‹ Les splendeurs de la foi (volume 3)Chapitre 31 sur 52 · LE DEMER DE SAINT-PIERRE · texte numérisé non relu

LE DEMER DE SAINT-PIERRE

Mk"" rArcheveque d'Aix, ayant consulté le Saint-Siège sur un projet d'organisation du Denier de Saint-Pierre, le Cardinal Secrétaire d'Etat lui a fait une réponse calme et grandiose, où la question est considéi'ée sous tous ses aspects.

En refusant, par délicatesse, d'intervenir personnellement dans l'organisation proposée et en l'abandonnant tout entière à la volonté des évêques et des fidèles, le Saint-Pèro accepte leur secours, absolument nécessaire.

L'Eglise en est là, et personne n'en peut plus douter. La politique moderne a maintenant détruit l'édifice sacré, autant qu'elle peut le détruire. C'est fait. Plus de pain assuré. Tout à l'heure le pain manquera. Ce qui reste debout n'est plus qu'un mur prêt à crouler, et la chute totale ne se fera pas attendre. Le débris sera tel, qu'il pourra écraser le monde. Ce sera l'œuvre dernièi'e de la Révolution. Et dixit qui sedebat in throno : Ecce nova fncio omnia.

M^"" l'Archevêque d'Aix comprenant la portée de l'a lettre de l'éminent Secrétaire d'Etat, la reproduit en entier, dans un mandement adressé à son peuple. C'est là que nous la prenons aujourd'hui, fête de la Dédicace. Louis Veuillot.

« Illustrissime et RÉvÉREiSDissiME Seigneur,

« Sa Sainteté a reçu dans ses mains augustes l'écrit respectueux, signé de Votre Seigneurie Illustrissime et Révérendissime et de quatorze de ses collègues: écrit dont le but est d'exposer la nécessité de donner une impulsion nouvelle à l'œuvre du Denier de Saint-Pierre, et de faire ainsi face aux. besoins croissants du Saint-Siège, fruits de la persécution', dont la sainte Eglise est toujours plus affligée de la part de: ceux qui gouvernent cette malheureuse Péninsule- Le désir spantané que, par cet acte, des prélats français si distingués manifestent de venir en aide au Siège apostolique, a profo,n-

démont ému le cœur de Sa Sainteté. Ce désir prouve une fois (le plus que jamais, à notre époque, les épreuves de ce môme Siège ne se sont aggravées sans que répiscopat de votre noble et généreuse nation ait pris à lâche de défendre et de proléger les droits du chef de TEglise, de le consoler dans ses aftlictions et- de le secourir dans les détresses financières auxquelles la Révolution Ta réduit, au point de lui rendre toujours difficile, et quelquefois pratiquement impossible, le gouvernement de l'Eglise universelle.

« On ne peut assurément en douter le moins du monde : le dévouement filial dont ce vénérable épiscopat fait preuve envers le Saint-Père, et le vif intérêt qu'il prend au sort de la catholicité entière, sont les vraies et principales causes des bénédictions el des grâces célestes dont le Seigneur le comble si visiblement. En elfct, non seulement le clergé et le peuple français le respectent plus qu'à toute époque de l'histoire, mais les adversaires mômes de notre religion sainte, pourvu qu'ils ne soient pas gâtés par le souffle des plus viles passions, s'inclinent devant lui en signe de respect et de vénération, et reconnaissent en lui une des plus pures et des plus brillantes gloires de notre siècle.

« Quant à la demande qui forme l'objet de l'écrit ci-dessus mentionné, à savoir : s'il convient, en présence de l'accroissement des besoins du Saint-Siège, de donner aux collectes du Denier de Saint Pierre une organisation stable, générale, légale, consacrée par le Souverain Pontife avec la majesté de sa souveraine sanction, afin que l'entreprise soit couronnée d'un plus grand succès, le Saint-Père, après avoir mûromcnt tout pesé, ne croit pas, dans sa haute sagesse, devoir se prononcer sur la proposition qui lui est faite.

« Jusqu'à présent, cela est hors de doute, toutes les fois que, soit en France, soit dans tout autre pays de la catholicité, l'épiscopat a fait appel au dévouement filial des fidèles envers leur Père commun, ils ont répondu avec une spontanéité et une générosité dont sont seuls capables les peuples qui sentent profondément l'incomparable bonheur et l'inappréciable bienfait d'être des Etats rachetés par le sang de Jésus-Christ, et de pouvoir faire partie de la véritable Eglise fondée par notre divin Sauveur.

ft Ce fait honore grandement la fidélité et l'attachement des peuples catholiques à la chaire suprême de la vérité; mais il

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semble aussi devoir conseiller au Souverain Pontife de laisser, comme par le passé, à leur spontanéité le généreux concours des pieuses otïrandes que l'on dépose à ses pieds avec tant de zèle et de constance.

« Il est aussi un autre fait incontestable : toutes les fois que les ennemis de l'Eglise ont, par leur dureté, contraint le Souverain Pontife de supporter de nouvelles dépenses, et cherché à lui rendre encore plus pénible l'exercice de son saint ministère, les populations catholiques ont partout admirablement correspondu aux invitations de leurs ordinaires, et, de plus, accepté volontiers les moyens les plus efiicaces,qui leur étaient proposés, d'effectuer la grande et noble entreprise dont il est question.

« C'est pourquoi le Saint-Père préfère laisser entièrement au zèle et à la prudence de Tépiscopat catholique le soin d'organiser, dans la forme qu'il jugera la plus opportune, les quêtes destinées à encourager à propos les offrandes, en les rendant plus faciles soit aux collecteurs, soit aux personnes qui y con^ tribuent, et tenant, de plus, compte en cela des conditions locales dans les diverses parties du monde catholique.

« D'ailleurs, rien ne répugnerait plus au cœur du Père commun des fidèles que de paraître leur imposer non seulement ces offrandes, mais aussi les proportions et le mode dans lesquels elles se devraient faire.

« L'immense confiance dont les évèques se trouvent, de nos jours, justement honorés par tous les peuples quelconques de la catholicité, rend plus que certain le plein succès de l'entreprise en question, quel que soit le moyen que prescrivent les prélats. Si les peuples n'oublient point qu'on a enlevé au Souverain Pontife le domaine temporel comme la source des moyens nécessaires pour son propre entrelien et pour le gouvernement de l'Eglise universelle, il leur sera facile de comprendre que le Saint-Siège ne pourra vivre et remplir sa bienfaisante mission dans tout le monde sans le généreux concours des fidèles, tant qu'ils n'auront pas eu la consolation de le voir rentré dans ses légitimes possessions.

« De plus, qui ne le sait? pour le gouvernement de l'Eglise, pour la tranquillité des consciences, pour la marche régulière du gouvernement des diocèses, les congrégations romaines, ccmposées de cardinaux, de prélats, de consultcurs et d'em- [jloyés, sont nécessaires. Le nombre de ces derniers est bien

restreint, si on veut le comparer à celui des fonctionnaires de n'importe quel gouvernement séculier. Néanmoins le zèle vraiment sacerdotal et l'esprit de sacrifice dont ils donnent des preuves constantes et sans nombre, suppléent, autant que possible, au manque trop croissant de bras ; ajoutez à cela qu'il? reçoivent des énioluracnts et des rétributions fort modiques. De plus, le manque de bras vient de la privation des moyens soustraits presque tous, l'un après l'autre, au gouvernement de l'Eglise universelle.

« L'usurpation de la souveraineté temporelle du Pontificat, malgré les promesses, souvent répétées, de ceux qui voulurent s'en rendre coupables, fat bientôt suivie de la confiscation des biens ecclésiastiques, de la disparition des ordres religieux, de Tusurpation des couvents, des bibliothèques, des musées etdes biens de toute espèce leur appartenant ; et, ce qui est plus terrible, quand on considère l'avenir, celte usurpation de la souveraineté temporelle mit ces mêmes institutions dans l'impossibilité où elles se trouvent d'ouvrir des séminaires, des collèges et des noviciats: tandis qu'auparavant tous ces trésors venaient en aide au Chef de l'Eglise dans la lourde charge du gouvernement de deux cents millions d'àiucs.

« Aujourd'hui, qui ne le sait? rien ne reste de tout cela, et poui'tant les besoins sont plus grands. En effet, outre les secouis qu'il faut donner aux religieux et aux religieuses pauvres, elles aussi si cruellement frappées, le Pape doit pourvoir à l'entretien personnel de ces évoques qui ne veulent point reconnaître ceux qui gouvernent actuellmnent l'Italie, et souvent aussi aux autres besoins de leurs diocèses et à l'entretien de leurs séminaires. A une si grande tyrannie se joignent les menaces, déjà réalisées en quelques lieux, de refuser le traitement aux ecclésiastiques même nommés à quelque office et bénéfice par des évoques non reconnus. Au milieu de si grands orages, l'âme du Saint-Pèi'e est encore brisée à la vue de rhori'ible spectacle que présentent les écoles athées dans lesquelles le peuple de cette capitale de la chrétienté est élevé, sans qu'il soit permis au Suprême Hiérarque, au Maître infaillible et au Gardien de noU" sainte Doctrine d'y opposer des écoles oh ses sujets et ses fils puissent recevoir une éducation saine.

« A c ' sujet, il ne ?era pas hors de propos de faire connaître ceci : tandis que, des Amériques et des pays pas encore chré-

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