‹ Les splendeurs de la foi (volume 3)Chapitre 29 sur 52 · TENONS DE DIEU D'ÈTRE HOMMES, MAIS NOUS TENONS DE · texte numérisé non relu

TENONS DE DIEU D'ÈTRE HOMMES, MAIS NOUS TENONS DE

NOUS d'être justes ! «Prenez garde aux conséquences ! Et s'il vous reste encore quelque sentiment, soyez dans l'épouvante! celui qui estime porter de lui-même des fruits, n'est plus dans la vigne; celui qui n'est plus dans la vigne n'est plus dans le Christ; celui qui n'est plus dans le Christ n'est plus chrétien I Ce sont là les profondeurs et les abîmes de votre parti. »

« 11 faut choisir, ou la vigne ou le feu. » (Traité 83 sur saint Jean.)

Et cet anathème qui semble lancé contre les éclectiques du dix-neuvième siècle : « Il y eut donc certains philosophes, traitant longuement et sublilement des vertus et des vices, divisant, définissant, formulant les raisons et les conclusions les mieux aiguisées, remplissant des livres, faisant sonner par des trompettes retentissantes la sagesse dont ils se croient revêtus, osant dire aux autres hommes : Si vous voulez être heureux, suivez-nous, affiliez-vous à notre secte. Ils entraient non par la porte, mais par la fenêtre ou à travers le mur; ils voulaient perdre, égorger, tuer. Perderc volebanty mactare et occidere H!

La raison jointicisa voix àcellede la révélation et de la tradition. Si l'Église est la vérité, peut-elle accepter le faux ? Est-ce que la vérité n'est pas de sa nature exclusive et intolérante ? Est-ce que le oui et le non peuvent se donner la main et cheminer paisiblement ensemble? L'Eglise est, non pas une religion, mais la Religion ! Or quel est le but de la Religion? Renouer les rapports

de l'homme avec Dieu el le sauver. Donc, si vous le jetez hors de l'Église, vous le jetez hors de Dieu... Le catholique dit forcément : hors de l'Église point de salut! Le protestant : hors de Jésus-Christ point de salut! Le déiste : hors de la croyance en Dieu, point de salut! L'athée ou le matérialiste, qui seul n'aspire pas au salut mais au néant, est d'une tolérance dogmatique absolue, parce que pour lui il n'y a pas de dogme. Mais s'il est républicain ou socialiste, ce qui lui arrive le plus souvent, il dira à son tour : hors de la république ou du socialisme, pas de salut, et il sera féroce dans son intolérance politique.

Quant à l'objection de Rousseau, si rabâchée: «Vous » m'annoncez un Dieu né et mort il y a deux mille ans! Pourquoi Dieu a-t-il fait arriver si loin et si tard un événement dont il voulait m'obliger d'être instruit. . . Vous venez, dites-vous me l'apprendre! Mais pourquoi n'êtes-vous pas venu l'apprendre à mon père? Pourquoi damner le bon vieillard... Mettez-vous à ma place, et voyez si, sur votre témoignage, je puis concilier tant d'injustice avec le Dieu juste que vous annoncez! Non, je ne prêcherai jamais l'intolérance» (E'mîVe, livre IV), elle est ridicule, paradoxale, de mauvaise foi! Car la maxime hors de l'Église point de salut, ne signifie nullement que tous ceux qui ont ignoré invinciblement l'histoire de la vie et de la mort de Jésus-Christ et sa doctrine, les anciens païens, les tribus sauvages, les idolâtres de l'Inde et de la Chine, les mahométans, les schismatiques et les hérétiques de bonne foi, le bon vieillard de Rousseau sous toutes ses formes, mort, sans infraction volontaire et grave des lois qu'ils ont connues, soient pour cela hors du salut et damnés. En effet, relativement à l'Eglise, il faut distinguer entre son corps et son âme. Le corps de l'Eglise comprend tous les hommes qui depuis l'origine des temps ont vécu dans son sein. L'âme de l'Eglise comprend à la fois et les justes qui, depuis l'origine des temps, ont appartenu au corps de l'Eglise, et les inlidèles qui vivant hors de son sein, ont cru toutes

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les vérités qu'ils ont pu connaître, ont pratiqué tout le bien dont ils avaient conscience, et ont rendu à Dieu, dans la bonne foi, le culte qu'ils croyaient véritable.

De la il suit : 1° que les gentils qui ont vécu en dehors du corps de TEgiise, ont pu appartenir à son îime et se sauver; que les hérétiques et les schismatiques qui vivent en dehors du corps de l'Église peuvent appartenir à son âme et être dans la voie qui conduit au ciel.

Ainsi donc, le sacerdoce catholique tout en disant : Jwrs de l'Eglise point de sahit, ne voue aux feux éternels, ni tous les chrétiens séparés, ni tous les hommes qui ne sont pas parvenus à l'Evangile. On peut ap- ])artenir au corps de l'Eglise sans appartenir à son âme; de même qu'on peut appartenir à son âme sans appartenir à son corps. Un bon païen est plus près du royaume 'des cieux qu'un mauvais catholique ! Le bon païen a pour excuse légitime la bonne foi. Le mauvais catholique est sans excuse, parce que le soleil de la vérité a brillé pour lui dans tout son éclat, et qu'il a fermé volontairement les yeux à la lumière!

Qu'il est doux de penser que l'âme de l'Eglise comprend tous ceux qui sont d'esprit et de cœur avec Dieu et avec Jésus-Christ ; tous ceux qui disent implicitement sinon explicitement, de cœur sinon de bouche: Que votre nom soit sanctifié! Que votre règne arrive! Que votre volonté soit faite ! Car c'est là à proprement parler le secret et la science du salut!

Il y a plus: l'Église dit anathème à quiconque enseigne que l'on peut être condamné pour ce qu'on n'a pu connaître ; que, par conséquent, l'ignorance invincible est une cause de damnation ; que la foi est la première des grâces ; que hors de l'Église, Dieu n'accorde aucune grâce, etc., etc. (Propositions condamnées de Baïus.)

En effet, la doctrine de l'Église est la doctrine du divin Paul. « Dieu rendra à chacun selon ses œuvres. D donnera la vie éternelle à ceux qui..., dans les bonnes œuvres, cherchent la gloire, l'honneur ell'incorruptibilité.

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Honneur, gloire et paix à tous ceux qui font le bien, aux juifs.,., aux gentils, etc., etc., car Dieu ne fait acception de personne... Celui qui aura péché sans la loi sera jugé sans la loi. Ceux qui auront péché sous la loi, seront jugés par la loi... La colère de Dieu éclatera contre ceux qui auront connu de Dieu ce qui peut se découvrir de Dieu par la connaissance qu'en donne la nature.., et qui l'ayant connu ne l'ont pas glorifié.., mais se sont égarés dans de vains raisonnements. » (Epître aux Romains, i, 2.)

Donc évidemment la maxime : Hors de l'Église point de salut, absolument vraie, dogmatiquement parlant, se traduit dans l'application par une question d'intention et de bonne foi! Et la tolérance de l'Église va aussi loin que la vérité, que la justice, que la raison! Elle va même plus loin ; car, après avoir proclamé que la maxime n'atteint que ceux qui sont volontairement et intentionnellement hors de l'âme de l'Église, si vous lui demandez quels sont nominativement ceux qui par le vice de leurs intentions sont hors de l'Église et du salut, elle s'abstiendra de vous répondre! Si vous la pressez de vous signaler, dans tout l'univers et dans la suite des âges, un seul homme qui soit certainement damné, elle ne vous nommera que Judas. Si vous lui demandez la raison de cette tolérance excessive, elle vous dira, avec un orateur célèbre : « Quelles qu'aient été la patrie, la religion, la conduite même d'un homme, dans son âme, sur le seuil de l'éternité, il se passe des mystères divins de justice sans doute, mais aussi de miséricorde et d'amour. »

On dira peut-être: Cette doctrine est très-belle, mais l'Eglise la dément par sa conduite ; tous les jours ne lance-t-elle pas des excommunications? Ne formulet-elle pas des anathèmes contre les infidèles, les hérétiques, et même contre ses propres enfants?

L'excommunication n'est nullement un jugement de damnation, et l'anathème n'est nullement une malédiction. Les foudres de l'Eglise ne frappent l'homme

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que dans le temps, et ne passent pas le seuil de l'élernité. Elles ne sont pas lancées contre le pécheur pour qu'il périsse, mais pour qu'il se convertisse et qu'il vive.

Ne ferme-t-elle pas l'entrée de ses églises, ne refuset-elle pas les prières et la sépulture ecclésiastiques à ceux qui n'ont pas voulu se réconcilier avec elle? Les prières publiques sur le cercueil, la sépulture ecclésiastique sont des signes extérieurs de religion, repoussésparl'infortuné qui s'est séparé librement lui-même du corps de l'Eglise! Si le prêtre ferme au scandale la porte de l'Eglise, il s'agenouille et prie au dedans, avec ferveur et larmes, pour ceux qui la maudissent au dehors, et pour celui dont ils font servir les restes à exciter la haine et le mépris de la religion ! Elle périrait le jour où elle consentirait a ne faire de ses pompes qu'un appareil de théâtre. '

Qu'elle estbien vengée aujourd'hui! Lesmêmeshommes qui voulaient forcer les portes de ses églises pour y introduire avec fracas les malheureux, morts en reniant la foi par leurs blasphèmes ou par leurs œuvres, se condamnent aujourd'hui avec plus de fracas encore à la sépulture civile, à l'enfouissement. Autrefois ilshaïssaient l'Eglise, aujourd'hui ils font pis que de la haïr, ils la méprisent et voudraient l'anéantir. Ils semblent encore vouloir confier leurs cadavres à la terre bénite des cimetières .chrétiens, mais bientôt ils seront les premiers à exiger des cimetières où n'apparaisse plus aucun signe religieux. Ils se seront menti à eux-mêmes, ils se seront excommuniés! La séparation sera consommée! Mais alors même l'Eglise ne- les damnera pas! Elle criera avec saint Paul : « Il est tombé, mais il n'est pas impossible qu'il se redresse ; car Dieu est assez puissant pour le relever ! » Tti guis es, gui judicas servum alienum ? Domino suo stat aut cadit ! Stabit autem; polens est enim Deus statuere illum. (Epître aux Romains.)

Mais, dira-t-on, puisqu'on peut se sauver hors de l'Eglise, l'Eglise n'est pas nécessaire, la médiation de

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Jésus-Christ n'est pas indispensable! Parler ainsi serait lin blasphème ! Caria bonne foi n'excuse pas seulement d'être hors de l'Eglise, elle fait qu'on n'est pas iiors de l'Eglise et qu'on appartient à son ùme ; puisque rEiilise embrasse dans sa société, touthomme, catholique, juif ou gentil; qui honore Dieu selon tout ce qu'il en sait ou peut en savoir. C^estune vérité fondamentale de la foi que Jésus- Christ, agneau immolé, dit saint Jean, dès l'origine du monde, est mort pour tous les hommes sans exception, dans l'universalité des temps et des lieux : de sorte qu'on peut dire que tous les hommes appartiennent à Jésus- Christ et sont chrétiens. Saint Augustin n'a pas hésité à le dire : « La chose même qu'on appelle maintenant religion chrétienne, existait chez les anciens» et n'a jamais cessé d'exister, depuisl'origine du genre humain, jusqu'à ce que Jésus-Christ lui-même étant venu en la chair, on a commencé à appeler chrétienne la vraie religion qui existait auparavant. » {lietract., liv. I, c. xiu, n" 3.) D'où saint Justin tirait cette conclusion si consolante: Jésus-Chiust, le Fils unique, le premier ké de Dieu, EST LA souveraine RAISON dont tout le genre humain participe. Tous ceux donc qui ont vécu conformément à cette raison sont chrétiens, alors même qu'on les accuserait d'être athées. Tous les hommes qui" ont vécu et qui vivent selon la raison (dans l'ignorance invincible de la loi évangélique) sont véritablement chrétiens, et à l'abri de toute crainte... Au contraire, ceux des anciens qui n'ont pas réglé leur vie sur les enseignements du Verbe et de la raison éternelle, se sont seuls, exclus du ciel.

Mais, si la raison et la loi naturelle suffisent, si elles sont tout le Verbe de Dieu parlant à notre intelligence et à notre cœur, par les créatures et les traditions sociales, pourquoi demandez-vous davantage au chrétien? Pourquoi l'assujettissez-vous à des croyances plus mystérieuses et à des pratiques plus austères?

La religion naturelle est le Verbe de Dieu, mais elle n'est pas tout le Verbe de Dieu. En éclairant les intelli-

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gences qui viennont en ce monde, le Verbe divin ne s'est pas interdit d'autres révélations plus explicites, de se faire homme, d'habiter parmi nous, de se montrer plein de grâce et de vérité, de nous proposer des articles de foi, de confirmer les préceptes antiques, de nous en donner de nouveaux, de nous imposer la foi à ses mystères, l'obéissance a ses commandements, quelque austères qu'ils soient.

Cette double obligation constitue toute l'essence du christianisme.

Le païen qui a pu être sauvé parce qu'il était fidèle à la religion naturelle, parce qu'il était dans la disposition de chercher la vérité et de la suivre, aussi loin qu'elle lui apparaîtrait, si, après avoir connu la Révélation, il refusait de la suivre, en restant ce qu'il était, ne serait plus évidemment dans la même bonne foi, et la religion naturelle ne suffirait pas a le sauver.

Ce que nous disons du païen et du juif s'applique à l'hérétique, par rapport au catholicisme et au catholique de nom, par rapport à la foi vivante et pratique.

Tons nous sommes excusables quand nous sommes dans l'erreur involontaire, dans l'ignorance invincible, dans la bonne foi ! Mais du moment où nous refusons d'ouvrir les yeux à la lueur d'une vérité plus complète,' si nous ne faisons aucun eiïort pour achever de la connaître et de l'embrasser, les liens qui nous attachent à Jésus-Christ et à son Eglise se rompent, et notre salut est gravement compromis. « Si je n'étais point venu, a dit Jésus-Christ, et que je ne leur eusse point parlé, ils n'auraient pas le péché qu'ils ont, mais maintenant ils n'ont point d'excuse de leur péché ! Si je n'avais pas fait parmi eux les œuvres qu'aucun autre n'a faites, ils n'auraient pas le péché qu'ils ont; mais maintenant ils les ont vues et ils m'ont haï, moi et mon Père ! »

Jésus-Christ, le Sauveur par excellence, serait donc venu pour nous perdre, puisque sans lui nous serions excusables, et que par lui nous sommes devenus coupa-

bles de péché. C'est un sophisme. La sagesse éternelle en se révélant plus complètement, dans son incarnation et dans son Eglise, ne s'est proposé qu'un dessein de bonté. Elle a voulu nous rendre l'accès auprès d'elle plus facile, la foi plus explicite, la vertu plus aisée. Elle nous a apporté des secours pluspuissants, sans lesquels beaucoup seraient restés dans le désordre ; elle a rendu les méchants bons et les bons parfaits; elle a fait faire à la pauvre humanité des progrès évidents dans la vérité et dans la sainteté; elle lui a donné une valeur morale immense. Si un grand nombre s'est obstiné à se rendre plus coupable, ce n'est pas la faute du bienfaiteur. Il est absolument certain que le nombre des hommes qui se sont assuré le bonheur éternel, naturel ou surnaturel, par la simple pratique de la religion naturelle, avec le secours de la grâce que Dieu accorde surabondamment à toutes ses créatures, sera infiniment petit en comparaison de ceux qui sont arrivés au ciel par leur fidélité sincère aux enseignements et aux préceptes de Jésus-Christ. Mais la liberté et la justice exigeaient impérieusement que Jésus-Christ fût tout ensemble principe de résurrection et de ruine. Positiis est hic in ruinam et resurrectionem mullorum.

Mais, si la révélation évangélique est un si grand bienfait, pourquoi tous les hommes n'y sont-ils pas appelés effectivement? Ils y sont appelés! Et pour le faire mieux comprendre, j'emploierai jle langage du R. P. Faber, un des plus illustres convertis de l'Angleterre. « Il est doux de penser au réseau d'amour dont, à chaque instant, Dieu entoure chaque âme qu'il créa sur la terre. Si nous nous mettons sous les yeux le monde avec toute sa géographie pittoresque, avec les capricieuses dentelures de ses côtes, les cours prolongés de ses fécondes rivières, ses immenses plaines, ses vastes forêts, les chaînes de ses montagnes azurées, notre cœur s'épanouira, en voyant dans la création les premières mailles du réseau d'amour dont Dieu enveloppe chaque âme humaine. Tous, l'Européen affairé, le silencieux Oriental,

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l'Américain aventureux, l'épais Hottentot, le sauvage latoué de l'Australie, le Malais féroce, tous l'ont auprès d'eux. Il agit envers chacun d'une manière différente, mais toujours avec tendresses indulgence, générosité et prodigalité. Les différences entre eux sont innombrables, mais elles sont moins multiples que les transformations de son incessante affection. La biographie de chacune de ces âmes est une miraculeuse histoire de la bonté de Dieu. S'il nous était donné, comme il l'est probablement aux bienheureux, de lire ces touchantes histoires, elles nous enseigneraient presque une nouvelle science de Dieu, tant elles jetteraient sur ses diverses perfections de lumières inattendues et éblouissantes. Nous le verrions enlacer jusqu'au plus féroce des idolâtres dans les liens de son amour 1 Nous le verrions s'occuper de la perversité la plus brutale, de l'erreur la plus fanatique, de la plus stupide insensibilité, et disposer toutes choses en leur faveur avec l'excessive délicatesse de son amour créateur. Mais il y a quelque chose de si étonnant, de si renversant dans le torrent de divine lumière et dans le vaste océan d'éternelle prédilection dont il inonde son Eglise, que tout ce qui est en dehors d'elle paraît obscur aux yeux éblouis par l'éclat de sa magnificence. Elle nous aveugle au point que nous ne pouvons pas reconnaître que les prétendues ténèbres sont une véritable lumière éclairant tout homme qui vient en ce monûe.^) [VABERjaCréationet le CréateurX^^y ,c. ni.) Oui, sans doute, le corps,la société visible de l'Eglise dépositaire des moyens de sanctification, possédant dans son enseignement infaillible, dans ses sacrements, dans son gouvernement spirituel les instruments ordinaires du salut des hommes, est le puits d'eau vive, le paradis plein de fruits savoureux où les âmes s'abreuvent et se nourrissent, sans jamais craindre la faim ni la soif î

Mais combien d'êtres raisonnables errent autour de ce jardin fermé, vivent des parfums qui s'en exhalent, sous le souflle de l'Esprit-Saint? Combien reçoivent par des inflltratlons mystérieuses quelques gouttes du sang rédemp-

leur, et appartiennent ainsi à l'ame de l'Eglise? Dieu le sait 1

En résumé : Tous les hommes sont dans l'Eglise, dans la sofJété de Dieu et de son Verbe, par la rédemption dont ils Ont été l'objet, lorsqu'ils en acceptent le bienfait, en faisa/3t tout le bien qu'ils doivent faire, en adhérant à toute la veriiô qu'ils peuvent connaître. De sorte que tous ceux qui, scie.^rïignt et systématiquement, demeurent en deçà de la vérité -nijgieuse dont le point de départ est dans la loi naturelle éi l'apogée danslaloi évangélique, dans la sainte Eglise catholiqu^»^ apostolique, romaine, sont seuls exclus du salut.

Constatons enfin que, celte fois encore, comme 'oujours l'iniquité s'est menti à elle-même; que les faux apôtres de la tolérance universelle, les adversaires les pj^g exaltés de la prétendue intolérance de l'Eglise, ont élt-, |gg plus intolérants des hommes. Nous n'en citerons q^0 deux, Rousseau et Luther, mais nous pourrions en cit:,^ mille autres.

Rousseau a été jusqu'à dire: « Si quelqu'un se conduit comme ne croyant pas à la religion du pays, qu'il soit mis à mort.»

Luther semble être l'écho des enfers quand il écrit : «Les âmespieusesqui font le bien pour gagner le royaume des cieux, non seulement n'y parviendront jamais, mais il faut même les compter parmi les impies ! Il est plus urgent de se prémunir contre les bonnes œuvres que contre les péchés.... Toutes les choses arrivent par l'éternelle volonté de Dieu, qui brise en pièces le libre arbitre. . . Dieu crée en nous le mal c-omme le bien. La plus haute perfection de la Foi est de croire que Dieu est juste, quoiqu'il nous rende nécessairement damnablés par sa volonté, et qu'il paraisse se complaire aux tourments des malheureux... Dieu vous plaît quand il couronne les indigents, il faut qu'il vous /v/awe quand il damne les innocents. C'est là le véritable évangile, et

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«ne inspiration que m'a donnée le Saint-Esprit! L'empereur, le pape, et tous les diables n'oseraient y toucher.» (Luther, de libero Arbitro, édit. d'Iéna, tome II, folio i70.) Et il est des gouvernements éclairés qui se font gloire d'être luthériens ! Et par compensation ils font une guerre à outrance a la sainte Eglise de Jésus-Christ ! Calvin n'était pas moins impitoyable. « Tous les hommes ne sont pas créés dans la môme condition; les uns sont préordonnés à la vie éternelle, les autres à la damnation éternelle. » (Inst., liv. XVI, c. xxi, n" 5.) C'est sans doute pour honorer son héros que la Suisse calviniste persécute à outrance et bannit les minisires inoffensifs de l'Eglise catholique !

Et quelle révoltante injustice qu'on en vienne à proscrire, sous prétexte d'intolérance, la seule Eglise à laquelle depuis dix-huit cents ans les juifs, les empereurs romains, les rois barbares, les empereurs d'Allemagne, toutes les hérésies conjurées, la philosophie, la llévolulioD, etc., n'ont pas cessé de crier : abjure ou meurs!

L'Église et la civilisation. J'ai voulu que cette grande thèse fût plaidée et gagnée par Son Eminence le cardinal Pecci, alors évèque, aujourd'hui Sa Sainteté Léon XIII. Je commence donc par le résumé rapide de sa belle lettre pastorale pour le carême de 1877.

« Si l'on tourne en dérision la parole de Dieu et de celui qui le représente sur la terre, c'est, dit-on, !a civilisation qui le demande. C'est la civilisation qui veut qu'on restreigne le nombre des églises et qu'on multiplie au contraire les lieux de péché! C'est la civilisation qui demande des théâtres sans goût et sans pudeur! Au nom de la civilisation, on enlève tout frein à l'usure la plus éhontée, et aux gains déshonnêtesî C'est encore au nom de la civilisation qu'une presse immonde corrompt les esprits, et que l'art, se prostituant, souille les yeux par d'infâmes images, et ouvre la voie à la corruption des mœurs. A l'ombre d'une parole trompeuse

qui se dresse comme un drapeau vénérable, le produit empoisonné circule librement, et, au milieu des rumeurs étourdissantes du renversement des idées, il semble acquis que c'est notre faute si la civilisation ne progresse pas plus rapidement, si elle n'atteint pas de plus hautes destinées. Là est l'origine de ce qu'on veut appeler la LUTTE DE LA CIVILISATION, mais que l'on devrait plutôt nommer l'oppression violente de l'Eglise. Vous ne vous étonnerez donc pas si nous discourons longuement et de préférence à tout autre sujet sur cette civilisation, de façon à vous prouver, par des preuves évidentes, que tout le bien dont celte civilisation est l'expression nous est venu dans le passé des mains de l'Eglise, et que c'est seulement par les sollicitudes maternelles de l'Eglise qu'il nous sera conservé dans l'avenir

«C'est unevéritéde fait quel'homme, vivanten société, devrait aller en se perfectionnant au triple point de vue du bien-être physique, des relations morales avec ses semblables et des conditions politiques. Les différents degrés de ce développement successif auquel atteignent les hommes réunis en société, constituent la civilisation. Cette civilisation est naissante et rudimentaire quand les conditions, dans lesquelles l'homme se perfectionne sous ce triple point de vue, sont peu développées. Elle est grande quand ces conditions sont plus larges. Elle serait complète si toutes ces conditions étaient remplies.

« Est-il vrai que la civilisation ne peut porter ses fruits dans une société qui vit de l'esprit de Jésus-Christ et au milieu de laquelle l'Eglise catholique fait entendre sa voix de Mère et de Maîtresse?...

« Est-il vrai que, dans l'Eglise, et en suivanlses enseignements, l'homme soit empêché d'arriver, sous le rapport du bien-être physique, au degré de civilisation qu'il lui serait possible d'atteindre s'il était libre de tout lien et de toute dépendance de l'Eglise?

« Ah I comme il nous est ici facile de répondre par les paroles bien connues d'un écrivain non suspect de tendresse pour l'Eglise I « Chose admirable ! La religion

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« chrétienne, qui semble n'avoir d'autre but que notre « bonheur dans l'autre vie, assure encore notre félicité sur « celte terre.» Montesquieu, Esprit desLois.WlY, m.)

«On considère comme une source de prospérité le travail d'où découlent les richesses publiques et privées, les perfectionnements de la matière et les découvertes ingénieuses. Or le travail, qu'on l'envisage soit sous sa forme la plus humble, qui est le travail manuel, soit sous la plus noble, qui est l'étude de la nature, pour en connaître les forces etles appliquer aux usages de la vie, qui l'a jamais mieux encouragé que la religion de Jésus-Christ, laquelle se conserve pure et inaltérable dans l'Eglise? Le travail a été méprisé et il l'est encore là où le christianisme n'étend pas son bienfaisant empire. Aristote le proclamait illibéral ; Platon lui infligeait la même épilhète. Les ouvriers, qui furent toujours de la part de l'Eglise l'objet de sollicitudes si affectueuses, n'étaient pas même regardés par les Grecs comme dignes du nom de citoyen; ils étaient relégués presque au rang des esclaves. Cicéron méprisait le travail à tel point, qu'il considérait les travailleurs et les manouvriers comme des barbares et des gens de rien. Térence, témoin éclairé et fidèle des idées qui étaient reçues et qui avaient cours à Rome, de son temps, fait comprendre que pour être respecté et honoré il fallait mener une vie oisive, et ne pas être obligé de travailler pour vivre. Juvénal nous apprend quelle était l'occupation la plus chère aux Romains libres : « Ramper ou être insolent avecles riches, pour en obtenir « du pain et des amusements sanguinaires. »

« De nos jours, nous voyons se perpétuer la même antipathie chez les peuples privés de la lumière de l'Evangile. Dans l'Inde, un brahmine, c'est-à-dire un homme appartenant à la caste la plus élevée, se croirait souillé s'il touchait seulement un paria. Les sauvages de l'Amérique du Nord s'abstiennent du travail, qu'ils imposent aux femmes, traitées comme des esclaves ou des bêtes de somme!

<i De l'aveu d'une Revue trop fameuse, la Revue des Deux

Monde S {lomeLW, p. 70), même au milieu de nous, qui sommes arrivés néanmoins à une si grande culture, le travail n'est guère honoré qu'en paroles ; et tandis que l'on s'incline devant le riche, on ne fait guère bon visage à ceux dont les mains se durcissent au contact des instruments de travail,

« Cet état de choses disparut dès que, dans le vaste corps de la société, le souffle de la religion chrétienne se fit sentir.

« Tout d'abord le travail fut honoré comme une dignité surhumaine, parce que Jésus-Christ, vrai fils de Dieu, voulut être soumis à un pauvre artisan de la Galilée, parce que lui-même, dans l'atelier de Nazareth, ne rougit pas de manier de sa main bénie les outils de l'apprenti et de l'ouvrier.

« C'est au travail que les apôtres envoyés par Jésus- Christ voulurent demander le soutien de leur vie, afin de n'être pas k charge à leurs frères, et de pouvoir même secourir les indigents.

<( Les Pères de l'Eglise semblent plus tard ne pas trouver de paroles qui répondent à leur vif désir de recommander et de glorifier le travail, l'estimant au plus haut prix. Saint Ambroise, saint Augustin l'exaltent pour son utilité. Saint Jean Chrysostome fait ressortir que le travail, outre qu'il nous est imposé comme une expiation, est aussi nécessaire pour fortifier notre nature morale. Le travail seul permet à l'homme non seulement de se suffire à lui-même, mais encore de venir en aide à ses semblables. Le moines de l'Occident et de l'Orient, particulièrement consacrés au travail et plus spécialement à l'agriculture, vinrent ensuite s'implanter danslasociété, et apporter un glorieux et puissant concours au bien-être commun. Ces hommes qui se réunissaient sous la disciphne de l'Eglise, vivaient dans des temps barbares et troublés, k une époque où personne ne prenait plaisir à travailler, et où celui qui avait un bras robuste pensait ne pouvoir mieux l'employer qu'en le mettant au service de quelque aventurier rapace, pour semer partout la ruine

tel le carnage. Et toutefois, malgré ces conditions désas reuses, ils se répandirent dans l'Europe, qui étaildevenueun désert, et en changèrent l'aspect en la couvrant de riches et florissantes cultures. Ouel exemple efficace et profitable donnaient ces honimes,qui, contents d'un pauvre Tètemenl, satisfaits d'une nourriture qui suffisait à les préserver de la mort, suspendaient la prière pour venir dans la campagne défricher avec la charrue la terre à laquelle ils confiaient une semence qui, au temps de la moisson, devait fournir du pain aux pauvres, aux pèlerins, à des pays entiers. Ils faisaient, en outre, les plus grands efïorts pour ouvrir des roules et jeter des ponts, afin que les communications d'un pays à un autre fussent rendues plus commodes, et que le commerce devînt plus facile et plus sûr. Quels avantages la société n'a-t-elle pas retirés de l'expérience de ces hommes qui, multipliant leurs travaux et leurs essais avec une patience que rien ne lassait, et mettant en commun leurs forces et leurs lumières, avaient réussi à dessécher les marais, à endiguer les fleuves, à recueillir les eaux dispersées pour les faire servir à l'irrigation des pentes et desvallées, et cela d'une manière si ingénieuse, que, d'après l'autorité d'un illustre historien, les modernes eux-mêmes, malgré les progrés des sciences naturelles, auraient quelques leçons à recevoir de ces vieux habitants du cloître.

« Les arts mécaniques et les beaux-arts n'eurent pas d'asile plus sûr ni de meilleur champ pour se développer, que les églises, les demeures épiscopales, les monastères, dans lesquels les premiers se dégrossirent et les seconds jetèrent des lueurs qui plus tard devaient se changer en une splendeur merveilleusement éclatante.

« La société en Italie ne s'est jamais élevée plus haut dans son vol vers la civilisation, que lorsqu'elle était animée d'un souffle chrétien, et enveloppée tout entière dans une atmosphère catholique. Venise, Gènes, Pise, Lucques, Florence et les autres Communes et Provinces italiennes, tant qu'elles furent respectueuses pour l'autorité de la sainte Eglise et pleines de foi, comme

l'attestent les magnifiques basiliques et les inslîtulions si nombreuses de la piété chrétienne, eurent une puissance qui, eu égard aux temps et aux moyens imparfaits de cette époque, surpassait celle des nations modernes les plus florissantes. L'Ionie, la mer Noire, l'Afrique, l'Asie étaient le théâtre des relations commerciales et des expéditions militaires de nos ancêtres. Ils y faisaient d'importantes et fécondes conquêtes, et, tandis qu'au dehors flottaient leurs drapeaux entourés de crainte et d'honneur, chez eux, ils ne restaient pas inactifs ; ils cultivaient les arts et le négoce, accroissant, par tous les moyens honnêtes, la richesse publique et privée. Les industries de la laine, de la soie, de l'orfèvrerie, des vitraux peints, de la papeterie, à Florence, à Pise, à Bologne, à Milan, à Venise, à Naples, fournissaient à des milliers de milliers d'ouvriers un travail lucratif, et attiraient sur nos marchés l'or et le concours des étrangers.

« MaisTEglise n'a pas seulement le mérite indiscutable d'avoir ennobli et sanctifié le travail ; elle n'a pas eu seulement la gloire d'avoir fait faire à la société, conduite et inspirée par elle, des pas rapides dans les voies de la civilisation ; elle a un mérite encore plus noble, une gloire encore plus pure: c'est d'avoircontenu les hommes dans une mesure raisonnable, et d'avoir empêché que cette mesure ne fût dépassée par un amour excessif du lucre, de façon à convertir en une source d'oppression barbare ce qui, pratiqué avec discrétion, est un moyen de se procurer des avantages désirables et une honnête prospérité. . ..

« Les écolesmodernes d'économie politique considèrent le travail comme la fin suprême de l'homme; et dans l'homme lui-même, elles ne voient qu'une machine plus ou moins précieuse, selon qu'elle est plus ou moins produclivc. De là le mépris que l'on fait de la moralité de l'homme 1 De là cet indignfo abus que font de la pauvreté et de la faiblesse, ceux qui veulent les exploiter à leur profil. Que de plaintes et quelles solennelles doléances

ne voiis est-il pas arrivé d'entendre, même dans les pays qui sont réputés pour être à la tête de la civilisation, au sujet du nombre exagéré d'heures de travail imposées à ceux qui doivent gagner leur pain à la sueur de leur front, au sujet de ces pauvres enfants entassés dans les manufactures, où ils s'étiolent dans de trop précoces fatigues.. .

« A force de tenir les hommes enchaînés à la matière, plongés, absorbés en elle, on fait évanouir la vie de l'esprit, et ces pauvres victimes du travail redeviennent païenne...

« On se demande vraiment si ces partisans de la civilisation séparée de TEglise et sans Dieu, au lieu dé nous faire progresser, ne nous font pas reculer de plusieurs siècles, en nous ramenant à ces temps déplorables où l'esclavage enchaînait une si grande partie des hommes, où le poète Juvénal s'écriait avec douleur que le genre humain vivait pour l'amusement de quelques citoyens .. . !

« L'Eglise catholique, au contraire, réussit à adoucir l'amertume du travail, à interrompre sa douloureuse continuité par le repos du dimanche et les solennités chrétiennes, qui viennent de temps en temps répandre une joie religieuse dans la vaste famille des croyants.

« Entré dans l'église où l'appelle la voix de la religion, il y trouve des délices que nulle autre part il ne lui est donné de rencontrer : les harmonies des saints cantiques charment ses oreilles; ses yeux sont ravis par la vue dès marbres précieux, des riches dorures, des ornementations élégantes, de la sévérité des lignes architecturales; mais par-dessus tout son cœur est ému et purifié par les paroles du ministre de Dieu qui lui rappellent sa rédemption, ses devoirs et ses espérances immortelles. . .

« Aussi, comme on se sent le cœur transpercé en voyant les dimanches et les jours de fête, ces scandales déplorables : les boutiques ouvertes, les artisans occupés à leurs travaux habituels; les machines continuant à fonctionner, les négoces non abandonnés; tous enfin empêchés de songer aux affaires bien plus importantes

(572 LES si'i.EM)Erns de la foi.

de l'âme, et de s'appliquer à l'étude des vérilés qui doivent nous conduire par les voies difficiles du temps aux destinées certaines et bienheureuses de l'éternité. ..

«La science, à force d'études journalières et d'habiles expériences, s'est emparée de plusieurs forces de la nature qui, ou n'étaient pas connues de l'homme, ou échappaient à sa domination. Ces forces employées avec art, à l'aide de machines ingénieuses, ont rendu plus rapide la production, moins coûteux les objets produits, et, par suite, plus facile la satisfaction des besoins, moins rude la vie de ceux qui ne peuvent dépenser beaucoup.

«Riende mieux quecesdécouvertes, mais les incrédules ont voulu se servir de ces nobles et pacifiques conquêtes de la science sur la nature, comme d'une arme pour frapper l'Eglise, comme si ces conquêtes avaient été faites en dépit d'elle et contrairement a ses désirs. . .

«Mais dans l'Eglise aussi, à côté du zèle pour la gloire de Dieu, s'allume un autre amour non moins puissant : c'est l'amour pour l'homme, l'ardent désir de le voir rétabli dans tous les droits que lui a conférés le Créateur...

« La parole qui retentit au matin de la création : « Soumettez-vous la terre et dominez-la», n'a jamais été révoquée. S'il était demeuré dans l'état d'innocence et de grâce, l'homme aurait exercé sa domination sans effort, la sujétion des créatures aurait été spontanée ; tandis que, maintenant, cette domination est pénible, les créatures n'acceptant le frein que contraintes par la violence. Et l'Eglise, qui est mère, ne peut rien avoir de plus à cœur, sinon que cette contrainte soit mise en pratique, et que l'homme montre qu'il est véritablement le seigneur et maître de la création. Et, en réalité, ce roi des créatures exerce son droit, alors que, déchirant les voiles qui recouvrent ses possessions, ne s'arrêtant pas à ce qui tombe sous ses yeux et à ce qu'il touche avec les mains, il entre dans les entrailles mêmes de la nature, recueille les trésors de fécondité des forces qui s'y trouvent, et les fait servir à son avantage et à celui de ses semblables.

LA FOI ET LA RAISON. n-j^

« Combien beau et majestueux apparaît l'homme alors qu'il atteint la foudre et la fait tomber impuissante à ses pieds ; alors qu'il appelle l'étincelle électrique et l'envoie messagère de ses volontés, à travers les abîmes de l'Océan, par delà les montagnes abruptes, au delà des plaines interminables ! Comme il se montre glorieux alors qu'il ordonne à la vapeur d'attacher en quelque sorte des ailes à ses épaules, et de le conduire avec la rapidité de la foudre par mer et par terre! Comme il est puissant, lorsque par des procédés ingénieux, il enveloppe cette force ellemême, l'emprisonne et la conduit, par des sentiers merveilleusement combinés, pour donner le mouvement et pour ainsi dire l'intelligence à la matière brute, laquelle ainsi remplace l'homme, et lui épargne les plus dures fatigues! Dites-mois'iln'y a pasen lui comme une étincelle de son Créateur, alors qu'il évoque la lumière électrique et lui fait dissiper les ténèbres de la nuit, et orner de ses splendeurs les vastes salles et les palais. L'Eglise, cette mère affectueuse, qui connaît tout cela, est si loin de vouloir y apporter des obstacles, qu'à celte vue au contraire elle est pleine de joie et d'allégresse.. .

« D'autre part, quelle raison pourrait-il y avoir pour que l'Eglise fût jalouse des progrès merveilleux que notre âge a réalisés par ses études et ses découvertes? Y a-t-il en eux quelque chose qui, de près ou de loin, puisse nuire aux notions de Dieu et de la foi, dont l'Eglise est la gardienne et la maîtresse infaillible ? Bacon de Vérulam, qui s'illustra dans la culture des sciences physiques, a écrit qu'un peu de science éloigne de Dieu, mais que beaucoup de science y ramène. Cette parole d'or est toujours également vraie, et si l'Eglise s'effraye des ruines que peuvent faire les vaniteux, qui pensent avoir tout compris, parce qu'ils ont une légère teinture de tout, elle est pleine de confiance en ceux qui appliquent leur intelligence à étudier sérieusement et profondément la nature ; car elle sait qu'au fond de leurs recherches, ils trouveront Dieu, qui, dans ses

gY4 l-ES SPLENDEURS DE LA FOI.

œuvres, se laisse voir avec les alliibuls irrécusables de sa puissance, de sa sagesse, de sa bonté. . .

« Telles sont les pensées et les sentiments de l'Eglise. Pourquoi donc lutter contre elle ? Dans quel but organisel-on la lutte? Pour jeter les hommes dans l'épuisement d'un travail pris comme fin suprême, adopté comme un instrument pour s'élever au-dessus de toutes les têtes abaissées des autres hommes, et sur leurs corps foulés aux pieds? Lutter contre l'Eglise! mais pourquoi cette lutte? Pour confier le peuple aux mains d'une bonté incertaine et fatalement impuissante, en les arrachant du sein de la religion qui inspire et vivifie les prodiges de la charité divine? Lutter contre l'Eglise! Mais pourquoi cette lutte? Pour effacer l'histoire glorieuse de la civilisation chrétienne, et rcslaurcrune civilisation qui n'eut assez d'éclat et de splendeur que pour permettre de mieux apercevoir à leur lumière les larges plaies que l'homme avait au cœur. . . Car, on le sait bien, ce n'est pas la civilisation véritable, laquelle jaillit comme une lleur des racines du christianisme, qui a été condamnée parle Souverain Pontife, mais cette chose bâtarde, qui n'a de la civilisation que le nom, et qui est l'ennemie perfide et implacable de la civilisation légitime. . .

« La science, en elle-même, loin d'être maudite par l'Eglise, est favorisée par elle. Il en est une cependant qu'elle réprouve à bon droit, c'est la science qu'engendre cette philosophie qui dit avec un orgueil satanique : « La raison humaine est, sans tenir aucun compte de Dieu, l'unique arbitre du vrai et du faux, du bien et du mal ; elle est à elle-même sa loi, elle suffit par ses forces naturelles à procurer le bonheur des hommes et des peuples... »

(( Eh bien, les faits sont là pour montrera tous où nous a conduits cette lutte insensée entreprise contre l'Eglise au nom de la civilisation. D'une part, on voit des multitudes auxquelles on a enlevé toute espérance de l'avenir, tout soulagement apporté à l'infortune par la foi, des multitudes qui ne peuvent recueillir aucune part dans les

jouissances cl3 la terre, trop pauvre pour leurs convoitises et trop i>rocligue de misères et de contrastes; de l'autre, un petit nombre d'hommes à qui sourit la fortune, qui n'ont pas la moindre étincelle de charité allumée dans leur cœur, occupés seulement à thésauriser et à jouir ! D'un côté, des hommes frémissant de désespoir, qui semblent être redevei.us sauvages; de l'autre,- des joies obscènes, des danses et des habitudes païennes qui excitent l'indignation du pauvre délaissé et provoquent les châtiments divins ! Voilà ce que nous a donné, voilà ce que nous promet cette guerre déclarée à l'Eglise, au nom de la civilisation, mais appelée à nous replonger dans les horreurs de la barbarie.

« Oui donc pourrait nier que le fruit de la vraie civilisation doive être l'amélioration des mœurs, l'ennoblissement et la purification des âmes, la courtoisie des manières, ia douceur et la générosité des relations privées, domestiques, civiles et politiques? Personne assurément ne voudrait nier que l'homme est, non pas seulement capable de perfection, mais en outre tenu de se perfectionner; et nul n'aurait le courage de désavouer les progrès faits dans cette voie. Tout le monde, je crois, convient décela; mais le désaccord naît quand un certain parti présente cette amélioration comme incompatible avec le christianisme, ou, ce qui revient au même, avec le Magistère de l'Eglise, à tel point que l'on organise la lutte pour 1 anéantir comme si elle était un danger et un obstacle pour les progrès que l'on désire... Et cependant, c'est par l'action constante de la hiérarchie catholique qu'a été fondée la civilisation forcément appelée chrétienne, nom qui lui est si solidement attaché, que même les efforts de notre temps n'ont pu réussir à l'en séparer, de telle sorte que parler de civilisation, c'est sousentendre dans ce mot, l'épilhète de chrétienne...

« Nous n'avons plus cette plaie mortelle de l'esclavage, qui condamnait plus des deux tiers de l'espèce humain< aune vie d'efforts pénibles et à d'indicibles outrages; ce*

élat de choses a été réformé par l'Eglise avec autant de constance que de sagesse.

« Nous n'avons plus les jeux sanguinaires où s'égorgeaient des centaines de malheureux ; où tant d'autres étaient jetés en pâture aux bêles féroces, pour distraire les oisifs, et rendre plus ardente leur soif du sang ; pages honteuses qu'a fermées pour toujours le sang du marlyr chrétien.

« Nous n'avons plus la haine profonde du pauvre que la religion a transfiguré par la lumière de Jésus-Christ.

«Nous n'avons plus les divorces faciles, les tyrannies maritales, l'avilissement légal des épouses...

«Il est moins difficile de perfectionner les choses qui existent déjà que de les créer de toutes pièces. Pourquoi donc déclarer maintenant que l'Eglise est déchue du droit d'animer de son souffle l'œuvre de la civilisation, et prétendre qu'elle n'est plus apte a diriger les âmes dans les voies du progrès moral et dans ses dernières évolutions? Serait-il vrai par hasard que les forces de l'Eglise aient diminué et qu'elle ait perdu celte abondance de jeunesse et de- vie qui se répandit jusque dans l'ordre civil, en lui apportant les bienfaits que nous raconte l'histoire, et que nous contemplons de nos propres yeux?..

« L'apôtre saint Jean fait remarquer que toutce qu'il y a dans le monde de criminel et de propre à causer sa ruine, se réduit à la débauche des jouissances bestiales, à la concupiscence, et à l'orgueil qui ne veut souffrir aucun frein.

« Or, pour remettre l'ordre dans l'homme, comment s'y prend l'Eglise, en suivant la morale enseignée par Jésus- Christ? Ouvrez à ce sujet les livres saints, ou ce sublime abrégé des livres saints qui est notre Catéclilsme.

«A ceux qui se laissent aller aux attractions des sens, il rappelle : que l'on doit s'interdire même un regard, une mauvaise pensée, un désir I

« A l'homme que tourmente la soif de l'or, il est dit également : que l'avarice est un esclavage et qu'on ne Dcut.servir en même temps Dieu et l'argent.

LA FOI LT L\ RAISON. Q-jy

« Enfin à l'orgueilleux, il est ordonné d'abaisser sa superbe, d'emprunter à reniant sa simplicité ingénue, pour entrer dans le royaume des cieux. . .

« L'individu ainsi préparé, et ses abjectes passions, causes de tout bouleversement, étant vaincues dans son cœur, l'Eglise, sans s'écarter d'une ligne des leçons du Sauveur, s'attache à introduire l'ordre dans les relations mutuelles.

« Ce qui tout d'abord se présente à notre considération, c'est le fondement très-ferme qu'elle pose pour maintenir durables ces relations et les rendre immanquablement profitables à la vraie civilisation. Ce fondement c'est la Charité, qui, en dehors du christianisme, ou elle n'est pas même connue de nom, ou n'est connue que dans un sens tout différent de celui que nous lui donnons. Ce que le monde a gagné et gagne encore à cette école d'amour ineffable, nous le savons : c'est le respect de l'homme même pauvre, même de condition basse et méprisable ; c'est le pardon facile et sincère des âmes, après qu'elles ont souffert de sanglants outrages; ce sont les vengeances diminuées ou rendues impossibles parce qu'elles sont sévèrement jugées par notre propre conscience et par celle d'autrui : ce sont l'équité amenée à mitiger les rigueurs du droit, les fatigues et les privations acceptées joyeusement dans le but de pourvoir à l'adoucissement de la condition du pauvre, de l' ouvrier honnête, de l'orphelin, du vieillard. Voila des faits palpables, qui sautent aux yeux, et la plus légère réllexion suffit à en découvrir la source, laquelle, évidemment, n'est autre que la morale de Jésus-Christ enseignée par l'Eglise.

« Ont-ils obtenu par leurs tentatives un seul de ces avantages moraux, ceux qui veulent substituer une civilisation tout humaine à celle qui s'est élevée à une si grande hauteur, grâce à l'action et au travail de l'Eglise?.. Sont-elles un indice d'adoucissement des mœurs et des earacléres, cette envie et cette honte qui envahissent et

078 LES SPLE^DEUns DE LA FOI.

inondent chaque jour davantage, le cœur de ceux qui sont dépourvus des biens de la terre contre ceux qui sont riches? Faut-il voir une preuve de sentiment de fraternité sincère dans les frémissement de tigre, dans les menaces d'incendie et de carnage, qui frappent sans cesse nos oreilles?..

«Mais détournons nos regards de ces signes d'une barbarie naissante, pour les reposer avec bonheur et, plaise au ciel, avec fruit pour les âmes, sur les influences salutaires que possède la morale chrétienne pour sanctifier et rendre prospères toutes les sociétés humaines.

« La première et la plus importante est la société conjugale, de laquelle naît d'abord la famille, et qui crée ensuite la société civile.

« Grâce à l'Eglise, le mariage, après de longues ignominies, apparut couronné d'un diadème royal. Ainsi transformé, il ne pouvait que devenir une source d'insignes avantages pour la civilisation elle-même... Donnez-nous des époux attentifs d'une part à seconder les desseins du Christ, d'autre part à exercer le ministère maternel de l'Eglise, et alors la civilisation sera sauvée. Les enfants qui sortiront des foyers domestiques pour peupler la terre, porteront profondément gravées dans leur cœur les maximes de justice qui sont les bases de la Société civile; ils seront accoutumés par une sage éducation à garder la discipline, à respecter l'autorité et à observer les lois équitables. Dans les mains de ces parents se formeront les caractères énergiques et fermes, qui ne se laisseront ni ébranler, ni emporter par les vents des doctrines changeantes. Dans ces foyers domestiques sanctifiés par la foi et par les exemples des parents, les enfants auront le bonheur d'apprendre à apporter dans la société l'humanité des sentiments, la loyauté des relations, la constance à garder la parole donnée, etc.. .

« Et n'est-ce pas en vérité un attentat à la civilisalioii que d'ouvrir la porte au divorce, conséquence inévitable et fatale du mariage profané ? La civilisation n'est-elle pas

LA FOI ET LA HAISON. q-ç)

empoisonnée, quand le mariage, dépouillé de sa splendeur et de sa majesté religieuse, est abandonné aux mains de scélérats obscènes qui, sous le prétexte de la liberté et de l'iaslabilité de la nature, viennent avec impudence et égoïsme nous parler d'accouplements temporaires ou, pour parler sans euphémisme, de jouissances brutales? Dans ces conditions, les pauvres petits enfants ou risqueraient, privés du regard maternel, de périr avant le temps, comme des fleurs que ne vivifient pas les rayons du soleil, ou croîtraient sans direction assurée, sans liens solides d'affection qui les rattachent à la famille et par la famille à la patrie 1 Et c'est pour nous faire jouir d'une telle civilisation, que les ennemis de l'Eglise ont entrepris leur fameuse lutte ! . .

« Les avantages que la civilisation trouve dans les doctrines par lesquelles l'Eglise régie les relations des hommes,dans cette société plus large qui est la société civile, sont non moins considérables. La puissance, dit l'Eglise, vient de Dieu. Mai? si la puissance vient de Dieu, elle doitrelléler la majesté divine pour apparaître respectable, et la bonté de Dieu pour devenir acceptable et douce à ceux qui lui sont soumis. Quiconque a dans ses mains les rênes du pouvoir, que ce soit un individu ou une personne morale, qu'il tienne ses fonctions de l'élection ou de la naissance, au sein d'un Etat démocratique ou d'une monarchie, ne doit ])as rechercher dans le pouvoir la satisfaction de son ambition et le vain orgueil d'être au-dessus de tous, mais au contraire le moyen de servir ses frères, comme le Eils de Dieu qui n'est pas venu pour se faire servir, mais pour servir les autres ! Paroles, maximes bien courtes, mais dans lesquelles toutefois est renfermée la transformation du pouvoir la plus heureuse et la plus consolante qu'on put désirer... Le pouvoir qui ressort des enseignements chrétiens, est modeste, laborieux, attentif à favoriser le bien, retenu par la pensée que, au jugement dernier, des châtiments sont réservés à celui qui aura mai gouverné... Si la puissance lire de Dieu sa raison d'être, sa majesté, sa

sollicitude à procurer toutbien,il est impossible de croire qu'on puisse se révolter contre elle, car ce serait se révolter contre Dieu. L'obéissance du sujet doit être franche et loyale, elle doit provenir d'un sentiment intime, et non de la crainte servile des châtiments ; elle doit apporter avec elle la preuve de sa sincérité et faire accepter volontiers les sacrifices réclamés de celui qui tient en main le pouvoir pour remplir son ministère... L'Eglise n'approuve pas les fauteurs de désordres, les ennemis systématiques de l'autorité ; et l'obéissance qu'elle inculque trouve une puissante compensation dans la transformation du pouvoir, lequel, devenu chrétien et dépouillé de ses vieilles et honteuses inclinations vers l'ambition et la tyrannie, revêt le caractère d'un ministère paternel, sagement contenu dans les limites de lajustice du commandement. Si l'on franchit ces limites en envahissant le domaine de la conscience, on rencontre dans l'homme une voix qui répond, avec les apôtres : il faut avant tout obéir à Dieu. Les sujets lâches, et que des craintes basses font trembler, ne sont point élevés dans les bras de l'Eglise ! Ils naissent en dehors d'elle, au sein des sociétés qui ne reconnaissent d'autre droit extérieur que celui de la force brutale...

« Benjamin Franklin, au terme d'une vie passée au milieu des affairespubliquesetmûrie parune longue expérience, écrivait de Philadelphie : « Une nation ne peut « être véritablement libre, si elle n'est pas vertueuse, et « plus les peuples deviennent corrompus et dépravés, « plus ils ont besoin de maîtres.» Un autre écrivain, Ugp Picolo, dont le nom est en honneur et en vénéralioji parmi les fauteurs de la lutle pour la civilisation, disait à son tour: « On ne doit pas détruire la religion, parce « qu'un peuple sans religion tombe bientôt sous un gou- « vernement absolument militaire !... »

« Ainsi donc, en interrogeant l'homme comme individu, l'homme dans ses relations avec ses semblables, l'homme dans la société domestique ou civile, il a suffi d'un examen rapide pour nous convaincre que les doctrines de

LA FOI ET LA RAISON. Çgj

l'Eglise renferment les germes les plus précieux de la civilisation, et que, mises en pratique, elles conduiraient infailliblement à la plus haute perfection morale que l'on puisse espérer sur la terre...

Et, quels sont les fruits qu'ont recueillis les mœurs publiques, quels sont les avantages qu'ont retirés les relations domesliques et sociales de la funeste lutte entreprise sous le spéc'eux prétexte d'ouvrir à la civilisation de nouvelles et plus hautes destinées? La morale arrachée aux mains de l'Eglise et dépouillée par trahison de ses bases religieuses, est demeurée flottante dans les airs ; elle a cessé d'être la règle autorisée des actions ; elle est devenue le jouet et le vil instrument de tous les appétits..! « I/homme, » a osé dire un impie contemporain, « sanctifie ce qu'il écrit, et embellit des fleurs de « l'imagination tout ce qu'il aime! » N'est-il pas après cela facile de se permettre, comme les auteurs de ces théories en donnent l'exemple, de faire tout ce qui est déshonnète ; d'appeler divin le plaisir des sens ; d'insulter aux lois de la pudeur, pour courir après la beauté qui s'enfuit comme l'ombre, et qui, dans sa destination première, devait élever notre âme vers Dieu, comme une échelle bénie qui nous conduit à Lui, Source supérieure de toute chose précieuse et charmante. Voilà les fruits que porte l'immense rébellion née au milieu du monde. »

Ici finit le résumé de la lettre pastorale de Sa Sainteté Léon XIII. Qu'il me soit permis d'ajouter ce que ma vieille expérience, m'a appris soit de la civilisation en général, soit de la civilisation comparée des nations catholiques et des nations prolestantes dont on a tenté souvent de faire un argument contre notre foi.

J'avais implicitement en vue mes Splendeurs de la Foi, quand, dans la préface de la première édition de ma Télégraphie électrique, je laissais échapper de mon came et de ma plume, ce cri de terreur qui devait retentir ici:

J'étais en septembre 1845, sur le pont de Londres, centre et point culminant de la civilisation matérielle la

6g2 ^ES SPLENDEURS DE L\ FOI.

plus avancée qui fat jamais. Mon imagination était vivement exaltée par le. spectacle, unique au monde, de ces centaines de bateaux à vapeur qui fendaient avec une vitesse excessive les eaux du grand lleuve ! De ces locomotives qui partaient en mugissant pour dévorer l'espace! De ces fils métalliques envahis par la foudre, et qui jetaient vers tous les points de l'horizon des messages prompts comme l'éclair! De ces mille vomitoires plus élevés que les obélisques du vieux monde, et qui laissaient retomber sur l'immense cité les Ilots de leur fumée lugubre I

Mais mon intelligence élait plus éclairée que jamais des lumières de la foi !

Mais mon cœur vibrait mieux que jamais à l'unisson des inspirations consolantes et éminemment humanitaires de la religion chrétienne et catholique!

Mais je comprenais mieux que je ne l'avais compris jusqu'alors cet enseignement céleste ! Gloire à Dieu! Paix aux hommes de bonne volonté ! Le règne de Dieu peut seul amener sur la terre le règne de la justice et du bonheur! La seule vraie liberté est celle des enfants de Dieu et des frères de Jésus-Christ!

Et voici le sentiment qui m'agitait :

Plus encore par l'invention de la télégraphie électrique que par l'emploi de la vapeur, l'homme est di3venu géant. Or les saintes Ecritures nous racontent qu'il le fut déjà, dans les temps primitifs. Oui, il y eut autrefois une race de géants, et leur histoire lamentable pourra, si nous n'y prenons garde, redevenir la nôtre. L'enfant de Dieu trouva belles les filles de la terre! Un fol amour déprava tout à coup son cœur, et obscurcit sa raison. L'esprit arriva tristementàs'idenlilieravecla chair. Celte union insensée et criminelle produisit les géants.

Et, en effet, quand le génie de l'homme concentre toute son activité, toute son énergie sur la matière, quand il l'anime en quelque sorte de son souftle de vie divine, il devient comme un géant! Mais alors aussi, dans l'ivresse de son triomphe, il se croit Dieu ; il n'élève

plus ses regards 'vers le ciel ; il se replie sur lui-rat'me; il s'incarne de plus en plus dans la matière, dont la masse iînit en quelque sorte par l'absorber. Et bientôt commence une réaction aiïreuse! La matière, devenue reine;, énerve et subjugue son roi ! Asservi, abruti par les sens, l'esprit perd tout sou élan! La science s'éteint! L'industrie meurt! Et la barbarie recommence !

Est-ce que, en effet, la civilisation du xix'^ siècle, matériellement parlant, si elle n'est pas la barbarie, ne touciie pas de près à la barbarie? Est-ce que dans une gare de chemin de fer, la locomotive avec son fanal rouge de sang, son foyer incandescent elles torrents de vapeur qu'elle jette en sifflant ou plutôt en mugissant et en rugissant, n'est pas la barbarie? Est-ce que ces longs trains deAvagons, rapides comme l'éclair, qu'un déraillement imprévu ou calculé jette quelquefois violemment broyés les uns sur les autres, ou que la rupture d'un pont précipite dans le gouffre, ne sont pas la barbarie? Est-ce qu'il n'est pas barbare, ce convoi de la malle-poste de Londres ou de la malle-poste des Indes qui, en passant, vous donne le vertige et fait pénétrer la terreur jusqu'à la moelle de vos os? Peut-on sans une barbarie excessive condamner des milliers d'employés; mécaniciens, chauffeurs, gardes-frein, conducteurs, à rester trois jours eî •trois nuits debout sur la locomotive ou sur l'impériale des wagons, toujours inquiets, toujours tremblants, toujours écrasés par le poids d'une responsabilité terrible ? IN''est-ce pas se faire barbare que de maintenir les gares ouvertes, les dimanches et les jours de fête, à tous les convois de voyageurs et de marchandises, à tous les trains de grande et de petite vitesse, sans interrompre jamais les services de nuit qui imposent à tant d'ouvriers mal rétribués de si longues et de si pénibles veilles ? Est-ce qu'ils ne sont pas barbares les interminables tunnels de douze à quinze cents kilomètres de longueur, creusés à force de bras, de temps et d'argent à travers les flancs des Alpes, et qui peuvent devenir à chaque instant le tombeau des trains qui s'y engagent?

Est-ce qu'ils ne sont pas barbares ces immenses paquebots gorgés de voyageurs, au nombre quelquefois de quinze ou seize cents, condamnés à franchir l'Océan à travers les brumes les plus épaisses, assaillis par les ouragans les plus violents, escortés de blocs énormes de glace, au risque d'aller se briser contre les rochers ou de s'effondrer les uns sur les autres dans des collisions épouvantables? Barbares ces monitors, ces vaisseaux cuirassés, vrais monstres marins, avec leur armure de fer de trente-cinq à quarante centimètres d'épaisseur,leurs tourelles bardées d'acier,, leurs canons de cent a deux cents tonnes, leur centre de gravité si haut, leur instabilité si grande, qu'il suffit du léger abordage d'un compagnon de route pour les faire tomber au plus profond des mers avec leurs armées de matelots et de soldats! Barbares ces cuirasses de cinquante, soixante, soixante-dix, quatrevingts centimètres d'épaisseur, qui insultent aux boulets des canons de quatre-vingts, cent, centvingt tonnes ! Oui, barbare, archibarbare la lutte acharnée et sans fin du boulet qui veut percer la cuirasse et de la cuirasse qui défie le boulet: lutte qui a fait dire à un grand poète : « Quand on aura trouvé des cuirasses capables d'arrêter tous les boulets, on fabriquera des boulets capables de traverser toutes les plaques ! »

Barbares ces colossales industries du verre, du fer et de la houille avec leurs immenses coulées de fonte enllammée, qu'on dirait des torrents de lave en fureur! Barbares ces blocs énormes de fer incandescent qui brûlent les hommes qui les traînent pour les jeter en pâture aux laminoirs et aux marteaux! Barbares ces marteaux-pilons qui façonnent des arbres de fer gros comme le corps d'un homme! (La masse active du marteau-pilon exposé par le Creuzot au Champ de Mars pesait quatre-vingts tonnes, quatre-vingt mille kilogrammes! La hauteur de chute du pilon était de cinq mètres! Cette hauteur de chute multipliée par le poids de 80,000 kilogrammes donne un travail de quatre cent mille kilogrammes !) Barbares ces flots de grosses étincelles qui jettent partout Tincendie !

LA FOI ET LA RAISON. ggg

Barbares ces plaines autrefois verdoyantes, aujourd'hui nues et ravagées en tous sens, dépouillées de leur minerai de fer et de charbon, parseméesnuitet jour de feux lugubres, rouvertes de nuages sinistres etd'une fumée blafarde ! Barbares les puits de quatre mille mètres de profondeur, vers lesquels rayonnent de vastes et longues galeries souterraines, périodiquement envahies par le grisou, agent cruel d'explosions formidables qui surviennent au moment le plusinattendu, et foudroient toute une population de braves ouvriers, la plupart chargés du soin d'une famille nombreuse ! Barbares ces machines à vapeur de plus en plus monstrueuses des usines, des vaisseaux et des paquebots ! Une des machines de navires à vapeur exposées au Champ de Mars, avait atteint le chiffre fabuleux de 8,000 chevaux-vapeur!

Barbares, barbares les exigences et les entraînements de la civilisation qui font les villes de plus en plus immenses ! Qui n'a senti qu'il était perdu, anéanti, dépouillé de sa personnalité, errant, désolé comme l'homme qui a perdu son reflet ou son ombre, à travers ces omnibus, ces tramways, ces voitures de place, ces autres véhicules de tout genre qui sillonnent maintenant les rues de nos grandes cités? On ne peut plus aujourd'hui s'élancer d'un trottoir à l'autre, dans certains quartiers de Paris, sans courir risque de la vie. Il a fallu créer des refuges ; bientôt il faudra établir des passerelles. Un journal parisien stigmatise cette barbarie en ces termes fort spirituels : « Au coin des rues les plus fréquentées, telles que les rues Montmartre, Richelieu, etc., il est d'usage que les gardiens de la paix fassent passer^ en alternant, une fournée de piétons et une fournée de voitures. Mais il arrive quelquefois que les agents oublient complètement l'infanterie, de sorte que celle-ci ne peut déboucher que quand le défilé de la cavalerie est complètement terminé, ce qui est fort peu agréable pour les malheureux fantassins. »

Barbares ces admirables boulevards qui faisaient les délices des Parisiens et des étrangers, où l'or, errait, or

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l'on respirait à l'aise, mais aujourd'hui encombrés à l'excès el sillonnés par plusieurs lignes de tramways dont les trompes assourdissantes sonnent comme un tocsin perpétuel!

Barbares ces gares de chemins de fer de la banlieue dans lesquelles des milliers d'hommes, de femmes, d'enfants attendent, entassés, le signal de la délivrance. Tous frémissent de joie en entendant le sifflet de la locomotive 1 Mais cette joie fait place au désespoir, quand il est constaté que le train regorge de voyageurs 1

Barbares ces queues interminables condamnées à attendre, par la pluie, la glace ou la neige, l'ouverture des guichets des théâtres, des salles de concerts ou des autres assemblées publiques!

Plus barbares encore étaient ces longues files d'êtres bumains, se pressant à la fm du siège autour des bureaux de distribution pour obtenir après une demi-heure ou une heure d'attente quelques Ijouchées de pain noir ou de viande, avec une goutte de vin I

Barbares ces magasins immenses du Louvre^ de la Belle-Jardinière, du Pont-Neuf, du Bon-Marché, etc., où l'on se bouscule, où l'on fait des poses interminables, etc., etc., et qui ont déterminé la fermeture d'une multitude de petites industries qui faisaient vivre honorablement leurs paisibles possesseurs.

Barbares ces hôtels continentaux où l'ordre est dans la fusion et la confusion!

Barbares, barbares ces grands cafés transformés en cités permanentes, où l'on vit en quelque sorte le jour et une partie des nuits, toujours parlant, toujours fumant, toujours buvant!

Barbares les restaurants où dînent ahuris, éblouis, assourdis des milliers de convives !

Barbare cette Bourse affolée où les cris tumultueux d'achat et de vente, à la hausse et à la baisse, se croisent sauvages en tous sens, et dans laquelle s'engloutissent tant de fortunes !

Barbares ces banques nationales auxouelles un seul

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escroc peut soustraire des vingtaines de millions sans qu'elles s'en aperçoivent, ou sans qu'elles osent s'en plaindre !

Barbare cet entraînement irrésistible qui arrache les habitants des campagnes à leurs tranquilles chaumières, et les entraîne dans les villes pour les entasser dans les ateliers, dans les usines, dans les chantiers, dans les égouts!

Oui, barbare, barbare cette civihsation excessive, insensée! Le vieux Boileau trouvait déjà barbare le Paris de son temps. 11 fuirait, épouvanté, le Paris du dix-neuvième siècle.

Mais toutes ces barbaries que nous n'avons fait qu'esquisser sont des barbaries matérielles, nécessités fatales des temps, conséquences forcées du progrès, inspirées, réalisées par l'esprit d'invention, par des œuvres de génie qui font le plus grand honneur à l'humanité. Elles sont cruelles, extravagantes, mais elles sont bonnes en elles-mêmes. Or il est d'autres barbaries morales, nécessités aussi des temps, qui ne sont pas essentiellement mauvaises et qui n'en sont pas moins désastreuses.

Par exemple, barbares moralement les armées permanentes, le service militaire universel qui arrache, et pour cinq longues années, au foyer domestique, l'élite des populations, et la condamne au casernement, à la vie de garnison, avec leurs conséquences homicides. Oui, barbares ces lois draconiennes qui vouent cinq cent mille hommes jeunes et vigoureux, arrachés pour la plupart à l'agriculture, la plus féconde, la plus salubre, la plus morale de nos industries, non pas au célibat seulement, mais au libertinage! Attentat matériel contre Dieu et contre l'humanité.

Plus barbare encore cet entraînement de notre jeunesse vers les fonctions salariées de la centralisation et de la bureaucratie. C'est à qui désertera son village natal! C'est à qui abandonnera sa petite ville, dégoûté du commerce de détail monotone, mais honnête, et qui créerait une existence modeste. Non, 1 faut courir vers

les cliefs-lieux de préfecture et de sous-préfecture on vers la grande capitale, et vivre étiolé au sein des bureaux, dans la demi-oisiveté d'une vie malsaine. Qui ne sait, hélas! que les sangsues de l'Etat, comme tous les êtres parasites, sont non-seulement ses serviteurs les plus inutiles, mais ses ennemis intimes?

Plus désolantes encore sont d'autres barbaries qui font la honte de la société moderne en général, de la société française en particulier, ce sont celles que j'ai désignées du nom de péchés de sang- froid: le travail du Dimanche qui fait les nations athées; le repos du Lundi qui fait la tristesse et la ruine des familles ; l'oubli volontaire des préceptes de l'Eglise, de l'abstinence et du jeiine, préceptes cependant si hygiéniques et de si bonne économie publique ; le bénéfice illicite sur le prix d'achat et de vente au préjudice du maître, indélicatesse raffinée qui étouffe dans l'âme des serviteurs tout sentiment d'honnêteté ; l'altération des poids et des mesures ; les falsifications et les sophistications de toutes les denrées alimentaires et autres crimes semblables de lèse-humanité. Enfin, et par-dessus tout, la violation des lois qui doivent présider a l'union de l'homme et de la femme, crime monstrueux, lutte abominable du calcul athée contre la religion, la raison, la nature et môme la passion; source désastreuse d'une infinité de maux, chancre dévorant attaché au cœur de notre France et préparant activement sa décadence.

11 est encore un fait incontestable, que nous devons rappeler ici, et qui prouve jusqu'à l'évidence la barbarie de la civihsation. Aujourd'hui en Europe, où elle est à son apogée, ne dirait-on pas que la grande occupation de l'homme est d'attenter à sa vie? Il se tue par la soif des grandeurs, par le tracas des affaires, par les préoccupations de l'industrie et du commerce, par le séjour presque habituel dans les atmosphères empestées des théâtres, des cafés et des estaminets, par des danses effrénées qui se prolongent toute la nuit par l'abus du tabac et des liqueurs alcooliques, îl'absinlhe surtout; par

la passion des chevaux et des courses, par les exaltations du jeu, par les attentats directs contre sa vie qui vont se multipliant dans une proportion désespérante. Et les maladies terribles, presque inconnues autrefois, qui moissonnent à elles seules plus de la moitié des victimes de la mort! Les syphilis, les mort-nés, les fièvres puerpérales, le croup, la fièvre ty[)hoïde, l'anémie, la chlorose, la phtisie pulmonaire surtout, que j'appellerais volontiers le sceau de la bête, le fruit de mort de la civilisation. Un médecin anglais célèbre a fait l'histoire, l'étiologie et comme la théorie des maladies des temps MODER>Es ! Diseases of moderne life, par M. le docteur Richardson, in-12, 5^0 pages. Londres, Macmilian, 1870.

Un mot maintenant de la civilisation comparée des nations latines et des nations germaniques ou anglosaxonnes, en d'autres termes, des nations protestantes et des nations catholiques. Les nations catholiques jadis l'emportaient évidemment sur les nations protestantes. L'Italie, la France, l'Espagne, le Portugal ont dans leur histoire des pages admirables. Elles embrassaient ou possédaient le monde entier quand l'Angleterre, l'Allemagne et f Amérique n'élaient pas ou n'étaient parî sorties de chez elles. Quoi de plus magnifique que l'Espagne de Philippe V ou la France des premières années de Louis XIV? Et qu'on le remarque bien, c'était leur foi catholique, apostolique, romaine qui avait fait ces nations grandes entre toutes. Les peuples maîtres du monde sont uniquement ceux qui se donnent à remplir cette mission divine : « Allez, enseignez toutes les nations, baptisez-les et apprenez-leur à garder mes com- , mandements. » Or l'apostolat de la foi et de la civilisa- ', tion, nous l'avons prouvé surabondamment, est le propre du génie catholique, il est tout à fait au-dessus des forces du génie hérétique ou schi^matique. L'apôtre doit être saint ; or l'Anglais, l'Allemand et l'Anglo-Saxon protestants, ne sont pas au même degré que les nations latines

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le sentiment de la sainteté. Elles se vantent même de n'y pas aspirer!

Mais les temps sont bien changés : si les races latines ont dominé dans le passé, elles ont perdu l'empire du présent et plus encore celui de l'avenir. A la fin de la guerre de 1870, la Germanie enivrée de sa victoire criait à notre belle France : « Ton règne est fini, le mien commence ; les races latines ont fait leur temps, les races allemandes vont apparaître rayonnantes, l'avenir leur appartient ! »

Quand cela serait, quand cette infériorité actuelle serait réelle, on ne pourrait pas en faire un argument contre la religion catholique. Car il est évident, au contraire, que l'Italie, la France, l'Espagne et le Portugal n'ont cessé d'occuper le premier rang parmi les nations, que parce qu'elles ont perdu l'Esprit catholique. C'est par la foi que l'Espagne a conquis le Nouveau Monde et les Philippines; le Portugal, les Indes et le Brésil; la France, une partie de l'Amérique et le Canada. Aujourd'hui, avec l'esprit catholique, ces mêmes nations ont perdu le sentiment de l'autorité, de l'autorité religieuse, de l'autorité politique, de l'autorité civile, de l'autorité domestique, et cette perte serait seule la cause de leur déchéance.

Les nations latines, la France surtout, ont toutes les qualités d'un conquérant. Elles sont tout à la fois coursier, torrent, fleuve. Or, pour qu'ils donnent non la mort mais la vie, il faut au torrent son lit profondément creusé, au fleuve ses digues, au coursier son frein.

Le génie des nations latines, plus que tout autre le génie français, est à la fois raison, logique et action ; et si vous lui inoculez les théories révolutionnaires ou philosophiques, ses qualités natives deviennent des dissolvants énergiques. Tandis que pour les esprits plus lents et plus épais des races anglo-saxonnes ou germaniques, ces doctrines pourront rester longtemps à l'état de théorie sans entrer dans la pratique, erreurs plutôt que crimes.

Que faudrait-il donc pour rendre à la France, à l'Espagne, à l'Italie, la paix, la prospérité, la grandeur? Il faudrait simplement, je ne dirai pas anéantir, je ne dirai pas convertir, mais rendre impuissantes pour le mal : en Espagne cent, en Italie trois cents, en France cinq cents, peut-être mille volontés mauvaises !

Mais arrivons à une comparaison directe des races latines et des races germaniques.

La supériorité intrinsèque des races latines est évidente. Les sols de la France, de l'Espagne, du Portugal, de l'Italie, suffisent pleinement à l'entretien de leurs populations. Le ciel leur est clément, le climat est tempéré, l'atmosphère est douce. La viande, le poisson, le froment, le vin, l'huile, le miel, le sucre, tous les éléments confortants de la vie y surabondent. Le besoin impérieux de l'émigration ne les décime pas annuellement.

Le milieu ou l'élément du oénie allemand estlenuaffe, il rêve! Le milieu du génie anglais est le brouillard, il s'ennuie ! Le milieu du génie français est le sol, il agit ! Le milieu du génie italien est l'air, il chante I Le milieu du génie espagnol est le ciel, il prie!

Mais étudions de plus près les nations protestantes et voyons ce que devient leur prétendue supériorité.

L'Angleterre. Un poète, M. le marquis de Jouffroy, a dit de l'Angleterre avec trop de raison:

Salut, froide Albion, lerre de l'industrie,

D'un pcu|)le mécanique insipide pairie,

Ton chef-d'œuvre à mes yeux est la barque à vapeur,

Qui permet de te fuir, malgré l'onde en fureur !

Le pays. Le sol de l'Angleterre ne produit guère que ce qui est indispensable à la vie, son climat est triste, le brouillard y règne en sj>uverain. Enfermés dans leur île froide et humide, qu'on n'aborde pas toujours sans danger, les Anglais sont condamnés à aller chercher au loin le confort et l'agrément.

iaiîe/?{//on. Comme nationl'Angleterre est chrétienne. Elle organise des missions, mais qui n'ont de l'apoS'

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tolat que le nom. Elle répand à profusion des bibles, des /rac/s religieux. Mais individuellement elle n'a plus la foi, elle ne prie plus. A'oyez un Anglais qui se rend au prêche ! Il y va avec la même altitude régulière que s'il se rendait à ses affaires; mais on voit, on sent qu'il ne pense pas à la prière. Entré dans le temple, il cache un v^ instant son visage dans son chapeau, et il s'assoit, c'est ; tout! Que de vérité dans cet élan satirique du même poète :

Et je rirai toujours

De ce peuple dévot une fois en sept jours.

Sa richesse. La grande affaire de l'Angleterre, c'est tout ce qu'elle croit pouvoir l'enrichir, le commerce avec ses crises désastreuses, la grande industrie avec ses grèves ruineuses, la colonisation avec l'émigration et ses innombrables victimes.

Un homme est enterré!

Mais un tonneau de 1er au commerce est livré !

A Londres, dit M. J. Pecchio, au lieu de dire qu'un fabi'icant emploie tel nombre d'ouvriers, on dit communément qu'il occupe tel nombre de hands, c'est-a-direde bras, comme si les ouvriers étaient de simples machines ou des esclaves, sans tête, sans cœur, sans âme, ce qui est trop vrai. «Voilà comment nos cités populeuses, disait le docteur Pusey, nos ports, nos mines, nos fabriques sont plongés dans une désolation profonde ; ce sont, sauf la suspension de la peine, des types de l'enfer. »

L'Angleterre est riche, très riche, mais celte opulence territoriale ou commerciale est le privilège exclusif, soit d'un très petit nombre de familles aristocratiques que l'apostasie de la foi catholique et la faveur de Henri Vllf : ont faites maîtresses absolues du sol, soit de quelques personnalités en évidence, dont les millions de livres sterling font un odieux contraste avec la détresse extrême des multitudes qui les ont enrichies par leurs sueurs, leurs fatigues, leurs larmes, leur exténuation lamentable.

A Londres, le nombre des individus réduits à une pauvreté extrême, aune misère sans nom; est incalculable. La statistique oflicielle accuse un indigent sur huit habitants ; on peut et on doit dire qu'il y en a un sur quatre! Même en temps ordinaire, des milliers d'où- ' vriers sont sans travail aucun, et les infortunés leave men vivent en plein air, d'immondices ou de brigandage. Le public apprend chaque année qu'un très-grand nombre d'habitants sont morts de faim. En temps de crise c'est bien plus épouvantable encore. Pour ne citer qu'un fait, entre cent autres : En 1857, d'immenses troupes d'où- ' vriers se promenaient le long d'Oxford-Streel, criant à chaque instant d'une voix sépulcrale : AU out of icork! (tous sans travail!); i/Zs^ar^mj// (tous mourantde faim!). Et ils allaient par la ville poussant ce cri sinistre de Woel Woe! Malheur! malheur 1

Et ce qu'il y a de plus attristant, de plus horrible, c'est que le pauvre anglais est ce pauvre orgueilleux, que Dieu hait! Toutes ces mendiantes, môme celles que l'on voit chaque matin ivres mortes sur le pavé, ont leur chapeau, leur châle, leur robe à volants.

Comme conséquence naturelle de celte affreuse détresse, le vice s'étale effrontément, non seulement dans les rues tortueuses et sombres de la cité, mais sur les voies les plus spacieuses et les mieux éclairées. La prostitution a pris des proportions vraiment épouvantables.

Quoique la taxe des pauvres soit un impôt extrêmement onéreux, les secours accordés aux indigents sont tout à fait dérisoires. Les habitants ou mieux les prisonniers des Works-Houses, sont entassés dans des locaux trop petits, mal aérés, infects. Et jamais ces infortunés, même atteints de maladies graves, ne recevront les soins attentifs et délicats de religieuses dévouées! La charité évangélique n'existe pas en Angleterre; on lui a substitué, avec l'hérésie, une philanthropie gh^ciale.

Sa moralité. L'ivresse est le défaut commun du peuple anglais. L'abus des liqueurs alcooliques a envahi toutes les classes de la société. Les femmes elles-mêmes

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jusqu'aux femmes de la haute société, ont un faible pour le gin. Force est d'avoir pour domestiques de très-jeunes filles. À trente ans la tempérance est une exception rare.

A Glascow^ dix mille individus s'enivrent le samedi soir, immédiatement après la paye, et restent ivres le dimanche, le lundi et quelquefois le mardi. Dans cette même ville on arrête vingt mille femmes ivres au point de ne plus pouvoir se tenir debout. A Edimbourg, ville cependant puritaine, on a créé de vastes établissements où l'on met en pratique, sur une vaste échelle, l'art de perdre la raison pour UN PENNY, DIX CENTIMES. Et quelles sont les conséquences nécessaires de ces abominables slalistiques? La misère la plus profonde,lapromiscuitô des sexes,lafolie, le crime! L'aliénation mentale, causée par l'ivresse, avait atteint, il y a déjà quelques années, celte proportion formidable : sur '1 2l71 fous, dont on a pu connaître les antécédents, 649, c'est-à-dire plus de la moitié, ont eu la raison égarée par les boissons alcooliques. Dans la classe indigente, c'est bien pis encore! Les deux tiers des Anglais pauvres sont intempérants.

La probité. En 1834, déjà, la Bévue Britannique faisait le relevé suivant des vols commis dans l'année: Vols par des domestiques, 17 000 000; vols sur la Tamise, là 000 000; vols dans les docks et sur les voies publiques, 13 000 000; vols par la fausse monnaie, 5 000 000 ; vols par faux billets de banque, 4 000 000. En celte année,* la ville de Londres comptait 1 200 000 habitants; c'était doue un impôt de 43 fr.75c. par tète! Encore faut-il noter que, dans cette hideuse nomenclature, on a omis les vols commis par les caissiers! Que serait-ce si nous avious les relevés de 1877 ou 1878!

La famille. Le Journal des Débats, grand admirateur cependant de l'Angleterre, n'hésita pas un jour à dire que s'il fallait s'en rapporter à ce qui perce au dehors, sans percer le mur domestique, on devrait admettre que presque tous les maris anglais battent leurs femmes.

Dans la session de 1853, M. Fitz-Roy disait en plein parlement : « On ne peut lire les journaux sans être

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constamment frappé d'horreur, tant sont nombreux les exemples de traitement brutal et cruel iniligé au sexe faible par des hommes dont les atrocités devraient faire rougir les fronts anglais. Les femmes sont vendues par leilrs maris, les enfants par leur père et leur mère; 11 existe des marchés publics où les enfants des deux sexes sont offerts au plus fort enchérisseur.

La justice. Il n'est pas en Angleterre de code, et nul ne "peut se flatter de connaître les lois. La magistrature anglaise est grassement rétribuée, certains traitements de juges atteignent le chilï're énorme de sept cent cinquante mille francs. Le Président de la cour du Banc de la reine reçoit jusqu'à deux millions cinq cent mille francs! Et, nulle part, la justice n'est plus lente et plus ruineuse. Le plus petit procès, jugé en cour d'assises, coûte au gagnant cinq cents livres sterling, douze mille cinq cents francs! ?iios sœurs de Bon-Secours d'Angers établies à Hammers-Smith, sont dénoncées par une fille repentie, comme coupables de sévices, parce qu'elles la forcent de se lever à six heures du matin! Elles sont acquittées, mais les frais ont dépassé douze mille francs. Le procès en contrefaçon le mieux fondé ruine celui qui ose l'intenter.

A la cour suprême, la Chancellerie, les causes traînent tellement en longueur et les frais sont si énormes, que le nom seul de Chancellerie glace d'effroi. C'est un antre dévorant, d'où il est impossible de sortir quand on y est entré. C'est assez, c'est trop !

Evidemment les nations latines ou catholiques n'ont rien à envier à l'Angleterre sous le rapport de l'aisance, des mœurs, des lois, des institutions. Vue de près, elle perd, pour ainsi dire, tout ce qui de loin pouvait séduire ou tromper le regard de l'observateur peu attentif. Disons donc en terminant avec Montesquieu : « Chose admirable ! la religion chrétienne, surtout la religion catholique, qui semble n'avoir d'autre objet que la félicité de l'autre vie, fait encore notre bonheur dans celle-ci. » [Esprit des Lois, chap. xxiv, p. 33.)

L'Allemagne. Quant à rAllemagne, je ne ferai que résumer ici un pelit travail que j'ai publié sous ce titre : Le peuple roi de l'avenir. Ce fut d'abord une conférence faite dans le salon du Grand Hôtel de la Paix, en pleine guerre de 1870.

La Germanie s'écrie donc : a Les races latines ont fait leur temps, l'heure des races allemandes a sonné, elles seront désormais le peuple de l'avenir. » Voyons ce qu'il y a de vrai dans ces aspirations insensées... La force d'un peuple, ce qui le sacre roi de l'avenir, c'est son GÉNIE. Le point d'appui de la force ou du génie, c'est le SOL. L'instrument de la force et des conquêtes du génie, c'est la langue. Or la Prusse, fût-elle l'Allemagne tout entière, n'a ni le génie, ni le sol, ni la langue qui font la force. Commençons par le sol.

Le sol allemand est impuissant à nourrir ses enfants. Aussi, que répondait M. de Bismarck à ceux qui lui reprochaient de sacrifier trois cent mille hommes à sa jalousie haineuse de la France? (( Trois cent mille hommes ! c'est ce que l'Allemagne jette chaque année à l'hydre de l'émigration ! )) Combien comptez-vous d'Espagnols, de Français, d'Italiens en Allemagne? Infiriiment peu ! Et ces rares émigrés y meurent d'ennui ! Combien comptez-vous, ou comptiez-vous avant la guerre, en France de Prussiens? Des milliers, des centaines de mille. Et que faisaient parmi nous ces milliers de Prussiens, d'Allemands? Tout ce que nous ne voulions pas faire. La France a tiré de son sol en moins de deux ans les cinq milliards d'indemnité de guerre ! L'Allemagne a englouii nos cinq milliards, et déjà la crise financière lui fait pousser des cris de détresse.

Le génie. L'avenir est au génie d'invention ; or le génie allemand n'invente pas. J'ajoute qu'il ne croit pas, ou qu'il croit à peine à la possibilité de l'invention. Cela est si vrai qu'en Prusse, et c'est une anomalie révoltante, qui a mille fois désespéré nos inventeurs français, il est comme impossible d'obtenir la sanction d'une découverle faite à l'étranger, La Prusse n'a réellement

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inventé ou, mieux, fabriqué que son canon Krupp, monstre de plus en plus horrible, informe, immense ! Et ce qui prouve trop éloqueramentla barbarie de la civilisation au dix-neuvième siècle, c'est que le canon Krupp a valu à son auteur un revenu annuel de deux millions de francs, et qu'il paye à l'Etat un impôt de plus de 70 000 francs.

Les Allemands sont savants, oui ! Ils ont compté dans leur sein des savants de premier ordre. Mais d'abord ces savants de premier ordre, les Jacobi, les Gauss, les Dirichlet étaient de race sémitique et non de race germanique. Et les autres sont savants à leur manière, savants terre à terre, à la manière des érudits. Ils établissent et ils analysent patiemment les faits, chassant nonchalamment la petite bête. F/esprit allemand habite trop le nuage et la fumée de tabac, il vit trop de rêves. Or le règne du rêve est un règne mensonger et éphémère. Aussi est-il de Fessence du génie allemand de s'évanouir dans ses propres pensées et d'arriver à toutes les énormités de l'erreur: voyez Kant, Hegel, Fichte, Feuerbach, Strauss ! Ils doivent tout leur prestige aux nuages dont ils s'enveloppent. Leurs théories les plus vantées sont des négations délirantes. Pour eux les choses grandes et saintes, Dieu! l'Univers! n'ont aucune certitude objective. Elles ne sont pas des réalités distinctes de l'esprit qui les conçoit. Ils osent dire que leur pensée seule engendre Dieu, engendre le xMonde, engendre la Société. Rêveries, abstractions, et pour corollaire de ces rêveries, de ces abstractions le désespoir et le néant! C'est l'esprit prussien à sa suprême puissance !

La langue! La langue allemande est une langue très-riche, philologiquement, hardiedans sa composition, originale et môme bizarre dans sa grammaire, comme si elle craignait que l'on comprenne trop tôt ce qu'elle veut dire, ilaiselle n'est nullement la langue de l'apostolat et de l'enseignement. Elle n'est pas même une langue populaire. Elle reste forcément ignorée de la majorité de ceux qui la parlent, presqu'aulant que le chinois.

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En réalité, la langue allemande n'est pas faite, elle est et sera toujours à faire. On l'apprendra par nécessité, on la parlera par force, et on l'oubliera aussitôt qu'on le pourra...

Ma thèse est prouvée jusqu'à l'évidence : le sol, le génie, la langue des races germaniques ne caractérisent en aucune manière un peuple maître de l'avenir. La Prusse si arrogante est, bon gré, mal gré, ce qu'elle a été dans ces dernières années, le fléau de Dieu qui cessera, la force qui s'usera, la verge qui se brisera. La suprématie, dans l'avenir, comme dans le passé, appartiendra, quand elles auront expié leurs égarements, quand elles auront secoué le joug d'une minorité audacieuse, aux races latines, et parmi les races latines à la race française, à la France.

Et que serait-ce si j'avais invoqué en faveur de ma thèse les symptômes de décomposition, disons mieux, de barbarie qui éclatent de toutes parts au sein de l'empire d'Allemagne? L'envahissement du socialisme, l'exaltation des réunions populaires, l'émancipation des femmes, l'abandon de l'Eglise nationale, le mépris des ministres du culte ou leur isolement des masses^ les vices qui débordent de plus en plus, le paupérisme qui grandit à vue d'œil, l'épuisement des caisses de l'Etat, etc. C'est un cri universel que les odeurs de Berlin menacent d'effacer celles de Paris, de Londres, de New- York, etc.

Les États-Unis. Combien le tableau comparatif de la barbarie des races anglo-saxonnes aurait été plus effrayant si j'avais comparé les races latines aux Etats- Unis d'Amérique 1 Ce peuple dont l'indépendance date à peine d'un siècle, a déjà atteint les dernières limites de la civilisation par trop avancée. Le dieu Dollar règne en souverain maître sur toutes les classes de la société. Quand on prend des renseignements sur quelqu'un, on ne demande pas comme en Europe : celte personne est-

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elle honnête, mais bien : est-elle habile, smart? C'est assez dire que la morale compte pour peu de chose dans l'appiécialion des Américains. Ils ont pour la vie un dédain absolu comme s'ils en étaient les maîtres. Deux capitaines de steamers se rencontrant sur un de ces beaux fleuves qui traversent majestueusement l'Amérique en tous sens, n'hésiteront pas à sacrifier cent ou deux cents passagers confiés à leurs soins, uniquement pour dislancer le navire rival. Ils mettent en pratique au pied de la lettre celte parole de Bonaparte: « les hommes ne sont rien, les minutes sont tout. » Aussi chez eux pas d'enfants ! A douze ans, vous verrez un adolescent assis gravement à un bureau de caisse, parlant et répondant avec l'aplomb d'un homme de quarante ans. Les Américains ne vivent pas, ils brûlent la vie. Le sentiment est éteint en eux; il n'y a de place que pour la sensation. La justice est vénale ; et bien des fois la corruption des juges s'est étalée au grand jour. L'instruction est hâtive ; l'éducation vicieuse. Que penser en effet de ces vastes collèges où les deux sexes suivent les mômes cours, prennent ensemble leurs récréations? La charité n'existe pas. Rien de plus commun que de trouver le matin dans les rues plusieurs infortunés morts de faim. Et si la honteuse plaie de l'esclavage a disparu, après une véritable guerre d'extermination, il ne faut pas croire queles Etats du Nord soient animés de sentiments plus humains que les Etats du Sud ; ce serait une grosse erreur. La politique seule a dicté l'attitude prise par le Nord. Et cette horreur des enfants qui grandit chaque jour au sein des classes riches! Et ces avortements innombrables pratiqués insolemment par des proxénètes millionnaires étalant leur luxe fastueux dans des landaus à six chevaux!

Ce qui sauvera la jeune Amérique de la décadence absolue, c'est son respect pour la liberté religieuse. Grâce à cette tolérance de toutes les religions, le catholicisme a planté fièrement son drapeau sur cette vraie terre de la licence, et, à l'ombre de sesplisglorieux, sont venus se ranger tous les éléments d'une régénération pro-

chaîne de ces beaux et vastes Etats-Unis, dont la population multicolore ressemble beaucoup à celle de la ville fondée par Romulus.

L'Eglise et l'Etat. — Le droit qu'a l'Eglise de POSSÉDER. — Le pouvoir temporel des Papes. — L'Eglise et l'Etat. Qu'il est beau, qu'il est fécond en enseignements précieux le second psaume de David, que je n'ai jamais lu ou entendu chanter sans une profonde terreur : « Pourquoi les nations frémissentelles, et méditent-elles de vains complots ? Pourquoi les rois de la terre se sont-ils levés, et les princes se sont-ils ligués contre le Seigneur et contre son Christ? Rompons les liens qui nous unissent à eux, et rejetons leur joug loin de nous! Celui qui habite les cieux rira de leur révolte, le Seigneur se moquera d'eux! Le Christ leur parlera dans sa colère, et sa fureur les confondra. J'ai été établi roi par Dieu mon Père sur Sion et sa montagne sainte, pour lui intimer ses ordres. H m'a dit: vous êtes mon fils, je vous ai engendré (dans votre naissance humaine comme je vous ai engendré dans votre génération divine et éternelle). Sur votre demande, je vous ai donné les nations de la terre pour héritage, et votre possession s'étendra jusqu'au extrémités de la terre. Vous les gouvernerez avec une verge de fer et vous les briserez comme le potier brise (quand il lui plaît) le vase (moulé parles mains). (C'est-à-dire que vous serez pour elles la résurrection ou la ruine!) Et maintenant, [lois, comprenez (vos devoirs) ! Princes, instruisez-vous! Servez le Seigneur dans la crainte, et que votre joie en lui ne soit pas sans un certain tremblement. Embrassez sa doctrine, de peur que quelque jour il ne s'irrite, et que vous surprenant hors de la voie de la justice, il ne vous fassepérir. Heureux ceux qui, lorsque sa colère s'enflammera tout à coup, auront mis leur confiance en lui! »

Que cet arrêt est net et terrible! Ce ne sont pas seulement les individus, mais les nations, les peuples, les états, les gouvernements qui appartiennent à Jésus-Christ,

LA FOI ET LA RAISON. -,k.

qui doivent obéir, bon gré, malgré, à Jésns-Clirist. Et, parce que Jésus-Christ a transmis tous ses droits à son Église, tous, nations, gouvernements, Etats, souverains doivent appartenir à l'Eglise, obéir à l'Eglise. C'est le grand oracle d'isaïe et de David : « Il dominera sur toutes les nations! Toutes les nations le serviront! » Ce n'est pas seulement aux particuliers, mais aux cités, aux aations,aux empires que s'appliquent ces paroles du divin Sauveur: Celui qui n'est pas avec moi est contre moi ! Et l'oracle de saint Pierre: « Il n'y a de salut qu'en Jésus-Christ. Nul autre nom n'a été donné sous le ciel aux hommes par leque. ils puissent être sauvés. »

Jésus-Christ a dit à toutes les cités, en s'adressant h Jérusalem: «Jérusalem, Jérusalem, combien de fois j'ai voulu rassembler tes enfants, Comme une poule rassemble ses petits sous son aile,. et lu ne l'a pas voulu!.. Voici que toutes tes maisons seront désertes et que tu seras foulée aux pieds par les gentils!.. »

Jésus-Christ a dit demême à toutes les nations en parlant a Corozain et àBetzaïde : « Malheur à toi Corozain, malheur à toi Betzaïde, car vous n'avez pas fait pénitence, TOUS ne vous êtes pas rendues à la vérité, malgré les miracles éclatants qui ont été opérés en vous ! »

Les conséquences tirées des saints Pères, de la tradition tout entière, desconciles, des souverains pontifes parlant ex cathedra à l'Eglise tout entière, sont nombreuses et capitales; nous ne pouvons ici que les énoncer, en résumant fidèlement, avec ses propres paroles, le traité dogmatique du R. P. Libératore, s. j.: VEglise et l'État, Paris, Victor Palmé, 1877.

L'Eglise est une société parfaite et suprême entre toutes les sociétés, et elle ne doit être subordonDée à aucune autre société inférieure.

Toute société doit se soumettre à rEglise* Il ne sert à rien d'invoquer la différence entre les deux ordres de société, l'une spirituelle, l'autre temporelle. Dans leurs rapports mutuels, cette diversité emporte avec elle pour l'Etat, une indépendance relative, mais non pas absolue.

dans les choses qui, par elles-mêmes, se rapportent exclusivement à la \'ie présente. Mais, dans les choses qui regardent, directement et par elles-mêmes, la religion, la justice et les mœurs, l'Etat doit se conformer aux prescriptions de l'Eglise. Enfin, même dans les choses qui sont de sa compétence, le devoir de l'Etat est de ne rien faire de préjudiciable à la moralité de ses sujets, et au culte de Dieu. Et l'Eglise a le droit de corriger et d'annuler toutes les dispositions injustes et immorales qui auraient été prises, dans l'ordre même temporel.

11 y aurait confusion de l'Eglise et de l'Etat, si l'Eglise était subordonnée à l'Etat; mais il ne résulte aucune confusion de la subordination de l'Etat à l'Eglise : le corps ne se confond pas avec l'àrae, quoiqu'il lui soit subordonné.

Séparé de l'Eglise, TElat ne peut plus parvenir à la fin même de la société civile.

L'ordre naturel doit être subordonné k l'ordre surnaturel, la nature à la grâce, la vie présente à la vie future. La doctrine catholique n'admet ni la suprématie de l'Etat sur l'Eglise, ni l'indépendance absolue de l'Etat, ni même la séparation de l'Eglise et de l'Etat, parce que toute société instituée pour le bien de l'homme ne peut faire abstraction de ce qui est le bien suprême de l'humanité. Il faut être insensé pour s'imaginer qu'ayant toutes deux leur origine en Dieu^ la plus noble, la puissance spii'ituelle, puisse être soumise à la puissance temporelle. L'humanité est un corps unique, l'Eglise, le corps de Jésus-Christ. Donc, malgré qu'il existe dans son sein diverses puissances, diverses magistratures, il est nécessaire qu'elles soienttoutessubordonnées entre elles, afinqu'elles soient, en quelque façon, ramenées à l'unité.

Par les paroles adressées à Pierre età ses successeurs : « Pais mes brebis », les rois et les empereurs sont, comme leurs sujets assujettis à Pierre, puisqu'eux aussi sont au nombre des brebis du Christ.

Le gouvernement temporel, pour être juste et bon, doit avoir une régie spirituelle; donc il est nécessaire

LA FOI ET LA RAISON. ^q^

qu'il soit réglé par le pouvoir spirituel. Les papes, de leur côté, chargés de reprendre et de corriger les rois et les empereurs, non seulement comme hommes, mais dans l'exercice de leur puissance, devront en rendre compte à Dieu.

Tels les rapports du corps et de l'âme dans l'homme, tels les rapports des deux pouvoirs, temporel et spirituel, dans l'Eglise... Le pouvoir spirituel ne s'immisce pas dans lesalTaires temporelles, pourvu que les affaires temporelles ne s'opposent pas à la fin que le pouvoir spirituel doit faire attcindre,etc.Si les mesures temporelles sont nécessaires pour obtenir cette fm,le pouvoir spirituel peut et doit réprimer le pouvoir temporel, et le contraindre par toutes les voies et manières nécessaires. ;Bellarmix, de Romano Pontifice, Lib. YI, c. vi.)

Ces paroles de Jésus-Christ : « Comme mon Père m'a envoyé je vous envoie..! Toute puissance m'a été donnée dans le ciel et sur la terre 1 allez donc et enseignez toutes les nations! » assimilent la puissance de l'Eglise à celle de Dieu, l'autorité des pontifes romains à celle de Jésus- Christ; donc elle s'étend à tous, aux individus comme aux nations, aux Etals et aux souverains.

En tant qu^homme, le souverain doit servir Dieu, en vivant conformément à la foi; en tant que roi, il doit servir Dieu en mettant ses lois et son gouvernement en conformité avec la foi, sans jamais se soustraire à sa subordination envers l'Eglise.

Cette subordination spirituelle n'est ni l'exclusion ni l'absorption des puissances temporelles ; au contraire, elle'les ennoblit et lès affermit.

Dans le gouvernement des peuples rachetés. Dieu a joint l'Etat. à l'Eglise ; et celte union doit être maintenue. Sans l'Eglise, l'Etat moderne ressemblerait forcément à un cadavre.

L'Eglise une fois constituée par le Christ, deux pouvoirs, le pouvoir ecclésiastique et le pouvoir civil, coexistent; et leurs relations mutuelles ne peuvent être que la subordination du second au premier.

Inventer des systèmes pour détruire celte subordination, ne peut avoir d'autre effet qu'exciter la guerre, et la guerre ne peut finir que par le triomphe de l'empire qui doit durer éternellement. Si le colosse se dresse de nouveau, do nouveau lapierre tombée de la montagne le mettra en poudre!

L'Eglise est le royaume de Dieu sur la terre; royaume dont Jésus-Christ est le roi invisible, et son vicaire le roi visible. Quand le Christ confessa devant le gouverneur romain qu'il était roi, il ne dit pas, remarque à propos saint Augustin : « Mon royaume n'est pas ici, « mais il n'est pas d'ici ! Mon royaume n'est pas en ce « monde, mais il n'est pas de ce monde !»'Parce que son royaume est réellement ici-bas, en ce monde, et qu'il durera jusqu'à la fin des siècles. »

Le territoire de ce royaume embrasse le monde tout entier. En vertu du domaine universel et absolu qui lui appartient, Jésus-Christ a donné à son Eglise autorité sur tous les hommes, sous quelque climat qu'ils vivent. Après cela, n'est-ce pas une folie déqualifier d'étrangère l'autorilé du Pape? Comment la tète serait-elle étrangère à ses membres?

A proprement parler, ce n'est pas l'Eglise qui est dans l'Etat, c'est au contraire l'Etat qui est dans l'Eglise. En effet, ce n'est pas le tout qui est dans les parties, mais les parties qui sont dans le tout. Or l'Eglise est un tout, une société universelle destinée à recevoir le genre humain tout entier dans son sein. L'Eglise est catholique, universelle ; l'Etat, au contraire, est toujours limité, quant au territoire, aux personnes et au pouvoir.

Les jugements des causes spirituelles, c'est-à-dire de celles qui regardent la foi, l'administration des sacrements, les rites, la morale, la direction des fidèles dans la pratique de la vertu, de toutes celles, en un mot, qui se rapportent au culte de Dieu et au salut des âmes, ne ressoriissent nullement à l'autorité temporelle, mais ressorlissent uniquement à l'autorité spirituelle ou del'Eglise:

c'est une vêiilé catholique, etpeut-êlre, dit Suarez, une vérité lie foi.

Par conséquent, 1° les appels comme d'abus, parlésquels le magistral laïque s'arroge le droit de citer à son tribunal et de juger les ministres sacrés sur des actes de juridiction ecclésiastique et d'exercice de leur ministère, sont une usurpation inconsidérée.

t"" Il en est de même des Placet ou des Exeqnatury exigés pour la publication et l'exécution des bulles, brefs, ou arrêts émanés du Saint-Siège.

Tout Etat catholique, ou tout gouvernement qui représente une nation catholique, est obligé par cela môme à défendre ou à protéger l'Eglise.

La grande erreur de l'esprit moderne est le naturalisme, ou la revendication du prétendu droitinné ou acquis de vivre dans la sphère de l'ordre de pure nature, et de s'affranchirde l'ordre surnaturel, en ne tenant absolument aucun compte de la liaison nécessaire, intervenue par la volonté de Dieu, entre l'ordre naturel etl'ordre surnaturel. Séparée et isolée de la Rédemption, la nature humaine n'est plus que ce que les saintes Ecritures appellent le MONDE, dont Jésus-Christ n'est pas; pour lequel Jésus- Clirist ne prie pas; auquel il a dit Malheur! dont le diable est le père, le prince et la tête; dont la sagesse est ennemie de Dieu ; dont les voies aboutissent à l'enfer.

Pie IX a signalé et condamné ceux qui, appliquant a la société civile le principe impie et absurde du naturalisme, ne craignent pas d'énseignerquela meilleure condition de la société civile et le progrès social requièrent absolument que les sociétés humaines soient constituées et gouvernées sans nul souci de la religion, comme si elle n'existait pas, ou, au moins, sans mettre aucune dilïérenceentrela vraie et les faussesreligions.(£'nc?/c//^we6/M 8 décembre iS64.) Cette séparation, dit le saint pontife, aurait pour efïet : d'obscurcir et de faire perdre la conception elle sentiment du devoir; de substituer au droit la force matérielle ; de conduire à la fatale théorie de l'Opi-

tt

70y LES SPLE>'DEURS DE LA FOI.

nion publique et du fait accompli; d'amener à affirmer que la société domestique ou la famille tire sa raison d'être du droit civil seulement; que de la loi civile seule dépendent tous les droits des parents sur leurs enfants. D'où il résulte que la séparation d'avec Dieu et d'avec l'Eglise conduit nécessairement à la négation de la finindividuelle et à la perversion de la fin sociale.

Droit d'exhier et de posséder. — L'Eglise établie par Jésus-Christ , sous forme de société publique et de royaume visible, a le droit d'exister et de se développer dans le monde. Ce droit , ce devoir d'exister, de se conserver, de se dilater, entraîne le droit aux choses terrestres nécessaires à l'entretien de la vie, et, par conséquent, le droit à la possession des ressources suffisantes au maintien de son existence en. conformité avec sa fin... Le sacerdoce de tous les temps, de tous les lieux, a exercé ce droit de prop.nété, et tons les peuples ont regardé ce droit comme sacré. L'Eglise, même au temps des persécutions, possédait déjà des biens considérables.

Le concile de Trente dit anathème à tous ceux, fussent ils empereurs et rois, qui, par avarice, force, menace, artifice, prétexte ou déguisement quelconque, violent ou usurpent la propriété ecclésiastique, sous l'une quelconque de ses formes, biens, cens et droits, émoluments et revenus quels qu'ils soient. (Sess. XXII, c. xi.)

L'Eglise, société suprême d'institution divine, possède par droit divin et, par conséquent, indépendamment de tout pouvoir humain. Même comme simple association humaine, elle a un droit naturel de posséder, dont on ne peut pas la dépouiller, et dont on ne peut entraver l'exercice sans injustice. Le gouvernement en prenant les biens de l'Eglise, blesse le droit de propriété des citoyens euxmêmes.

Fêles et concordats. — L'obligation de s'abstenir des œuvres serviles aux jours de fêle est essentielle, au 'sein

des sociétés chrétiennes, et elle est confirmée à bon droit par la loi civile : elle ne contredit pas, elle affirme au contraire les principes d'une saine économie politique ; la haine que lui porte le naturalisme politique est impie au fond et athée.

L'Ecole sans Dieu et sans religion est plutôt pour la jeunesse un mal qu'un bien; elle accroît et développe les facultés et les instincts, sans en montrer et en régler i'usage, et les livre à l'usurpation facile des tendances vicieuses de la nature corrompue. L'enseignement doit être nécessairement donné dans la dépendance et sous la surveillance de l'Eglise.

Les concordats sont une législation ecclésiastique spéciale octroyée à un royaume par le souverain pontife, sur les instances du chef de ce môme royaume, et confirmée par l'engagement particulier que prend ce dernier de la conserver toujours. Les concordats, parce qu'ils stipulent des intérêts sacrés ou spirituels, ne peuvent pas être considérés comme des contrats synallagmatiques. Quelques papes leur ont donné la forme d'un contrat bilatéral, mais cette forme n'est pas essentielle; elle est purement accidentelle, de sorte que les concordats ne perdent pas leur nature de simples concessions ou privilèges, avec obligation de fidélité contractée par le pape.

Il est faux que si le pape a le pouvoir, quand le bien de l'Eglise le demande impérieusement, de retirer en tout ou en pvirtie les prérogatives concédées par concordat à un prince ou à un gouvernement, celui-ci ait le même pouvoir, pour ce qui regarde les obligations contractées par lui en vertu de ce même concordat. La raison de cette différence est que le souverain pontife agit comme législateur suprême, tandis que le prince ou le gouvernement reste son sujet. Le pape a traité comme chef du peuple et le prince comme son représentant.

Immunité du clergé. — Le clergé est exempt, de droit divin, de la juridiction des princes séculiers, et ne relève que du souverain pontife ; c'est la doctrine expresse

de l'Eglise et des conciles. « L'immunité de l'Epilise et des personnes ecclésiastiques, dit le concile de Trente, est établie par une disposition divine et par les lois canoniques. 3) Le concile de Latran disait qu'elle était de droit divin et humain. Cette immunité toutefois n'empêche pas que les clercs ne soient soumis à l'obligation d'observer les lois civiles nécessaires au maintien de l'ordre et de la justice dans la société. Voilà pourquoi l'immunité ecclésiastique est l'objet spécial des concordats, les deux pouvoirs suprêmes convenant de la mesure dans laquelle elle doit être respectée.

De toutes les immunités, la plus raisonnable, la plus légitime, la plus essentielle, est celle qui exempte les jeunes clercs du service militaire. L'abolir est, de la part de l'Etat, une injustice criante, un sacrilège, une profession d'athéisme, un attentat contre le peuple et surtout contre la portion pauvre des populations dont toutes les espérances sont aux mains du clergé.

Immunité du Souverain Pontife. — L'immunité du souverain pontife est plus essentielle encore que celle du clergé, qui la suppose nécessairement. Elle lui appartient essentiellement et absolument, et elle doit consister dans une indépendance complète. Le pape a été placé par Dieu au iaîte suprême de la souveraineté : « Tout ce que vous lierez ou délierez sur la terre sera lié ou délié dans le ciel. » Le juge suprême et universel, le souverain des souverains ne peut être soumis à uu jugement, ou à une autorité quelconque ; c'est-à-dire qu'il ne peut être assujetti à aucun autre pouvoir humain. « Le premier siège, disait le Concile Romain sous le pape Sylvestre, ne sera jugé ni par César, ni par tous les clercs, ni par roi, ni par peuple, mais par Dieu seul. 3>

La forme sociale de l'immunité ou de l'indépendance papale est sa souveraineté temporelle, non pas honorifique, mais réelle. La destruction de la souveraineté temporelle entraîne la destruction de l'immunité et réciproquement. Aussi cette spoliation du pouvoir temporel

ne peut avoir lieu pour toujours. II n'est pas de force linmaine qui puisse prescrire coiUre ce qui est la nature même d'une institution divine et impérissable. Il n'est pas possible qu'une si haule dignité, qu'un pouvoir si étendu soit subordonné à un pouvoir quelconque qui en règle la nature, à une force étrangère qui puisse entraver son action. Le promulgateur souverain et universel, le pacifique ordonnateur qui embrasse tous les peuples dans son amour de père; le père spirituel des individus, des peuples, des nations ; le centre et le principe de l'unité, le premier moteur de ce grand corps qui est l'Eglise, doit être libre comme l'air. Et là où il réside, aucun souverain temporel ne doit régner.

Il est absolument indispensable qu'il y ait à Rome, au centre de l'Europe, comme un lieu sacré placé en face des trois continents du vieux monde ; un siège auguste et souverain d'où s'élève tour à tour, pour les princes et pour les peuples, une voix toute-puissante, la voix de la justice et de la vérité, impartiale et sans préférence, libre de toute influence arbitraire, et qui ne puisse être ni comprimée par la terreur, ni circonvenue par les artifices.

Pouvoir temporel des Papes. — Il est incontestable que l'Eglise a un certain pouvoir sur le temporel des empereurs et des rois, et que l'exercice de ce pouvoir appartient au souverain pontife romain. Ce pouvoir peut être direct ou indirect. Le pouvoir direct supposerait réunis entre les mains du pape les deux glaives, les deux pouvoirs spirituel et temporel; sous la condition que le pape n'exercera pas lui-même le pouvoir temporel, mais qu'il le déléguera à un personnage laïque. Le pouvoir indirect suppose l'existence parallèle et indépendante des deux pouvoirs dont la réunion ne se fait qu'en Dieu. Toutefois l'indépendance du pouvoir temporel n'existe qu'à la condition qu'il ne nuira pas à la fin que le pouvoir spirituel a la mission de poursuivre; car, dans ce cas, il devient justiciable du pouvoir spirituel. On peut croire

710 l-ES SPLENDEURS DE LA FOI.

que Jésus-Christ n'a soumis le pouvoir temporel au pouvoir S[)iriluBl qu'autant que l'exigeait la lin surnaturelle qu'il poursuit; or le pouvoir indirect saftit à atteindre celle fin. Le pouvoir direct qui s'est épanoui au moyen âge, point culminant de la civilisation chrétienne et qui va de saint Grégoire VII à saint Pie V, a des partisans illusti'es, saint Bernard, saint Thomas, etc. Les deux grands pontifes qui l'ont exercé étaient deux grands saints, et ils étaient entraînés par l'opinion publique de tous les Etals chrétiens et catholiques.

Je devais à ma conscience d'énoncer les principes fondamentaux des rapports de l'Eglise et de l'Etat; on en trouvera le développement dans l'excellent ouvrage du R. I'. Libératore. Ces doctrines sembleront bien dures à beaucoup de mes lecLeurs, mais elles sont la vérité et je donnerais sans hésiter ma vie pour elles. C'est bien là le droit. Quant à la pratique ou au l'ait, je me bornerai au simple exposé de cette grave matière que j'ai formulé en 1845, dans une brochure intitulée : /Vmcipcs fondamentaux, d'après lesquels on doit résoudre au temps jjréscnt les deux grandes rjuestions des rapports de l Eglise et de tEtat et de la liberté d'enseignement ; ces quelques pages ont déjà trouvé place dans le chapitre de V Eglise révolutionnaire, mais elles sont nécessaires ici.

« Quel est l'ordre naturel des idées en fait de gouvernement? L'être qui a été l'objet immédiat de la volonté divine, l'être que Dieu a créé pour sa gloire, qu'il a destiné au bonheur, c'esiVindividu, ou l'homme individuel. Pour l'individu, Dieu a constitué le père et la mère ou la famille qui est, elle, de droit divin. Les familles avec les individus, appellent par leur essence la société. La Société établit entre les individus et la famille des intérêts privés et communs qui doivent être re^/é^s ci garantis. La nécessité de ce règlement, de cette garantie, entraîne l'existence d'un pouvoir supérieur ou gouvernement^ qui préside à l'ensemble des familles. Le Gouvernement

L\ FOI ET L.V RAISON. 7|i

n'est pas essenliillem^nl, comme la famille, de droitdivin, il n'est nullement indispensable que, comme les juges et les premiers rois d'Israël, il soit institué immédiatement par la volonté de Dieu lui-même; il peut être; établi par la volonté commune des familles et des individus qu'il régit. Mais aucun esprit raisonnable ne niera qu ; l'autorité exercée par un pouvoir quelconque, est nécessairement une émanation, une délégation de l'autoritédivme; etquetout pouvoir doit gouverner au nom de Dieu qui a créé les intérêts privés et communs, de Dieu origine de tout être et de toute autorité, de Dieu qui sanclionne, garantit et venge tous les droits.

« L)iEU,ri.\DiyiDU,la Famille, I'Etat, voilà donc l'ordre immuable que la raison doit reconnaître et avouer, que la volonté doit accepter et respecter. Les gouvernements passeront, la famille passera. Dieu et l'individu resteront seuls éternellement. L'individu doit obéir à Dieu qui est sa fin; la famille doit l'aider dans cette ten+dance divine, qui est le droit de Dieu et le devoir de l'individu; le gouvernement ou l'Etal doit rendre possible et facile à la famille cette sainte tutelle; qui est le droit de l'individu et le devoir de Ih, famille. Entre l'Etat et l'individu, il y a donc la famille, et il est absurde de dire que l'individu appartient a l'Etat comme il serait absurde de dire que la fin appartient au moyen.

« Les droits de l'Etat naissent naturellement et exclusivement des intérêts privés, ou communs, des familles et des individus, ils leur sont corrélatifs. D n'a de pouvoir, en général, que celui qui est impérieusement et strictement nécessaire pour rendre efiicaces le règlement et la garantie de ces intérêts : il outrepasse ses droits, il usurpe dès qu'il commande ou défend en dehors des intérêts privés et communs ; il commet une injustice plus ou moins criante, il se fait tyran, quand il les méconnaît ou les foule aux pieds.

« Un gouvernement parfait sera évidemment celui qui, prenant l'homme dans sa synthèse, tel qu'il est présenté

-^12 I-ES SPLE^DEURS DE LA FOI.

et défini par la nature, par la raison et par la foi, l'homme matériel et spiriluel, l'homme dn temps et de rélernité, de la nalure et de la grâce, l'homme, en un mot, aux intérêts matériels, moraux, religieux et surnaturels^ veut, par tous les moyens en son pouvoir, régler et garantir également ces intérêts divers et multiples qui sont pour lui sacrés au même degré. Tel fut, parexenipîe, au xvi*' et au xvii^ siècle, le gouvernement qui a fai l'Espagne si sainte, si forte et si grande.

« Dans un gouvernement parfait, la religion connue et acceptée comme seule vraie, seule divine, par l'ensemble des familles, est loi de l'Etat; non pas en ce sens que la loi puisse entrer dans le domaine intime de la conscience, prescrire des actes intérieurs, punir des infractions qui ne se sont pas produites au dehors: le sanctuaire de la conscience n'est gouvernementalemenl accessible qu'à Dieu ; mais en ce sens, que toute désobéissance h la religion manifestée par des actes extérieurs devient justiciable des lois ; que la loi doit punir un attentat extérieur contre la foi d'un individ-u, comme elle punit l'attentat contre son honneur ou contre sa bourse. Dans un semblable gouvernement, un pouvoir ou tribunal intermédiaire entre l'Etat et l'individu, qui a pour mission de connaître, par des moyens légitimes et honnêtes, des infractions extérieures à la loi religieuse, de les juger et de les punir, est tout aussi naturellement et loyalement institué que les tribunaux appelés à poursuivre les délits contre les individus, leurs personnes, leur réputation ou leur fortune. Dans cet ordre do choses encore, l'individu qui dénonce celui qui n'a pas craint de tendre des pièges à sa foi, n'est pas moins dans son droit, et n'est pas plus indélicat, que celui qui dénonce rattentat commis contre sa personne ou contre ses biens.

« iN'est-il pas évident par soi-même, et l'histoire ne prouve-t-elle pas surabondamment, que le gouvernement parfait, tel que nous venons de le déiinir, est éminemment favorable à la foi; qu'il tend efficricement à la conserver et à la faire grandir, que c'est vers elle alors

comme un entraînement universel et irrésistible? Mais, hélas! le règne du bien, comme le règne de Dieu, n'est pas de ce monde, et la corrui)lion du très bien devient fatalement la pire des corruptions, corruptio optimi pessima.

« Quand dans un pays la religion a cesse d'être une, quand la foi n'est plus générale, quand la prépondérance des intérêts surnaturels ou éternels est révoquée en doute, il arrive que les gouvernements oe veulent plus ou ne peuvent plus considérer que l'homme du temps, aux intérêts matériels et sociaux, et nullement l'homme de l'éternité. L'Etat ne voit plus dans l'homme que son présent, sa fortune, son honneur, et ne veut plus s'occuper en aucune manière de sa foi et de son immortel avenir.On enlre alors plus ou moins franchement dans le régime de la séparation de l'Eglise et de l'Etat, de l'égalité de tous les cultes devant la loi, etc., etc. On ne saurait le nier, alors même que des faits irinombrables et plus éclatants que le jour ne le prouveraient pas de la manière la plus incontestable, cette sécularisation plus ou moins absolue de la législation est beaucoup moins favorable à l'exercice de la foi.

« Par cela même, en effet^que le gouvernement, qui est l'autorité suprême, se constitue équivalemment alliée, garde entre tous les cultes une neutralité officielle, ne s'occupe pas plus de l'homme religieux que s'il n'existait pas, etc., la foi et les intérêts surnaturels descendent au dernier rang, et cèdent le pas aux intérêts matériels et sociaux. Lanégation, ou, si vous le voulez, l'indifférence de l'Etat tend invinciblement à devenir la négation etl'indiflérence des familles et des individus. La foi s'amoindrit et s'éteint dans une proportion et avec une rapidité vraiment désespérantes. Mais en même temps l'autorité exercée par l'Etat perd de sa puissance et de son prestige. Elle n'a plus au même degré le caractère d'autorité divine; elle n'est plus, si l'on peut s'exprimer ainsi, un dogme visible et palpable, mais seulement un fait de force matérielle ; les liens qui l'unissent aux familles et aux

71 'i LES SPLENUEUnS DE LA FOI.

individus se relâchent; l'anarcbie s'affirme de plus en plus chaque jour, et l'ordre social est en danger.

« Cependant, comme, d'une part, ce gouvernement purement humain n'est pas essentiellement mauvais, et que, d'autre ])arl, il est peut être le seul possiLde désormais, nous croyons nécessaire de rappeler à quelles conditions il maintiendra l'ordre, et remplira sa mission providentielle, les principes, en un mot, qui devront présider à son exercice régulier.

« I. Dès qu'une action, quelle qu'elle soit, n'est en aucune manière contraire aux intérêts privés et communs, elle demeure le droit, certain et inviolable des individus et des familles. L'Etat ne peut pas sans crime entraver l'exercice de ce droit; i\ peut seulement et il doit le surveiller, à cc(te fin unique, qu'il n'arrive jamais à être contraire aux intérêts de tous et de chacun ; tout autre mode ou but de surveillance serait illégal. Si un tiers prétend s'opposer k l'exercice de ce droit légitime, l'Etat doit le punir.

« IL Par cela' même que l'Etat abdique relativement à certains intérêts qu'il ne veut pas et ne doit pas régler, les droits relatifs à ces intérêts reviennent ou retournent à la famille et à l'individu, et c'est un devoir rigoureux pour le gouvernement que de garantir pleinement à la famille et à l'individu le libre exercice de ces droits.

« III. Quand un gouvernement a répudié ce qui concerne les intérêts surnaturels; qu'il a reconnu, par conséquent, la liberté de conscience, l'égalité de tous les cultes devant la loi, il prévarique s'il laisse les hommes investis de son pouvoir attaquer un culte quelconque. Sa faute sera plus grave, si le culte qu'on attaque est la religion de la majorité des familles qu'il gouverne.

« IV. L'intervention de l'Etat dans l'Eglise doit rester purement extérieure ou matérielle; il y aura usurpation, violence et, par conséquent, danger, toutes les fois que dans ses rapporls avec l'Eglise et les divers cultes, le gouvernement sortira de la sjdiére des intérêts matériels et civils, qui est son domaine exclusif.

LA FOI ET LA «AISON. yj-

« Dans l'ordrede choses logique et conséquent avec luimême que nous venons de définir, les diverses communions religieuses conserveraient pleinement leur indépendance; l'Etat lui-même exercerait plus librement son autorité souveraine ; il conserverait sur tous les cultes cette surveillance paternelle dont relîet unique doit être de sauvegarder les intérêts matériels et moraux dont il est l'arbitre reconnu. L'Eglise, comme les consistoires, comme les synagogues, ne serait plus un Etat dans l'Etat; l'évêque, le président du consistoire et le grand rabbin n'auraient de puissance que dans une sphère où le gouvernement ne peut pas et ne doit pas pénétrer. Hors de cette sphère, ils deviendraient de simples individus ou sujets, pour lesquels il n'est nullement nécessair'e de créer la juridiction exceptionnelle du Conseil d'Etat, et qui seraient justiciables des simples tribunaux, quand, d'une manière quelconque, ils auraient attenté, dans l'ordre matériel ou moral, aux droits du gouvernement ou des tiers.

« Si cet ordre de choses était possible en France ; si le gouvernement, après avoir restitué au clergé catholique une part suffisante des biens dont la Révolution l'a violemment et injustement dépouillé, en lui laissant la faculté d'acquérir et de posséder, pouvait tenir la balance bien égale ; si de vieilles et mesquines traditions ne lui imposaient pas des préventions injustes; si le respect des droits de chacun pouvait entrer dans nos mœurs, la foi gagnerait peut-être à la liberté, puisque, hélas 1 elle est trop souvent compromise et étouffée sous le régime inconséquent et persécuteur de l'immixtion de l'Etat dans le gouvernement de l'Eglise.

« En raison du sort que son origine et sa fin surnaturelles lui font nécessairement ici-bas, sort que son divin Fondateur a comme consacré par cette prophétie douloureuse : Vous serez, jusqu'à la fui des siècles, un objet de haine à cause de moi, l'Eglise a autant à redouter de la faveur que de la répulsion des pouvoirs établis. Peu s'en est fallu qu'elle n'expiât cruellement en 18.J0 les

-,p LES SPLENDEURS DE LA FOI.

sympathies, cependant bien timides, du gouvernement de la Restauration ! Et les défiances du gouvernement de Juillet lui ont valu, en 1848, une ovation véritable, alors qu'elle auraitpu s'altendreà des persécutions violentes!»

Une société franchement et largement libérale, telle que nous l'avons définie, serait peut-être un terrain neutre, que l'Eglise cultiverait avec succès, sauvant les âmes et consolant toutes les douleurs.

C'est ce qui se réalise en Amérique, où la liberté, moins belle toutefois de près que de loin, s'étend à la Religion. <{ En 1785, écrivait récemment le correspon- « dant du journal V Univers, il y avait deux cents ca- « tholiques à New-York, nous sommes cent mille au- « jourd'hui! Voyez-vous du nord au sud cette ceinture « dont Dieu pare l'Atlantique, et qui du Maine au « Texas renferme des joyaux qui doivent faire l'admi- « ration du Ciel? Quels rayons divins partent de ces « sièges épiscopaux, élevés par les successeurs de saint « Pierrel.. Puis voyez plus loin la lumière de la foi « semer de ses feux la plaine infinie. Albani, Rochester, « Buffalo, Cincinnati, Saint-Louis! Et plus loin, plus « loin, derrière les grands lacs, dans les prairies sans « fin, au milieu des montagnes Rocheuses, jusque dans « ces déserts sans nom que, jusque-là, la bête sauvage « avait seule foulés, partout l'Eglise s'établit, et bien- « tôt, nous n'en doutons pas, elle aura converti les « pauvres sectes, dont les membres les plus distingués, « viennent, tous les jours, se réunira nous pour se dés- « altérer à la source de vie cherchée par eux vainement <L ailleurs. »

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