'âme dans une si harmonieuse unité, ce qui est un mystère dans l'Incarnation divine, ce n'est ni la présence en Jésus-Christ de la divinité, ni la présence de Thumanité,, ni même l'union hypostalique de la divinité et de l'humanité, mais comment cette union ineffable s'est réalisée et s'exerce; comment le Verbe s'est fait chair.
Cet adorable mystère de l'Incarnation est parfaitement digne de Dieu a qui Jésus-Christ, l'Homme-Dieu, rend des hommages proportionnés à sa souveraine majesté. Il est une source de grandeur, de bonheur, de gloire pour l'humanité, à laquelle il offre un Dieu qui ne se perd pas dans des lointains impossibles, dans les rayons d'une lumière inaccessible, puisqu'il est homme et qu'il répond sympathiquemcnt à toutes les exigences de la
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nature humaine, et d'autant plus que l'ilomme-Dieu a daignélaprendre déchue, misérable, humiliée, soulïrante; qu'il se donne pour mère la plus belle, la plus pure des créatures humaines; qu'il apparaît petit enfant, plein de bonté et de douceur ; qu'il consacre trente-trois ans à l'aire du bien, qu'il daigne mourir pour les hommes qu'il a tant aimes.
Et qu'elles turent admirables, les conséquences de l'Incarnation 1 Le monde vil tout à coup reparaître, relevée des ignominies de la chutelabeauté de l'homme divinement fondue dans la beauté de Dieu, et ce tut quelque chose de si élevé, de si pur, de si entraînant, que les apôtres furent conquis d'un seul regard, et que les foules s'ébranlèrent. Ce qu'on avait adoré sur le visage du maître, on le contempla bientôt avec étonnement sur celui des disciples; on vit apparaître des types nouveaux, d'une beauté inconnue, d'une grâce, d'une dignité, d'une paix, d^une modestie, xl'une énergie, d'une sérénité inouïes ; et le sourire des cieux s'épanouir sur ces visages d'enfants, de jeunes filles, de vierges, de pontifes, de confesseurs. Par i'Incaruation, en un mot, l'homme devient participant de la nature divine, héritier de Dieu, cohéritier de Jésus- Christ et de sa gloire éternelle.
Comment ne pas accepter avec des transports d'admiration et de joie ce mystère béni de l'Incarnation, qui nous a donné Jésus-Christ, le Verbe fait chair !
Jésds-Christ ! Son esprit est le plus beau, le plus élevé, le plus vaste, le plus pénétrant, le plus universel, le plus parfait! Il n'a rien appris et il sait tout ! 11 voit Dieu, son unité adorable, son infinie simplicité, la Trinité des personnes divines et leurs mystérieuses opérations; tout ce que l'esprit humain découvrira dans la suite des siècles, ces mondes immenses qu'entrevoit lentement et par étapes séculaires l'œil du philosophe, du mathématicien,, du géomètre, de l'astronome, du géologue, du chimiste, du physicien, du naturaliste, du physiologiste! Ces beautés exquises de la nature que le poète essaye de chanter, l'artiste dessinateur, peintre, sculpteur, de reproduire.
g|g LES SPLEISDEURS DE LA FOI.
éblouissaient ses regards et ravissaient son âme, la plus sensible de toutes les âmes, qu'inondaient ensemble et toute lumière créée et toute lumière incréée, qui avait