‹ Les splendeurs de la foi (volume 3)Chapitre 27 sur 52 · QUI EST DESCENDU DU CIEL, ET QUI DONNE LA VIE AU MONDE · texte numérisé non relu

QUI EST DESCENDU DU CIEL, ET QUI DONNE LA VIE AU MONDE

Seigneur, donnez-nous de ce pain. — C'est moi qui suis ce pain, descendu du ciel... De telle sorte que celui qui aura mangé de ce pain ne mourra pas. Il vivra éternellement.. Et le PAIN QUE JE DONNERAI C'EST MA CHAIR

QUE JE DOIS LIVRER POUR LA VIE DU MONDE 1 — Comment cet homme pourra-t-il nous donner sa chair à manger ? — En vérité, en vérité, je vous le dis, si vous ne mangez

PAS LA CHAIR DU FILS DE L'HOMME, ET SI VOUS NE BUVEZ PAS SON SANG, VOUS n'AUREZ PAS LA VIE EN VOUS... CAR MA CHAIR EST VRAIMENT UNE NOURRITURE, ET MON SANG

EST VÉRITABLEMENT UN BREUVAGE. Celui qui mange ma chair et qui boit mon sang, demeure en moi, et moi en lui... Comme le père qui m'a envoyé est la vie même, et que par lui j'ai la vie, ainsi celui qui me mange aura la vie par moi. — Cette parole est trop dure. et qui

pourrait l'accepter? Beaucoup se retirèrent, et n'nllèrent plus désormais avec lui. — Jésus dit alors aux douze : tt vous! Voulez-vous aussi m'abandonner? — Seigneur, s'écria Pierre, à qui irions-nous? Vous avez les paroles de la vie éternelle... iSous avens cru, et nous avons connu qTje vous êtes le Christ, le Fils de Dieu... » Nous le demandons à tout esprit raisonnable et non prévenu ; s'il s'était agi mon de la présence réelle, non de mangeir son corps .et de -boire son sang, mais de communier seulement avec lui par un symbole de son corps et de son sang, Jésus-Christ, l'honnêleté, et la vérité infinies, qui avait une soif ardente du salut des âmes, qui appelait tous les hommes à lui, ne se serait-il pas empressé de dissiper le scandale causé par ses affirmations,d'efïacer l'impression révoltante d'une manducalion charnelle qm s'était emparéedetoutlesesprits, Aurait-il laissé beaucoup de disciples dont la seule erreur ou la seule faute avait été de prendre trop à la lettre qui tue ses paroles mystérieuses, s'éloigner et le quitter pour toujours ? Il s'agissait doncbien dans cette promesse Je la présence réelle, de la manducation réelle de sa chair spiritualisée.

Institution de la divine Eucharistie. Jésus sachant que son heure était venue de passer de ce monde à son Père, comme il avait aimé les siens, il les aima jusqu'à la fin, jusqu'à l'excès I Se levant de table, il ôta ses vêtements, et ayant ceint ses reins d'un linge, il mit de l'eau dans un bassin et commença à laver les pieds à ses apôtres. Quand il eut fini, il reprit ses vêtements et se remit à table... « Pendant qu'ils soupaient, il prit du pain, le bénit, le rompit et le donna à ses disciples en disant : Prenez et mangez, ceci est mon corps, qui sera livré pour vous ! Faites ceci en mémoire de moi... De même prenant la coupe, il rendit grâces à Dieu et la leur donna en disant : Buvez-en tous, ceci est mon SANG, le sang du Testament Nouveau, qui sera répandu pour beaucoup, en rémission des péchés.

Jésus-Christ avait dit : « Le pain que je donnerai, c'est ma chair que je livrerai pour le salut du monde ;

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celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie en lui : car ma chair est vraiment une nourriture, et mon sang est vraiment un breuvage. » Et ce qu'il avait promis, Jésus-Christ l'a réalisé. « Prenez et mangez, ceci est MON corps! Prenez et buvez, ceci est mon sang !.. »

Evidemment, le contexte, l'énergie des expressions, la clarté de chacune des paroles prises séparément ou dans leur ensemble, écartent toute idée, toute possibilité d'une allusion à une métaphore, à un symbole, à une figure, à une image sans la réalité. Melanchlhon disait : « Ces paroles sont brillantes de clarté, comme la foudre f L'esprit terrifié n'a rien k leur objecter ! »

Et cette révélation faite directement à saint Paul par le Seigneur Jésus ! « La nuit même qu'il devait être livré, il prit du pain, le rompit, et rendant grâces à Dieu, il dit à ses disciples : Prenez et mangez, ceci est mon corps, qui sera livré pour vous !... Ce calice est la nouvelle alliance dans mon sang... Toutes les fois que vous mangerez ce pain et que vous boirez ce calice, vous annoncerez la mort du Seigneur. Quiconque mangera ce pain ou boira ce calice indignement, sera coupable de la profanation du corps et du sang de Jésus-Christ., ilmangeet boit son jugement, en ne faisant pas le discernement du corps du Seigneur. » Ces paroles n'ont de sens évidemment qu'autant que l'Eucharistie est uoe réalité vivante et divine. C'est ainsi que l'Evangile et saint Paul ont été compris par la tradition tout entière et par la sainte Eglise catholique, apostolique, romaine, réunie en conciles généraux ou particuliers, » et à laquelle seule il appartient de définir le sens véritable des divines Ecritures et de la tradition.

Le concile de Reims , au xr siècle, imposa à Béranger, qui infirma le premier le dogme de la présence réelle, cette formule de foi : «Je crois de cœur, et Je confesse de bouche, que, par la force des paroles de la consécration, le pain et le vin qui reposent sur l'autel sont convertis substantiellement à la chair propre et vivifiante, et au sang de Jésus-Christ. Je crois qu'après

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la consécration, c'est le vrai corps de Jésus-Christ, né de la Vierge Marie, offert sur la croix pour le salut du monde, et assis à la droite du Père; que c'est son véritable sang qui a coulé de son côté ; et que tous ces mystères ne sont pas seulement des signes, mais qu'ils existent en propriété de nature et en vérité de substance. » Et le saint concile de Trente : « Si quelqu'un nie que dans le sacrement de l'Eucharistie soient contenus vraiment, réellement, et substantiellement^ le corps et Le sang de Jésus-Christ, avec son âme et sa divinité... Si quelqu'un prétend que dans ce sacrement le Sauveur se trouve seulement comme dans un signe, dans une figure, ou par des effets merveilleux, qu'il soit analhème ! » (Session XIII, chap. xiv, décret I.)

« Le dogme de la présence réelle, disait Lcibnitz quoique protestant, a toujours été admis par l'antiquité chrétienne. Sauf les réformés, l'unanimité des Églises est telle sur ce point, et si parfaitement établie, ou bien affirmée, que jamais on ne pourra rien démontrer contre ce genre de vérités ! »

Et comment admettre que pendant quinze siècles les plus grands saints, les plus savants docteurs aient pu déraisonner sur un point si capital, et adopter des croyances si monstrueuses! Car, si l'Eucharistie n'est pas une vérité, elle est la plus grossière des idolâtries, le plus honteux des fétichismes. « Prétendre que lej5 Àpùlres, que les Ambroise, les Augustin, les Grégoire, les Jean Chrysostome, les Thomas d'Aquin, les François de Sales, les Bossuet, les Fénelon, ' se sont aussi indignement trompés, ce serait équivalemment abjurei le christianisme, et vouloir que l'humanité ait été le jouet, pendant des siècles, de la plus immense jonglerie. Quelle argumentation, d'ailleurs, pourrait produire, sur un esprit que l'incrédulité n'aveugle pas, un effet comparable à celui du spectacle d'un million de pontifes savants et vénérables, de prêtres instruits et pieux, qui, tombant chaque matin à genoux, élèvent vers le ciel, de leurs mains pures, dans un sentiment pro-

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fond d'adoration et d'amour, l'hostie et le calice quf ■ les paroles saintes ont consacrés.

Montrons maintenant combien est' grand l'accord des données de la science la plus avancée avec les données et les exigences eucharistiques.

1° Essence de la matière. Nous l'avons prouvé surabondamment: plus les sciences de raisonnement et d'observation font de progrès, plus elles tendent invinciblement à nous faire admettre que la matière, sous quelque forme qu'elle nous apparaisse, se réduit, en 'dernière analyse, partout et toujours, à des atomes ou points inétendus, à des monades sans dimensions, parfaitement identiques les unes avec les autres, inertes, c'està-dire incapables, soit de se donner à elles-mêmes le mouvement, soit de le perdre d'elles-mêmes quand elles l'ont reçu.

'2i° L'essence oula substance des corps. l\{2iUid\simgneT dans la matière et dans les corps trois choses : l'alome ou les atomes ; la molécule simple ou substance des corps simples ; la molécule composée ou substance des corps composés, formée de la combinaison de deux ou plusieurs molécules de corps simples. Cela posé, la substance d'un corps quelconque, ce qui est tel que quand on l'a on a le corps, que quand on ne l'a qu'en partie, on n'a plus le corps, c'est la molécule, résultat de la combinaison, d'un certain nombre d'atomes s'il s'agit d'un corps simple, de molécules simples ou groupes de molécules simples, s'il s'agit d'un corps composé. Nous avons admis que la molécule ou substance des corps simples, des éléments, est, suivant l'expression d'Herschell, un article manufacturé, une véritable création divine. Nous admettons volontiers avec l'Ecole qu'elle est constituée par deux choses, sa matière , les atomes dont elle est composée, qui par eux-mêmes la laisseraient indéterminée, et sa forme, quelque chose d'analogue aux esprits, qui la détermine, qui la limite, qui la fait subsister par elle-même, qui lui donne son suppôt.

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La molécule ou siibslance des corps composés, est le résultai, le produit, île la combinaison des corps simples, sous l'action ou le jeu des forces de la nature. Elle est aussi constituée par sa matière, qui n'est pas autre chose que celle des composants, et par sa forme particulière, individuelle.

L'Ecole thomiste veut que, dans l'acte de la combinaison, les molécules simples perdent leur forme propre et individuelle. L'Ecole scotiste admet que les molécules simples conservent leur forme propre et individuelle, quoique informées dans leur ensemble par la forme propre du composé. Les deux systèmes ont chacun leur probabilité; mais le second est peut-être plus probable, plus d'accord avec les données des sciences modernes, qui tendent à faire admettre que les molécules composantes conservent dans la combinaison leur individualité et leurs propriétés essentielles.

Faut-il admettre en outre que les atomes, ou les molécules des corps, aient une certaine activité, ou soient ce que Faraday appelait des centres de force. Je ne le pense pas; j'admets sans peine que tous les phénomènes de la nature inorganique s'expliquent par la matière et le mouvement, ou la matière en mouvement. En tout cas, la science moderne est unanime h admettre avec M. .Dumas cette proposition générale : on peut envisager tous les phénomènes physiques et chimiques comme étant dus à l'action de certaines forces appliquées à mouvoir des molécules de matière inerte par elle-même.

La molécule ou la substance du corps n'est nullement ce qui nous apparaît dans le corps, ce n'est pas l'étendue ou le volume, ce n'est pas la couleur, ce n'est pas le goût, etc. La molécule d'eau ou la substance de l'eau ne change nullement avec l'état de l'eau, elle est la même dans l'eau solide ou la glace, dans l'eau liquide, dans l'eau à l'état gazeux. La molécule a une étendue, un volume, mais ce volume est infiniment ou, mieux, extrêmement petit, bien au-dessous de tout ce que nous pouvons imaginer. Plusieurs savants croient avoir prouvé

que le nombre des molécules contenues dans un millimèlre cube d'eau, est exprimé par un nombre plus grand que l'unité suivie de vingt zéros ! Mais, quelque petit que soit le volume de la molécule, en raison de l'inétendue absolue des monades ou atomes, elle est apte à donner place, dans un cas de concentration mystérieuse, aux innombrables atomes ou molécules d'un corps quelconque, ou même aux atomes et aux molécules en nombre indéfiniment grand du monde entier.

Le continu, essentiellement étendu, n'est pas impossible, idéalement ou abslractivement parlant, en ce sens qu'il est seulement divisible à l'infini ou à l'indéfini, et non composé de parties actuellement séparées en nombre infini , ce qui serait absurde. Mais le continu n'est en réalité qu'un être de raison comme la ligne, la surface, le volume géométrique,. comme le temps et l'espace, et il m'a toujours semblé que Dieu ne peut pas le créer. En effet, s'il le créait, Dieu serait dans le continu ; or il ne peut pas être dans le continu sans être lui-même continu et composé de parties distinctes. On peut et on doit dire seulement que le continu est virtuellement dans la simplicité divine comme le temps dans l'éternité divine, comme l'espace dans l'immensité divine. Et parce que le continu seul, s'il était l'essence de la matière, serait une objection insoluble contre le mystère de la présence réelle, la science doit nécessairement désarmer. Si la matière se réduit en dernière analyse à des points physiques , monades sans étendue, rien n'empêche qu'on ne puisse concevoir qu'un corps quelconque, ou même l'ensemble de tous les ccrps, la matière entière de l'univers soit par un acte de la volonté divine concentrée dans un espace aussi petit que l'on voudra, ou même dans un point indivisible, comme elle est substantiellement, mais réellement et éminemment en Dieu. In ipso sumus.

3° Essence ou substance dhin corps organisé. S'il s'agit d'un corps organisé et vivant, du corps humain, par exemple, son essence, sa substance, formée de molécules

et en dernière analyse d'aloines, doit toujours être définie, ce qui est tel que quand on l'a ou qu'on l'a conçu, on a ou on conroit le corps organisé ; que quand on ne l'a réellement ou par la pensée qu'en partie, on n'a plus le corps organisé . Qu'est réellement cette substance ' ou cette essence du corps humain? Quelle est sa constitution intime, quel est son volume ou son étendue? Dieu seul le sait I Peut-être, nous l'avons dit ailleurs, toute la réalité du corps humain préexistait dans le germe vivant que l'àme est venue informer. Opposer donc le volume du corps de Jésus-Christ à sa présence réelle ■ au lieu occupé par une molécule de pain, c'est mentir à la science vraie ou acquise; ou du moins c'est abuser de la science et lui faire tirer argument de ce qu'elle ignore. 4° Lea divers états d'un corps. Les états d'un corps quelconque de la nature sont très-multiples. Presque tous les corps peuvent être tour k tour à l'état solide, liquide ou gazeux. Le corps organisé ou vivant, est d'abord k l'état de germe ou d'embryon ; il se développe ensuite, sous l'action ou la direction de l'être simple qui l'informe et le fait subsister, par l'adjonction de parties ou molécules adventices, qui se succèdent et se remplacent constamment, sans que le corps perde un instant son identité, ou ce qui constitue sa substance propre ou individuelle. Plus tard, il ne sera plus qu'un cadavre d'abord inanimé, puis en décomposition, puis enfia cendre ou poussière. S'il s'agit du corps humain, la tradition et la révélation nous apprennent que là ne se borne pas encore son évolution. Jésus-Christ nous a promis la résurrection au dernier jour, et sa propre résurrection est le gage assuré de la nôtre. Le corps de Jésus-Christ ressuscité, type de ce que seront les nôtres, est en quelque sorte spiritualisé puisqu'il pénètre «à travers les corps impénétrables à l'air et à la lumière ! Et cependant, quand il lui plait, il retrouve les accidents des corps vivants. Jésus-Christ ressuscité mangeait avec ses apôtres du miel et du poisson; il montrait à saint Thomas les plaies de. ses mains et de son côté,

les lui faisait toucher du doigt et de la main. Saint Paul, directement inspiré par Jésus-Christ, nous dit à son tour : «Nous ressusciterons tous!... Le corps est semé dans la corruption, il ressuscitera dans l'incorruptibilité ; il est semé dans l'abjection, il ressuscitera dans lagloire: il est semé dans la faiblesse, il ressuscitera dans la force ; il est semé animal, il ressuscitera spirituel. » Les propriétés ineffables de ce corps spiritualisé seront l'impassibilité, la subtilité, l'agilité, la clarté, etc.

Cela posé, la foi nous enseigne que le corps de Jésus-Christ est présent dans la sainte Eucharistie réellement et substantiellement, plus probablement sous chaque molécule du pain et du vin, non pas à la manière propre des corps, avec son volume, son poids, ses accidents ou propriétés naturelles, mais incorporellement, à la manière des esprits, par sa substance, par l'agrégat des atomes ou molécules qui constituent la substance du corps glorifié. Quoique condensés sous le volume d'une molécule de pain ou de vin, les atomes et les molécules du corps glorieux de Jésus-Christ restent distincts les uns des autres, ils ne subissent aucune confusion ; ils constituent son corps véritable avec son sang, avec son âme et sa divinité.

5° Les accidents du corps. Par cela môme que la substance du corps consiste essentiellement dans l'agrégat de ses atomes constituants, l'étendue ne lui est pas essentielle, pas plus que ne le sont ses propriétés physiques, chimiques,organoleptiques, etc. Le plus grand nombre des savants admettent aujourd'hui que les effets exercés par les corps sur nos sens, trouvent leur explication suffisante dans l'hypothèse qui fait des atomes ou des molécules des corps des centres inétendus de force ou d'action à distance ; ou même, dans les mouvements dont ces atomes ou molécules sont primitivement doués ou accidentellement animés. L'étendue résulterait de la dislance entre les centres de force, inétendus et actifs (du moins par le mouvement qui est pour eux une seconde essence). L'impénétrabilité aurait sa raison d'être dans la réaction

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opposée par les centres de force aux atomes ou aux molécules qui tendent à s'en approcher. Si, contrairement aux doctrines scientifiques actuellement admises, les atomes et les molécules des corps étaient essentiellement étendus, ou formaient des noyaux continus, leur densité serait nécessairement infinie, leur impénétrabilité absolue, leur condensabilité nulle, alors, et alors seulement le dogme de la présence réelle soulèverait des objections beaucoup plus graves, de sorte que la science moderne est complètement en harmonie avec la foi.

6" Transsubstantiation. Il est de foi que, dans l'Eucharistie, la substance du pain et la substance du vin sont changées en la substance du corps et du sang de Jésus-Christ, et, qu'après la consécration, il ne reste, des espèces ou substances du pain et du vin, que les accidents ou apparences. Ce dogme mystérieux est clairement défini par le canon II, sectioo XIII du concile de Trente : «Si quelqu'un dit que, dans le trèssaint sacrement de l'Eucharistie, la substance du pain et du vin reste conjointement avec le corps et le sang de Jésus-Christ Notre-Seigneur, et nie cette admirable et singulière conversion de toute la substance du pain au corps, de toute la substance du vin au sang de Jésus- Christ, ne restant seulement que les espèces, accidents ou apparences du pain et du vin, laquelle conversion l'Eglise catholique appelle du nom très-propre de transsubstantiation, qu'il soit anathèmel » Seules la substance du pain et la substance du vin se changent en la substance du corps et du sang de Jésus-Christ. Ce sont donc seulement la substance du corps et du sang du Sauveur, et non les dimensions de ce corps et de ce' sang, non plus que leurs accidents ou apparences qui sont présents sous les apparences ou accidents du pain et du vin. Le corps et le sang de Jésus-Christ sont là où étaientla substance du pain etlasubstancedu vin, c'està-dire sous chaque molécule de pain et de vin transsubstantiée. Et quoique tous les atomes composants du corps de Jésus-Christ soient réunis dans un espace presque in-

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divisible, ils y sont sans confusion, parfaitement distincts et séparés l'un de l'autre. Si toute comparaison n'était pasdéfectueuse,souscertains rapports, nous dirions qu'ils y sont comme toute la surface du soleil, avec ses accidents, ses taches, ses facules, ses granules, sa chaleur et sa lumière, est présente au foyer infiniment petit d'une loupe grossissante; comme un paysage immense, avec tous ses accidents et ses détails est reproduit nettement et distinctement dans l'image photo-microscopique, où une loupe puissante nous les fait retrouver dans toute leur harmonie. Et parce que, dit saint Thomas, lorsque diverses choses sont étroitement et indivisiblement unies ensemble, partout où les unes se trouvent les autres doivent se trouver aussi, le corps, le sang, l'âme, la divinité de Jésus-Christ vivant dans le ciel, se trouvent en même temps et par concomitance sous chaque molécule de pain ou de vin trans^ubstantiée.

Bossuet dit en termes magnifiques : «Jésus-Christ dans l'Eucharistie est si fort identique au corps humain par sa substance, il est si dissemblable par ses qualités, qu'on peut dire que c'en estunetquece n'en est pas un, à divers égards ; qu'en un sens, et en n'y regardant que la substance, c'est le même corps de Jésus-Christ né de Marie; mais que, dans un autre sens, et en n'y regardant que les manières, c'en est un autre, qu'il s'est fait luimême par sa parole. »

On ne saurait le nier, le dogme de l'unité de matière de tous les corps de l'univers, de l'identité intrinsèque des atomes ou derniers éléments inétendus, dans lesquels ils se décomposent, est un pas immense vers le mystère de la transsubstantiation.

7" La riiultilo cation. Il n'y a pas plus de contradiction, évidemment, à affirmer que le corps de Jésus- Christ est simultanément présent dans le ciel et dans toutes les hosties consacrées, qu'à affirmer que Jésus- Christ est tout entier sous chacune des molécules d'une hostie consacrée. Le lieu est un être de raison qui n'a de réalité virtuelle que dans l'immensité divine.

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(le réalilé actuelie que dans le corps qui l'occupe. Pourquoi Dieu, qui est présent entons lieux, ne pourrait-il pas créer, dans le lieu A, l'être qu'il a déjà créé ou qu'il créera dans le lieu B ? Pourquoi ne ferait-il pas participer son être à la fois, de la môme manière, au même degré, dans plusieurs lieux A et B?Le lieu A ne cesserait pas d'être distinct du lieu distant B, alors même que ces deux lieux seraient constitués par la présence d'un même corps, qui les occuperait tous les deux. Nous avons déjà établi que l'être infiniment parfait doit posséder toutes las perfections, perfectionnantes des êtres réels ou même moraux, comme l'autorité. Or il est de l'essence de l'autorité de se faire participer où elle veut, de créer partout où il lui plaît des préfets, des maires, des juges, etc., de se multiloquer en un mot : donc Dieu, à plus forte raison, doit avoir la puissance de la multilocation de ses créatures.

La transsubstantiation est une sorte de création, et la tradition tout entière compare les paroles de la consécration au fiât lux créateur ; rien donc n'empêche qu'elles opèrent la mullilocation, comme le ferait la ciéation, si Dieu le voulait.

Les annales de l'Eglise nous offrent des faits certains de mullilocation. Saint François Xavier défend, à la fois, du naufrage, de la faim et de la soif, les équipages de deux navires très-distants l'un de l'autre. Dans les temps trés-rapprochés de nous, presque contemporains, saint Alphonse de Liguori fut présent tout ensemble et dais un fauteuil de son palais épiscopal, et au chevet du pape Clément XIV, qu'il assista dans son agonie.

Concluons: loin de contredire la raison, le mystère de la divine Eucharistie ajoute au contraire à la raison, en nous révélant de nombreuses propriétés de la matière et des corps, soit naturelles, soit surnaturelles, et qui peuvent leur être miraculeusement communiquées.

£t, puisque nous invoquons ici le miracle, ajoutons qu l'histoire ecclésiastique est pleine de miracles attestant la présence réelle de J ésus-Qirist sous les saintes espèces :

des ciboires ou des ostensoirs suspendus en l'air; le divin Enfant Jésus se montrant visible au centre de l'hostie ; des hosties restées incorruptibles ou que le feu respecte ; des gouttes de sang qui coulent d'une hostie percée de coups de canif, etc., etc. Une sorte de miracle encore, en faveur de la présence réelle, c'est que les plus impies, sommés, en preuve de leur incrédulité, de fouler aux pieds la sainte hostie, ou de verser le sang du calice, s'y refusent obstinément. Ils croient malgré eux, et la Majesté du Dieu caché sous les apparences eucharistiques les fait trembler !

En réalité, l'Eucharistie est en elle-même un miracle extraordinaire, continuation ou renouvellement de l'Incarnation et de la Rédemption, le surnaturel, à sa suprême puissance, le résumé, en un mot, de tous les mystères et de tous les miracles; elle domine tout le christianisme, elle est le soleil de la Révélation.

M^' Landriot, dans son beau livre, l'Eucharistie, page 202, dit admirablement : « Que j'aime à voir le Verbe de Dieu, planant sur toute la création, baignant tous les êtres, comme un fluide générateur et tout-puissant, ayant la faculté, non-seulement de créer, mais de modifier, de changer, de transformer de multiloquer toutes les substances, tous les êtres, qu'il lient dans sa main, comme un physicien toul-puissant qui aurait un droit illimité de vie, de mort, de mutation sur tous les éléments soumis à son action souveraine. Et quand vous me faites de ces petites objections d'une raison écourtée, il me semble voir un enfant qui trace sur la plage je ne sais quel château de cartes, en guise de digues, et qui commanderait à la mer d'avoir à ne point le franchir, quand elle arrive belle, majestueuse, dans toute la plénitude de sa force, élevée comme une montagne flottante, et marchant comme une armée qui ne sait pas reculer. »

Chapitre Trente-Deuxième. — Accord de la liberté ave le concours divin, naturel et surnaturel, la prescience divine, la

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grâce et la prédestination. — Lire libre, c'est vouloir une chose avec le pouvoir de ne la vouloir pas..., la faculté de choisir entre ceci et cela, et de se déterminer pour ceci ou cela, après délibération... Voici pourquoi nous l'appelons libre arbitre : son propre est l'élection. Que l'homme délibère, choisisse, se détermine, soit maître de ses actions, c'est ce que la révélation nous enseigne d'une manière précise : Même après la chute. Dieu disait à Gain : « Tes penchants te seront soumis et tu pourras toujours lesdominer.»(6'ertèse, IV, 3.)En achevant d'intimer au peuple hébreu la volonté de Dieu, Moïse disait: « La loi que je vous impose n'est ni au-dessus de vous, ni loin de vous. Elle est près de vous, dans votre bouche et dans votre cœur, afin que vous l'accomplissiez. . . J'atteste le ciel et la terre que je vous ai proposé le bien ou le mal, les bénédictions ou les malédictions, la vie ou la mort.. Choisissez donc la vie.'» (Deutéronome,xxx.) L'auteur de VEcclésiastiijiie dit à son tour (xviii, 14:) « Dès le commencement Dieu a créé l'homme et lui a remis sa conduite dans les mains. L'homme a devant lui le bien ou le mal, la vie ou la mort ; ce qu'il choisira lui sera donné. » Toutes les pages des saintes Écritures, de l'Ancien et du Nouveau Testament, proclament hautement que l'homme est libre. Nous voyons sans cesse Dieu se plaindre de ses abandons et de ses révoltes, lui reprocher les résistances de sa volonté, lui adresser de tendres appels, lui faire des propositions de vie ou de mort, des menaces de châtiment ou des promesses de récompense, etc., etc. Pourquoi tout cela, si nous n'avons pas le choix et la liberté de nos actions?

La tradition et les Conciles ont constamment enseigné que la volonté reste libre, parfaitement libre, en présence de la prescience divine ou de la prédestination, sous l'influence de l'action divine sans laquelle il n'y aurait pas d'action humaine, sous l'influence de l'action surnaturelle de la grâce, etc. Et tout cela après comme avant la chute d'Adam. « Qu'il soit anathème celui qui dit que le libre arbitre de l'homme

a été perdu et éteint depuis le péché d'Adam, et que ce n'est plus qu'un vain nom, une fiction introduite dans l'Eglise par Satan 1 » [Concile de Trente, sess. IV, canon v.) « Qu'il soit anathème celui qui dit que le libre arbitre de l'homme, mû et excité par Dieu, ne coopère en rien en consentant à la grâce qui l'excite et l'appelle, qu'il ne peut refuser son consentement s'il le veut, mais que, comme un être inanime, il ne l'ait absolument rien et est absolument passif. « (Canon xx.) « Anathème à celui qui dit qu'il n'est pas au pouvoir de l'homme de rendre ses voies mauvaises, mais que Dieu opère le mal comme le bien, non-seulement en le permettant, mais proprement et par lui-même, de telle sorte que la trahison de Judas soit aussi bien son œuvre que la vocation de Paul ; qu'il soit anathème I » (Canon vi.)

Le témoignage de la raison est forcément conforme à celui de l'Écriture, de la tradition et des Conciles; car il ne s'agit pas ici d'une de ces vérités inaccessibles, pour lesquelles nous devions nous contenter de la parole de Dieu ! Consultez votre nature, invoquez votre expérience ; des deux côtés vous recevrez la même réponse : nous sommes libres!... Si nous ne l'étions pas, nous penserions tous, dans les mêmes circonstances, de la même manière^ et, par une conséquence inévitable, nous agirions tous de la même manière. Or il n'en est rien. Le libre arbitre se voit dans l'étude de nos facultés, et se sent dans toutes nos actions. Il se sent encore après l'aciion, quand notre âme est fière et satisfaite du bien qu'elle a fait, confuse ou tremblante du mal dont elle n'a pas su se défendre.

La place qu'occupe la liberté humaine dans les croyances, les préoccupations, le langage, le respect du genre humain tout entier, suffit pour nous la rendre vénérable et sacrée. Supprimez le libre arbilre, tout devient inexplorable, ridicule, odieux, dans la vie théorique et pratique des peuples. Essayez d'expliquer sans lui l'histoire et les monuments, les louanges enthousiastes, les

fléliissures indignées, écrites ou gravées... Vous ne le pourrez pas... Vouloir ce qu'on pouvait ne pas vouloir, ne pas vouloir ce qu'on pouvait vouloir, la vertu el la gloire, le crime et la honte... tout est là!... Si l'homme obéit à la fatalité, rien de plus odieux que la pompe hypocrite dont on l'entoure pour lui imputer son crime ou sa verlu^ pour l'en récompenser où l'en châtier.

Nous avons vu, tovtve II, page 450, ce que la fausse science oppose à celte doctrine du bon sens, du sens commun et de la foi! Un doute en théorie, maisla tolérance dans la pratique; une négation brutale, l'affirmalion insensée de la nécessité absolue des actes humains ; un déterminisme aveugle des inteiligencesindividuelles et nationales...

La liberté humaine dans toutes les conditions de la vie, en face de la prescience divine, sous l'action et le gouvernement souverain de Dieu, sous l'influence toutepuissante de la grâce, sous le poids du dogme écrasant de la prédestination, est donc une donnée certaine, le CONNU, à sa plus haute puissance, qu'on ne peut nier sans folie et sans crime. L'inconnu, au contraire, et le mystère , c'est le comment de l'accord du libre arbitre avec la prescience divine, le goiîvernement divin, la grâce, la prédestination, etc., qui sont de leur côté des vérités certainement connues. Et ce à quoi la raison nous oblige, c'est à conclure, de la coexistence de ces deux ordres de vérités certaines, à leur accord plein et entier, alors même que cet accord ou le comment de cet accord resteraient inaccessibles à notre intelligence. « La première règle de notre logique, dit Bossuet, c'est qu'il ne faut jamais abandonner les vérités une fois connues, quelques difficultés qui surviennent pour les concilier, mais qu'il faut, au contraire, tenir toujours fortement les deux bouts de la chaîne, quoiqu'on ne voie pas toujours le milieu, par où l'enchaînement se continue... » [Traité du libre arbitre, chapitre iv.) Quel admirable langage! je n'ai jamais cessé de m'en faire l'écho. Nous tenons d'une main les dogmes de la souveraineté divine, de la prescience divine, de la nécessité el de l'efficacité

542 l^ES SPLENDEURS DE LA FOI.

de la grâce; de l'autre, le dogme du libre arbitre. 11 est possible que le nœud invisible qui unit les deux choses soit mal fait par les opinions, mais soyez convaincu que Dieu a fait et a bien fait le lien...

11 reste à prouver que la raison éclairée par la foi jette assez de jour sur ces questions mystérieuses pour faire évanouir jusqu'à l'ombre de la contradiction.

1° Le libre arbitre et le gouvernement ou concours divin. Il faut nécessairement admettre que Dieu qui nous a donné l'être, en qui nous sommes, nous nous mouvons, nous vivons, ne peut pas rester inactif dans les déterminations libres de notre volonté. Il serait déraisonnable de lui attribuer ce qui vaut moins, c'està-dire l'être, en lui ôtant ce qui vaut plus, c'est-à-dire le bien être et le bien vivre, dit Bossuet. Sa souveraineté s'exerce donc sur nos décisions en même temps qu'elle les dirige ou les provoque par sa loi. Aussi l'Écriture ne craint-elle pas de dire que Dieu opère en nousle vouloir et le parfaire. [Philipp., ii,13.) Il va sans dire que cette opération de Dieu sur un être libre n'est pas la même que sur un être purement passif; qu'elle se proportionne à notre nature, et laisse intacte notre liberté. Gomment? Quelques-uns veulent que Dieu se contente d'un concours général, concours appliqué simultanément à tous les êtres. Chacun, en agissant, le particularise et le détermine selon sa nature, de telle sorte que l'acte produit est l'acte de Dieu, en même temps que l'acte de l'homme. Ce concours serait comme celui de la vapeur sortant du générateur et allant animer des moteurs de tout genre; ou comme la radiation solaire qui communique à tous les êtres les conditions de leur existence. Comme tout agent, la liberté prend sa part du concours divin, se l'approprie, le détermine. Ce concours se réduirait pour elle à ceci, que Dieu veut, de toute éternité, accomplir avec elle l'acte qu'elle voudra elle-même produire à son gré. Voilà qui n'est pas difficile à concevoir. Dans ce système, le concours divin n'a rien qui soit en contradiction avec la

liberté: mais ne supprime-t-il pas trop la souveraineté absolue de Dieu, et ne doit-on pas aller plus loin ? Ne sommes-nous pas tous les jours témoins du fait que la parole humaine, par la persuasion qu'elle exerce, a une influence directe sur nos déterminations, tout en nous laissant libres? Elle fait dire à des milliers d'âmes nonseulement je crois, mais je veux, et je veux librement... Or, si l'homme a le pouvoir de persuader, en nous inondant subitement d'une vive lumière, en nous imprimant des sentiments invincibles de joie, de tristesse, de crainte, d'amour ; en exerçant sur nous une attraction victorieuse qui fait crier à l'âme Babboni, mon maître..., comment refuserions-nous ce pouvoir à Dieu?

En analysant la persuasion arrivée à son dernier terme, on y découvre deux actes distincts : l'acte d'une force qui provoque une détermination de la liberté, l'acte de la liberté qui se détermine... C'est moi qui cède à la persuasion, c'est moi qui fais son efficacité... D'où il suit que Dieu, si sa souveraineté se réduit à persuader, ne serait pas aussi maître qu'il peut et doit l'être. Une grande école , l'École thomiste, jalouse à l'excès des prérogatives divines, veut que la souveraineté absolue de Dieu consiste en ce qu'il soit rigoureusement cause première de toutes choses ; que la détermination efficace a telle ou telle action ne puisse avoir lieu que par sa vertu... Celte vertu, les uns la font consister dans le décret éternel et infaillible par lequel Dieu veut et prédétermine chacun de nos actes ; les autres, dans une sorte de toucher mystérieux qui donne le branle à notre activité et la rend efficace.

Et qu'on ne s'effraye pas de cette action directe, car Dieu fait en nous l'acte et son mode ; il fait que nous agissons et que nous agissons librement; il fait que nous prenons une détermination, et que cette détermination est notre propre détermination. Et, ajoute saint Thomas, ce concours direct ne fait, en aucune manière, peser sur Dieu laresponsabilitéde nos mauvaises actions; car ce n'est pas à Dieu, cause première et indéfectible

g^/j LES SPLE.NUELR6 DE LA FOI.

de mes actes, mais à mon libre arbitre défaillant qu'il faut attribuer mon péché. Dieu n'est responsable que de ce qu'il y a de bien dans l'acte matériel du péché, j'ai toute la responsabilité du mal moral.

En réalité, de ces trois opinions si différentes sur le concours divin, les deux premières, surtout, sauvent suffisamment l'honneur de Dieu et l'honneur de la liberté. L'honneur de Dieu, qui reste le maître absolu de toutes choses, qui nous tient dans sa complète dépendance, de qui nous avons tout à recevoir, sans qu'il ait rien à recevoir de nous. L'honneur de notre liberté, car nous restons maîtres de nos délibérations, de nos choix, de nos décisions ; car la volonté mue par Dieu reste une force active, qui coopère efficacement, et non pas un instrument inanimé et purement passif.

2° La liberté et la prescience divine. Il est infiniment probable qu'en Dieu, et pour Dieu, il n'est aucune succession, ni passé, ni avenir, mais un présent éternel; qu'il voit, comprend et veut tout ce qui a été, est, ou sera par un seul acte ; qu'il n'y a pas en lui prescience, mais seulement science; comme disait saint Augustin : Res non sunt in eo [Deo] futurœ, sed prœscntes, ac per hoc non jam prescientia sed tanlum scientia dici potest. Dans ces conditions, évidemment, la lutte entre la prescience et la liberté n'existe pas... L'homme n'agit pas parce que Dieu le voit agir; mais Dieu voit l'homme agissant librement parce qu'il agit en effet librement. Dieu ne fait pas les choses en les voyant, mais il les voit faites. Veut-on, ce qui est impossible, qu'il y ait pour Dieu, durée successive, présent, passé, avenir, et partant prescience; cette prescience, quoique éternelle, ne sen pas plus un obstacle à la liberté, parce qu'elle est évidemment, non le principe, mais la conséquence de nos actions. Ce n'est point parce que nos actions ont été prévues comme futures que nous les ferons, c'est au contraire parce que nous devons les faire, que Dieu les a vues comme futures. Dieu ne fait pas plus une chose, en prévoyant qu'elle se fera, qu'il ne la ferait en la voyant

faire. Je vois un navire marcher à pleines voiles vers nn éciieil où il va se briser ; ce n'est pas parce que j'ai prévu ou vu qu'il allait se perdre qu'il s'est perdu ; je l'ai vu perdu parce qu'il allait se perdre. .La prescience divine, quoique infaillible, et quoique infiniment plus parfaite que celle de l'homme, n'inllue pas plus sur notre détermination que l'acte par lequel on voit infailliblement le navire courir sur le rocher. La prévision, pas plus que la vision, ne change la nature de nos actes. II est bien vrai que tout ce que Dieu a prévu arrivera ; mais il arrivera de la manière que Dieu l'a prévu. Ce qu'il a prévu comme devant arriver nécessairement, arrivera nécessairement; et ce qu'il a prévu comme devant arriver librement, arrivera librement.

La liberté et la grâce, La doctrine catholique sur la grâce se résume dans les propositions suivantes, qui sont des vérités de foi. Dieu veut, d'une volonté antécédente, sérieuse, sincère et active, le salut de tous les hommes. Les hommes que Dieu veut sauver, il ne les abandonne pas à eux-mêmes, parce que la fin à laquelle il les appelle est proprement et absolument surnaturelle. Le moyen proportionné à cette fin, la grâce sous ses diverses formes, n'appartient pas à l'ordre de la nature.

La grâce à laquelle l'homme coopère, est appelée grâce efficace, parce qu'elle obtient son effet; mais le libre arbitre, sous son action, n'est pas un instrument purement passif; il agit de son action propre, et s'il ne résiste pas de fait, il conserve le pouvoir réel de résister; les œuvres du salut sont, par conséquent, imputables à la liberté, et celui qui nous a créés sans nous, ne nous sauvera pas sans nous. . .

Outre la grâce efficace, il est une grâce vraiment suffisante qui donne à l'homme, relativement aux circonstances présentes, un pouvoir complet approprié aux actes bons qu'il doit accomplir; de sorte qu'en réalité cette grâce n'est rendue inefficace que par la résistance de notre volonté.

En réalité le problème à résoudre, dans l'ordre théo-

logique, l'accord du concours surnaturel de la grâce avec la liberté, est le même que le problème à résoudre, dans l'ordre philosophique, l'accord du concours divin avec la délerminalion humaine... L'homme ne cesse pas d'être libre alors même qu'il a été influencé du dehors, persuadé, attiré, entraîné. Il ne cesse pas davantage d'être libre, parce qu'il accepte l'influence de la grâce, lumière et force venues du dehors.

Ne serait-ce pas méconnaître les données de la psychologie que de penser que la liberté, pour être parfaite, a besoin d'être soustraite à toute inlluence, et qu'elle sera d'autant pins libre qu'elle sera moins influencée. Loin que l'idée de liberté et l'idée d'une influence extérieure qui la détermine^ se repoussent et s'excluent, elles s'impliquent, au contraire; car la liberté, si elle n'était pas déterminée par des molifs d'agir, n'agirait pas plus qu'un levier sans bras, sans point d'appui, sans poids.

Et qu'on ne dise pas que l'action de la grâce, qui est l'action de Dieu, est infinie et nécessairement, efficace. En effet, comme le font remarquer saint Thomas et saint Augustin, l'action de Dieu s'humanise et se proportionne à notre faiblesse. Dieu la modère tellement, qu'elle triomphe de la liberté avec la coopération de la liberté elle-même. Non-seulemont la grâce ne nuit pas à la liberté, mais c'est elle qui rend l'âme libre, en l'affranchissant de la servitude. Par suite de la chute originelle, la liberté, comme toutes les autres facultés, est languissante et malade; l'équilibre entre le bien et le mal n'existe plus. Sans le secours de la grâce, la liberté du mal existe seule; la liberté du bien ne peut exister qu'autant que le secours de la grâce nous délivre de la tyrannie de l'erreur, du vice et des démons, pour lesquels l'homme est un captif faisant toutes leurs volontés. Voilà le secret de cette parole de saint Jean (viii, 36) : « Vous ne serez vraiment libres qu'autant que le Fils de l'homme vous aura libérés. »

Non-seulement la grâce ne nuit pas à la liberté, maiselle la perfectionne. La liberté, en effet, est le pou-

LA FOI ET LA RAISON. 5i7

Toirde s'atlacher au vrai, au bon, au beau, après délibération et par choix. Son exercice suppose l'exercice de l'intelligence, de la volonté ou de l'amour, de l'imagination, etc,; elle suppose par là même l'inlluence d'une lumière qui éclaire, d'une force qui attire ou qui pousse, d'une beauté qui séduit : or la grâce est la lumière, la force, l'attrait, à son plus haut degré.

En dernière analyse, dans la théorie de saintÂugustin, le docteur par excellence de la grâce, l'action de la grâce se réduit à l'attraction exercée par une sorte de délectation, trahit sua rjiiemrjue voluptas. Nous sommes comme le mouton qui court librement vers la pierre de sel que vous lui montrez, ou comme l'enfant qui reste libre en courant chercher les noix que vous tenez dans votre main. La délectation, c'est le grand secret de l'action divine daas nos âmes, et le nœud gordien du mystère de la liberté et de la grâce.

Un philosophe chrétien, M. Henri Martin, a très-bien dit: « La vraie notion de la liberté morale ne contredit pas le principe de la raison suffisante compris comme il doit l'être. En effet, de même que la raison suffisante des déterminations éternelles et libres de la volonté de Dieu se trouve dans la convenance de leur bonté avec la bonté divine; de même, la raison suffisante des déterminations libres des êtres enclins au mal et sujets à l'erreur se trouve "dans quelque objet désirable pour eux, eu égard à la disposition morale où il leur plaît de se mettre librement. Il en est de la raison suffisante en philosophie, commode la grâce suffisante en théologie, elle suffit pour rendre l'acte possible, mais non pour rendre l'action nécessaire. » [Vie future, seconde édition, page 368.) En un mot, l'action du concours naturel comme celle du concours surnaturel de la grâce se résume dans des effets d'illumination, d'attraction, de délectalion, lesquelles n'impliquent en rien la nécessité.

La liberté et la 'prédestination. Avant toute détermination des événements et des circonstances, Dieu veut le salut de tous les hommes. Sa bonté les appelle par un

g,jj LES SPLENDEURS DE LA FOI.

commun embrnssement à la béalilude éternelle, et leur prépare les moyens nécessaires pour y parvenir. La grâce ne leur fait pas défaut, c'est leur libre arbitre qui fait défaut à la grâce. Dieu s'est occupé d'une manière spéciale de ses élus; il les a prédestinés, il leur a préparé, avant la création du monde, le royaume qu'ils doivent posséder avec lui, librement, gratuitement. Dieu ne veut pas la gloire sans les mérites, et il ne veut les mérités que pour la gloire. Dans une œuvre immense comme la sienne, Dieu est libre de manifeslertoutes ses perfections, sa jstice, aussi bien que sa miséricorde. Où tout est gratuit, le bienfaiteur peut sans injustice donner à son gré plus ou moins, pourvu qu'il ne prive personne de ce qui lui estdii. Rien n'empêche d'admettre en Dieu une force snpercompréhensive, au moyen de laquelle il exploite en quelque sorte notre liberté, et connaît infailliblement les déterminations qu'elle prendra, si elle est placée dans tel milieu et si elle reçoit d'en haut tel secours. Cette science conditionnelle précède rationnellement le libre décret de la prédestination divine. Dieu voit ainsi dans sa prescience infinie ceux qui doivent bien user de sa grâce, puis il les prédestine à la gloire. La grâce ne se mérite pas autrement, elle est gratuite ; mais la gloire se mérite par la grâce, et Dieu tient compte de ce mérite dans l'ordre de la prédestination. Ceux qu'il a connus par sa prescience, il les a prédestinés à être conformes à l'image de son fils. « Ceux qu'il a prédestinés, dit saint Paul [Èp. aux Romains, xxix,30),il les a appelés; ceux qu'il a appelés, il les a justifiés; ceux qu'il a justifiés, il les a glorifiés.» Prescience, vocation, justification, glorification, Yoilà donc l'ordre du décret éternel; dans ces conditions, évidemment, le dogme de la prédestination n'a rien que de très-conforme à la raison.

En résumé : Dieu voulant d'une volonté générale, antécédente et sincère, le salut de tous les hommes, tient prêts les secours qu'il doit leur accorder. Sa science infinie pénétrant la nature entière, les temps, ses lieux, les circonstances, voit ceux qui, correspon-

dant fidèlement à sa grâce, mériteront la gloire; et il décrète de leur donner la grâce et la gloire. Mais la grâce qu'il accorde n'est point une motion directe et physique dont l'âme est saisie au point que ses actes en soient déterminés, c'est un secours qui prévaut, un concours qui accompagne, en laissant à la liberté le plein pouvoir de délibérer, de prendre sa décision, de se déterminer elle-même à agir... Prescience, élection, vocation, justification, glorification, nous convenons que c'est une œuvre gratuite de la miséricorde divine... Nous ajoutons que c'est bien Dieu qui opère en nous le vouloir et le parfaire, parce que, dirigée par SA SCIENCE MOYENNE, sa toute-puissauce a disposé toutes choses pour que nous voulions et agissions librement.

Et que l'on ne dise pas que le dogme de la prédestination tarit dans l'âme humaine toute activité féconde, sous prétexte que l'homme qui croit à la prédestination pourra se dire a lui-même : Ou je suis prédestiné, ou je ne le suis pas. Si je suis prédestiné, quelque chose que je fasse je serai sauvé 1 Si je ne le suis pas, quelque chose que je fasse je serai damné. Car ce serait comme l'insensé qui dirait : Ou Dieu a décidé que je mourrai aujourd'hui, ou il a décidé que je mourrai dans vingt ans. S'il a décidé que je mourrai dans vingt ans, quelque chose que je fasse, je vivrai jusque-là. Je puis donc ne rien prendre, vivre de l'air et du temps, me jeter à l'eau, dans le feu, parla fenêtre...! La prévision de mon salut, comme la prévision de ma vie ou de ma mort, présuppose nécessairement que je prendrai avant tout les moyens nécessaires et suffisants pour assurer l'un et l'autre.

Le déterminisme. Nous avons dit quelques mots, page CLix, de la prétendue théorie mécanique de l'univers formulée dans cette fameuse phrase de Laplace: « Une intelligence qui, pour un instant donné, connaîtrait toutes les forces dont la nature est animée, et les situations respectives des êtres (c'est-à-dire des atomes simples qui composent le monde et les mondes), embrasserait dans un même ensemble d'équations différentielles les mouve-

ments des plus grands corps de l'univers, comme ceux du plus léger atome. Rien ne serait inconnu pour elle, et l'avenir comme le présent, serait toujours visible à ses yeux !» On a donné à cette théorie le nom de déterminisme, et, si elle était vraie, en effet, tout, à chaque instant, serait déterminé dans la nature, et la liberté ne serait plus qu'un mot. Nous avons montré, avec M. Philippe Breton, que celte doctrine impliquait le phénomène extrême de la réversion, et conduisait à l'absurde le plus extravagant, même en supposant qu'on ne l'étende qu'au monde matériel, au monde physique, inorganique, ou organique. Et nous sommes en droit d'ajouter qu'étendre celle théorie aux êtres intelligents et libres, que vouloir comprendre dans les fameuses équations différentielles de la dynamique générale les actes des êtres doués de Tolonté, serait le comble de la déraison. Comment, en effet, mettre en équation le coup de pied sous lequel je fais disparaître de la faune universelle plusieurs centaines de fourmis, ou des millions d'êtres microscopiques? Il est cependant des géomètres chrétiens, j'en citerai deux très-célèbres, M. de Saint- Venant, de l'Académie des sciences, et M. Boussinescq, professeur de mathématiques à l'université de Lille, auxquels le déterminisme, compris entre certaines limites, ne répugne pas, et qui font, très-suffisamment encore, l'accord des lois de la mécanique avec la liberté de l'homme, dans son action sur la matière. On peut voir dans les Mondes, livraison du 22 mars 1877 : 1° comment aucune des trois lois générales de la mécanique : la conservation de la quantité de mouvement, la conservation des aires, la conservation de l'énergie, tant potentielle qu'actuelle ou cinétique, ne se trouve violée par un acte humain supposé libre ; â° comment aussi, par la considération des solutions singulières des équations différentielles, solutions qui s'ajoutentauxsolulionsparticuliéresque donnent les intégrales générales, les lois fondamentales du mouvement s'harmonisent même avec les lois particulières d'intensité qui paraissent lier les accélérations des mole-

LA FOI ET L\ RAISON. 5ol

cules avec leurs positions relatives de chaque instant ; 3" comment, en un mot, par l'introduction d'un principe directeur, pouvant arbilrairement^et par son propre choix, prolonger les arrêts de mouvement, on détermine leur reprise sans travail physique ; ce qui suffit pour réaliser l'accord des lois physiques avec la liberté des actions des esprits. Mais c'est par trop condescendre aux exigences d'une science impossible.

Chapitre Trente-Troisième. — LesEsprits.— Un mystère encore ou un inconnu, ce sont les esprits bons et mauvais, les anges et les démons; leur existence, leur action physique,morale, psychique; leurs rapports avecl'homme, etc. Tout homme sensé qui voit dans le monde autre chose que la matière, pourrait-il révoquer en doute l'existence des purs esprits? Ils sont possibles! Nous les concevons! Notre âme elle-même est un esprit ! Pourquoi donc n'existeraient-ils pas ? S'ils existent, ils ont nécessairement été créés lil3res, car la liberté est de l'essence des esprits, comme l'inertie est de l'essence de la matière. S'ils ont été créés libres, et placés dans un état de transition ou d'épreuve, les uns ont pu faire bon usage de leur liberté, et s'être ainsi confirmés dans le bien, ce sont les bons anges; les anges; les autres ont pu abuser de leur liberté, et devenir confirmés dans le mal, ce sont les mauvais anges ou démons.

Dans l'Ancien et dans le Nouveau Testament, il est partout question des anges et des démons; Jésus-Christ a été sans cesse en contact avec les uns et les autres. Il nous a redit les vertus et les bienfaits des anges; il a daigné nous raconter lui-môme la chute et le châtiment des démons; il nous met souvent en garde contre leur malice.

La tradition humanitaire tout entière, comme la tradflion révélée et divine, affirme l'existence des esprits bons et mauvais.

Cette existence enfin est un do2:mè de l'Eglise catholique, apostolique, romaine. « Il faut croire d'une

foi ferme, dit le quatrième concile deLalran, que, au commencement,des temps Dieu a tiré du néant l'une et l'autre créature, spirituelle et corporelle, angélique etmondaine.

Les bons anges. Voici très en abrégé, ce que la Révélation nous en apprend, et ce qu'il est tout raisonnable de croire. Ces nobles intelligences entouraient la majesté de Dieu quand il marquait à la Terre sa place dans l'immensité, et qu'il répandait à flots la vie dans son sein. Ils forment d'innombrables phalanges, groupées en neuf ordres ou hiérarchies: Séraphins, Chérubins, Trônes, Dominations, Principautés, Puissances, Vertus, Archanges et Anges. Avec l'immatérialité, l'immortalité, l'incorruptibilité, les anges ont reçu une mission de puissance et de protection sur le monde. Les natures corporelles et inférieures leur sont soumises dans des limites fixées par Dieu. Ils président aux mouvements des cieux, ils dirigent le cours des astres; ils commandent aux vents et aux tempêtes; ils sont préposés au gouvernement des empires. Daniel parle des anges qui président aux destinées des Perses, des Grecs, des Hébreux. Les Eglises ont aussi leur ange protecteur, et chacun de nous enfin a son ange tutélaire ou gardien.

La sainte Ecriture nous montre les anges de Dieu capables d'une énergie, d'une force physique considérable. Un ange lutte contre Jacob jusqu'au matin ; ne pouvant le vaincre, il touche et fait dessécher le nerf de sa cuisse, ce qui fit Jacob boiteux, fait mémorable dont les Hébreux ont toujours conservé le souvenir. Un ange traverse la nuit toute l'Egypte, et frappe tous les premiers-nés de l'homme et des animaux. L'ange du Seigneur attaque la nuit le camp de Sennachérib et tue quatre-vingt-cinq mille hommes. Un ange prend Habacuc par le sommet de la tête, l'enlève par les cheveux, avec la rapidité de l'esprit, et le dépose à l'entrée de la fosse aux lions. Héliodore est renversé et flagellé par des anges. Pourquoi tout cela ne serait-il pas possible et réel? Dieu pur esprit dans son éternelle immobilité, et précisément parce qu'il est immobile, est seul auteur de la multitude de mouve-

LA FOI ET LA RAISON. gg3

mentsimmensesqui s'exécutent dans les espaces célestes. Des savants illustres, Ampère et autres, ne craignirent pas d'affirmer que les esprits seuls jettent de la force vive dans le monde ! Mens agitât molem, disait le poète: l'esprit met en mouvement les masses pesantes. Notre âme certainement fait mouvoir notre corps. Cette faculté Diotrice des esprits est une qualité mystérieuse, mais réelle, puisque le monde est tout entier en mouvement, et que la matière est essentiellement inerte.

Les démons. Jésus-Christ faisant allusion à la chute des anges a dit : «J'ai vu Satan tombant du ciel comme la foudre, et précipité dans l'enfer préparé pour lui et pour ses anges. » La tradition de la chute des anges s'est conservée dans le souvenir de l'humanité, et a laissé des traces dans toutes les théogonies.

Les mauvais anges ont gardé après leur chute leurs avantages naturels et leur puissance sur le monde matériel, mais ils ne s'en servent plus que pour le mal. Ils sont devenus superbes, trompeurs, envieux, ardents à se donner des complices, à se créer des compagnons de leur disgrcàce et de leurs tourments. La puissance de Satan s'est accrue grandement par le péché originel, qui, suivant l'expression énergique de Jésus-Christ, nous a créés ses enfants, en le faisant notre maître, prince et recteur du monde, puissance de l'air et des ténèbres, lion rugissant, circulant sans cesse et cherchant partout de nouvelles victimes. Qui ne serait surpris et effrayé de le voir exercer son despotisme désastreux sur Jésus-Christ lui-même, s'emparer de son corps innocent et virginal, le transporter tour à tour, sur le toit du temple ou au sommet d'une montagne, et le solliciter au mal.

L'homme devrait être trop heureux de pouvoir se décharger sur la pression étrangère et tyrannique du démon, de la responsabilité des excès auxquels il s'abandonne quelquefois. Il est des crimes si horribles, qu'on ne peut les expliquer qu'en admettant avec l'apôtre que le pécheur est devenu tellement esclave du démon, qu'il fait toutes ses volontés.

j;54 LES SPLENDEURS DE LA FOI.

Le premier degré de l'esclavage du démon est la teii tation ou la simple soliicilation au mal.

Le second est l'obsession, lorsque, sans s'être emparé du corps de sa victime, il exerce sur elle une action sensible et douloureuse. C'est ainsi peut-être que l'esprit malin agitait Saijl et ne se retirait qu'après que David l'eût en quelque sorte conjuré, en jouant de la harpe et en touchant Saiil de la main. Sara, fille de Raguel, était obsédée par le démon Asmodée, qui fit mourir ses sept pi-emiers maris, et que l'ange Raphaël mit en fuite.

Le troisième degré enfin de l'esclavage du démon est la possession, lorsqu'il s'est vraiment emparé du corps et de l'âme d'un inforluné, pour en faire comme des instruments par lesquels il agit, en produisant des effets plus ou moins extraordinaires: par exemple, le jeter par terre, le transporter à distance ; le tenir suspendu en l'air, ou accroché au plafond, contrairement aux lois delà pesanteur; lui faire parler une langue qu'il n'a jamais apprise ; lui apprendre des faits ignorés ou secrets, etc., etc. Le possédé s'appelle aussi démoniaque, L'Evangile en citeun grand nombre, et Jésus-Ghrisl donnait comme un signe de sa mission divine qu'il chassait les démons. Il donna à ses apôtres, qui l'ont transmis à leurs successeurs, ce même pouvoir de chasser les démons. Rappelons quelques-unes des possessions de rEvangile.l" (Matth.,viii,2o.) Deux démons sortentfurieux des sépulcres, s'irritant de voir le Fils de Dieu venir les tourmenter, demandant, s'il veut les chasser, qu'il les laisse s'emparer d'un nombreux troupeau de pourceaux: ils l'envahissent en effet et se précipitent avec lui dans la mer. â° (Matth.,xvii.) Un homme depuis son enfance était sujet aux plus cruels accidents: sourd et muet, il étaitrenversé par terre, tombant dansl'eauetdans le feu, grinçant des dents, etc., etc. Jésus-Christ ordonne à l'esprit qui le possédait de sortir. Aussitôt le démon sort poussant de grands cris, non sans avoir déchiré l'enfant et l'avoir laissé pour mort. 3° (Marc, i, 24.) Dans la synagogue de Capharnaiim, un homme interpelle Jésus-

Christ, le proclame saint des saints, et lui reproche d'être venu pour le perdre. Jésus lui ordonne de se taire et de sortir. L'esprit impur jette sa viclimeau milieu de l'assemblée, fait entendre un grand cri et sort. Qui pourrait voir dans ces possessions, et dans beaucoup d'autres que nous pourrions citer, de simples cas d'hystérie, d'éi>ilepsie, de folie, des malades ou des maniaques et non pas des démoniaques ? Presque partout, dans l'Evangile, les possédés des démons sont désignés à part des malades, et dans des termes qui caractérisent nettement des esprits. (MARC.,x[n,39): «Le soir venu et le soleil étant couché, ils apportèrent tous les malades et les démoniaques. » Et (-Ji) : «Il guérit beaucoup de malades aflligés de diverses infirmités, et il chassa beaucoup de démons, sans leur permettre de dire qu'ils le connaissaient.» Ce sont des esprits, évidemment^et non des malades qui -pouvaient connaître Jésus-Christ. L'interprétation de l'exégèse et de la critique moderne est absolument gratuite et ridicule.

La prise de possession du monde antique, du monde idolâtre, par les démons, est un des faits les mieux constatés de l'histoire. Le démon jouait un rôle considérable dans le gouvernement de Rome. Les manifestations de la puissance infernale, déifiée par ses adorateurs, se produisait par des manifestations surnaturelles dont personne ne doutait, a. Vos magiciens, disait Tertullien, évoquent des fantômes, interpellent les âmes des morts dans des apparitions sacrilèges, font rendre des oracles par les lèvres d'un enfant, opèrent des merveilles en tournant dans un cercle plein de prestiges, plongent à leur gré leurs victimes dans le sommeil : voilà ce qu'ils peuvent faire par l'intervention des démons, et c'est ainsi qu'on leur voit exercer l'art divinatoire autour de leurs tables. Qu'on produise un de ces malheureux que vous croyez tourmentés par une divinité, qui se trouvent subitement investis parune puissanceocculte, aux pieds desautels..., qui s'agitent hors d'haleine et prédisent l'avenir au

5n6 LES SPLENDEURS DE LA FOI.

milieu d'effroyables convulsions. C'est Junon, Esculape, ou tout autre de vos dieux, croyez-vous, qui manifeste sa volonté par cet intermédiaire. Eh bien! si le chrétien qui les interpellera ne les force pas à confesser devant tous qu'ils sont des démons, saisissez le chrétien et livrez-le à vos bourreaux. » Tous les Pères de l'Église, depuis TertuUien jusqu'à saint Bernard, ont tenu le même langage, et jamais ni Porphyre, ni Celse, ni Julien l'Apostat n'ont songé à nier la réalité de ces phénomènes. Les apôtres et les missionnaires, surtout dans les pays idolâtres, ont rencontré partout sous leurs pas des possessions dont l'histoire des saints surabonde.

L'Église catholique infiniment sage, qui possède dans ui degré divin la simplicité de la colombe unie à la prudence du serpent, croit fermement à la possibilité de rapports intimes, volontaires ou involontaires établis entre les démons et l'homme ; mais elle ne veut pas qu'on en admette la réalité sans discernement et sans preuves certaines. Elle croit à la possibilité d'un pacte, formel ou tacite, avec le démon; elle croit à la conjuration ou à l'évocation explicite ou implicite du démon dans le but de produire les effets admis par le monde entier, et qui sont universellement désignés sous les noms suivants : divination ou prédiction de l'avenir; enchantement ou charme exercé par des paroles, des figures ou des opéralions mystérieuses ; évocation ou nécromancie, appel et interrogatoire des morts ; fascination, qui empêche devoir les choses comme elles sont ; maléfices, sorts, pratiques superstitieuses, etc., employés dans le but de nuire au prochain dans sa personne ou dans ses biens...; magie, sorcellerie, production d'effets au-dessus des forces de la nature, etc., etc.

Or il est arrivé, chose étrange, qu'au moment où la critique moderne, l'exégèse rationaliste et la libre pensée niaient énergiquement l'existence du démon, l'obsession, la possession, toutes les influences sataniques, nous avons vu tout à coup le monde frémissant assister à quelques-unes des plus étranges manifestations des

LA FOI ET LA RAISON. gv-,

puissances infernales : le magnétisme, endormant ses vicliines et les transformant en devins, en prophètes, en médecins improvisés ; les tables tournantes et frappantes, écrivant les révélations du monde invisible ; le spiritisme, prétendant avoir à sa disposition tous les grands esprits des temps anciens ou modernes, et les faisant jKirler par l'intermédiaire de médiums enchanteurs; etc., etc.

J'ai lu tout ce qui a été écrit sur la démonologie, j'ai assisté à d'assez nombreuses expériences, non pas de spiritisme, elles me semblaient par trop ridicules, par trop absurdes, mais de magnétisme et de tables tournantes. Membre d'une commission chargée de décerner un prix de dix mille francs à celui qui lirait une lettre cachetée, genre de clairvoyance qu'on dit cependant trèscommun, j'ai été à même de mettre a l'épreuve la prétention et le talent de magnétiseurs en renom, et jamais ce merveilleux n'a daigné se produire devant moi. Les autres physiciens n'ont été ni plus heureux, ni plus privilégiés. Au contraire, toutes les fois qu'un savant sérieux ou une société savante ont été appelés à vérifier les faits extraordinaires du magnétisme ou du spiritisme, non-seulement ils n'ont rien vu, mais ils ont toujours mis en évidence la mauvaise foi ou la supercherie.

On pourrait donc regarder ces faits comme non avenus, mais il serait déraisonnable, après un témoignage aussi éclatant que celui de la révélation, de la tradition et de l'histoire, de révoquer en doute soit la terrible action des démons dans le monde et sur l'homme, soit la possibilité de pactes coupables avec les puissances infernales.

L'ame, Esprit. Puisque l'occasion s'en présente, qu'il me soit permis de résumer en quelques mots une démons tralion trés-nette de la spiritualité de l'âme formulée par un savant mathématicien M. Fua de Bruno, aujourd'hui 31. l'abbé de Bruno, professeur à l'Université de Turin.

« I.'àrae sent, pense, veut, imprime le mouvement au corps ; or la substance qui sent, pense, veut, meut, ne

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peut pas être matière. En effet: \° si la matière, nécessairement composée de parties, sentait, ou chaque partie percevrait l'objet tout entier, ou chaque partie ne percevrait qu'une partie de l'oljjet : dans le premier cas, il y aurait autant de perceptions distinctes qu'il y aurait de parties dans le corps, et ces perceptions seraient ou toutes complètes, ou en partie complètes et en partie incomplètes. Or notre perception est unique et complète, donc l'âme n'est pas composée de parties, elle n'est pas matière. t° L'âme hum.-iine pense, elle compare entre elles les sensations qu'elle reçoit des divers sens : or cette comparaison serait impossible, si le principe qui compare était matériel et composé de parties. Car, ou chacune de ces parties serait propre à recevoir les deux sensations à la fois, et alors pourquoi des parties distinctes ; ou les sensations seraient reçues par des parties différentes, et alors qui comparerait et distinguerait les deux sensations. 3° L'dnie vent : le raisonnement est le môme que pour la pensée ; car la volojQté suppose aussi nécessairement la comparaison. 4° Lame meut. Je dis à un homme qu'on le poursuit pour lui donner la mort, il change de direction, et fuit à toutes jambes ! Un général en chef fait un geste, et tout son corps d'armée, infanterie, cavalerie, artillerie, s'élance et fait pleuvoir sur l'ennemi une pluie de balles, de boulets, d'obus, de bombes. Si l'âme du général était matière, sa quantité de mouvements serait le produit de la masse par la vitesse, et cette quantité de mouvement serait forcément égale à celle de toutes les forces qu'elle met en jeu. Or il n'existe qu'un rapport infiniment petit entre la faible impression de ma voix ou celle du geste du général et la course échevelée du fuyard, et le branlebas du combat. Debout et immobile sur mes pieds je marche et je cours. Si mon âme est matérielle, sa masse est infiniment petite, puisqu'un cadavre pèse autant qu'un corps vivant ; sa vitesse est nulle, sa quantité de mouvement nulle aussi, tandis que la quantité de mouvement du corps qui marche ou qui court est grande ;

donc je n'aurais pas pu marcher et courir. Et cependant, je marche el je, cours ! Commeiit celte quantité de mouvement infiniment petite el aveugle pourrait-elle coordonner les mouvements de la marche, diriger avec tant d'habileté les déplacements de mes membres, soit pour la défense, soit pour l'attaque, proportionner si parfaitement les movens à latin? Donc, chez moi le principe du mouvement est un principe spirituel. »

Un journal de médecine a signé du nom de M. Claude Bernard, le grand physiologiste, cette dernière démonstration que nous avons déjà esquissée, mais qu'il est bon de reproduire.

« Le corps humain est un composé de matières qui se renouvellent incessamment. Toutes les parties du corps sont soumises à un perpétuel mouvement de transformation. Chaque jour vous perdez un peu de votre être physique et vous remplacez par l'alimentation ce que vous perdez. Si bien que, dans un espace de huit années environ, votre chair, vos os, sont remplacés par une nouvelle chair, par de nouveaux os, qui petit h petit se sont substitués aux anciens, par suite de ces addilious successives. La main avec laquelle vous écrivez aujourd'hui, n'est pas du tout composée des mômes molécules qu'il y a huit ans. La forme est la même, mais c'est une nouvelle substance qui la remplit. Ce que je dis de la main, je le dirai du cerveau. Votre boîte crânienne n'est pas occupée par la même matière cérébrale qu'il y a huit ans.

« Ceci posé, puisque tout change dans votre cerveau en huit années, comment se fait-il que vous vous souveniez parfaitement des choses que vous avez vues, entendues, apprises, il y a plus de huit ans ? Si ces choses se sont — comme le prétendent certains physiologistes — logées, incrustées dans les lobes de votre cerveau, comment se fait-il qu'elles survivent à la disparition absolue de ces lobes? Ces lobes ne sont plus les mêmes qu'il y a huit ans, et pourtant votre mémoire a gardé intact son dépôt.

C'est donc qu'il y a autre chose dans l'homme que la matière, c'est donc qu'il y a quelque chose d'immatériel, de permanent, de toujours présent, (Yindépendant de la matière. Ce quelque chose, c'est l'âme. »

Puisque M. Claude Bernard invoque lamémoire, cette faculté si mystérieuse , il sera bon de résumer en quelques traits l'argument invincible que M. Tremaux (tome XI des Mondes, page 443) en a tiré en faveur de la spiritualité de l'âme.

« Le cerveau est impressionné d'une manière analogue par tous les sens ; il possède ainsi ce fonds persistant d'impressions qui constitue la mémoire; une foule d'impressions de tous les âges, de tous les jours, meublent le cerveau et constituent ainsi une sorte de bibliothèque des impressions de notre vie. Or nous avons la faculté de nous reporter à telle ou telle de ces impressions, selon notre volonté. Donc, cette bibliothèque a son bibliothécaire qui cherche au point voulu l'impression à laquelle nous voulons nous attacher, et qui la met sous les yeux de notre pensée, seule à l'exclusion de toutes les autres ou combinée avec d'autres. Nous voici donc encore une fois en présence des deux principes suivants: l'action matérielle et la faculté de s'en servir. Pour distinguer une faculté aussi extraordinaire, je ne vois rien de mieux que de conserver le vieux nom donné instinctivement par tous les peuples, et que chacun comprend enl'appelant âme.»

Si l'on niait l'existence et l'action de Tâme, il faudrait admettre qu'il existe au monde des millions de bibliothèques sansbibliolhécaire,quijetlentspontanémentdans les mains des lecteurs les livres qu'ils veulent consulter. Est-ce un assez grand miracle? « L'âme est le mécanicien de la machine calorique qui donne issue au courant de sang oxygéné, source de laforce motrice nécessaire à l'exercice des fonctions physiques et physiologiques du cœur, du cerveau et des autres organes ! Elle est l'électricien de la machine électrique, qui ouvre le circuit au courant du fluide nerveux ! Elle est le bibliothécaire de la mémoire 1 Elleest, en un mot, l'agentquiopèreetrespritquivivifie.»

ChapttreTrente-Quatrième. — les Sacrements. — Les Sacrements en général. — Jésus-Christ est le foyer de la vie divine ou surnaturelle. « Je suis, disait-il, la voie, la vérité et la vie... Je suis venu pour que les hommes aient la vie et qu'ils l'aient en surabondance... Je suis le cep et vous êtes les branches, qui vivez, croissez et frucliliez en moi et par moi... Si quelqu'un ne vit pas en moi , il séchera comme le sarment , on le coupera et on le jettera au feu. Et la vie dont Jésus-Christ est la source s'élend jusqu'à l'éternité, puisqu'il est aussi la résurrection.» Je suis la résurrection et la vie!

La sainte Eglise, interprète infaillible de l'Evangile, nous apprend que Jésus-Christ communique la vie à nos âmes par les sacrements, agents et signes sensibles de la vie ou de la grâce invisible. Rites mystérieux, à la fois matériels et spirituels, comme l'homme auquel ils doivent donner la vie, qui exigent et comprennent par conséquent trois choses : un élément matériel, la matière du sacrement, une parole vivifiante, la forme du sacrement; le ministre du sacrement, le délégué de Jésus-Christ chargé d'unir la matière à la forme ; et enfin le sujet du sacrement, l'homme racheté par Jésus- Christ, pour qui c'est un devoir rigoureux de venir puiser dans les sacrements l'élément vivificateur, réparateur et déificateur.

Les conditions de la vie surnaturelle, comme celles de la vie naturelle de l'homme ou de l'humanité, sont au nombre de sept. Il doit : 1° naître à la vie ; 2° naître viable ou d'une vie qui puisse se continuer; 3° entretenir sa vie ou la nourrir par un aliment et un breuvage conservateurs; 4'' rétablir ou retrouver la vie, lorsqu'elle est compromise par la maladie, menacée ou même éteinte par la mort, s'il s'agit delà vie surnaturelle, pour laquelle la résurrection est possible, o" À la veille des luttes ou combats pour la vie, l'homme a besoin d'un secours spécial qui le fortifie, d'une sorte d'entraînement qui le dispose au combat. 6" Il faut que la vie humaine se propage ou

passe d'une génération à l'autre par une institution particulière, l'union des époux ou le mariage. 7° Enfin parce que l'homme est essentiellement appelé àla vie de famille et â la vie sociale, il faut qu'une consécration nouvelle et spéciale constitue, et investisse d'une grâce nécessaire et suffisante, les chefs ou directeurs delà société spirituelle des âmes appelées à vivre de la vie de Jésus-Christ.

Il devait donc y avoir, et il y a, en réalité, sept sacrements: '\° le Baptême qui nous fait naître à la vie spirituelle parl'eau et parl'Esprit-Saint; :2l° la Confirmation qui nous donne la viabilité ou la virilité surnaturelle, et nous amène, suivant le langage énergique de saint Paul, à la plénitude de l'âge de Jésus-Christ; S" l'Eucharistie, dans laquelle il a fait lui-même de son corps et de son sang l'aliment et le breuvage nécessaires à la conservation et à l'entretien en nous de la vie surnaturelle et divine; 4° la Pénitence, qui répare en nous la vie de l'âme quand elle est languissante etcompromise,qui nous la rend quand elle est perdue ou éteinte; 5''rExlrôme-Onclion,quiefface jusqu'aux restes du péché, obstacle à notre entrée dans le ciel, et nous fortifie dans la lutte du passage du temps à l'éternité; 6° l'Ordre, qui consacre les ministres de la société spirituelle, les apôtres, les docteurs, les pasteurs, les directeurs de nos âmes; 1° le mariage, enfin, qui propage la vie divine ou surnaturelle, en même temps que la vie naturelle. Il y a sept sacrements, et il n'y en a que sept. Cette fois encore, comme toujours, la révélation est en parfait accord avec la raison. Trois de ces sacrements, par leur nature même, le baptême, la confirmation, l'ordre, ne peuvent être reçus qu'une fois: l'Eglise, pour mieux qualifier cette unité de réception, affirme de ces trois sacrements qu'ils impriment un caractère indélébile. Les quatre autres, par leur nature aussi, doivent et peuvent en effet être reçus plusieurs fois.

Les canons du concile de Trente résument admirablement l'enseignement de la tradition et de l'Eglise sur le? sacrements en général, et cet enseignement est à son t€ur parfaitement raisonnable.

LA FOI ET l.\ RAISON. 533

I. Si quelqu'un dit que les sacrements de la nouvelle loi n'ont pas été tous institués par Jésus-Christ ÏNolre- Seigneur, et qu'ils sont plus ou moins de sept, qu'il soit anatlième!...lll. Si queliiu'un dit que les sacrements de la loi nouvelle ne sont pas nécessaires au salut , et que sans eux, ou sans le désir de les recevoir, les hommes obtiennent de Dieu, par la foi seule, la grâce de la justification, bien que tous ne soient pas nécessaires à chacun, qu'il soit analhème!... Si quelqu'un dit que les sacrements de la nouvelle loi ne confèrent pas la grâce elle-même a ceux qui n'y opposent point d'obstacle, donnant à entendre qu'ils ne sont autre chose que des signes extérieurs de la grâce ou de la justice reçus par la foi, qu'il soit anathème!... IX. Si quelqu'un dit qu'il n'y a pas trois sacrements , le baptême , la confirmation et l'ordre, qui impriment à l'âme un caractère, c'est-à-dire un certain sceau qui empêche que ces sacrements puissent être réitérés, qu'il soitanathèmeî... X. Si quelqu'un dit que tous les chrétiens ont le pouvoir d'administrer tous les sacrements, qu'il soit anathème !...

XII. Si quelqu'un dit que le ministre qui se trouve en péché mortel, pourvu qu'il ait observé tout ce qui est essentiel à la confection et à la collation des sacrements, . ne les fait pas ou ne les confère pas, qu'il soit anathème 1

XIII. Si quelqu'un dit que les rites de l'Eglise catholique reçus, approuvés et usités dans l'administration solennelle des sacrements, peuvent être négligés ou omis par les ministres, si bon leur semble, ou changés en d'autres nouveaux, parce que ce sont des pasteurs préposés aux Eglises, qu'il soit analhème I

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