I. Le Baptême, son institution et sa nécessité
Allez, enseignez toutes les nations, baptisez-les au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit... Celui qui aura cru et qui aura été baptisé sera sauvé. (Màtth., xxviii,19.) La nécessité du baptême est une conséquence nécessaire du dogme du péché originel. L'homme naît enfant de colère, mort à la grâce. Ouiconque ne renaît de l'eau et
du Saint-Esprit ne peut entrer dans le royaume de Dieu.
Matière du baptême. L'eau pure, symbole naturel de la j)urirication et de la vivificalion de l'âme.
F orme du baptême : « Je te baptise, au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. » Je te baptise, c'est-à-dire, je le purifie et je te vivifie.
Ministre du baptême. Habituellement le prêtre : dans le cas de nécessité un laïque quelconque, même hérétique ou infidèle, parce que le baptême est absolument nécessaire au salut.
Le sujet dubaptême. Tout homme, sans distinction, pour qui c'est un devoir de se faire baptiser, quand il connaît cette condition essentielle de salut.
E/fets du baptême. Dans l'ordre divin, la vie de l'âme par la grâce sanctifiante, le transport de l'ordre naturel à Tordre surnaturel, à jamais et pour toujours; la qualité d'entant de Dieu, de frère de Jésus-Christ , de temple du Saint-Esprit. Dans l'ordre moral, un germe ou principe de sainleté, d'incorruptibilité, de vie nouvelle et céleste. Dans l'ordre social, l'enfant devient une chose grande et sacrée, une sorte d'incarnation de Jésus-Christ: ce qu'on lui fait, on le fait à Jésus-Christ lui-môme.
Les cérémonies du baptême. Qu'elles sont mystérieuses et touchantes! Le parrain et la marraine, un second père et une seconde mère d'adoption; lo nom d'un ange, d'un saint ou d'une sainte aux vertus héroïques; l'exorcisme ou l'expulsion violente du démon dont l'enfant était en quelque sorte la propriété. Dans sa petite bouche, le sel, symbole de la sagesse; sur ses oreilles et sur ses narines, la salive, pour les ouvrir à la voix de Dieu et aux saintes odeurs de la vertu ; sur son petit corps et sur sa tète, des onctions pour en faire l'oint du Seigneur et un athlète; le renoncement dans l'avenir à Satan et à ses œuvres ; la profession de foi ; la robe blanche, emblème d'innocence et de candeur; le cierge allumé, cet enfant doit être à son tour lumière et chaleur; l'inscription sur les registres, en même temps que Dieu l'inscrit sur le livre de ses élus. Voilà le baptême, sacre-
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ment de régénération qui fait sortir l'homme de la sphère terrestre et l'introduit dans la sphère céleste, qui l'élève à sa plus haute puissance, bien au-dessus de lui-même.
II. La Confirmation. Ce sacrement nousrend viables dans l'ordre surnaturel, et nous fait parfaits chrétiens ea , nous donnant la force de confesser la foi, et en nous communiquant la plénitude des dons du Saint-Esprit,
.Sa matière. De l'huile mélangée de baume. L'huile, qui nourrit, qui échauffe, qui éclaire, qui guérit; le baume, symbole de la bonne odeur des vertus que le chrétien doit répandre autour de lui. ,
Sa forme. Ces paroles : « Je te marque du signe de la croix, et je te confirme par le chrême du salut, au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Du signe de la croix par lequel tu seras vainqueur de l'enfer et du monde. Jeté confirme, c'est-k-dire je te fortifie, je parfais, je consomme en toi la vie chrétienne.. Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit; du Père qui t'a créé, du Fils qui t'a racheté, de l'Esprit-Saint qui te sanctifie; de la très-sainte Trinité que tu dois adorer et aimer. »
Son ministre: orc?maere,rEvêquequi a toute la perfection du sacerdoce, qui a dû atteindre la sainteté, et à qui, par excellence, il appartient de faire des saints ; extraordinaire et par délégation, un prêtre qui a reçu un pouvoir spécial.
Son sujet : Tout homme à la condition d'être baptisé, d'être né a la vie de la grâce :il faut vivre pour être viable. Quoique la confirmation ne soit pas absolument nécessaire au salut, c'est un devoir rigoureux de la recevoir quand on le peut.
Ses effets : Ils se résument admirablement dans ces vertus infuses que la langue ecclésiastique appelle les sept dons et les douze fruits de l'Esprit-Saint : sagesse, entendement, science, conseil, piété, force, crainte filiale. . Charité, joie, paix, patience, bénignité, bonté, longanimité, douceur, foi, modestie, continence, charité.
Ses cérémonies : L'imposition des mains. La main est
î;(36 les splendeurs de la foi.
^'instrument et le signe delà force et du commandement: imposer les mains sur le confirmé, c'est appeler sur lui avec autorité la force de Dieu.. L'onction avec le saint chrême, mélange d'huile d'olive et de baume sur le front, siège de la pudeur et de la honte, pour qu'elle s'étende de là sur tout le corps : l'onction se fait en forme de croix parce que toute grâce et toute force vient de la croix, et que c'est de la croix que le fron ne doit jamais rougir. En frappant trois fois sur l'ép aule du confirmé,comme pour éprouver son calme et sa patience, le pontife lui dit: « Soyez un guerrier pacifique et brave, fidèle et dévoué à Dieu. » En appuyant doucement sur sa joue, comme pour mieux éprouver encore sa patience, il lui dit : «Que la paix soit avec vous. » Et il le bénit en ces termes: «Que du haut de la céleste Sion,leSeigneur vous bénisse, afin que vous goûtiez les biens de Jérusalem, tous les jours de votre vie, et pendant la vie éternelle. »
111. Sacrement de l'Eucharistie. L'Eucharistie, appelée aussi table mystique,banquet divin, pain céleste ou transsubstantiel, pain de Dieu, pain de vie, etc., est un sacrement qui, sous les apparences du pain et du vin, cache le corps, le sang, l'âme, la divinité de Noire- Seigneur Jésus-Christ, qui l'a institué pour se faire l'aliment, la nourriture de nos âmes.
Sa matière : le pain et le vin, éléments essentiels de l'a imentalion humaine : le pain, principal aliment de Vh omme ; le vin, sang de la terre et sang de la vigne : le pain, qui entretient, fortifie, renouvelle et conlinue la vie; le vin, qui échauffe, qui réjouit, qui enivre: le pain, qui fait les forts; le vin, qui fait germer les vierges : le pain et le vin, qui se transsubstantient en chair et en sang, symboles de la transsubtantiation de tout notre être en Dieu.
La forme .- les paroles mêmes de Jésus-Christ répétées par le prêtre, et rendues souverainement efficaces : Prenez et mangez ; ceci est mon corps qui sera livré POUR vous. Prenez et ruvez tous, car ceci est le calice de mon sang: testament nouveau et éternel, mys-
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TÉRE DE FOI QUI SERA RÉPANDU POUR VOUS ET POUR BEAU- COUP, EN RÉMISSION DES PÉCHÉS. TOUTES LES FOIS QUE VOIS FEREZ CES CHOSES, FAITES-LES EN MÉMOIRE DE MOI.
Forme toute divine et divinisante.
Son minisire. L'Eucharistie est à la fois : un sacrement et un sacrifice : un sacrement en tant que, par la transsubstantiation, le pain et le vin sont changés au corps et au sang de Jésus-Christ devenus l'aliment de nos âmes. Or le miracle de la transsubstantiation exige et impose la délégation, par transmission légitime, d'un pouvoir divin ; un sacrifice en tant qu'elle est ofïerte, et le prêtre est essentiellement le ministre du sacrifice. Personne ne peut, dit le quatrième concile de Latran, produire le sacrement de l'Eucharistie, à moins qu'il ne soit prêtre, ordonné suivant le rite reçu dans l'Eglise.
Son svjet. Tous les fidèles, tous les chrétiens arrivés à l'âge de discrétion, suffisamment instruits, et convenablement préparés, peuvent et doivent être admis à la communion eucharistique. Elle n'est pas nécessaire de nécessité de moyen, mais de nécessité de précepte. Jésus- Christ a dit : ^< Si vous ne mangez pas la chair de l'homme, et si vous ne buvez pas son sang, vous n'aurez pas la vie en vous. »
Le saint concile de Trente, session treizième, a formulé le canon suivant: « IX. Si quelqu'un dit que tous les fidèles chrétiens, de l'un et de l'autre sexe, et chacun d'eux, lorsqu'ils sont arrivés à l'âge de discrétion, ne sont pas obligés de communier chaque année au moins à Pâques, ainsi que l'ordonne notre sainte Mère l'Eglise, qu'il soit anathème! » Le saint concile ajoute: « canon XL Ceux à qui leur conscience reproche un péché mortel, quelle que soit la contrition qu'ils croient avoir, doivent nécessairement, quand ils peuvent recourir à un confesseur, faire précéder la communion de la confession sacramentelle; si quelqu'un a la prétention de soutenir le contraire, qu'il soit anathème. L'esprit de l'Eglise, affirmé par le concile de Trente, est que les fidèles puissent communier à toutes les messes qu'ils entendent.
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Ses cérémonies essentielles. L'offrande faile par le prêtre en son nom, au nom du peuple et en union avec Jésus-Christ ; la consécration qui fait apparaître sur l'autel la Victime qui a remplacé toutes les victimes humaines ; l'hostie divine, vivante et vivifiante, qui nous apporte toute lumière, toute force, tout pardon, tout remède, toute grâce, en un mot. La communion enfin, consommation des éléments de l'offrande ; manducation de la victime rendue présente par la consécration, union intime de notre âme avec son âme, de notre chair avec sa chair, de notre sang avec son sang : de telle sorte que nous puissions dire: Ce n'est plus moi qui vis, c'est Jésus-Christ qui vit en moi.
Les e/l^ets de l'Eucharistie. Ils sont admirablement résumés dans cette délicieuse antienne : 0 sacrum conviviiim! 0 festin sacré, où Jésus-Christ devient ma nourriture; où se renouvelle le sacrifice de la croix; où l'âme est remplie de grâce, et où nous recevons le gage assuré de la résurrection et de la gloire à venir ! Voyez le catholique fervent et pieux qui se lève de la table sainte : il est tout embrasé d'une sainte ardeur qui brille sur ses joues empourprées, qui excite en lui une tendresse inouïe, et lui fait verser des larmes de bonheur. S'il pleure de tendresse et s'il nage dans la joie, c'est parce que Jésus, son divin sauveur, l'enveloppe et le pénètre intimement de son amour. Ah! pouvoir dire : Dieu est avec moi ! Le sentir ! Mais cela vaut tout un monde ! Chez les âmes saintes, les élans du cœur font quelquefois irruption au dehors et se répandent en transports de joie, de fiamme et d'extase. Et quand on possède ainsi Dieu dans son cœur, on est prêt à tout souffrir, à tout braver, à tout espérer, à tout entreprendre. Ah! voilà comment la divine Eucharistie fut et sera toujours^au sein de l'Eglise catholique, apostolique, romaine, une semence féconde de martyrs, de confesseurs et de vierges. Je dis l'Eglise catholique, apostolique, romaine, parce qu'elle a seule le secret et la pratique de l'union eucharistique.
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L'Eucharistie n'est pas seulement un sacrement, elle est un sacrifice, comme le concile de Trente l'enseigne en ces termes qui ravissent l'esprit et le cœur : « Dans la dernière cène, et la nuit même où il fut livré, voulant laisser à l'Eglise, sa chère épouse, un sacrifice visible comme l'exige la nature humaine, et qui représentât le sacrifice sanglant qu'il devait oflVir une fois sur la croix, en perpétuât le souvenir jusqu'à la fin des temps, et en appliquât la vertu salutaire à la rémission des péchés que nous commettons, déclarant qu'il était constitué pour l'éternité prêtre de l'ordre de Melchisédech. Après avoir célébré la Pàque ancienne, il a établi, comme Pâque nouvelle , l'immolation que, sous des signes visibles, l'Eglise doit faire par la main des prêtres, en mémoire de ce passage qu'il effectua de ce monde à son Père, lorsque, par l'elfusion de son sang, il nous racheta, nous enleva de force a !a puissance des ténèbres. C'est une seule et même victime qui est immolée sur l'autel et sur le calvaire. Le mode d'immolation est seul différent. Les fruits de l'immolation sano;lante sont reçus plus abondamment par l'immolalioa non sanglante. »
Notre mère la sainte Eglise a établi certains rites, certaines cérémonies, bénédictions mystiques, lumières» encensements,ornements sacerdotaux, et autres en grand nombre, afin de relever ainsi la majesté d'un si grand sacrifice, et d'exciter par ces signes sensibles de piété et de religion, l'esprit des fidèles à la contemplation des mystères qui s'y trouvent cachés. Ce sacrifice satisfait à la fois à toutes les exigences de notre nature. Holocauste, il nous met à même de rendre parfaitement à Dieu les hommages qui sont dus à sa souveraine grandeur ; à le remercier pleinement des grâces que nous avons reçues de lui, à obtenir de lui les grâces dont nous avons besoin, dans l'ordre spirituel et dans l'ordre temporel; à expier, pour les vivants et les morts, les peines dues au péché. C'est donc tout à la fois, et quelle pensée consolante, un sacrifice d'adoration et de louanges, d'action
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de grâces, d'impétration et de propitialion, et un sacrifice d'une valeur infinie !
Que ne puis-je reproduire ici les prières si admirables, si touchantes, de préparation, de célébration, d'actions de grâces que la liturgie sacrée met dans le cœur et sur les lèvres du prêtre, comme aussi la prose et les hymnes du Saint Sacrement que la foi et la science unies ont inspirées au génie de saint Thomas d'Aquin 1 Ce sont autant de splendeurs éclatantes de la divinité de la sainte Eglise catholique, apostolique, romaine. Rappelons au moins quelques-uns de ces pieux et nobles élans des âmes eucharistiques.
«Voici le pain des anges, devenu le pain des voyageurs, le pain véritable des enfants^ qui ne doit pas être jeté aux chiens. Bon pasteur, pain véritable, Jésus ayez pitié de nous, paissez-nous, défendez-nous, faites que nous possédions dans la terre des vivants les biens que vous nous destinez. »
« Qu'en vertu de la très-sainte Eucharistie, le Seigneur tout-puissant et miséricordieux nous accorde la joie avec lapaix, l'amendementde notre vie, le temps d'une sincère pénitence, la consolation de l'Esprit-Saint, la persévérance dans les bonnes œuvres, un cœur contrit et humilié, la consommation heureuse de notre vie! » Ce sont la tous les secrets, tous les désirs d'un cœur chrétien.. .
«Je vous en conjure, ô très-doux Jésus, que votre passion soit la force dont je serai revêtu, qui me protège et me défende. Que vos blessures soient l'aliment et le breuvage qui me nourrissent, m'enivrent et me réjouissent! Que l'ellusion de votre sang soit pour moi l'ablution de tous mes péchés ! Que votre mort me soit la vie éternelle. Que dans vos sacrements et vos sacrifices divins, soient toute l'allégresse, la santé et la douceur de mon cœur...»
« Jésusquej'entrevoissousle voile eucharistique, accordez-moi, je vous en prie, ce dont j'ai une soif si ardente. Que vous voyant un jour face à face, je sois heureux de la vue de votre gloire ! »
« Le pain des anges devient le pain des hommes ; le
pain des cioux met un terme aux figures. 0 chose admirable ! le pauvre, l'esclave, l'humilié mangent leur seigneur.»
« Naissant, il s'est fait le compagnon de notre exil; mangeant avec nous, il s'est fait notre aliment ; mourant, il s'est fait notre rançon ; régnant dans les cieux, il est notre récompense. »
« Le Verbe fait chair d'une seule parole fait de sa chair le pain véritable; le sang de Jésus-Christ devient notre breuvage ; et si nos sens ne nous disent rien, la foi seule suffit à rassurer notre conscience. »
IV. Le sacrement de pénitence. La pénitence est un sacrement de la nouvelle loi institué par Notre-Seigneur Jésus-Christ pour la rémission des péchés commis après le baptême. Son institution apparaît dans ces paroles de Jésus-Christ à Pierre : «Je te donnerai les clefs du ciel; tout ce que tu lieras sur la terre sera lié dans le ciel, tout ce que tu délieras sur la terre sera délié dans le ciel » (Matth.,xvi,19); aux autres apôtres :« tout ce que vous lierez sur la terre, sera lié dans le ciel, et tout ce que vous délierez suv la terre, sera délié dans le ciel. » (Matth., xvin, 18.) « Comme mon Père m\a envoyé, je vous envoie.» Ayant dit ces mots, il souffla sur eux et leur dit: « Recevez î'Esprit-Saint ! Les péchés seront remis à ceux a qui vous les remettrez ; ils seront retenus à ceux à qui vous les retiendrez. » (Jean, xx,M et 23.)
Interprète infaillible de la sainte Ecriture, des Pères et de la Tradition, le concile de Trente déclare : « Si quelqu'un dit que la pénitence n'est pas un sacrement véritable, institué par Notre-Seigneur Jésus-Christ, pour réconcilier les fidèles avec Dieu toutes les fois qu'ils tombent dans le péché, après le baptême, qu'il soit anathème !
Sa matière. La fjuasi-matière du sacrement de pénitence sont les actes du pénitent, la contrition, la confession, et la satisfaction. Ces mêmes actes nécessaires, de droit divin, dans le pénitent pour la pleine et parfaite rémission des péchés, sont appelés les parties de la pénitence.
Contrition Douleur de l'âme et détestation du
péché, elle a été nécessaire de tout temps pour obtenir le pardon de Dieu et pour l'homme tombé après soa baptême, elle sert de préparation à la grâce de la réconciliation. Elle doit être intérieure ou partir du cœur: surnaturelle dans son principe et dans son motif; universelle ou s'étendre à tous les péchés mortels que Ton a commis. Souveraine, ,c'est-à-dire que la douleur du péché doit l'emporter non pas intensivement ou sensi- Ijlement, mais virtuellement, en ce sens que nous soyons plus affligés d'avoir offensé Dieu, que nous ne le sommes de tout autre malheur. On distingue deux sortes de contrition : la contrition parfaite et la contrition imparfaite ou altrition.
La contrition parfaite, qui a pour motif la charité qui nous fait aimer Dieu par-dessus toutes choses, pour lui-même, parce qu'il est infiniment bon, réconcilie directement, immédiatement l'homme avec Dieu, à la condition qu'elle comprenne le désir et sa volonté de recevoir le sacrement de pénitence.
Lattrition, détestation du péché à cause de sa turpitude et des châtiments qu'il entraîne, suffit ; c'est ua immense bienfait, joint au sacrement de pénitence, pour justifier le pécheur.
La confession, c'est l'accusation de ses péchés faite à un prêtre approuvé, pour en obtenir le pardon. «Si quelqu'un nie que la confession sacramentelle soit une institution divine, ou qu'elle soit nécessaire au salut de droit divin; ou que la manière de se confesser secrètement au prêtre seul, telle que l'Eglise catholique l'observe et l'a toujours observée, n'est pas conforme à l'inslilulion et au précepte de Jésus-Christ, mais qu'elle est une invention humaine,... ou que la confession de tous les péchés mortels dont on peut se souvenir,... est nonseulement inutile,... impossible... et qu'elle doit être abolie, qu'il soit anathème !... »
La confession ! Le prêtre, médecin des âmes, ne peut guérir les maladies sans les connaître et il ne peut les connaître sans la confession. Là confession ! Le prêtre
juge, maître de lier ou de délier, doit avant tout connaître des péchés, et par le plus doux des moyens l'accusation volontaire du coupable. La confession! elle est un besoin du cœur humain! L'homme coupable d'un crime et qui le regrette^ cherche partout un ami ou un confident; il éprouve un besoin impérieux de le manifester pour en recevoir le pardon ! Combien de meurtriers se sont faits eux-mêmes les révélateurs conscients ou inconscients de leur forfait, et par suite leurs bourreaux! « De tant de religions dillérentes, disait Voltaire, il n'en est aucune qui n'ait eu pour but l'expiation : l'homme a toujours senti qu'il a besoin de clémence.... La confession des fautes a été autorisée de tout temps, chez presque toutes les nations. On la retrouve en effet dans l'Inde, le Japon, la Grèce, etc.; elle a pour elle le témoignage des philosophes les plus illustres; des plus grands penseurs de l'humanité; » etc. (Voyez Berseaux, Science sacrée, tome III, les sept Sacrements, 536 à 5o8.)
La satisfaction .Alors même que le péché a été pardonné, il reste presque toujours une peine temporelle à subir, soit dans ce monde par des œuvres expiatoires, soit dans l'autre monde par les peines du purgatoire; celte expiation si conforme à la raison se fait par la satisfaction. Le Concile de Trente a frappé d'analhème ceux qui prétendent « que les satisfactions par lesquelles les pénitents rachètent leurs péchés, ne font pas partie du culte de Dieu..., mais ne sont que des traditions humaines...;* que... les prêtres qui imposent des pénitences, à ceux qui se confessent..., agissent... contre l'institution de Jésus-Christ... » Cette pénitence réparatrice dupasse, contirmalive du présent, préservatrice de l'avenir, est éminemment raisonnable, salutaire et douce.
Sa forme. L'absolution! \ oici sa formule révélée: « Que Xotre-Seigneur Jésus-Christ vous absolve de tout lien d'excommunication, de suspension ou d'interdit ; autant que je puis vous absoudre et que vous avez besoin d'absolution ; ensuite je vous absous de vos péchés au nom du Père, du Fils, et du Saint-
Esprit. » «Si quelqu'un, dit le Concile de Trente, affirme (jue l'absolution sacramentelle du prêtre n'est pas l'acte d'un juge, mais celui d'un ministre..., prononçant et déclarant que les péchés sont remis au pénitent qui les accuse, à la seule condition pour lui de se croire absous, qu'il soit analliôme ! »
L'absolution! Quel merveilleux don du ciel ! Lepécheur avait senti, vu, touché son péché, et, par conséquent, sa condamnation. Tant qu'il ne sentira pas, qu'il ne verra pas, qu'il -ne touchera pas son pardon, il sera inquiet, troublé, désespéré. Le pardon par la foi en Dieu, qu'on ne sent pas, qu'on ne voit pas, qu'on ne touche pas, peut n'être qu'une illusion! Condamner l'homme à ce pardon insensible, invisible, palpable, c'est un homicide, une négation insensée de la nature humaine. L'homme est loin d'être un ange ! Aussi, une atmosphère de plomb, un spleen désespérant pèse sur tous les peuples protestants, pour lesquels il n'y a plus d'absolution! Tandis que cette môme absolution fait naître des transports de joie dans- l'âme des pécheurs catholiques les plus désespérés, qui la reçoivent.
Et cette touchante invocation qui suit l'absolnlion! « Que les souffrances de Notre-Seigneur Jésus-Christ, que les mérites de la bienheureuse Vierge Marie et de tous les saints; que toutes tes bonnes œuvres, que toutes tes souffrances patiemment endurées, te servent à acquitter la dette de tes péchés, à augmenter en toi la grâce, et à te mériter la gloire éternelle. Vas en paix et ne pèche plus ! »
A ces mots, Lazare est sorti du tombeau ; l'enfant prodigue est rendu à son père; le pécheur réconcilié avec son Dieu, en paix avec lui-même, le cœur soulagé d'un fardeau énorme, goûte un bonheur qui semblait réservé à l'innocence. L'enfer est fermé sous ses pieds, le ciel est ouvert sur sa tête, les anges se réjouissent, le saint tabernacle s'ouvre, et le divin banquet attend ce frère qui était perdu et qui est retrouvé, qui était mort et qui est ressuscité I
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So^ MINISTRE. C'est le prêtre , délégué de l'Eglise , ayant la juridiction nécessaire, et de plus l'approbation. « Si quelqu'un dit... que les prêtres seuls ne sont pas les minisires de l'absolution... et que chacun deschréliens... pourrait remettre les péchés par une simple correction s'ils sont publics et si le coupable s'y soumet ; par la confession spontanée s'ils sont secrets, qu'il soit anathéme! » [Concile de Trente, session XIV, can. x.) Le saint Concile ajoute, pour enlever au pécheur tout sujet d'inquiétude: « Si quelqu'un dit que les prêtres en état de péché mortel n'ont pas le pouvoir de lier ou de délier, qu'il soit anathème ! » Et, ce qui est infiniment sage, canon xi : « Si quelqu'un dit que les évêques n'ont pas le droit de réserver certains cas... et qu'ainsi la réserve n'empêche pas que le prêtre absolve vaUder ment des péchés réservés, qu'il soit anathème! » « Toutefois,ajoute le concile, il a toujours été pieusement observé par l'Eglise qu'il n'y eût aucun cas réservé à l'heure de la mort, et que tout prêtre peut alors absoudre tout pénitent de quelque péché que ce soit.»
Quoi de plus raisonnable que les cas réservés? Le pécheur comprend mieux la gravité de ses fautes, quand il est obligé d'aller chercher le pardon au loin. Un malade comprend bien mieux la gravité de son étal, lorsqu'il sait que les médecins ordinaires ne peuvent rien pour lui, et qu'il faut recourir, à grand'peine et à grands frais, à des hommes de l'art plus expérimentés!
So-\ SUJET, tous ceux qui, après avoir été baptisés, ont commis quelque péché mortel. « Le sacrement de pénitence, dit le Concile de Trente, est nécessaire au salut pour tous ceux qui sont tombés depuis le baptême, comme le baptême l'est à ceux qui ne sont pas encore régénérés. » Nécessaire de nécessité de précepte et de nécessité de moijen; mais non pas de nécessité absolue, en ce sens, qu'en cas d'impossibilité, il peut être suppléé par. le désir joint à la contrition parfaite.
La raison éclairée par la foi démontre sans peine que, pour tout homme baptisé et souillé de péché, c'est un
devoir, au point de vue naturel et au point de vue surnaturel, de recourir au sacrement de pénitence pour demander au prêtre laguérison du passé et la direction ou des règles d'hygiène spirituelle pour l'avenir, parce que c'est le moyen par excellence de purification, de pacification, de renouvellement, de préservation et de persévérance. (Berseaux, vol. cit., p. 511 et suivantes.) Ses EFFETS. Au point de vue moral. « Institution admirable, dit M. l'abbé Berseaux, page 527, lu es le tombeau du vice, la mère de la sagesse, la nourrice de la vertu, le remède aux maux des mortels. Excellente amie de l'homme, tu fais plus pour le bonheur du genre humain, que les sages les plus renommés et les écoles les plus fameuses. Quiconque aime l'humanité, t'aime nécessairement; quiconque te hait, hait l'humanité.» Au point de vue social (Berseaux, p. 532): « La confession pénètre dans l'intérieur des âmes, et scrute les pensées les plus mystérieuses du citoyen; elle lui rend l'empire de sa volonté lorsqu'elle est dominée par une passion tyrannique; elle veille sur les intentions et les motifs de ses actions pour les épurer, les élever, les ennoblir; elle réveille le remords, pour l'apaiser ensuite par le repentir ; elle voittout, elle entend tout, elle gouverne tout faisant observer non-seulement la loi de Dieu, mais les lois de l'Etat; amie des bons, elle les fortifie; ennemie des méchants, elle condamne leurs œuvres mauvaises ; ■vengeresse inexorable, elle exige satisfaction; guide sûr, elle dirige dans les sentiers divins de la vérité et de la vertu...» «Il est impossible, dillordEitz-William, dans ses belles Lettres à Attlcus, d'établir la vertu, la justice, la morale, sur des bases tant soit peu solides, sans le tribunal de la Pénitence, parce que ce tribunal, le plus redoutable des tribunaux, s'empare de la conscience des hommes, et la dirige d'une manière plus efficace qu'aucun autre tribunal. Or, ce tribunal appartient exclusivement aux catholiques romains... Il existe chez eux des lois d'une autorité impérieuse, qui ne se bornent pas à punir les crimes, mais encore qui les préviennent... Ces lois
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consistent... dans la confession, la pénitence, l'absolulionot la comuiunion. Toute réconomie de l'ordre social tourne sur ce pivot. C'est à ces merveilleux établissements qu'ils doivent leur solidité, leur sécurité et leur bonheur. »
Ses cérémomes. La Pénitence étant le sacrement de la miséricorde, les rites selon lesquels il est administré, doivent respirer la bonté et la clémence divines. Il en est ainsi, et quelle admirable différence entre la procédure des tribunaux civils ou criminels, et celle du tribunal de la Pénitence. D'après les règles inflexibles du droit pénal, le citoyen soupçonné d'un crime est recherché, arrêté, jeté en prison!... Le juge chargé d'instruire son procès use de ruse et d'adresse pour le convaincre, épie ses gestes et ses pas, fouille sa correspondance, cherche à lire dans ses regards et ses démarches ; il appelle des témoins qu'il s'efforce d'intimider pour leur arracher des confidences accusatrices. Le prévenu est traduit devant des magistrats dont le visage austère, le costume imposant, l'attitude grave, etc., indiquent trop qu'ils sont là pour venger la loi ; tout porte à la crainte et même à la terreur, car la victime est là, la société est là, le bien public est là, avec ses autels sur lesquels il faut tout sacrifier... Juridiquement convaincu, le coupable est impitoyablement condamné. La peine est toujours cruelle, la prison, le bagne, la déportation, la mort. Le châtiment infligé n'inspire ni le repentir du passé, ni la confiance dans le présent, ni l'assurance dans l'avenir ; il jette au contraire dans rabattement ou le désespoir. Au tribunal de la Pénitence : le pécheur vient se jeter aux pieds de son juge, librement, de son plein gré, amené par le repentir et l'amour. Il est à la fois l'accusé, faccusateur et le témoin ; c'est à lui seul à se faire connaître, tel qu'il se connaît lui-niême et qu'il est connu de Dieu. Il se confesse à Dieu, à la sainte Vierge, aux saints, au prêtre, qu'il appelle mon Père; au prêtre à qui il est défendu d'articuler un arrêt de condamnation, qui ne peut prononcer qu'une sentence
de grâce, qui relève au lieu d'accabler, qui réliabilile au lieu de- llêtiir, qui impose tout au plus, après le pardon, une peine légère, ayant moins pour Lut de punir que de guérir, qui rend l'enfant prodigue à la société religieuse et civile, après l'avoir rendu digne d'elle et digne de lui-même. Voilà comment les rites divins de la Pénitence transformant le pécheur par leur douce influence et leur efTicacité souveraine rendent à la société les plus immenses services, même au point de vue de ses intérêts temporels.
Objections. La confession est une invention sacerdotale qui date du viii^ siècle! Non, puisqu'on la retrouve dans tous les siècles antérieurs. Non, car celui qui aurait tenté de l'inventer aurait soulevé contre lui une opposition formidable, qui l'aurait fait échouer auprèsdes bons, toujours en garde contre toutes les nouveautés ; auprès des mauvais, qui tous auraient repoussé avec horreur ce joug si insupportable ; auprès des prêtres, pour lesquels elle est aussi un fardeau si lourd et si pénible, qu'ils l'auraient abolie eux-mêmes mille fois,si elle n'avait pas été une institution divine. Si l'inventeur d'une pratique si universelle avait existé, on saurait son nom, son siècle, sa patrie; et l'histoire se lait!..
La confession encourage le crime en facilitant le pardon ! Vain sophisme ! c'est la suppression de la confession qui partout a multiplié les crimes au point d'effrayer les hérésiarques et les peuples ! Leibnilzadit : «La nécessité de la confession détourne beaucoup d'hommes du mal, ceux qui ne sont pas encore endurcis. » Luther n'hésitait pas à dire qu'il aimerait mieux supporter le joug du pape que de consentir à l'abolition de la confession. Œcolampade avouait qu'en supprimant la confession on avait multiplié le libertinage et tous les autres vices, à l'excès. On lit dans la liturgie suédoise : « Lorsqu'on « s'est relâché sans mesure sur les règles prescrites «j)our la confession auriculaire, les célébrations des « fêtes ont été suivies d'un libertinage si affreux, que « tous se croient permis de satisfaire leurs passions. »
Les luthériens de Nuremberg furent si effrayés du débordement de crimes dont fut suivie presque immédiatement l'abolition de la confession, qu'ils envoyèrent une ambassade à Charles-Quint pour le supplier d'en rétablir l'usage. Les ministres de Strasbourg, en 1670, dans un mémoire aux magistrats, émirent le même vœu. Les magistrats, comme l'empereur, répondirent que Ifur puissance n'allait pas jusque-là, et que puisqu'on avait supprimé la confession établie par Dieu, on ne garderait nas celle rétablie par les rois.
Les aveux des philosophes sont non moins écrasants que ceux des hérésiarques et des hérétiques, Marmontel : « Quel préservatif salutaire pour les mœurs de « l'adolescence que l'usage et l'obligation d'aller tous « les mois à confesse! La pudeur de l'humble aveu de « ses fautes les plus cachées, en épargne peut-être un « plus grand nombre que tous les motifs les plus « saints. » « La confession, dit Voltaire, est une chose « excellente, un frein aux crimes invétérés. La plupart
« DES HOMMES, QUAND ILS SONT TOMBÉS DANS DE GRANDS « CRIMES, EN ONT NATURELLEMENT HORREUR. S'iL Y A « QUELQUE CHOSE QUI LES CONSOLE ici-baS, C'EST #
« pouvoir se réconcilier avec Dieu et avec eux-mêmes. » [Lettres sur Olympie.) « Les ennemis de l'Kglise « romaine, qui se sont élevés contre une institution si « nécessaire (la confession), semblent avoir ôté aux « hommes, le plus grand frein qu'on puisse mettre à « leurs crimes secfets. » (Annales de l'Empire.)
Le prêtre peut trahir le secret de la confession ! .lésus-Christ le savait quand il établissait ses apôtres juges, et maîtres de lier et de délier. La sainte Eglise catholique le savait et le sait quand elle définit l'institution divine et la nécessité absolue de la confession ! Eh ! quand cela serait? Quand, dans un moment d'irréflexion, un prêtre aurait dit une parole indiscrète, s'ensuivraitil qu'on ne doive plus se confesser? Le médecin, lui aussi, peut trahir des secrets redoutables qu'on Uii coniie I Cesse-t-on pour cela de lecoesuller? Mais l'histoire es'
KgQ LES SPLEINUEUnS DE LA FOI.
là pour établir que celte crainte est chimérique! Depuis dix-huit siècles, chaque jour, chez toutes les nations chrétiennes qui ont vécu sous le soleil, des milliers de pécheurs se sont confessés à des milliers de prêtres, sans que le secret de la confession ait été violé 1 Peut-il exister un fait plus significatif, pour démontrer que Dieu veille sur les lèvres des prêtres, et que, sous ce rapport encore, le sacrement de Pénitence est véritablement divin?
Le prêtre peut se faire et se fait quelquefois corrupteur au tribunal de la Pénitence ! Cela n'est pas impossible, cela a pu être I qu'en conclure?.. N'abuset-on pas des meilleures choses? Sur douze apôtres il devait y avoir un Judas 1 Le divin Sauveur des hommes devait-il pour cela renoncer à ses apôtres, qui ont converti le monde? Les médecins aussi n'ont-ils pas souvent abusé de leur ministère pour séduire et corrompre? Faut il pour cela anathématiser la médecine et les médecins ? Il est des objections que le respect de l'humanité et une certaine dignité défendent de formuler.
V. Le sacrement d'Extrême-Onctjon. — L'Extrême- Onction est un sacrement institué par Noire-Seigneur Jésus-Christ pour remettre aux malades qui sont en danger de mort les restes de leurs péchés, les guérir des langueurs de l'âme, et même leur rendre la santé lorsqu'elle est expédiente à leur salut. Le moment de la mort est le signal de la crise terrible de l'agonie, du combat, de la grande lutte contre les ennemis de notre salut, les démons, si puissants, si actifs, si nombreux, si habiles, si acharnés. C'est l'extrémité, l'heure où toutes les douleurs physiques et morales arrivent à leur degré suprême, où la vie va se briser contre sa dernière borne. C'est l'heure aussi des dernières volontés, des derniers adieux, du dernier soupir. Le temps fait place à rélernité, le jugement de l'homme au jugement de Dieu; la terre se dérobe sous les pieds du pauvre mou-
rant et le laisse suspendu entre le ciel et l'enfer. Le bon maître, qui pendant toute sa vie avait manifesté une si grande tendresse pour les malades, qui avait su, par expérience, combien la mort est amère, a dû ménager au mourant, un calmant divin, qui rende moins aiguës les souffrances de son corps, ou même le ramène à la vie ; qui remédie aux maux extrêmes de son âme, efface ses dernières souillures, et le défende contre les derniers assauts de l'ennemi. Saint Jacques, premier écho de la bonté infinie de Jésus-Christ, fait allusion au sacrement de l'Extrême - Onction: « Quelqu'un de vous est-il malade ? qu'il appelle les prêtres de l'Eglise ; que ceux-là prient sur lui, qu'au nom du Seigneur ils l'oignent d'huile, et la prière delà foi sauvera le malade; le Seigneur allégera ses souffrances, et, s'il a des péchés, ils lui seront remis. » [Epitre catli.^ v, 13 et suiv.j « Si quelqu'un, dit le concile de Trente, sess. XIV, chapitre T, soutient que l'Extrême-Onction n'est pas en vérité, et dans le sens propre, un sacrement institué par Notre-Seigneur Jésus-Christ, et promulgué par le bienheureux Jacques, apôtre, mais que c'est uniquement un rite transmis par les Pères, ou une invention des hommes, qu'il soit anathème ! » « Si quelqu'un dit que la Sainte Onction des infirmes ne confère pas la grâce, ne remet pas les péchés, et ne soulage pas les malades, qu'il soit anathème! »«Si quelqu'un dit que les prêtres de l'Eglise appelés par saint Jacques auprès des malades pour leur faire l'onction ne sont pas les prêtres ordonnés par l'évêque, mais les personnes les plus âgées de chaque communauté, et qu'ainsi le prêtre n'est pas le ministre propre de l'Extrême-Onction, qu'il soit anathème! »
La matière de l'Extrême-Onction ; l'huile qui adoucit, qui calme, qui fortifie, qui guérit, qui vient de l'olivier symbole de la paix.
Sa forme. En faisant l'onction sur chacun des cinq sens, les yeux, les oreilles, les lèvres, la poitrine, les mains et les pieds, le prêtre dit : « Que le Seigneur, par la vertu de cette onction, et par sa très-pieuse miséri-
58i lES SPLENDEURS UE LA FO).
corde vous pardonne les fautes que vous avez commises par la vue, l'ouïe, l'odorat, le goût et la parole, les ardeurs de la concupiscence^ le toucher, le marcher.» Comment exprimer d'une manière plus simple , plus touchante, plus efficace, l'effet du pardon suprême et universel du sacrement des mourants ?
Son ministre. Le prêtre, et le prêtre seul, qui voudrait procurer au malade sa guérison, qui l'encourage et le console, l'évangélise, le fait rentrer en lui-rnème, le reconcilie avec Dieu ; qui se dévoue et affronte, s'il le faut, les maladies les plus contagieuses, l'angine couenneuse, la petite vérole, le typhus, le choléra, la peste, la rage et ses fureurs; les balles, les obus, les boulets, les combats ! Voilà ce que fait le prêtre catholique et ce qu'il fait seul. Au siège de Sébastopol, un oflicier supérieur de l'armée anglaise disait au père Parabère, et en sa personne à tous les prêtres : « Nos ministres fuient le danger que vous cherchez, ils ont peur du choléra que vous affrontez ! On ne les voit jamais où vous êtes toujours 1 Notre religion ne fait ni prêtres ni sœurs de charité. »
Son sujet. Les fidèles qui sont dangereusement malades, principalement ceux, dit le concile de Trente, qui "sont si gravement atteints qu'ils paraissent être à l'article de la mort : et voilà pourquoi rÈxtrème-Onction est appelée le sacrement des mourants. Il n'est pas nécessaire de nécessité de moyen, sans lequel il n'est point de salut; mais de nécessité de précepte, et de précepte grave. Car c'est une obligation rigoureuse pour l'homme au moment où le terrible arrêt va retentir, tempus non erit amplius, il n'y aura plus de temps! de prendre tous les moyens de faire tomber l'arbre du cjté où il restera toujours.
Ses effets. Dans l'ordre physique : le soulagement et quelquefois la guérison du malade; guérison dontla cause peut être, en partie, la paix et l'espérance rendues à son cœur. Prêtre des derniers sacrements pendant quinze ans dans une grande paroisse de Paris, j'ai vu des
nîalades désespérés, abandonnés des médecins, revenir presque miraculeusement à la vie, après avoir reçu l'Extrêine-Onclion. Dans l'ordre moral, apaisement, merveilleux quelquefois. Dans l'ordre domestique, soulagement de tous les cœurs qui s'élèvent rassurés vers le ciel.
Ses cérémonies. Le prêtre, accompagné d'un petit groupe de fidèles pieux, entre en disant: La paix soit avec vous ! Il chasse les démons, en répandant partout de l'eau bénite; il recommande le chrétien qui souffre à la milice des anges, à l'assemblée des élus; il demande pour lui la santé de l'àme et du corps; il fait sur lui les onctions saintes ; il lui fait baiser tendrement le crucifix, Dieu mort pour lui, et lui donne une dernière indulgence plénière. Puis, si l'agonie commence, il redit les prières les plus touchantes. « Partez, âme chrétienne^ au nom du Père qui vous a créée, au nom de Jésus- Christ qui vous a rachetée, au nom du Saint-Esprit dont vous avez été le temple ; aunom de touslesanges et de tous le sam^s. Aujourd'hui,. soi/e-? dans la paix. » Et les admirables invocations mises dans la bouche du mourant! litanies ardentes et éplorées qui sont, dans la langue de Bossuet, «comme le dernier cri par lequel l'Eglise achève de nous enfanter à la vie éternelle. »
Objections. Il faut craindre d'exciter chez le malade des émotions qui empêcheront l'effet des remèdes et causeront sa mort. L'expérience prouve que ces craintes sont le plus souvent chimériques! Le malade, suivant la promesse de l'apôtre, est presque toujours soulagé et rassuré. Et la foi ne nous fait-elle pas un devoir de nous résigner, s'il le faut, à perdre le corps pour sauver l'âme?
Le malade a toute sa connaissance, demain il sera temps encore ! L'Extrème-Onclion est le sacrement des malades et non le sacrement des mourants. Et n^est-il pas trop heureux que le malade ait sa connaissance, pour mieux assurer son éternité ! Attendez-vous que le malade soit a l'agonie pour faire venir le médecin du corps? L'àme est donc moins que le corps? Désolant matérialisme!
Il faut craindre d'aftliger la famille 1 Affliger la famille, quand le prêtre vient apportant des espérances immortelles, le soulagementdel'àmeetdu corps! Etsi les fausses craintes de la famille font mourir en réprouvé celui qu'elle aime? Si on l'aime, si on le pleure ici où il n'est plus, et qu'il soitéternellementtourmenté là où il est? Qu'il était bienplusraisonnable lecri de foi de nos pères: «Brûlez, coupez, tranchez ici-bas, pourvuque vous nous épargniez dans l'Eternité ! » Accuser la sainte Eglise d'imprudence, de dureté, de cruauté, lorsqu'elle déploie toutes les ardeurs de son zèle, toutes les richesses de sa tendresse pour ouvrir le ciel à celui de ses enfants qui ne tient plus à la terre que par un fil prêt à se briser I Quelle injustice ! Dans l'Extrême-Onction, comme dans les autres sacrements, tout est splendeur !
VI. L'Ordre. — L'Ordre est le sacrement institué par Notre-Seigneur Jésus-Christ, pour constituer le prêtre, pour lui donner le pouvoir et la grâce : de consacrer sou corps et son sang, et de remplir les autres fonctions sacerdotales; dereprésenterJésus-Christetlasainte Eglise, enseigner, dispenser la vie divine, remettre les péchés ; toutes fonctions, évidemment, qu'on ne peut pas exercer sans vocation, sans délégation, sans institution divine!!! « Que personne, dit l'apôtre, n'usurpe cet honneur, s'il n'est appelé de Dieu comme Aaron.» « Introduit dans le sanctuaire sans vocation céleste, dit le concile de Trente, le prêtre ne serait qu'un ravisseur et un intrus!!!» Pour avoir touché sans mission aux choses saintes, Choré est englouti, Saûl est déchu du trône. Jéroboam voit sa main desséchée. Jésus-Christ a institué ses apôtres prêtres, quand il leur a dit : « Toutes les fois que vous mangerez ce pain et boirez ce calice, faites-le en mémoire de moi. » « Tout ce que vous lierez et délierez sur la terre sera lié ou délié dans le ciel. » Lorsque, après leur avoir imposé les mains, il leur a dit : «Allez, enseignez toutes les nations, baptisez-les »
Dans sa session XXIII, le Concile de Trente a formulé
les canons suivants :«Canon I.Si quelqu'un dil qu'il n'y a point dans la loi nouvelle de sacerdoce visible ou extérieur ; ou qu'il n'existe aucun pouvoir de consacrer et d'offrir le vrai corps et le vrai sang du Seigneur, et de remettre les péchés, qu'il soitanalhènie !... Canon II. Si quelqu'un dit qu'il n'y a point dans l'Eglise, outre le sacerdoce, d'autres ordres majeurs et mineurs, par lesquels, comme par autant de degrés on arrive au sacerdoce, qu'il soit anatlième!... Canon III. Si quelqu'un dit que l'Ordre ou l'ordination sacrée n'est pas, vraiment et proprement, un sacrement institué par Noire-Seigneur, et que c'est une invention humaine, qu'il soit analhème !... Canon IV. Si quelqu'un dit que î'Esprit-Saint n'est pas donné par l'ordination, et qu'elle n'imprime pas un caractère, ou que celui qui fut prêtre autrefois, puisse redevenir laïque, qu'il soit anathème!... Canon VI et suivants. Si quelqu'un dit que dans l'Eglise catholique il n'y a pas de hiérarchie divinement ordonnée et instituée, qui se compose de prêtres, d'évêques et de ministres; que les évèques élevés à cette dignité par l'autorité du Pontife romain, ne sont pas de vrais évêques, qu'ils ne sont pas supérieurs aux prêtres, ou qu'ils n'ont pas le pouvoir de confirmer et d'ordonner... ou que le pouvoir qu'ils ont leur est commun avec les prêtres, qu'il soitanalhènie!... »
La matière du sacrement de t Ordre: l'imposition des mains, signe naturel et conventionnel ou humain de la transmission comme de l'exercice de la puissance et de la grâc?. La présentation des instruments propres de chaque fonction : le portier touche les clefs ; le lecteur, le livre de la parole de Dieu ; l'exorciste, le livre des exorcismes; l'acolyle, le cierge, le chandelier et la burette; le sous-diacre, le calice et la patène vides, le livre des épîtres ; le diacre, le livre des Evangiles; le prêtre, la patène avec le pain, le calice avec le vin et l'eau.
Les formes du sacrement de l'Ordre. L'Évêque dit au Portier : « Agissez, comme devant rendre compte à Dieu des objets que ces clefs servent à renfermer !!! » Au Lecteur; « Recevez celivre, soyezl'échodelaparole divine !!!»
tiéij l'ES SPl.ENUZL'nS DE l.A FOI.
A l'Exorciste : «A3'ez le pouvoir d'imposer les mains sur les énergumènes, soit qu'ils aient dûjà reçu le baptême, soit qu'ils comptent encore parmi les catéchumènes 111 » A l'Acolyte : «Recevez le chandelier avec le cierge, el sachez que désormais vous êtes chargé d'allumer les flambeaux de l'Eglise; recevez cette burette afin de fournir au nom du Seigneur le vin et l'eau qui doivent servir à célébrer le mystère eucharistique du sang de Jésus-Christ!!!» Au Sous-Diacre: «Voyez vous-même ces choses (le calice et la patène) dont le ministère vous est confié I!! » Au Diacre: «Recevez le pouvoir de lire l'Evangile dansl'EglisedeDieu, tantpourles vivanlsquepourles morts ! ! ! » Aux Prêtres, en général : « Que tout ce que vous aurez béni, soit béni ; que tout ce que vous aurez consacré et sanctifié,soit consacré et sanctifié!!!» A chacun en particulier, en versant sur les mains l'huile sainte : « Seigneur, par la vertu de cette onction et de votre bénédiction, daignez consacrer et sanctifier ces mains, afin que tout ce qu'elles béniront soit béni, tout ce qu'elles consacreront, consacré et sanctifié au nom de Noire-Seigneur Jésus-Christ. » En lui faisant toucher les vases du sacrifice et. les dons à consacrer : « Recevez le pouvoir d'offrir à Dieu le sacrifice, et de célébrer pour les vivants et pour les morts au nom du Seigneur. »
Le ministre de l'Ordre: l'Evoque qui possède seul la plénitude du pouvoir sacerdotal; pasteur véritable du troupeau de Jésus-Christ.
Syjet de l'Ordre: les hommes seuls ayant reçu le baptême. Mais l'ordination, tout en étant valide, ne sera licite qu'autant que les ordinands n'auront pas encouru certaines irrégularités; qu'ils ne seront pas homicides, ayant concouru volontairement à la mort d'un de leurs semblables; d'une naissance illégitime; atteints d'un défaut corporel notable; esclaves; mal famés, bigames; trop jeunes; sans la science et la vertu suffisantes, etc. Ces réserves comme ces rites sont évidemment trèsraisonnables, trcs-sages et divinement inspirés.
Elevé en général dans un petit séminaire, le lévite.
LA roi ET I..V l'.AISON. 587
avant son ordination, devra passer plusieurs années au grand séminaire, pour éprouver sa vocation, étudier la Philosopliie et la Théologie, acquérir l'esprit de prière, s'exercer peu à peu aux fondions du ministère. Autrefois la sainte Eglise exigeait de l'ordinand qu'il justifiât de ses moyens de subsistance, en établissant ou qu'il jouissait d'un patrimoine convenable, ou qu'il était en possession légitime d'un bénéfice suffisant à son entretien, ou qu'il appartenait à un ordre religieux approuvé. C'étaient les trois TITRES de patrimoine, de bénéfice, de pauvreté. Nous avons exprimé ailleurs le vœu de voir Nosseigneurs les Évêques exiger des sujets qui se présentent sans aucun de ces titres, l'engagement de se consacrer pendant un certain nombre d'années à l'enseignement supérieur, secondaire ou primaire.
Ses effets. Il confère à ceux qui le reçoivent lepouvoir et la grâce nécessaires pour continuer saintement la mission de Jésus-Christ et des apôtres; pour offrir le divin sacrifice, administrer les sacrements, enseigner par sa parole et son exemple; être le sel de la terre et la lumière du monde ; exercer toutes les œuvres de charité et de miséricorde, etc.; et tout cela avec une efficacité divine.
Les cérémonies de l'Ordre. Qu'elle est touchante cette exhortation préliminaire : « Mon fils , pesez avec attention, et pesez encore, les charges que vous demandez à porter. Jusqu'à ce moment, vous êtes libre, mais le sacrement une fois reçu, vous devrez garder la chasteté, et pour toujours, être consacré à l'Eglise... S'il vous plaît de persévérer dans votre résolution, au nom du Seigneur, approchez!...» Le pas est fait, le lévite vient de renoncer à lui-même et au monde. Il tombe, comme frappé de mort, sur le pavé du temple : l'Eglise militante adjure l'Eglise triomphante de l'assister de ses suffrages , et presse le Seigneur de le bénir, de le sanctifier, de le consacrer : a Vénérable Evêque, s'écrie l'Archidiacre, notre mère la sainte Eglise demande que vous imposiez à ce diacre
„ LES SPLENDEUnS DE LA FOI.
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que nous vous présentons, la charge de la prêtrise.» «Et vous saurez qu'il en est digne. » (!C Autant (jue la fragilité humaine permet cette connaissance, je sais et j'atteste qu'il est digne. »« Rendons grâces aDieu,ditrEvêque!» Puis il consulte le peuple, et, si aucune opposition ne s'élève, il impose les mains sur l'élu. Après quoi, tous les prêtres présents étendent leur main droite sur la tête de l'ordinand, et, après une préface sublime, où l'origine et l'histoire du sacerdoce sont résumées, le pontife assis le revêt de l'étole et de la chasuble,en disant : « Recevez l'habit sacerdotal, symbole de la charité; que Dieu l'augmente en vous, et la rende féconde en œuvres parfaites. » Puis, après l'onction et la consécration des mains, la remise des vases sacrés, etc., le nouveau prêtre célèbre avec l'Evêque les redoutables mystères et communie avec lui, pendant que le chœur chante: «A partir de ce jour, je ne vous appellerai plus serviteurs; JE vous NOMMERAI MES AMIS. » Après la communioQ sous les deux espèces, l'ordonné, debout devant l'autel» récite à haute voix le Symbole des apôtres, puis fléchit les genoux, tandis que le pontife, lui imposant de nouveau les mains, lui dil:^ Recevez le Saint-Esprit! Les péchés que vous remettrez seront remis et ceux que vous retiendrez serontretenus 1... »Lachasuble de l'ordinand encore relevée se déroule sous la main de l'Evêque qui lui dit d'abord : « Que le Seigneur vous revête de la robe d'innocence. » Puis, en lui prenant les mains : « Me promettez-vous à moi et à mes successeurs, respect et obéissance? » Et en l'embrassant, après qu'il a dit: Je promets!!! « Que la paix du Seigneur soit toujours avec vous!» Tout estconsommé! Et qui pourrait nier que ces témoignages du Seigneur ne sont pas croyables à l'excès? Splendeur!
VIÏ. Le sacrement de mariage. Le mariage est un sacrement qui consacre l'union de l'homme et de la femme, et leur confère la grâce nécessaire pour se sanctifier dans leur état. Il est de foi que le mariage est un vrai sacrement de la loi nouvelle, institué par Notre-SeigneuF
l.A FOI ET L\ RAISON. goy
Jésus-Clirist. L'apôtre saint Paul écrivant aux Épbésiens, leur dit: « Maris, aimez vos femmes, comme Jésus-Christ a aimé son Eglise... L'homme quittera son père et sa mère, et il s'attachera à son épouse ; et ils seront deux en une seulechair...Ce sacrementest grand dansleChrist et dans l'Église. » Le concile de Trente trouve dans ce passage la preuve que le mariage est un vrai sacrement : « C'est le même Jésus-Christ, l'auteur et le consommateur de nos augustes sacrements qui, par sa passion, nous a mérité la grâce nécessaire pour perfectionner cette union naturelle, pour affermir cette union indissoluble et sanctifier les époux. Et c'est ce que l'apôtre saint Paul a voulu donner à entendre, quand il a dit: « Ce^sacrement, je le dis, est grand en Jésus-Christ et en l'Église. »... Le mariage, dans la loi évangélique, l'emportant, sur les mariages anciens, par la grâce qui vient de Jésus-Christ, c'est avec raison que les saints Pères, la tradition de l'Église universelle et les conciles ont enseigné de tout temps, à le mettre au nombre des sacrements d«la nouvelle loi. » (Session XXIV.) Le saint concile ajoute : « Si quelqu'un dit que le mariage n'est pas vraiment et proprement un des sept sacrements institués par jXotre-Seigneur Jésus-Christ, mais que c'est une invention des hommes dans l'Église, qu'il soit ana- Ihème ! » (Session XXIV, canon i.)
Rien de plus conforme à la raison éclairée parla foi. En effet, ce n'est pas trop d'une grâce particulière accordée aux époux pour accomplir, l'un à l'égard de l'autre, les nouveaux devoirs dont ils contractent l'obligation, et sans l'accomplissement desquels la société conjugale ne pourrail pas subsister; pour donner à leurs enfants la naissance MÊxME et l'éducation physique, à plus forte raison pour donner à leurs enfants une éducation chrétienne ; pour en faire à la fois de fidèles enfants de l'Église et des élus pour le ciel. Quel courage, quel dévouement, quel héroïsme il faut : si l'ouest riche, pour se résigner avoir sa fortune morcelée par le partage entre un grand nombre d'enfants ; si l'on est pauvre, pour ne pas se demander où
l'on puisera pour nourrir el vèlir une famille nombreuse; riche ou pauvre, pour élever jusqu'à l'âge de vingt ans un enfant qui, peut-être, sera une source incessante de chagrins cruels. La société domestique n'est-elle pas la base et le fondement de la société publique? N'est-ellô pas le sanctuaire où se forment les générations, et auquel l'homme appartient à tous les titres, de père, de mère, d'époux, d'épouse, d'enfant, de frère, et de sœur? Contester la nécessité d'un sacrement qui aide les époux à atteindre les fins si saintes, si multiples, si imposantes du mariage ; prétendre que l'amour conjugal, paternel et maternel suffiront atout, ce serait une folie! L'histoire nous montre partout, en dehors du christianisme, nonseulement dans l'antiquité, mais encore aujourd'hui, la polygamie, le divorce, le meurtre ou l'abandon des enfants, etc., etc.
Matière du sacrement de mariage. C'est le contrat formé par le consentement mutuel des époux, ou la manifestation sensible de ce consentement. Là où ce contrat est nul, le sacrement de mariage n'est pas conféré. Les conditions essentielles de ce contrat sont l'unité, V indissolubilité ^ la légitimité.
1** Unité ou monogamie. Dieu n'a créé qu'un seul homme, etàcet homme unique il a donné une seule feajme, en lui disant: L'homme quittera son père et sa mère, et il adhéreraàson épouse etilsserontnonplusdeux,maisun dans une seule chair. Et quand Jésus-Christ voulut réformer le mariage, que les passions avaient profondément dénaturé, il ne fit que rappeler aux juifs ce qu'il était à l'origine. «Si quelqu'un, dit le concile de Trente, affirme qu'il est permis aux chrétiens d'avoir en même temps plusieurs femmes, et que cela n'est défendu par aucune loi divine, qu'il soit anathème ! ►> (Sess. XXIV, canon ii.) Quoi de plus conforme à la nature et à la raison (jue la monogamie? Ouoi de plus homicide que la polygamie? 1° Elle détruit dans le mariage l'égalité entre l'homme et la femme ; chacune des femmes se donne en elh't à l'homme tout entière, tandis que, partagé entre plu-
l.\ FOI ET LA RAISON. gO i
sieurs, l'homme ne se donne qu'en partie. 2° Partout où la polygamie règne, la femme est esclave , elle est considérée, non pas comme une personne, mais comme une chose, comme un instrument de travail et de plaisir; comme une bête de somme, qui entre dans le commerce, que l'on peut acheter et vendre. 3° Ce n'est pas trop d'un seul homme pour élever les enfants qu'une seule femme lui donne. Et, sous le régime de la polygamie, on voit sans cesse l'enfant répudié par ses parents qui en font moins de cas que les animaux de leurs petits. 4° La polygamie est une source perpétuelle de déchirements et de convulsions domestiques, comme le prouve trop éloquemment l'histoire des Harems. Par le fait général de l'égalité numérique des hommes et des femmes. Dieu signilie nettement qu'il ne destine qu'une seule femme à chaque homme. La polygamie, en donnant plusieurs femmes à un seul homme, condamnerait un certain nombre d'hommes à ne pas se marier, et les priverait de l'exercice d'un droit qu'ils tiennent de la nature; elle serait l'apanageexclusif du riche qui seul, grâce à ses revenus, peut se donner tout un sérail. On ne saurait alléguer en faveur de la polygamie les arguments illusoires du bonheur et de la propagation de l'espèce humaine. En effet, il n'y a pas d'homme à qui Dieu ait voulu donner plus de bonheur qu'à Adam sorti de ses mains innocent et pur; et il n'y a pas eu d'époque à laquelle la propagation du genre humain fût plus nécessaire qu'à l'origine du monde ; et cependant Dieu ne donna à Adam qu'une seule compagne. D'ailleurs, en Turquie, où la polygamie règne, il y a, proportions gardées, moins d'habitants qu'en Europe.
â" Indissolubilité du contrat. Jésus dit aux pharisiens : « Que l'homme ne dépare pas ce que Dieu a uni...» (Matth. XIX, 6.)«Quiconque renvoie sa femme et en épouse une autre, et quiconque épouse celle que son mari a répudiée, commet l'adultère. » (Luc, xvi, 19.) Saint Paul a dit à son tour : « Quant à ceux qui sont mariés, ce n'est pas moi mais le Seigneur qui leur fait ce
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commandement : « Que la femme ne se sépare point de son mari. Elle £st liée par la loi de mariage à son mari pour tout le temps qu'il est en vie. » {Epît. aux Coloss. VII, 10 et suiv.) Le concile de Trente a formulé l'anathème suivant : « Celui qui dit que l'Eglise est dans l'erreur quand elle enseigne , comme elle l'a toujours enseigné, suivant la doctrine de l'Évangile et des apôtres, que le lien du mariage ne peut être dissous à cause de l'adultère de l'une des parties ; que ni l'une ni l'autre partie... ne peut contracter un autre mariage du vivant de son conjoint; que le mari qui ayant renvoyé sa femme adultère en épouse une autre, commet lui-même un adultère, ainsi que la femme qui, ayant quitté son mari adultère, a contracté un second mariage, qu'il soit anathème ! » (Canon vu.) « Si quelqu'un dit que le lien du mariage peut être rompu pour cause d'hérésie, de cohabitation par trop onéreuse, ou d'absence affectée de l'une des parties, qu'il soit anathèmel » (Canon v.)
Cette loi de l'indissolubilité repose à la fois, évidemment, sur la nature de Dieu, sur la nature de l'homme, sur la nature de la société domestique et civile. L'indissolubilité est l'un des caractères de la famille divine de la très-sainte Trinité, type de la famille humaine. En faisant Eve d'une côte d'Adam, Dieu n'a-t-il pas voulu signifier que l'homme et la femme sont moins deux qu'un , qu'ils sont indivisibles et inséparables. Un des grands buts du mariage, c'est l'éducation des enfants; or ce sera toujours un grand malheur pour les enfants qui suivront le père, de vivre loin de la sollicitude de la mère, et ceux qui suivront la mère, de vivre loin de la tutelle et de la protection du père. S'il n'y a pas partage des enfants, ne seront-ils pas en général moins bien élevés par un seul qu'ils ne l'auraient été par tous deux.
Un second but du mariage, c'est l'assistance mutuelle des époux : s'ils savent qu'ils pourront se séparer, ils apporteront moins d'attention à examiner s'ils se conviennent; ils s'aimeront moins, s'ils ne peuvent pas compter sur la perpétuité de leur amour; ils finiront par
douter l'un de l'autre, s'ils sentent que le caprice et la passion peuvent briser à chaque instant les liens qui les unissent.
Rien déplus facile, d'ailleurs, que d'établir avec certitude les propositions suivantes. Le divorce, chez les nations chrétiennes, n'a jamais été érigé en loi, qu'aux époques de révolte ou de décrépitude. Il n'est au fond qu'un concubinage légal; qu'une concession honteuse faite à la volupté, aux dépens da devoir. Userait une source continuelle de divisions entre les époux, les familles et les enfants. En séparant Thomme et la femme sans leur laisser d'espoir de rapprochement, il ne peut qu'engendrer des haines implacables, en même temps qu'il anéantit tout sentiment de piété filiale dans le cœur de l'enfant qu'il sépare du père ou de la mère. L'histoire démontre que la population décroît en raison de la facicililé des répudiations. Une loi qui autoriserait le divorce sans une viveopposition et sansdesréclamations ardentes de la nation, serait un des symptômes les plus elTrayants de sa dégradation. La sainte Eglise a donc été très-sage quand elle a repoussé toute pensée de divorce, pour incompatibilité d'humeur, pour slérihté de l'union contractée, pour adultère d'un des époux, et même pour attentat par un des époux à la vie de l'autre. Mais elle s'est montrée admirable et conciliante à la fois ; elle a pourvu à la sécurité des personnes, en permettant la séparation quanta l'habitation, et elle a pourvu à la stabilité du mariage en maintenant le lien, vinculum. Lms. Pharisiens qui lui demandaient comment Moïse avait pu permettre au mari de répudier sa femme, Jésus- Christ avait répondu : « à cause de la méchanceté de votre cœur ; mais il n'en était pas ainsi au commencement, et il n'en sera plus ainsi désormais. »
3" La légitimité du contrat. Il doitêtre à la fois valide et licite, c'est-k-dire qu'il ne doit pas être contracté en présence des empêchements formulés par l'Église. Si l'empêchement est dirimant, le mariage est nul, invalide. Si î'empéchemenl est seulement prohibitif, le mariage est
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valide, mais illicite. C'est un dogme catholique, un article de foi, que l'Église peut, en vertu d'un pouvoir qui lui est propre, établir ces deux sortes d'empêchements. « Si quelqu'un dit que les causes matrimoniales ne sont pas du ressort du tribunal de l'Église, qu'il soit anathème!» [Concile de Trente, sess. \X.l\ , ca.n. ii.) «Si quelqu'un dit que l'Église ne peut pas constituer d'empêchements matrimoniaux dirimants, ou qu'en les constituant elle peut se tromper, qu'il soit anathème ! » (Canon ii.) La Bulle Auciorem fidci, du 2.8 août 1794, adressée par Pie VI à tous les fidèles, et qui a été reçue par toutes les Églises, sans réclamation, condamne comme hérétiques et comme contraires aux canons du concile de Trente les doctrines du concile de Pistoie, où l'on soulenait quele droit d'apporter des empêchements dirimanis au contrat de mariage, n'appartient originairement qu'à la puissance civile. Elle déclare que l'Eglise a toujours pu et peut, en vertu d'un droit qui lui est propre, établir des empêchements, qui non seulement arrêtent le mariage, mais le rendent nul.
« Et qu'ils sont sagement formulés les empêchements de l'Eglise ! L'erreur : il est par trop évident que l'erreur substantielle sur la personne vicie à sa source le consentement et rend le contrat nul. La condition : épouser une personne esclave quand on croyait épouser une personne libre, est une erreur substantielle. Le vœu solennel de chasteté : prononcé après toutes les épreuves canoniques, ce vœu constitue la vocation divine : convient-il de laisserune porte de derrière à ceux qui se sont élancés tans la carrière du dévouement et du sacrifice? La parenté : les dangers de la consanguinité sont énormes 1 « C'est une règle commune chez toutes les nations, dit M. Troplong, que le sang a horreur de lui-même dans le rapport des sexes ; c'est par un sang étranger qu'il veut se perpétuer pour ne pas dégénérer. » Le crime : le meurtre et l'adultère sont de très-grands crimes ! Ce serait les encourager et les multiplier que ne pas déclarer nul le mariage entre deux personnes qui s'en seraient rendues
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coupables. La disparité de culte ou la différence de religion : le but du uiariage est la sanctification des épouxetl'éducalion chrétienne des enfants ;or, un chrétien s'unissant à un infidèle, surtout en pays infidèle, ne s'exposerait-il pas à se perdre? aura-t-il assez d'influence sur l'infidèle pour obtenir que son enfant soit chrétien? Ces mêmes raisons si graves tendent à empêcher les mariages entre les catholiques et les hérétiques, mais l'Eglise ne les déclare pas nuls, elle les fait seulement illicites. La violence : si la liberté doit présider à tous les actes humains, elle doit à plus forte raison présider au mariage, qui est l'un des actes les plus importants de la vie. UOrdre : la mission du prêtre est sublime et divine, il fallait le mettre dans l'heureuse nécessité de ne jamais penser au mariage, et le défendre efficacement contre la séduction. Le lien ; s'il ne doit y avoir dans la famille qu'un mari et qu'une femme, il est évident que le lien d'un premier mariage doit être un obstacle absolu au second. La folie : un aliéné ne peut ni contracter mariage validement, librement, ni en remplir les obligations. Valliance et l'affinité : les époux qui ne font plus qu'un dans une seule chair, doivent être considérés comme membres de la famille à laquelle ils s'allient. la clandestinité : partout et toujours le mariage a été accompagné de cérémonies publiques. Il est, en efïet, de la plus haute importance que les mariages qui se contractent reçoivent une publicité légale. L'impuissance : celui qui ne peut pas atteindre le but essentiel du mariage, peut-il le contracter validement?
DànssasLettressur l'histoire de la terre et de l'homme, .tome I, page 48, Deluc a dit très-sagement et très-savamment : « La religion a rendu le plus grand service au genre humain, en portant sur le mariage une loi sous laquelle la bizarrerie des hommes est forcée de plier: -et ce n'est pas là le seul avantage d'un code fondamental de morale auquel il ne leur est pas permis de toucher.
En faveur des lois fondamentales du mariage, comme en faveur de chacun de ses empêchements dirimants ,
l'Eglise peut invoquer le témoignage delà tradition iiniverseile ; car, au milieu des ténèbres les plus profondes de l'humanité, on entrevoit la lumière; car, à côté delà réalité lamoins parfaite, on devine le sentiment de l'idéal chrétien.
Les effets du sacrement de mariage. Partout avant le christianisme, le mari a été un tyran, la femme une esclave, l'enfant une victime. L'épouse était fatalement réduite à subir la tyrannie du mari; l'enfant, la cruauté du père et de la mère. Le père était invinciblement entraîné à exagérer l'autorité, la mère à la secouer ou à l'usurper, l'enfanta s'y soustraire. Le christianisme a fait rentrer l'autorité paternelle dans ses limites naturelles, en la subordonnant à l'autorité divine, à la loi du dévouement et du sacrifice. 11 maintient la femme dans sa sphère, en lui faisant un devoir d'obéir au mari; il fait un devoir à l'enfant de respecter l'autorité de son père» et de pas oublier les gémissements de sa mère. lia réhabilité la famille en la rattachant à l'ordre divin ; en lui montrant dans la famille divine le type qu'elle doit reproduire ; en lui proposant comme modèle la sainte famille de Nazareth, Joseph, le vrai modèle du père, Marie, le vrai modèle de la mère, Jésus, le vrai modèle de l'enfant ; en condamnant toutes les sectes hérétiques ou philosophiques qui ont nié les lois éternelles, en dehors desquelles il n'y a pour elles que dégradation et misère ; en rappelant sans cesse à ses devoirs chacun de ses membres : au père, qu'il doit à ses enfants l'éducation physique ; à la mère, qu'elle doit élever et nourrir ses enfants elle-même autant que possible, et leur prodiguer les soins les plus tendres ; à l'enfant, qu'il doit, comme l'Enfant Jésus, dans la soumission à son père et à sa mère, croître en âge, progrès physique ; en sagesse,, progrès intellectuel ; en grâce, progrès moral, devant Dieu et devant les hommes.
Les cérémonies du sacrement de mariage. C'est d'abord la cérémonie des Fiançailles, dans laquelle, quarante jours avant le mariage, l'Eglise bénit la
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promesi^e que les fiilnrs ôpoiix se font de s'unir. Le jour du mariage arrivé, les époux portés par les vœux de leurs parents et de leurs amis, s'agenouillent aa pied de l'autel. Leur propre pasteur, qui connaît toutes ses brebis par leurs noms, et les aime, s'avance et leur rappelle la sainteté des engagements qu'ils vont contracter par serment, en présence de Dieu, de ses anges et de la foule assemblée ; les nouvelles vertus qu'ils devront pratiquer pour se rendre mutuellementheureux ; le grand but du mariage, leur sanctification et celle de leurs enfants ; le terme auquel ils doivent aboutir, le ciel, qui doit réunir àjamaisdans unmêmebonheur ceuxque des liens si puissants et si doux auront unis sur la terre. Après les avoir ainsi exhortés.ilbénillapièce de monnaie qui représente la dot de la jeune épouse, et l'anneau que l'époux passera à son doigt en signe de l'union qu'ils contractent. Enfin, pendant que les époux se donnent la main, il les unit et les bénit en faisant sur eux le signe de la croix. Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.
Objections. Le mariage est un contrat purement civil! — Non, Jlonlesquieu établit que dans tous les temps et dans tous les lieux, la religion a présidé au mariage ; qu'il a toujours étél'objetd'une bénédiction particulière; que c'est à la religion de décider si le lien sera indissoluble ou non.
L'Eglise n'a rien à y voirl — Si, évidemment! puisque le mariage est un sacrement de la nouvelle loi. Si, puisque l'Eglise infaillible affirme dogmatiquement le contraire ! On peut, par un abus de la liberté , séculariser le mariage, la famille et l'État; mais l'individu, la famille et l'État, placés bon gré, malgré dans l'ordre surnaturel parla Rédemption, n'en relèvent pas moins de la loi éternelle et divine, et par là même de l'Eglise, seule interprèle officielle et infaillible de cette loi.
L'Eglise ne peut opposer au mariage aucun empêchement dirimant! — C'est faux, absolument faux! Société divine et infaillible établie par Jésus-Christ, directrice divine de l'humanité, l'Eglise a le double pouvoir et de
formuler des empêchements, et d'en dispenser quand elle le juge à propos. « La nature déchue, laissée à elle-même» ne sera jamais que ce qu'elle a été, vouée à la barbarie. Le mariage civil tend fatalement à mettre la civilisation en péril, à dégrader l'humanité qu'elle sépare de son principe régénérateur et sanctificateur. Il est un pas vers l'animalité, tandis que le mariage chrétien est un pas vers la divinité. Si l'attrait qui rapproche les deux sexes était abandonné au délire des sens, la dégradation de l^espèce serait bientôt en proportion de sa dépravation. » (Troplong, de l'Influence du christianisme sur le droit civil, chapitre vu.) «La sécularisation du mariage, son usurpation par l'autorité civile est, disait Mirabeau, le plus grand attentat de la puissance politique contre la puissance civile. x>
L'Eglise n'a établi des empêchements au mariage qu'afin de se créer des revenus, eu faisant payer les dispenses! — Odieuse calomnie! Odieuse calomnie! Toute administration civile ou religieuse a le droit el le devoir de vivre aux dépens de ses administrés. L'Eglise ne fait que ce que font tous les pouvoirs établis, quand elle dit à ses sujets : Je vous dispense d'observer l'ordre tel que je l'ai réglé, mais à la condition que par une aumône vous concourrez au maintien et au triomphe de l'ordre.
L'Église par ses prohibitions attente à la liberté ! — Elle y attenterait en tout cas au nom de Dieu qui est le maître souverain I 3Iais non 1 elle n'attente pas à la liberté ; elle la règle, elle la détourne du mal, et fait qu'on n'en use que pour le bien. La vérité éternelle l'a dit : Si votre liberté n'est pas celle de Jésus-Christ, vous ne serez pas vraiment libre. Tout concourt à démontrer la vérité du christianisme : les Splendeurs de la foi, les faits de l'histoire, les profondeurs de l'âme, les entrailles de la terre, la magnificence de ses dogmes, la sainteté de sa morale, l'efficacité de son culte, son inlluence civilisatrice, etc., etc. Rien de plus heureux et de plus glorieux, par conséquent, que d'obéir à ses lois.
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Chapitre Treate-Ctnquième. — Le célibat et les ?œux de religion. — L'Évangile nous montre trèsclairement que l'appel au célibat entrait dans les vœnx de Jésus-Christ. Etïrayés de ce qu'il proclamait hautement l'indissolubilité absolue du mariage, ses disciples lui dirent: «Si telle est la condition de l'homme à l'égard de sa femme, il n'est pas bon de se marier. >^ Jésus alors leur dit: «Tous ne comprennent pas cette parole, ceux-là seulement comprennent qu'il est meilleur de ne pas se marier, à qui il a été donné de le comprendre... Il en est qui se sont faits eunuques (qui ont renoncé au mariage), à cause du royaume des cieux. ^Ceux-là ont choisi la meilleure part).» Unjour quesaint Pierre s'écriait : « Nous avons tout quitté et nous vous avons suivi, quelle sera notre récompense?» Jésus-Christ répond : «Celui qui aura quitté sa maison..., sa femme... à cause de moi, recevra le centuple.» On voit même Jésus-Christ imposer cet abandon de tout à quelquesuns de ses disciples comme une condition indispensable du salut. Saint Paul, à qui lesloisévangéliques lurent directement révélées par Jésus-Christ, dit de la manière la plus explicite (/Cor. , vu, I et suiv.): «Il est avantageux à l'homme de ne toucher à aucune femme, et je voudrais que vous fussiez tous comme moi !... Mais chacun a sa voie particulière... Je dis à ceux qui ne sontpas mariés... qu'il leur est avantageux de rester ainsi, comme moimême... Celui qui est sans femme, met sa sollicitude dans les choses du Seigneur..; comment il plaira au Seigneur. De même, la femme non mariée et la vierge pensent aux choses qui sont du Seigneur, afin d'être saintes de corps et d'esprit ; tandis que celle qui est mariée pense aux choses du monde, comment elle plaira à son mari... Celui qui marie sa fille vierge fait bien,
ET celui qui ne LA MARIE PAS FAIT MIEUX. »
Conformément à la doctrinedeJésus-Christ et des apôtres, les anciens Pères et les docteurs de tous les temps ont exalté a l'envi la continence et le célibat, comme quelque chose de plus parfait, de plus digne, aux yeux
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de la religion, que l'état du mariage, affirmant unanimement qu'il est meilleur et plus heureux de demeurer dans la virginité ou le célibat que de se marier.
Résumant et définissant la doctrine évangélique et la tradition, le concile de Trente a formulé les deux canons suivants (sess. XIV), Canon ii:« Si quelqu'un dit quel'état de mariage doit être préféré à l'état de virginité ou de célibat; ou qu'il n'est pas meilleur ou plus heureux de demeurer dans la virginité ou le célibat, que de s'urir par le mariage, qu'il soit anathèmel» Canon ix : « Si quelqu'un dit que les clercs qui sont dans les ordres sacrés, ou les réguliers qui ont fait profession solennelle de chasteté peuvent contracter mariage; et que ceux-là peuvent se marier qui ne se sentent point le don de chasteté, encore qu'ils en aient fait vœu, qu'il soit analhéme 1 car dieu ne refuse point ce don à ceux qui
LE DEMANDENT COMME IL FAUT, ET NE PERMET PAS QUE KOUS SOYONS TENTÉS AU-DESSUS DE NOS FORCES. »
L'inconnue, c'était la bonté et la possibilité du célibat et de la virginité...; le connu, c'est la divinité de Jésus- Christ et de sa sainte Église. Jésus-Christ et l'Église ont affirmé la bonté et la possibilité du célibat, l'incoanue est donc dégagée!
La cause, hélas I si impopulaire et si incomprise aujourd'hui, du célibat du clergé régulier a été plaidée si savamment et si victorieusement par M. l'abbé Berseaux dans la Science sacrée (tome IV, p. 60 et suivantes), que je me borne à esquisser très rapidement son glorieux plaidoyer. « Tous les peuples, a dit M. le comte de Maistre, ont crié qu'il y a dans la continence quelque chose de céleste qui exalte l'homme et le rend agréable à la divinité, que, par une conséquence nécessaire, toute fonction sacerdotale, tout acte religieux, toute cérémonie sainte s'accorde peu ou ne s'accorde pas avec le mariage.» [Du Pape.) Interrogées sur ce point, la Judée, l'Inde, la Perse et l'Arabie, l'Egypte, la Grèce, Rome, les nations barbares parlent absolument le même langage... Les philosophes, Pythagore, Plutarque, etc., ont
pensé comme le peuple. Si la gentilité est sur ce point d'accord avec l'Église, les sages, d'accord avec les Pères, Athènes avec Jérusalem, n'est-ce pas que le célibat est une institution sage et sainte? Un consentement universel suppose une cause universelle; or il n'y a dans le monde que deux causes universelles, Dieu et la Nature; donc le célibat des personnes consacrées à Dieu re^)ose sur un fondement divin.
Et que de raisons intrinsèques militent en faveur de cette grande vérité! 1° Le prêtre est le représentant de Jésus-Christ, or le Christ a vécu vierge. 2,° Jésus-Christ a voulu naître .d'une vierge. Si le grand mystère de l'Incarnation s'est accompli par le ministère d'une vierge, n'est-il pas conve^nabie que le ministère de la divine Eucharistie, qui est ia continuation, l'extension de l'Incarnation, s'accomplisse par le ministère d'un sacerdoce vierge ? 3° Le prêtre est le pontife chargé d'offrir à Dieu le double sacrifice de la prière et de l'Eucharistie ; sous ce double rapport il est bon qu'il garde la conlineDce. Origène disait: «Il n'appartient qu'à celui qui s'est dévoué k une chasteté perpétuelle, d'offrir le sacrifice perpétuel. 4° Le prêtre est la lumière du monde, il doit enseigner et défendre la vérité ; et pour enseigner et défendre la vérité, il faut qu'il la connaisse ; pour la connaître, il faut qu'il l'étudié; pour l'étudier, il faut des livres, du loisir, une solitude relative! Or tout cela est presque impossible pour le prêtre marié ! L'expérience justifie la théorie : elle atteste que la chasteté dispose l'esprit à la perfection des opérations intellectuelles. Les hommes, en elfet, qui ont le plus brillé par leur science, dans l'antiquité et dans les premiers siècles de l'Église, sont tous sortis des rangs du célibat. 5° Le prêtre n'est pas seulement le docteur de l'àme humaine: après l'avoir éclairée et encouragée à la vertu, il doit la déterminer par son exemple; et, sous ce rapport encore, de quelle immense utilité le célibat ne sera-t-il point? C'est évidemment l'institution du célibat, et l'honneur dont le christianisme a environné la virginité, qui ont
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arraché le vieux monde a la poiirriliire. Il fallait ces divins excès pour prouver à l'homme, esclave des sens, que la chair pouvait être domptée. 6" Le prêtre catholique est un envoyé céleste qui doit exercer l'empire de Jésus-Christ: Pour exercer cet empire avec fruit, il faut de la considération, de l'indépendance, le courage de s'écrier : Il n'est pas permis 1 Nous ne pouvons pas ! Or ôtez le célibat, et ces qualités glorieuses n'existent plus! Il n'y aura plus personne pour venir au secours de la vérité divine opprimée 1 Voyez plutôt le protestantisme 1 Du jour où il a demandé ou accepté le mariage des prêtres, il a laissé le pouvoir civil étendre une main sacrilège sur les vérités révélées, rédiger et imposer des symboles. 7° Le prêtre est un homme public qui doit se dévouer à l'humanité tout entière; or le prêtre célibataire peut seul faire le sacrifice entier de son temps, de sa fortune, de sa vie. La nature crie sans cesse à l'oreille du prêtre marié qu'il doit tout, et ses biens et sa vie, à ceux auxquels il a donné le jour! Aussi, dans les annales du clergé chrétien, on trouve partout chez le prêtre vierge le dévouement; chez le prêtre marié, le lâche abandon des âmes. Et puisque le célibat des prêtres, à quelque point de vue qu'on l'envisage, est absolument nécessaire, et éminemment bienfaisant, la religion qui impose seule le célibat à ses ministres, est la seule religion divine, la religion de Jésus-Christ.
Mais : 1° l'observation du célibat est impossible! — Dieu a dit le contraire à saint Paul : Ma grâce te suffît. Et la preuve irrécusable de la possibilité de la continence, c'est qu'elle a été universellement gardée dans l'Eglise! Non seulement la continence est possible, mais elle est facile, très-facile à ceux qui la veulent sérieusement. Housseau lui-même a dit : « Cette nécessité des rapports sexuels est chimérique, et connue seulement des gensde mauvaise vie. Tous ces prétendus besoins n'ont pas leur source dans la nature, mais dans la volontaire "dépravation des sens. » Saint Augustin a dit une grande vérité :. « Il est bien plus aisé de s'abstenir aue d'user avec mode-
ration. » C'est un fait constant qu'il y a bien pins loin du célibat à la fornication, que du mariage à l'adultère.
2^' Mais il y a des infractions et des désordres secrets 1 — Qu'importe, puisqu'ils n'apparaissent que de loin en loin, comme des nuages légers dans un ciel serein. Il y a des infractions au célibat, comme il y en a à la fidélité conjugale; comme il y en a pour tous les engagements les plus sacrés de la terre. Malgré ces infractions, le célibat ne cesse pas d'être l'institution la plus élevée en ellemême, et la plus salutaire dans ses résultats. Voltaire n'hésitait pas à dire : « La vie séculière a toujours été plus vicieuse que celle des prêtres, mais les cfésordres de ceux-ci ont toujours été plus remarquables par le contraste avec la règle. »
3° L'Eglise par le célibat fait de ses prêtres autant de victimes de sa tyrannie! — Jamais l'Eglise n'a forcé personne à faire vœu de chasteté. Elle sait qu'une fois émis le vœu ne peut être observé que par la persévérance dans une résolution courageuse, aussi ne fait-elle appel qu'aux âmes de bonne volonté, aux violents!
Elle craint souverainement les engagements téméraires, et ménage plusieurs années de réflexions et d'épreuves à ceux qui veulent se vouer à la virginité.
4° Le joug est bien plus tyrannique encore, l'esclavage plus dur, pour les habitants du cloître ! — C'était l'accusation mensongère du xviii^ siècle. Une mémorable expérience vint bientôt dévoiler la calomnie: les portes des couvents furent brisées et les religieuses déclarées libres de sortir! Mais il fallut recourir à la violence pour les arracher à leur solitude bénie; elles préférèrent le martyre à la liberté, la mort au parjure !
o" Si chacun se vouait au célibat, que deviendrait le genre humain ? — On pourrait se contenter de répondre : Si tous gardaient la continence dans le mariage ou se condamnaient au veuvage, que deviendrait le genre humain ? Il n'est pas plus à craindre que tous se vouent au célibat qu'il n'est à craindre que tous soient continents dans le mariage. La virginité est
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une chose difficile et parce qu'elle est difficile, elle est forcément rare : Jésus-Christ a dit lui-même que trèspeu la comprennent. Et si personne ne s'y vouait, que deviendraient les innombrables misères qu'elle est appelée à soulager?
6° L'Eglise, en prescrivant le célibat et en exallant la virginité, fait outrage à la sainteté de l'union conjugale? — Est-ce que l'Eglise n'a pas toujours honoré et protégé le mariage, élevé par Jésus-Christ à la dignité de sacrement auguste, contre les sophistes et les hérétiques qui l'ont attaqué, depuis les gnostiques jusqu'aux phalanslériens? La lin du mariage est de conserver le genre humain par la reproduction ; la fin du célibat, de le conserver par la sanctification : ce sont deux agents, également bénis, de conservation.
7° Tous les hommes sont appelés au mariage par la nature et par Dieu. — Que Dieu ait fait l'homme, considéré en général pour le mariage, c'est une vérité incontestable ; mais qu'il y ait destiné et obligé chacun, en particulier, c'est une erreur ou une folie, qui ne peut être formulée que par un homme qui n'a jamais réfléchi sur les grandes choses humaines, sur l'harmoniegénérale de la nature. S'il faut prendre à la lettre: le Crescite et muUiplicamini, tout être humain doit se marier dès qu'il est nubile ! les époux seront obligés d'avoir autant d'enfants qu'ils pourront! toute personne qui ne trouvera pas à se marier devra recourir au concubinage ! deux époux éloignés pour un temps assez long, seraient en droit d'être infidèles à la foi qu'ils se sont jurés! Les lois qui défendent le mariage aux citoyens appelés sous les drapeaux seraient dès lors homicides.
8° En entravant le développement de la population, le célibat fait obstacle au développement de l'industrie, à la richesse etàla prospérité des nations. — Lecélibalchrétien n'est obligatoire que pour quelques cames d'élite, dont le nombre est à peine sensible, quand on le compare à la multitude qui suit la loi commune et concourt au développement de la population 1 Le célibat qui favorise les
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bonnes mœurs favorise par là même l'élan des populations..! On nous parle des enfanls que le célibat ne donne pas à l'Etal! On devrait bien plutôt parler de ceux en nombre infiniment plus grand qu'il a conservés à l'Etat. On accuse le célibat d'enlever des bras à l'agriculture! Od ne parle pas des terres qu'il a défrichées, des marais qu'il a desséchés, des landes qu'il a fertilisées, des rochers arides qu'il a couverts de vignes; des chemins qu'il a ouverts! On l'accuse d'être nuisible a la richesse des nations! Et c'est lui qui, sur tous les points du globe^ prêche sans cesse l'amour du travail, l'esprit d'ordre et d'économie, le respect pour la propriété, la probité dans les affaires, etc. On l'accuse d'être homicide, de faire obslûcle Cl la longévité ! Et des statistiques fidèles attestent que les célibataires sont ceux qui atteignent en plus grand nombre leur soixante-dixième année.
Ce qui prouve que le célibat catholique est dans le juste milieu qui caractérise la vertu et l'ordre divin, c'est qu'on a soulevé tour à tour contre lui les accusations les plus contradictoires.
Le xviii^ siècle disait à tous: Mariez-vous, le célibat est une vertu contre nature ; le célibat est impossible à observer; engendrez, engendrez; plus un peuple produit, plus il est heureux; observer la continence, c'est contrarier les vues du Créateur ; si le célibat se généralisait, le monde périrait.
Le XIX* siècle s'écrie à son tour : c'est le devoir de tout individu de ne songer au mariage que lorsqu^il a de quoi fournir aux besoins de sa future famille. L'observation soit temporaire, soit perpétuelle du célibat est un des moyens les plus efficaces de prévenir les catastrophes sociales, la dégradation, la corruption; la famine!
Dire que le célibat est nécessaire au bonheur du monde, c'est plus que dire qu'il peut être observé!
Si le Créateur veut que la terre se peuple, il veut plus encore qu'elle se peuple d'une race saine, vertueuse; ce qui est impossible sans la continence. Si le mariage devenait général et si chaque naariage produisait tout ce
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qu'il peut produire, la terre ne pourrait plus nourrir ses habitants. On en est venu dans certains pays à ne permettre le mariage qu'à ceux qui justifient des moyens d'exister et de faire exister leur famille! On en est venu partout à recommander la prudence dans le mariage, à conseiller l'onanisme, le plus odieux des péchés de sang-froid, à multiplier d'une façon effrayante l'infanticide volontaire ou involontaire, sanglant ou déguisé.
Le célibat catholique a seul le courage de protester contre ces vices honteux et contre ces crimes, comme seul il vient au secours des innombrables misères que ces vices engendrent !
Quelles autres digues opposerait-on à la misère, si on n'engageait pas, ce qui est absurde et cruel, tous ceux qui ne peuvent élever une famille à vivre dans le célibat.
La charité particulière ? Elle donnera à tous quelque chose, elle ne donneraà personne le nécessaire !
La charité publique et légale? Ses secours seront, en réahté,un encouragement à la fainéantise; ils feront grandir le fléau de la mendicité I Témoin la taxe des pauvres en Angleterre et les ateliers nationaux de 1848.
La générosité des maîtres ou patrons? Comment payeront-ils un travail dont ils n'ont que faire? S'ils vendent à bas prix, peuvent-ils donner un salaire élevé? S'ils ne vendent pas du tout, comment peuvent-ils donner un salaire quelconque?
Sera-ce l'émigration? L'histoire nous le dit, la route de l'émigration est semée de cadavres 1 elle est un mal et une honte! INe vaut-il pas mieux mille fois la prévenir que la subir?
Les Vœux de religion. L'appel à la vie religieuse est certainement sorti du cœur et de la bouche de Jésus- Christ. C'est au fond le môme que l'appel à la virginité. Il dit à tous, au grand nombre : Si vous voulez entrer dans la vie éternelle, gardez les commandements. Il dit aux privilégiés, au petit nombre : Si vous voulez être pariait, allez, vendez tout ce que vous avez, donnez lo
produit de la vente aux pauvres, et suivez-moi! Suivezmoi! c'est tout ensemble l'appel à la pauvreté, k la chasteté, à l'obéissance.
Jésus-Christ a dit en effet (Luc, xiv): «Si quelqu'un vient à moi, me suit, et ne hait pas son père, sa mère, sa femme et ses enfants, ses frères et ses sœurs, et même son âme, il ne peut pas être mon disciple... Ouiconque ne renonce pas à tout ce qu'il possède, ne peut pas être mon disciple.» Dans l'esprit de Jésus-Christ, celle renonciation est pour ceux qu'il appelle, une nécessité de salut, puisqu'il la compare au capital nécessaire à l'érection d'une maison, ou à l'entrée en campagne. Jésus- Christ, comme auxiliaires de sa mission divine, comme instruments de sa rédemption, a voulu des pauvres volontaires qui aient autorité pour consoler les pauvres nécessiteux, et soient les canaux par lesquels les aumônes du riche arrivent jusqu'à eux.
Jésus-Christ a voulu des vierges qui soient les mères des orphelins, les filles des vieillards, les sœurs de tous les infortunés.
Jésus-Christ a voulu des obéissants qui échangent leur faiblesse contre sa force et remportent avec lui toutes les victoires.
Et, en effet, l'histoire nous dit de sa plus grande voix que les pauvres, les vierges et les obéissants ont été les sauveurs temporels et spirituels de l'humanité.
Les pauvres, les vierges, les obéissants ont été aussi suscités de Dieu pour réagir, en réalisant dans leur vie l'héroïsme du sacrifice chrétien, contre l'égoïsme païen, source profonde de tous les désordres et, en même temps, de tous les désastres de l'humanité.
L'obéissance, la pauvreté, la chasteté étaient les seules digues qu'on pût opposer aux trois grands courants qui entraînent les existences humaines, richesse, sensualité, indépendance.
Les congrégations religieuses sont, dans l'ordre moral, les plus forts boulevards de l'humanité, parce qu'elles accomplissent les grands devoirs qui pèsent sur elle :
608 l^ES SPLENDEURS DE LA FOI.
1" Le devoir de glorifier Dieu dans le temps, ei> attendant qu'elle le glorifie dans l'Eternité. L'Kglise accomplit ce devoir par les ordres comtemplalifs , qui consacrent leur Yie à louer et à glorifier Dieu. Comment ne pas admirer les âmes vouées à la contemplation, les Madeleines bénies qui, à genoux, adorent et prient ? Jésus-Christ a dit qu'elles avaient choisi la meilleure part. Elles sont les justes qui auraient pu sauver Sodome et Gomorrhe ! Elles sont Moïse sur la montagne élevant ses bras vers le ciel et criant qu'on vînt à son aide pour les soutenir, parce que chaque menace de défaillance suspendait le triomphe de Josué ! Elles sont les paratonnerres de la pairie.
%° Le devoir de satisfaire à la justice divine, si elle ne veut pas la subir ; il faut que l'humanité fasse pénitence ou qu'elle soit punie!
Ce devoir est rempli par les ordres pénitents, qui s'appliquent principalement à s'offrir par la mortification comme des victimes pour le salut de l'humanité. Leurs grands moyens d'expiation sont: le célibat, le jeûne, la souffrance, le travail, la pauvreté, l'obéissance.
L'humanité a besoin de la vérité, surtout de la vérité surnaturelle, et d'apôtres qui la portent jusqu'aux extrémités de la terre.
L'humanité a besoin de vertus et de modèles qui l'incarnent ; d'âmes saintes qui, s'élevant à l'exercice de ce que la morale chrétienne a de plus parfait, démontrent la possibilité de sa pratique. L'humanité a besoin de maîtres qui se vouent à l'éducation des classes élevées et pauvres de la société. Elle a besoin de héros qui se dévouent au soulagement de la multitude innombrable d'autres misères qui pèsent sur elle.
Les ordres religieux, sous mille noms divers, sous mille costumes différents, peuvent seuls remplir et remplissent ces missions sublimes. De ces cloîtres tant calomniés sont sorties les âmes les plus magnanimes, les missionnaires les plus dévoués, les prédicateurs les plus entraînants, les penseurs les plus profonds.
les savants les plus éminents , les saints aux vertus héroïques.
On leur a reproché leurs richesses ! — Elles étaient légitimement acquises par le droit du premier occupant, la donation, le travail, l'achat, l'hérédité.... Et, à de trèsrares exceptions près, ils en faisaient le plus noble usage!
On leur a reproché de se concentrer en eux-mêmes, et de n'avoir d'autre horizon que les murs de leur couvent 1 — Mais toutes les institutions monastiques avaient un but social, et nulle part on n'a montré une compassion plus tendre pour l'humanité, un empressement plus grand pour la servir.
On leur a reproché d'attenter à la liberté et à la dignité humaines, en s'anéantissant, en se réduisant par l'obéissance à n'être que des outils ou des cadavres, sans vie et sans mouvement I — Mais, à quoi peuvent et doivent être comparés les ordres religieux? A une armée appelée à combattre Satan et ses anges, le monde avec ses erreurs et ses vices! Or quelle est l'âme et la force d'une armée, si ce n'est la discipline militaire, une obéissance absolue, passive, aveugle, qui fait ainsi du soldat comme un cadavre ? Perindè ac cadaver !
Les couvents ont donné lieu à des abus graves et nombreux, ils ont dégénéré, et c'était presque une œuvre sainte que de les détruire 1 — Dans l'hypothèse de ceux qui prétendent que les moines n'ont su que mener bonne et joyeuse vie, il y aura à jamais deux problèmesinsolubles, deux énigmes indéchiffrables : d'un côté, la vénération profonde dont les ordres religieux ont été environnés; de l'autre, les étonnantes merveilles qu'ils ont réalisées!
Quelques questions, auxquelles les faits répondent éloquemment, suffiront pour mettre en évidence l'action éminemment bienfaisante, à travers les siècles, du clergé séculier et régulier.
Qui a jeté dans le monde le programme de toutes les idées saines et progressives, qui ont fait de l'Europe ce qu'elle est? Jésus-Christ !
Qui a vaincu et fait disparaître peu à peu le pouvoir
discrétionnaire et tyrannique des Empereurs romains ? Les martyrs et l'Eglise !
Qui a détruit l'esclavage piiysiqiie ou social, en brisant les chaînes de la servitude ; l'esclavage moral, en affranchissant la conscience? Qui a créé la dignité humaine ? Qui a délivré l'intelligence humaine, en substituant le vrai, le bon, le beau des dogmes chrétiens au faux, au mauvais, à l'honible du mysticisme païen? Qui a adouci la rigueur et Tatrocité de droit païen? Le christianisme !
Quand des hordes de barbares se pressant les uns sur les autres en longues et frémissantes traînées, inondèrent l'Europe, qui est allé à eux et les a civilisés? Qui s'est porté médiateur entre les brutaux conquérants et les peuples conquis? L'épiscopat et le clergé catholique !
Quel est l'homme devant lequel s'est arrêté avec respect Attila, le Fléau de Dieu? Un pape, Léon le Grand.
Qui, dans l'âge des ténèbres, éclaira le monde? L'Eglise î
Seule elle savait, seule elle prêchait, seule elle enseignait, seule elle écrivait !
Qui a élevé ces monuments superbes, ces majestueuses cathédrales que l'on ne peut cesser d'admirer? L'Eglise 1
Qui, dans les temps modernes, quand le rationalisme, hérétique ou philosophique, s'est rué sur le monde, pour détruire l'ensemble des vérités divines et humaines, s'est opposé au torrent dévastateur ?Qui s'est placé sons le feu de l'ennemi et a résisté par toutes les armes dont le génie de l'homme peut disposer? Le clergé catholique principalement.
Et c'est lorsque la société est dans un état de décomposition, de désorganisation, que l'on voudrait écarter le clergé qui a seul les moyens de réhabiliter et de guérir 1 Ne serait-ce pas écarter le médecin du malade, prétendre guérir le mal en détruisant le remède?
Pour gouverner et sauver l'humanité , il faut un symbole autour duquel on puisse grouper les intelligences I Un code de morale indiscutable 1 Un ensemble
LA FOI ET LA UAISCN. (3j|
de moyens qui alleignent riuimaniié tout erlière ! Des ministns K'gitimes, convaincus, zélés, confiants dans refficacilé des moyens d'action dont ils disposent! Or l'Eglise catholique est seule en possession de ces glorieuses prérogatives, dont la philosophie et la libre pensée sont absolument dépourvues.
L'Eglise est seule dépositaire d'un symbole qui éclaire ! Elle est seule la source de grâces toutes-puissanles, la mère de toutes les institutions bienfaisantes, la gardienne des âmes, depuis le berceau jusqu'à la tombe, le refuge de tous les esprits agités, de toutes les consciences troublées, de tous les cœurs froissés.
Ea philosophie, c'est l'abstraction qui jette l'homme en dehors de la réalité !
L'hérésie, c'est le formalisme sans vie et sans vertus!
Nous l'avons déjà dit : un des faits les plus significatifs de l'histoire du xix^ siècle, c'est le mouvement qui ramène à l'Eglise catholique un grand nombre de protestants instruits, impartiaux, dévoués, appartenant à toutes les conditions: à la noblesse, à la bourgeoisie, à la littérature, à la philosophie, à la science, à la magistrature, à l'épée. Un publicisle allemand n'a pas hésité à dire: « L'Eglise protestante s'évanouit, et du haut de la cathédrale de Cologne, il semble qu'on entend comme de loin le son des cloches de l'avenir, rappelant dans la maison de Hieu tous ceux qui avant la réforme se réunissaient pour ne former qu'un seul et même peuple chrétien \ (Alzog, Dictionnaire encyclopédique, art. Retour à l'Église catholique] C'est un cri général en Allemagne que le Cultur- Kàmpf a donné une vie nouvelle à l'Eglise catholique, tandis qu'il a porté un coup mortel à l'Eglise établie.
Chapitre Trente -Sixième. — les fins dernières de l'homme. — Dans toutes vos actions, dit l'Ecclésiaste, souvenez-vous de vos fins dernières, et vous ne pécherez pas. Chnp. vu, 40.) Les Fins dernières, novissima, de l'homme sont les scènes dernières de son existence : la MORT, passage du temps à l'éternité, avec confirmation
dans le bien ou dans le mal. Le jugement particulier, qui fixe son sort, le condamne au bonheur ou au malheur éternel. Le jugement général ou dernier, manifestation des mérites et des démérites de chacun, consécration solennelle des jugements individuels ou particuliers. Le purgatoire, lieu ou état d'expiation finale, par les âmes justes, des peines dues encore au péché, sorte d'étape entre la terre et le ciel. L'enfer, séjour, état ou lieu de tourment des damnés = Le paradis, état ou lieu de délices des élus. Ces fins dernières sont des faits, des réalités grandioses ! Et qui oserait dire que ces faits ne sont pas nécessairement entrevus comme possibles, ou même comme nécessaires, par la raison humaine, du moins, par la raison éclairée par la foi?
La mort. La mort existait dans le monde avant le péché d'Adam, témoin les innombrables fossiles animaux, ensevelis dans les couches du globe terrestre. On est même en droit d'affirmer que pour tout organisme végétal et animal, la mort est la conséquence naturelle et nécessaire de l'exercice delà vie, telle que le Créateur l'a faite, ou du fonctionnement régulier des organes dont le jeu ne saurait être éternel. A ce point de vue, l'homme lui-même était naturellement mortel, la perpétuité ou l'immortalité ne lui était pas essentielle, ou naturelle. La foi seule nous apprend que s'il ne devait pas mourir, c'est qu'il avait plu à Dieu de le créer, non pas dans l'état de nature pure, mais dans l'état surnaturel. L'Eglise a condamné ceux qui prétendaient qu'alors même qu'Adam n'aurait pas péché, il serait mort par la condition de sa nature. C'est un dogme de foi, que la mort a été la peine du péché originel. En défendant a Adam etàEvedemangerdu fruitd'uncertainarbre,Dieu avaitajouté : «Au jour que tu enmangeras, tu mourras.» {Gen., Il, 17.) Quand Adam eutdésobéi. Dieu formulala terrible arrêt : « Parce que tu as mangé du fruit défendu, tu mangeras ton pain à la sueur de ton front, jusqu'à ce que tu retournes à la terre, de
Inquelle je t'avais tiré... Parce que tu es poussière, tu retomberas en poussière.» [Gen., m, 17,19.) Saint Paul s'est fait l'écho solennel du dogme chrétien : « Le péché est entré dans ce monde par un seul homme, et par le péché, la mort. « La mort donc sera le partage de tous ceux qui ont péché dans Adam. 31ais ce qui doit nous consoler, c'est que la mort, peine du péché, en est aussi l'expiation, et que de même que tous sont morts en Adam, tous seront revivifiés en Jésus-Christ. (/ Cor., XV, 22.)
Il est de foi aussi que la mort est une, ou que chaque homme ne mourra qu'une fois ! « Il est décrété que les hommes ne mourront qu'une fois, » dit saint Paul.
L'hypothèse de la métempsycose, suivant laquelle les âmes, après la mort, passeraient du corps qu'elles viennent de quitter dans un ou plusieurs autres corps humains animaux ou végétaux, jusqu'à purification entière, n'est qu'un rêve insensé de quelques philosophes de l'Antiquité, grecs ou indous. Si cette vieille erreur a retrouvé de nos jours quelque faveur, c'est qu'elle est sous une forme précise la traduction de la pensée vague des adversaires du dogme terrible de l'Eternité des peines. Le concile de Périgueux, tenu le 8 avril 1856, a condamné dans le livre Ciel et Terre de Jean Reynaud, entre autres grossières erreurs, la doctrine qui affirme que «la nature angélique ou humaine, en raison de la liberté et de l'activité dont elle est dotiée par l'essentielle et immuable condition de sa nature, est et sera toujours dans un état d'épreuve, sans pouvoir parvenir jamais au terme de sa destinée.»
Laviefuture. L'immortalité del'ame. Prétendre que le dogme de l'immortalité de l'àme n'est pas clairement énoncé dans l'Ancien Testament ou du moins dans le Pentateuque de Moïse, c'est un mensonge impudent el un blasphème. La vérité, au contraire, est que l'immortalité de l'âme respire dans toutes les pages, dans tous les versets de l'Ancien et du Nouveau Testament, qu'elle
était si bien une vérité du domaine public, qu'on ne songeait pas à l'affirmer, parce que nul ne songeait àla nier. Au début de la Genèse, l'âme est appelée le souffle de Dieu ; or le souffla de Dieu ne meurt point. Après le péclié, Dieu dit à Gain : « Si tu fais bien, n'en recevrastu pas la récompense? Si lu fais mal, ton péché sera contre loi. » {Gen., iy,7.) Or Abel n'a pas reçu sa récompense sur la terre : il l'a donc reçue au-delà du tombeau. Dieu dit à Abraham : « Je serai moi-même ta récompense très-grande. » Jacob appelait sa vie ici-bas les jours de son pèlerinage ; il veut être enterré dans le tombeau de Sara, pour y dormir avec ses pères ! Qui dit sommeil, dit réveil. Mourant, il disait à Dieu : « J'attends de vous ma délivrance et mon salut.» (Genèse, xlviii,69.) Moïse défend aux Hébreux d'interroger les âmes des morts!... L'âme évoquée de Samuel dit à Saûl : « Demain, vous et vos fils serez avec moi.>^ Le prophète Balaam émet ce vœu : « Que mon aine meure de la mort des justes, et que mes derniers moments soient semblables aux leurs. » Dieu annonçant sa mort à Moïse, dit : « Tu dormiras avec tes pères, comme ton frère Aaron est mort sur la montagne de Hor etaétéréuni à son peuple. » [Deiiter., xxxii, 49.) David a trouvé le secret du scandale de la prospérité des méchants dans leur fin dernière et l'avenir qui les attend... Il dit à Dieu qu'il verra un jour les cieux qu'il a formés et toutes leurs merveilles. l\ dit du pécheur mo*urant : « Le pécheur verra et il entrera en colère, il grincera des dents, il séchera de dépit, le désir du pécheur périra éternellement. » Salomon donne aux hommes ce sage avertissement : « Souvenez-vous de votre créateur, avant le moment auquel la la poussière retombera dans la terre, et auquel l'esprit retournera à Dieu qui l'a donné. » [Ecdés.y ix.) « Dieu entrera en jugement avec l'homme pour tout le bien et tout le mal qu'il aura fait.» (xii, 14.) llmetce cri de désespoir dans la bouche des damnés : « Insensés que nous étions, nous estimionsque la vie des justes était une folie, q'je leur fin était sans honneur 1 Et voici qu'ils sont
comptés au nombre des eiifiinls de Dieu... Ils vivront éternellement. Leur récompense est dans le Seigneur, leur pensée est dans la pensée du Très-Haut... . Ainsi se sont écriés ceux qui se sont vus ensevelis dans les enfers. »(5rtj9.,v,4-17.)Elie voulant ressusciter un enfant, dit à Dieu : « Seigneur, faites que l'âme de cet enfant revienne dans son corps. » L'écrivain sacré ajoute que l'âme de cet enf;mt revint en lui et qu'il ressuscita. (Livre III des Rois, xvii.jlsaïe affirme que les justes morts se reposent dans le lieu de leur sommeil, parce qu'ils ont marché droit dans les voies du Seigneur (11, 57, 62). Il met dans leur bouche des reproches au roi ^de Babylone, qui vient les rejoindre dans l'autre vie. Judas Macchabée dans la ferme espérance de la résurrection future et de la vie éternelle, offre à Dieu des sacrifices pour les morts. La mère des Macchabées, pour rendre le dernier de ses enfants invulnérable, lui montre le ciel où Dieu l'attend, vainqueur des tourments et de la mort. Jcsus-Christ s'appelle la résurrection et la vie; il assure la résurrection éternelle à tous ceux qui mangent sa chair et qui boivent son sang. Il annonce la vie éternelle aux justes et le feu éternel aux méchants. Aux Saducéens, qui niaient la résurrection future, il ré[)ond : « N'avezvous pas lu ce que Dieu vous a dit : « Je suis le Dieu « d'Isaac, de Jacob et d'Abraham; or Dieu n'est pas le «Dieu des morts mais des vivants;» donc Abraham, Isaac, Jacob vivent.. » Marthe dans un élan de foi spontanée, lïl qu'elle. sait que son frère Lazare ressuscitera au dernier jour, etc., etc. Saint Paul déclare hautement que tous ressusciteront, les uns dans la gloire, les autres dans l'ignominie; il assureavoir été transporté dans les cieux, cil Dieu inonde de délices le cœur de ses élus.
Lesapôtres,dansleursymbole,nousimposenlunactede foi àla communion dessainls.àla résurrection de la chair, à la vie éternelle. Tous les symboles, toutes les professions de foi imposent la même croyance.
Dans son excellent livre : De la vie future suivant la foi et suivant la raison, troisième édition, Paris,
Delagrave, i870, M. Henry Maiiin, doyen de la Faculté des lettres de Rennes, démontre invinciblement que les Chananéens, les Chaldéens, les Perses, les Indiens, les Chinois, les Scythes, les Celtes, les anciens Bretons, les Gaulois, les Grecs et les Romains, les sauvages même, ont cru de tout temps à l'immortalité de l'âme ; et que c'est sur celte tradition universelle, bien plus que sur leurs démonstrations, que Platon, Cicéron et les autres philosophes fondaient leur croyance à la vie future.
Le dogme enfin de la vie future est supposé et affirmé par la raison. Pour détruire nos âmes, il faudrait un acte exceptionnel de la volonté de Dieu. En effet, substances simples, purs esprits, nos âmes ne pourraient cesser d'être que par anéantissement, et pour les anéantir, tandis qu'aucun atome n'est anéanti dans l'univers, il faudrait une volonté spéciale de Dieu. Or cette volonté ne peut nullement être supposée en Dieu, parce qu'elle ne convient ni à sa justice, ni à sa sagesse, ni à sa bonté. En outre, pour que, sans anéantissement de la substance de l'âme, la cessation de la vie du corps amenât la cessation de la vie de l'âme, dont les fondions les plus élevées n'ont avec le corps aucun rapport nécessaire, mais seulement les rapports contingents d\me influence réciproque, il faudrait aussi une volonté expresse de Dieu. Or l'existence de cette volonté en Dieu ne peut être supposée, car elle irait directement contre les desseins évidents de la Providence. L'homme, tel que la Providence l'a fait, a d'autres destinées, auxquelles il ne peut manquer par la faute de Dieu, mais seulement par sa propre faute.
Enfin Dieu ne nous a pas donné seulement la liberté morale et la responsabilité, il nous a donné aussi en cette vie la pensée d'une continuation indéfinie de notre existence, le désir d'un bonheur sans fin. Or: 1° il est naturellement impossible que cette pensée et ce désir cessent en nous dans une vie meilleure; 2''il est impossible que l'Etre infiniment bon et infiniment sage veuille tromper cette pensée et ce désir en ôtant à chaque âme bienheureuse l'existence ou sa personnalité. En résumé,
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tout dans l'àme humaine aspire à l'iraniortalilé, à l'éternité. Le cœur humain, comme le disait saint Augustin, est inquiet aussi longtemps qu'il ne reposera pas en Dieu ! Il y a donc pour lui une autre vie.
Le jugement particulier. — Il est de foi que chaque âme humaine,au moment de la mort, se trouvera en présence de Dieu pour être jugée sur tout ce qu'elle a fait, dit et pensé pendant sa vie : « Comme il est établi, dit saint Paul [Epîl.auxHébr., ix, 27), que tout homme mourra une fois, il est établi de même que la mort sera suivie du jugement. » C'est ce jugement qu'on appelle le jugement! particulier. Rien de plus conforme à la raison que ce dogme chrétien. La vie est un dépôt. Celui qui nous l'a confié a le droit d'exiger que nous lui rendions compte de l'usage que nous en avons fait. De la part de Dieu, se dessaisir de ce droit si légitime et si essentiel, nous donner la vie en toute propriété, ce serait abdiquer sa sagesse infinie, et introduire, parmi les hommes, la confusion, le désordre, le débordement de tous les crimes. Si chacun était le maître absolu de ses actions, sans avoir à en rendre compte, les lois divines et humaines seraient sans sanction ; les sociétés civiles ne seraient plus possibles, quelle que pût être la rigueur des lois, et la vie des hommes ne serait plus en sûreté.
Comment se fera ce jugement? k l'instant même de la mort, l'àme éclairée de la lumière divine, verra comme dans un miroir éclatant ses mérites et ses démérites, ses péchés, leur nombre, leurs circonstances, leur énormité, la sentence, ses motifs, son équité, son étendue, son sort fixé, irrévocable, éternel.
Le Purgatoire. L'Eglise catholique entend par purgatoire un lieu, ou du moins un état, dans lequel sont retenues, pour un certain temps, les âmes des justes qui n'ont pas expié entièrement sur la terre la peine due, après la remise de la coulpe ou de l'offense, à leurs péchés
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mortels ou véniels. Il est de foi que toute la peine du péché n'est pas remise avec l'offense, que ce qui reste de cette peine devra être expié dans ce monde ou ailleurs, parce que rien de souillé ne peut entrer dans les cieux {Apocalypse, xxi, 27) ; que celte expiation se fait dans le purgatoire ; que les âmes du purgatoire peuvent être soulagées par les suffrages de l'Église et les prières des fidèles.
« L'Iiglise catholique, dit le concile de Trente, session XXV, instruite par le Saint-Esprit, a toujours enseigné suivant les saintes Écritures et l'antique tradition des Pères, dans les saints conciles et tout récemment dans ce concile général qu'il y a un purgatoire, et que les âmes qui y sont détenues reçoivent du soulagement par le suffrage des fidèles, et principalement par le sacrifice de l'aulel » Et canon xxx, '1 1 : « Si quelqu'un dit qu'à tout pécheur pénitent, qui a reçu la grâce de la justification, la coulpe ou l'offense est tellement remise, qu'il ne lui reste plus de peine temporelle à subir, en ce monde ou en l'autre, dans le purgatoire, avant d'entrer dans le royaume des cieux, qu'il soit anathème I » Saint Paul fait certainement alhision aux flammes du purgatoire quand il dit (Cor., m, 13, 11)1: « Le jour du Seigneur fera connaître l'œuvre de chacun, et le feu éprouvera ce qu'elle est: si son œuvre demeure, il en recevra la récompense, si elle est exposée au feu, il en éprouvera du dommage, mais il sera sauvé comme à travers le feu. »
Comment nier la légitimité, l'efficacité de la prière pour les morts, alors que Judas 31acchabée s'écriait déjà: «C'est une sainle et salutaire pensée de prier pour les morts, afin qu'ils soient délivrés de leurs péchés.» Ce passage est au moins ui\ témoignage de la croyance du peuple de Dieu à l'utililéde la prière pour les morts et à l'existence du purgatoire; c'est encore aujo:.ird'hui la croyance des Juifs.
l/aiTicualion des réformateurs qui voulaient que les prières pour les morts fussent dans l'Eglise une innova-
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lion relalivement récente, a reçu un cruel démenti des inscriptions tumulaires trouvées dans les catacombes romaines, premiers cimetières des chrétiens, inscriptions recueillies en si grand nombre, classées, commentées, comparées avec tant de soin par 31. de Rossi. Dés la fin du premier siècle, ces épitaplies présentent aux regards le symbole de l'Espérance, une ancre sculptée, ou grossièrement creusée dans la pierre, avec ces élans rapides d'un cœur chrétien, écho des saints apostoli(iues : Pax tecum I Pax lihil Vivas in Deol Les jiierres tombales du n^ et du m* siècle, développements éloquents de ces idées fondamentales, proclament avec une assurance pleine de foi que l'âme du cher défunt est déjà en possession du sort heureux réservé aux justes, et qu'elle est unie aux saints ; ou bien: elles murmurent une humble et amoureuse prière pour qu'elle puisse être admise à goûter bientôt ce grand iiienfait. Elles demandent pour celui qui est parti la paix, la lumière, le rafraîchissement, le repos en Dieu.
On trouvera une collection précieuse de ces inscriptions dans La Visite aux catacombes du Réoéreiid. Spencer JSorlhcote, traduite de l'anglais par M. l'abbé Leclerc; Paris, Forestier, 1878, in-8", pages 128 à 129. En voici une seulement: X'' Aemvinus Ruftnœ. Deus refrigeret spiritum tiium. Inscripsi ut quisquis de fratrihus legerit oret Deum. Les catacombes sont des monuments vivants et incomparables de l'immutabilité et de l'infaillibilité de la sainte Église catholique, apostolique ; un acte solennel de foi à tous ses .dogmes, un écho glorieux des splendeurs de la foi.
Quoi de plus raisonnable que la croyance au [)urgatoire? Est-il juste, par exemple, qu'un pécheur qui a vécu (Tans le désordre, pendant toute sa vie, qui cependant, converti à sa mort, est rétabli dans l'état de grâce, par une conversion sincère, jouisse aussitôt du même bonheur éternel qu'un juste qui a longtemps vécu dans la pratique de la vertu, et qui meurt dans les sentiments d'un amour parfait de Dieu?
Prétendre que chez les catholiques on fasse tout pour éviter les peines du purgatoire, et rien pour éviter les peines de l'enfer, c'est une véritable folie! Comment 'la frayeur d'une peine temporelle pourrait-elle émousser celle d'une peine éternelle? Affirmer que la certitude de l'efficacité de la prière pour les morts a été la source de toutes les superstitions de l'Église romaine^ c'est une calomnie odieuse. L'Église romaine est l'ennemie de toutes les superstitions! Et alors même que cette croyance nécessaire et sainte aurait entraîné quelques abus, il serait criminel de prétendre les conjurer par le mensonge ou par le silence.
Le purgatoire est-il un lieu ou simplement un état de souffrance? C'est très-probablement à la fois un état et un lieu... Ce lieu se confond-il avec les Limbes, cette région inférieure, ces enfers passagers, dans lesquels les âmes des justes de l'Ancien Testament attendaient la venue et la rédemption du Messie, et que Jésus-Christ visita pour les entraîner et les conduire au ciel, dans les trois jours qui s'écoulèrent entre sa mort et sa résurrection? Peut-être!
La peine du purgatoire, en outre du retard si douloureux apporté à leur entrée dans le ciel et à la vision intuitive, en outre de la douleur vive et amère d'avoir offensé Dieu, est-elle une peine physique ou physiologique, la peine ou la sensation du feu? L'opinion la plus commune comprend dans les peines du purgatoire la peine du feu, ou du moins une peine analogue à celle du feu. Quelle *est la durée et l'intensité de cette peine? La peine du purgatoire varie avec le montant de la dette à acquitter. Selon saint Thomas et saint Augustin, la double peine du purgatoire, du dam et des sens, quoique tempérée par l'amour de Dieu et l'espérance du ciel plus ou moins prochain, surpasse toutes les peines de celte vie.
L.4. RÉSURRECTION GÉNÉRALîf DES CORPS. J'ai traité Cette grande question, tome II, pages 484 et suivantes, mai
force est de la résumer encore ici. Le patriarche Job disait déjà : « Je sais que mon rédempteur est vivant et qu'au dernier des jours je surgirai de la terre ; que je serai de nouveau revêtu de mon corps ; que je verrai mon sauveur des yeux de ma propre chair! Cette- espérance est le fond même de mon être. » (Job, xxix, 25.) Le prophète Daniel dit à son tour: « Ceux qui dorment dans la poussière se réveilleront un jour; les uns pour la vie éternelle, les autres pour un opprobre sans fin.» (Daniel, xii, 3 et suiv.) Marthe disait sans hésitation à Jésus-Christ: «Je sais que mon frère ressuscitera vivantau dernier des jours. » (Jean, xi, 24.) Jésus-Christ, après nous avoir donné dans la sainte Eucharistie, par lamanducation de son corps et de son sang, le gage et le germe de la résurrection future, a prononcé cet arrêt irrévocable: « Les morts qui sont dans le sépulcre entendront la voix du Fils de Dieu, et ils s'en iront, ceux qui ont fait le bien dans la résurrection de la vie; ceux qui ont fait le mal dans la résurrection du jugement. » (JeÂ'n, V, 24.) Saint Paul, enfin, fidèle écho de la révélation évangélique, s'écrie: «Tous nous ressusciterons, mais tous nous ne serons pas changés ! Semé dans l'ignominie, le corps ressuscitera dans la force ; semé animal, il ressuscitera spirituel. En un moment, en un clin d'œil, les morts ressusciteront. Le corps corruptible sera revêtu d'incorruptibilité. Le corps mortel sera revêtu d'immortalité. Et quand le^ corps de mort aura été revêtu d'immortalité, cette paVole de l'Ecriture sera accomplie : La mort a été absorbée dans la victoire qu'elle croyait follement remporter ! 0 mort, où est ton aiguillon? 0 mort, où est ton triomphe?» Un semblable langage, évidemment, ne s'invente pas. Il tombe du ciell
Toutes les communions chrétiennes sont unanimes à croire avec l'Eglise catholique à la résurrection des corps et à la vie éternelle. Toutes enseignent, comme un dogme révélé, que de même que Jésus-Christ est ressuscité, tous les hommes ressusciteront, c'est-à-dire que leurs âmes seront de nouveau réunies aux corps dont la mort
les avait séparées, bien que ces corps, après la résurrection, doivent être doués de propriétés très-diirérentes de celles sous lesquelles ils se présentaient dans la vie.
Quelles seront ces propriétés nouvelles des corps ressuscitas glorieusement? L'impassibilité, la subtilité, l'agilité, la clarté, etc., etc. IXousne nous arrêterons pas à les définir. Nous n'essayerons pas non plus de percer le terrible mystère enveloppé dans ces paroles de saint Paul : «Nous ressusciterons tous, mais nousne serons pas tous changés... T/homme recueillera ce (ju'il aura semé. Cjélui qui aura semé dnns la chair, recueillera de la chair la corruption, celui qui aura semé dans l'Esprit, recueillera de l'Esprit la vie éternelle.» Que pourraêtre le corps des réprouvés, mélange affreux de vie et de mort; à la fois animé et cadavre? Dieu le sait! ?»'ais quelle morale admirable ! Et quelle étonnante doctrine, nécessairement révélée. Splendeur !
Le dogme de la Résurrection des corps est évidemment très-conforme à la raison. L'âme n'est pas par elle-même une personne humaine, un moi humain! Elle n'est personne, elle n'est moi, que dans son union avec le corps, qui Vexige et qu'elle exige, qu'elle complète et qui la complète.
Si donc, elle est destinée à- une vie éternelle, elle pourra être séparée pendant un temps de son corps, mais ce corps devra la compléter de nouveau quand elle devra commencer sa nouvelle existence éternelle. Ce qui mérite, ce qui démérite, c'est l'homme, le tout humain, l'âme unie au corps; ce qui devra donc être récompensé ou puni, à l'heure de la justice suprême, c'est encore l'homme^ le tout humain. Le corps a été non seulement le compagnon, mais toujours l'instrument et souvent l'occasion sinon la cause de l'acte criminel ou vertueux, il doit donc avoir sa part de gloire ou d'opprobre.
Relativement au dogme de la résurrection, la science constate d'abord le fait que l'idée d'immortalité et de résurrection est comme inséparable de l'humanité, et ciu'on la retrouve partout... Si chez quelques individus,
OU même chez quelques peuplades sauvages, cette idée s'est complètement effacée, c'est accidentellement, par une influence morbide du corps sur l'âme. Mais alors qu'elle n'existe pas actuellement, la foi à la vie future persiste, à l'état virtuel et latent, prête à renaître quand l'homme sera revenu à son état normal.
Cette grande tradition constatée, la vraie science se cache le visage et adore. La demi-science et la fausse science essayent des objections sans valeur.
1 . Comment ne pas admettre que les mêmes éléments solides, liquides, gazeux, sont entrés successivement dans la formation des corps d'un grand nombre d'hommes? Que même un certain nombre de ces corps ne contiennent aucun élément nouveau, et qui soient leur? Qu'ils ne peuvent pas réclamer pour eux des éléments déjà possédés par d'autres? Qu'ils sont, par conséquent, incapables de résurrection?
iMais à cela la physiologie et la raison répondent : ce qui fait que le corps d'un homme est sien ou son vrai corps, ce n'est pas l'identité numérique des molécules ou des atomes qui le composent, mais seulementleurmode d'organisalion et leur union avec l'âme. La preuve, c'est le phénomène mystérieux, mais incontestable et des changements incessants, des migrations perpétuelles qui ont lieu dans les corps vivants. Bien qu'il soit rigoureusement démontré que mon corps n'est plus numériquement le même, il n'en est pas moins certain que mon corps d'aujourd'hui, malgré son renouvellement absolu, et par cela seul qu'il n'a pas cessé d'être uni à mon âme, d'être informé, vivifié et commandé par elle, constitue avec elle un même moi humain, toujours le môme et indivisible.
Dans le corps de chaque homme, il est quelque chose d'essentiel, et quelque chose d'adventif, ou d'accidentel. Ce qu'il y a d'essentiel, ce qu'il n'a de commun avec personne, ce qu'il possède seul, et ce qu'il possédera à jamais, c'est ce qui existait de lui au moment où il a été informé, animé et vivifié par son âme. Ces éléments
essentiels, il les conservera toujours, ils seront toujours siens. Le reste, ce qui est amené par la nutrition, par la digestion, l'assimilation, la circulation, n'est pas lui! Il peut le perdre, et il le perd, sans cesser d'être lui. Et parce qu'ilsauront toujours été essenliellementlui, lecorps ressuscité n'aura rien à demander à aucun autre corps. C'est avec ces éléments essentiels ou personnels que Dieu reconstituera le corps spirituel glorieux, comme l'immortelle corruption du corps du réprouvé. L'âme étant la même, le germe propre ou l'élément constitutif restant le même, le reste importe peu, et l'identité subsistera éternellement. Il est d'ailleurs rigoureusement démontré : 1° que dans un corps gros comme la terre, il y a assez de vides ou pores, pour qu'on puisse le concevoir réduit au volume d'un grain de sable; 2° réciproquement, que dans un grain de sable, il y a assez de parties, molécules ou atomes, séparables ou actuellement séparées, pour qu'on puisse en former un globe gros comme la terre, et dans lequel la distance entre deux molécules ou atomes contigus soit aussi petite qu'on voudra. En présence de ces deux mystères de la nature, mystères tout à fait écrasants, oserions-nous discuter la possibilité ou l'impossibilité de la reconstitution du corps humain avec ses éléments essentiels et primitifs?
Il est un autre système, très-ancien et très-nouveau, qui amoindrirait considérablement, l'objection des chimistes physiologistes. Platon et Berkeley veulent que le corps soit une sorte d'enveloppe limite de l'âme, un mode de l'âme, un je ne sais quoi dont l'âme est la forme, qui est tel qu'en enlevantl'àme, qui est la seule monade réelle et essentielle, on enlèverait tout. Dans cette hypothèse, que nous n'acceptons point, mais que beaucoup d'adversaires de la Révélation défendent, il n'y a plus dans l'acte de la vie de passages d'éléments d'un corps à l'autre par la génération et la nutrition. L'objection tirée de la matérialité du corps s'évanouit donc.
M. Darwin a mis à la mode, dans ces derniers temps.
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iiD nouveau système appelé Pangenèse, qui ramène le corps de chaque être infinimenl pelit à une cellule..! Et cette simple cellule ne contient pas seulement tous les éléments ou principes constituants du corps; elle contient, en outre, sous forme de gemmules toxiques, les principes de leurs états morbides, des maladies héréditaires, des difformités congénitales, etc. C'est là, certes, un mystère naturel, un mystère humain, qui épouvante l'imagination, mais auquel cependant beaucoup se rallient ! Inclinons-nous donc, sans résistance et sans répugnance, devant le mystère surnaturel de la résurrection des corps, qui trouve sa crédibilité nécessaire et suffisante, soit dans la vieille théorie des germes, soit dans l'hypothèse moderne de la cellule génératrice ! Elle est, en tout cas, dans ces limites la toute-puissance de Dieu dont elle est le secret.
Que substituent au dogme mystérieux, mais si raisonnable de la résurrection des corps, ceux des savants et les libres penseurs qui admettent encore que l'àme ne meurt pas avec le corps ! J'ose à peine le dire I Essayons cependant. Un écrivain en vogue, M. Louis Figuier, '"ans un ouvrage qui a fait grand bruit : Le lendemain de la mort, ou la vie future selon la science! Paris, Hachette, 4872, formule, en ces termes, ce qu'il croit être le dernier mot sur l'être humain : « Si pendant sa vie l'àme a perdu de sa force et de ses qualités, si elle a été le partage d'un individu pervers, elle ne quittera pas la terre. Après la mort de cet individu, elle ira se loger dans un autre corps humain, en perdant le souvenir de son existence antérieure. Ces incarnations dans un corps humain peuvent être nombreuses. Elles doivent se répéter jusqu'au moment où les facultés de l'àme se seront assez développées, où ses instincts se seront assez améliorés et perfectionnés. Alors seulement, cette ame pourra quitter la terre et s'élancer dans l'espace pour passer dans l'organisme nouveau qui fait suite à celui de l'homme dans la hiérarchie de la nature.
L'espacç où habitent les âmes ainsi justifiées est rempli par l'éther planétaire. Elles ont un corps, mais ce corps doit être pourvu de qualités infiniment supérieures à celles qui sont l'apanage du corps humain. Après un intervalle dont nous n'essayerons pas de fixer la durée, l'être surhumain meurt et entre dans un corps nouveau orné de facultés encore plus puissantes. Et ce n'est pas h une troisième ou à une quatrième génération que peut s'arrêter la chaîne des créations sublimes que nous entrevoyons, llottant dans l'infini des cieux... Après avoir parcouru celte longue succession d'étapes et de stations dans les cieux, les êtres que nous considérons doivent finalement arriver en un lieu. Ce lieu, terme définitif de leur cycle immense à travers les espaces, selon nous, c'est le soleil 1... Ce qui entretient la radiation solaire, ce sont les arrivées continuelles des âmes dans le soleil... Ces ardents et purs esprits viennent reiprlcicer les émanations continuellement envoyées par ie soleil à travers l'espace, sur les globes qui l'environnent. Les êtres spirituaiisés réunis dans le soleil envoient sur la terre et dans les airs la vie, l'organisation, le sentiment et la pensée 1!! »
Est-ce assez extravagant! Et ce serait là la science! Après avoir différencié sa doctrine de celle de la métempsycose des anciens et du transformisme de Darwin, M. Figuier, tout content de lui, ajoute : « Nous sommes guidé non par l'idée matérialiste qui dirige et inspire les savants, mais par un spiritualisme raisonné. » Spiritualisme raisonné ! le système absurde, athée, qui donne aux âmes, pour origine d'où elles émanent, et pour terme dernier où elles viennent s'abîmer, le SOLEIL! Et ce livre étrange serait parvenu à la quatrième édition! Quel signe douloureux du temps dont l'apôtre saint Paul a dit : « Ils ne supporteront plus la saine doctrine, ils s'entoureront de maîtres dont le langage imagé chatouillera leurs oreilles, ils prendront la vérité en aversion, et ils se tourneront vers les fables. »
Le jugement général ou dernier. C'est encore un dogme de notre foi, qu'en outre du jugement particulier qui suit immédiatement la mort, il est un second jugement, appelé général ou dernier, qui atteindra le genre numain tout entier, ou même la création tout entière, les anges et les hommes.
À la fin des temps, Jésus-Christ fera son second avènement; il descendra des cieuxcommeilyétaitmonté, et viendra visiblement juger toutes les créatures intelligentes, récompenser les justes et punir les pécheurs : « Quand le Fils de l'homme viendra, dit saint Matthieu (ch. XIII, V. 37), dans sa majesté, accompagné de tous ses anges, il s'assoira sur le trône de sa gloire : Et tous les peuples de la terre seront rassemblés devant lui, et il séparera les uns des autres, comme un berger sépare les brebis d'avec les boucs. Et il mettra les brebis à sa droite et les boucs à sa gauche. Alors le Roi dira à ceux qui seront à sa droite : Venez, vous qui êtes les bénis de mon Père, possédez le royaume qui vous a été préparé dès le commencement du monde; car j'ai eu faim et vous m'avez donné à manger, j'ai eu soif et vous m'avez donné à boire, j'étais nu et vous m'avez vêtu, j'étais sans asile et vous m'avez recueilli, j'étais malade et vous m'avez visité; j'étais prisonnier et vous êtes venu me voir ; car je vous le dis en vérité, ce que vous avez fait au plus petit de mes frères que voici, vous me l'avez fait à moi-même... II dira ensuite à ceux qui seront à sa gauche : Retirez-vous de moi, maudits, allez au feu éternel qui a été préparé pour Satan et pour ses anges. J'ai eu faim et vous ne m'avez pas donné kraanger, j'ai eu soif et vous ne m'avez pas donné à boire, j'étais sans asile et vous ne m'avez pas recueilli, j'étais nu et vous ne m'avez pas vêtu ; j'étais malade et en prison et vous ne m'avez pas visité... Alors ceux-ci iront AU supplice éternel et les justes a la vie éternelle ! »
Pour mieux faire sentir à ses disciples que son commandement par excellence, le commandement de la loi nouvelle, était la charité envers le prochain, Jésus-
Christ a voulu que le seul motif exprimé de la récompense et du châtiment fût le soulagement ou l'abandon du prochain. Mais les saintes Ecritures rappellent ailleurs que les injustes, les adultères, les parjures, ceux qui retiennent le salaire des ouvriers, l'oppresseur de la veuve et de l'orphelin, le spoliateur de l'étranger, les idolâtres, les impudiques, les fornicateurs, les voleurs, les avares, les ivrognes, les médisants, tous les vices seront exclus du royaume des Cieux, et condamnés au supplice éternel... Saint Paul afOrme que nous devons tous comparaître devant le tribunal de Jésus-Christ, afin que chacun reçoive ce qui est dû aux bonnes et aux mauvaises actions qu'il aura faites pendant qu'il était revêtu de son corps. (II Cor,)
Saint Pierre prophétise en ces termes la fin du monde, épisode terrible du jugement dernier : « Les cieux et la terre sont destinés à être brûlés par le feu au jour du jugement et de la ruine deS impies... Le jour du Seigneur viendra comme l'apparition d'un voleur... Et alors, dans le bruit d'une effroyable tempête, les cieux passeront, les éléments embrasés se dissoudront, et la terre avec tout ce qu'elle contient sera consumée par le feu... L'ardeur du feu dissoudra les cieux et fera fondre tous les éléments. Car nous attendons de nouveaux cieux et une nouvelle terre où la justice habitera. » [ir Epitre,in, 10.)
Rapprochement étrange : voilà dix-huit cents ans que les voûtes de toutes les églises chrétiennes nous redisent ce jugement des siècles par le feu, et voici quelques années à peine que ce terrible arrêt retentit dans les amphithéâtres de la science.
Saint Jean l'Evangéliste, dans son Apocahjpse (xx, 1 , et XXI, ]), fait à son tour un tableau grandiose et terrible des scènes diverses du jugement dernier : « Je vis un grand trône éclatant, et celui qui y était assis. A sa vue la terre et le ciel s'enfuirent, et il n'en resta pas même la place! Je vis ensuite les morts, grands etpetils, qui... comparurent devant le trône!.. . i)es livres furent
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ouverts, et on en ouvritencore un autre, qui est le livre de vie.., et les morts furent jugés sur ce qui étaitécrit dans ces livres, selon leurs œuvres. Et la mer rendit les morts qu'elle avait engloutis; l'enfer et les tombeaux rendirent les morts qu'ils possédaient et chacun fut jugé sur ses œuvres... Et celui qui ne fut pas trouvé écrit dans le livre de vie, fut jeté dans l'étang de feu... Et je vis un ciel nouveau et une terre nouvelle, carie premier ciel et la première terre avaient disparu et la mer n'était plus ! ... »
Les Symboles des Apôtres, de saint Athanase, de Constnntinopie et de Nicée nous forcent à croire que le Fils de Dieu fait homme viendra de nouveau sur la terre, mais danssa gloire pour juger les vivants et les morts, pour rendre à chacun, aux élus comme aux réprouvés, selon ses œuvres.
Mais alors même que ce grand événement ne nous serait pas clairement révélé et prédit, notre raison, éclairée de la foi, affirmerait sa convenance, et même sa nécessité absolue, comme conséquence et comme couronnement du gouvernement de la divine Providence.
Les jugements de l'histoire sont une sorte de jugement universel, mais loin d'exclure le jugement dernier et de le rendre superflu, ils l'appellent au contraire, ils l'exigent impérieusement comme son complément indispensable, comme sa consommation pleine et entière.
L'histoire universelle n'est qu'une sorte d'abstraction qui n'est lue par presque personne. Ses jugements ne sont pas i)ublics, ils sont incomplets, souvent contradictoires ; ce sont des jugements morts ou du moins muets qui ne s'imposent à personne ; ils ne comportent pas d'exécution. Le jugement universel, tel que l'Evangile nous le présente, constituera seul une sentence visible, éclatante, solennellement exécutée. C'est par lui seul que le jugement de l'histoire deviendra une page vivante, ouverte à tous les yeux, où elle se montrera telle qu'elle est, et non telle que l'entrevoyaient les yeux intéressés de l'homme. En même temps que ce sera le grand jour
de la glorification ou de la condamnation de l'homme, ce sera le grand jour de la justification de Dieu, du triomphe de sa sagesse admirable, qui conduit chaque être à sa fin avec douceur et sans gêner en rien sa liberté, mais avec une puissance invincible qui a renversé tous les obstacles! Le triomphe de sa divine justice, qui ne laisse aucun mérite sans récompense, aucun démérite sans châtiment ! Le triomphe de son amour, qui a tout fait pour sauver Phomme perdu, tandis que l'homme faisait tout pour se perdre ! Le triomphe de sa puissance, qui a fait servir même le mal à l'accomplissement de ses desseins éternels. Quel hymne, en effet, à la gloire de Dieu, que le cri unanime de toutes les créatures intelligentes, au jour de la consommation des temps I «Vous êtes juste, Seigneur, et vos jugements sont souverainement équitables ! » Quelle réparation grandiose que la confusion des impies et leurs cris de désespoir : « Nous nous sommes donc trompés ! »
Quel sera le lieu du jugement dernier? Nul ne le sait, mais si l'on prenait à la lettre ce passage du prophète Joël (m, 12) : « Que tous se lèvent et montent dans la vallée de Josaphat, car c'est là que je jugerai les nations! » on pourrait admettre, comme nous l'avons déjà indiqué (tom. III, p. 1099) que Jérusalem centre de la création de l'homme, de sa chute, de sa rédemption, serait aussi le théâtre de la dernière scène du monde et du jugement dernier I
Quand viendra la fin du monde ? Nul ne le sait et ne peut le savoir ; mais une interprétation légitime de la grande prophétie de Daniel, et aussi de certaines traces mystérieuses découvertes par M. Piazzi Smith dans le , couloir ascendant de la grande pyramide, conduiraient à ce résultat, que la fin du monde n'est pas très-éloignée; que les événements qui doivent y préluder commenceraienlàs'accomplir et que le dernier mot du monde aura été dit avant la fin de l'an 6000.
La vie éternelle. C'est une conséquence naturelle et nécessaire du dogme de l'immortalité de l'àme. Vie éternelle bienheureuse des justes, vie éternelle malheureuse des méchants, c'est ou paradis éternel pour les uns, ou enfer éternel pour les autres. Ceux-ci, les justes, placés à la droite, dans l'acte de l'effrayante et éternelle séparation des bons et des méchants, iront à la vie éternelle ! Ceux-là, l'es méchants, refoulés à gauche, iront au supplice éternel. C'est la sentence dernière I C'est le dernier mot du monde. C'est aussi, tout ensemble, la foi catholique, et la croyance universelle du genre humain.
Le croirait-on ? certains philosophes, les partisans antihumains ou homicides de la morale indépendante, qui voudraient que l'homme évite le mal à cause de sa seule laideur, da désordre qu'il amène, et fasse le bien à cause de sa seule bonté, sa bonté intrinsèque, en abjurant sa nature, en oubliant complètement et son désir inné de la béatitude, et son horreur instinctive de la douleur, osent reprocher au christianisme de s'occuper trop des peines et des récompenses de l'autre vie, de la vie éternelle! Il y aurait, suivant eux, plus de générosité et de grandeur à faire tout ce qu'on fait en vue du devoir seul, sans aucun espoir de récompense, sans rien attendre de Dieu et sans lui rien demander.
C'est moins impie encore que barbare. Car quel aveuglement ne faul-il pas pour oublier que la grande loi de la nature inorganique, attraction et répulsion, est aussi la grande loi de la nature organique, de l'animal et de l'homme. L'homme est essentiellement entraîné par le plaisir, voluptale trahitur, et repoussé ou arrêté par la crainte de la douleur ou du supplice. Combien est aveugle et funeste, combien est absurde ce désintéressement, même à ne considérer que la vie présente ! En effet, comment l'amour du devoir, de la vertu, de l'ordre, du bien en toutes choses, ne deviendrait-il pas plus énergique et plus puissant dans une âme, lorsque, au lieu de ne considérer le devoir, la vertu, l'ordre, le bien absolu, que comme des conceptions abstraites, sans
réalité hors de la pensée mobile et faillible de l'homme, suspendu lui-même entre l'existence et le néant, celte âme y reconnaîtrait la volonté immuable et sainte de l'être éternel et parfait, du Dieu Créateur, du Législateur, et du Rémunérateur suprême? Or c'est cet amour du bien qui, mis en pratique, constitue le mérite moral ! Sans la foi en Dieu et en la vie future, cet amour est faible et stérile, comme un rameau détaché de sa tige. Seule la foi en Dieu lui communique une sève divine, le rend fort et fécond en bonnes œuvres. La sainte^ Eglise a condamné dans Fénelon, comme une exaltation pieuse, comme une illusion dangereuse, l'idée fausse que le degré le plus sublime de l'amour de Dieu consiste à renoncer d'intention à tout, même au salut éternel. En effet, comment serait-il permis à l'homme de renoncer à l'état de félicité auquel il sait que Dieu l'appelle, auquel Dieu lui l'ait un devoir sacré de tendre incessamment, et qu'il est sûr d'atteindre à moins que, librement, il ne se fasse l'ennemi de son Dieu?
La VIE ÉTERNELLE BIENHEUREUSE, LE CIEL, LE PARADIS.
Il est fait allusion au ciel presqu'à toutes les pages de l'Ancien et du Nouveau Testament. « Là où je suis, disait Jésus-Christ, là doivent aussi être mes serviteurs. . . Je vais vous préparer une place.. . Quiconque aété fidèle dans les petites choses entrera dans la joie du Seigneur.., dans la vie éternelle... Il prendra possession du iroyaume qui a été préparé dès le commencement... Les élus recevront une couronne immarcescible... lisse reposeront de leurs fatigues... 11 n'y aura plus pour eux ni tristesse, ni plaintes, ni aucune douleur... Toute peine sera changée pour eux en une joie que personne ne leur ôtera. Ils verront Dieu,, lisseront placés sur des .trônes. ... lis auront part à sa gloire, à sa majesté, à son empire... Ils connaîtront Dieu comme ils en sont connus eux-mêmes, ils lui seront semblables,. . . participants qu'ils seront de la nature divine... » Saint Paul, qui avait été ravi au troisième ciel, au Paradis, afiirme qu'aucun œil n'a vu, qu'aucune
LA FOI ET LA RAISON. ^<.-j
oreille n'a entendu, qu'aucun cœur n'a éprouvé ou compris ce que Pieu réserve à ceux qui l'aiment.
Le concile de Latran décrète que «toute âme pure de péché est aussitôt admise dans le ciel, et voit Dieu dans sa Trinité, tel qu'il est, selon la mesure de «es mérites, l'un d'une manière plus parfaite, l'autre d'une manière moins parfaite.. ; que cette vision de Dieu ne résulte aucunement des forces de la nature, qu'elle a lieu d'une façon surnaturtlle, et n'empêche pas que Dieu reste incompréhensible pour tout esprit créé. »
Saint Augustin (sermon XXXVII) , nous donne en quelques mots une idée de la splendeur de la vie future : « La gloire, le beauté, la majesté qui sera notre bonheur, surpasse toute pensée, tout sentiment, toute parole : ce que Dieu réserve à ceux qui l'aiment est au-dessus de toute croyance, et surpasse de beaucoup notre espérance, notre amour, nos vœux, nos désirs... Le bonheur du ciel consiste essentiellement dans la vision de Dieu. En même temps qu'ils verront Dieu tel qu'il est, les élus verront en Dieu toutes les merveilles de la création, et les mystères augustes de la Révélation; l'histoire de l'univers et l'histoire de chacun des êtres de l'univers, lisse verront avant tout eux-mêmes! Comment Dieu les a aimés de toute éternité, comment il les a créés parce qu'il les aimait, comment il lésa toujourscouvés de son regard de père, etc., etc. L'histoire de leur v^ie se déroulera sous leurs yeux, jusque dans ses derniers replis... Leur foi s'est changée en vision, leur espérance en possession, mais leur charité demeure ! Ils se souviennent de ceux qui leur furent unis par les liens du sang ou de l'amitié; et ils les suivent du reg;irdet du cœur. Dieu, la lumière même, répand sur tous sa clarté, et les pénètre de son éclat. Ils se reconnaissent, se retrouvent avec joie, se comprennent et s'aiment. Tous ont une soif inextinguible de connaître, d'aimer, de jouir; et cette soif est à cha(]ue instant pleinement rassasiée; ils vont de cir .lé en clarté, de gloire en gloire, d'amour en amour, de jouissance en jouissance. »
Cci4
Et qu'on ne dise pas avec Strauss qu' « un bonheur prolongé finit par être un bonheur d'abord indifférent, puis ennuyeux, et bientôt insupportable, attendu qu'une vie sans progrès est une vie souverainement monotone et languissante. [Dogmatique, page 687. )Ce n'est làqu'une aberration d'esprit, car le bonheur du ciel aura son progrès incessant, qui ne sera pas, des ténèbres à la lumière, de la pauvreté à la richesse, de la souffrance au bien-être, mais de la vie à la vie plus abondante, de la joie à la joie plus pleine, de la clarté à la clarté plus vive, de l'amour à l'amour plus ardent... En même temps qu'il est la simplicité et l'unité infinies, Dieu est la variété et la multiplicité infiniesl Et la preuve palpable, c'est que le monde et les Mondes ont jailli de son sein. Il est l'océan éternel et éternnllement incommensurable de la vie, le mouvement perpétuel dans le repos absolu, la course alors même que le but est atteint. « Dieu, dit saint Irénée (Adversus Ilœreses, II, 47), ne cesse pas d'instruire ses élus, et ils ne cesseront pas d'apprendre pendant toute l'éternité, car ses richesses sont sans mesure et sa science sans bornes. Ce sera donc le progrès éternel ! Dans cette vie du temps, il y a incompatibilité entre l'action et le repos, entre le désir et la possession! Dans la vie future, action et repos, désir et possession sont une seule et même chose. Les bienheureux désirent et possèdent, et jouissent; ils sont heureux, et ils le deviennent de plus en plus, et toujours! »
Cependant tous les élus ne sont pas heureux dans la même mesure ; car dans la maison du Père, il y a des demeures en grand nombre. Tous voient Dieu, Dieu tout entier. Dieu qui fait la félicité de chacun : mais ils le voient diversement, à des degrés différents, et le bonheur plus grand de l'un ne cause a l'autre ni tristesse, ni envie ! La joie de l'un est la joie de tous, et cette joie est infiniment variée dans sa manifestation. L'humanité rachetée combat en ce monde trois mortels ennemis: la chair, le monde, l'erreur. Il y aura donc au ciel trois sortes de triomphateurs! Les triompha-
leurs de la chair, les vierges qui suivent l'agneau partout où il va, et chantent un cantique que nul autre ne peut chanter avec elles. Les triomphateurs du monde, le chœur des martyrs qui ont confessé le Seigneur devant les hommes, et que le Seigneur confesse à son tour devant son Père céleste. Les triomphateurs de la vérité, le chœur des docteurs qui brillent aujourd'hui comme des étoiles dans les perpétuelles éternités. L'apôtre saint^Paul a tout dit en ces quelques mots : « L'œil de l'homme n'a point vu, son oreille n'a pas entendu, son cœur n'a pas soupçonné ce que Dieu révèle à ses élus. »
On s'est par trop habitué à attribuer au bonheur du ciel un certain caractère d'inactivité ou de quiétude que l'on résumait dans ces trois mots, d'ailleurs très-significatifs: videbimus, laiidabimns, amabimus! et qui serait peut-être mieux exprimé encore par l'éternel Ah ! de Bossuet. Nous verrons, nous louerons, nous aimerons ! Mais nous ferons en même temps beaucoup d'autres choses et d'admirables choses.
Rien ne nous empêche en réalité d'admettre la pluralité des mondes habités et rachetés ou surnaturalisés.
Saint Paul n'a pas hésité à dire que Dieu avait résolu dans la plénitude des temps de restaurer dans le Christ TOUT CE QUI EST DANS LES ciEux, et tout ce qui cst sur la terre, de purifier, de réconcilier, de pacifier toutes choses par lui.
Une hymne antique du Bréviaire romain nous invite à chanter la gloire du flot de sang échappé du cœur du divin Rédempteur, et qui a purifié les continents, les îles, les astres, l'univers tout entier!
David, dans un charmant psaume que l'Eglise de Paris chantait autrefois aux obsèques des petits enfants, s'écrie plein d'enthousiasme : « Oh! Seigneur notre Dieu, que votre nom est admirable!... que votre magnificence est plus élevée que les cieux... Nous verrons un jour ces Cieux que vos mains ont épanouis, la lune et les étoiles que vous avez consolidées, elc.^ etc.
Q'^Ô LES SPLE>DEURS UE I.A FOI.
Et pourquoi les corps des élus ressuscites seraient-ils cloués d'agilité et revêtus de clarté, s'ils ne devaient pas être conviés à faire des pérégrinations mystérieuses à travers les espaces célestes ?
Où sera le paradis, le ciel? Puisque l'âme de Jésus- Christ, dit Bergier, jouissait de la i^loire céleste sur la terre, ce n'est pas le lieu qui fait le paradis ! A. la rigueur même, le paradis pourrait être un état plutôt qu^un lieu. Ce pourrait être l'univers entier dans lequel Dieu se découvrirait aux saints, et ferait leur félicité éternelle 1
Peut-être aussi que le paradis serait cette nouvelle terre et ces nouveaux lieux que Dieu nous a promis, dit saint Pierre, et dans lesquels habitera la justice éternelle. Saint Jean, dans son Apocalypse, a grandement exalté la gloire de la Jérusalem céleste, séjour de Jésus-Christ, l'agneau éternellement immolé et vivant, et des rachetés par l'agneau.
L'enfer. L'éternité des peines.
Le grand jour de l'éternilé ne se lève pas seulement pour les justes, il se lève aussi pour les pécheurs I « Ceux qui auront fait le bien, dit le Symbole de saint Alhanase, entreront dans la vie éternelle, et ceux qui auront fait le mal iront au feu éternel.
Aucun dogme de foi ne blesse plus profondément ce que l'on a fallacieusement appelé la conscience moderne. Le dogme de l'enfer est au temps présent, ce que sera, au dernier des jours, le départ pour l'enfer : Ite maledicti ! le crible qui sépare les élus des réprouvés I Strauss et, après lui, tous les rationalistes modernes vont répétantquc l'enfer révolte le sens humain, qu'il fait injure k la sainteté et à la bonté de Dieu.
Et cependant l'éternité des peines est admise comme indubitable, comme certaine, par la tradition de tous les peuples de la terre, par le vulgaire comme par les génies les plus éminents Prométhée : Sisyphe, Ixion, Tantale, Thésée, les Danaïdes, sont les témoins
vivaiiis et solennels du tourment éternellement réservé aux ennemis Je Dieu.
Le dogme de l'enfer est d'ailleurs clairement révélé par Jésus-Christ qui est infiniment Saint, Juste, Bon, comme son Père éternel est infiniment Saint, Jnste, Bon 1 Et qui a aimé les hommes jusqu'à mourir pour eux.
Q[\e\ grave et lucide enseignement que celui de la j^arabole du mauvais riche et du pauvre Lazare I
Luc, XVI, 20.) Il y avait un homme riche, vêtu de pourpre et de lin, et qui faisait chaque jour des repas splendides. Il y avait aussi un mendiant nommé Lazare, couché à sa porte, et couvert d'ulcères, enviant pour sa nourriture les miettes qui tombaient de sa table^ mais personne ne lui en donnait. Or il arriva que le mendiant mourut et qu'il fut porté par les anges dans le sein d'Abraham. Le riche mourut à son tour et fut enseveli dans l'enfer. Lorsqu'il était dans les tourments, levant les yeux, il vit de loin Abraham et Lazare dans son sein. Et, s'écriant, il dit: « Père Abraham, ayez pitié de moi! Envoyez Lazare pour qu'il trempe le bout de son doigt dans l'eau et rafraîchisse ma langue, car je souffre cruellement dans cette flamme. » Et Abraham lui dit : entre
VOLS ET NOUS IL EST A JAMAIS UN tRAND ABOIE ! CEUX QUI VOUDRAIENT PASSER D'iCI A VOUS, OU DE VOUS A NOUS
NE LE POURRONT PAS. Et le riche dit: « Père Abraham, j'ai cinq frères, envoyez-leur quelqu'un qui leur atteste ces choses, afin qu'ils ne viennent pas, eux aussi, dans ce lieu de tourments. » — Abraham lui dit : « Ils ont Moïse et les prophètes, qu'ils les écoutent I j> — « Non, père Abraham, mais si un mort leur apparaît, ils l'écouteront. » — Abraham lui répondit : « S'ils n'écoulent pas Moïse et les prophètes, quand bien même un des morts ressusciterait, ils ne le croiront pas! »
Est-ce un apologue? Est-ce une histoire? L'un et l'autre, sans aucun doute. Ce (|ui est un apologue c'est le sentiment de commisération du mauvais riche pour ses frères, qu'il voudrait prémunir contre la damnation éter-
638 l^ES SPLE>'DEURS DE LA FOI.
nelle, sentiment qui ne peut être qu'une figure, car, confirmé dans le mal comme le démon, le damné voudrait voir son supplice partagé par tous ! Mais ce sentiment devait servir de motif à cet enseignement incomparable : « Ils ont Moïse et les prophètes, ils ont le témoignage des splendeurs de la foi et l'Église! S'ils ne croient pas à l'Église, aux Splendeurs de la Foi, ils ne croiront certainement pas, du moins d'une foi efficace, à l'apparition d'un morti Ils craindront plutôt d'avoir été victimes d'une illusion, et rougiront peut-être d'en parler, parce qu'on rirait d'eux.
Les peines del'enfersont donc éternelles ÎEntrel'enfer et le ciel c'est un abîme infranchissable. Iln'est pas même pour le damné de soulagement ou de rafraîchissement»
Et qu'on le remarque bien, le mauvais riche n'était pas un grand criminel ; c'était simplement un homme du monde, ami de la bonne chère et égoïste.
Jésus-Christ a affirmé sous d'autres formes et plus explicitement le dogme capital de l'éternité des peines. « Ne craignez pas ceux qui ne peuvent tuer que le corps; mais craignez celui qui peut jeter l'âme et le corps dans l'enfer.. ! 11 vaut mieux pour vous entrer dans le royaume des cieux avec un seul œil, une seule main, un seul pied, que d'aller avec deux yeux, deux mains, deux pieds en enfer, où le ver rongeur ne meurt pas, où le feu qui brûle ne s'éteint pas. » (Marc, ix, ^4.)
Mais la sentence du dernier des jours est plus souverainement décisive. « Retirez-vous de moi, maudits,
ALLEZ AU FEU ÉTERNEL, QUI AVAIT ÉTÉ PRÉPARÉ POUR LE DIABLE ET SES ANGES. » ET CEUX-CI IRONT AU SUPPLICE ÉTERNEL !
Ce n'est pas le feu seulement qui sera éternel : c'est le supplice!
Et cette sentence, et ce dénouement sont sortis de la bouche de Jésus-Christ qui était la sainteté, la justice, la bonté, la douceur infinie. Donc l'enfer est éternel 1 Toujours souffrir, jamais mourir!
Ouoiqu'il reste un épouvantable mystère, l'enfer ne nie pas, mais affirme le Dieu saint, juste et bon ! Ce doamo, iMi efl'et,est la clef de voûte de tout l'édifice chrétien, le couronnement forcé de l'histoire du monde.
Otez l'enfer éternel, comme terme inévitable du mal, vous supprimez équivalemment et nécessairement toute ditïérence entre le bien et le mal, entre l'ange et le démon! L'édifice du plan divin et de la divine providence est repversé de fond en comble. En réalité, le ciel et l'enfer éternels sont la consécration pratique du principe fondamental de la morale naturelle, la distinction entre le bien et le mal, entre l'erreur et la vérité, entre la négation et l'affirmation. L'enfer est la base du christianisme ! Si l'enfer n'était pas éternel, disait saint Bernard, le Fils de Dieu ne se serait pas fait homme pour nous racheter! Si la peine du péché n'était que temporelle et finie, pourquoi aurait-il fallu que l'Infini, que l'Eternel subit cette peine à notre place?
L'Infini souffre, il meurt, il faut donc que la cause pour laquelle il donne sa vie soit elle-même quelque chose d'infini ! Or la peine temporelle subie par un être fini, n'a en elle-même absolument rien d'infini.
Dieu est infiniment bon, infiniment miséricordieux! Oui! Mais sa justice est aussi infinie que sa bonté et sa miséricorde. C'est pourquoi, de même qu'il récompense d'une manière digne de lui, il doit punir aussi d'une manière digne de lui ! Comme le ciel des élus, l'enfer des réprouvés doit être éternel.
Ouelque supplice quevousy supposiez, si vousy laissez l'espérance, l'enfer n'est plus l'enfer delà justice de Dieu.
S'il devait venir un jour où le juste et le pécheur, le martyr et son bourreau, le persécuteur et sa victime jouiraient du môme bonheur, Dieu ne serait ni juste ni miséricordieux !
Et qu'on ne dise pas que le bourreau ne serait l'égal de la victime qu'après l'expiation par la souffrance méritoire I Que celte égalité de fait suppose avant tout que le
bourreau a désavoué et expié son crime ! Car le désaveu^ l'expiation méritoire exigent impérieusement la liberté. Or la liberté finit pour l'homme avec sa vie terrestre, au terme de son pèlerinage, quand retentit ce terrible arrêt, il n'y aura plus de temps ! De temps pour le travail, de temps pour le négoce. La porte est close à jamais 1 Je ne vous connais pas !
Ajoutons, et c'est le dernier mot, la suprême consécration du dogme de l'éternité des peines I Ou l'arbre TOMBE, IL RESTERA 1 Hors de II vie, plus de liberté, plus de mérite, plus de désaveu, plus d'expiation 1 La volonté est a jamais comlirmée soit dans le bien, soit dans le mail Confirmée dans le bien et dans l'amour par la Tue et la possession de Dieul Confirmée dans le mal et dans la haine, parla certitude de Dieu à jamais perdu î £t celte confirmation dans le mal, n'est pas autre chose, au fond, que la perpétuité et l'éternité du péché.
Oui la raison dernière, la cause véritable de l'enfer éternel sont tout entières dans la volonté essentiellement et éternellement mauvaise du pécheur. Aussi ce qui m'effraye, ce n'est pas tant l'enfer que la confirmation dans le mal de l'âme morte dans le péché 1 Le réprouvé voudra son supplice, il repoussera tout pardon, semblable aux grands criminels politiques qui refusent avec indignation la grâce qui leur est octroyée par le souverain, qu'il faut arracher avec violence à la prison, et qui n'en sortent que pour se condamnera l'exil, exil qu'ils voudraient éternel si le souverain devait régner éternellement l
Dans ces conditions, l'éternité des peines est un acte de justice, mais elle reste, dira-t-on, un acte de cruauté ; aliène cesserait d'être cruelle qu'autant que Dieu anéantirait le réprouvé 1 Non t Dieu n'anéantit pas ses créatures. Kn anéantissant l'homme, il se contredirait lui-même, car il lui a donné le pressentiment et le désir inné de son éternité, et il lui a assigné des destinés immortelles I L'anéantissement ne serait pas une expiation.
Il ne sera pas inutile de présenter sous une autre
forme, avec M^' «Je Pressy, évoque de Boulogne, le résumé des preuves métaphysiques de l'équité des peiaes éternelles de l'enfer.
I. Le péché mortel, par sa grièveté infinie, exige une peine infinie, et parce que cette peine ne peut pas être infinie dans son intensité, elle doit être infinie dans sa durée. La malice du péché mortel est infinie! En effet : 1° le péché mortel joint à sa révolte le déicide : il ne veut pas que Dieu soit sa fin dernière, or il est de l'essence de Dieu qu'il soit la fin dernière de l'homme. Le péché comprend implicitement l'exécrable désir que Dieu ne connaisse pas le crime commis, ou qu'il le connaisse sans vouloir le punir ; ou qu'il veuille le punir sans le pouvoir ; c'est-à-dire qu'il nie tout à la fois la science, la justice et la puissance infinies, trois attributs essentiels de Dieu. 2° L'ingratitude du pécheur est infinie, car il a reçu de Dieu des biens rigoureusement infinis, la création, l'incarnation, la rédemption, l'assurance d'un bonheur éternel: cette ingratitude infinie appelle une peine infinie autant qu'elle peut l'être.
II. Celui qui pèche mortellement veut, autant qu'il le peut, pécher toujours ; il mérite donc d'être puni toujours. Le pécheur, dit saint Bernard, ne cesserait jamais de vouloir son péché s'il n'avait jamais à mourir ! Ou plutôt il voudrait vivre toujours pour pouvoir toujours pécher. Aussi peut-on dire de lui que, dans un petit espace de temps, il a rempli la mesure des temps infinis, et mérité de souffrir toujours.
III. L'âme impénitente ne pouvant, après la mort, ni effacer la tache, ni abolir la coulpe, ni perdre le souvenir de son péché, doit en subir toujours la peine. Les damnés, comme autant d'enragés, sentiront vivement leur malheur, mais ils s'applaudiront de leur conduite, et ils aimeront mieux être toujours ce qu'ils sont que de n'être pas. Ils auront si complètement perverti leur intelligence, qu'ils l'auront rendue complètement incapable de juger sainement des choses. Il faut dire des réprouvés ce que Bossuet dit des démons: «Maudits esprits, haïs d(
542 LES SFLEM)EURS DE LA FOî.
Dieu elle haïssant! Comment êtes-vous tombés si bas? Vous l'avez voulu, vous le voulez encore, puisque vous voulez toujours être superbes, et que par votre orgueil indompté, vous demeurez toujours obstinés à votre malheur! Vous n'êtes capables que de ce plaisir noir et malin, si on peut l'appeler plaisir,que donnent un orgueil aveugle et une basse jalousie. »
IV. Les peines infligées au péché doivent être éternelles, parce que les récompenses magnifiques et surnaturelles^ promises par pure grâce à la vertu sont pareillement éternelles. En effet: 1° un crime de lèse-majesté divine n'est pas moins digne de châtiment qu'un acte héroïque d'amour divin est digne de récompense; â° il n'y a pas d'injustice à augmenter la durée du châtiment au-delà du temps pendant lequel le cime, considéré dans sa seule nature, mérite d'être puni, pourvu qu'on augmente dans une proportion égale la durée du temps pendant lequel l'acte d'amour de Dieu considéré dans sa seule nature mérite d'êîre récompensé.
Le lieu de l'enfer. Où est situé l'enfer? Dieu seul le sait ! La révélation ne nous l'apprend pas, et nous n'avons à cet égard que des conjectures! Beaucoup ont cru pouvoir placer l'enfer au centre de la terre, foyer incandescent de la chaleur centrale. Celte opinion semble insinuée par cette parole de Jésus-Christ : « Je voyais Satan tomber du ciel comme la foudre! » Tomber s'applique surtout aux chutes vers la terre. Saint Augustin qui, dans son live de Genesiad litteram, avait dit que l'enfer n'est pas sous terre, reconnaît dans ses rétractations qu'il aurait dû plutôt dire le contraire. Et il ajoute: Dieu seul, qui a préparé Tenfer, sait ce qu'est et ce que sera l'enfer. Il sait seul son lieu, sa longueur, sa largeur, sa profondeur.
Les peines de l'enfer. Elles sont de deux sortes : les peines de privation, peines du dam, et les peines corporelles, peines des sens.
Peines du dam. Le réprouvé a perdu Dieu. La perte
F.A FOI ET LA RAISON. g43
■lie Dieu fait, à proprement parler, l'enfer. Dieu perdu, consolation, espérance, soulagement, tout est perdu. Le réprouvé ne vit plus que pour le tourment, son tourment propre et le tourment des autres. Il est constitué à l'état de vase de colère, dont le Psalmisle a dit : « Calice rempli d'un mélange amer, qui se répand tantôt par un bord, tantôt par l'autre, sans que sa lie soit jamais épuisée : tous les pécheurs de la terre en boiront. » [Psaume LXXIV, 9.)
Peines des sens. En outre de la peine du dam, le réprouvé est tourmenté dans toutes les puissances de son âme! Son imagination lui représente sans cesse les joies des élus! Sa mémoire est toute pleine de son péché <}u'il tourne et retourne sans cesse! Sa raison déroule devant lui l'éternité! Sa volonté se consume dans une lutte désespérée contre son sort irrévocablement fixé. C'est là le ver rongeur qui ne meurt pas, auquel il faut ajouter le feu qui ne s'éteindra pas. Est-ce un feu métaphorique, est-ce un feu physique? Il est de foi ou presque de foi, que le feu dont l'ardeur se fait sentir aux démons et aux âmes des damnés, est un feu physique, allumé par la justice de Dieu, mais qui brûle sans combustible; que la volonté et la toute-puissance de Dieu rendent apte à se faire sentir même aux purs esprits. N'est-ce pas un événement vraiment providentiel, qu'une des plus grandes découvertes de la science moderne ait été celle d'un feu excité par la seule concentration, au foyer d'une lentille, dans l'air ou même dans le vide, d'un feu qui consiste uniquement dans les vibrations du fluide lumineux ou élhéré ; feu assez intense pour rendre le platine incandescent, qui s'identifierait d'autant mieux avec le feu de l'enfer qu'il est ou peut être absolument invisible ou obscur, comme l'exige l'étrange et effrayante association des ténèbres etdes ardeurs éternelles, à laquelle les livres saints font si souvent allusion !
Mais comment expliquer le mystère de la conservation éternelle de l'existence des damnés et des démons, au 5eia d'un feu si ardent, et de souilrances physiques
g?! LES SPLENDEUnS DE LA FOI.
si excessives? C'est le secret de Dieu! Mais il est dans l'Evangile une parole extraordinaire qui explique tout ! <i Leur ver ne meurt pas, leur feu ne s'éteint pas, car b victime est salée et conservée par le feu, comme le? chairs sont conservées parle sel.» C'est Jésus-Christ qui parle. Par sa toute-puissance, Dieu, moteur suprême excite et entretient éternellement ces vibrations ardentes! Et par un autre effet de sa toute-puissance il conserve leurs malheureuses victimes, sans que jamais le sentiment de la douleur puisse s'émousser en elles! Dieu, disait saint Augustin, torture et épargne, il tourmente et il préserve ; de sorte qu'après des millions de siècles, leur peine sera aussi nouvelle et aussi intolérable qu'au premier instant. Le réprouvé meurt et il vit. Il succombe et il subsiste.
Soulagement des peines des damnés. Saint Augustin [Enchiridium, cap. cxii), ne blâme pas ceux qui croient que les peines afflictives des réprouvés sont de temps en temps soulagées ou adoucies : il permet de soutenir cette opinion, pourvu qu'on ne la présente que comme une simple hypothèse, et qu'on ne nie pas l'éternité du supplice des damnés. Lemême saint docteur enseigne que les prières que l'on fait pour les damnés leur sont utiles, non pour abréger leur damnation, mais pour la rendre tolérable. Il ne défend pas de penser que pour un grand nombre de damnés, moins criminels que Judas, il est mieux d'être que de ne pas être, dé sorte qu'ils ne regretteraient pas d'avoir été tirés du néant. Il ne trouve pas à redire qu'au lieu de les traiter avec dureté. Dieu use envers eux d'une certaine miséricorde en les punissant moins qu'ils ne le méritent.
Nous no discuterons pas cette opinion; nous nous conlenteron'^i de la rappeler, en ajoutant qu'elle ne nous Est p?>s s mpathique, qu'elle n'a à nos yeux aucune probabilité, parce que nous prenons à la lettre, l'abîme
INFK NCHISSABLE ENTRE LE CIEL ET L'eNFER, et le refUS
fait au mauvais riche d'une goutte d'eau qui rafraîchisse un inslan. sa langue; comme aussi cet arrêt de VApo-
LA FOI ET LA RAISOÎS. g^g
talijpse ;xiv, il) : lisseront tourmentés nuit et jour... Us n'auront de repos ni le jour ni la nuit ; mais nous renvoyons ceux qui voudraient l'approfondir aux instructions pastorales de M^' de Pressy, évèque da Boulogne (Œuvres complètes, édition de Migne, colonne o43 et suivantes), comme aussi aux œuvres de M. l'abbâ Emery ^édition de Migne, colonne 1407 et suivantes). 31. Emery conclut ainsi : «Aujourd'hui que l'on dispute plus sur la nature et sur l'excessive rigueur des peines de l'enfer que sur leur réalité, la charité, la prudence ne prescriraient-elles pas de faire remarquer, à l'occasion, que ce qui parait révolter le plus, dans l'espèce et la durée de ces peines, n'appartient point à la foi; que dans le sein des écoles catholiques, il existe sur la nature du feu de l'enfer, sur Tintensité de ses peines, et particulièrement sur la possibilité d'en procurer la mitigaiion, des opinions auxquelles ils peuvent adhérer sans scrupule et qui sont bien propres à calmer ce qui révolte le plus leur imagination. »
Mais à quoi bon ces compromis? Il ne viendra pas même à l'esprit du damné de trouver son châtiment trop cruel. Il se sentira éternellement écrasé sous le poids de la justification divine! Us disent : « le Seigneur est injuste! Est-ce moi qui suis injuste, ne sont-ce pas leurs voies corrompues. 0 cieux, frémissez d'étonnement ! Pleurez, portes du ciel et soyez inconsables 1 Car mes enfants ont fait deux grands maux! Us m'ont abandonné, moi qui suis une source d'eau vive ; et ils se sont creusé des citernes tourbeuses qui ne peuvent pas retenir l'eau qu'on leur confie... Il se fait vraiment sur la terre des choses étranges, et qu'on ne peut écouter qu'avec le dernier étonnement... Le milan connaît dans le ciel quand son temps est venu; l'hirondelle et la cigogne savenl discerner la saison de leur passage, et mon peuple n'a point connu le temps de mon jugement..! J'ai nourri des enfants, et après cela ils m'ont méprisé. Le bœuf connaît celui à qui il est; et l'âne l'étable de son maître, mais
646 LES SPLEiNDEURS DE LA FOÎ.
mes enfants ne m'onl point connu..! Ils ont brisé mon joug, ils ont rompu mes liens, et ils ont dit : Je ne servirai point !... Est-ce moi qu'ils irritent"? dit le Seigneur. Ne se blessent-ils pas plutôt eux-mêmes, en se couvrant de conlusion?... Que de fois je leur ai dit: Appelez-moi donc au moins maintenant, et invoquez-moi ! Dilesmoi, vous êtes mon Père! Ne laissez pas passer le jour de ma miséricorde; cherchez le Seigneur pendant qu'on peut le trouver ; invoquez-le pendant qu'il est proche ; convertissez-vous, revenez à votre père, et je guérirai le mal que vous vous êtes fait en vous éloignant de moi! Car ce sont vos iniquités qui ont détourné mes grâces, et vos péchés qui se sont opposés au bien que je voulais vous l'aire. Que de fois j'ai dit aux ministres de ma justice : Instruisez, instruisez encore 1 Attendez, attendez encore! Vous vous êtes obstinés à dire : Je suis sans péché, je suis innocent!... Alors la fin est venue, venue est la lin!.. J'entrerai en jugement avec vous! Votre propre malice vous accusera; c'est du milieu de vous que je ferai sortir le feu qui dévore vos entrailles... Alors l'affliction vous donnera l'intelli^îence ; et toute initiaité fermera la bouche au méchant forcé de dire : Hélas ! malheureux que je suis; ma plaie est maligne et incurable, c'est moi qui suis l'unique cause de mon mal, et il est juste que je le souffre. »
Que faire en présence de ce langage évidemment divin? Se taire, trembler et adorer.
Chapitre Trente-Septième. — l'Église. Hors de lÉglise point de salut. — L'Église et la civilisation. — la civilisation sans l'Église est la barbarie. —1 Eglise et l'État. — le Pouvoir temporel du Pape. — L'Église. Définition et mission de t Eglise. — L'Eglise, dans la définition de saint Paul, est le corps mystique de Jésus-Christ. Ce corps a son organisation harmonique parfaite, avec distinction de rangs et de fondions, formant une hiérarchie céleste et terrestre à la fois.
Le Christ, la tête de ce corps, habite les cieux d'où il
- . LA FOI ET LV P.Alsn^. g^-j
fait rayonner les Ilots de sa lumière divine. Le successeur de Pierre, chef visible de l'Eglise, est le premier illuminé de ses rayons. Ses lèvres, organe de l'Esprit-Saint, s'ouvrent pour promulguer les décrets de la sagesse éternelle.
Au-dessous de ce chef suprême, rattachés à lui par des liens sacrés, agissent de nobles organes dont les fonctions multiples concourent à diffuser la vie divine du Dieu Sauveur.
Parce que Jésus-Christ, la tête, est un, l'Eglise est une, et parce que Jésus-Christ est saint, l'Eglise est sainte : sainte dans ses origines et dans sa fin ; sainte par , l'esprit qui l'inspire et par les vertus qui fleurissent au souflle de cet esprit; sainte dans sa doctrine et se§ préceptes ; sainte dans l'élite de ses enfants.
Jésus-Christ est la voie, la vérité et la vie ; donc l'Eglise seule, à Texclusion de toute autre institution, est la voie qui conduit à la vérité sans ombre et à la vie sans déclin. Oui ne l'a pas pour mère, qui n'est pas nourri de son lait, qui n'est pas vêtu par ses mains virginales et maternelles de la blanche tunique de l'agneau, n'a pas Dieu pour père; il n'entrera pas dans la salle du festin, il ne s'assoira pas à la table des enfants de la famille... ■ Jésus-Christ avait une œuvre essentielle et grande à faire, il avait pour mission de tout délivrer, de tout racheter, de tout purifier, de tout déifier, L'Eglise, rayonnement et épanouissement de Jésus-Christ, est par là même universelle ou catholique. Tous les temps sont à elle, comme tous les lieux. En quelque endroit qu'elle pose le pied, elle est dans son propre domaine, toute la race des fils d'Adam lui a été donnée en héritage, elle a la charge de l'humanité tout entière. Les nations et les peuples n'ont plus le droit de s'en tenir à la vie de simple nature, soumis aux seules lois de la raison: comme les individus, ils doivent accepter, avec la révélation, une forme de vie supérieure et surnaturelle, qui, loin d'absorber leur existence naturelle, l'agrandit, l'ennoblit, et la couronne...
Mais comment se réalisera cette prise de possession de l'humanité par l'Eglise? Une parole a été dite, puissante et féconde comme la parole de Dieu : « Allez, enseignez toutes les nations! Vous conquerrez les âmes par les âmes; les sociétés, par les sociétés, et jusqu'au sol sur lequel elles s'appuient. Et vous conquerrez tout cela non pour dominer à la façon des despotes de la terre, mais pour m'incorporer le genre humain. »
L'Elglise, pour exécuter l'ordre qu'elle a reçu, a droit à la liberté du parcours et de la parole; liberté pleine et entière, sans restriction, liberté qu'elle n'a pas à demander aux pouvoirs temporels, mais qui est de droit absolu et divin I Pas de barrières, pas d'entraves, il faut que TEglise soit libre ; et pour la faire libre, Dieu qui veut sauver le monde y mettra la force de son bras !...
VEglise est une société et une société parfaite. — L'Eglise est une société, c'est-a-dire une multitude d'êtres intelligents et libres, unis dans la poursuite d'une même fin. Membres de l'Eglise, nous ne sommes pas des unités isolées, jetées au hasard sur tous les points du globe, ne relevant que de nous-mêmes, livrés à nos propres forces ou plutôt à notre faiblesse. Nous formons une société universelle et immense... Cette société, l'Eglise, est divine, spirituelle, surnaturelle; mais néanmoins, par les membres qu'elle recrute, par les relations extérieures qu'elle noue avec eux et entre eux, par les moyens sensibles qu'elle emploie, elle est une société humaine ; elle vit sur la terre; elle respire dans l'atmosphère qui nous entoure; elle se déploie dans l'espace et dans le temps; elle est une voix qui parle, écho fidèle de la voix d'en haut, et qui retentit jusqu'aux extrémités du globe ; elle est une main qui s'étend, qui gouverne, qui bénit, et aussi qui punit ; elle est la lumière, non pas cachée sous le boisseau, mais placée sur le chandelier ; elle est la cité élevée sur la montagne, exposée aux regards et visible pour tous; le bercail où tous doivent entrer, tous devant être ses enfants, doivent pouvoir la reconnaître, la discerner... Mais comment la discerner
si elle n'a pas sur le front des signes inimitables, et la majesté d'une couronne posée de main divine? Enlevez à l'Eglise cet éclat, ce resplendissement, cette visibilité, il n'y a plus de société religieuse universelle ou catholique...
Toute société est constituée par le principe qui la spécifie, la détermine, la distingue, lui imprime un caractère particulier, lui donne sa physionomie propre, la caractérise enfin dans la hiérarchie des sociétés. Ce principe déterminant et constitutif d'une société, c'est essentiellement sa fin. La fin de l'EgUse c'est Dieu vu dans son essence. Dieu possédé dans son bonheur propre par les hommes... 31ener les hommes à ce but supérieur, voilà sa mission.
Toute société implique une organisation... Dans l'Eglise, il y a un peuple gouverné et un gouvernement constitué par mandat divin, gouvernement doté d'un double pouvoir : d'un pouvoir cVordre indélébile, immédiatement coordonné à la sanctification des âmes, par l'administration des sacrements : un pouvoir de juridiction dont le rôle est de régir le troupeau de Jésus-Christ, soit en proposant d'une manière obligatoire à l'intellie;ence humaine la doctrine de la vraie foi, soit en dirigeant efficacement la volonté humaine par des commandements proprement dits. De là aussi une double hiérarchie : hiérarchie d'Ordre, hiérarchie de Juridiction.
Au sommet, le Pontife romain, le vicaire de Jésus- Christ, Prince ou Père suprême, qui possède sur l'Église tout entière une pleine et universelle puissance appelée Primauté.
Au-dessous de lui sont les Évêques, pasteurs véritables et proprement dits. Institués dans l'Eglise pour être les coopérateurs du souverain pontife, pour partager avec lui le poids de la sollicitude pastorale, ils ont, en vertu de l'institution divine, l'aptitude nécessaire pour diriger parfaitement les fidèles, élevés qu'ils sont au degré plus haut de la hiérarchie de l'Ordre...
Viennent ensuite les prêtres, coopérateurs des évê-
ques, en vertu de leur instilution, dans l'administration des sacrements, l'Ordre et la Confirmation exceptés.
La constitution de l'Eglise est une constitution monarchique, l'Église est une monarchie... Mais quelle monarchie? Absolue, tempérée, représentative? On pourrait dire avec Bellarmin,qne c'est une monarchie tempérée d'aristocratie et de démocratie. Mais laissons là toutes les épithètes; il vaut mieux dire, avec le concile de Florence, dont le concile du Vatican a reproduit la définition, quele Pape possède le plein pouvoir de gouverner toute l'Eglise.
Cette Eglise est-elle une société parfaite? On entend par société parfaite, dans la langue du droit social, une société autonome, indépendante, qui s'appartient pleinement à elle-même ; dont la fin, et les moyens nécessaires pour l'atteindre, ne sont pas subordonnés à la fin et aux moyens d'une autre société. Celte définition admise, l'Église est une société parfaite. Elle n'est point née de la volonté des hommes, mais de la volonté de Jésus-Christ. Elle est le royaume de Dieu sur la terre ; elle est affranchie en droit de toute sujétion humaine; elle jouit souverainement de la triple puissance législative, judiciaire, coercilive, môme par des moyens matériels. Car, si eu égard à son origine, elle est une puissance spirituelle, elle est en même temps une société temporelle, puisque dans les conditions du temps, ses sujets sont des hommes faits d'esprit et de matière. En raison même de sa perfection, l'Église n'est nullement sujette à la loi universelle du changement, elle demeure ferme et immuable au milieu de ce torrent de siècles qui emporte hommes et empires. Mais ce n'est pas l'inertie immuable de la matière, c'est bien plutôt la vivante et féconde immutabilité de Dieu!
L'Église est une société vivante et féconde. — L'Église, à coup sur, est un chef-d'œuvre, le chefd'œuvre de Dieu! Elle est vivante; elle se traduit et se révèle en vertu d'une force intime, secrète, qui jaillit du profond de son être et la pousse en avant, la vie. Elle se meut d'elle-même. Elle parle, et l'on sait bien que sa
parole n'est pas un pur éclio, plus ou moins retentissant, mais qu'elle est animée par le souflle d'une poitrine vivante. A sa démarche pleine de grâce, mêlée de majesté, on reconnaît une reine. Elle agit, et son action porte le signe irrécusable d'une énergie vitale, qui se reflète et s'exprime au dehors. L'Eglise est dotée, en un mot, du mouvement éminemment spontané, qui est le caractère propre 'de la vie. Cette vie de l'Eglise est indépendante de tous les pouvoirs humains. Sans doute que, dans le cours des âges, elle a souvent noué des alliances intimes avec les puissances de la terre ! Elle croit, et elle enseigne que l'union entre l'Eglise et l'Etat est dans la nature essentielle des choses; qu'elle est voulue de Dieu; que de cette entente cordiale résultent de grands biens pour la vie des âmes et pour le vie des corps ; pour la vie des individus et pour la vie des nations.
Elle dit aux gouvernements qui la renient : Vous ne voulez plus me tendre la main, marcher de concert avec moi, faire avec moi la grande œuvre de la civilisation chrétienne, tant pis pour vous! J'ai reçu ma consigne d'en haut! Je vivrai sans vous et malgré vous ! Je n'ai jamais été plus vivante que lorsque, dépouillée de tout signe extérieur, livrée au mépris des sages et aux coups de la foule sanguinaire, flagellée parla langue menteuse des calonïniateurs lettrés, soufllelée par la main des valets,j'ai retracé aux yeux du monde la noble et sanglante image du Christ couronné d'épines, que le lâche proconsul romain livre à la plèbe juive en disant: Voilà l'homme! C'est presque ma condition actuelle! En me montrant on crie : Voilà l'ennemi ! El cependant je suis vivante, bien vivante! A côté de moi se dressent des Eglises rivales! Elles font, en apparence, grande figure sur cette terre. Elles ont à leur service la triple puissance, de l'or qui achète tout, de la force qui fait tout plier, de la diplomatie qui vient à bout de tout! Le drapeau de l'Angleterre, l'épée de l'empereur d'Allemagne, et le sceptre de l'autocrate de toutes les Russies les protègent ! Vivent-elles? Sans autonomie, sans indépendance, sans action propre,
CN-n LES SPLENUEUnS DE LA FOI.
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circonscrites dans les limites que leur a tracées le doigt de l'homme, honteusement courbées sous lejoug, elles végètent, méprisées, dans le déshonneur de la servitude, et dans l'opprobre de la stérilité!
L'Eglise catholique est vivante ; elle a la vie à son plus haut degré, avec ses caractères distinctifs : l'unité et la fécondité. La vie de l'Eglise est une vie une et toujours identique à elle-même ; une vie perpétuelle et d'une fécondité inépuisable ! Une seule foil Un seul baptême! Un seul autel. Un seul enseignement! L'Eglise seule s'est soumis à ce point la pensée humaine, que celle-ci, dans les esprits les plus élevés comme dans les plus humbles, a vécu de son souffle et s'est nourrie de sa parole. Une seule foi acceptée par des millions et des millions d'hommes; disant une même parole toujours identique à elle-même, dans les temps les plus divers et sous les formes les plus multiples, engendrant l'unité des intelligences dans l'adhésion à la même vérité; l'union des cœurs dans un seul et même amour de Dieu et de nos frères ; l'unité d'obéissance dans la même soumission à une autorité suprême, portant au front le sceau de l'autorité divine et inclinant toutes les volontés humaines, si rebelles et si orgueilleuses, sous la majesté d'un même commandement; enfin unité des âmes dans une même adoration.
Un autel! toujours le même, quoique dressé sur tous les points du globe! Une victime toujours la même, quoique offerte chaque matin à l'orient, à l'occident, au septentrion, au midi! Un sacerdoce, de tous les temps, de tous les lieux, repassant dans son cœur et murmurant sur ses lèvres la prière detouslesfils gémissants d'Adam; puisant au cœur entr'ouvert de Jésus-Christ les flots du sang régénérateur, pour le faire coulerpar les canaux des sept sacrements dans les veines épuisées de l'humanité.
Chaque corps vivant cache dans ses entrailles une force secrète qui le dote d'une certaine immortalité ; car, grâce à elle, il peut se reproduire dans d'autres corps et faire jaillir des Ilots de vie jusqu'aux générations les
LA FOI ET LA RAISON. q-^j
plus lointaines. Aussi Jésus-Chrisl a-t-il donné a son Église la gloire d'une fécondité sans exemple, qui échappe à toute défaillance et qui dépasse toutes limites. Par sa catholicité et parsasainteté, l'Eglise nous offre ce double miracle d'une vie universelle toujours conquérante, toujours parée de feuilles, de fleurs, et de fruits 1
Catholicité de vocation : Je vous ai choisis et je vous ai placés pour gue vous alliez, que vous portiez des fruits, et que ces fruits demeurent. Catholicité de mission: Allez, enseignez toutes les nations, baptisez-les, et apprenez-leur à garder mes commandements !
Celte double catholicité de vocation et de mission, d'aptitude et de fait, l'Eglise seule la possède ! tlomme il n'y a qu'un soleil levé sur nos têtes et éclairant le monde de sa lumière, il n'y qu'une religion embrassant tous les temps, tous les lieux, toutes les âmes, survivant depuis près de vingt siècles à toutes les générations éteintes, s'adaptant tour à tour à tous les âges et à toutes les races de l'humanité; répondant à tous les besoins» prenant de plus eu plus possession de l'espace; subissant çà et là des pertes et des amoindrissements, mais réparant la défaite d'aujourd'hui par les conquêtes du lendemain ; poussant jusqu'aux frontières extrêmes du monde les légions pacifiques et conquérantes d'un apostolat que n'arrête nul obstacle, que n'effraye nulle barbarie, que ne décourage aucune résistance, qui ne dit jamais, c'est assez I
Il en est de la sainteté de l'Eglise comme de sa catholicité. Elle possède une sainteté intime, fondamentale, qui est le principe de sa sainteté extérieure, qui constitue la substance de sa vie, qui lui a été infusée par Jésus- Christ. De cette source profonde et vive, s'épanchent les eaux fécondantes, qui sur cette terre enflée par l'orgueil, souillée par la luxure, desséchée par l'égoïsme, dévorée par la cupidité, au sein de cette humanité rongée par mille passions sensuelles, engendrent des légions saintes.
VEglise est une société nécessaire. — Hors de VEglise pas de salut. Kien de plus certain que celte
gc» LES SPLENDEURS DE LA FOI.
maxime : Hors de TEglise pas de salut ! Jésus-Christ a dit: Je suis la voie, la vérité, la vie. Or l'Eglise n'est que l'extension, l'épancliement de Jésus-Christ sur tous les points de la durée et de l'espace, donc elle est la voie en dehors de laquelle on ne peut que s'égarer; elle est la vérité qui seule éclaire l'homme d'une lumière éclatante et inextinguible; elle est la vie qui jaillit jusqu'à l'éternité. C'est, en effet, à l'Eglise seule que Jésus • Christ a dit: Allez, enseignez toutes les nations, baplisez-les, apprenez-leur à garder mes commandements, qui croira et sera baptisé sera sauvé. L'Eglise est la salle du festin, le bercail, le royaume, la cité, la maison, le corps de Jésus-Christ 1 Hors du festin pas de nourriture 1 Hors du bercail pas de brebis aimées, défendues, nourries! Hors du royaume pas de citoyens des cieux ! Hors de la maison pas d'enfants du père de famille! Hors du corps point de membre vivant. Et cette image si frappante (Jean, xv, ^ 1 et suiv.) : c( Je suis la vigne, mon Père est le vigneron,... vous êtes les sarments. Celui qui demeure en moi, et moi en lui, portera seul beaucoup de fruits... si quelqu'un ne demeure pas en moi, il sera jeté dehors comme le sarment détaché et il séchera; on le ramassera, et il sera jeté au feu, et il brûlera ! »
Voilà bien le dogme: Hors de l'Eglise point de salut, énoncé de la manière la plus énergique par le Seigneur Jésus qui a aimé les hommes jusqu'à l'excès, jusqu'à mourir pour leur salut, jusqu'à se faire le compagnon perpétuel de leur pèlerinage, jusqu'à se donner à eux en nourriture pour les conduire au ciel.
Et des misérables oseront dire que ce dogme est cruel ! alors que tout ce qu'il y a eu de grand, de saint dans l'humanité régénérée, s'en est fait l'écho fidèle et soumis. Ecoulons seulement saint Augustin : « En dehors de l'Eglise catholique, l'hérétique peut tout avoir, sauf le salut, [l peut avoir l'honneur; il peut chanter alléluia, et répondre amen; il peut garder l'Evangile ; il peut au nom du Père, du Eils et de l^Esprit-Sainl, prêcher la foi!
Mais le salut, il ne le trouvera que dans l'Eglise catholique. » ^Sermon V, au peuple de Césarée.) Ailleurs, c'est ce bel élan de son cœur : « Aimons, aimons le Seigneur Dieu comme un Père! Aimons l'Eglise comme une mère ! Que vous sert de confesser le Seigneur, de l'honorer, de le prêcher, si vous blasphémez son Eglise ? » (Sermon If, sur les Psaumes.) Et celte rude leçon donnée aux libres penseurs et aux apôlres de la morale indépendante de son temps, qui allaient disant : nous