TOME TROISIEME
La Foi et la Science.
'Suite et fin.)
Chapitre Neuvième. — La vérité absolue des Livres SAINTS. — Nous ne cesserons pas de l'avouer : L'inspiration accordée aux écrivains sacrés n'a pas eu directement pour but de les constituer à l'état de savants, de faire tomber de leur plume la connaissance dogmatique des phénomènes de l'univers et de leurs lois. Nous pourrions accorder : qu'ils énoncent simplement les faits de la nature, avec la seule intention de se faire comprendre de ceux auxquels ils parlent ;• que l'assistance spéciale qu'ils ont reçue s'est bornée aies préserver de toute erreur personnelle, au moins dans le domaine du dogme et de la morale ; qu'ils rapportent beaucoup de fliits d'après l'opinion reçue à 1 époque oii ces faits furent accomplis ; qu'ils s'accommodent aux idées du temps et des multitudes, se conformant dans l'expression à la manière commune de présenter les phénomènes, etc., Mais je ne pourrais faire ces concessions qu'autant que la nécessité en serait rigoureusement démontrée, qu'autant qu'on aurait constaté Texistence, dans la sainte Bible, d'uno erreur- scientifique évidente ou certaine. Le moment est venu de prouver: 1° que cette constatation n\a pas été faite ; %" que de fait tous les passages des Livres saints qui ont rapport à la science, sont si étonnants de vérité, et de vérité en si parfaite harmonie avec les oracles de la science la plus avancée, qu'on ne peut se défendre de les regarder comme divinement inspirés;
3^ que, si sur certains points la Révélation et la science semblent être en désaccord, c'est surtout, c'est même uniquement, parce que la science n!a pas fait encore assez de progrès.
Comme exemple de l'accord survenu entre la sainte Bible et une science plus avancée, j'avais déjà cité : le rôle, dans la vie physiologique des animaux, du sang que Moïse appelle leuràme; la théorie des vents alizés; la précipitation de la pluie par la foudre ; la constitution du soleil à l'état de luminaire après la création du flnide lumineux; la nouveauté de l'arc-en-ciel après le déluge ; le feu associé aux ténèbres et brûlant sans matière inflammable, etc.
Des progrès plus récents ont encore multiplié ces concordances.
— Le firmament que Dieu étend ou développe dans l'espace, devait être une sorte de matière diffuse qui n'est peut-être que la matière firmamentaire découverte e* étudiée par M. Tyndall.
— Le spectroscope de M. Janssen nous a révélé dans les espaces célestes la présence des eaux supérieures.
— Immédiatement après le chaos, et lorsque le moment est venu de le faire cesser en l'organisant, la sainte Écriture fait intervenir la lumière, l'élher lumineux ! Et Toici qu'enfin, répudiant le mensonge de l'attraction universelle dont elle fut si longtemps fière, la science arrive à démontrer que le fluide lumineux ou éther, infiniment ténu, mais infiniment élastique, dont les molécules ou atomes, animés de mouvements très-rapides font des excursions infiniment petites mais infiniment nombreuses, est la source véritable des attractions apparentes des corps célestes, de la condensation de la matière nébuleuse, de la formation des mondes stellaires et planétaires. Le fiât lux de Moïse constituerait à lui seul la grande synthèse des phénomènes de l'univers.
— L'auteur du livre de la Sagesse, en ne faisant intervenir dans la formation des mondes qu'une certaine loi, la loi de l'attraction apparente causée par l'impulsion réelle
des vibrations éthérées, et un certain mouvement gyratoire, ne nous révèle-t-il pas à son tour la synthèse de l'univers : matière, étlier, mouvements de translation, de rotation et d'ondulations? Et quand le même auteur nous dit que le Créateur a tout disposé avec mesure, avec nombre, avec poids, n'énonce-t-il pas implicitement les lois des volumes, des proportions multiples et des équivalents de la chimie et de la géogénie modernes?
— Dans la promesse faite par Dieu à Abraham, le nombre des étoiles du ciel est comparé au nombre des grains de sable du rivage des mers, au nombre des grains de poussière de la terre. Cette comparaison grandiose ne s'appliquait pas évidemment au petit nombre des étoiles visibles à l'œil nu ; c'était donc comme une vue anticipée de ce que les télescopes gigantesques, des Herschell, des lord Rosse, etc., devaient nous révéler un jour sur l'incommensurabilité des étoiles, des amas stellaires et des nébuleuses.
— Le spectroscope, cet outil incomparable de l'astronome des derniers temps, pouvait seul donner toute sa portée à cette parole singulière de saint Paul : « Autre est la clarté du soleil, autre est la clarté de la lune, autre est la clarté des étoiles ; car Fétoile diffère de l'étoile par sa clarté. » L'analyse spectrale a en effet constaté que ces diverses lumières diffèrent, non pas seulementpar leur intensité, mais par leur nature ou leurs raies.
— Saint Pierre dit très-clairement que la terre a été formée de l'eau et par Teau ; or la majorité des géologues s'est prononcée aujourd'hui pour la théorie neptunienne contre la théorie plutonienne. L'apôtre disait plus clairement encore que la terre finirait par le feu ; or la dissociation par la chaleur des éléments de la terre est un dogme fondamental des géomètres-mécaniciens.
— L'étude approfondie de l'hybridité, en révélant n M. Naudin que les plantes nées du croisement des espèces sont le plus souvent stériles, parce que leurs organes ■sexuels sont modifiés et altérés, nous explique pour-
LA FOI ET LA SCIENCE. iOl
quoi Moïse défendait si formellement aux Hébreux d'ensemencer leurs champs avec des graines mélangées.
Je pourrais étendre ce commentaire inespéré et merveilleux de la science moderne, à tout ce que j'ai appelé la science de la Bible, et démontrer ainsi que, toutes les fois qu'ils touchent à la science, les Livres saints sont bien loin en avant de ce qu'on croit avoir été la science de leur temps. xMais il s'agit surtout de prouver qu'ils n'ont jamais commis d'erreurs scientifiques ou qu'ils ne se sont jamais faits les échos des erreurs populaires des temps; en un mot, que ce qui dans la Bible touche à la science est absolument vrai.
Faits d'histoire naturelle. — Le livre des Juges fait trouver à Samson, après quelques jours, un rayon de miel dans la gueule du lion qu'il avait terrassé. Voltaire proclamait cette assertion impertinente et fausse. Les apiculteurs les plus autorisés affirment qu'une colonie d'abeilles, domestiques ou sauvages, peut en une heure ou deux bâtir un rayon d'un décimètre carré, et l'emplir de miel.
— Autruche. Job avait dit de Vautriiche qu'elle était cruelle, privée de sagesse et d'intelligence, parce qu'elle abandonnait ses œufs sur la terre sans les couver. Les naturalistes du xviii^ siècle voulaient que ce fût une erreur d'observation. Mais Darwin lui-même l'affirme, l'instinct de l'autruche n'a pas encore eu le temps de se fixer et de se perfectionner assez pour lui faire couver tous ses œufs, puisqu'en un jour de chasse il eu a trouvé une vingtaine ainsi perdus et gâtés.
— L'auteur du livre des Proverbes disait de la fourmi : Quoiqu'elle n'ait ni chef, ni maître, ni prince, elle prépare dans l'été sa nourriture, et rassemble durant la moisson ce qu'elle doit manger. Réaumur et presque tous les naturalistes avaient osé dire que ces prétendus magasins n'ont rien de réel, que les fourmis ne savent ce que cest que de faire des provisions. C'était une étourderie d'e la science qui n^avait observé les fourmis que dans
les régions froides, où elles dorment l'hiver. Un jeune naturaliste anglais, qui les a observées sous un climat plus doux, à Menton, a constaté de visu que les graines accumulées dans des greniers habilement construits, servent réellement à la nourriture des fourmis. Il a vu ces insectes détacher les particules d'un grain de millet, humecté et débarrassé de son périsperme, pour les introduire dans leur bouche. Les fourmis ont une mère, mais son existence est toute intérieure ; elle ne sort jamais, et elle ne commande en aucune façon les évolutions de ses filles. Salomon en savait plus que les naturalistes de tous les siècles.
— On voulait que la licorne fût un animal impossible, en ce sens qu'une corne unique, à la base de l'os frontal, répugnait aux lois de l'anatomie. La science moderne ne nous a pas dit encore clairement quel est l'animal dont la sainte Bible dit : Sauvez-moi de la dent des lions et de la corne du monocorne! Mais elle a constaté l'existence de deux quadrupèdes à une seule corne, trèsdifférents l'un de l'autre. L'un serait une antilope, l'autre un rhinocéros ou l'aboukarn de l'Afrique méridionale. Ce second animal s'accorde mieux avec la lettre et le sens des passages où il est question de la licorne, d'autant plus que le mot hébreu traduit par bcorne se traduit ailleurs par rhinocéi"OS.
— Le lièvre. L'animal impur, à ongle non fendu, dont il est question dans le Lévitique, et dont la Vulgate a traduit le nom hébreu par lièvre, est très-probablement, suivant M. Milne Edwards, le petit mammifère connu des Hébreux sous le nom de daman. Il faut être trèsréservé dans les conclusions à tirer des noms employés par les traducteurs et les auteurs anciens, parce qu'ils sont toujours disposés à appliquer aux espèces, nouvelles pour eux, les noms d'espèces anciennes avec lesquelles elles ont plus ou moins de ressemblance.
La distinction des animaux purs et impurs, mondeset immondes, dont on a fait un crime à Moïse, se fonde certainement sur les principes d'une science Irès-avan-
cée, dont nous pouvons ne pas avoir le secret. Les animaux dont, aujourd'hui encore, l'homme a de la répugnance à manger, quoique leur chair ne soit pas nuisible à la santé, et soit quelquefois très-délicate, étaient tous regardés comme impurs.
— On a voulu que les sauterelles de saint Jean- Bapliste fussent un aliment impossible, et cependant elles sont dans l'Orient un aliment historique et contemporain. On mange les sauterelles sous diverses formes et on les trouve de fort bon goût.
— Le poisson de Tobie trouvé dans le Tigre et assez gros pour effrayer un jeune homme adulte, avait été proclamé une fable ; or ce poisson existe encore aujourd'hui; M. Victor Place, consul de France à Mossoul, en a vu prendre un qui pesait 300 livres, et il le trouvait trop petit pour l'.envoyer au Muséum d'histoire naturelle.
— L3i fiente dliirondeUe, riche en acide urique ou en ammoniaque, a très-bien pu exercer une action délétère sur la cornée de l'œil du vieux Tobie, et la couvrir de taies opaques. En outre, ce que le bistouri peut faire, l'ablation .d'une ou de plusieurs des lamelles opaques de rœil, le miracle à. plus forte raison a pu le réaliser.
— Le poisson de Jonas.qne le texte hébreu appelle grand poisson, a pu êlre une baleine, comme on en voit encore aujourd'hui dans la Méditerranée, ou une lamie de l'ordre des squales, souvent assez grosse pour avaler un homme, ou siii^plement un crocodile ou un requin. Ce que l'histoire naturelle nous raconte de ces monstres marins rend possibles tous- les traits du récit biblique.
La situation de Jonas dans le venf.re du poisson peut être comparée, soil à celle d'un enfant qui vit dans Ij sein de sa mère, soit à celle de ces crapauds restés enfouis au sein de pierres très-dures, et qu'on a vus en sortir vivants après un temps indéfiui. L'Académie des sciences s'est vue forcée d'admettre la possibilité de ce fait, confirmé d^ailleurs par une expérience directe et positive- de M. 31 arc Seguin. M. Babinel regardait
comme certain que des Indiens, pour une faible somme d'argent, se laissent enfouir; qu'on sème sur leurs coips du riz, et qu'on les déterre vivants après la moisson. Ce fait et celui du crapaud sorti vivant de la pierre, faits simplement naturels, sont aussi extraordinaires que le fait surnaturel de Jonas resté enfermé trois jours et trois nuits dans le ventre flexible du grand poisson.
— Les trois cents renards que Samson lança pour incendier les moissons des Philistins, semblent à leur tour une fable ; mais ces renards étaient des chacals, animaux très-doux, presque familiers, qui se laissent prendre sans peine, qui surabondaient, et qui surabondent encore en Palestine comme en Algérie.
— Les agneaux tachetés de Jacob. Voltaire a dit du moyen employé par Jacob, pour faire engendrer par ses brebis des agneaux tachetés {des branches vertes en partie dépouillées de leur écorce), qu'il plaçait sur les bords des ruisseaux au temps du rut) : « Cette particularité de l'histoire de Jacob a trait à un préjugé impertinent, mais très-ancien, rien n'est aussi ancien que l'erreur 1 » Traiter de préjugé impertinent le fait de l'influence de l'imagination de la mère sur la conception, est plus qu'une impertinence, c'est une ignorance honteuse, car la science avait souvent constaté cette influence étrange. Mais voici que dans ces dernières années, des faits analogues à ceux des brebis de Jacob se sont tellement multipliés, en Angleterre et ailleurs, qu'on a été jusqu'à dire, en pleine séance de la Société générale et centrale d'agriculture de France : « Le fait étrange de Jacob est corroboré par toutes les générations d'éleveurs. Il serait mêmegrandementulile de calculer et de préparera l'avance, comme le faisait Jacob, quelle influence exerce sur les animaux reproducteurs, au moment du rut et de la conception, la vue des objets déformés et des couleurs tranchées, ou la condition du milieu habituel dans lequel ils vivent, etc. Cette influence peut être utilisée par les éleveurs. » Cette fois encore, la vérité absolue et le progrès étaient du côté de la sainte
Écriture, l'erreur et la routine du côté de l'incrôJulité. Ah ! si la science avait une confiance entière dans la Révélation I
— Comment deux ours auraient-ils vengé Elisée? Il n'y a pas d'ours en Palestine; le climat n'est pas assez froid et les forêts manquent 1 L'ours blanc et l'ours noir exigent peut-être un climat froid, mais l'ours brun et l'ours gris habitent des climats tempérés et même chauds, comme la Libye et la Numidie, d'où les Romains les tiraient en grand nombre. Encore dans les temps modernes, la Samarie, où vivait Elisée, était couverte de forêts.
— On s'étonne que les chevaux fussent amenés à Salomon d'Egypte, où ils étaient très-rares; or les faits affirmés par les monuments d'Egypte sont en plein accord avec les faits de la Bible. L'âne était employé d'une manière universelle en Egypte et en Syrie comme bête de somme depuis les temps les plus reculés où les monuments fassent remonter. Le cheval, au contraire, resta inconnu dans les pays au sud-ouest de l'Euphrate, jusqu'au temps où les pasteurs dominèrent en Egypte, c'est-àdire aux alentours du xix^ siècle avant l'ère chrétienne. Mais plus tard, et par conséquent du temps de Salomon, les chevaux furent très-abondants en Egypte.
— Il ne faut pas s'étonner de voir signalé dans la Palestine un troupeau de cochons. La loi qui défendait aux Juifs de manger du porc ne leur défendait pas d'en nourrir. L'âne et le chien étaient des animaux immondes comme le porc, ils étaient cependant d'un usage commun parmi les Israélites. Gérazza, d'ailleurs, était située dans la Décapole, renommée par ses forêts de chênes, et dont la plupart des habitants étaient païens.
— Il n'est pas croyable, disait Voltaire, que des freloiis aient mis en fuite l'Hévéen, le Chananéen et l'Éthéen 1 Or une foule d'historiens racontent des faits semblables. M. de Castelnau, consul en Afrique, fait l'histoire d'uno petite mouche, la thetzé, à peine plus grosse que celle qui habite nos maisons, laquelle, en faisant mourir les
lûtj LES SPLENDEURS DE LA FCI.
animaux domestiques par' ses piqûres, rend la contrée inhabitable, et force les caravanes à revenir sur leurs pas.
— Oq trouve excessives ces paroles de la Genèse : Tu enfanteras tes enfants dans la douleur I Et cependant un très-habile professeur d'obstétrique, M. E. Verrier, n'hésite pas à dire : « Il n'y a nulle comparaison à établir entre la douleur et les dangers de la parturition chez les femelles sauvages et les femelles domestiques. La distance qui sépare, au même point de vue, la compagne de notre existence des femelles domestiques est aussi grande que la dislance entre celles-ci et les femelles à l'état sauvage. »
— L'existence, dansles temps anciens, non-seulement de g'^aw^s individuels, mais àe races de géants ne saurait être révoquée en doute. Les géants jouent de même un grand rôle dans les traditions de tous les peuples; et, dQ plus, toutes ces traditions s'accordent. à présenter leS' géants comme des hommes méchants qui succombent dans leur lutte contre le principe de tout bien. Les géantsde la Genèse ne sont donc ni impossibles, ni absurdes* Les géants de la race d'Lnach, les Enachiens, auprès desquels les envoyés de Josué n'étaient que des sauterelles, ont peut-être été les ancêtres de tous les géants de l'histoire, même de ceux de la terre magellanique ou des Patagons, car, chassés par Josué, ils se répandirent partout.
— Les Pygmées ou Gamadin, gardiens des tours de Tyr, peuvent avoir été les Bess, ou les Akkas^ ou les Niam-niam {niam' en^ égyptien signifie nain) dont les Phéniciens faisaient'peut-ctre Irafic, mais qui habitaient; et habitent encore la côte méridionale du golfe d'Aden. En tout cas, n'y aurait-il pas une lacune dans la Bible, si elle n'avait pas signalé l'existence des géants et des pygmées ou nains?
— La durée prodigieuse de la vie des premiers hommeseiiune des choses les plus étonnantes de l'hiS'toire du monde avant le déluge ; mais plus elle estextra-
ordinaire, plus elle prend le cai'actère d'un fait historique, saillant, qui a dû laisser dans la mémoire des hommes d'ineffaçables souvenirs. On la retrouve en effet dans les annales de tous les peuples. Il serait superflu, dit M. le docteur Foissac dans son livre de la Longévité humaine, de chercher à expliquer comment les hommes ont pu vivre huit ou neuf siècles! On devrait plutôt s'efforcer de comprendre par suite de quelle détérioration naturelle^ originelle ou acquise, la race humaine s'est trouvée réduite aux limites actuelles... Pourquoi la mort? Voilà l'incompréhensible et le mystère. Avant le déluge, sans doute, l'air atmosphérique était moins riche en oxygène, plus S'aluré de vapeur d'eau et d'acide carbonique, la respiration était moins active, la température plus égale, la croissance beaucoup plus lente. L'homme pouvait ne parvenir à la puberté qu'à cent trente ans; et s'il est vrai que la durée de la vie soit sept fois celle de la croissance, l'homme pouvait en effet atteindre cent trente fois sept, ou neuf cent dix ans. »
— Il n'est nullement étonnant que l'on n'ait pas pu deviner encore quels étaient les animaux monstrueux que Job désigne des noms deLéviathati et de Béhémolh. Le Lévialhan est peut-être le crocodile ou la baleine, le Béhémoth, l'hippopotame, le rhinocéros ou réléphant.. Tous deux peuvent appartenir aux races des. grands mammifères disparus.
— Les trente-deux éléphants de combat du roi Antiochus n'ont rien d'incroyable. Jules César fit combattre dans le cirque vingt éléphants portant des tours de bois, dans chacune desquelles il y avait soixante hommes.. L'éléphant de combat avec ses tours était et est encore commun dans les Indes.
— Il faut certainement voirun miracle dan&le nombre immense de cailles qui s'abattirent sur le camp "des Bébreux; mais le fait extraordinaire, annoncé à l'avance par Moïse, n'est' que l'exaltation, l'exagération divine d'un fait scientifique et tout naturel. En effet, des oailles fatiguées d'un long trajet se laissent encore
IQg LES SPLENDEURS DE LA FOI.
prendre aujourd'hui à la main, aux lieux et aux époques où elles servirent de nourriture aux Hébreux. Les Hébreux ont pu les conserver, soit simplement en les faisant dessécher autour du camp, parce que le climat de l'Egypte est éminemment sec et conservateur ; soit en les salant et les faisant sécher au soleil, car le sel était très-abondant sur les bords de la mer Rouge et dans les lacs amers voisins du point où les Hébreux traversèrent celte mer.
— Le griffon, dont on veut aussi faire un animal fabuleux, était probablement le condor oulapygargue. Vixion était un oiseau de proie voisin du milan et du vautour. Nous pouvons ne pas savoir quels oiseaux répondent aux noms hébreux de la Genèse, mais par cela même qu'on prohibait leur chair ils devaient exister et être connus de tous.
— Le serpent brûlant du désert était très-probablement l'hydre ou la chushydre de Cuvier, dont la morsure causait des inflammations et des douleurs ardentes ; on le retrouve encore aujourd'hui dans le désert, et les Arabes le considèrent comme Jrès-venimeux.
— Le démon, pour tenter Eve, a pu prendre la forme du serpent, qui n'était pas alors un objet d'horreur comme il l'est à présent, qui n'est, peut-être, devenu un objet d'horreur que par suite du rôle infernal auquel il a servi et de la malédiction dont il a été l'objet. Son intervention est un fait surnaturel et merveilleux, mais qui ne contrarie en rien la raison, que la raison, au contraire, nous fait un devoir d'accepter, parce qu'il serait impossible d'expliquer sans lui cet autre fait d'histoire @t de mythologie, que le démon, ou le serpent qui lui sert d'emblème, se retrouve dans les traditions de tous les peuples, et s'y retrouve, tout à la fois, comme un être' bon et d'une nature supérieure à la nôtre, comme un être mauvais et la eause de nos malheurs, comme un être en relation particulière avec la femme. La Fable universelle suppose etdémonlre invinciblement l'histoire.
— On a opposé à la chronologie biblique l'existence de
v.«5ii
certains arbres, le baobab, par exemple, auxquels leur grosseur énorme et le nombre indéfini des couches de croissance annuelle forcent d'assigner une vieillesse extraordinaire, de plus de six mille ans. Mais le baobab a pu échapper au déluge qui ne détruisit pas le monde végétal ; et un botaniste qui Pa observé sur place, affirme qu'il peut former jusqu'à vingt et vingt-cinq couches par an. D'ailleurs, la création des végétaux a précédé de beaucoup celle des animaux et de -^homme.
— Vivraie de l'Évangile est sans doute le lolium temulentum, fherbe aux ivrognes, graminée annuelle, commune dans les champs de blé.
— Habacuc menace les Juifs de ne plus voir fleurir leur figuier; on a voulu trouver cette menace ridicule, parce que, dit-on, le figuier ne fleurit jamais : c'est une grosse erreur. Le fruit du figuier porte en même temps la fleur; la fleur du figuier est même double, mâle et femelle. Le figuier de Béthanie a été maudit parce qu'il ne donnait pas de fruits au temps des figues.
— Le sénevé de l'Evangile peut très-bien ne pas être la plante herbacée que nous désignons des noms de sinapis alba ou sinapis nigra. Ce peut être une plante arborescente ou un arbre, comme les sinapis dont il est parlé dans le Talmud, et sur lesquels on montait comme sur un figuier.
— On a très-bien pu dire du blé, confié à la terre, qu'il meurt, parce que le corps du grain se décompose et sert de nourriture au germe. L'oxydation qui est le point de départ de la germination est une véritable combustion ou dissolution, une sorte de mort.
— Pour la manne du désert, comme pour les cailles, il est possible que le fait surnaturel soit venu s'enter sur le fait naturel agrandi, multiplié par la puissance divine, de manière à atteindre les proportions évidentes du miracle. La manne céleste peut avoir eu 'quelque analogie de composition avec la manne que donne le tamarinier du Sinaï et de la Syrie : le fait naturel peut être considéré comme l'embryon du fait surnaturel, indiquant la
possibilité scientifique de l'alimentation miraculeuse. Mais pour nous les sommets des arbres disparaissent ou sont remplacés par les régions de l'air, ou le ciel. C'est .Dieu qui intervient directement, et qui donne à son peuple un aliment complet.
— Les oignons d'Egypte n'ont encore rien perdu de leur saveur, ils ne le cèdent en rien aux meilleurs fruits de France. Pourquoi les Israélites ne les auraient-ils pas regrettés?
— Le bois de la fontaine do Mara était-il l'épinevinelte,ft laquelle on attribue encore aujourd'hui dans le désert la propriété d'enlever aux eaux leur amertume! Ce n'est pas impossible. Mais nous n'hésitons pas à admettre le miracle. Le petit morceau de bois jeté dans la source,, s'il s'agissait simplement d'une vertu naturelle, aurait été évidemment hors de proportion avec l'immense quantité d'eau qu'il devait rendre potable.
— Job accorde au bois mort la possibilité de reverdir. Pourquoi pas? Un arbre abattu, équarri, desséché, raboté, peut certainement s'appeler un arbre mort! Cependant on a vu reverdir des arbres ainsi mutilés ! La vie de l'arbre, multiple à l'excès, est incomparablement plus tenace que celle de l'homme, corps vivifié par une âme unique.
— N'est-il pas naturel d'attribuer Vin combustibilité du bois de Sétim, bois qui servait à la construction de l'autel et des bâtons, à l'airain dont il était hermétiquement recouvert?
— Lditriple récolte delà sixième année ^pountiit, àla rigueur, et jusqu'à un certain point, s'expliquer naturellement : alors que la culture intensive n'existait pas, que les engrais chimiques n'avaient pas été inventés, la jachère de la septième année, jachère avec émieltement du sol, était une nécessité absolue. Et il n'est pas douteux
■ que l'excédant de récolte, assuré par ce bon aménagement des terres, équivalait à la récolte triple de la sixième année. Tout cependant, la fidélité avec laquelle les Juifs observaient cette loi rigoureuse, et en apparence rui-
LA FOI ET L.\ SCIENCE. Hl
neiise, renipressoment avec lequel au retour de la captivité, ils s'engagent tous solenne lemenl à laisser la terre sans culture la septième année, semble indiquer que la triple récolte de la sixième année, était elle-même une grande réalité miraculeuse.
— 'La lèpre des vêtemertts et 'des maisons n'esi pas une imagination ridicule, comme le voulait Voltaire; elle s'explique parfaitement par la grande découverte de M. Pasteur, queitoutes ou presque toutes les contagions, les fermentations, les putréfactions ont leur origine dans des êtres infiniment petits ou microscopiques, végétaux et animaux, spores, mucédinées, champignons, moisissures, vibrions, bactéries, etc. Il est de la nature des mucédinées de donner naissance à des taches blanches ou rousses plus ou moins pénétrantes, plus ou moins persévérantes, et il n'est nullement impossible que la lèpre soit elle-même engendrée ou communiquée par ces petits êtres. La théorie de la lèpre de Moïse était donc . de la science très-avancée, trop avancée pour l'incrédulité ignorante du xviii® siècle. Dans la colonie anglaise du Cap, la lèpre des maisons est une infection bien connue, dont plusieurs gouverneurs ou consuls européens ont été les victimes.
— On critique sans fondement l'expression de saint Paul, qu'un peu de levaincorromptlapâle. Le levain, en effet, détermine la fermentation de la pâte; or toute fermentation suppose une véritable décomposition, et toute substance décomposée est une substance réellement corrompue. Dans les théories modernes, la fermentation et la putréfaction sont des opérations naturelles de même espèce.
^ — Dans la Genèse et ailleurs, il est fait mention de vifjne et de vin ; or Hérodote dit qu'il n'y avait pas de vin en Egypte. Mais voici que dans la grande description de l'Egypte, M. Costa décrit en détail la vendange Egyptienne, depuis la taille de la vigne jusqu'au pressurage des raisins, telle qu'il l'a trouvée peinte dans l'hypogée d'Hélélhéa. On a trouvé dans d'anciennes cités Egyp-
tiennes des fragments d'amphore, encore imprégnés de tarlre 'aissé par le vin. Quel triomphe pour la vérité biblique l Hérodote est bien cette fois le père du mensonge.
— C'est mentir à l'histoire que de prétendre, comme le faisait Voltaire, que la, Palestine était un petit pays sec, pierreux, stérile. La Terre promise, prise dans toute son étendue, comprend la Syrie depuis le mont Taurus etl'Euphrale jusqu'à l'Egypte et la mer Rouge ; c'est un pays vaste et fécond qui égale, s'il ne la surpasse, la superbe et fertile Egypte.
— Dans le voisinage du mont Ararat où l'arche a dû échouer, la colombe rencontra un rameau d'olivier ; or- Tournefort, parlant de ce qu'il a vu autour des Trois Églises, bourg de l'Arménie, constate qu'on y rencontrait de beaux vignobles, mais que les oliviers manquaient. Les Trois-Églises ne sont pas toute l'Arménie! Strabon disait au contraire que l'Arménie abondait en oliviers, mais que la vigne n'y croissait pas. C'est forfaire aussi à la science et à l'histoire que de supposer qu'un arbuste,, après avoir fleuri dans une région, n'a pas pu cesser d'y être cultivé ou d'y prospérer I Et les vignobles de Picardie! Voici qu'un touriste anglais vient d'atteindre le sommet du mont Ararat 1 Ah 1 s'il nous apportait un fragment de l'Arche I
Chapitre Dixième. — VéPxIté absolue des Livres Saints (suite). — Sciences physiques et mathématiques. —
Le miracle de Josué. Nous admettons qu'au commandement de Josué Sta sol, le soleil s'arrêta et qu'il en fut de même de la lune, mais que, peut-être, le commandement de Josué s'adressait à la terre, à laquelle il ordonnait de cesser de tourner sur elle-même, ou autour de son axe de rotation. En s'exprimant ainsi, Josué a-t-il commis un non-sens ou une erreur? A-t-il cru et a-t-il voulu dire que la terre ne tournait pas sur son axe, que c'était le soleil qui faisait autour d'elle ga révolution diurne? Non, évidemment non ! «Lesastroi^omes actuels, disait François Arago, croient inconles
tablement au mouvement de la terre, à l'immobilité relative du soleil, et cependant ils disent, tous sans exception : le soleil se lève, le soleil passe au méridien, le soleil se couche. Et ce qu'ils disent du soleil, ils le disent des planètes, des comètes, des étoiles, des nébuleuses, de tous les corps célestes. Si, ajoutait Arago, Josué s'était écrié : Terre, arrête-loi, non-seulement aucun soldat de son armée n'aurait compris ce qu'il voulait dire, mais il aurait parlé une langue impossible, antiscientifique.» C'est une des grandes lois de la mécanique, que nous n'avons aucune conscience du mouvement ou des mouvements, rotation ou translation, du système dont nous faisons partie. Nous rapportons nécessairement, fatalement les mouvements que nous subissons au système dont nous ne faisons pas partie. Le langage de Josué est tellement naturel et tellement scientifique, que la science la plus hardie n'oserait pas en chercher et ne pourrait pas en inventer un autre. Et le mot solstice admis de tous I Mais si vraiment la terre a cessé de tourner sur son axe, comment tous les objets placés à sa surface n'ont-ils pas été violemment projetés dansl'espace? L'objection est naïve ! Celui qui arrête un globe immense en mouvement peut à plus forte raison maintenir en place les objets placés sur le globe. Pour donner plus de force à l'objection, quelques demi-savants feignent de confondre l'arrêt du mouvement de rotation de la terre avec l'arrêt de son mouvement de translation sur son orbite, autour du soleil. Or la vitesse du mouvement de translation, trente kilomètres quatre dixièmes à l'heure, est trèsgrande relativement à la vitesse du mouvement de rotation qui n'est que de quarante-quatre centièmes de kilomètre. S'il était subitement arrêté, le mou- Tement de translation ou de masse se changerait en mouvement moléculaire ou atomique, qui donnerait naissance à une chaleur énorme, capable, très-probablement, de fondre la masse entière de la terre, de la réduire en vapeur et de la dissiper dans l'espace. Et cependant on conçoit que la toute-puissance divine,
en animant simultanément chaque molécule ou chaque atome d'un mouvement égal, mais de sens contraire à celui qui résulterait pour cet atome ou pour cette molécule de l'extinction instantanée du mouvement de translation delà terre, eût pu empêcher le dégagement de chaleur moléculaire ou atomique, et conjurer les redoutables conséquences de l'arrêt subit du globe terrestre sur son orbite. Mais dans le miracle de Josué, il s^agissait plutôt d'éteindre la vitesse de rotation de la terre, d'annuler l'elîet de la force centrifuge qui, à son maximum, ferait parcourir à un mobile trois centimètres par seconde. Et en concevant que chaque objet k la surface de la terre eût été animé d'une vitesse égale et de sens contraire, l'équilibre se serait maintenu. Mais il est absurde de vouloir comparer la mode d'action de Dieu au mode d'action de l'homme. Nous n'avons pas assez la conscience de cette grande vérité révélée par saint Paul : « Nous sommes, nous vivons, nous nous mouvons en Dieu. « Le mouvement, qui est pour nous quelque chose k la fois de relatif et d'absolu, n'existe pas pour Dieu. » Il se fait en lui et par lui, comment n'en seraitt-il pas le modérateur suprême ? Toutes les énergies actuelles, virtuelles, potentielles du monde matériel ne sont que des manifestations de l'énergie infinie de l'être nécessaire 1
Le miracle de Josué suppose deux ou même trois choses : la rondeur de la terre, sa rotation autour de son axe, sa translation dans son orbite autour du soleil. Nous n'avons pas la prétention d'affirmer que ces trois phénomènes soient enseignés, ou formellement énoncés dans les Livres saints; mais nous sommes en mesure de prouver qu'ils sont plutôt affirmés que niés. En effet, l'un des mots hébreux par lesquels la terre est sans cesse désignée, signifie globe ou corps rond. Job dit que Dieu suspend la terre sur le néant; qu'il la saisit par ses extrémités ou par ses pôles, et qu'il la secoue violemment pour rejeter les impies de sa surface, ce qui suppose encore un globe suspendu dans l'espace.
LA FOI ET LA SCIENCE. I'l5
Le Sage invoque le temps où Dieu n'avait pas encore donné à la terre ses gonds. Isaïe nous montre Dieu prenant dans ses trois doigts la masse de la terre et la plaçant dans une balance pour la peser; s'asseyant sur son contour, sur sa rondeur; lui donnant sa forme et la façonnant au tour. Tout cela évidemment proclame la terre ronde. Beaucoup de SS. Pères l'avaient entendu ainsi. Saint Augustin dit que la terre est globuleuse et ronde, suspendue dans le vide des cieux. Raphaël, interprète spontané et fidèle de la tradition, dans ses magnifiques tableaux de la création des salles du Vatican, a toujours représenté la terre sous forme d'un globe rond; et dans la grande scène du repos du septième jour, il nous montre Dieu appuyant ses pieds sur une petite terre ronde. Par cela même que la tradition biblique, attestée par Raphaël, faisait la terre ronde, elle la supposait implicitement animée d'un mouvement sur un orbite, car il est de l'essence d'un corps rond de tourner et de rouler; il ne peut être conçu suspendu dans l'espace sans être animé d'un mouvement suffisamment rapide de translation. Aussi saint Augustin disait-il delà terre, qu'elle se balance dans le vide; et le cardinal de Cusa, mort en 1 464, regardait comme manifeste que la terre, en réalité, se mouvait sur un orbite, quoique ce mouvement ne fût en aucune manière sensible.
La rondeur de la terre, sa rotation diurne, sa révolution annuelle sont donc équivalemment affirmés par la Bible! Et cependant l'Église catholique, représentée par son chef Urbain VIII et par des congrégations romaines, a condamné ces vérités aujourd'hui incontestables, et les a condamnées en les affirmant contraires à la sainte Écriture. C'est le douloureux épisode des deux condamnations de Galilée, que je discute dans tous ses détails essentiels.
La première condamnation fut celle du 24 février 1616; elle n'est visiblement qu'une censure du système de Copernic en tant qu'on l'érigé en théorie contraire â la
sainte Écriture (car un second décret de 1620 permet de l'enseigner comme hypollièse) ; qu'un avertissement à la science de ne pas franchir les limites de son domaine, de ne pas dogmatiser au lieu et place de l'Église sur le sens véritable des textes de la sainte Écriture.
La seconde condamnation du 2â juin 1633, est beaucoup plus grave et sans excuse. Nous sommes forcé d'avouer que des représentants augustes de la religion et de l'Église, tombant par excès de zèle, et sous la pression de l'opinion publique, dans une grosse erreur, déclarèrent hérétique une vérité scientifique aujourd'hui démontrée jusqu'à l'évidence; qu'ils forcèrent le noble vieillard à une rétractation solennelle, l'amenèrent à renier les immortelles conséquences de ses découvertes, à déclarer faux ce qu'il savait être vrai, à faire serment de ne plus enseigner ce qu'il savait être la vérité. C'est triste et douloureux à l'excès I Mais on ne saurait au moins se refuser à reconnaître que, dans ce fatal débat, la Foi ne fut en aucune manière compromise, parce qu'il ne peut pas être question d'un jugement rendu par l'Église infaillible. Il s'agissait, en effet, d'une question de science pure, entièrement étrangère au dogme, à la discipline et à la morale; or l'Église affirme que son infaillibilité ne s'étend qu'au dogme, à la discipline et à la morale, et nullement à la science. Galilée se trouvait en présence, non d'une de ces assemblées majestueuses et parlant au nom de l'Église universelle, mais d'une de ces congrégations de prélats parlant en leur propre nom, et n'ayant guère qu'un mandai disciplinaire. Dans les actes du procès, on trouve partout Urbain VllI, mais on ne trouve nulle part le pape parlant avec autorité, jugeant ex cathedra. On y voit le juge correctionnel, mais non le Pontife assis sur la Chaire de saint Pierre, et enseignant souverainement l'Église universelle. Le pape n'assiste à aucune des séances, c'est la congrégation seule du Saint-Olïice qui instrumente et prononce. La sentence de condamnation ne porte que la
signalnro des six cardinaux, sans aucune indication de confirmation par le pape. La condamnation ne représente donc que le jagemenl faillible des six, cardinaux. Pour qu'une décision soit une décision ex cathedra, il faut : 1° que le point défini touche à la Foi; 2° que le pape notifie la définition à toute TÉglise, en s'adressant directement à elle; 3" que les termes dont il se sert indiquent son intention d'exiger un acte de foi sur le point défini. Or il suffit de lire les décrets promulgués dans le procès de Galilée pour constater que toutes ces circonstances font défaut à la fois. Pas de bullC;, pas d'encyclique, pas de bref du pape accompagnant les sentences du Saint- Ol'fice ou de la congrégation de l'Index, pas même de confirmation et de signature demandées au souverain Pontife et données. Ce sont des congrégations romaines qui peuvent se tromper, et qui se sont trompées, parce qu'elles sont sorties du domaine de la foi, pour entrer dans le domaine de la science pure. C'est trop, sans doute, mais quoi d'étonnant qu'aune époque de lutte et d'agitation, quand l'interprétation privée de la sainte Écriture était en train de produire de si grands maux, un excès de zèle ait entraîné dans l'erreur des tribunaux auxquels n'a été faite aucune promesse de sainteté et d'infaillibilité? Il s'agit d'un fait unique que Dieu a permis pour rendre l'autorité ecclésiastique plus attentive à faire mieux la part de la science et de la foi, pour la mieux avertir que dans les questions de science, soa rôle doit surtout se borner à contrôler, à surveiller, à mettre les savants sur leurs gardes quand ils s'avisent d'énoncer comme vérités démontrées des assertions certainement contraires à la Révélation et par conséquent à la science. Il s'agit d'un fait unique déjà vieux de deux cent cinquante ans, et qui, cependant, n'a pas cessé d'être l'occasion d'attaques violentes et haineuses contre l'Église de Jésus-Christ. Il faut que nos ennemis soient bien pauvres, ou bien à bout d'arguments, pour dresser sans cesse contre elle la grande ombre de Galilée, mort pieusement dans son sein.
Il est prouvé d'ailleurs lantpar le témoignage authentique de tous les contemporains les plus dignes de foi, que par les lettres de Galilée lui-même et les procèsverbaux de 1633, que non-seulement il ne fut pas sourais à la torture, mais qu'à vrai dire il n'a jamais été emprisonné ou privé de sa liberté. Reste la torture morale, mais qui oserait dire qu'en abjurant lâchement toutes ses convictions, Galilée ne l'ail pas méritée?
— Le vase impossible. Il est dit, dans le livre des Rois : « Salomon fit aussi la grande mer d'airain de dix coudées d'un bord jusqu'à l'autre bord, elle était toute ronde; sa hauteur avait cinq coudées et un cordon de trente coudées l'environnait tout autour, » Il s'agit ici en apparence d'un vase mathématiquement impossible, dont la circonférence serait égale à trois fois le diamètre. François Arago ne se scandalisait pas de ce rapport de trois à un, il y voyait non une erreur, mais une nécessité de langage, comme dans le Soleil arrêtetoi, de Josué, nécessité résultant de l'incommensurabilité du rapport de la circonférence au diamètre. Mais en réalité, les dix coudées se rapportant au diamètre extérieur et les trente coudées à la circonférence intérieure d'un vase ayant une certaine épaisseur, l'impossibilité disparaît donc entièrement. Il y a plus, si l'épaisseur de la merd'airain nous était donnée, nous pourrions déduire de ses dimensions le rapport de la circonférence au diamètre, tel qu'il est donné par la géométrie. L'étude de cette merd'airain conduit en outre àdes rapprochements vraiment mystérieux. La coudée de Moïse, qui est aussi la coudée de Salomon, est de même la coudée de la grande Pyramide ! La capacité de l'arche d'alliance est celle du coffre de la chambre du Roi de la grande Pyramide de Gizeh 1 La capacité de la mer d'airain est cinquante fois celle de l'arche d'alliance et du coffre de la grande Pyramide! La capacité de chacun des dix bassins d'airain, égale au cinquantième de la mer d'airain, est égale à celle de l'arche d'alliance et du coffre! Tout cela est extraordinaire, mais cet extraordinaire, dans le cas d'une
œuvre inspirée, n'est-il pas tout naturel. Voici qu'un calcul rigoureux montre que la capacité de l'arche de >'oé est cent mille fois celle du coffre de la grande pyramide, et par conséquent, celle de l'arche d'alliance! Des dimensions dictées par Dieu, peuvent-elles être arbitraires? Xe doivent-elles pas au contraire avoir une signification profonde?
— Les ténèbres; la lumière propre de la lune, etc. On reproche à la sainte Bible d'affirmer : 1° que la nuit et les ténèbres, le jour et la lumière existaient avant le soleil; que les ténèbres sont une substance comparable à la lumière; que la lune a sa lumière propre comme le soleil; qu'il y a au-dessus des cieux des eaux semblables à celles des mers. L'ignorance ou la fausse science peuvent seules formuler ces accusations. Tout le monde enseigne aujourd'hui que la lumière, le jour, la nuit, sont antérieurs au soleil, non pas peut-être à l'état de nébuleuse en voie de condensation, mais à l'état d'astre, arrivé au terme de sa formation, constitué à l'état de luminaire du monde planétaire.
La Genèse ne fait pas des ténèbres une substance; elle ne dit pas : Fiant tenebrœ, comme elle dit : Fiat lux. Pour elle comme pour nous les ténèbres sont une négation. Séparer la lumière des ténèbres en créant des luminaires qui tantôt se montrent, tantôt se cachent, ce n'est nullement disjoindre deux substances et donner à chacune son lieu. Quand Job parle du lieu des ténèbres, il ne les matérialise pas davantage. En outre de la lumière et des ténèbres, il y a, d'ailleurs, les clairs et les ombres qui sont une véritable localisation. Quoi de plus localisé que la ligne centrale d'une éclipse da soleil ?
Quand la sainte Bible dit : Autre est la lumière du soleil, autre la lumière de la lune, elle n'exclut pas l'origine commune de ces deux lumières; elle les différencie simplement par leurs intensités et leurs qualités particulières. Le spectroscope montre que, sans présenter des raies spécifiques, la lumière de la lune a ses
reflets et ses bandes propres. Un des prophètes fait en outre celte distinction admirable : Le Soleil brille, la lune éclaire !
Quant aux eaux supérieures, le spectroscope nous a fait découvrir de l'eau ou de la vapeur d'eau, en quantité énorme, même après la grande précipitation du déluge, dans les profondeurs des cieux, dans les atmosphères du soleil, des planètes et des étoiles !
Pour pouvoir imputer à la Révélation une monstrueuse hérésie, la demi-science n'a pas hésité à transformer en éclipse la grande offuscation du soleil qui plongea la terre dans les ténèbres pendant l'agonie de Jésus-Christ. Les offuscations du soleil sont cependant des phénomènes naturels et même historiques I Mais la répulsion instinctive du surnaturel rend la fausse science aveugle volontaire et lui fait oublier tout ce qu'elle sait le mieux.
Un très-savant physicien est allé jusqu'à voir dans ce grand mot de la Genèse : la lumière fut 1 un anachronisme physiologique étrange, pour cette raison qu'il ne put y avoir de lumière qu'alors qu'il y eut un œil voyant. Il feignait d'ignorer que dans le langage classique le mot lumière signifie également l'impression reçue et l'agent physique qui cause la sensation.
— L'étoile des mages qui avance, s'arrête, disparaît, reparaît, est incontestablement un fait surnaturel et miraculeux. Mais il n'en est pas moins vrai qu'une étoile qui brille, s'approche ou s'éloigne,s'éteint,etc., esttoul à fait dans les idées modernes, puisqu'il est sans cesse question, dans la science du jour, de météores lumineux, de bolides, d'astéroïdes, d'étoiles fdantes, tombantes, etc., d'aérolithes ou corps tombés du ciel. La samte Bible et les chroniques de tous les peuples, parlaient, 1! y a quatre mille ans, de ces divers météores que la science s'est obstinée à regarder comme fabuleux ou imaginaires jusqu'au commencement de ce siècle I
— On a fait de l'épisode du veau d'or, contre la véracité des Livres saints, une objection formidable en apparence, mais vaine en réalité. Au fond, que résidte-t-ilde ce récit
biblique? Qu'au temps de Moïse, on connaissait l'or, qu'on savait le brûler ou l'oxyder, c'est-k-dire le réduire en poudre impalpable I Par cela même que l'or se rencontre à l'état natif, et parce qu'il est fusible à une température relativement peu élevée, l'industrie de l'or a été la première des industries métallnrgiques. L'armée anglaise a rapporté de sa campagne contre les Achantis, nation à demi sauvage, une immense quantité de vaisselle plate et de bijoux d'or. On a constaté parles monuments que les Égyptiens savaient produire avec des agents de combustion très-faibles les effets les plus considérables de la fonte des métaux.
— Veau qui jaillit du rocher d'Horeb frappé par la verge de Moïse, est incontestablement miraculeuse ; mais ce rocher, en lui-même, avec ses trous par lesquels l'eau a coulé, est un objet presque historique. Transformer la verge en sonde, la source miraculeuse en puits artésien, très-habilement creusé par Moïse, c'est une invention inconsidérée de la demi-science. Pour apaiser la soif d'une multitude altérée, pour étouffer ses murmures, conjurer sa révolte et ses violences, se mettre tranquillement à creuser un puits dans le roc, ce peut être une idée de savant abstrait et distrait, mais ce n'est pas une idée digne du conducteur divin et inspiré dQ peuple d'Israël.
Voir dans les colonnes de feu et de fumée qui précédaient ou suivaient l'armée des enfants d'Israël, pour guider leurs mouvements, non pas des phénomènes miraculeux, mais quelque chose de semblable au feu que les Perses portaient en tête de leurs armées, ou leréchaud encore en usage chez les Égyptiens modernes, serait une tentative enfantine.
' — La rétrogradation, des aiguillas sur le cadran d.'Achaz, au commandement du prophète Isaïe, est un prodige de même ordre que le miracle de Josué. Il pourrait peul-ètre s'expliquer par un de ces effets de réfraction extraordinaire, si communs dans la nature, et qui, ceLc fois, se serait reproduit surnaturellement, au mo-
jgj, LES SPLENDEURS DE LA FOI.
ment où il élail demandé et commandé. Mais si tant est qu'on veuille lui chercher une interprétation physique, mieux vaut y voir l'effet du renversement du mouvement de rotation de la terre, qui n'a rien d'impossible à Dieu, comme nous le prouvons surabondamment.
— Rien ne s'oppose a ce que l'industrie du verre existât du temps de Salomon, puisqu'il est certain que le verre a été connu en Egypte dans l'antiquité la plus reculée. On a trouvé dans les fouilles du temple de Karnac, des vases en verre qui servaient aux sacrifices; le musée du Louvre possède un de ces vases.
— Les interrogations de M. Draper. Voulant, dans un livre plein de haine, résumer, en les exagérant, les causes de l'abîme infranchissable et toujours grandissant , qu'il prétend exister entre le catholicisme et l'esprit du siècle, un publicisle tapageur, M. le professeur Draper de New-York, s'écriait : « Comment les enfants de l'Eglise pourraient-ils regarder comme des ill'jsions trompeuses la sphéricité de la terre, son mouvement de rotation sur son axe , sa révolution autour du soleil? Comment pourraient-ils nier qu'il existe des antipodes et d'autres mondes planétaires? Comment, enfin, pourraient-ils rester convaincus que l'univers a été créé de rien; le monde fait en une semaine, et, tout d'abord, tel qu'il est aujourd'hui, qu'aucun changement ne s'y est produit, mais que toutes ses parties ont fonctionné avec une telle indifférence, que l'intervention incessante de Dieu a été nécessaire pour la mettre en mouvement et la conserver ? » Ces interrogations sont vraiment insensées. Nous croyons autant et plus que M. Draper, à la sphéricité de la terre, à son double mouvement de rotation et de translation, aux autres mondes planétaires, habitables ou non habitables, habités ou non habités, nous n'en savons rien, car nous n'y sommes pas allés voir, pas plus que M. Draper. Nous croyons à un être nécessaire, et par conséquent éternel, infini, tout- Duissant; et nous refusons de croire avec M. Draper, à
la nécessité, à l'éternité impossible d'un protoplasme qui pouvait avoir mille formes, mille dimensions différentes^ être animé de mille et mille mouvements divers, entre lesquels il n'a pas pu choisir avant d'exister. Notre être nécessaire a pu tout créer. L'être contingent, fini, le protoplasme de M. Draper n'a pu se faire ce qu'il est, et n'a pas pu évoluer. L'absurde est donc du côté de M. Draper. Rien, d'ailleurs ne nous force d'admettre, ce qui était possible au Dieu éternel et infini, et nous n'admettons pas que le monde ait été fait en une semaine, tel qu'il est aujourd'hui, et qu'aucun changement ne s'y est produit. Nous disons, au contraire, avec le roi prophète, et que ce langage grandiose fait pâlir le langage terre à terre de la fausse science : « Vous Seigneur, au commencement vous avez fondé la terre, et les cieux sont l'ouvrage de vos mains. Mais ils périront et vous subsisterez ; ils vieilliront comme un vêlement usé; vous les changerez comme on change une tente, mais vous serez toujours le même; vos années Dépasseront pas, et les enfants de vos enfants habiteront avec vous. » Quant à l'indifférence des parties de la terre les unes pour les autres, nous ne sommes nullement disposé à la remplacer par l'attraction universelle, par l'amour newtonien, qui n'est qu'un mot vide de sens, et une erreur monstrueuse de la science, erreur dont tout lé monde rougit aujourd'hui; mais nous abandonnons sans crainte le monde solaire et les mondes planétaires à l'action divine de la rotation et de l'impulsion, conséquence grandiose du Fiat lux solennellement prononcé par Dieu.
Chapitre Onzième. — Vérité absolue des livres SAINTS (suite). — Sciences géographiques et historiques. —
Le jardin d'Eden. Les rivières ou ruisseaux qui arrosaient le jardin d'Eden, ont pu être appelés des noms des quatre grands fleuves, Phison, Géhon ou Nil, Tigre, Eu^hrate, qui en étaient fort distants, en raison des ffualités particulières qui les rendaient propres à embel-
lir et à féconder ce lieu de délices, et qui en faisaient comme des diminiilifs de ces quatre grands fleuves. C'est un fait remarquable que Jérusalem nous présente encore aujourd'hui quatre rivières ou ruisseaux aptes à remplir les mêmes fonctions. Tous les quatre ont leur source presqu'au même point : deux vont se jeter dans la Méditerranée; les deux autres se jettent dans le Jourdain et la mer Morte : Tun de ceux-ci, le torrent de Cédron, n'a pas cessé de porter un nom qui, comme le nom d'Euphrate, exprime la végétation luxuriante et l'ombre épaisse de ses bords. Celte coïncidence, jointe à d'autres traditions, tendrait à placer le Paradis terrestre dans la région qu'occupe encore aujourd'hui Jérusalem ! Il en résulterait que l'homme a été racheté là où il avait péché; que l'esprit infernal a été vaincu au lieu même où il avait remporté sa fatale victoire; que le jardin des Oliviers, théâtre de l'agonie du divin Sauveur, avait été le témoin de la tentation ; que la croix a été plantée sur l'emplacement même de l'arbre du bien et du mal, et en même temps sur le tombeau d'Adam! Une dernière tradition fait aussi de Jérusalem, le théâtre de la dernière scène du monde, du jugement dernier, dans la vallée de Josaphat.
Le déluge de Noé. La narration de Moïse est simple, claire, méthodique. Moïse d'ailleurs, de l'aveu de tous, est un homme éminemment honorable, d'un très-grand mérite, profondément instruit. La vérité de son récit nous est attestée par un grand nombre d'écrivains sacrés qui se sont faits les échos fidèles de ce fait immense et miraculeux ! Il nous est ainsi attesté par une tradition imposante, et par le témoignage même du Sauveur des hommes. Josèphe et Philon, les historiens du peuple juif, le reproduisent de 3Ioïse dans des conditions qui attestent une confiance absolue dans l'opinion publique, familiarisée avec le souvenir du déluge, et qui excluent jusqu'à l'idée d'une fable ou même d'une légende populaire. Tous les historiens, toutes les chroniques, toutes
LA FOI ET LA SCIENCE. 12o
les traditions des peuples sont unanimes dans leur aftirmation d'un déluge et d'un déluge universel, qui a submergé toute la terre et fait périr tout le genre humain. Et, ce qu'il y a de vraiment frappant, c'est que toutes ou presque toutes ces traditions placent l'événement vers le même temps. Cet accord unanime des témoignages est si bien établi, qu'il n'a pas pu être récusé par des hommes tels que Bailly, Fréret, Boulanger, éminemment compétents et qui se faisaient gloire de leur incrédulité. 11 est donc certain, absolument certain, qu'un déluge universel a détruit la race humaine tout entière, à l'exception de Noé avec sa famille ; et que ce déluge, survenu à l'époque fixée par la chronologie biblique, a été accompagné de toutes les circonstances dont l'entoure l'historien sacré.
Le déluge de Moïse a été miraculeux dans sa cause et dans sa raison d'être, la volonté de Dieu résolu à faire périr le genre humain ; dans sa menace et son annonce formulées cent ans à l'avance ; dans son agent, une pluie extraordinaire qui a duré quarante jours et quarante nuits, etc. Dans ma conviction raisonnée, les fontaines du grand abîme et les cataractes du ciel sont des sources d'eau prises en dehors de celles que l'on trouve à la surface et dans l'intérieur de la terre. Car, ce que donnent les cataractes et les abîmes du ciel, c'est une pluie miraculeuse, divine, dont, à cette époque de la constitution de la terre, les éléments naturels, sous le nom d'eaux supérieures, existaient dans l'atmosphère et dans l'espace.
Dans ces paroles de Moïse : « Dieu amena l'esprit sur la terre et les eaux diminuèrent, » on peut voir une interven'ion surnaturelle de l'Esprit créateur ramenant en partie les eaux aux espaces célestes, à l'état, mystérieux pour nous, d'eaux supérieures; ou plus simplement un vent violent et brûlant que Dieu fit souffler au moment voulu pour faire évaporer les eaux. L'évaporation d'ailleurs était grandement facilitée par le pouvoir absorbant du sol. Des savants ne craignent pas
-]i26 LES SPLENDEURS DE LA FOI.
d'affirmer que la terre tout entière pourrait absorber cinquante océans comme les nôtres, et que, de fait, elle a déjà absorbé la cinquantième partie des eaux qui la recouvraient primitivement, en attendant que son pouvoir d'absorption, continuant à s'exercer incessamment, l'ait entièrement desséchée, comme il est déjà arrivé en partie de la planète Mars, et en totalité du satellite de la terre qui ne présente plus aucune trace d'eau à sa surface.
L'universalité absolue du déluge est hautement affirmée, \° par le texte de la Genèse, qui nous montre les plus hautes montagnes couvertes d'eau sous le ciel tout entier! Que pourrait-on dire de plus? 2!° par la tradition ; 3° par Tincompatibilité d'un déluge particulier avec le récit biblique. Quelle nécessité de faire bâtr une arche, d'y enfermer les hommes et les animaux pou les soustraire à un déluge qui ne devait inonder qu'une petite partie de la terre? N'était-il pas plus raisonnable d'inviter les personnes qu'on voulait sauver, à émigrer vers les pays sur lesquels le déluge ne devait pas se déchaîner ; d'autant plus qu'elles étaient prévenues longtemps à l'avance, ou qu'elles avaient cent ans devant elles. Il est, d'ailleurs, tout à fait conforme aux lois de la mécanique que la terre ait pu être entièrement recouverte par une couche liquide, comme elle l'avait été, et avant son passage de l'état liquide à l'état solide, et avant la séparation des continents, quand les eaux envahissaient tout.
La seconde difficulté, prétendue insurmontable, que l'on oppose à l'universalité absolue du déluge, est qu'il semble impossible de concevoir une pluie assez abondante pour couvrir les sommets des montagnes de quatre à huit mille mètres de hauteur. Mais nous n'avons pas le secret des eaux supérieures du firmament ou des espaces célestes, que Dieu avait pu tenir en réserve dans des proportions dont nous n'avons aucune idée!
Enontre,les partisans les plus convaincus de la théorie des soulèvements admettent que les énormes disloca-
LA lui Ll i..\ SCIENCE. 127
lions, sonlèvemenls ou tassements, qui ont fait naître les immenses chaînes de montagnes de l'Europe centrale, les Alpes, tle l'Amérique centrale, les Andes, de l'Asie centrale, rUimalava, sont relativement récentes, contemporaines, ou à peu près, du déluge. M. Élie de Beaumont n'hésitait pas à dire que l'homme avait été témoin du soulèvementdes Alpes et des Andes; il ajoutait même que ces soulèvements avaient pu être la cause du déluge, en ce sens que les eaux de la mer refoulées par la dépression du sol auraient tout inondé. « La dépression soudaine d'une étendue suffisante des continents, disait M. Tait, produirait un lac capable d'ensevelir les sommets des plus hautes montagnes.» Dans cette hypothèse, les eaux souterraines et les mers auraient joué, avec la pluie atmosphérique, un rôle considérable dans l'immense inondalion. Il mesembleplus naturel de faire servir l'immense inondation à l'explication des dislocations gigantesques que la science accepte comme contemporaines, ou à peu près, du déluge. Sous l'énorme pression d'une colonne d'eau de plusieurs centaines de mètres, la puissance d'absorption du sol a dû atteindre des proportions extraordinaires; et, au contact du feu central, la masse d'eau absorbée, se réduisant subitement en vapeur, a pu faire naître des explosions volcaniques, aussi extraordinaires dans leur genre que le déluge lui-même; ou bien encore, les eaux absorbées en si énorme quantité ont pu déterminer des éboulements souterrains et des tassements formidables. En résumé, les hauteurs de quatre à huit mille mètres que l'on constate maintenant n'existaient peut-être pas avant le déluge, les montagnes primitives de la terre n'avaient peut-être rien d'excessif; et la pluie torrentielle, aidée du miracle, a pu suffire à un déluge universel.
On ne peut pas non plus arguer contre la vérité d'un déluge universel, de la capacité insuffisante de l'arche. L'arche, en effet, est le plus grand des navires qui aient jamais existé, en y comprenant le Great-Eastern, le géant des marines modernes. Des calculs rigoureux démontrent
en effet, que la capacilô de l'arche surpassait d'un cinquième la capacité du Great-Eastern. Or l'amiral Paris a constaté que le Great-Eastern Siucait pu prendre à son bord dix mille hommes et les transporter en Chine à travers l'isthme de Suez! L'arche aurait donc pu contenir douze mille hommes, chiffre énorme, qui, rapproché du chiffre des espèces animales du globe, quatre mille six cent vingt espèces (chiffre de Linnée doublé), prouve, de la manière la plus évidente, que l'arche suffisait surabondamment à contenir le monde animal tout entier. L'argument tiré de l'insuffisance de l'arche, non-seulement perd ainsi toute sa valeur, mais il plaide invinciblement en faveur de l'universalité du déluge. Pour tout homme sensé, en effet, ces dimensions extraordinaires de l'arche seront une démonstration palpable de sa destination providentielle, de sa parfaite adaptation au but qu'elle devait faire atteindre, et de l'universalité du déluge. Ce n'est plus le trop grand nombre de genres et d'espèces qu'il faut invoquer pour affirmer l'impossibilité de l'arche et du déluge universel, c'est au contraire aux dimensions colossales de l'arche qu'il faut demander le secret delà multitude des genres et des espèces qui peuplaient le globe. Cet argument est d'autant plus écrasant, que, dans l'hypothèse d'un déluge restreint, l'arche, grande ou petite, n'aurait pas eu sa raison d'être. L'émigration eût été un moyen bien plus simple et bien plus sûr de sauver l'universalité des êtres. En affirmant résolu le problème de l'accommodation du Great- Eastern au transport de dix mille hommes dans une traversée de six mois, l'amiral Paris ne laisse plus place aux objections, et nous osons dire que, pour la première fois, les grandes questions du déluge et de l'arche sont éclairées d'une lumière toute nouvelle.
Mais comment Noé a-t-il pu réunir tant d'espèces répandues sur toute la surface de la terre? Le texte de Moïse est formel : Le Seigneur ne dit pas rassemble^ mais prends, comme le berger prend au milieu du troupeau la brebis qu'il veut choisir, car le troupeau était
LA FOI n LA SCIENCE. J cjg
rassemblé par le Seigneur, comme au jour de la grande revue du règne animal passée dans le paradis terrestre. Philon, écho sans doute de la tradition, dit à son tour : « Aucun animal ne fit de résistance, les bêtes féroces s'adoucissant tout à coup, suivirent leur sauveur comme le troupeau suit son pasteur. »
Quoiqu'il soit certain que le déluge a été universel, l'Église n'a jamais défini, comme dogme de foi, que les eaux diluviennes aient submergé absolument toutes les parties du globe, même celles qui n'étaient pas habitées ; de sorte que, dans le cas où l'on ne verrait aucun autre moyen du résoudre les difficultés opposées au récit de Moïse, on pourrait admettre, par exemple, que la seule partie de l'Asie habitée était entourée de hautes montagnes, et que les eaux ont pu s'y accumuler assez pour faire périr tous les hommes et tous les animaux^ tandis que les animaux qui vivaient sur les autres points de la terre, échappaient au déluge qui n'avait pas été déchaîné contre eux.
En résumé, le déluge, de Moïse, que les traditions judaïques nous font presque toucher, inondation surnaturelle dans son but, naturelle à la fois et miraculeuse dans ses agents physiques, qui a dû être et qui été générale ou qui a couvert tonte la terre, mais qui a pu, à la rigueur, être limitée à la terre habitée et à ses plus hautes montagnes, lesquelles pouvaient d'ailleurs ne pas être très-élevées, n'est nulllement contredit par la science.
Faut-il aller plus loin, faut-il solliciter et attendre de la Géologie des preuves directes de la vérité du déluge? Nous n'hésitons pas à dire que non. Le déluge est tout à fait en dehors de la Géologie, car la Géologie avait fini depuis longtemps quand le déluge est survenu. Si, comme cela nous semble certain, la grande inondation n'a pas détruit le règne végétal, si elle a laissé à peu près intacte la surface de la terre; si, comme le dit le texte biblique, les eaux écoulées, les plantes sont réapparues vivantes, les géolosues n'ont
lao
rien à faire avec elle; nous aurions tort, grand tort, de leur en demander des traces, comme ils auraient tort, grand tort de nous opposer l'absence de dépôts diluviens, qui ne nous sont nullement nécessaires. Dans cet ordre de choses, en effet, les cadavres des hommes et des animaux noyés par le déluge seraient restés à la surface du sol. Les chairs abandonnées aux influences atmosphériques auraient été décomposées par l'action de l'air et de l'humidité; les os à leur tour, se seraient aussi délités et réduits en poussière. Peut-être même ces débris humains sont-ils restés enfouis sous les eaux? Nous renonçons donc absolument à invoquer, en preuve du déluge, tout ou presque tout ce que le célèbre géologue Buckland, dans un excès peut-être d'orthodoxie biblique, appelait les reliques du déluge, et nous sommes à jamais dispensés de chercher l'homme antédiluvien.
Je sais que d'autres écrivains catholiques sont d'un avis contraire, ou n'hésitent pas à admettre que la Géologie moderne donne la solution définitive de la grande question du déluge. Il existe, en effet, disent-ils, sur toute la terre un terrain de transport appelé diliivium, dont la formation ne saurait remonter au-delà de la période quaternaire. Le diluvium renferme les restes d'êtres organisés, identiques ou analogues aux espèces actuellement vivantes. Au sein de ce même diluvium gris, comme dans les cavernes à ossements, nous rencontrons sur divers points des silex taillés de main d'homme et des ossements humains. La coïncidence est complète et nous pouvons hardiment conclure que la grande inondation qui a dépose le diluvium gris est aussi celle qui a englouti l'homme antédiluvien. Hien de plus commode en apparence, en réalité rien de moins admissible et de plus dangereux. Dans ce système, en effet, il faudrait vieillir considérablement l'homme ou reculer indéfiniment son apparition sur la terre. « Il est impossible, disent en effet ses partisans, d'admettre pour la formation du diluvium et des terrains qui lui sont postérieurs, une période de temps aussi courte que celle que les chro-
nologistes ont indiquée. » En outre, s'il est quelque chose de certain, c'est que le déluge de Noé a été un, et que sa durée n'a pas dépassé une année. Or les partisans du système dont nous parlons, reconnaissent qu'il est impossible que les couches du diluvium aient été formées simultanément dans toutes les contrées du globe. Elles ont dû être déposées successivement, pendant toute la durée de la période quaternaire (plusieurs milliers d'années). Évidemment, celte inondation universelle dans ses efïets, mais successive dans ses développements, n'est pas le déluge de Moïse, elle en est plutôt la négation. En outre, si l'homme des dépôts quaternaires, des cavernes à ossements, des cités lacustres, est l'homme antédiluvien, cet homme antédiluvien est préadamite ou adamite : s'il est préadamite, ce ne sera plus l'homme de la Genèse, l'Homme dont les crimes ont provoqué le déluge ; s'il est adamite, il ne sera pas en tout cas noachiqne, ce ne sera plus l'homme de la dispersion; la double unité de la race humaine, si clairemnet affirmée dans la sainte Écriture et dans la tradition chrétienne, ne subsistera plus. Le déluge géologique ne nous fait rien gagner, il nous fait au contraire tout perdre !
En résumé : \° Moïse a pu et a dû être parfaitement au courant, non-seulement du fait fondamental du déluge, mais de ses circonstances. Abraham, en effet, a vécu deux cent quatre ans avec Sem, Isaac cent ans, et Jacob quarante. De Jacob à Moïse il n'y a eu que quatre générations; et si Moïse n'a pas vu Jacob, son frère Amram l'a certainement vu. La tradition du déluge n'a donc eu à passer que par quatre bouches, au plus, pour arriver à Moïse. On pourrait même concevoir qu'elle n'ait passé que par deux bouches, celles de Jacob et d'Amram. 21° La parole de Moïse est précise, circonstanciée, d'une netteté qui exclut toute équivoque. Les dimensions de l'arche sont clairement désignées et la science moderne est venue nous affirmer que ces dimensions sont plus que suffisantes pour le but qu'il fallait atteindre. La construction de ce grand bâtiment était,
sans contredit, une entreprise considérablo, et le serait même pour les hommes de nos jours, mais les voyageurs modernes ont constaté qu'une telle œuvre, quelque .grandiose qu'elle soit, n'est pourtant pas comparable aux monuments gigantesques de l'époque de Noé, dont les échantillons sont encore sous nos yeux.
La mer Morte. D'après les textes sacrés : 1° la vallée 'de Siddim, appelée dans la Yulgate la vallée sylvestre, par les Septante la vallée salée, avoisinait les cinq villes, mais ne constituait pas leur territou-e ; 2° celte vallée était déjà remplie de puits de bitume ; 3° elle est devenue ensuite la mer Morte; 4° par conséquent, la mer Morte est récente. M.Louis Larlet qui, sous la haute et savante direction de M. le duc de Luynes, a étudié le périmètre entier de la mer Morte, affirme comme probable ou possible que la mer Morte soit antérieure à l'époque de la destruction de la Penlapole ; que dans un âge trèsreculé, qui a précédé de longs siècles l'apparition de l'homme sur la terre, elle était même pins étendue qu'elle ne l'est maintenant; que cette dépression continentale ne fut qu'un réservoir d'eaux atmosphériques, •dont la salure, empruntée à des circonstances locales, s'est de plus en plus accrue sous l'inlluf^nce d'une incessante évapoiation. Mais en môme temps M, Lartet admet, d'une part, que le problème à résoudre n'est ni sans difficultés ni sans mystères; de l'autre, que le double bassin de la mer Morte a eu ses phases successives; qu'il a été modifié par des phénomènes volcaniques dont la cause est encore en jeu. Rien n'empêche donc que le bassin de la mer Morte soit de formation trèsancienne, et que ce bassin ait été, à l'une de ses extrémités, profondément modifié par l'effondrement qui .aurait englouti toute la vallée de Siddim. C'est la soluition définitive à laquelle le savant et si consciencieux ivoyageur, M. Victor Guérin, a été conduit par une étude .nttenlive des lieux. À l'époque d'Abraham, la mer Morte, déjà existante, comprenait seulement le grand et profond
LA FOI ET LA SCIENCE. ^gg
bassin septentrional qui s'étend au nord de la presqu'île de l.isan ; et la Penlapole aurait embrassé dans ces limites cette presqu'île, la lagune méridionale, le canal qui la jomt à la zone antérieure, ou le lac proprement dit, et peut-être aussi la Sebkah qui s'arrondit en plaine marécageuse anlour de cette lagune. « En résumé, conclut M. Victor Guérin, la Pentapole arrosée jadis par le Jourdain, s'est effectivement abaissée plus tard, à la suite de l'embrasemeut des villes coupables, pour former, soit le bassin complet de la mer Morte, soit seulement la lagune méridionale. Et M. le duc de Luynes, comme conclusion de son exploration, n'hésite pas à dire : « La grande lagune qui forme l'extrémité de la mer Morte, au sud de la Lisan, occupe la place delà plaine de Siddim. Les villes maudites étaient situées au pied des montagnes, vers le Gor. Je cherche Sodome et Gomorrhe au pied du lac. »
M. L. Lartet semble vouloir que la mer Morte ne fût ni plus m moins qu'un de ces lacs salés que l'on rencontre assez sonvpnt dans l'intérieur des continents. Cette prétention est combattue et réfutée par «a seule énumération des propriétés ou des qualités de la mer Morte, en si parfaite concordance avec les noms que la sainte Ecriture lui donne. 1° Mer de sel. La salure de ses eaux est extrême, incomparablement plus forte que celle de toutes ies autres mers, sa densité varie entre 1,160 €t 1,230. t*^ Mer Morte. Saint Jérôme disait que de son temps on ne rencontrait jamais rien dans cette mer qui respirât ou qui pût se mouvoir. Le microscope lui-même n'a pas pu y faire découvrir la plus petite trace de vie ou de substance animale. M. Louis Lartet a constaté que les animaux déjà accoutumés à vivre dans une eau fortement salée, y meurent instantanément. A certaines époques, du moins, le séjour sur ses eaux est malsain et dangereux, il a coûté la vie à plusieurs Toyageurs, entre autresà Dale et Molineux, officiers de marine. 3° Mer Âsphaltite ou d' asphalte. Le lac, disait Strabon, est rempli d'asphalte qui, à des époques irré-
gulières, monte du fond, en même temps qu'il s'élève baaucoup de vapeurs, sorte de fumée transparente qui ternit les métaux polis ou brillants. Au dire des Arabes, l'apparition de l'asphalte serait précédée de commotions souterraines. M. L. Lartet dit à son tour : c'est sans doute des profondeurs du lac que sont sorties ces masses considérables de bitume de Judée que l'on a exportées au , loin. Jésus-Christ a dit lui-même (S. Luc, eh. xvii, V. 29), que le jour où Loth sortit de Sodome, il tomba du ciel une pluie de feu et de soufre qui fit périr tous les habitants. Ainsi c'est le feu, un feu non sorti de la terre mais tombé du ciel qui fut l'agent destructeur des villes de la Pentapole. Et voici, en effet, que M. de Luynes repousse l'Jiypothèse qui attribue aux volcans la destruction de ces villes : « L'étude des lieux, dit-il, ne permet pas de l'admettre. » Un voyageur éminent et célèbre, M""" Meslin, l'auteur des Lievx saints, dit, de son côté, que l'action du feu est encore visible dans tout le bassia de la mer Morte.
Lorsqu'en 1812, Burckard eut signalé la grande vallée de l'Arabah qui s'étend au sud de la mer Morte, dans la direction de la mer Rouge, on la considéra naturellement comme l'ancien chenal par lequel le Jourdain allait se jeter dans le golfe élamilique. Mais la profonde dépression de la mer Morte, et la ligne de faîte, élevée de deux cent quarante mètres, laquelle, formant un double versant, partage la vallée de l'Arabah en deux bassins indépendants, qui envoient leurs eaux, l'un dans la mer Morte, l'autre dans la mer Rouge, rendraient impossible l'écoulement du Jourdain dans le golfe éla- ; milique. 11 faudrait donc admettre que la ligne de faîte découverte par Burckard est le résultat d'un soulèvement du sol produit par une éruption volcanique. Coïncidence frappante I Un phénomène semblable est clairement indiqué, dans le psaume CXIII : « Lorsqu'Israël sortit d'Egypte, la mer le vit et s'enfuit, le Jourdain retourna en arrière, les montagnes bondirent comme des béliers et les collines comme des agneaux. « Ne peut-
LA FOI ET LA SCIENCE. j35
on pas admettre que l'ancien lit du Jourdain doit h ce soulèvement sa forme actuelle de deux vallées de pentes opposées, l'EI-Ârabah et l'EI-Akabad, séparées par le seuil ou ligne de faîte de El-Solhe.
L'épisode de la femme de Lolh n'a rien de scientifiquement impossible. Surpris par la lave liquide, mélange fondu de bitume enflammé et de sel, si abondant dans la contrée, le corps de la femme de Loth a pu être carbonisé à la fois et pétrifié, en conservant à peu près sa forme première. L'auteur du livre de la Sagesse invoque en témoignage de la destruction par le feu des villes de la Pentapcle, la configuration d'une masse de sel, soucenir d'une âme incrédule. Beaucoup de saints Pères semblent affirmer que cette configuration subsistait encore sous forme d'une de ces colonnes de sel très-nombreuses sur la montagne de Sodome.
Le Passage de la mer Rouge. Dans le récit de l'Exode il s'agit évidemment d'un événement réel, avec désignation des lieux où il s'est passé et toutes ses circonstances essentielles ; d'un événement qui, comme tous les grands faits bibliques, consacré d'abord par le sublime cantique de Moïse, inspiration visiblement divine, a été rappelé d'âge en âge. On a fait mille efforts pour réduire à des proportions vulgaires ce grand fait, dont l'illustre voyageur Bruce disait : « Le passage de la mer Rouge nous est raconté par la sainte Ecriture comme un fait miraculeux, dès lors nous n'avons pas à lui chercher des causes naturelles. » Spinosa a imaginé que le passage à pied sec de la mer Rouge fut l'effet d'un vent violent qui souflla toute la nuit. Plusieurs auteurs anciens prétendent que les Hébreux n'avaient pas traversé réellement la mer Rouge, mais qu'ils avaient seulement côtoyé le rivage. Suivant M. Salvador, le flux permit aux Hébreux de franchir le détroit, le reflux aurait englouti les Égyptiens. D'autres veulent que Moïse, qui avait parcouru longtemps les bords de la mer Rouge, conduisit la multitude entière des Hébreux à un gué connu de lui. Ce sont là autant
d'assertions gratuites, qui donnent au récit des Livres saints autant de démentis arbitraires et insensés. M. Richard Owen fait disparaître la mer Rouge de la région où elle a dû être traversée par les Hébreux ; il veut que les deux mers aient été séparées par l'isthme consolidé de Suez dès les temps miocènes, et invoque en faveur de cette séparation, remontant à plusieurs mille ans, le prétendu fait qu'il n'y aurait aucune espèce animale commune aux deux mers, Rouge et Méditerranée. Mais, d'une part, M. de Lesseps et les ingénieurs du canal de Suez n'hésitent pas à affirmer que, à l'époque où les Israélites quittèrent l'Egypte sous la conduite de Moïse, la mer Rouge faisait sentir ses marées bien loin dans l'intérieur de l'isthme de Suez, et ils invoquent, en preuve de leur affirmation, l'énorme banc de sel des lacs amers. Ea second lieu, un des collègues de M. Richard Owen, M. Woodward, a signalé déjà près de cinquante espèces animales communes aux deux mers.
Un ingénieur distingué des constructions navales, M. Lecointre, a conclu d'une exploration trés-approfondie delà contrée, que le passage de la mer Rouge par les Hébreux a eu lieu dans la partie de l'isthme de Suez qui constitua plus tard les lacs amers. Nous constatons que cette solution d'un problème intéressant et difficile est très-conforme au récit des Livres saints. On pourraiÊ peut-être placer au moment solennel du passage le soulèvement dont il a été question plus haut, à l'occasion du Jourdain. Après s'être élevé pour donner passage aux Hébreux, le fond^ de la mer Rouge se serait dérobé sous les pieds des Égyptiens. Ce double mouvement ne nous semble pas assez indiqué par le texte sacré. Nous aimons mieux placer plus tard, peut-être, à la date des événements du Sinaï, le soulèvement du sol qui en élevant d'une part le seuil de Chalouf et du Sérapéum, dans Tisthmede Suez, aurait séparé les lacs amers de la mer Rouge, qui en élevant d'autre part la Ugne de faîte de la vallée de l'Arabah aurait refoulé le Jourdain dans la mer Morte.
On a opposé au témoignage des Livres saints le silence des historiens profanes en général, et surtout des historiens de l'Kgypte. Ce silence est loin d'être aussi absolu qu'on l'affirme; on trouve, au contraire, dans une multitude de documents, des allusions défigurées, mais trèstransjiarentes, aux rapports de Moïse et des Hébreux avec les rois et le peuple d'Egypte ; je cite quelques-unes des plus importantes. Ne pourrait-on pas aller plus loin, et admettre avec M. l'abbé Guérin du Rocher (Hérodote, historien du peuple hébreu, sans le savoir) que l'histoire ancienne des rois d'Kgypte,' n'est qu'une altération, systématique et grossière, de ce que les Livres saints renferment relativement à l'Egypte et aux Egyptiens ? Ces rapprochements amènent une fois de plus à se demander comment les ennemis de la révélation ont le triste courage de comparer et, ce qui est plus odieux encore, de préférer à Moïse, Hérodote, Manélhon, Diodore de Sicile, etc.
Le pansage du Jourdain. Ne pas prendre à la lettre le texte de Moïse, vouloir que les Hébreux aient passé le Jourdain sur un pont ou par un gué qui auraient existé même au temps des plus grandes eaux, c'est attenter à la vérité du récit biblique, à la véracité des écrivains sacrés. Josué affirme que le passage eut lieu à la fois, et en avril et au temps de la moisson des orges ; or, dit Voltaire, la moisson, sur les bords du Jourdain, ne se faisait qu'en juin. C'est une grosse erreur; les prémices de la moisson d'orge étaient offertes au Seigneur le lendemain de la fête de Pâques, et celles de la moisson de froment le jour de la Pentecôte, qui tombait souvent en mai. Le mois d'avril était donc le temps de la pleine moisson. M. Victor Guérin, témoin oculaire, affirme que dans la vallée du Jourdain la moisson se fait d'ordinaire à la fin d'avril. Voltaire accordait à peine quarante-cinq pieds à la largeur du Jourdain; celte largeur est telle, qu'il faut, même en dehors des débordements, le bras d'un homme vigoureux pour lancer avec la fronde une pierre d'un bord à l'autre.
.|^.>g LES SPLENDEURS DE LA FOI.
Les silex ou couteaux de pierre de Josué. La Vulgate affirme que, sur l'ordre de Dieu, Josué fit tailler à Galgal des couteaux de pierre pour circoncire les enfants d'Israël- Les Septante ajoutent que, en enterrant Josué, les Israélites jetèrent dans son tombeau des couteaux de pierre de la circoncision. A ma prière, M. l'abbé Richard, hydrogéologue célèbre, est allé chercher à Galgal et au tombeau de Josué les couteaux de pierre ou silex taillés qui devaient y être, et il les a trouvés en grand nombre.
Sciences historiques. -^ Accord général des découvertes égyptiennes et de la Bible. C'est Champollion luimême qui écrivait : « Aucun monument égyptien n'est réellement antérieur à l'an 2200 avant notre ère... Cette antiquité n'offre rien de contraire aux traditions sacrées; elle les confirme sur tous les points. Tous les rois d'Egypte nommés dans la Bible se retrouvent sur les monuments. La Bible écrit mieux leurs noms que ne l'ont fait les écrivains grecs. »
Reconnaissance générale des lieux de la Bible. Un des grands résultats de l'exploitation topograpliique de la Palestine par des officiers de l'état-major d'Angleterre a été l'identification des noms des lieux arabes avec les noms de lieux de la Bible. On y est parvenu à tel point, disait le lieutenant Couder, dans son dernier rapport, qu'il est à peine un des lieux de la Bible qui ne soit pas inscrit sur les cartes ; de sorte que désormais les récits de la sainte Ecriture, éclairés par la connaissance parfaite des lieux, reprendront toute la vie d'annales contemporaines.
Roboain roi de Juda. Le livre des Rois nous apprenait que le roi égyptien Sésac, le Sésonch des monuments, avait pris Jérusalem et emmené captif le roi Roboam ; et voici que sur le mur méridional de la grande salle du Carnac, on voit Sésonch traîner aux pieds de ses dieux, parmi un très-grand nombre d'autres, un personnage humain, portant sur sa poitrine rinscription : Royaume de Juda.
LV FOI ET LA SCIENCE. ^gg
Chodorlahomor et AmraphaL La Genèse nomme ces deux rois parmi ceux qui déclarèrent la guerre aux rois de la Penlapole ; leurs noms ne figurent nulle part ailleurs dans la Bible. Or le célèbre assyriologue Georges Smylh a trouvé sur une brique cette inscription, en caractères cunéiformes : « Au dieu Hurki (la lune) son roi Kudur-Mabug (Chodor-Lahomor), conquérant de h Syrie, pour sa vie et pour la vie de Amar-Bellih (Àmarplial), roi de Luisa (Senkerch, Sennaar), construisent le temple de Raba de Hurki. » Ces briques ont été faites et gravées par les ordres de Chodor-Lahomor et Amarphal, contemporains et rivaux d'Abraham, il y a quatre raille ans I
Allocution de Ramsès III. Sur le papyrus admirablement conservé de M. Harris, M. Eisenlhor de Heidelberg a lu une allocution dans laquelle Ramsès III rappelle qu'il est parvenu à comprimer une révolution religieuse, le monothéisme de Moïse, et fait allusion a la série des événements qui ont abouti à l'Exode des Israélites. C'est un témoignage trente fois séculaire rendu à la vérité des Livres saints : ce sont les propres paroles de M. Eiseidhor.
Les Ri'kahiies. Le prophète Jérémie avait dit aux Rékabites : «Parce que vous avez obéi aux paroles de Jonadab voire père.., la race de .Tonadab ne cessera pas de produire des hommes qui serviront toujours en la présence de Dieu. » C'était comme une promesse de durée indéfinie pour un peuple qui ne bâtissait jamais de villes, habitait des cavernes, cultivait les champs, nourrissait des troupeaux, n'usait jamais de vin ni de chair, et était toujours vêtu de noir. Or, le 30 novembre 1860, M. Pierrotti, l'auteur de la Palestine actuelle dans ses rapports avec la Palestine ancienne, a constaté, au sud de la mer Morte, l'existence de tribus nomades de Rékabites, au nombre de quarante mille, aussi fidélesque du temps de Jérémie aux prescriptions de Jonadab, leur père.
Les Ismaélites. La Genèse avait dit d'Ismaël : « Il
lèvera la main contre tous, et tous lèveront la main contre lui, et il dressera ses tentes devant tous ses frères. » Le même M. Pierrotti dit avoir rencontré à Tibériade quelques hommes de la tribu indépendante des Yaoudiel-Bekir qui lui ont dit : « Nous sommes les enfants d'ismaël, fils d'Abraham, nous ne sommes pas musulmans, notre nom signifie Juifs, grands et anciens, nous sommes environ dix mille. » Qu'un peuple intelligent, actif, entouré pendant des siècles de nations civilisées, soit jusqu'à présent demeuré errant, c'est, dit un voyageur anglais, Kic-Porter, un miracle subsistant, un des faits mystérieux qui établissent la vérité incontestable des prophéties.
Misah, roi de Moab, et Ochosias, roi des Juifs. M. Clermont-Ganneau, chancelier du consulat de Jérusalem, a eu la bonne fortune de découvrir aux environs de la mer i\Iorte, dans l'ancien pays de Moab, un gros blocou stèle de basalte, portant une inscription en caractères hébraïques qu'il a pu faire estamper, et que M. de Vogiié a déchiffrée. On y lit: «Je suis Mesah, fils de Chamos, fils de Monb. J'ai combattu Israël. Chamos a humilié Jéhovah. » Cette stèle nous révèle donc après de longs siècles le nom et les actes de Mésah, présenté par la Bible comme roi de Moab, et nous révèle une campagne faite par les Moabites contre Israël, campagne que^ les Livres saints ne f;iisaient que laisser soupçonner.
Ezéchias et Sennachérib. Le livre des Rois raconte que, la quatorzième année du roi Ezéchias, Sennachérib, roi des Assyriens, s'empara d'un grand nombre de villes fortifiées de Juda, imposa à Ezéchias un lourd tribut, et, suivant la promesse faite à Ezéchias par Isaïe, s'en retourna sans avoir pris Jérusalem, effrayé du massaci'e dont son camp avait été le théâtre. Or MM. Oppert et Rawlinson ont lu, écrites en caractères cunéiformes sur des prismes, des inscriptions qui confirment pleinement le récit des Livres saints.
« L.<;échias le juif ne se soumit pas... Je l'enfermai dans Jérusalem, la ville de sa puissance, comme un
oiseau dans sa cage... Il envoya vers moi à Ninive, avec trente laleuls d'or et quatre cents talents d'argent. » Bérose, en outre, raconte, presque dans les mêmes termes que le quatrième livre des Rois, la manière honteuse dont Sennachérib perdit la couronne avec la vie. Après la guérison d'Ézéchias, la Bible dit que Baladan, roi de Babylone, lui écrivit pour le féliciter, et M. Rawlinson, a, en effet, constaté par les inscriptions que le roi Mérodach-Baladan envoya un ambassadeur à Kzéchias. Sennachérib et Baladan sont donc comme Ézéchias des personnages historiques.
Ruine de Bab>jlone. Dieu par la bouche d'Isaïe avait dit de Babylone : «J'effacerai le nom de Babylone, j'anéantirai sa race, ses habitants, ses vestiges, J3 la doniierai au hérisson des rumes, je la couvrirai de marécages, je balayerai la dernière trace de ce séjour maudit. » Tous les voyageurs sont unanimes à dire qu'aujourd'hui Babylone semble frappée de malédiction, que son nom est un nom de terreur pour les habitants du désert, qu'elle est l'effroi des nations, que les caravanes s'éloignent d'elle avec précipitation pour éviter jusqu'à l'aspect de ses ruines.
Défaite et captivité de Mariasses; défaite de Sennachérib; chute de Ninive. Confirmant pleinement le récit des Livres samts, d'autres monuments assyriens nous révèlent : 1° que Asserhaddon, roi d'Assyrie, vicaire de Babylone, s'empara de toute la Syrie et exila ses habitants; ce qui explique comment Manassès put être envoyé à Babylone; 2" que Manassès fut en effet rétabli sur son trône comme délégué du roi d'Assyrie ; S" que, comme l'avait prédit le prophète Nahum, Asseihaddon s'empara de la ville de Thèbes ; 4° que par suite, sans doute, de la défaite de Sennachérib et de l'extermination de l'armée assyrienne, Phaorte, roi des Mèdes, l'Arphaxctd de la Bible, redoubla d'énergie et s'empara de Ninive; que, eonformément aux prophéties, Ninive, la ville immense, aux sept lieues de long, aux dix-huit Heues de tour, disparut si complètement, qu'il semblait impossible de
découvrir même le lieu oîi elle avait été, et qu'on osait nier son existence et sa grandeur. M. Botta, consul de France kMossoul, est enfin parvenu à mettre au jour les palais de Assarhaddon et deNabuchodonosor, et à constater que Ninive, qui couvrait l'espace qui sépare Korsabad du Tigre, répondait par sa magnificence au récit des prophètes et aux souvenirs de l'Orient. Un autre consul, M. Victor Place,, a retrouvé dans une chambre souterraine l'immense provision d'instruments de fer et d'acier qui avaient servi à l'érection de ces monuments splendides.
Animaux symboliques d'Ézéchiei Les musées assyriens de Paris et de Londres offrent aujourd'hui aux regards étonnés des statues colossales, appelées taureaux ailés, qui semblent avoir été exhumées de leur oubli séculaire, pour devenir des témoins gigantesques de la vérité de nos Livres saints. Ce sont bien là les animaux dont Ézéchiel disait : Leur aspect est une ressemblance humaine.
Ruines de Tijr. « Le sort a frappé Tyr, dit M. de Volney, la reine des mers, le berceau du commerce qui civilisa le monde, le pêcheur indigent habile les caves voûtées où jadis s'entassaient les trésors du monde. Ses ruines semblent n'avoir été conservées que comme une preuve visible de l'accomplissement de la parole divine : « elle sera comme le sommet d'un rocher, et elle « servira à sécher les filets des pêcheurs. »
Ruines de Samarie. L'heure marquée pour la punition des crimes de Samarie avait sonné. Le livre des Rois raconte que dans la quatrième année du roi Ezéchias, Salmanazar, roi d'Assyrie, investit Samarie, et que ce ne fut pas Salmanazar, mais les Assyriens qui la prirent au bout de trois ans. Isaïe ajoute que le Tartan envoyé par le roi d'Assyrie contre Azoth et qui la prit s'appelait Sargon, dont il n'existe aucune autre mention dans la Bible. Tout est expliqué par une des plaques de marbre qui décoraient les salles du palais de Korsabad. « J'ai, dit Sargon, occupé la ville de Samarie et
réduit en captivité sept mille deux cent quatre-vingts personnes qui l'habitaient. » Désormais il ne saurait y avoir de doute, le nom du conquérant de Samarie est Sargon, le général révoqué de Salmanazar, qui détrôna son maître et s'empara de sa couronne. Son nom de général était probablement Enemessar que lui donne le texte grec du livre de Tobie. La vérité des Livres saints est pleinement confirmée.
Prophétie d'Abdias et d'haïe contre l'Idiimée. Comme l'avaient annoncé les prophètes', l'Idumée est toute en ruine, plus de trente villes détruites sont absolument désertes, les scorpions y abondent, les cormorans y sont innombrables. Edom est renommée pour la multitude de ses corbeaux ; les chèvres sauvages {pilosus du prophète) se trouvent partout sur les montagnes.
Châtiment de l'Egijpte. Volney et les autres voyageurs ne font que répéter le langage des prophètes lorsqu'ils disent : « l'Egypte a cessé d'appartenir à ses propriétaires naturels, elle a vu ses champs fertiles devenir successivement la proie des Perses, des Macédoniens, des Romains, des Grecs, des Arabes, des Géorgiens, et enfin de cette racedeTartares connus sous le nom de Turcs ottomans. Le système d'oppression est méthodique, tout ce que le voyageur voit ou entend lui rappelle qu'il est dans une terre d'esclavage et de tyrannie. En Egypte, il n'y a ni classe moyenne, ni noblesse, ni clergé, ni négociants, ni propriétaires!
Daniel et Nabuchodonosor. L'existence même de Nabuchodonosor était mise en doute par Voltaire, sous prétexte que Hérodote ne l'avait pas nommé. Une inscription déchilïrée par M. Oppert, nous apprend que la ruine aujourd'hui nommée Bar-Nemroud est le reste d'un édifice érigé par Nabuchodonosor ; et qu'au temps de ce roi, vers l'an 558 avant Jésus-Christ, on comptait quarante-deux vies humaines de cinquante-cinq ans, ou 2,730 ans. Or cet intervalle diffère de dix ans de celui que donnerait la chronologie biblique! Ce rapprochement est vraiment extraordinaire. M. Oppert a aussi décou-
144 LES SPLEr^DEURS DE LA FOI.
vert à Babylone une colline artificielle appelée Mokaltah, carrée, orientée, bâtie en brique, et qui semble avoir été le piédestal de la statue colossale élevée par Nabuchodonosor. La Bible attribue la reconstruction de Babylone à Nabuchodonosor, Hérodote l'attribue à Sémiramis. Une autre inscription met cette déclaration dans la bouche de Nabuchodonosor : «J'ai construit le siège de mon royaume, j'ai bâti ce palais indestructible... J'ai relaté ma construction sur des cylindres revêtus de bitume et de briques. » Ce sont précisément ces cylindres que -la science vraie est venue déchiffrer à la grande confusion de la fausse science. Enfin, faisant sans aucun doute allusion à son affreuse maladie mentale, Nabuchodonosor s'écrie dans l'inscription relative à la reconstruction de Babylone : « Accepte mon humiliation, accorde-moi la prolongation de ma vie jusqu'aux jours les plus reculés. »
Nous constatons enfin que M. Oppert a lu sur une brique, le nom du roi Ballhasar, pour lequel son père invoque la protection de la grande divinité.
Daniel fut deux fois sauvé des lions, une première fois sous Nabuchodonosor, une seconde fois sous Darius qui l'avait chargé du gouvernement d'une province ; or voici que dans les ruines de Babylone et dans la ville de Suse, celle dont Daniel fut gouverneur, on a trouvé des monuments sur lesquels sont sculptés des hommes et des lions : des inscriptions cunéiformes nous apprendront peut-être bientôt que nous avons sous les yeux des monuments commémoratifs du miracle biblique.
Le livre cVEsther. La première conquête moderne relative a la vérité de l'histoire d'Esther a été Tidentification faite par M. Oppert du nom de l'Assuérus de la Bible, avec le nom deXerxés. Les Septante avaient traduit Ayagite par Macédonien, les inscriptions de Korsabad nous ont appris que le pays d'Ayag faisait partie de la Médie, que Aman, parconséquent, était non pas Perse mais Méde comme l'indique le livre d'Esther. L'existence des courriers montés sur des chevaux lancés à toute vitesse, est confirmée par Hérodote. On a retrouvé dans la langue
porse fies caractères cunéiformes cinquante noms ou mots propres, mentionnés dans le livre d'Estlier; etc.
Destruction du second temple de Jérusalem. T'ûn?, luimême, dans sa fameuse déclaration : « J'adjure les dieux de Rome, la divinité de ce pays, les soldats qui m'entourent, les Juifs qui sont près de moi et vous-mêmes, que c'est vous seuls qui appelez la ruine sur ce temple, » proclame hautement qu'il n'a été que l'exécuteur des prophéties divines. Mais après le vaste incendie qui avait dévoré le temple, il restait encore pierre sur pierre! Pour que l'oracle reçût son plein accomplissement, il fallut que Julien l'Apostat eût l'étrange pensée de le relever de ses ruines. Ammien Marcellin, auteur contemporain, nous raconte que d'effroyables tourbillons de feu s'élançant des entrailles du sol, par jets continus, dévorèrent les travailleurs, et rendirent impossible Taccès des chantiers. L'élément destructeur semblait mettre une sorte d'opiniâtreté à repousser tous les efforts, et l'on fut obligé d'abandonner l'entreprise. Non-seulement il n'est pas resté pierre sur pierre du temple, mais ses derniers vestiges sont si complètement perdus, qu'aujourd'hui il est rigoureusement impossible de savoir exactement où il était.
Épisode du docteur Colenso. 11 y a un petit nombre d'années un ministre anglican, professeur d'arithmétique dans une école obscure, fut nommé évêque de Natal. Il se trouva bientôt assez initié à la langue zouloue pour essayer de traduire la Bible dans cette langue. Il avoue lui-même que, dès le début, il s'embarrassa dans les difficultés de son travail. L'arithméticien s'était attaché au contrôle des chiffres fournis par la Bible, et, tout compte fait, il n'avait pas réussi <à les concilier. En outre un chef zoulou, qu'il instruisait, l'avait accablé d'objections que l'évêque ne sut pas résoudre ; les rôles du missionnaire et du sauvage se trouvèrent ainsi intervertis ; l'autorité, l'ascendant, la raison, passèrent du côté du Zoulou. Le convertisseur devint le perverti. Ce fut
.J4Q LES SPLE>'DEURS DE LA FOI.
une apostasie véritable. Le livre dans lequel l'Évêque désarmé raconte sa mésaventure et développe ses objections, Le Pentaleuque et le Livre deJosué devant la critique, fit grand bruit, et causa un véritable scandale. Il disait, non sans hypocrisie, « comment moi, serviteur du Dieu de vérité, aurais-je osé forcer un de mes frères a croire ce que je ne croyais pas moi-même? » Les objections de Colenso n'ont rien de scientifique, sa prétention vraiment étrange est de convaincre d'erreur le Pentaleuque et le Livre de Josué, par de mesquines difficultés de détail, lesquelles, depuis deux mille ans, ont été remarquées de tout le monde et n'ont empêché la foi de personne, parce que ce sont des erreurs sur des chiffres particulièrement exposés aux distractions et aux caprices des copistes. C'est, comme le dit heureusement M. l'archidiacre Prat, une chasse aux ombres. Elle puisait tous ses dangers dans la position importante que le docteur Colenso occupait dans l'Égliser anglicane ! Mais une protestation et une déclaration solennelles de deux cent dix savants, amis de la religion, rappelèrent bienlôt au pauvre évêque que : « loin de s'appesantir sur les différences apparentes entre la science et les divines Écritures, tout esprit sage doit ne s'arrêter qu'aux points où toutes les deux sont d'accord, sans supposer, sans craindre jamais que la parole inspirée de Dieu et la science, dont le grand but doit être de célébrer la gloire de ses œuvres, puissent ne pas tenir toujours le même langage sur les matières qu'elles touchent en commun. Le triomphe du passé assure le triomphe de l'avenir. Chacune des découvertes si laborieusement accomplies dans toutes les branches des sciences humaines, est la confirmation la plus éclatante et la plus inattendue des textes les plus controversés de nos Livres saints 1 II en est ainsi depuis Porphyre jusqu'à nos jours. Aussi la Bible est-elle debout, triomphante et immortelle. A mesure que la main des démolisseurs a creusé autour des fondements de l'édifice pour les déraciner, elle y a trouvé de nouvelles assises, toujours indestructibles.» «Uationalistes.s'écrie M. l'abbé
LA FOI nr LA SCIENCE. 147
Darras, vous ne croyez j-as aux miracles, et vous êtes Tous-mêmes le plus étonnant des miracles, vous vous succédez depuis vingt siècles, légions intéressées contre légions, pour renverser un livre écrit jadis p;ir quelques Hébreux. Toutes les passions humaines sont vos alliées dans celte guerre. On a tant détruit de livres et vous n'avez pas réussi à détruire celui-là, en vérité c'est un prodige! » Colenso a été faible jusqu'au ridicule!
— Un autre adversaire de l'Ancien et du Nouveau Testament, M. Jacolliot, pousse la haine jusqu'à l'extravagance. Il ose affirmer que les faits de l'Ancien Testament n'ont de réalité que dans l'Inde ; que Jésus-Christ n'a jamais existé, et que ses historiens n'ont fait qu'attribuer à un être imaginaire de miraculeuses aventures copiées par eux dans les livres sacrés de l'extrême Orient. Réfuter cette thèse impie, ce serait supposer qu'elle repose sur quelque fondement. Les faits de l'Ancien et du Nouveau Testament identifiés avec le sol de la Judée, monumenlalisés mille fois, sont arrivés jusqu'à nous dans toute leur réalité et leur clarté, par une succession non interrompue. Supposer qu'on puisse leur disputer leur vérité de nature et d'origine, ce serait supposer qu'en plein jour ou peut nier la réalité de la lumière et l'existence même du soleil. L'ère des Védas loin de remonter à douze ou quinze mille ans, remonte à peine à quelques siècles avant ou même après notre ère. Tout le monde sait que c'est à la supercherie des Pandous qu'il faut attribuer la plupart des similitudes entre les Védas et la Bible. Le nom lui-même du héros messianique de M. Jacolliot, Christna, est un attentat contre la philosophie des langues.