L.V nEVEL.VnON ET LA SClEiNCZ. ^n
les ossements des animaux des races éteintes, on ne peut donc pas conclure à la coexistence de ces mêmes êtres à l'état vivant. Ces ossements et ces débris ont pu, en effet, être confondus, soit originairement, par l'apport des eaux, soit par un procédé naturel de date plus
récente, soit même par la main de l'homme Il
résulte de l'ensemble des observations que l'époque du remplissage des cavernes est l'époque des grandes inondations, et que l'homme des cavernes est l'homme' des dépôts d'alluvion, dont l'existence touche presque aux temps historiques. En outre un des grands résultats de l'étude attentive des cavernes, faite par M. Dupont et autres, est la démonstration géologique et zoologique de la coexistence du mammouth, du lion, du renne, avec le cheval, le bœuf, la chèvre, la brebis, etc., ce qui rajeunit énormément les prétendues races éteintes.
Je refais avec les enthousiastes de l'anthropologie moderne, l'histoire incroyable des troglodytes ou habitants des cavernes de la Vézère, et je constate qu'elle n'est qu'un tissu de rêves étranges, d'assertions purement gratuites, de contradictions llagrantes. À ce lyrisme extravagant, un des principaux chefs de celte école, M. de Mortillet, s'est cru forcé d'opposer cette réalité très-prosaïque : « La population des cavernes de Laugerie-Basse avait des relations avec la Méditerranée, où elle prenait ses cyprines; elle en avait aussi avec l'Océan^ comme le prouvent ses coquilles de littorine ; elle était éminemment nomade et voyageuse. C'est donc à tort que certaines personnes les ont appelées Troglodytes. Elle campait seulement dans les cavernes. » En même temps, MM. Dupont et Soreil émettaient la pensée que la célèbre caverne de Chauveau avait été habitée par l'homme du plateau de Spienne et du camp de l'ilaslodon, attaqué par César, camp dans lequel on a rencontré un grand nombre de silex taillés et d'autres armes en pierre. Le poëte romain Claudius connaissait les silex des cavernes des Pyrénées, peut-être de la caverne de Lourdes, presque aussi célèbre que les cavernes de la Vézère.
De faux calculs basés sur de fausses hypothèses avaient amené M. Charles Martins, professeur à la Faculté de Montpellier, à faire remonter à plus de trois cent mille ans l'existence des hommes de la caverne de Kent, ou de Torquay. Mais les données des calculs rectifiés et les calculs refaits, le chiffre de trois cent soixantequatre mille ans descend à mille ans; l'habitant de cette caverne ne remonte plus qu'aux temps voisins de l'histoire. D'ailleurs, la Commission de savants illustres qui a fait sur la caverne de Torquay un grand nombre de rapports très-circonstanciés, a constaté plusieurs fois que son sol était remanié et confondu, à ce point que les outils les plus finement travaillés, en silex ou en os, sont ceux qu'on a trouvés dans les niveaux les plus inférieurs.
En résumé, sous la plume prévenue des Anthropologues, les cavernes s'assombrissent à l'excès, le fait absolument certain de la récente apparition de l'homme sur la terre fuit dans un lointain effrayant ; mais aussitôt que leurs dépôts mystérieux s'étalent à la lumière du grand jour, ils deviennent des témoins éclatants de cette grande Térité : l'homme des cavernes vivait quelques siècles avant l'ère chrétienne.
Pour reculer plus encore l'existence de l'homme des silex taillés et des cavernes, M. de Mortillet a voulu voir dans ces œuvres humaines cinq types différents; les types de Saint-Àcheul, de Mouslier, de Solutré, de la Madeleine, de Bodenhausen, qui correspondraient chacun à une période de longue durée. Entre ces périodes il voit en outre de grandes lacunes ou hiatus correspondant à de nouvelles périodes, très-longues elles-mêmes, mais ce n'est là qu'un système arbitraire et aventuré, à chaque instant démenti par les faits. Tous ces prétendus types ont été rencontrés à la surface du sol, et les plus anciens étaient souvent superposés aux plus récents.
Les restes de cuisine. Sur divers points de la côte, en Danemark et ailleurs, on rencontre des accumulations de coquilles de mollusques, avec des instruments gros-
siers en silex, des foyers, des charbons, des instruments en corne et en os, des fragments de poteries, etc. Ces amas de coquilles sont peut être les restes des repas des populations indigènes qui vivaient des produits de la chasse et de la pèche. Mais ces hommes des restes de cuisine n'ont absolument rien de commun avec la géologie, ils vivaient à la surface de la terre, ils se nourrissaient d'espèces animales vivant encore aujourd'hui, ils font, en un mot, partie de notre race ; ce sont nos ancêtres, auxquels nous sommes rattachés par un lien invisible, mais réel.
Les cités lacustres ou amas de maisonnettes bâties sur pilotis de bois, sont aussi préhistoriques, historiques et contemporaines, puisqu'on les retrouve encore chez des tribus sauvages, par exemple, chez les Papous de la Nouvelle Guinée. Les archéologues s'accordent généralement à reconnaître que la faune et la flore de ces stations sont la faune et la llore actuelles, que l'homme qui les habitait est bien postérieur à l'homme des cavernes, qu'il appartient à l'âge de bronze. L'époque la plus reculée à laquelle on puisse les faire remonter est le dixième siècle avant l'ère chrétienne. Les dernières cités lacustres datent seulement des temps carlovingiens.
Les terramares ou marnières de l'îlalie, les analogues des cités lacustres, ont été successivement habitées par les hommes de la pierre taillée, du bronze, et du fer. Cette succession ou continuité non interrompue fait l'homme de la pierre taillée essentiellement noachique et adamique.
les animaux contemporains de l'homme. — La Révélation a fait l'homme k sa naissance contemporain des mastodontes, des éléphants, des lions, des ours, des rhinocéros, etc., qui semblent être pour lui à l'état de domesticité, puisqu'il les passe en revue et qu'il leur donne des noms. En constatant la présence simultanée dans les cavernes et ailleurs de ces animaux et de l'homme, la science ne fait donc qu'enfoncer une porte ouverte ;
LES SPLENDEURS UE La fVl.
c'est la non -coexistence des mammifères terrestres et de l'homme qui aurait pu être une objection contre la Révélation. Cette coexistence prouve tout au plus que l'homme existait avant la disparition des animaux éteints ; fait d'autant plus naturel que cette disparition a eu pour cause principale Taction de l'homme. Elle peut avoir pour conséquence ou de vieiUir l'homme ou de rajeunir les nnimaux éteints. L'un de ces effets n'est ni plus nécessaire, ni plus probable que l'autre. Mais il est infiniment plus raisonnable de rajeunir les espèces perdues que de reporter l'homme à des dizaines ou à des centaines de mille ans. La date de la disparition des races éteintes est une grande inconnue, tandis que la date de l'apparition de l'homme sur la terre est connue, au moins approximativement; elle possède, et c'est de son côté qu'on doit faire pencher la balance. Je prouve par des documents authentiques qu'il ne faut que quelques siècles pour éteindre ou modifier profondément la faune d'un pays. La coexistence en outre n'a été établie que par les fouilles faites dans les terrains de transport des dépôts fluviatiles et des cavernes ; or la coexistence dans les terrains de transport ne prouve nullement la coexistence dans l'espace et dans le temps.
Pour éblouir davantage, pour vieillir de plus en plus l'homme, on s'est empressé de diviser l'âge de l'homme contemporain des mammifères éteints en trois ou plusieurs cages : l'âge du renne, l'âge du mammouth, l'âge de l'ours des cavernes, etc., etc. Or voici que les fouilles faites dans les cavernes et ailleurs, ont amené forcément les maîtres de la science à confondre en un seul ces divers âges qu'ils n'invoquent plus que pour les besoins de la cause, à faire coexister, sur un même espace trés-restreint, non-seulement entre eux, mais avec les races les plus récontes, avec nos races domestiques, bœuf, mouton, porc, chèvre, etc., les animaux des races éteintes ou émigrées. « Affirmer, disait M. Dupont, l'existence de cinquante-deux espèces de mammifères en Belgique, à l'époque du mammouth, déclarer qu'aux
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espèces qui y habitent encore de nos jours, étaient adjointes vingl-huit espèces dont les types génériques et spécifiques ne vivent plus, c'est poser un problème de géographie bien étrange, et, évidemment, des plus compliqués : ce sont cependant autant de faits délinilivement démontrés. »
Le mammouth ou mastodonte a habité la France, mais rien ne prouve invinciblement qu'il ait été contemporain de l'homme; celte contemporanéité, si elle était démontrée, ne vieillirait pas l'homme, mais rajeunirait le mammouth. Si le mammouth, par exemple, a vécu avec l'homme de Denise, témoin et peut-être victime de la dernière éruption volcanique, c'est qu'il aurait existé encore quelques siècles avant l'ère chrétienne. Si l'homme de Laugerie-Basse a fait vraiment du mammouth qu'il avait sous les yeux le dessin à la pointe que MM. de Vibray et Lartet ont rencontré presqu'à la surface du sol, c'est que le mammouth vivait encore près de l'homme déjà civilisé ; mais il est bien plus raisonnable d'admettre que cette gravure, unique en son genre, est une œuvre très-postérieure. A en croire les récits de quelques journaux, le mammouth vivrait encore dans la Sibérie et dans l'Amérique du Nord, ce serait une race émigrée, mais non éteinte.
Le renne qui vit et qui pâture dans les climats hyperboréens, vivait encore en Angleterre, du ix^au xii^ siècle, car les chartes de ce temps en font mention. César en parle comme habitant de son temps les forêts de l'Hercynie. Il ne serait donc pas étonnant qu'il eût été contemporain de l'homme des cavernes ; et si cet homme des silex taillés en a fait les curieux dessins qu'on a trouvés dans les cavernes, c'est qu'il était plus que civilisé, ce qui rajeunirait dans une proportion énorme l'âge du renne. L'âge du renne est d'ailleurs l'âge du cheval, puisqu'à Solutré on rencontre des quantités énormes d'os de chevaux et de rennes. Il est vrai que tous ces chevaux et sans doute aussi tous ces rennes étaient adultes, de trois à sept ans, ce qui dénote évidemment
non une peuplade sauvage, vivant de sa chasse, mais une véritable armée, cette armée peut-être d'Esthoniens, dont parle Chateaubriand dans ses Etudes historiques, qui, dans les premiers siècles de l'ère chrétienne, envahirent la Gaule, montés les uns sur des chevaux, les autres traînés par des rennes. A Soliitré, d'ailleurs, l'enfouissement est si peu profond, qu'il dénote une date assez récente. Que sont quelques mètres comparés aux trente mètres de couches superposées que M.Schlieman a dû traverser avant de retrouver les ruines de la ville de Troie, laquelle subsistait encore à la surface du sol douze ou treize siècles avant l'ère chrétienne. Enfin, on fait actuellement dans les Alpes des tentatives d'acclimatation du renne qui semblent devoir être couronnées de succès. Rappelons en passant le fait le plus saillant des fouilles de M. Schlieman. Les ruines de Troie se trouvent au-dessous des ruines de plusieurs autres villes, parmi lesquelles une citée lacustre! Quel coup de massue pour les anthropologues 1
Ce que nous venons de dire du mammouth et du renne, s'étend à bien plus forte raison aux autres espèces éteintes, le lion, l'hyène, l'hippopotame, le cerf, le rhinocéros , l'ours des cavernes, le bœuf primitif ou aurochs, etc., etc.
En résumé, l'argument en faveur de l'antiquité indéfinie de l'homme tiré de sa coexistence avec les animaux des espèces éteintes, ne peut que rajeunir ces races. Nous lisons sous mille formes différentes l'histoire de l'humanité en dehors de la géologie et de la paléontologie, et nous ne trouvons que dans la paléontologie l'histoire des races éteintes. C'est donc l'homme qui possède et qui, par sa nouveauté relative, rajeunit l'animal son contemporain.
De nombreux récits ou légendes semblent indiquer la présence dans l'Europe centrale, au commencement de notre ère, d'un Irès-grand nombre de monstres ou d'animaux sauvages, remarquables par leur taille gigantesque, leur férocité et la terreur au'ils inspiraient. Presque tous
les premiers apôtres des Gaules se sont trouvés en présence, dans les contrées qu^ils évangélisaient, de ces monstres, qn'ils auraient miraculeusement exterminés. Pourquoi quelques-unes de ces bêtes gigantesques ne seraient-elles pas des mammouths ou des rhinocéros? On ne peut pas opposer à la possibilité ou à la réalité de certains faits le silence ou l'oubli des siècles qui ont précédé ! On a fait valoir en faveur de l'antiquité trèsreculée de l'homme des cavernes, certaines pratiques anthropophagiques. Or saint Jérôme raconte que jeune encore, il a vu dans les Gaules les Asticotes, peuple pasteur qui faisait paître dans les forêts de nombreux troupeaux de porcs, de bœufs, de moutons, se nourrir de chairs humaines arrachées à de jeunes garçons et à de jeunes fdles. Quelle affreuse révélation et que nous savons vraiment peu de choses! Nos géologues n'ont pas retrouvé encore le serpent énorme de Régulus, ou la tarasque de sainte Marthe dont le souvenir est aussi vivant qu'il y a dix-huit siècles, puisqu'il est perpétué et représenté chaque année avec une pompe extraordinaire.
L'homme prétendu fossile. — Le dernier témoin à interroger sur Tantiquilé de l'homme, c'est l'homme lui-même, ou les restes de Thomms trouvés dans les anfractuosités des rochers, les dépôts des cavernes ou des alluvions, etc. Au fond, cette dernière discussion est superflue, car l'os enfoui ne peut être que contemporain du terrain qui le recèle, ou postérieur. Si donc, comme je l'ai prouvé surabondamment, le terrain n'est pas un témoin certain de l'existence de l'homme à une époque incompatible avec la Révélation, il en sera de m.ème à plus forle raison des restes de l'homme lui-même. Un crâne humain ne pourrait témoigner d'une antiquité démesurée qu'en raison de sa forme bestiale, et encore ce témoignage n'aurait de valeur que dans les théories insensées qui font descendre l'homme du singe I Mais voici qu'on a trouvé dans un vieux tombeau de l'Amérique du Sud, un type crânien visiblement inférieur au crâne de
Néanderthal, le plus informe de ceux qu'on ait rencontrés dans le soi. La bestialité n'est donc pas un caractère d'antiquité indéfinie. En outre, les maîtres de l'anthropologie affirment eux-mêmes que les descendants de l'homme de Néanderthal sont encore aujourd'hui mêlés et juxtaposés aux représentants des types les plus récents; que, par conséquent, la conformation du crâne n'affirme par elle-même aucun âge de l'humanité, aucune infériorité spécifique.
Si, avec le plus grand nombre des géologues, on réserve le nom de fossiles aux corps organisés dont on rencontre les restes dans les dépôts d'origine ancienne, ou dans les couches régulières du globe, il ne pourrait être question d'homme fossile. On ne rencontre, en effet, les ossements humains que dans les tourbières, les terrains d'alluvion et de transport, etc. ; or ce ne sont pas des couches régulières du sol. C'est l'opinion de Cuvier dont M. Elie de Beaumont disait : « l'opinion de Cuvier est une création du génie. Elle n'est pas détruite. » Si, s'en tenant à l'étymologie, on donne le nom de fossile à tout reste organique trouvé enfoui dans la terre, à une profondeur plus ou moins grande, l'expression homme fossile n'aurait rien que de vrai. Mais dans la notion reçue, le fossile suppose avant tout un être géologique; or l'homme n'est nullement géologique.
En résumé, l'homme fossile, même en supposant qu'il soit une réalité, ce qui n'est pas, n'est en aucune manière un témoin convaincant de l'antiquité très-reculée de l'homme. L'homme fossile reste toujours l'homme adamique et noachique. La nature des terrains dans lesquels ses restes sont trouvés enfouis, l'état physique et chimique de ses ossements, la conformation de son crâne et de sa face, etc., etc., ne sont nullement des preuves certaines, ou même probables, d'une antiquité démesurée; on a plus d'une fois rencontré à côté l'un de l'autre des crânes des formes les plus opposées.
J'ajoute que l'examen et la discussion attentive des squelettes et des crânes regardés conme fossiles prouve.
plus directement encore la nullité de l'argument qu'on a voulu en tirer contre la Révélation.
Le crâne de Néanderthal, trouvé dans une petite grotte, sous des couches de limon, sans traces d'animaux de races éteintes, avait conservé sa matière organique, et ne s'écarte en rien du type moyen des races germaniques. M. Pruner-Bey affirme son identité avec le crâne d'un Celte. MM. de Quatrefages et Hamy trouvent en lui le type d'une race encore existante.
Le crâne d'Enghis avec ses caractères d'infériorité à la fois et de supériorité, peut, dit M. Huxley, avoir appartenu à un philosophe ou à un sauvage.
Les crânes des Tumulus de Borreby sont probablement ceux des hommes qui habitaient le Danemark pendant l'âge de la pierre, contemporains ou ancêtres des dépositaires des restes de cuisine. Ils ne se rapprochent nullement du crâne du singe.
Le crâne d'Eguisheim à tête allongée, à face bien développée, trouvé dans un terrain de transport, accuse la race celtique.
La hutte de pêcheur, dans laquelle on a rencontré les crânes de Stoderhilze, en Suéde, est toute semblable à celles qu'on élevait encore en Europe, il y a quelques siècles. Les caractères anatomiques de ces crânes sont aussi ceux des crânes des races actuelles; ici tout est donc moderne.
Dans le crâne californien extrait du fond d'un puits, on retrouve le type des crânes des Indiens qui habitent encore aujourd'hui les pentes de la Sierra-Nevada.
A propos des crânes humains de l'abri de Crocmagnon, M. Broca lui-même s'est vu forcé de se demander si le hasard n'avait pas voulu que la première face d'homme connue de la race des troglodytes de la A^'ézère fût celle d'un individu présentant des caractères anatomiques excessifs. MM. de Quatrefages et ILimy veulent que cette race se soit maintenue à l'état de peuplade jusque dans les temps modernes. Cette continuité, comme celle de la race juive, fait rentrer dans les limites
de l'histoire de la création et de la dispersion toutes les races humaines que l'on voulait follement reléguer dans les profondeurs de la géologie.
Le squelette de Montmartre d'aspect récent a trèsbien pu pénétrer par un puits vertical entre les couches de gypse, régulières et parfaitement horizontales, qui ont fait croire tout d'abord à son antiquité indéfinie.
Le squelette de Laug crie-Basse est celui, non pas d'un homme surpris par un éboulement, mais d'un homme enseveli avec des coquilles régulièrement distribuées par une main amie.
A l'occasion du squelette des Eisyes, M. Pruner-Bey répète encore que tous les caractères présentés pap'tes ossements prétendus fossiles, se rencontrent dans la race actuelle des Esthoniens.
Le crâne de Long-Barrotv est celui d'une race qui précéda de très-peu l'introduction du bronze.
Les traits de ïhomme prétendu pliocène de Savane ne diffèrent presqu'en rien de ceux d'un Ligure moderne. Des mandibules recueillies dans les charniers de Paris présentent des formes plus exceptionnelles encore. Tout indique un corps abandonné à la merci des flots, arrêté par un rocher, et recouvert par un éboulement ou par un dépôt d'alluvion ; car ce terrain prétendu pbocène est un terrain de transport.
Les crânes de la caverne de l'homme mort, explorée par M. Broca, remarquables parla douceur de leurs traits, la pureté de leurs contours, la minceur de leurs parois, semblent être d'origine phénicienne, et appartiennent probablement à la race historique, ou presque historique, qui éleva les dolmens.
M. Rivière, qui a découvert les squelettes des grottes de Menton, a protesté très-honnêtement et très-vivement contre la qualification d'hommes fossiles qu'on leur a donnée au Muséum d'histoire naturelle, dans la maison de Cuvier 1 1 1 II les appelle seulement préhistoriques ou de l'âge de la pierre ; leur angle facial est beau et droit: à leur arrivée dans les grottes ils ont substitué au
LA RÉVÉLATION ET LA SCIENCE. bi)
silex la pierre calcaire ou le grès qu'ils avaient sous la main.
L'histoire de la mâchoire de Moulin-Quignon est grandement instructive. En elle-même, celle mâchoire ne présente rien d'extraordinaire, ou qui dénote une antiquité démesurée ; elle ne dilïère en rien d'une mâchoire appartenant à Kàge du fer; on retrouve encore ce type dans le nord de l'Europe. Aussi, l'on a pu croire qu'elle avait été enlevée à une sépulture de Mesnières et introduite dans les fouilles par un ouvrier. 31. le docteur Evan ne veut plus qu'on en parle. 31. Joly, de Toulouse, qui avait salué avec enthousiasme la découverte de 31. Boucher ■dç Perthes, a fini par dire : « Je n'ignore pas que des malins chuchottent sur la célèbre mâchoire de 31oulin- Ouignon...-! J'avoue moi-même avoir conçu quelques doutes, je vous le dit tout bas... »
Ce n'est pas tout, il fallait que le triomphe de la vérité fût plus éclatant encore, et que la défaite de l'erreur fût consommée par le ridicule. 3J. Boucher de Perthes raconte dans ses Antiquités celtiques et antédiluviennes, une séance de spiritisme, dans laquelle, en présence de la fameuse mâchoire, plusieurs savants évoquèrent et l'âme de l'individu qui l'avait animée, et l'àiiie du grand Cuvier. Yoé, un sage, victime du grand cataclysme survenu il y a vingt mille ans, indiqua où, dans quelle direction, à combien de mètres de distance, on trouverait son crâne I Cuvier reconnut avec candeur qu'il s'était trompé en disant que l'homme est venu à une époque peu ancienne ! Ainsi finit ce que nous sommes en droit d'appeler une bruyante comédie I...
J'ose donc le dire : je suis arrivé, sur tous les points controversés, à l'évidence de la démonstration; je n'ai laissé debout aucune objection qui n'ait été pleinement réfutée, aucune difficulté qui n'ait été surabondamment résolue, aucun voile qui n'ait été levé, aucun mystère qui n'ait été approfondi. Je suis en droit de proclamer bien haut, parce que c'est le résultat d'une étude sans égale, d^iusson élan, dans sa persistance, dans sa longueur et sa
profondeur, que toutes les affirmations des adversaires de la Révélation s'annulent et se détruisent mutuellement, par ce seul fait qu'on peut leur opposer dans tous les cas, des affirmations non-seulement opposées, ou contraires, mais diamétralement et rigoureusement contradictoires, comme je l'avais montré surabondamment pour la géologie. Si Vogt, par exemple, affirme que l'homme de Solutré est bien antérieur à Adam, Buchner affirmera que le troglodyte de la Yézère, contemporain ou descendant de l'homme de Solutré, est trés-postérieur a l'homme des Pyramides. Tous les témoins interrogés: les terrains dans lesquels sont enfouis les restes de l'homme et de l'industrie humaine ;ies prétendus âges successifs de l'humanité; les habitacles de l'homme, les cavernes^ les restes de cuisine, les cités lacustres, etc. ; les animaux ses contemporains, enfin l'homme fossile lui-même, son squelette et son crâne, ont déposé contre l'antiquité indéfinie de l'homme, de la manière la plus unanime et la plus solennelle. Tous ont affirmé bien haut que l'homme n'eut jamais rien à faire avec la géologie, qu'il est apparu récemment sur la terre, que l'époque de son apparition ne remonte pas au-delà de la date que lui assignent les livres saints, ou du moins de la date que l'Église, interprète fidèle de la Révélation, permet de lui assigner. S'il est resté quelque doute sur la présence à la surface ancienne du globe, d'êtres raisonnables ou industrieux, rien ne prouve que ces êtres fussent des hommes appartenant à la race adamique etnoachique, la seule dont il soit parlé dans la Révélation et la tradition chrétienne..
Si je fais cette réserve, c'est que de toutes les objections que j'ai rencontrées sur ma route, il n'en est qu'une qui puisse avoir conservé quelque valeur, les silex de Thénay mis au jour par M. l'abbé Bourgeois. Mais personne ne veut de son homme tertiaire, et les plus modérés de ses adversaires avouent que, dans l'état actuel de nos connaissances, nous n'avons aucun motil d'adopter sou hypothèse du précurseur de l'homme. Il
est infiniment plus raisonnable d'attribuer les formes, en apparence intentionnelles des silex trouvés dans ces terrains remaniés à des causes naturelles connues ou inconnues, l'eau, le sable, le sable et l'eau, le sable et le vent, la pression, la foudre que l'on a vue plus d'une fois donner a des cailloux les formes très-variées de pointes de flèche, de coins, de couteaux, etc., que l'on classerait certainement dans la période appelée âge de la pierre, si on les rencontrait avec des débris humains.
Je n'hésite pas à le répéter, en finissant, la question est éclairée d'un si grand jour, la science vraie est en si parlait accord avec la Révélation, que, dans ses nouvelles sessions, le concile du Vatican sera pleinement en droit d'imposer silence à des négations sans fondement, qui jettent le trouble dans les esprits et dans les consciences, et de déclarer solennellement que la double origine adamique et noachique de l'homme, l'unité de l'espèce humaine et l'apparition récente de l'homme sur la terre sont des dogmes de foi, comme elles sont des dogmes de la science adulte.
J'ai cru devoir compléter aussi ce second volume par quelques appendices dont les matériaux proviennent de recherches et de publications récentes.
Appendice A. Accord de la Bible et de la Géologie, par M. l'abbé Galnet. — Le tableau synoptique comparé des faits de la Géologie et des énoncés de la Genèse constitue une concordance parfaite. On retrouve des deux côtés : unité du plan de la création mise en évidence par la liaison intelligente et providentielle de toutes ses parties : gradation ascendante dans l'ordre suivant lequel les êtres organisés apparaissent, du moins parfait au plus parfait, jusqu'à l'homme; unité organique ou de composition avec coordination parfaite des organes et des fondions ; l'homme point central et final du but et du plan de la création, etc., etc.
Appendice B. La théorie darwinienne et la création dite indépendante, par Joseph Biânconi, professeur
émérite à l'Université de Bologne. — On a voulu faire de l'unité de plan delà création, un argument contre la doctrine des créations indépendantes ; M. Bianconi démontre que l'unité de plan est la conséquence nécessaire des conditions de l'existence des animaux. C'est simplement une répétition par nécessité mécanique. M. Bianconi va plus loin, il montre que la perfection niécanique des organes de préhension et de locomotion est inexplicable dans la théorie des transformations indéfinies, car les formes intermédiaires par lesquelles il faudrait passer, le plus souvent, sont impossibles. Après avoir ainsi constaté que les organismes animaux sont des machines vivantes créées selon les lois de la plus savante mécanique, l'auteur se demande quel a été le mécanicien, et il répond triomphalement que c'est Dieu.
ippendice C. VEvolution et la Création, par M. Saint- Georges MivART. — Le savant professeur de l'Université catholique de Londres, limitant la création immédiate à l'âme de l'homme, admet que son corps a pu résulter d'une évolution véritable et successive, et il prouve que cette opinion n'est pas contraire à la tradition catholique : de telle sorte que si l'hypothèse darwinienne se trouvait justifiée, il ne faudrait nullement s'en effrayer. L'auteur prouve sa thèse en invoquant l'autorité de saint Augustin, de saint Thomas, de Suarez et d'autres écrivains théologiques de tous les siècles de l'Église... Ne citons ici que saint Augustin : « I)e même que dans la seule graine est contenu tout ce qui, avec le temps, doit s'élever sous le nom d'arbre ; de môme, quand on dit que Dieu créa tout ensemble, il faut comprendre le monde tout entier, avec tout ce qui a été fait en lui et avec lui, lorsque le jour fut venu; non-seulement le ciel avec le soleil, la lune et les étoiles, mais aussi tous les êtres que la terre et l'eau ont produits, potentiellement et consécutivement, avant qu'ils naquissent dans la suite des temps. » Dans la pensée de saint Augustin, les corps célestes, dès le premier moment ont été formés d'une manière complète. Dès lors, les eaux sur la terre étaient
séparées des continents; la terre réunissait toutes les conditions requises pour devenir le séjour des êtres vivants et animés ; mais la production de ces derniers êtres n'était complète et terminée que d'une certaine manière, en ce sens que la terre et les eaux, en passant du néant à l'être, avaient reçu en même temps le pouvoir d'amener au jour, à l'époque fixée, les êtres vivants, destinés à répandre dans les airs, dans les abîmes des mers et sur tous les points du globe la vie et le mouvement qui forment le plus bel ornement de la nature. Les êtres vivants, donc, ne seraient apparus dans leur état actuel qu'avec le temps ou le déroulement des siècles. Dans sa signification la plus rigoureuse et la plus élevée, dit M. Mivart, la création est la génération absolue et immédiate de toutes choses, sans moyens préexistants, ou matière préexistante, et elle constitue un acte surnaturel. Mais le mot création peut signifier aussi la formation médiate et dérivative des êtres, en ce sens que la matière préexistante aurait été créée douée du pouvoir de faire évoluer d'elle, sous des conditions appropriées, toutes les diverses formes qu'elle prend subséquemment : ce pouvoir ayant été conféré par Dieu, dès le premier instant, et les lois ayant été constituées par lui afin que leur action fasse naître les conditions favorables. Ce mode de création est l'action naturelle de Dieu dans le monde s'exerçant par l'intermédiaire des lois. 11 faut nécessairement admettre que l'âme du premier homme fut l'objet ou le sujet d'une création immédiate et surnaturelle, mais on peut admettre pour le corps du premier homme une création médiate ou dérivative, par évolution. Je ne me prononce pas sur ces concessions.
kT^T^mimU. Étude élémentaire de Philologie comparée. Origines des Langues et des Religions. — Dans le corps de mon ouvrage, je ne pouvais, je ne devais envisager la philologie qu'à un seul point de vue : la diversité des langues n'est nullement en contradiction avec l'unité d'origine et d'espèce du genre humain. Je
crois l'avoir prouvé surabondamment. Je profite de l'apparition d'un charmant volume de M. Félix Julien, Voyage au pays de Babel, pour résumer les progrès accomplis par la philologie dans les dernières années. La conclusion de toutes les conquêtes de la science est parfaitement orthodoxe. Tout langage humain a été circonscrit en trois familles de langues constituant trois groupes de racines correspondantes, sanscrites, sémitiques, touraniennes.Ces racines ramenées à trois groupes sont-elles réductibles entre elles? Accusent-elles l'unité d'origine et d'espècedugenrehumain? Lascience, malgré tous ses efforts, n'a pas pu démontrer l'impossibilité de cette unité. En tout cas, l'unité d'espèce et de berceau n'exclut pas, pour les langues, la diversité d'origine.
Dans un beau volume intitulé : Les Psaumes, ou études préparatoires à l'intelligence du texte sacré, le R. P. Champion, jésuite, n'a pas hésité à aller plus loin que MM. Max MuUer et Julien. 11 ose affirmer et il croit avoir démontré que la langue hébraipue est la langue primitive, la mère et la nourrice de toutes les langues du monde.
Xj^i^dnAicQÏ. Année religieuse d'Abraham. — M. l'abbé Chevalier, curé de Mandes, diocèse de Versailles, croit avoir retrouvé dans la tradition et dans la Bible une nouvelle unité chronologique, l'année religieuse en usage dans la famille d'Abraham, de sept mois lunaires, qui permettrait d'assigner leur date véritable aux faits principaux de l'histoire sainte, et de résoudre les difficultés très-grandes que présente encore la chronologie biblique. C'est tout un nouveau système, très-peu probable en luimême, mais que je résume fidèlement pour ne rien omettre de ce qui peut être favorable à la grande cause que je plaide. En apparence du moins, l'adoption de l'année religieuse d'Abraham rétablit l'accord entre les histoires contradictoires de Jacob et d'Ésaii; jette un grand jour sur la période des Juges, si confuse et même si contradictoire ; rétabfit l'accord jusqu'ici impossiblô
entre les trois chronologies de la Bible, hébraïque, samaiiîaine, des Septante, comme aussi entre les chronologies de Moïse, des Chaldéens, des Assyriens, des Égyptiens et des Chinois, etc. Mais, je le répète, les bases de ce système sont par trop incertaines, et l'on n'arrive au résultat cherché qu'à travers des flots d'arbitraire.
Appendice F. Chronologie biblique. — Un savant philologue et archéologue, M. Jules Oppeit, croit être parvenu après de longues études à rétablir la chronologie biblique, j'ai cru bon de résumer les articles qu'il a publiés à ce sujet dans les Annales de Philosophie chrétienne, et de donner ses conclusions, avec son canon biblique.
Appendice 6. L Antiquité de l'homme et l'Origine récente de f homme. — Ce sont les litres de deux grands ouvrages, l'un de M. Charles Lyell, quatrième édition, l'autre de M. James C. Soulhwall, de Philadelphie. Je trouve, dans l'analyse que j'en fais, la confirmation pleine et entière des conclusions auxquelles je suis arrivé par mes longues études bibliques, historiques, archéologiques, géologiques, paléontologiques. Ce second ouvrage est en outre un glorieux témoin de la réaction qui commence et qui sera bientôt complète.'
Appendice H. Archéologie celtique et gauloise, mémoires et documents relatifs aux premiers âges de notre histoire nationale, p^r M. Alexandre Bertrand, directeur du Musée de Saint-Germain. — C'est le tiret d'un livre dont l'apparition est un événement heureux, et que j'analyse avec empressement, parce qu'il rétablit pleinement les vrais principes sur la véritable antiquité de l'homme. Les résultats de l'archéologie ne sont pas en désaccord avec les données de l'histoire ! Les innombrables fouilles faites sur d'immenses surfaces ne nous apprennent lien de nature à causer quelque surprise aux vieux historiens! L'introduction de la géologie dans l'ar-
chéologie n'est nullement nécessaire et présente de graves dangers 1 Le mot âge, dont on a tant abusé, est irrationnel, parce qu'il dépasse toujours la portée des faits 1 Les races animales disparaissent par d'autres influences que les influences atmosphériques! La civilisation n'est pas indigène, elle est apportée du dehors, etc., etc.
Appendice l. les Études préhistoriques de la libre pensée devant la science. Réponse à M. de Mortillet par M. CHABiS. Les fouilleurs de Solutré, lettre de M. Chabas à M. l'abbé Ducrot et à M. Ârcelin. — Une station préhistorique de Thorigné-en-Charnie, par M. l'abbé Marchand. — Le Gisement préhistorique du Mont-Dol, par M. l'abbé Hamard. — Ce sont les titres de quatre brochures intéressantes que j'analyse, parce que toutes les quatre sont autant de démentis éclatants donnés à la fable de l'antiquité indéfinie du genre humain. M. Chabas, correspondant de l'Institut, savant de très-grande autorité, affirme qu'on ne peut pas reculer les limites de la civilisation historique au-delà de six mille ans, sans entrer dans le domaine de la mythologie ; que dans les Gaules, l'âge de la pierre ne remonte pas à plus de trois mille ans ; qu'on ne peut plus poser en principe le fait de la barbarie ou de la sauvagerie des premiers hommes. — Dans les fouilleurs de Solutré, M. Chabas constate que de l'aveu de M. Ferry, la station de Solutré ne remonte pas au-delà de l'âge de la pierre polie. C'était trop accorder, il faut descendre jusqu'à l'âge du bronze, puisque M. Etienne Récamier a trouvé un anneau de bronze au doigt d'un squelette de Solutré. — Les fouilles de M. l'abbé Maillard battent pleinement en brèche la classification complètement arbitraire dé M. Gustave de Mortillet : à Thorigné, le silex Mousiérien et le Magdalénien sont contemporains; le Solutréen avec la pierre polie et la poterie romaine sont de l'époque gallo-romaine. — M. l'abbé Hamard n'hésite pas à con dure que le gisement du Mont-Dol préhistorique, en c sens qu'il est étranger à l'histoire, ne lui est cependaul pas
LA FOI ET LA SCIENCE. rw
y* antérieur, que sa date approximative est le commencement de l'ère actuelle.
Appendice J. L'Espèce humaine, par M. de Quatre- FAGES, membre de l'Institut, Académie des sciences, professeur d'anthropologie au Muséum d'histoire naturelle. — Je suis heureux de pouvoir constater par l'analyse que l'auteur — dont personne ne contestera la science, la modération et l'autorité — fait lui-même de son beau et bon livre, qu'il donne pleinement raison à la Révélation (sans toutefois la mettre en cause de quelque manière que ce soit, et en restant toujours sur le terrain purement scientifique) sur tous les points essentiels : l'unité d'origine, d'espèce, de centre de création, ou de berceau de toutes les races humaines; l'apparition relativement récente de l'homme sur la terre ; l'improbabilité absolue des systèmes de l'Évolution ou du Darwinisme, et de la descendance simienne de l'homme, etc. 31. de Quatrefages n'est pas aussi ferme sur la date absolue de la création de l'homme, parce que, contrairement à ses principes d'autrefois, il ne s'est pas assez défendu des prétentions de la Géologie ; cependant les évaluations sont renfermées entre les limites extrêEies de la chronologie biblique.