Chapitre Deuxième. — La science de la Bible. — Les
Livres sacrés, dans une multitude de passages, énoncent
les faits, ou font allusion aux théories de plusieurs des sciences, la cosmologie, la cosmogonie, la physique du globe, l'histoire naturelle, la météorologie, l'astronomie, l'ethnologie, l'histoire et la géographie, la biologie, l'hygiène, etc. Je donne ici pour ia première fois, sous ce titre, la Science de la Bible, le catalogue exact de ces textes des Livres saints, si étonnants de vérité et de majesté, me réservant de montrer plus tard en détail qu'ils sont en si parfaite harmonie avec les données de la science la plus avancée, qu'on ne peut se défendre de les regarder comme divinement inspirés.
Sous le titre de Nomenclature biblique, j'ajoute rénumération, faite par la Bible, des peuples, nations, familles, races, etc.; des professions, des habitations, des meubles et outils, vêtements et ornements, matériaux de construction, etc.; des métaux et des pierres précieuses, des plantes, des animaux domestiques et sauvages; des substances alimentaires; des données relatives à l'art littéraire, à la législation, au gouvernement, à l'art militaire, à l'art naval, à la musique, aux poids et mesures, aux maladies et aux remèdes, etc., etc. J'analyse <înfin rapidement l'admirable ensemble des lois mosaïques, religieuses, morales et politiques des Hébreux. Ces citations fidèles, mais trop écourtées, donnent des Livres sacrés une idée écrasante, ils accusent d'emblée une inspiration divine. C'est tout un monde, un monde vrai, bon, beau et grand.
Ce livre incomparable qui traite de toutes choses, qui se pose comme infaillible sur toutes les questions, est en butte, depuis trois mille ans, à la contradiction des hommes, sans qu'il ait été possible jusqu'ici de le convaincre, sur un seul point, d'une erreur.ou d'une méprise, même la plus légère, nous le prouverons invinciblement. Et voici que de nos jours, toutes les sciences soulevées par une philosophie audacieuse, se voient forcées, après la plus bruyante et la plus fastueuse révolte, de se prosterner encore une fois devant les oracles vainement contestés de Moïse et des autres écrivains sacrés.
Chapitre Troisième. — la cosmogonie de Moïse et la cosmogonie de la science. — Dans le résumé rapide de la science de la Bible, nous n'avons rencontré nulle part de prétentions à un enseignement dogmatique, mais nous avons trouvé partout un écho fidèle des faits de la nature, tels qu'ils ont été mis en évidence par les recherches des savants les plus accrédités I Comme exemple frappant de cet accord parfait de la science révélée et de la science humaine, je prends d'abord la cosmogonie, et j'établis successivement ces diverses propositions.
1° La cosmogonie de Moïse est vraie. Sur l'origine et la création des mondes, la Science et la Révélation parlent le même langage, chacune à sa manière : au commencement, Dieu a créé le ciel et la terre, c'està-dire la matière première qui devait servir à la formation des corps célestes et terrestres. Cette matière première existait à l'état d'éléments impalpables, insaisissables ou dissociés; ils constituaient une sorte d'amas confus ou d'abîme insondable, enveloppé de ténèbres épaisses et sans aucune énergie actuelle, sous l'empire d'une simple énergie virtuelle.
2" La cosmogonie de Moïse est vraie dans ses traits généraux. La vie végétale a précédé la vie animale aussi bien dans les mers que sur la terre. La vie animale a d'abord été représentée par les êtres vivant au sein des mers. Aux animaux marins ont succédé les oiseaux ; la vie animale s'est développée postérieurement sur la terre, et l'homme n'est apparu qu'après tous les autres êtres.
3° Le récit de Moïse aurait pu rester complètement en dehors des discussions de la science, en ce sens, que diverses interprétations permises ou tolérées, interprétations tombées de la plume des Pères de l'Église ou de théologiens orthodoxes, la création simultanée, la création antéhexamérique, nous autoriseraient à lui refuser jusqu'à l'ombre d'un exposé scientifique.
4° La cosmogonie de Moïse présente des traits si franvants de vérité et d'inspircUion, qu'elle s'impose
à la science. L'unité de matière des mondes, le chaos primitif; le fiat lux; le firmament et l'atmosphère; la submersion générale du globe; le soulèvement des montagnes ; la terre avant la lumière ; la végétation avant le soleil ; l'origine et le développement successif des êtres; les affinités entre les êtres ; le repos du septième jour, etc. Ce repos, surtout, si mystérieux et si merveilleux, a une portée immense. Nul élément nouveau, nulle génération ultérieure, nulle espèce nouvelle définitivement constituée, mais seulement des races ! Les alchimistes ont été à l'œuvre pendant des siècles et ils n'ont produit aucune transformation des métaux. Les hétérogénisles à leur tour ont sué sang et eau pour faire apparaître de nouveaux êtres vivants, ne fût-ce que des vibrions ou des monades, et ils n'ont rien obtenu^ ou, s'ils ont obtenu quelque chose, c'est qu'ils ont opéré sur de la matière primitivement organisée.
5" La cosmogonie de la science s'est inspirée de la cosmogonie de Moïse. La science n'a ébauché sur la cosmogonie qu'une hypothèse grandiose, celle d'Herschcll et de L'iplace; or un savant illustre, Ampère, qui croyait à la science et à l'inspiration de Moïse, a réussi à montrer que cette hypothèse se vérifie pleinement dans la cosmogonie de Moïse.
6° La cosmogonie de la science est insuffisante. Tous les esprits sensés s'accordent à reconnaître que les questions d'origine sont complètement en dehors de la science! Quand on rapproche l'immensité des faits géologiques, aussi écrasants par leur nombre que par leur grandeur, des explications qu'en ont voulu donner les géologues, on reste confondu. Ce ne sont en réalité, même sur les données fondamentales, que des litanies douloureuses de défaillances et de contradictions désespérantes ! Je les énumère bien à regret, pour venger ma foi des audaces d'une science révoltée ! On serait presque tenté de croire que pour humilier l'esprit humain. Dieu a constitué, d'un seul jet, par un seul acte de sa volonté, les mondes en général et le globe terrestre en parlicu-
lier, avec la succession indéfinie de ses couches superposées, de ses fossiles et de ses minéraux innombrables. 7" La cosmogonie de la fausse science est la négation des faits. Les prélendus principes sur lesquels s'appuie la théorie darwiniste de l'origine des espèces : la lutle ou conllit pour l'existence ; la loi de divergence des caractères ; la sélection naturelle, sont de pures abstractions. Croire avec Lamark à la variation lente et indéfinie des espèces, avec Huxley à leur évolution, avec M. Owen a leur dépivation, avec Vogt à leur transformation, avec Darwin à leur transmutation, c'est opposer à tout ce que nous savons sur le passe et le présent de notre globe le faux, l'inconnu, ou même l'impossible, l'ignorance ou la négation brutale des faits. Le passé et le présent de notre globe affirment la fixité des espèces et la vérité de la Genèse mosaïque.
CuAPiTRE Quatrième. — la création de l'homme selon la Révélation et selon la Science. — On oublie trop que sur ces graves questions la Révélation fut la première maîtresse du terrain, qu'elle possède encore aujourd'hui. Son premier titre de propriété est la Genèse, le plus ancien des livres, histoire véritable avec de nombreux états de lieux, avec des généalogies ou séries continues de noms de personnages qui ont certainement existé. Le second de ses litres est une tradition non interrompue, qui lie les temps actuels, sans aucune interruption, aux origines de l'humanité ; le troisième enfin est la divinité de notre sainte religion, et par conséquent l'infaillibilité de ses enseignements. A ces titres de possession authentiques, nos adversaires n'opposent que des assertions purement gratuites, des faits mal interprétés, des raisonnements spécieux mais sans valeur. Déjà, au milieu du siècle dernier, le président Goguet, dans son grand ouvrage : De l'origine des lois, des arts, des sciences et de leurs jrrogrès chez les anciens peuples, avait montré dans la simple histoire de la dispersion du genre humain, après la confusion des langues. la raison néces-
saire et suffisante de tous les faits de l'histoire de l'humanité que la prétendue science préhistorique nous aurait révélés. Cette histoire, M. Belgrand, de l'Académie des sciences, directeur général des eaux et égouls de la ville de Paris, dans son ouvrage, Le Bassin parisien aux âges antéliistoriques, la résume à son tour en ces termes : « L'homme et la femme les mieux organisés, arrivés à l'état le plus parfait de civilisation..., s'ils étaient abandonnés à eux-mêmes sur une terre déserte, verraient dés les premières générations leurs enfants '. vêtus de peaux de bêtes, heureux de rencontrer un silex pour se défendre ou pour frapper leur proie..., en un mot, réduits à l'état sauvage... »
C'est donc la tradition biblique, qui nous montre dans les grands faits de la confusion des langues et de la dispersion, la source et la cause de l'existence sur toute la surface de la terre d'hommes non pas nés, mais tombés à l'état sauvage. Et, quand nous l'interrogeons sur ces trois grandes questions : la création de l'homme et ses circonstances essentielles, la récente origine de l'homme sur la terre, l'unité de l'espèce humaine, la science' vraie nous donne la même réponse que la Révélation, ou, du moins, elle ne donne nulle part une réponse contradictoire.
La création immédiate et indépendante de rhomme et de la femme. La Révélation veut que la création de l'homme ait été immédiate; la science vraie affirme que la théorie simienne de l'homme n'est qu'une pure hypothèse, un simple jeu d'esprit, en faveur duquel on n'a pu invoquer aucun fait précis, dont tout, au contraire, affi.rme le peu de fondement. La Révélation nous apprend que l'homme fut créé k l'état adulte et parfait, social ou civilisé. La science n'a nullement démontré que l'homme soit apparu sur la terre à l'état sauvage, avec son intelligence et toutes ses facultés en puissance seulement, à l'étal de table rase I Et la saine philosophie démontre l'impossibilité absolue du passage, par ses propres forces, de l'homme sauvage k l'homme civilisé,
à l'homme actuel. En tout cas, c'est à nos adversaires de démontrer celle possibilité par le fait ou l'expérience, ce qu'ils n'essayeront jamais de faire. J'ajoute que pour tout homme sensé l'expérience est déjà faite; je le prouve par le récit de plusieurs faits authentiques.
La Révélation affirme que Dieu créa l'homme mâle et femelle, qu'il fit la femme comme il avait fait l'homme à l'état adulte et parfait. Devant la création de la femme, la science reste complètement muette. Elle n'essaye même pas d'expliquer l'apparition simultanée d'un premier homme et d'une première femme. Elle n'a pas osé dire comment la femelle prédestinée du singe anlhropogène, qui est iinipare, aurait enfanté à la fois deux êtres humains, mâle et femelle. Comment, si elle a mis bas un mâle d'abord^ une femelle ensuite, ou réciproquement, ces deux premiers êtres humains se sont devinés et rencontrés dans le temps et dans l'espace. Comment, si l'évolution et le progrès des êtres sont la grande loi de la nature, les singes, qui autrefois ont engendré des hommes, n'en engendrent plus aujourd'hui, et sont restés singes? Pour le plus grand nombre des Pères et des théologiens, comme aussi dans l'interprétation commune de l'Église, l'extraction de la côte et la formation avec ce fragment d'os du corps de la compagne de l'homme, sont des réalités divines et miraculeuses, devant lesquelles nos intelligences doivent s'incliner. Si l'on voulait n'y voir qu'une allégorie ou un symbole, il faudrait, du moins, convenir avec Voltaire lui-même, que celte allégorie conslitue un admirable point de départ au divin et touchant enseignement de la concorde inaltérable qui doit régner dans le mariage, de l'afleclion profonde qui doit tenir les âmes des époux inséparablement unies.
Le Paradis terrestre et l'âge iVor. — La Révélation affirme pour l'homme un centre unique de création, nous verrons que la science affirme à son tour l'unité d'origine et d'espèce du genre humain. En tout cas, c'est aux partisans des centres multiples de l'apparition de l'homme de démontrer, ce qu'ils ne feront jamais, leur nécessité
,e LES SPLENDEURS DE LA FOI.
et leur réalité. L'Eden, le jardin de délices, séjour primitif de rtionime innocent et heureux, l'âge d'or de la Genèse, se sont conservés dans les souvenirs de tous les peuples, et « cet accord unanime, dit M. Renan, repose nécessairement sur quelque trait général de la conililion de l'humanité, ou sur quelques-uns de ses instincts les plus profonds. » Les traditions qui font naître l'homme à l'état adulte, social et parfait, sont incontestablement plus nombreuses et plus respectables que celles qui nous le montrent à l'état dispersé et sauvage. Pourquoi ne seraient-elles pas les unes et les autres, aux époques de la création et de la dispersion, l'expression de la vérité. La Révélation nous apprend que l'homme fut tour à tour frugivore avant sa chute, herbivore après sa chute, Carnivore après le déluge. La science nous révèle, de son côté, que l'homme n'est essentiellement ni frugivore, ni herbivore, ni Carnivore, et qu'il est omnivore. La Révélation nous dit que sous le régime frugivore de l'Eden, l'homme devait être immortel; que sous le régime herbivore, avant le déluge, il a pu atteindre neuf cents ans ; que sous le régime Carnivore ou omnivore, après le déluge, le maximurp de la vie fut réduit à cent vingt ans; enfin, que, dans la période actuelle, le nombre moyen des jours de l'homme est de soixante-dix ans, de quatre-vingts ans pour les potentats de l'humanité: ces quelques mots en disent plus que les traités de la science moderne sur la longévité humaine 1
Chapitre Cinquième. — La Terre centre du monde; rhomme roi de la création; la place de l'hoinme dans la nature. — Les saintes Ecritures et l'Eglise catholique n'ont enseigné nulle part ce qu'on qualifie d'erreur géocentrigue, ou que la terre est le centre, le point culminant du monde, etque Tuniversentiera été fait pour ce globe infiniment petit. Elles se sont contentées d'affirmer que le soleil, la lune et les étoiles ont été faits en partie pour éclairer la terre et servir aux besoins de l'homme. Or qui pourrait nier ce fait aussi éclatant que le jour?
LA RÉVÉLATION ET LA SClEiSCE. 47
Quoi qu'en dise» la libre pensée, nos vieux dogmes de rincarnalion et de la Rédemption ne sont nullement un obstacle à l'existence d'autres mondes, d'autres soleils, d'autres planètes. La question de la pluralité des mondes n'est nullement une question de science que l'on puisse opposer à la foi. Quant à la doctrine anthropocentrique ou anthropomorphique, qui ferait de Thomme le centre et le but du monde inorganique et organique, dont il serait en même temps le maître et le roi, c'est une vérité à la fois naturelle et révélée. « A côté des œuvres merveilleuses de l'esprit humain, disait François Arago, qu'importent la faiblesse et la fragilité de notre corps ? Qu'importent lesdimensions delà planète notre demeure, du grain de sable sur lequel il nous est donné d'apparaître pour quelques instants? » Pour quelques instants! Ce n'est que dans les doctrines de nos adversaires que le ciel étoile serait un cruel défi jeté à l'homme ! La foi nous autorise à penser que, dans l'éternité, nous irons de monde en monde, que nous verrons de près, suivant le langage du psalmiste, les cieux ouvrage des mains du Créateur, la lune et les étoiles qu'elles ont consolidées. La royauté, la domination de l'homme, est un fait plus éclatant que le jour. Rien ne saurait se dérober à sa puissance. Les voyageurs et les missionnaires sont unanimes à reconnaître Taccomplissement de cet oracle divin : « J'imprimerai votre terreur à tous les êtres 1 » Il y a plus : quand l'homme est redevenu semblable à Dieu par l'héroïsme de ses vertus, comme les Paul, les Antoine, les François d'Assise, les Anchieta, il redevient littéralement le roi de la nature; les animaux, même les plus farouches, sont pour lui des esclaves soumis, des serviteurs fidèles, des amis dévoués.
Vêlre, la vie, la sensibilité, la raison. La science et la Révélation affirment également ces quatre gradations de l'être, mais s'il s'agit de pénétrer la nature de chacune de ces participations à l'existence, la science ne fait plus que balbutier ou se tromper. — Lêlre. En adorant le Dieu créateur, I'Ètre nécessaire, éternel et
48 LES SPLE>DEURS DE LA FOI.
infini, la foi explique autant qu'elle peut le faire le mystère de la création de l'homme et des êtres. La fausse science, en proclamant nécessaire et éternelle une matière inerte et limitée, qui pourrait être plus ou moins étendue, avoir telle ou telle forme, occuper tel ou tel lieu, condamne l'intelligence à des contradictions révoltantes et sans fin. — La vie l Pour la Révélation la vie est l'effet d'une intervention créatrice ; elle se propage indéfiniment, suivant le genre et suivant l'espèce, par le germe qui lui est propre. Ce germe est indispensable, et jamais la vie ne pourra sortir d'une molécule de matière à laquelle Dieu ne l'aura pas donné. La science affirme, sans hésiter, qu'elle ne sait rien de la nature et de l'origine de la vie qu'elle voit se transmettre de génération en génération depuis son apparition sur la terre; elle ne sait pas d'où la vie vient, elle ne sait pas où la vie va. Cependant, le chef de l'école expérimentale, M. Cl. Bernard, définit la vie : «l'état des êtres organisés et animés qui ont en eux le principe du développement, de la nutrition, de la reproduction», et met l'être vivant sous l'influExNCE d'une idée créatrice qui se transmet par l'hérédité. 5'î7 s'agit de ta vie organique, nutritive et reproductive, la plante, ainsi que l'animal, peut être considérée avec Bossuet comme un mécanisme ingénieux où l'industrie réside non dans l'ouvrage, mais dans l'artisan, et qui constitue l'instinct. Quand il n'est plus question de la vie végétative et de l'instinct, mais de la vie sensitive et de relation, au mécanisme il faut ajouter le mécanicien ou une âme forme du' corps. Pour l'animal, cette âme peut être purement sensitive; son action peut être limitée au développement et à l'exercice des organes des sens, de telle sorte que ce qui termine cette évolution et cet exercice consomme le destin de son âme.
La synthèse de Niomme. La place de tlwmme dans la nature. — La Révélation met l'homme en possession des (juatre degrés de l'existence, l'être, la vie, la sensibilité, la raison ; elle est en cela d'accord avec la science. Mais elle refuse à l'animal la raison et ne lui
LA REVELATION ET LA SCIE^Cl: 49
accorde qu'une intelligence limitée exclusivement au domaine de la sensibilité, et elle a encore pour elle le sens commun, le bon sens. La raison met l'homme à une dislance infinie de la bête I Et M. Huxley lui-même qui fait descendre l'iiomme du singe, n'hésite pas à dire : « Il y a une distance immense entre le pouvoir mental de l'homme le plus inférieur et celui du singe le plus élevé; il existe entre eux un gouffre énorme. La possession du langage articulé est la cause première de Vimmense et, dans la pratique, infime divergence de la souche humaine I » Pour cette raison, M. Flourens disait : « L'espèce humaine exclut toutes les autres et elle en est exclue. Elle n'a point de parents, elle est seule. » Et M. de Quatre fages ajoute : « l'homme diffère de l'animal, tout autant, et au même titre que celui-ci diffère du végétal; à lui seul il doit former un règne, le règne homme ou règne humain; et ce règne est constitué nettement, solidement par des caractères de même ordre que ceux qui séparent les uns des autres les groupes ou règnes primordiaux, minéral, végétal, animal. »
Lhomme psychique et spirituel. L'âme humaine. — <(One l'homme s'examine, disait le grand Buffon, s'analyse et s'approfondisse, il reconnaîtra bientôt la noblesse de son être, il sentira l'existence de son âme, il cessera de s'avilir ; il verra d'un coup d'œil la distance infinie que l'Être suprême a mise entre îai et les bêtes. » L'âme humaine est simple, active à la fois eî, passive, une, libre, immortelle, unie hyposiatiquemeut au corps, forme du corps, de telle sorte que rhoinme ne soit pas une intelligence servie par des orgaiiis. mais que l'âme fasse avec le corps un tout à la fois matériel et spirituel, dont les deux éléments s'appellent l'un l'autre, s'exigent l'un l'autre, se complètent l'un l'autre. La science vraie confirme et démontre à sa manière les propriétés essentielles de l'âme humaine. La science révoltée leur oppose des fins de non-recevoir, des doutes hypocrites, des négations, des ironies, des blasphèmes qui font sa honte I
Par suite de l'union intime de l'âme et du corps, qui fait que l'âme soit la forme du corps, il est tout naturel, et même nécessaire que les opérations et les émotions de l'âme, l'attention, la volilion, la joie, la tristesse, la crainte, etc., se traduisent dans le corps, surtout dans le cerveau et les centres nerveux, par des effets physiques et physiologiques que l'on peut évaluer, et qui deviennent, jusqu'à un certain point, la mesure ou, du moins, l'expression corrélative des phénomènes psychiques. La science moderne a constaté que l'exercice de la pensée détermine un abaissement de la température du cerveau ! Mais elle est la première à reconnaître que cette dépendance physique n'exclut nullement un élément spirituel distinct des tissus du cerveau, une âme venue de Dieu et qui doit retourner à Dieu. Et d'ailleurs, qu'est-ce que ce petit abaissement de la température comparé à un fort mal de tête causé par la contention de l'esprit, aux commotions violentes excitées dans l'organisme tout entier i)ar les émotions vives de l'âme, lapeur, la joie, l'amour, la haine, la colère, la honte, émotions qui ont souvent causé l'albinisme presque subitement, le blanchiment des cheveux, l'anéantissement de toutes les facultés locomotrices, la perle de la mémoire, la folie, des maladies affreuses, l'épilepsie, l'apoplexie, la méningite, etc. ; la mort ?
La distinction entre l'âme et le corps, dit un physiologiste célèbre, le docteur Carpenter, est tellement patente, que chacun peut, chaque jour, avoir la conscience de phénomènes subjectifs dans lesquels l'âme est active sans qije le cerveau soit averti de son action, ou le cerveau agit sans que l'âme ait la conscience de son activité. Cette action du cerveau, ou cérébration inconsciente, donne souvent à nos jugements une tendance que nous pouvons ignorer. Fortifiée et exagérée par l'habitude, elle peut aller jusqu'à faire que l'individu ne soit plus responsable de ses actes. Dans la doctrine orthodoxe, l'action habituelle ou continue de l'âme arrive à modifier même la forme du cerveau
LA REVELATION ET LA SCIENCE, g|
chez l'individu et chez la race. Lame jusqu'à un certain point fait le cerveau et le cerveau à son tour asservit l'âme. C'est ainsi qu'un peuple civilisé peut descendre physiquement et mentalement à l'état sauvage, et qu'un peuple tombé à l'état sauvage a besoin d'un certain temps, de plusieurs générations, peul-être, pour revenir physiquement, physiologiquement et psychologiquement à la civilisation. La cérébration inconsciente peut seule expliquer le fait hideux que des hommes distingués, des professeurs instruits arrivent à perdre tout sentiment de religiosité, et même à considérer la cause première. Dieu, comme l'ennemi irréconciliable de l'humanité. C'est aussi, hélas ! par la cérébration inconsciente, par l'encombrement et l'endurcissement du cerveau, qu'une faible et douloureuse minorité ose affirmer que l'homme diffère de l'animal non pas essentiellement ou qualitativement, mais secondairement ou quantitativement, du plus au moins. Ceux-là mêmes, cependant, qui sont allés jusqu'à accorder à l'animal la raison (que le sens commun universel définit la qualité qui dislingue l'homme de l'animal), lui refusent le pouvoir d'abstraire et de généraliser, source nécessaire du langage articulé et de la raison ! Il est vrai que ce pouvoir d'abstraction est actuellement petit chez le sauvage ; mais c'est accidentellement et temporairement, tandis qu'il est radicalement nul chez l'animal. Chez l'homme il peut être a l'état latent ou virtuel, mais il y est naturellement et tout entier, puisque dans le sauvage ou le descendanl du sauvage il y a l'étoffe d'un homme de génie. La race humaine la plus inférieure, la plus dégradée, toujours et partout en possession du langage articulé, peut arriver infailliblement à l'abstraction, au plein exercice de la raison, à la civilisation, etc. 1 Le rapport de l'homme à l'animal est donc celui du fini au rien ou l'infini. Les naturalistes et les philosophes qui, en outre de l'instinct, ce guide presque toujours infaillible, accordent à l'animal Y intelligence, conviennent qu'il ne s'agit pas de l'intelligence supérieure qu'on appelle raison, par laquelle,
comme disait Joufïroy, l'homme se comprend lui-même, et avec lui les choses qui l'entourent, les rapports qui existent entre leur nature et la sienne, mais bien de celte intelligence moyenne ou inférieure, en quelque sorte loiite sensative, qui suffit à la bête pour reconnaître l'objet de ses besoins, de ses désirs ou de ses appétits.
La Fin de lliomme. La Révélation nous apprend que Dieu a tout fait pour lui-même, l'homme et les créatures, et qu'il est par conséquent leur fin dernière. L'homme en particulier a été créé pour adorer, aimer, servir Dieu, et, par l'exercice de ces trois grands devoirs, mériter la vie éternelle! La raison de l'homme, son cœur, son expérience, les êtres créés eux-mêmes, par leur néant, lui crient que tout son être sera fatalement inqniet, tant qu'il ne se reposera pas en Dieu 1 La science confirme, autant qu'elle le peut, celte grande vérité, en constatant que l'idée religieuse se retrouve sur tout le globe et chez tous les êtres huoiains ; toutes les races humaines croient à un monde autre que celui que nous habitons, à certains êtres mystérieux qu'on doit redouter ou vénérer, à une existence future qui attend une partie de notre être après la destruction du corps.
L'homme à son tour est la fin de l'animal, le roi de la nature entière, et la science est forcée de reconnaître que cet empire est d'autant moins usurpé, que ce n'est pas de l'homme mais du créateur que vient à l'animal l'instinct qui le rend soumis et fidèle à l'homme.
V immortalité et la Résurrection. Toutes les communions chrétiennes sont unanimes à croire avec l'Eglise catholique à l'immortalité de l'âme unie à son corps. Ce dogme est évidemment très-conforme à la raison ou à la saine philosophie. En efl"et, puisque l'àme n'est pas à elle seule la personnalité humaine ; qu'elle n'est le moi humain que dans son union avec son corps qui l'exige et qu'elle exige, qui la complète et qu'elle complète, il est naturel cl juste que le tout humain, l'âme unie au corps survive, pour être récompensée ou punie.
llelativement au dogme de la résurreclion des corps.
la science vraie, après avoir constaté de nouveau que l'idée (le l'immortalilé, d'un lieu de délices ou de tourments sans fin, est comme inséparable de l'humanité, se couvre le visage et adore. Elle conçoit cependant trèsbien qu'il y ait dans le corps de chaque homme quelque chose d'essentiel, qu'il possédait au moment où il a été animé et vivifié par l'âme, qu'il a toujours possédé, et qu'il possédera toujours, qui avec l'càme constitue son moi. Elle conçoit que tout le reste, advenlif et mobile, acquis tour à tour et perdu par la nutrition, la digestion, l'assimilation, la circulation, ne soit pas lui, et qu'à la résurrection il n'ait pas h le redemander à d'autres corps. Il arrive même que la fausse science imagine sur la nature du corps des systèmes et des hypothèses qui font évanouir ou amoindrissent dans une proportion énorme les objections contre la possibilité de la résurrection. Par exemple, la Pangenèse de Darwin qui ramène le corps de chaque être à des éléments infiniment petits ou cellules ; l'opinion de Platon et de Berkeley qui font du corps une sorte d'enveloppe limite, ou mode de l'âme, seule monade réelle et essentielle.
En tout cas, les savants égarés qui admettent encore que l'àîiie ne meurt pas avec le corps, n'ont pour substituer au dogme, mystérieux il est vrai mais si raisonnable, de la résurrection des corps, que des métempsycoses ridicules et honteuses, ou des rêves plus extravagants encore.
Je conclus de cette longue discussion que l'homme de la Révélation, synthèse vraiment grandiose, naturelle et surnaturelle à la fois, est parfaitement conforme à la raison, dans ce qu'elle a d'accessible à l'intelligence ; que, dans ce qu'elle a d'impénétrable, elle est plutôt alïirmée que niée par la science vraie; que la fausse science enfin la combat par des armes insensées qui font sa honte.
Chapitre sixième. — Uaité d'origine adamique et noachiqne de l'homme. Ualté d'origine et d'espèce. — Unité d'origine. La Révélation nous apprend que l'huma-
Dite tout entière, telle qu'elle existe et peuple actuellement la terre, est issue d'un couple unique, Adam et Eve. « Dieu, dit saint Paul, a fait que le genre humain, issu d'un seul, habitât toute la surface de la terre, définissant pour chaque peuple le temps de sa durée et les limites de sa demeure. » A la rigueur, cet énoncé du dogme catholique n'exclurait pas la présence sur la terre, aux époques géologiques, d'êtres humains ou anthropomorphes qui auraient fabriqué les prétendus silex taillés qu'on a trouvés, en grand nombre, dans les terrains, qu'on croit tertiaires, de Thénay ! Mais ces préadamites n'existent que dans l'imagination d'un Irèspetit nombre de géologues : ceux-ci admettent d'ailleurs que celte race humaine ou quasi humaine est éteinte depuis longtemps, et n'a rien de commun avce la race adamique venue la dernière et appelée à la plus haute perfection progressive.
La Kévélation assigne à l'humanité une seconde unité d'origine. Elle a dû sortir tout entière de Noé et de ses enfants : « Les fils de Noé, dit la Genèse, qui sortirent de l'arche étaient Sem, Cham et Japhet; d'eux, et par eux, le genre humain tout entier s'est disséminé sur la terre.» Pour amener cette dissémination, la Révélation fait intervenir un miracle, la confusion des langues, dont une tradition constante atteste la réalité. A lui seul, d'ailleurs, le chapitre x de la Genèse qui nous raconte le partage de la terre entre les trois fils de Noé, est une leçon imposante d'histoire et de géographie, à laquelle tous les efforts des philologues, des ethnographes et des géographes, anciens et modernes, n'ont pas donné de démenti.
Quand, avec les archéologues les plus éclairés de notre temps, nous demandons aux grandes découvertes de la science moderne l'origine des antiques civilisations de l'Orient, nous les trouvons issues toutes de la dispersion des enfants de Noé, Rien de plus évident, d'ailleurs, que la possibilité de ces migrations diverses, volontaires ou involontaires, à travers les détroits, et
sons l'aclion des courants aériens et marins dont la physique du globe a démontré l'existence, sur tous les océans. La Révélation énonce donc le dogme de la double unité de souche de la famille humaine; or celte double unité est un fait éclatant qu'il est impossible de méconnaitre 1
Unité d'espèce. Antre est l'unité de souche, autre est l'unité d'espèce. Les hommes pourraient descendre tous d'un même couple, comme le veut la Révélation, sans former une seule el même espèce humaine. Nous pourrions donc refuser de faire intervenir la Révélation dans le débat entre les monogénistes, qui affirment l'unité de l'espèce humaine, et les polygénistes, qui la nient. Mais nous prouvons jusqu'à l'évidence que, môme sur le terrain de l'unité d'espèce de ce genre humain, la Révélation et la science véritable sont parfaitement d'accord. La liste des monogénistes, parmi lesquels on compte les fondateurs et les législateurs de i'Anthropogénie, est trèsnombreuse et très-imposante; la liste, au contraire, des hétérogénistes est relativement peu nombreuse et sans portée. L'autorité, comme la tradition, comme l'histoire, établit la double unité de l'homme. Il y a plus : nos adversaires les plus acharnés, dès qu'ils aspirent à soulever un coin du voile qui cache le mystère des origines humaines, en viennent, à travers mille hypothèses, gratuites jusqu'au ridicule, à affirmer même l'unité de souche, qui nous suffît pleinement, et qui est plus que l'unité d'espèce. Je prouve, d'ailleurs, directement que, dans les théories de la science actuelle, nous sommes pleinement autorisés à soutenir que le genre humain forme une espèce unique, et dans celle espèce des races diverses et distinctes, appelées races humaines. La question au fond se réduit à reconnaître si l'homme est un hybride, né du croisement de deux espèces voisines, ou un métis né de l'union de races appartenant à une même espèce. Or l'homme est incontestablement un métis et non un hybride. En effet, le caractère propre de l'Hybride est de tendre invinciblement à revenir à
o6 LES SPLENDEURS DE L\ FOI.
l'une des deux espèces qui l'ont produit; et l'hybride est presque essentiellement infécond, tandis que les croisements des races humaines sont féconds d'une manière régulière, continue et indéfinie. Ces races constituent donc une seule et même espèce.
Nous n'avons, pas le secret de Dieu, ni le secret de la nature; mais dans ce que nous voyons autour de nous, nous trouvons de quoi expliquer très-suffisamment les moditications de l'espèce humaine qui, sous le nom de variétés ou de races, rern})lissent la terre. Chez tous les êtres organisés l'espèce est soumise à une double action contraire, à deux forces antagonistes : l'une, l'hérédité, qui tend à maintenir dans chaque individu, le caractère du type primitif ou de l'espèce; l'autre, l'influence des milieux, agents extérieurs et intérieurs, qui tend au contraire à le modifier. Ces deux actions énergiques et continues sont incontestablement les causes efficaces de la production et du maintien des caractères des races, en dehors même de toute intervention humaine. A son tour, l'effet de l'intervention humaine est d'introduire un élément nouveau de la formation des races. Il suffit, en effet, qu'une espèce soit sous la main de Fhomme pour qu'elle commence à s'ébranler, et l'ébranlement est d'autant plus profond, que l'homme applique davantage son intelligence et sa volonté à diriger les actions combinées de l'hérédité et des milieux. Aussi les variations de l'espèce humaine seraient bien plus étendues et plus profondes, si elles n'étaient pas contrariées par trois obstacles très-appréciables : l'ancienneté des races ; l'absence de la sélection; le mode artificiel de protection que l'homme sait opposer à l'aclion des milieux. Et cependant, malgré ces trois obstacles, l'action des milieux, aidée par des générations successives, suffit à expliquer les divergences et les anomalies les plus exagérées des races humaines.
Par là même que la Révélation affirme non l'unité d'espèce, mais simplement l'unité de souche ou d'origine, nous n'avions pas à examiner si quelques races
humaines, amenées peut-être à constituer des espèces distinctes, ont pu devenir infécondes dans leurs croissances; nous prouvons cependant par les faits que cette infécondité n'existe pas, ou du moins qu'elle n'est en aucune manière démontrée.
Nous arrivons enfiiî aux preuves directes de l'unité spécifique des races humaines. Les caractères distinclifs de l'espèce humaine sont : le grand développement du cerveau, la conformation des mains et l'opposition du pouce et de l'index, qui lui font donner le nom de bimane; la qualité de bipède et la station verticale ; la perfectibilité indéfinie, etc. Or tous les hommes, de toutes les races humaines, sont en possession de ces caractères essentiels ; donc ils forment une seule et même espèce. Personne ne songe à nier l'unité d'espèce de nos races d'animaux domestiques ; or il résulte de la discussion établie par un grand nombre de naturalistes, que les différences entre les diverses nices hum.aines sont de même ordre que c^^dles entre les diverses races domestiques, ou môme d'ordre inférieur. Je prouve qu'il en est ainsi : soit pour les caractères extérieurs, la taille, le volume et les proportions des membres, la peau et ses viilosilés ; soit pour les caractères anatomiques des vertèbres, de la tête et de la face, du crâne et du cerveau ; soit pour les caractères physiologiques, la force musculaire, les forces génésiaques; soit enfin pour les caractères psychologiques, l'instinct, la religiosilé.
Chose étrange l des naturalistes qui font profession ouverte d'athéisme, osent invoquer en faveur de la pluralité de l'espèce humaine le témoignage de missionnaires, en très-petit nombre, qui auraient rencontré des peuplades sauvages sans aucune idée d'un être divin. Ils appartiendraient donc eux aussi à une autre es|)èce, puisqu'ils nient toute causalité ou finalité quelconques, et qu'à leurs yeux tout ce qui arguerait un Dieu, placerait le monde et l'homme sous une tutelle indigne d'eux.
Ctis mêmes savants s'indignent de ce que nous prélendons les forcer à ne voir dans les neuf dixièmes des
gg LES SPLENDEURS DE LA FOI.
populations humaines que des frères déshérités, dégradés, dégénérés, tandis qu'il serait plus noble et plus digne de voir dans ces groupes d'existences autant d'espèces différentes, poursuivant chacune leurs destinées propres. Mais la dégénérescence des espèces ne dépend pas des spéculations et des volontés humaines ! Il est absolument certain que la terre entière est peuplée de groupes humains venus d'un centre primitif de civilisation, tombés dans la barbarie, et toutes les recherches des historiens et des voyageurs ne les ont pas encore amenés à constater l'existence d'une seule peuplade autochthone. Si les nègres et les sauvages américains ne sont pas des hommes comme nous, l'Anglo-Arnéricain est pleinement en droit d'asservir le noir, d'en faire une bête de somme ou de trait, et de traquer les Peaux- Rouges I
Rien, en apparence, ne différencie plus les races humaines, et ne tend plus à les constituer à l'état d'espèces distinctes, que la multiplicité et la variété infinies des langues parlées par elles. Mais les arguments de ceux qui opposent le plus à l'unité de l'espèce humaine la multiplicité des langues, supposent explicitement ou implicitement, l'unité d'origine d'un très-grand nombre de peuples, et l'unité d'origine dans le sens du récit de Moïse, c'est-à-dire leur groupement en trois familles : Sémitique, Chamique et Japhélique. D'un autre côté, les preuves de l'unité d'origine adamique et noachique de l'homme puisées dans la philologie comparée sont innombrables, mais elles sont en quelque sorte surabondantes ou superflues. Les Livres saints, en effet, parlent de la confusion des langues en termes tels, qu'il n'est nullement nécessaire d'admettre entre les diverses langues des liens ou rapports primitifs. Il est en outre arrivé ici ce qui arrivera toujours : la demi-science est impie, la science adulte et complète se fait involontairement chrétienne. Plus la philologie comparée a fait de progrès, plus elle a révélé entre les diverses langues d'affinités ou d'éléments communs sans lesquels aucune d'elles
D*a jamais pu exister, ce qui forcerait à conclure à l'existence antérieure d'une langue primitive de laquelle seule sont sortis ces éléments communs essentiels à toutes. Cette conclusion est celle de toutes les illustrations de la philologie comparée. En définitive, la comparaison des langues est évidemment plus favorable que contraire à la doctrine d'une descendance commune. Elle affirme, bien plutôt, que l'espèce humaine tout entière formait originairement une seule famille et, selon l'expression de l'écrivain sacré, une seule langue et un seul langage. Mais, répétons-le encore, ce témoignage n'était pas nécessaire, puisque rien n'exige que les divers idiomes parlés autrefois ou aujourd'hui, soient dérivés d'une même langue primitive, subsistante ou perdue.
De fait, des hommes de toutes les races connues et inconnues peuvent apprendre et parler toutes les langues, soit naturellement par l'éducation première, soit artificiellement par des éludes subséquentes ; donc l'hypothèse d'organismes physiques et intellectuels essentiellement différents est arbitraire et fausse.
Puisque le vent, aujourd'hui, est à la science expérimentale, pourquoi, prenant son rôle au sérieux, l'Anthropologie, si fière d'elle-même, n'installerait-elle pas dans une colonie bien située, bien bâtie, pour les faire nourrir et élever, par des mères choisies, plusieurs couples d'enfants bien conformés, pris au sein de races en apparence les plus déchues? Nos adversaires se garderont de tenter l'expérience, tant ils sont certains qu'elle ferait resplendir au grand jour l'unité essentielle d'origine et d'espèce de toutes les races d'hommes, au point de vue physique, physiologique et psychologique. Après quelques générations issues d'unions entre des individus de mêmes races, peut-être avant qu'on eût recours à des croisements, verrait-on s'effacer peu à peu, pour disparaître enfin, les différences, en réalité très-secondaires, que l'on a l'audace d'élever a la hauteur de caractères d'espèces. Elles ne sont en réalité que des caractères de variétés ou de races dont la source évidente est
60 LES SPLEÎV'DEURS DE LA FOI.
riiérédilé servie par les milieux pris dans leur significalion la plus générale.
Chapitre Septième. — Antiquité de l'homme. — État de la question. Nous sommes à l'époque fatale où l'homme ne devait avoir d'attrait que pour les fables! Or ja fable qui endort le mieux l'incrédulité, est la fable de l'éternité du monde et de l'homme, parce qu'elle fait évanouir, comme d'un coup de baguette, toute idée de création et d'un Dieu créateur, lyautre part, ce qui disposerait le mieux les esprits au rêve de Téternité du monde, ce serait le dogme scientifique de l'antiquité indéfinie du genre humain. Voilà comment et pourquoi ce dogme est devenu le grand cheval de bataille de la science insurgée contre la foi.
Mais, qu'on ne s'y trompe pas, toute doctrine qui ne fera pas le monde éternel, ou du moins qui ne fera pas éternel le prototype oU' protoplasme d'où l'homme descend par une série de transformations ou d'évolutions dues au seul exercice des forces éternelles de la nature, ne satisfera pas l'incrédulité. Les trente mille, cinquante mille, cent mille, deux cent mille années que les géologues et les archéologues prétendent conquérir pour l'humanité, leur sont au fond très-indifférentes. En réalité la question de l'antiquité de l'homme n'est qu'une feinte hypocrite, et je pourrais me dispenser de la discuter. Ce que l'on veut, c'est l'éternité de l'homme, éternité au moins virtuelle, sans aucun rapport avec Dieu, sans aucune dépendance possible de Dieu.
Cette éternité, ou du moins cette antiquité indéfinie de l'homme, la science, quoiqu'au fond elle y tienne fort peu, a-t-elle réussi à l'établir? Elle a dressé devant la vérité un tel échafaudage de faits, qu'elle a fini par la dérober aux regards; l'entraînement a été général, mais, je le prouve victorieusement, sur cette question capitale comme sur toutes les autres, la Révélation n'a pas été entamée.
La aueslion de l'antiquité de l'homme, au point oîi
LA RÉVÉLATION ET LA SCIENCE. gj
nous en sommes, se ramène à ce seul terme : l'existence d'Adam remonte-t-elle, non à quelques milliers d'années, mais k quelques milliers de siècles? Sous cette Corme, qui oserait la résoudre par l'affirmative? Personne I D'autant plus que ceux qui ont été amenés à feindre une conviction contraire, le furent toujours par l'entraînement d'idées préconçues, de systèmes forgés à plaisir, et que celte grande vérité n'est nullement obscurcie par les faits ou les découvertes de la géologie, de la paléontologie, ou d'une autre science quelconque.
Chronologie biblique. Nous accordons sans peine, . avec le plus grand nombre des interprètes et des commentateurs, que la chronologie de l'Ancien Testament n'est nullement fixée par elle-même; qu'elle n'a pas été définie par l'Eglise ; que la date exacte de la création de l'homme, ou de sa première apparition sur la terre, reste complètement incertaine et inconnue. Mais nous maintenons qu'il y aurait quelque témérité à la reporter au-delà de huit mille ans. Huit mille ans, ce n'est rien pour les imaginations qui aiment à se perdre dans leurs aspirations et dans leurs rêves I Mais c'est énorme pour les esprits sérieux qui, comme le grand Cuvier, ont approfondi l'ensemble entier des faits de la nature. Je démontre que, même en' pénétrant dans les pénombres et les ombres de l'histoire, en fermant seulement devant soi la région des fables, de la mythologie, de l'impossible et de l'absurde, l'esprit le plus aventureux ne pourrait pas, dans le passé, remonter jusqu'à huit mihe ans.
Tous les peuples et leurs premiers historiens se sont efforcés de se donner et de donner à l'humanité une antiquité démesurée, se perdant dans la nuit indéfinie des temps. Un seul historien, l'historien du peuple juif, un seul peuple, le peuple juif, n'hésitent pas à assigner a son origine et à l'origine du genre humain une date récente, qu'ils fixent à quelques centaines d'années près. [Is nous révèlent sans hésitation le nom du père unique J.u genre humain, et nous énumèrent, sauf, peut-être,
l'omission forcée d'ancêtres qui n'auraient pas eu d'enfants mâles, les générations qui nous séparent et nous rapprochent d'Adam. Ils font plus : ils nous donnent, à leur berceau, la généalogie de tous les autres peuples; ils nous les montrent descendant tous de Noé et de ses enfants, qu'un événement, miraculeux mais certainement historique, força de se disperser et de s'élancer jusqu'aux extrémités de la terre. Ici, plus de rêves, mais une éclatante réalité; plus de fables, mais une chaîne non interrompue, dont nous sommes des anneaux vivants! Et, par une étrange aberration, dans un siècle positiviste, qui prétend n'accepter que des faits et des lois, les sympathies du grand nombre sont pour l'antiquité fabuleuse des peuples païens et pour leurs historiens mensongers, leurs antipathies, j'oserais presque dire leur haine, pour le peuple juif et pour Moïse.
Les monuments. Le grand prétexte à ce besoin insensé d'antiquité, est toujours l'hypothèse gratuite et absurde de l'état sauvage, comme condition première du genre humain; or cette barbarie initiale n'a jamais existé, du moins pour l'Egypte. En effet, la grande Pyiamide de Gizeh, qui est le plus ancien des monuments égyptiens, est aussi le plus étonnant, non-seulement par sa nature, ses dimensions, son volume, sa masse, la solidité incomparable de sa construction, l'absence complète d'hiéroglyphes et de noms propres, mais encore par les mystèies qu'elle renferme, ce que 31. Piazzi-Smyth appelle son intelligence, par la signification extraordinaire de tous les éléments de sa construction, signification qui dénote une science très-avancée, acquise ou révélée. Cette science mystérieuse que nous révèle la grande Pyramide et qui est pour les partisans de l'état sauvage, ou du développement successif de l'humanité par elle-même, une déroute complète, nous la retrouvons dans les cycles ou nombies astronomiques du prophète Daniel^ dont un savant astronome, M. de Chézeaux, nous a dévoilé le secret; nous l'expliquons par les longues vies des patriarches qui ont succédé pendant deux mille ans à Adam sorti adulte.
des mains du Dieu créateur, dans toute la plénitude de son inkiligence et de ses autres facultés.
Résolue pour l'Egypte, la question de l'antiquité de l'homme l'est, par là même, pour tous les aulres peuples. Résolue monumentalement, cette grande question est résolue même géologiquement, de l'aveu de nos adversaires ; car l'un des plus acharnés d'entre eux, M. Louis Ruchner, n'a pas hésité à dire : «Au temps où l'aborigène européen, avec ses pauvres armes de pierre, poursuivait les bêtes fauves, déjà de l'autre côté de la Méditerranée, dans l'heureuse contrée que le i\il arrose, des villes puissantes et splendides florissaient ; les arts et les sciences de toute espèce étaient cultivés, un gouvernement régulier entretenait des relations commerciales le b'ng des rivages méditerranéens, » etc., etc.
L'Histoire. Quand après avoir interrogé les monuments, nous interrogeons l'histoire, le fait de la néo-antiquité de l'homme ressort encore de la manière la plus éclatante. Et d'abord quelle histoire oserait-on comparer à celle de Moïse? Il était prêtre d'Hiéropolis, c'est-à-dire instruit et savant; il écrivait pour un peuple qui avait passé trois ou quatre cents ans en Egypte ; il avait vu dans toute leur intégrité des monuments plus vieux aujourd'hui de trois mille ans, et ces monuments parlaient une langue qui était la sienne, tandis que nos savants ne font encore que la balbutier, ou l'èpellent à peine. Opposer à Moïse Hérodote et Manéthon, c'est insulter à la raison et au bon sens : on ne peut sans lâcheté, sans une sorte d'attentat contre la vérité, accepter sur ce terrain, non pas la lutte, mais la seule mise en présence ; d'autant plus que l'œuvre qui porte le nom de xMoïse est entière, parfaitement conservée et partout semblable à elle-même, tandis que l'œuvre de Manéthon, relativement récente, ne nous est connue que par des fragmi nts informes, dont les diverses versions présentent entre elles des différences considérables.
N'importe, interrogés et discutés attentivement, Hérodote, Diodore de Sicile, Manéthon, les papyrus de Turin,
4 LES SrLEIND:^U?.S DE LA FOI.
Ja salle des ancêtres du t'iiipie de Carnach, les tables d'Abydos, la Vieille Chronique, etc., etc., n'assignent nullement à l'Égyple une antiquité qui diffère notablement de celle établie par Moïse et la grande Pyramide.
V Astronomie. Interrogée k son tour, l'astronomie des anciens ne suppose en aucune manière, ni des observations prolongées pendant de longs siècles, ni une antiquité déuKîsurée.En effet, les Égyptiens n'ont connu que fort tard l'année solhiaque de 365 jours un quart, et, à plus forte raison, la péiiode sotliiaque de 1450 années solaires; et iVl. Biot n'hésite pas à conclure d'une trèslongue discussion, que la durée numérique de celte période a été déduite au second siècle de notre ère, non pas des observations antérieures, mais des théories astronomiques et par un calcul rétrograde, pour lui donner l'apparence d'une détermination directe.
Dupuy voulait que l'Egypte fût le pays natal du Zodia([ue, et que son origine remontât à quinze ou seize mille ans! Mais, nous le prouvons surabondamment ailleurs, aucune représentation zodiacale complète ne se rencontre sur des monuments égyptiens antérieurs à la domination romaine , et, dans les zodiaques incomplets, le sagittaire est représenté par un centaure, figure propre à la mythologie gj'ecque, et tout à fait étrangère à l'art égyptien. Nous sommes donc pleinement en droit d'affirmer ces conclusions de M. Charles Lenormant : « La population de l'Egypte appartient à la race de Cham, et elle était venue de l'Asie s'établir dans la vallée du Nil par la route de Syrie. C'est un fait acquis à la science et qui confirme pleinement les données de Moïse I »
Les annales et l'astronomie des autres peuples, les Chaldéens, les Assyriens, les Babyloniens, les Indiens, les Itido-Européens, les Chinois, les Perses, les Géorgiens elles Arméniens, les Phéniciens et les Chanaoéens, les Grecs, les Arabes, parlent aussi très-haut le même langage. Non-seulement les iradilions d'aucun de ces peuples ne remontent au-delà de huit mille ans, date que la Révélation permettrait d'assigner cala création de l'homme,
LA REVELATION ET LA SCIENCE. 6o
mais tous ces peuples sont issus de Noé, et leur origine est postérieure aux grands faits du déluge et de la dispersion.
Un petit nombre d'écrivains, d'ailleurs orthodoxes, n'hésitent pas à admettre que l'homme antédiluvien avait habité toute la terre, et que les débris des existences et des industries humaines trouvés dans les terrains quaternaires appartiennent à l'homme avant le déluge ; mais dans ma conviction profonde, ces débris appartiennent àThomme de la dispersion; je Tai déjà affirmé et je vais le démontrer invinciblement dans les chapitres suivants.
Chapitre huitième. —Antiquité de l'homme (Suite). — Lorsqu'en août 1871, il me fut donné de présenter à l'Association britannique pour ^avancement des sciences les silex taillés, trouvés par M. l'abbé Richard, à Galgala, et dans le tombeau de Josué, là où la Vulgate et [les Septante déclaraient qu'on devait les chercher, je n'hésitai pas à dire : ces silex rencontrés à la surface du sol, en Syrie et en Egypte, parmi lesquels on retrouve presque tous les types connus, tout historiques qu'ils soient, sont plus anciens que ceux mêmes de Saint- Acheul. J'ajoutai que la question de l'antiquité de Thomme, dans ses rapports avec la géologie et la paléontologie, était complètement résolue en faveur de la Révélation ; que, non-seulement il ne surgirait plus des profondeurs du sol d'arguments nouveaux en faveur de la thèse absurde de l'antiquité démesurée du genre humain, mais que la valeur des arguments anciens pâlirait de plus en plus. Je suis heureux de pouvoir constater aujourd'hui que ma prédiction s'est accomplie.
Enseignement de la géologie et de la paléontologie. Je pourrais à bon droit récuser l'intervention de la géologie et de la paléontologie dans le débat relatif à l'ancienneté de l'homme, car, comme le disait avec infiniment de raison, au congrès de Rruxelles, un anthropologisle distingué, M. fraas, de Stuttgard:«Ouand on
parle de terrains tertiaire, miocène, pliocène, quaternaire, il s'agit de l'époque à laquelle les couches de la surface de la terre se sont formées au fond de la mer et des lacs, là où l'homme ne pouvait habiter. Il ne faut pas confondre la formation des dépôts avec les phénomènes qui se sont produits quand la couche terrestre eut. déjà été formée. » La géologie avait fini son temps, quand' l'homme est apparu sur la terre. Celte science d'ailleurs, comme la paléontologie, n'est nullement une science exacte 1 Chacune de ses affirmations est démentie et annulée par des négations de valeur égale I Comment conclurait-elle à un âge absolu, quand l'âge relatif luimême lui échappe, et que le principal objet de ses études est de constater les révolutions et les remaniements profonds et successifs du globe terrestre? Elle ne rencontre les restes de l'homme que dans le diluvium; or le diluvium est la dernière assise, la fin de la géologie.
Il s'agit de la découverte de pierres taillées, d'ossements d'animaux, de crânes ou de squelettes humains, dans des terrains plus ou moins meubles, dont l'origine et le temps du dépôt ne sont pas connus ! Or cette découverte avait été faite et interprétée sagement dans les siècles antérieurs. L'Anthropologie moderne, au fond, n'y arien ou presque rien ajouté. Ce sont simplement les débris de l'industrie des peuplades tombées presqu'à l'état sauvage, après la dispersion.
Ce que l'on trouve dans le diluvium, sous des couches de gravier, de sable, de limon ou de tourbe, dans des cavernes et sous le glacis stalagmilique, c'est aussi ce que l'on trouve sous la table des dolmens : haches de pierre, couteaux en silex, pointes de flèche en quartz ou en os, fragments de poterie, etc. Une aussi frappante conformité entre les objets accuse évidemment une certaine contemporanéité ; or les hommes des dolmens sont des hommes historiques ou presque historiques !
Les témoins naturels et directs de l'antiquité de
t'homme sont : les œuvres humaines, pierres ou silex taillés ou non taillés, polis ou non polis; les âges divers et successifs de l'immanité ; les terrains où sont enfouis les restes de l'homme et de l'industrie humaine ; les animaux contemporains de l'homme; les habitacles de l'homme, cavernes, cités lacustres, etc., l'homme fossile, etc. Je les ai interrogés tour à tour avec le plus grand soin et tous déposent en faveur de la récente apparition de l'homme sur la terre; aucun de ces témoignages ne remonte au-delà du déluge et de la dispersion.
Silex taillés. — Il paraît hors de doute qu'à une période reculée et sur tous les points du globe, sur les continents anciens comme sur les continents nouveaux, l'homme a eu recours à des silex ou à des pierres siliceuses pour se faire des instruments de toute sorte, grattoirs, racloirs, pointes de flèche, pointes de lance, tarières, poinçons, haches, couteaux, marteaux, mortiers, pilons, percuteurs, etc.
Les silex que l'on rencontre partout sont de trois genres : naturels ou éclatés, simplement taillés mais non polis, taillés et polis. Les silex naturels ou éclatés par le feu, par la foudre, par le choc, par la pression, par mille jeux de la nature, qui ne dénotent pas invinciblement un travail humain, n'accusent, par là même, en aucune manière, l'existence de l'homme à une époque Irès-reculée ; et comme ce sont en réalité les seuls que l'on rencontre dans des couches en apparence déposées sur place et non apportées de loin, dans des terrains auxquels on serait tenté de donner les noms de terrains géologiques, tertiaire, éocène, miocène ou pléocène, il en résulte que l'existence de l'homme géologique ou tertiaire n'est nullement démontrée.
Les silex taillés, œuvres incontestablement humaines, sont à la fois préhistoriques, historiques et contemporains ; ils ne sont donc pas , par eux-mêmes , les témoins d'une antiquité plus ou moins reculée. Ils ne parlent que par les gisements dans lesquels on les a
rencontrés; et puisqu'on ne les a jamais rencontrés dans des couches incontestablement géologiques, on ne peut nullement considérer comme affirmée par eux l'existence de l'homme aux temps géologiques, ou de l'homme fossile. Les silex taillés ne se rencontrent que dans des terrains de transport ou remaniés ; or, par cela même qu'un terrain a été remanié ou transporté, on ne peut pas demander au silex qu'il cache dans son sein l'âge de l'homme qui l'a taillé, h moins qu'on ne connaisse la date du remaniement ou du transport. En second lieu, les silex taillés que l'on a découverts à de grandes profondeurs, dans certains gisements, ont été rencontrés ailleurs à la surface du sol ou même dans des sépultures historiques ou quasi historiques, et il est évident que l'âge réel de ces silex, en tant qu'œuvre humaine, est accusé non par leur présence à des profondeurs plus ou moins grandes, mais par les conditions de leur présence à la surface du sol. Que d'éloquence dans ce simple rapprochement de M. Eugène Robert,! « A Précy-sur- Oise, comme à Saint-Acheul sur les bords de la Somme, il y a profusion d'instruments en pierre. et de débris de grands pachydermes, avec cette différence capitale qu'à Précy les pierres travaillées se trouvent seulement à la surface du sol et les fossiles au fond, tandis qu'à Saint- Acheul elles sont à des profondeurs plus ou moins grandes au-dessous môme des ossements fossiles. »
Un autre caractère qui vicie, ou du moins qui atténue le témoignage des silex taillés, et des œuvres humaines en général, en faveur d'une antiquité fabuleuse , c'est qu'elles sont souvent fausses, soit absolument parce qu'elles ont été fabriquées récemment , soit parce qu'elles ont été introduites dans des gisements auxquels elles étaient étrangères ; j'en cite de très-nombreux exemples. En outre, presque partout où on les rencontre, les silex taillés sont mêlés le plus souvent à des œuvres humaines plus récentes, historiques ou presque historiques, à des fragments de poterie ou à des vases entiers, a des instruments en bronze ou en fer, à des médailles.
LA REVELATION ET LA SCIENCE. qq
des monnaies, etc.; or ce n'est pas l'objet antique qui peut vieillir l'objet récent, c'est l'objet récent qui rajeunit nécessairement et absolument l'objet témoin prétendu d'une très-haute antiquité : les silex taillés sont donc historiques ou presque historiques, puisqu'ils sont contemporains d'objets certainement historiques.
MomunenU en pierre non taillée. Dolmens, menhirs ou pierres levées, cromlechs, allées couvertes, tumuliis, etc. Tous ces monuments mégalithiques ont leurs identiques dans la Bible; ils affirment l'unité- de souche et l'apparition récente de l'homme sur la terre; ils sont une protestation éloquente contrôle polygénisme d'une part, de l'autre, contre la doctrine absurde de l'antiquité indéfinie. Ils ne sont pas seulement préhistoriques et historiques, ils sont encore contemporains. On a rencontré à cent kilomètres de Calcutta une tribu à demi sauvage, les Khasiens, qui construisent habituellement, sous le nom de dolmens, de menhirs, etc., des monuments entièrement semblables aux monuments mégalithiques de l'Europe et de l'Afrique.
Œuvres d'art préhistoriques, gravures, sculptures, dessins, etc. — Le savant collectionneur suisse M. Desor affirme que, d'après ce qu'il connaît, il n'oserait pas rapporter une figure quelconque à l'âge du bronze, et à plus forte raison à l'âge de la pierre polie ou taillée !
Les œuvres d'art trouvées dans les cavernes ou ailleurs, dont quelques-unes sont obscènes (l'obscénité suppose une civilisation avancée), ne sont nullement authentiques ; elles n'ont pas été faites dans les profondeurs du sol, elles sont donc à leur tour des objets d'apport ou de transport. S'il s'agissait de toute autre question, sans rapport avec la Révélation, on écouterait la voix du bon sens, on n'hésiterait pas à admettre que ces œuvres d'art sont plus récentes que les fragments de poterie grossière qui touchent déjà à l'époque historique, et l'on partirait de cette certitude acquise pour conclure à la formation récente du dépôt des cavernes, au mélange tout à fait
accident, et très-postérieur, de ces œuvres d'art avec des restes des animaux ou des restes de l'iiomme et de l'industrie humaine.
Des terrains géologiques dans leurs rapports avec l'existence de l'antiquité de l'homme. — En réalité, les divisions des terrains admises par les géologues, n'ont rien de bien tranché et de bien fixe ; le plus souvent, on ne sait pas où un terrain finit et où l'autre commence ; ce n'e^t plus sur un point, mais à tous les étages que les terrains appelés primitifs se mêlent aux terrains désignés sous le nom de terrains secondaires, de sorte que même la dénomination de terrain primitif n'emporte avec elle aucune indication d'âge relatif, à plus forte raison d'âge absolu. Mais tous les géologues sont unanimes à admettre des terrains primitifs azoïques, dans lesquels on ne constate aucune trace de vie; tous donc admettent que la vie n'a pas toujours existé sur la terre, et rendent ainsi témoignage à la création. Tous admettent en outre que les êtres supérieurs, en général, et Phomme en particulier, n'apparaissent que dans les terrains tertiaires ou même quaternaires ; et c'est encore une confirmation de la cosmogonie mosaïque. Un seul géologue, et c'est un prêtre catholique fervent, M. l'abbé Bourgeois, affirme avoir trouvé des œuvres humaines, des silex taillés de main d'homme, dans les terrains de Thenay q*ui paraissent être des terrains tertiaires. Mais : \° s'il est vrai que les terrains de Thenay renferment les éléments des terrains tertiaires, ces éléments sont bouleversés; tout semble indiquer qu'ils se sont déposés ailleurs régulièrement, et qu'à Thenay ce ne sont plus que des terrains de transport; '^° de l'aveu même de M. Bourgeois, ces terrains sont remaniés et ne prouvent plus rien ; 3° les silex de Tenay portent des traces de l'action du feu, sans qu'on puisse trouver sur place aucun indice de charbon ; donc ils sont venus d'ailleurs, peut-être avec ou après le terrain non plus tertiaire mais de transport ; 4" on trouve à la surface du sol des silex absolument
identiques avec ceux du fond, et qui, nécessairement récents, déterminent l'âge des autres ; 5" il n'est nullement prouvé que les silex de Theuay ne sont pas des silex simplement éclatés par le feu ou par le choc ; la majorité des juges compétents refuse d'y voir le travail certain d'une main intelligente ; 6° enfin M. Bourgeois lui-même n'hésite pas à admettre que l'homme ou l'anthropoïde qui aurait taillé les silex de Thenay serait une race éteinte, et n'aurait rien de commun avecla race adamique. La race adamique n'existait donc pas lors de la formation des terrains tertiaires. On avait rencontré à Saint-Prest, près de Chartres, dans des terrains géologiques, sur des os A'elephas meridionalis, des stries ou rayures qui semblaientne pouvoir être attribuées qu'à la main d'un être intelligent, et cette main aurait été celle de l'homme ou de l'anthropoïde de Thenay ! Mais il est admis universellement aujourd'hui que ces incisions sont ou accidentelles, ou l'effet des dents d'animaux aquatiques voraces.
Terrains quaternaires. Des définitions admises par le plus grand nombre des géologues, il résulte que les terrains quaternaires ne sont plus des couches régulièrement déposées au fond des mers ou des lacs, mais des terrains de transport dont la stratification est souvent Irés-désordonnée. Par conséquent, les restes d'animaux et les débris d'industrie humaine rencontrés dans ces terrains n'y sont pas à leur place première ou originelle ; ils y ont été amenés par entraînement, le plus souvent par des eaux torrentielles. Et, par conséquent, dans ces terrains quaternaires, l'ordre réel des existences est l'inverse de ce qu'il était au sein des terrains où elles furent d'abord enfouies. Les êtres ou objets plus récents que les eaux ont rencontrés et emportés les premiers, à la surface du sol, sont le plus profondément déposés. Les êtres ou objets plus anciens, que les eaux ont rencontrés et emportés plus tard, sont au contraire placés plus prés de la surface. Voilà comment, si le fait était vrai, dans le terrain quaternaire d'ibbeville on aurait rencontré
la trop célèbre mâchoire humaine à quelques mètres au-dessous des os de l'elephas meridionalis. Cette réflexion bien simple aurait pu nous dispenser de discuter les innombrables arguments en faveur de l'antiquité indéfinie du genre humain tirés des fouilles faites dans les terrains quaternaires, les diluviums, les alluvions, les dépôts des cavernes, etc. Il y a plus, si la science, légère à l'excès, ne rompait pas violemment avec les règles fondamentales de la logique et du bon sens, si elle s'assujettissait à aller du connu ou du certain à l'inconnu ou à l'incertain, du fait incontestable que la présence de l'homme dans les Gaules remonte à peine à 1,300 ans, elle conclurait à la formation récente des terrains quaternaires , ou du moins des dépôts de gravier des vallées de la Somme, de la Seine, de la Saône.
Cette formation récente est d'ailleurs confirmée par une étude directe des bassins des grands fleuves. Voici, par exemple, pour le bassin de Rome les conclusions de M. de Rossi : « son orographie, l'état de ses marais à l'époque de la fondation de la Ville éternelle; les noms primitifs du Tibre ; la présence de son embouchure, au temps où il était encore diluvien, au lieu du débarquement d'Énée, l'abondance de ses eaux et la fréquence de ses inondations, succédant à un climat beaucoup plus froid que le climat actuel, démontrent invinciblement que le terrain quaternaire du Tibre, au moins dans sa dernière phase, est enfermé dans les temps historiques. »
Les deltas, les atterrissements sont aussi des terrains d'alluvion et de transport, et, par conséquent, les objets qu'ils renferment n'ont pas été déposés sur place. Sir Charles Lyell convient lui-môme que le transport par les eaux peut confondre dans un temps très-court ce que des siècles peut-être avaient séparé. Ces terrains sont en outre de formation relativement moderne, et Cuvier si savant n'a pas hésité à dire de la manière la plus générale : « Partout la nature nous tient le même lan-
gage, partout elle nous dit que l'ordre actuel des choses ne remonte pas très-haut. » Je prouve en particulier pour les deltas de l'Egypte et du Mississipi qu'ils ne remontent guère au-delà des temps historiques, et que les restes humains ou les débris de l'industrie humaine qu'on en a extraits, n'accusent en aucune manière une antiquité incompatible avec les données de la Révélation. Alors même qu'ils auraient cru lentement dans l'époque historique, on ne pourrait pas déclarer impossible le développement rapide des atterrissements et des deltas dans les temps préhistoriques, quand les montagnes n'étaient pas encore dénudées de la terre végétale qui les recouvrait. Ce raisonnement s'étend à tout, aux dépôts de graviers, aux tourbières, aux limons des cavernes, aux stalactites, aux stalagmites, etc.
Les tourbières. Leur âge est une autre inconnue. Les partisans de l'antiquité de l'homme conviennent euxmêmes qu'ils manquent, en général, des données nécessaires pour évaluer leur accroissement en épaisseur. On rencontre cependant dans l'histoire des faits authentiques, et j'en cite quelques-uns, de nature à prouver que les tourbières ont pu se former très-rapidement. Des observateurs consciencieux n'hésitent pas à affirmer que leur examen des tourbières ne les force pas à faire remonter les plus anciennes au-delà de 4,000 ans avant Jésus-Christ, et que beaucoup de motifs militent en faveur d'une origine plus récente.
Du fait que les masses de tourbe qui recouvrent en France et en Angleterre la couche à silex taillés, renferment les mêmes faunes; il résulte qu'à l'époque où cette tourbe s'est formée, et, à plus forte raison, lors du dépôt des graviers, l'Angleterre n'était pas encore séparée de la France. Il est, en outre, très-probable que celte séparation a eu lieu dans les temps historiques ou préhistoriques, très-près de l'ère moderne. En effet, au septième siècle encore, l'île de Jersey n'était séparée de la France que par un ruisseau, et de vieilles chroniques laissent entendre que des chasseurs passaient d'Angle-
terre en France, sans être arrêtés par aucun obstacle.
Les diluniums ne sont pas, très-probablement, l'effet ou le produit du déluge universel. Ce mot de diluvium n'a même rien de précis, et on le confond souvent avec les alluvions des vallées ; aussi beaucoup de géologues tendent-ils à le rayer de la langue géologique.
Les dépôts glaciaires sont le terme de la série des temps géologiques ; ils sont la conséquence de la fonte des glaciers, immenses phénomènes, évidemment superficiels, survenus quand nos continents avaient leur forme actuelle. Ces dépôts sont recouverts, dans certaines régions, d'un vaste manteau de boue très-fine appelée lehm ou loess, qui constitue les meilleures terres végétales. Ce double dépôt de moraines et de lehm ne remonte guère qu'à l'époque de la dispersion , il n'est donc nullemnnt étonnant qu'on y rencontre des restes humains ou d'industrie humaine, si rares, d'ailleurs, qu'on ne peut les considérer que comme dçs accidents. Et puisque ces terrains sont des terrains de transport, les êtres enfouis dans leur sein ont vécu ailleurs, et l'on ne peut pas conclure de leur présence simultanée à la coexistence des hommes et des animaux enfouis.
Quant à Vépoque glaciaire, à laquelle, non-seulement presque toutes les montagnes de l'Europe et du monde connu, mais encore une partie des vallées aujourd'hui habitées et cultivées ont été couvertes de glaces, nous ne savons absolument rien de certain sur sa cause et sa date. Au jugement de M, Constant Prévost les causes physiques actuellement en jeu, suffisent pleinement à expliquer la formation des glaciers et leur immense étendue momentanée. M. Tyndall affirme que cette extension est autant l'œuvre de la chaleur que l'action du froid ; qu'il est absurde, par conséquent, de faire intervenir, pour en rendre compte, une phase de refroidissement extrême et universel, duc à des causes astronomiques qui la feraient remonter à dix mille, vingt mille, cent mille, un million d'années. Je fais ressortir les con-
iradictions et les extravagances auxquelles conduisent ces hypothèses absolument gratuites. Sir Charles Lyell, qui les a le plus exagérées, s'est vu contraint de dire : « La période glaciaire est toute récente, puisque tous les animaux et presque toutes les plantes qui, pendant toute sa durée, habitèrent l'hémisphôre nord, sont identiques aux espèces vivant de nos jours. » Cette période glaciaire, quoique antérieure en grande partie, à la période des dépôts d'alluvion des vallées et des cavernes de l'époque paléolithique, se trouve avoir des rapports si intimes avec cette dernière période, qu'il nous est difficile de tracer entre elles la moindre ligne de démarcation En réalité, la période glaciaire a précédé de très-peu l'époque des grandes inondations qui ont déterminé les dépôts de gravier de la Somme, de la Seine, du Tibre, etc.
Les brèches osseuses plus ou moins riches en ossements humains ou autres, cimentés par des concrétions calcaires, sont le résultat de dépôts qui se font encore de nos jours dans les fentes ou fissures verticales du sol. Au sein d'un de ces blocs anthropolithiques où l'on voulait trouver un squelette humain remontant à une très-haute antiquité, on a découvert récemment une amulette en jade vertr d'origine caraïbe, semblable à celles que portent encore aujourd'hui les peuplades qui, les premières, habitèrent les Petites-Antilles.
Les travertins ou tufs sont des dépôts d'eau douce chargée de carbonate ou de sulfate calcaire, qui se forment encore tous les jours, et qui peuvent cacher des restes humains sans qu'on puisse conclure à une antiquité très-reculée. Il faut dire la même chose des tufs volcaniques onpépérines, amas de cendres volcaniques, sous lesquels peuvent avoir été enfouis des animaux, des plantes, des débris d'industrie ou des objets d'art. La brèche volcanique de Denise près Le Puy, qui renfermait un squelette entier, était peut-être fabriquée artificiellement : en tout cas, sa formation date de l'époque d'activité des volcans du Vélay, très-voisine des temps historiques. Sous une couche de pépérine on a trouvé
nn vase funéraire, et même un œs grave, monnaie romaine qu'on est forcé de rapporter à l'an 250 ou 300 de la fondation de Rome.
Stalactites et stalagmites. En exagérant à l'excès la lenteur de formation des dépôts qui constituent |les stalactites et les stalagmites, en réduisant à une fraction de millimètre l'accroissement annuel de leur épaisseur, on a réussi, en apparence, k faire remonter à des centaines de mille ans l'existence des êtres intelligents qui ont fabriqué les objets d'industrie que ces dépôts recouvrent. On avait ainsi le triste courage de sacrifier le connu à l'inconnu, pour battre en brèche la Révélation. Mais des expériences récentes ont prouvé que l'augmentation d'épaisseur des stalagmites pouvait être de cinq millimétrés et plus par an ; à ce compte, l'existence de l'homme de la caverne de Torquay qu'on faisait vieux de 264,000 ans, remonterait à 900 ans au plus avant l'époque romaine.
De cette longue discussion des terrains où l'on rencontre des restes humains ou des débris d'industries humaines, il résulte donc que, dès qu'on les examine de près, et que l'observation des faits intervient, les chiffres fantastiques déduits de vaines hypothèses rentrent complètement dans les limites de l'archéologie et de l'histoire.
les âges de l'humanité. — Le plus ordinairement on distingue, dans l'archéologie préhistorique, quatre âges principaux : l'âge archéolilhique ou de la pierre taillée non polie ; l'âge néolithique ou de la pierre polie ; l'âge de bronze et l'âge de fer. En réalité, cette distinction n'a aucune portée, puisque les peuples auxquels elle s'applique sont issus d'un berceau commun, et qu'ils n'ont traversé ces quatre âges qu'en raison même de celte séparation et de celte dispersion. Ils seraient restés trèsprobablement à l'âge de pierre comme tant d'autres, s'ils n'avaient pas été atteints par la civilisation venue du dehors. Par là même, l'existence successive des quatre âges n'est nullement un argument en faveur d'une
antiquité indéfinie. Dans tous les cas, ces quatre âges sont tellement enchevêtrés l'un dans l'autre, qu'il n'est pas entre eux de frontières visibles; ils se succèdent partout d'une manière insensible, et l'on rencontre partout, dans les tombeaux ou ailleurs, des mélanges d'instruments de pierre, de fer et de bronze. Or l'âge de fer est historique, il remonte à peine à quelques siècles avant notre ère. L'âge de bronze est lui-même historique ou quasi historique ; il a fini, dit M. Rougemont, en Grèce, en Italie, et peut-être dans les Gaules, Tan 600 avant Jésus-Christ. L'âge de la pierre polie qui touche à l'âge de bronze, est l'âge des dolmens qui sont eux-mêmes presque historiques. Enfin la distinction entre l'âge de la pierre polie et de la pierre simplement taillée, est plutôt factice que réelle, puisque l'on rencontre des silex polis qui ont été transformés en silex simplement taillés.
Age de la pierre taillée. Il ne reste donc en réalité que l'âge de la pierre brute taillée. Or nous l'avons déjà dit, la pierre taillée, par elle-même, ne prouve absolument rien, puisqu'elle est à la fois préhistorique, historique et contemporaine. Elle n'aurait de valeur, évidemment, qu'en raison de l'âge ancien des gisements dans lesquels on la rencontre.
Les fouilles faites en Italie par M. Etienne de Rossi, viennent enfin de jeter un jour inattendu sur ces origines si obscures. Les peuples de la première période archéoli.thique, ou de la pierre simplement taillée, habitaient les sommets et les flancs des montagnes : on retrouve leurs traces dans les traditions primitives de nos histoires où ils sont désignés sous le nom d'Aborigènes, campant sur les montagnes, dans les cavernes et sur les bords des cours d'eau. Sur plusieurs points on a constaté la coïncidence de leurs demeures avec celles des peuples néolithiques qui ont suivi.
Âge de la pierre polie. Le peuple de l'époque néolithique ou de la pierre polie, habita aussi d'abord les montagnes et les cavernes ; il descendit peu à oeu dans
les plaines. On a découvert une caverne creusée par lui au lieu où fut bâlie la ville d'Antejin. II commerçait avec rOrient, et n'a pas été oublié dans les traditions romaines. Un grand nombre d'auteurs parlent des armes de pierre comme étant une industrie de leurs ancôlres. Le souvenir de ces armes était si vivant parmi les Romains, qu'Auguste les faisait rechercher et recueillir avec le plus grand soin, les appelant les armes des héros. Enfin on trouve fréquemment beaucoup d'armes de pierre associées à des objets en bronze dans les chantiers d'armes néolithiques et dans les tombeaux étrusques.
Vdge de bronze touche de bien plus près encore à l'histoire, l'apparition du bronze, venu de l'étranger, est contemporaine de Vœs rude dont on a trouvé de grandes quantités dans les eaux du Vicarello, à la suite de grandes quantités de monnaie de pierre, et précédant un amas votif iVœs signatum. Les armes de bronze de la forme préhistorique furent employées par les Etrusques. Le bronze était le métal dominant sous Ancus Martius et dans Herculanum.
L'âge de fer, enfin, est pleinement historique, le premier usage du fer dans le Latium correspond à la première période de l'histoire romaine.
En résumé, dans l'Italie centrale, et partout ailleurs, les quatre âges dits préhistoriques sont liés entre euy et enchaînés dans un développement progressif dont ils ont laissé des traces indélébiles, et les œuvres nommées préhistoriques sont œuvres d'un temps qu'on trouve en rapport direct avec l'histoire.
En Bretagne, aussi, les œuvres des âges de pierre, de bronze et de fer sont confondues, ce qui prouve, du moins, que l'usage de la pierre et du bronze a duré jusqu'à l'âge de fer.
Habitacles de l'homme. — Cavernes. Avant tout, les dépôts des cavernes, comme les dépôts des vallées, sont des dépôts d'alluvion et de transport ; de la coexistence dans leur sein des ossements et des débris humains avec