QIE DANS LES PLANTES; ELLES PASSENT TOUTES FORMÉES
DANS LES ANIMAUX. » C'était la conclusion^ de ce manifeste bruyant. J'assistais à la séance dans laquelle il fut lu, etje n'oublierai jamaisreffetd'étonnement qu'il produisit. Allirmer que la graisse, le beurre, la cire, sont enfermés en entier dans l'herbe, les racines ou les fleurs; que les graines mangées contiennent et fournissent toute la graisse du porc, de l'oie et du chapon, semblait un attentat au bon sens, Et bientôt en efTet, un autre chimiste illustre, Liébig, démontra par des expériences positives que les matières grasses contenues dans les pommes de terre et le foin ne contribuent en rien à la formation du beune, puisqu'on les retrouve dans les fèces de la vaciie. » Puis M. Persoz prouva, la balance à la main, que la quantité de graisse élaborée aux dépens de l'amidon et du sucre de maïs est plus que double de celle contenue primitivement dans le maïs. Le réveil ou retour au bon sens se fit, et tous admirent que les animaux ont la faculté de créer de la graisse au moyen des substances sucrées ou des hydro-carbures qu'elles trouvent dans les plantes.
Les mensonges et les aberrations de V imagination et du microscope. Le trop célèbre Hseckel, l'oracle, en Allemagne, des sciences naturelles émancipées de la foi, a poussé de son côté l'extravagance jusqu'à dire : «Tous les êtres animés ou inanimés sont le résultat de l'activité matérielle, d'après les lois définies des forces appartenant à la nébuleuse primitive de l'Univers .... Le monde actuel existait virtuellement dans la vapeur cosmique; et une intelligence suffisante, connaissant les propriétés des molécules de cette vapeur, aurait pu prédire, par exemple, l'état de la faune de la Grande-Bretagne EN 1859, avec autant de certitude qu'on
PEUT dire ce que DETIENDRA LA VAPEUR DE l'HA-
leine dans un jour d'hiver. » Qwelle folle assertion ! En preuve de cette évolution continue qui aurait
donné naissance successivement à tous les êtres organisés et non organisés, Haeckel invoque le fait que, vus au microscope, les embryons, âgés de quatre semaines, de l'homme, du chien, de la tortue et du poulet se montrent identiques ou du moins presque identiques 1 Et il ne s^aperçoit pas que cette prétendue identité est la négation de la doctrine de l'évolution. En effet, le premier être protiste ou protogène, monère ou éozon, ne serait devenu, tour à tour, diatomée, rhysopode, cyclope, ascidie, poisson, tortue, poulet, chien, homme, qu'à travers une série de transformations indéfinies ; et, par conséquent, les embryons de la tortue, du poulet, du chien, de l'homme, qui sont toute la tortue, tout le poulet, tout le chien, tout l'homme, doivent différer essentiellement les uns des autres ; de sorte que la seule pensée de constater l'identité d'embryons, produits nécessaires, d'après Hgeckel , d'évolutions et de transformations innombrables, dans l'espace et dans le temps, est en elle-même une contradiction révoltante, une plaisanterie malhonnête. Si le microscope accuse cette identité impossible, c'est qu'on lui a demandé ce qu'il ne pouvait pas donner, ou qu'il a menti. Il ne pouvait accuser et il n'a dû accuser en réalité que l'unité de composition organique, ou la similitude du développement embryonnaire, doctrine admise par Geoffroy Saint-Hilaire, et qui n'est nullement, ni le transformisme, ni l'évolutionnisme, ni le darwinisme.
A propos du microscope dont l'école matérialiste a tant abusé , je rappelle cette rude leçon qu'un grand physicien, M. Tyndall, a donnée à son confrère M. Huxley : « J'espère que vous dont les mauvaises langues ont fait un biologiste (un coreligionnaire de Haeckel...), vous m'excuserez auprès de vos frères, si j'ose vous dire que quelques-uns se forment une idée très-imparfaite de la distance qui sépare la limite microscopique de la limite moléculaire ; et que, par une conséquence nécessaire, ils emploient quelquefois une physiologie qu'on dirait calculée d'avance dans le but de
LA FOI ET LA SCIENCE. iigY
TROMPER, lorsque, par exemple, ils décrivent le contenu d'une cellule comme parfaitement homogène et absolument sans structure, parce que le microscope ne peut y distinguer aucune structure. Alors, je le crois, le Microscope "commence a jouer un ROLE MALFAISANT. » Puis
M. Tvndall prouve, par des expériences irrécusables :
Ou'ENTRE là limite MICROSCOPIQUE ET LA VRAIE LIMITE MOLÉCULAIRE, IL Y A PLACE POUR DES PERMUTATIONS et
des combinaisons infinies 1
La Foi, sauvegarde de l'histoire. La science de l'histoire a besoin, plus que toute autre science , d'être sauvegardée, pour ne pas forfaire à sa mission, l'exposé vrai de l'action de Dieu sur le monde, et des hommes les uns sur les autres. L'âme de l'histoire, c'est la vérité ! Or, dès que la foi ne domine plus l'intelligence et la volonté ; plus encore, lorsque l'esprit s'est fait hostile h la foi, il est impossible à l'historien de ne pas tomber dans les plus odieuses erreurs, ou de ne pas se laisser aller a dénaturer les faits, ce qui est forfaire à sa mission sainte. Il est facile, en effet, de constater que le mensonge historique, volontaire ou involontaire, a pour principale cause la haine ou la peur de la vérité religieuse, et que, sous ce rapport, la foi peut et doit être pour la science de l'histoire une précieuse sauvegarde. Toutes les fois qu'un^ fait quelconque sera au désavantage et à la honte de l'Église, de ses actes, de ses doctrines ou de ses coutumes, on peut, on doit être certain, à l'avance, que ce fait est controuvé ou dénaturé. Je prouve cette vérité capitale par un nombre suffisant d'exemples empruntés à la Défense de l'Eglise contre les erreurs historiques de MM. Guizot, Augustin et Amédée Thierry, Michelet, Ampère, Fauriel, Henri Martin, etc., par M. l'abbé Gorini; et aux Erreurs et Mensonges historiques de 31. Ch. Barthélémy. Je suivrai l'ordre chronologique.
L'indépendance de saint Paul. Michelet avait dit :
« Le voisinage des autres apôtres embarrassait saint Paul, il lui fallait, comme à un aigle, un horizon tout à lui. » Rêve et mensonge. Paul ne se montre pas plus embarrassé qu'indépendant. Il prêche de vive voix et par écrit, aux habitants de Damas, de Jérusalem, d'Antioche, de Rome, etc., convertis par d'autres apôtres.
La révolte de saint Irénée. « ïrénée dit M. J.-J. Ampère, a écrit à un grand nombre d'évêques pour les exhorter à tenir bon et à maintenir l'indépendance de leurs Églises. » Rêve encore et méprise 1 II s'agissait du jour de la célébration de la Pâque. Irénée voulait empêcher ce qu'il croyait être une précipitation de l'autorité. Comment aurait-il pu affirmer l'indépendance des Eglises particulières, lui qui dans son livre sur les hérésies s'est écrié : « C'est avec cette Eglise très-grande, trèsancienne, connue de tous, fondée à Rome par les deux plus illustres apôtres saint Pierre et saint Paul, à cause de sapuissante primauté, qu'il est nécessaire que toute église s'accorde; c'est par elle que les fidèles répandus en tous lieux ont conservé la tradition apostolique. »
La chvte du pape Libère. Théodoret raconte que, sommé par l'empereur Constance de souscrire au jugement rendu contre saint Athanase par les évêques ariens d'Orient, ou de partir pour l'exil après trois jours de réflexion. Libère avait répondu : « l'espace de trois jours ou de trois mois ne changera pas ma résolution, envoyez-moi donc où il vous plaira. » Après deux ans, à la demande des dames roumaines. Libère revint de l'exil, à la condition, posée par l'empereur, qu'il gouvernerait avec Félix, diacre, sacré évêque de Rome. Mais cette condition ne fut pas acceptée par le peuple qui criait tout d'une voix : un Dieu, un Christ, un Évêque! Félix alors alla habiter une autre ville, et Libère resta à Rome.
Ce récit d'un auteur presque contemporain, ne suppose aucune formule souscrite au gré de l'empereur, et confirme ce que saint Athanase avait dit de Libère qu'il
apprendrait à nos derniers neveux comment on doit combattre jusqu'à la mort pour la défense de la vérité. Le Martyrologe romain affirme que Libère revenu au milieu de son troupeau, plein pour lui d'un invincible attachement, le gouverna saintement et mourut. Saint Ambroise qui l'avait connu, ne l'appelle jamais que le saint j)ontile. Saint Basile le nomme le très-bienheureux. La chronique de saint Jérôme contient un passage qui semble autoriser la croyance à la chute de Libère; mais les Bùllandistes ont constaté que ce passage manque dans les exemplaires les plus anciens, les plus autorisés, de cette chronique, et qu'il s'agit d'une interpolation posthume. La notice du Liber pont? fie a lis, affirmant que Libère se soumit aux ordres de l'empereur, et qu'il promit de ne plus communiquer qu'avec les hérétiques, à la condition qu'on n'exigerait pas sa rebaptisalion, est pleine d'erreurs et de contradictions, et l'on ne saurait douter qu'elle ne soit l'œuvre des ariens : la réserve de la rebaptisation est absurde, même alors qu'il ne s'agirait pas de celle de Libère ! Le prétendu concile de Rome qui aurait déposé Félix n'a jamais existé, et il est faux que Félix soit allé mourir en paix dans son prœdioium de là via Portuensis, puisqu'il a eu la tête tranchée dans la ville de Sora par ordre de Constance qu'il avait condamné, avec ses complices Ursace et Valens, comme le prouve l'inscription du sarcophage qui contenait son corps : Corpus sàiscti Felicjs qui damnavit Coastan-
TIUM.
Les Acta sancti Eusebii qui nous montrent l'empereur Constance et Libère conjurés contre l'évoque Félix, ain^i que la notice du Liber ponlificalis, sont contredits par la chronologie, l'histoire et les monuments. Ils placent l'entrevue d'Fusèbe, de Libère et de Constance en l'an 3.j9 ; or il est certain que l'empereur ne remit plus les pieds dans Rome après le mois qu'il y passa en 358, et qu'il ne se trouva jamais à Rome avec Libère. Les Actes font aussi mourir Félix dans sa petite maison de campagne. Le prétendu concile réuni à Rome pour condam-
lier un pape mort est une fable odieuse, réfutée d'avance par un monument solennel, irrécusable, de la vénération que Damase professait pour Libère. On a fait grand bruit de trois prétendues lettres du pape Libère, dans lesquelles il annonce qu'il s'est rais en dehors du débat soulevé à l'occasion d'Athanase, et qu'il l'a condamné, lettres que Bossuet, qui les trouvait cependant fort misérables, a cru devoir admettre comme authentiques, dans les notes de sa Défense. Mais le célèbre Bollandiste Stirling, qui a retrouvé beaucoup de copies de ces prétendues leltres, a constaté qu'elles sont très-différentes entre elles, et que, par conséquent, il ne faut leur accorder aucune foi. Elles fourmillent d'ailleurs d'impossibilités manifestes : en effet, saint Athanase luimême atteste dans un document authentique, que Libère ne l'a jamais condamné ; on ne trouve dans l'histoire aucune trace du concile de Campana que Libère aurait réuni poiir condamner Athanase; et l'affirmation de Libère qu'avant de partir pour l'exil, il aurait écrit à la catholicité des lettres portant condamnation d'Athanase, est contredite par le refus formel de rompre avec Athanase que Théodoret met dans la bouche de Libère. Il est donc tout naturel que la science actuelle ait cassé le jugement du xvii^ siècle et proclamé la parfaite innocence de Libère. Sa chute prétendue est un gros mensonge historique.
On a découvert récemment un sarcophage, exécuté certainement dans la seconde moitié du iv® siècle, à l'époque de la chute imaginaire de Libère, et qui semble être une protestation énergique contre les calomnies dont les ariens ont accablé sa mémoire. Le sculpteur représente Jésus-Christ donnant à Pierre la verge de Moïse, c'est-à-dire la plénitude de l'autorité administrative, judiciaire et dogmatique. On ne saurait mieux exprimer l'indéfectibililé et l'infaillibililé des successeurs de saint Pierre. Ce ne sont plus seulement les clefs, cet emblème évangélique que l'on aurait pu interpréter dans un sens purement spirituel, c'estla verge miraculeuse, que Pierre,
entouré des Apôtres, reçoit seul comme insigne d'une autorité qui n'a pas d'égale dans le monde.
Les crimes de sainte Clotilde. Saint Grégoire de Tours a dit de Clotilde : « La reine Clotilde se montra telle et si grande, qu'elle fut l'honneur de tous. Ni la royauté de ses fils, ni l'ambilion du monde, ni la richesse ne purent l'entraîner par l'orgueil à sa perdition. Mais son humilité l'éleva par la grâce. » Et cependant ce même Grégoire de Tours, si enthousiaste de Clotilde, mettrait dans sa bouche un discours plein d'indignation et d'un désir ardent de voir ses enfants venger sur Sigismond, fils de Gondebaud, la mort de son père et de sa mère. Ce discours est bien certainement une interpolation faite au texte du grand historien, pour justifier les trois rois francs de l'invasion de la Burgondie. Grégoire de Tours n'avait que trop prévu ces interpolations quand, à la fin de son manuscrit, il disait aux Prêtres de Tours : « Que vous ne fassiez jamais récrire en dictant certaines parties, en omettant les autres. »
A son tour, Frédégaste cité par M. Henri Martin, veut que Clotilde revenant en France, avant de franchir la frontière, ait prié ses conducteurs de piller et de brûler deux lieues du pays de Burgondie de chaque côté de la route; et se soit écriée après cette barbare exécution : « Dieu tout-puissant, je te rends grâces, je vois enfin commencer la vengeance de mes parents et de mes frères! » Quelle satisfaction barbare! Quelle singulière prière à la veille d'un mariage 1 M. Henri Martin se réfute lui-même et donne le secret de cette accusation mensongère, en ajoutant : « Cette union et ses graves conséquences frappèrent l'imagination populaire, et le mariage devint le texte de ces récits romanesques qui allèrent s'ornant et s'embellissant de génération en génération. »
Lincendie de la Bibliothèque d'Alexandrie. J. J. Ampère s'est échappé à dire ; « Omar a été déclaré
192 LES SPLENL'EIRS DE LA FOI.
presque innocent de l'incendie des livres d'Alexandrie. On lui a du moins découvert des complices, qui l'ont devancé et qui ont fait beaucoup plus de mal que lui, César et le Christianisme... Onipeui maint etiir comme acquis à l'histoire le fait que les deux grandes collections avaient été détruites l'une par César, l'autre par les chrétiens.... » 31. Léon Lefort, professeur à l'École de médecine, est allé plus loin ; il innocente à son tour César, et laisse les chrétiens seuls coupables d'un grand crime. Il est vrai que la stalue de Sérapis fut brisée et son temple détruit; mais on ne renversa pas les bâtiments dans lesquels se trouvait la Bibliothèque, et où les païens s'étaient fortifiés. Il y eut des menaces dont l'ordre de l'empereur suspendit l'exécution, mais non pas d'attaque, et la Bibliothèque n'eut nullement à souffrir d'un assaut qui n'eut pas lieu, comme le prouve le texte même de Rufin. Les bâtiments du Sérapéum furent si peu détruits dans cette occasion, que, en 492, la populace s'en rendit maîtresse et brûla vivants les soldats romains qui y étaient enfermés. Eumope, philosophe contemporain de ces faits et ennemi des chrétiens, parle d'une bataille livrée contre les statues et les richesses sacrées, mais il ne dit pas un mot des livres ou de la Bibliothèque. Orose parle de l'incendie de quatre cent mille volumes causé parles Romains (qu'il appelle les « Nôtres »),mais il ne dit pas un mot de l'incendie, par les chrétiens, d'une seconde grande bibliothèque. Les chrétiens reconnus innocents, défendra qui voudra Omar de la calomnie dirigée contre lui, non par des moines du moyen âge, mais par des historiens arabes trôs-estimés.
Ce même I\l. Léon Lefort avait osé affirmer qu'avant Hippocrate il n'y avait en ni médecins, ni chirurgiens! Ignorance et mensonge. Je lui rappelle un très-grand nombre de textes de la sainte Ecriture, écrits de longs siècles avant Hippocrate, et qui forment comme une législation du médecin et de la médecine.
Usurpation de Pépin le Bref consacrée par Zacha-
LA FOI ET LA SCIENCE. i^S
rie. A la qîieslion ainsi formulée par Biinliarrl, évoque de Wiirtzboiirg, et Fulrad, abbé de Sainl-J)enis : « A qui esl-il plus juste de donner le nom de roi, à celui qui n'a plus rien de raulorité royale que le nom, ou à celui qui la possède tout entière, sans le nom?» Zacharie aurait répondu : « Il est juste et raisonnable que celui qui a toute la puissance royale ait aussi le nom de roi. » Est-ce là, comme on l'a voulu, une injustice, un empiétement sur le temporel des rois ? Non, dil Bossuet. On ne demandait pas au pontife qu'il ôlât ou donnât luimême le royaume, mais qu'il déclarât si le royaume pouvait être ôté ou donné par ceux qu'on jugeait en avoir le droit. L'Église, dit de son côté Fénelon, ne destituait, ni n'instituait les princes laïques ; elle répondait seulement sur ce qui touche à la conscience, en fait de contrat et de serment... C'était une puissance seulement directrice des consciences, telle que l'approuve Gerson. Chateaubriand ajoute : « Traiter d'usurpation l'avénenieiU de Pépin à la couronne, c'est un de ces vieux mensonges historiques qui deviennent des vérités à force d'être redits. Il n'y a pas d'usurpation là où la monarchie est élective. » En 1830, encore, les évoques de France demandèrent au souverain pontife s'ils pouvaient prêter serment de fidélité à Louis-Philippe, élu roi des Français.
Le pape Zacharie et les Antipodes. Dans une lettre à saint Boniface, le pape Zacharie aurait dit de Virgile, évêque accusé d'avoir admis les antipodes : « Chassez-le de l'Église, après l'avoir, au sein d'un concile, dépouillé de son caractère, h II ne s'agissait réellement pas de simples antipodes, mais d'un autre monde, d'autres hommes situés sous la terre, et qui ne seraient pas descendus d'Adam. M. Tyndall, dans son discours de Belfast, accuse saint Augustin, qui cependant admettait la rotondité de la terre, d'avoir nié l'existence des antipodes ; or voici le texte même de saint Augustin : « Ce n'est pas assez que la terre soit un globe rond, pour qu'il y ait
des antipodes. Il ne suffirait môme pas que, au-dessous de nous, la terre fût unie et solide, il faudrait, en outre, que les descendants de Noé enssent pu y arriver ou s'y transporter. Or il me paraît absurde de dire que quelques hommes, partis d'ici, aient pu, en naviguant à travers l'immensité de l'Océan, aborder les terres qui sont sous nos pieds. » Ce que saint Augustin nie, ce n'est donc pas la possibilité des antipodes, mais les progrès de la navigation.
La Mytilation de Léon III. À l'occasion du concile du Vatican et do la proclamation du dogme de l'infaillibilité, une presse impie a rappelé les horribles mutilations dont un saint pape fut l'objet, et qu'elle voulait avoir été le châtiment d'un crime infâme. Saint Léon III se distingua, dès sa jeunesse ecclésiastique, par son éloquence, la fermeté de son caractère, sa charité ei ses abondantes aumônes. 11 fut élu pape d'une voix unanime. Deux, prêtres ambitieux dont son éleclion avait trompé les espérances, soudoyèrent une troupe de bandits qui s'efforcèrent de lui crever les yeux, de lui couper la langue, etc., etc., et le traînèrent aveugle dans une prison. A cette nouvelle, la ville fut remplie de trouble et d'horreur... Mais bientôt un miracle attesté par un grand nombre d'auteurs, rendit à Léon la vue et la parole. Bientôt, l'entrevue du Pontife avec Charlemagne le vengea noblement de ces outrages immérités. Ils s'embrassèrent l'un l'autre en versant des larmes d'attendrissement. Léon, d'une voix émue, entonna l'hymne des A nges, Charlemagne le conduisit en triomphe à l'église où on rendit de solennelles actions de grâces à Dieu... Ce n'était pas assez. L'année suivante, Charlemagne vint lui-même a Rome pour achever la pacification. Une grande assemblée d'évêques et de seigneurs se tint dans la basilique. L'humble et pieux pontife voulait se justifier des accusations calomnieuses de ses assassins, et demandait à être jugé; mais l'assemblée s'écria d'une seule voix : « Nous sommes tous jugés par le siège et le pasteur qui y pré-
side, mais il n'est jngé par personne. » Le pape cepëlP daiit monta sur l'ambon, et, tenant à la main le livre des Évangiles, il jura devant Dieu, de son propre mouvement, qu'il ét;iit innocent des actions qu'on lui avait imputées. Le jour de Noël 800, Cliarlemagne revint dans l'église de Saint-Pierre. Léon s'approcha de lui, déposa sur sa tête une couronne élincelante de pierreries, en le proclamant empereur des Romains. Celte alliance ainsi consacrée par Léon entre l'Église et l'État est ua des grands motifs de la haine dont il est l'objet.
La papesse Jeanne. Elle aurait siégé entre les papes Léon IX, mort le 17 juillet 83o, et Benoît Xllf, élu le 1*' septembre de la même année : Or Anastase le bibliothécaire dit en termes formels : « Après que le pape Léon fut soustrait de celte lumière, tout le clergé, les notables et le peuple de Rome ont arrêté d'élire Benoît; aussitôt, illico, ils ont été le trouver priant dans le titre de Saint-Calixte, puis, après l'avoir assis sur le trône pontifical et signé le décret de son élection, ils l'ont envoyé aux très-invincibles Augustes Lothaire et Louis. »
Bayle, Blondel, Jurieu ont protesté contre cette in- Tention étrange.
Saint Grégoire VIL De quoi n'a-t-on pas accusé ce grand pape ? De s'être pris pour saint et, à ce titre, de s'être posé comme le maître du monde ; d'avoir cru k la sainteté de tous les pontifes romains, d'avoir voulu tout abaisser, de n'avoir vu dans l'histoire que l'Église, d'avoir été un ancêtre des Montagnards ; d'être mort en sceptique. Ce sont là autant de mensonges et de calomnies, que M. l'abbé Gorini repousse victorieusetnent, mais que réfute plus victorieusement encore la lettre si louchante écrite par ce grand pape à un pieux ami qu'il avait laissé à Cluny... « Quand je reviens à moi-même, je me trouve telleuientaccablédu poids de mes propres actions, qu'il ne me reste aucun espoir de salut que dans la seule miséricorde du Christ. Si je n'aspirais pas à une
jgg LES SPLENDEURS DE LA FOI
vie meilleure, et à être utile à la sainte Église, non je ne resterais pas à Rome où, c'est forcé, Dieu m'en est témoin, que je demeure depuis vingt ans. Celui qui m'a lié de ces chaînes,... je l'attends, souvent je lui dis: Hâtez-vous, ne tordez pas, pressez-vous et sans retard délivrez-moi, pour l'amour de la bienheureuse Marie et de saint Pierre ! » C'est l'âme d'un grand saint qui s'épanche ainsi devant Dieu et devant les hommes.
Tout récemment et quoiqu'il se soit fait encore Yécho des préjugés vulgaires, M. Zellcr, de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, n'a pas hésité à reconnaître avec un écrivain allemand, M. Dreysen, que : « ce fut une pensée aussi morale que hardie, une œuvre de civilisation, aussi bien que de salut de l'Eglise, de revendiquer sur l'Élat, sur l'Empire, la liberté du sacerdoce asservi, corrompu par la féodalité. Celte entreprise extraordinaire donna à la vie chrétienne de l'Occident, un élan nouveau, une direction plus haute, une corporation plus sainte. »
Et puis, quelle splendeur de la foi dans le tableau si émouvant fait par M. Zeller de la célèbre entrevue du roi Henri et du pape Grégoire, dont voici le dénouement :
« Le 18 janvier, en chemise de laine, nu-pieds comme un pénitent , Henri se présenta devant la première enceinte du château de Canossa. C'était alors un homme dans la force de l'âge, d'une taille et d'une beauté dignes d'un empereur... Dans la nuit du troisième jour, seulement, le pape céda, et promit de donner l'absolution qu'on lui demandait, mais en prenant ses garanties pour conserver son intervention dans les choses publiques... Le roi s'engageait à se présenter à la Diète des Princes, pour y être reconnu innocent ou coupable ; à protéger le pape, dans sa vie, dans ses membres, dans son honneur, pour passer les Alpes, et, jusqu'au prononcé de la Diète, de s'astreindre à ne porter môme aucune marque de sa dignité royale, et à s'abstenir de tout acte de gouvernement (ni A 2/ re^mm, nihil publicumjl
LA FOI ET LA SCIENCE. j^q-j
Vâme des femmes. On a répété depuis bien longtemps; et l'on répète encore ciiaqiie jour, que « dans un concile de Mâcon, on avait mis en question si les femmes étaient une créature humaine, et qu'on n'avait décidé l'altirmative qu'après un long examen. » Or, dans le concile, il ne s'agissait nullement de l'âme des femmes, mais seulement de leur nom ! Un des évoques doutait que la femme pût être appelée « homme. » On rappela que dans l'Ancien Testament il est dit que Dieu créa l'homme mâle et femelle, et que le Seigneur esfappelé Fils de l'homme parce qu'il est le fils de la Vierge x^larie : tout doute disparut aussitôt.
Les massacres de Béziers. On veut que l'abbé Arnaud de Cîteaux, auquel, en lui apprenant que des catholiques se trouvaient dans la ville prise parmi les hérétiques, on demandait: « Que ferons-nous, seigneur? Nous ne pouvons distinguer les bons des méchants! » ait répondu : « Frappez-les, car le Seigneur sait quels sont les siens ! » M. Guizot met cette parole — ainsi modifiée : Tuez-les TOUS — dans la bouche de Milon, secrétaire du Pape et nonce du Saint-Siège. Mais cinq auteurs contemporains attestent que les Ribauds et les Truands exaspérés par une sortie des assiégés, entrèrent dans la ville avec les fuyards, sans même attendre l'ordre des chefs, et prirent d'eux-mêmes l'initiative du carnage, dont ils ont toute la responsabilité; de sorte qu'il n'y eut pas même place pour le dialogue avec Arnaud ou Milon et les assiégeants, Les prétendus cent mille habitants de Béziers se réduisent à douze ou quinze mille, et le nombre des malheureux qui périrent dans le massacre ne dépasse pas sept mille. C'est beaucoup trop, mais les révoltés n'auraient pas dû oublier qu'en semant le vent on récolle la tempête.
r Inquisition et Torquemada. Il n'est pas de question plus enveloppée d'erreurs i^rossiéres, de mensonges envenimés, de déclamations passionnées et furi-
igg LES SPLENDEURS DE LA FOI.
bondes, et qne l'on ait jetés avec plus d'audace à la face de la sainte Église 1 Et en môme temps, il n'est pas de question plus simple, plus inoffensive, et même mieux résolue, par le simple bon sens, privé et public. En effet, dans les siècles chrétiens, le gouvernement qui prenait l'homme dans sa synthèse, tel qu'il nous est présenté parla nature, la raison et la foi, l'homme du temps et l'homme de l'éternité, l'homme matériel et l'homme spirituel, l'homme de la nature et l'homme de la grâce, l'homme aux besoins et aux intérêts matériels, moraux, religieux ou surnaturels, s'engageait partout son pouvoir a régler el garantir ces intérêts divers et multiples, sacrés pour lui, au même degré. Dans cet ordre de gouvernement, la religion reconnue et acceptée comme seule vraie, seule divine, était loi de l'État. L'Étal pouvait et devait punir l'attentat exiérieur contre lafoi d'un individu, comme il punit l'aitentat contre l'honneur et contre la bourse. Un pouvoir ou tribunal intermédiaire entre l'Etat et l'individu, institué pour connaître, juger et punir les attentats extérieurs à la foi religieuse, était tout aussi légitime que les tribunaux appelés à connaître des délits contre l'État ou contre les personnes. L'individu qui dénonçait celui qui n'avait pas craint de tendre un piège à sa foi, n'était pas plus indélicat que celui qui dénonçait l'attentat commis contre sa personne ou contre ses biens. Ces principes s'appliquaient évidemment aux Maures et aux Juifs d'Espagne, aux Albigeois et aux Huguenots de France, comme aux insurrectionnistes de juillet 1830, de février 1848, de juillet 1849, de mars 1871. Il suffit de les énoncer pour faire justice des accusations formulées contre l'Église et le gouvernement à l'occasion de l'Inquisition.
L'inquisition ecclésiastique fut opposée en 1204 aux Albigeois insurgés contre l'Église et contre l'État. Elle ne fut confiée aux Dominicains qu'en 1234, douze ans après la mort de saint Dominique, qui, lui, n'opposa aux hérétiques que l'arme de la prière, du saint rosaire et de la parole. L'inquisition politique fut instituée en 1478,
i.A l'Oi ET i..\ SCIENCE. lyy
par Ferdinand le Calholiqiie contre les Juifs ffui par If^urs richesses, leur influence, leurs alliances étaient devenus infiniment redoutables, et formaient comme une nation dans la nation. Un édit du $.i mars H92 enjoignit à tout Juif qui refusait d'embrasser le Christianisme, de quitter l'Espagne avant le 30 juillet de la même année, trente mille familles, cent mille individus acceptèrent l'exil. Le 12 février 1502, un autre édit royal mit les Maures dans l'alternative d'embrasser le Christianisme ou de partir pour l'exil.
Il faut avant tout, quand il s'agit de l'Inquisition, faire la part du gouvernement et celle de l'Église. Tout ce que le tribunal déploie de sévère et d'elTrayant, les tortures, la peine de mort, appartient au gouvernement. Toute la clémence qui joue un si grand rôle dans les récits de l'Inquisition est l'action de l'Eglise, qui ne s'occupe des supplices que pour les supprimer ou les adoucir. Cette dislinclion était si bien dans les mœurs, que les Templiers demandaient instamment à être jugés par le tribunal de l'Inquisition, sachant bien, disent les historiens,, que s'ils obtenaient de tels juges, ils ne pourraient pas être condamnés à mort. L'Eglise romaine seule, dans tout l'univers, prolesta contre les édils excessifs de saint Louis et de Charles-Quint. C'était un proverbe allemand, qu'il était bon de vivre sous la crosse, ou dans les souverainetés ecclésiastiques. « Jamais, sous ces pacifiques gouvernements, dit M. de Maistre, il n'était question ni de persécution, ni de jugements capitaux contre les ennemis spirituels de la puissance qui y régnait. Rome est peut-être le seul lieu de l'Europe où le juif n'est ni maltraité, ni humilié; une autre phrase proverbiale appelle Rome le paradis des Juifs. » Les réformateurs du XV* siècle ne surent pas, eux, se défendre de ces excès de sévérité. L'un des dogmes de Calvin était qu'on doit réprimer les hérétiques par le glaive ; et dans une petite ville d'Allemagne, iNordlinden, sur une population de six mille âmes, on brûla, en quatre ans, trente-cinq sorcières. A ce com^ite eiïrayant, le chiffre des sorcières
brûlées en Espagne, en quatre ans, aurait été de trente mille, chiffre supérieur de vingt mille au nombre total des justiciables de l'Inquisition qui, durant trois cent cinquante années, furent punis de mort.
M. le baron Dupin constatait à la tribune du Sénat que l'intolérance religieuse n'avait plus d'asile que dans les pays hérétiques, mais que là encore elle sévissait avec une rigueur d'autant plus injuste que les gouvernements catholiques se faisaient un crime d'user de réciprocité.
En réalité les victimes de l'Inquisition étaient les victimes de la loi. Le tribunal du saint-office n'abandonnait au bras séculier et au dernier supplice que les yens dont la conscience était perdue, coupables et convaincus des plus terribles impiétés. En outre, avant la fatale invention des gouvernements purement civils et des lois athées, l'Évangile était la grande loi des Etals et des individus, des souverains et des sujets. La foi était le seul bien sacré ; tous alors s'écriaient sans hésiter: Coupez, brûlez, broyez ici-bas, pourvu que vous pardonniez dans l'éternité.
V Auto-da-fé ne se passait ni à mettre à mort ni à brûler, mais bien à prononcer la sentence d'acquittement des personnes faussement accusées, et à réconcilier avec l'Eglise les coupables repentants. La réconciliation faite, les hérétiques obstinés, ainsi que ceux dont les délits étaient en partie civils, étaient remis au bras èkzwWev. V Auto-da-fé était terminé et les inquisiteurs se reliraient. 'Si. de Bourgoin, dans son tableau de l'Espagne moderne, n'a pas hésité à dire : « J'avouerai pour rendre hommage à la vérité, que l'Inquisition pourrait être citée de nos jours comme un modèle d'équité. »
Le Sacco-bénito ou San-bénito était simplement le costume de pénitence que revêtent encore aujourd'hui les confréries de pénitents du midi de la Erance. C'était si peu un vêtement d'éternelle infamie, que Llorente lui-
LX FOI ET LA SCIENCE. c,^.
même nomme des condamnés qui contractèrent d'illustres alliances.
La torture adoptée par les lois grecques et romaines, était entrée dans les lois et dans les mœurs de toutes les nations modernes. Le saint-oflice l'avait laissé tomber en désuétude bien longtemps avant qu'elle fût rayée des codes ; il ne permettait pas qu'on y recourût plus d'une fois dans un même procès ; et il exigeait que le médecin fût présent pour constater l'instant où la question mettrait en péril la vie du patient... Les règlements prescrivaient de traiter l'accusé avec bienveillance, de le laisser constamment assis, de se défier de l'accusateur autant que du juge, etc.
L'arbre doit se juger par ses fruits. Voltaire constate lui-même que l'Espagne n'a échappé que par l'Inquisition aux horreurs qui ont déshonoré toutes les autres nations : la guerre de Trente ans, les excès des abanaptistes et des paysans, les guerres civiles de France, d'Angleterre, de Flandre, les massacres des Cévennes et de la Saint-Barthélémy, etc. Un vaisseau flotterait sur le sang que les novateurs ont versé ; l'Inquisition n'aurait fait couler que le leur!...
On reproche à l'Inquisition sa ténébreuse influence sur l'esprit humain, et le beau siècle de la littérature espagnole fut celui de Philippe 11 ! 1!
Torquemada. Quant à Thomas de Torqueraada, le premier grand inquisiteur, les historiens espagnols le comptent pp.rmi les hommes éminents de son siècle, ies plus distingués par leur naissance, leur talent, leur piété et leur zèle pour la religion. Mais pour les esprits que n'éclaire plus la lumière de la foi, ie saint-office restera une sanglante anomalie et Torquemada un monstre I Cela doit être.
Les crimes d'Alexandre VL. Tout le monde convient qu'il n'a jamais failli dans la foi, du moins ostensiblement et avec scandale. Son buUaire a une très-grande
valeur, la liste de ses lettres et autres écrits, composé& pendant un pontificat aussi court que troublé, est longue et très-variée, elle atteste son habileté, son énergie et son talent. C'est sa vie privée seulement dont on a voulu se Caire une arme contre la sainteté de l'Église ! Mais puisque parmi les douze apôtres. choisis par Jésus-Christ lui-même, il s'est trouvé un monstre, il ne serait nullement étonnant que parmi les deux cent soixante successeurs de saint Pierre, élus par des hommes, on comptât quebpies pontifes scandaleux. Ce sera cependant une consolation que de savoir- que ce pape éminent ne mérite pas l'odieuse réputation qu'on s'est efforcé de lui faire. Machiavel qui avait passé sa vie à conspirer et qui haïssait César Borgia ; Giiichardin, que Voltaire lui-même traite d'imposteur et qui demandait sur son lit de mort qu'on brûlât son histoire d'Italie; Paul Jove, écrivain vénal et passionné qui vendait cher ses mensonges; Thomaso-Thomasi, le courtisan flatteur de la duch 'sse de Florence et l'ennemi personnel des iîorgia; Burchart dont le livre (il ne voulut pas qu'il vît le jour) a été édité et sans doute altéré pardesprotestants, puisque ses diverses éditions ne seresscmblent pas, etc., etc., ne méritent aucune confiance. En second lieu, le motif principal des accusations portées contre Alexandre VI est qu'il s'est servi de César Borgia pour défendre les États pontificaux contre les princes italiens et leurs alliés étrangers; plus encore, que c'est surtout depuis son pontificat que les papes ont commencé à figurer comme puissance séculière, comme rois.
Rien ne prouve qu'il ne fût pas légitimement marié à Julie Farnèse et que ses enfants ne fussent pas légitimes. Le tableau du régne de Charles VIII ne donne pas aux enfants de Borgia le nom de bâtards qu'il n'épargne pas aux autres princes du sang, quand il y a lieu de l'appliquer. Il eut d'ailleurs tous ces enfants avant son entrée dans les ordres sacrés.
L'accusation d'inceste ne mérite pas d'être discutée, d'autant plus que Lucrèce Borgia ne fut pas telle que des Doëtes satiriques l'ont faite. Plusieurs historiens
conlcmporains cités par Roscoë l'appellent une femme accomplie, la princesse la plus ornée de toutes les vertus.
Alexandre VI n'acheta pas le souverain ponlificat ; la distribution non de ses biens mais de ses dignités on des dignités dont les titulaires étaient morts, explique tout naturellement ses largesses à l'égard de quelques cardinaux, sans qu'il soit nécessaire de faire intervenir la simonie. Jamais élection ne fut plus régulière et plus prompte. Il fut élu le premier jour du conclave par une majorité de quatorze voix indépendantes.
Alexandre VI ne fut ni perfide ni inconstant dans ses rapports avec Charles VIII, il n'appela pas les Français en Italie, il resta fidèle aux princes d'Aragon tant que ceux-ci ne le forcèrent pas de se tourner vers la France.
Alexandre VI n'a pas voulu empoisonner quelques Tieiix cardinaux pour enrichir son trésor de leurs dépouilles! C'est Voltaire lui-même qui repousse avec horreur l'accusation de Guichardin : « Vous prétendez qu'un "vieux souverain dont les coffres étaient alors remplis d'un million de ducats d'or, youIuI empoisonner quelques cardinaux pour s'emparer de leur mobilier si mince, qu'il était presque toujours enlevé pardes valets de chambre... Comment voulez-vous qu'un pape si prudent ait voulu hasarder, pour un aussi petit gain, une action aussi infâme, une action qui demandait des complices et qui, tôt ou tard, eût été découverte. La cause est jugée, et noua sommes autorisés à dire avec M. de Maistre : « Un temps viendra où les papes contre lesquels on s'est le plus déchaîné, seront regardés dans tous les pays, » comme les amis, les tuteurs, les sauveurs du genre humain, les vénérables génies constituants de l'Europe,
La Saint-Barthélémy. Nous pourrions ne rien dire de cet événement exclusivement politique, dont il est impossible de faire peser la responsabilité sur la religion ou sur l'Église. Rétablissons cependant les faits. En 1569, le parti protestant était une nation dans la nation ; il traitait avec le roi sur le pied d'égalité. Bien plus, il le
menaçait de lui faire la guerre s'il ne se décidait pas à la faire à l'Espagne. Le chef hautement reconnu du parti était l'amiral de Coligny, qui avait poussé l'audace jusqu'à offrir au roi dix mille hommes de troupes pour porter la guerre en Hollande ; ce qui faisait dire à Tavannes : « Comment vous olfre-t-il ce qui est à vous ? C'est signe qu'il les a gagnés et corrompus. Il a rendu siens dix mille de vos sujets pour les tourner contre vous. » La Saml-Barlhélemy fut donc en réalité une proscription toute civile, conséquence inévitable d'une vengeance politique, depuis longtemps excitée et méditée, et qui éclate manifestement dans ce cri du roi Charles IX : « Il ne m'a pas été possible de le supporter plus longtemps l La religion n'y prêta aucune aide. Ce ne furent ni le cardinal de Birague, ni le cardinal de Kelz, mais le chancelier de Birague et le maréchal de Uetz qui prirent part aux délibérations de la cour où le massacre fut préparé. Comment pourrait-on accuser la religion catholique d'avoir été conseil ou agent dans cette terrible exécution, quand il est prouvé, par une foule de documents authentiques, qu'elle ouvrit partout ses portes aux infortunés (|ae la fureur du peuple poursuivait en criant : ce sont ceux qui ont voulu tuer le roi! A Toulouse et ailleurs, les couvents servirent d'asile aux calvinistes. Si, à la nouvelle du terrible coup d'État, on rendit à Dieu, dans Rome, de solennelles actions de grâces ; si Grégoire XIII allaprocessionnellement de l'église Saint-Marc à l'église Saint- Louis; s'il fit frapper une médaille, c'est non à cause du massacre des huguenots, mais uniquement à cause de la découverte et de l'avortement de la conspiration dont le roi de France les accusait dans le message envoyé à toutes les cours de la chrétienté. Plus tard, la vérité fut connue dans tous ses détails, et le souverain Pontife, par ses discours et ses bulles, manifesta son horreur pour un pareil crime.
Ouant au nombre des victimes, il est certain. qu'il reste au-dessous de deux mille. C'est trop, hélas !
Il est absolument faux que Charles IX ail tire sur les
hiigiirnots du Imut de la fenêtre de la reine, celte" fenêtre n'existait pas alors. L'auteur d'un pamphlet publié en 1572, Le Tocsin contre les massacreurs, dit en termes exprès : « Le roi de son côté ne s'y épargnait point, NON PAS qu'il y mit LES MAINS, mais parce qu'il commandait qu'on lui apportât les noms des occis ou des prisonniers, afin qu'on délibérât sur ceux qui étaient à garder ou à défaire. » Il est pins faux encore que Jean Goujon et Ambroise Paré aient été eux-mêmes désignés comme victimes. Ambroise Paré était catholique, fervent catholique. Et la reine Catherine de Médicis aurait, dit-on, fait prévenir Jean Goujon de ne pas sortir de chez lui dans la soirée ; l'illustre sculpteur, d'ailleurs, n'est pas mort dans la nuit de la Saint-Barthélémy.
La Bévocation de tédit de Nantes. Cet édit de 1598 accordait la liberté de conscience pour tous, l'exercice public de la religion réformée, la libre admission des protestants à tous les emplois du royaume, le payement des ministres; la garde par les réformés de toutes les places, villes et châteaux qu'ils occupaient, au nombre de cent vingt et un, le roi se chargeant d'en payer les garnisons. « Ce n'était rien moins, disait Henry IV à Sully, que la création au milieu de la France d'un état républicain comme les Pays-Bas. » Et l'édit fut a peine signé qu'on vit les réformés s'unir par serment, s'assembler sans permission, se soulever snns motifs, solliciter des secours étrangers, se liguer contre le roi, commettre mille ravages, etc., etc. La révocation de l'édit de Nantes fut de la part de Louis XIV un acte longtemps raisonné, dont la nécessité politique fut le principal, sinon l'unique fondement, dans lequel il fut encouragé par l'opinion publique, etc., etc. S'il est vrai qu'aujourd'hui une tendance odieuse entraîne à voir dans les incrédules, les mécréants, les révoltés de toute espèce, les meilleurs des citoyens, dans les siècles de foi, au contraire, toute déviation en matière religieuse était considérée comme un crime de lèse-majesté. Pour
être bon citoyen, il fallait professer la religion de l'Etat, Un article du traité de paix de Passau (1552) reconnaissait à toute puissance allemande le droit de mettre ses sujets dans l'alternative ou (IVmbrasser la religion du souverain, ou de sortir de ses Élats, après avoir payé une certaine somme d'argent! C'était justifier pleinement la conduite des rois d'Espagne envers les Juifs et les 31aures, et celle de Louis XIV envers les huguenots, avec cette différence, toute en faveur des rois chrétiens, qu'ils imposaient non leur religion, mais la religion de l'Etat, non une secte, mais la religion de Jésus-Christ.
On veut que la révocation de l'édit de Nantes ait fait à la France un tort immense par le nombre considérable de sujets riches et intelligents qu'elle perdit, par les industries qui furent alors exportées, par les sommes énormes d'argent qui échappèrent à l'avoir de la France , par la diminution que subit notre commerce, enfin par les soldais qu'elle enleva à noire- armée... Tout cela n'est que dans l'imagination des ennemis de la religion. Cinquante mille protestants, au plus, sortirent de France; ils n'ont pas emporté plus de % millions ; les pertes de notre industrie et de notre commerce furent inappréciables ; la perte de l'armée ne fut que de trois mille hommes, plutôt ennemis qu'amis.
En réalité, les déclamations conlre l'Inquisition et la révocation de l'édit de ÏNantes sont une criante injustice et une odieuse hypocrisie, puisque les réformateurs en Allemagne au xvi^ siècle, et les gouvernements de l'Allemagne, de la Suisse, de la Russie, de l'Italie au xix^ siècle font subir aux catholiques les traitements les plus cruels, quoique les calholiques n'aient jamais été un État dans l'État, et n'aient jamais songé à défendre leurs droits les armes à la main 1 Que sont les proscriptions de la France et de l'Espagne comparées aux persécutions, aux confiscations, aux condamnations qui atteignirent les calholiques de l'Angleterre et de l'Irlande sous Henri VIII, Elisabeth, Cromwell, etc. ; aux bannissements,
aux massacres des prêtres, des nobles, des ciloycns restes tulèles à leur Dieu et à leur roi, dans la France chrétienne? Et les milliers de Polonais, prêtres, nobles, paysans que le gouvernement orthodoxe de la Russie exporte et torture en Sibérie, parce qu'il n'a pas pu les faire apostasier? Et ces milliers de religieux, de religieuses, ayant toujours donné l'exemple de la fidélité à toutes les lois, que les gouvernements de la Prusse, de l'Italie, de la Suisse chassent de leurs couvents, de leurs propriétés séculaires, et condamnent à vivre isolés d'une pension vraiment dérisoire, etc., etc.?
Épilogue. — J'ai cru devoir donner pour épilogue à la démonstration victorieuse de ces deux propositions fondamentales: La Science, auxiliaire de la Foi; La Foi, sauvegarde de la Science, le solennel élan de l'âme, de l'esprit, du cœur du grand Kepler et du gransl Newton, arrivés au terme de leurs œuvres immortelles ; Les cinq livres de l'[Iarmo7iie des Mondes, et les Principes mathématiques de la Philosophie naturelle.
Kepler. — « Je te remercie, Créateur et Seigneur, de toutes les joies que j'ai éprouvées dans les extases où m'a jeté la contemplation de l'œuvre de tes mains... J'ai proclamé devant les hommes toute la grandeur de tes œuvres. Je me suis efforcé de m'élever jusqu'à la vérité. S'il m'était échappé quelque chose d'indigne de loi, reçois-moi dans ta clémence et ta miséricorde, accordemoi celte grâce que l'œuvre que je viens d'achever contribue à ta glorification et au salut des âmes. »
Newton. — « Dieu est omnipotent et omniscient, c'est-à-dire qu'il dure depuis l'Eternité, il régit tout et connaît tout, ce qui arrive et peut arriver. Il n'est pas la durée en l'espace, mais il dure et il est présent, il dure toujours et il est présent partout, il constitue la durée et l'espace. Comme chaque parcelle de l'espace ' est toujours, et comme chaque moment de la durée est
2()§ LES SPLE>'DEURS DE LA FOI.
partout, il est impossible que le Créateur et Seigneur souverain de toutes choses manque d'être en quelque moment, ou en quelque enrlroit... Dieu est un seul et même Dieu toujours et partout. Il est omniprésent nonseulement par sa puissance active, mais encore par sa substance même ; car la puissance ne peut subsister sans la substance. Toutes choses sont contenues en lui et se meuvent en lui, sans que ni lui ni elles n'en éprouvent quelque impression; car il n'est point affecté parles mouvements des corps et les corps ne trouvent pas de résistance dans l'omniprésence de Dieu. C'est bien là un •élan magnifique du genre humain ou de l'âme humaine naturellement chrétienne! »
Ces magnifiques hommages rendus par les deux immortels astronomes à Dieu et h la Révélation, ont trouvé naguère un glorieux écho sur les lèvres du plus illustre chimiste du xix'" siècle, M. Dumas. Dans son discours de réception à l'Académie française, il avait à faire l'éloge d'un autre grand homme, Guillaume Guizot, et le moment était venu d'apprécier l'éminent écrivain, l'homme d'Etat expérimenté, au point de vue de ses convictions religieuses si profondes.
A cette double question : Pourquoi la science de l'homme a-t-elle été complète dès les premiers âges? Pourquoi la science de la nature voit-elle l'objet qu'elle poursuit s'éloigner sans cesse ? M. Dumas répond avec M. Guizot : « L'homme s'étudiant a bientôt reconnu qu'au-delà des organes il y a une volonté; audelà des sens, un esprit; au-dessus de l'argile dont son corps est pétri, une âme dont il ignore la nature, l'origine et la destinée. Dès que l'homme pense, le sentiment de l'infini lui est révélé et l'infini se montre inaccessible, sa pensée s'arrête au bord de l'abîme de l'inconnu. En face de la nature observant les faits, et remontant vers leur cause première et souveraine, il avait besoin au contraire de ce travail de quarante siècles pour reconnaître que c'est encore l'infini qui se dérobe à ses yeux... »
« M. Giiizot a défendu le chrislianisme contre le scepticisme spirituel et frondeur; il a laissé à d'autres, qui ne faibliront pas, la tâche de défendre la personnalité de l'àme huDiaine contre le flot grossissant de la philosophie de la nature. Naître sans droits, vivre sans but, mourir sans espérance, telle serait notre destinée, suffisante peut-être à la satisfaction de ces rares esprits qui traversent le monde soutenus par la curiosité ou par la satisfaction de la difficulté vaincue, par l'orgueil peut-être, mais dont l'ensemble des hommes ne se contenteront plus. La religion, la morale, la civilisation de l'Kurope reposent sur cette base ferme du droit de tous les hommes à la justice, à 19 sympathie, à la liberté, œuvre du chrislianisme. Ceux qui possèdent ces grands biens les conserveront, ceux qui en sont encore privés en seront doués à leur tour. En même temps, la fièvre passagère de la pensée scientifique en travail d'enfantement qui menace ces fortes doctrines, et qui n'a rien pour en tenir lieu, s'apaisera comme elle s'est apaisée dans des temps éloignés. »
Quelques jours après le discours de M. Dumas, M. Leverrier présentait à l'Académie les derniers fascicules de ses Recherches astronomiques, comprenant les théories et les tables du Soleil, de Mercure, de Vénus, de iMars, de Jupiter, de Saturne, d'Uranus, de Neptune, et s'exprimait ainsi : « Durant cette longue entreprise poursuivie pendant cinq années, nous avons eu besoin d'être soutenu par le spectacle d'une des plus grandes des oeuvres de la création., et par la pensée qu'elles affermissent en nous les vérités impérissables de la philosophie spiritualiste. C'est donc avec émotion que nous avons entendu dans la dernière séance de l'Académie française, notre illustre Secrétaire perpétuel affirmer les grands principes qui sont les sodrces mêmes de la science la PLUS PURE. Cette haute manifesta^lion restera un honneur et une force pour la science française. Je suis heureux que l'occasion se soit présentée de la relever au sein
de notre Académie, et de lui donner une cordiale adhésion. »
Appendice A. — Une Hypothèse sur le Déluge, par M. l'abbé Gainet (auteur de la Bible sans la Bible). Le Déluge universel est dans le domaine de l'histoire. Au-dessus de ces témoignages historiques, l'Ëcrilure sainte est comme une colonne lumineuse qui domine tous les autres documents par l'antiquité, la simplicité et la majesté de son récit. La géologie donne raison à l'histoire, et en reçoit de nouvelles lumières. La contemporanéité du déluge géologique et du déluge biblique îst aussi constatée que possible. Cependant le déluge de M. l'abbé Gainet est par trop le déluge de M. Lambert, qui pour nous n'est pas le déluge de Moïse.
Appendice B. — Le Procès original de Galilée^ publié, pour la première fois, par Dominique Berti. M. Berti a, certainement, publié ces documents dans une intention hostile. Il a voulu raviver les accusations envenimées que l'on répète encore chaque jour depuis plus de deux siècles. Dans ma conviction profonde, il a fait comme Balaam : venu pour maudire, il s'est répandu malgré lui en bénédictions, car ces documents originaux, mettent parfaitement en évidence les faits suivants. 1° Galilée a été mis en cause uniquement en raison de sa lettre au R. P. Castelli, ou de son excursion dans le domaine de l'exégèse biblique et de la théologie. Galilée était tombé dans une grosse erreur qui a tout envenimé : il a regardé comme fausse, dans son sens propre, la parole de Josué : Soleil, arrêle-loil tandis que cette parole, en tant qu'ordre à donner à l'un des corps célestes, dans le but de prolonger la durée du jour, est vraie et nécessaire, même dans le système de Copernic : la preuve, c'est que tous les astronomes, aujourd'hui encore, disent et diront toujours : le soleil se lève, le soleil se couche, le soleil passe au méridien, le soleil s'arrête au solstice, etc. à' Parce que Galilée avait longtemps équivoque sur
Vinjonclion qui lui avait été faite en présence du cardinal Beilarmin de garder un silence complet sur le syslème de Copernic, et, sur le fait de la violation flagrante de la promesse faite par lui, on le menaça de l'examen rigoureux, ou de la torture ; mais, et M. Berti lui-même s'empresse de le reconnaître, les menaces ne furent pas exécutées : Galilée fut traité jusqu'au bout avec douceur et avec les plus grands égards. 3° Les droits de la science et de la vérité avaient été sauvegardés par le fait que l'opinion de Copernic était autorisée ou tolérée comme hypothèse scientifique complètement indépendante des livres saints. 4° Dans ses interrogatoires, Galilée a dit condamner et abjurer vraiment, sincèrement, le système de Copernic. 5° C'était la philosophie, c'est-à-dire la science du temps, qui affirmait l'immobililô du Soleil et la mobilité de la Terre, comme c'était aussi la science la plus avancée du temps, la science de Galilée, qui déclarait incompatible l'immobilité du Soleil et le commandement : Soleil, arrête-toi! 6° La condamnation de Galilée, dans les conditions où elle a été prononcée, était nécessaire, inévitable, éminemment raisonnable et raisonnée. Elle se comprend d'elle-même, mais ce qui ne se comprend pas, c'est l'acquiescement donné par Galilée à la sentence prononcée contre lui, ou son abjuration. 7** Le saint-office s'est trompé, mais il est resté au moins conséquent avec lui-même : ceux-là seuls peuvent se montrer inexorables qui ne savent plus que la foi est le plus nécessaire et le plus grand des biens, non-seulement de l'homme individuel, mais des sociétés humaines, et que dépasser le but, pour la sauvegarder, -est un accident regrettable, mais honorable. Le pauvre savant, au contraire, s'est montré faible et inconséquent à l'excès, c'est une abdication désespérante. 8° Le texte de la sentence prouve aussi qu'elle est l'œuvre exclusive des douze cardinaux dont elle porte les noms, et qu'elle n'est nullement un jugement dogmatique de l'Église uni- "verselle, ou du souverain Pontife jugeant et parlant ex 4:athedra^
La véracité absolue des livres saints et l'infaillibilité de l'Eglise sont sauvées.
Appendice C. — Etude critique sur le texte, les doctrines et l'auteur de PEcclésiaste, par M. l'abbé Motais. Mon but, dans mes Splendeurs étant, principalement, de défendre la vérité scientifnjue des livres inspirés, je n'avais pas à m'occuper de leur authenticité et de leur moralité ; mais j'ai cru devoir faire une exception pour le livre de l'Ecclésiaste. — L'auteur ! Il suffit d'énumérer les mille systèmes arbitraires inventés par les critiques allemands pour en faire justice; ils se réfutent et ils se repoussent les uns les autres. L'Ecclésiaste, fils de David et roi de Jérusalem, désigné en tête du livre par le texte hébreu et les Septante est évidemment Salomon. — L'œuvre 11! Comment ce traité sublime, qui expose avec tant d'éloquence le néant des choses humaines, le gouvernement mystérieux de la Providence et la nécessité de la vertu, serait-il une œuvre imprégnée de scepticisme, de matérialisme et d'épicuréisme? Non-seulement l'Ecclésiaste ne nie nulle part, il affirme au contraire l'immortalité de l'âme. « L'esprit de l'homme monte vers le Ciel, l'esprit de la bête descend vers la terre l La poussière retourne à la terre, où elle était, l'esprit k Dieu, qui Ta donné. »^ — Le temps ! Salomon écrivit cet ouvrage sur la fin de sa vie.
Appendice D. — Démonstration de l'existence de Dieu par l'œuvre des six jours. Cet appendice est un résumé substantiel d'une série d'articles publiés par le R. P. Cornoldi dans la Civiltà catîolica, la savante revue des jésuites de Florence, de juin 1875 à mai 1877. L'auteur démontre invinciblement que, en dehors de l'existence de Dieu, on ne trouve dans la nature que des principes sans fondement, des effets sans cause efficiente, ou des effets non effectués, c'est-à-dire contradiction et néant.
L'œuvre du premier jour : Les éléments. Les éléments ou atomes des corps, sont évidemment des articles
LA FOI ET LA SClENCf:. 213
manufacturés qui accusent un ouvrier éternel et loutpuissaul.
L'œuvi'e du second jour : la formation des corps inorga- Qiques. Leur matière et leur forme n'ont pas en ellesmêmes leur raison suffisante.
L'œuvre du troisième jour : tes corps célestes, l'éther... Séparés de l'existence de Dieu, la nature, les forces de la nature, les faits naturels, ne sont que des mots vides de sens sous lesquels se cache une ignorance profonde, ou une impiété déraisonnable. L'existence de l'éther, principe ou cause immédiate de l'altraclion universelle, agent dernier de tous les phénomènes de la nature, lumière, chaleur, électricité, magnétisme, etc., est la preuve la plus évidente et la plus irrécusable de l'existence de- Dieu.
L'œuvre du quatrième jour : la création des plantes. Il est impossible d'admettre qu'en vertu de combinaisons chimiques, la matière puisse jamais acquérir la forme substantielle ou le principe vital de la plante, ni la vertu qu'a la graine de la faire germer. La vie végétative n'a pu apparaître sur la terre que par l'action immédiate d'un être tout-puissant et sage... La thèse darwinienne appliquée aux plantes, n'est qu'une pure hypothèse, qui n'est appuyée par aucune preuve ou par aucun fait.
L'œuvre du cinquième jour : la création des animaux. Si les plantes doivent être produites immédiatement par Dieu dans les premiers individus de leur espèce, les animaux qui, par l'adjonction de la vie sensitive à la vie végétative, sont plus parfaits que les plantes, exigent à plus forte raison la création immédiate. Il y aurait folie à affirmer que la beauté, la variété, l'ordre des organismes animaux, sont le résultat fortuit d'une rencontre accidentelle de molécules ou d'atomes sans vie. Les instincts si étonnants qui guident l'animal dans tout ce qui concerne la nutrition, la génération, l'aménagement de sa demeure, la fabrication des armes ou des filets avec lesquels ils saisit sa proie , etc., accusent évi-
demment l'existence d'un moteur ou principe intermédiaire qui doit nécessairement procéder de Dieu. L'immortel Cuvier a précisé lui-même, à grands traits, et d'une manière admirable, la distinction entre l'animal et l'homme.
L'œuvre du sixième jour : 1° La création de l'homme. Tout ce qui a été dit des plantes et des animaux s'applique à bien plus forte raison à l'homme. L'âme humaine, substance unique, simple et spirituelle, a dû être créée dans sa totalité par une création immé<. diate. 2l° L homme considéré dans sa nature physique. S'il est impossible d'admettre qu'une mosaïque, par exemple celle de la transfiguration de Raphaël, se soit formée par la seule rencontre de petites pierres colorées, sans idée créatrice et sans puissance coordinatrice, il est incomparablement plus absurde d'admettre la transformation fantastique des êtres, partant de l'infime limite du règne minéral, et s'élevant graduellement jusqu'à atteindre la limite suprême du règne animal. 3° Son essence psychique. L'impression qui constitue notre intelligence à l'état d'intelligence agissante ou en acte, a une valeur absolue; elle est la voix d'une vérité, d'une justice, d'une bonté universelles, laquelle n'avertit pas seulement chacun, mais commande à tous, et oblige tous ; elle est donc la voix de Celui qui est supérieur à toutes les créatures raisonnables ; elle ne peut être que la voix de Dieu. Donc Dieu existe. 4*^ La vérité catholique sur l homme. La véritable définition de l'homme est: Animal raisonnable. L'homme a une vie intellective qui a son principe immatériel, substantiel, et subsistant en luimême : son nom propre est l'âme. L'âme est la forme substantielle du corps, elle est à la fois intellective, sensilive et végétative; elle est le principe par lequel nous sommes, nous vivons, nous sentons, nous comprenons. Le corps et l'âme unis ne font qu'une seule personne, un seul moi; leur union est immédiate et universelle. L'âme est toute dans tout le corps et toute dans chacune de ses parties. Elle est présente dans chacune des par-
ties par la totalité de son essence, mais non par la totalité de sa puissance, qu'elle exerce diversement par les divers organes. L'âme ne peut, avoir son origine et son principe que dans une création immédiate de Dieu; chaque homme reçoit de Dieu son âme intellective propre; cette âme est créée au moment où elle est infusée dans le corps, c'est-à-dire, à la fin de la généralion humaine. 5" La volonté humaine. Nous ne sommes pas libres de tendre ou de ne pas tendre à l'apaisement de noire volonté. Celte tendance nalurelie et nécessaire ne peut diminuer en rien notre liberté; elle est, au contraire, sa raison d'être. Pour la satisfaire, il faut la vérité et la bonté infinies. C'est donc vers Dieu que l'homme tend nécessairement par ses deux facultés essentielles, l'intelligence et la volonté ; donc Dieu existe. 6° La sociabilité humaine. L'homme est fait essentiellement pour la société; la société est pour l'homme le vœu et le but de la nature. Mais la société, comme l'entend la nature, est impossible sans Dieu; donc la nature elle-même nous enseigne que Dieu est. 1° La croyance universelle du genre humain. C'est un fait constant et général que le genre humain tout entier a cru à un Dieu éternel, auteur et conservateur de l'univers, juge suprême des actions humaines. Quelle éloqupnce dans ces conclusions de M. de Qualrefages [Es/jèce humaine, 1877) : « J'ai cherché l'athéisme chez les races humaines les plus inférieures comme chez les plus élevées. L'athéisme n'est nulle part qu'a l'état erratique, et nulle race humaine n'est athée ! »
La Foi et la Haison.
Chapitre Premier. — État de la question. Méthode à suivre. Discussion et Exposition. — Après avoir léconcilié parfaitement la Science avec la Révélation, il reste, pour réconcilier aussi parfaitement la Raison avec la Foi : 1" à démontrer invinciblement, par des arguments palpables et irrésistibles, la vérité de la Révélation divine, la divinité de Jésus-Christ et de la sainte Eglise catholique romaine; %° à dissiper tous les nuages, amoncelés depuis tant d'années, par des réponses victorieuses aux objections de l'impiété et de la libre pensée; 3° à éclairer du plus grand jour possible les mystères delà Foi.
Quelle méthode suivre dans celte démonstration et cette réfutation? La dialectique, la philosophie et la théologie scolastiques sont d'excellentes choses, mais elles sont à la portée d'un petit nombre d'esprits; elles ne s'imposent pas à l'intelligence; elles excitent la volonté plus qu'elles ne la subjuguent; elles ne convertissent pas. Si l'intelligence était seule de la partie, il serait facile de l'éclairer, mais l'intelligence est sous l'influence ou mieux sous la puissance de la volonté ; et la volonté, toujours plus ou moins mauvaise, toujours plus ou moins insurgée contre la vérité surnaturelle, tend à rendre cette vérité inaccessible à l'intelligence. Celui qui fait le mal, a dit la Vérité même, hait et repousse la lumière! Cette influence de la volonté sur l'intelligence mise en présence de fe vérité, nulle ou presque nulle quand il s'agit d'une simple
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exposition, se fait surtout sentir dés que commence la discussion et surtout la démonstration scolastiqiie ou 5yllo^istique, et il en résulte que jamais ou presque jamais la discussion ne détermine la conviction, et surtout la conversion. Je fais l'histoire de six conférences ou controverses célèbres sur des questions religieuses : 4^ la conférence, ou colloque de Poissy, réunie par Catherine de Médicis. Aux arguments victorieux par lesquels le cardinal de Lorraine et le il. P. Lainez avaient établi le fait de la présence réelle, Théodore de Béze opposa l'impossibililé du mystère! On prouvait le mouvement en marchant, il persista à le déclarer impossible. %" La conférence de Fontainebleau en présence de toute la cour. Duplessis de Mornay ne put défendre sa cause qu'en invoquant des textes tronqués ; le cardinal Duperron les rectifia sur-le-champ, mais, bien que démasqué, son adversaire ne convint de rien; cependant, tous les assistants le déclarent battu. 3° La correspondance de Bossuet avec Leibnitz, sur un projet de réunion des catholiques et des protestants. Leibnitz, serré de prés, se déroba bientôt dans des considérations indignes de lui, et sans rapport aucun avec les principes fondamentaux de la discussion. 4° L'entrevue de saint François de Sales et de Théodore de Béze. Dès le début, Théodore de Bèze reconnut que l'Eglise catholique, Eglise mère, était la véritable Eglise de Jésus-Christ, et qu'on pouvait y faire son salut. Mais il maintint jusqu'au bout qu'on pouvait se "sauver dans l'Eglise calviniste, et plus facilement, sur ce principe absurde en lui-même, et contradictoire aussi à l'Evangile et à la Tradition, que la foi sauve sans les œuvres. 5° La conférence de Bossuet et de Claude sur l'acte de foi, en présence de M"^ de Duras. Bossuet avait pris l'engagement de faire admettre à Claude, aussi souvent qu'il le voudrait, que dans les doctrines du calvinisme, chaque chrétien peut mieux entendre l'Ecriture que les conciles universels, et que l'acte de foi est impossible sans un acte préalable d'infidélité et d'incrédulité. Ces deux monstruosités ne désar-
mèrent pas Claude. 6" La conférence entre des théologiens catholiques et protestants, sur la venue de saint Pierre à Rome. Je constate que, dans tous les cas, poussé dans ses derniers retranchements et mis dans l'impossibilité de répondre, l'adversaire de la vérité ne s'est jamais rendu à l'évidence.
Si j'avais fait de même l'histoire de celles des discussions académiques, politiques, judiciaires, passées ou contemporaines, qui ont eu le privilège de préoccuper et de passionner l'allention publique, j'aurais été réduit à constater de nouveau qu'aucune ou presque aucune ne s'est terminée par la défaite avouée de l'un des combattants; qu'aucun ou presque aucun des lutteurs n'a eu le courage de reconnaître que sa cause était mauvaise.
Un fait m'a vivement frappé dans l'Evangile, c'est le dédain, j'oserais presque dire l'aversion, que Jésus- Christ, la Sagesse infinie, témoigne pour la discussion. Il accepte l'objection et la réfute, mais par un mol, par un trait, et sans jamais discuter. Jésus-Christ n'argumentait pas; il allait même plus loin, il ne prouvait pas, à proprement parler; il ne dém.ontrail pas, mais il montrait la vérité, il la rendait sensible et palpable par des paraboles et des figures. Qui n'admirerait ces apologues si naïfs, si saisissants qui créaient presque invinciblement l'évidence de la vérité chez les esprits les plus prévenus? Je me suis fait un devoir de rappeler, parce qu'elles sont pour nous des modèles à imiter , les paraboles du Semeur, du Figuier stérile, de la Veuve et du Juge, du Pharisien et du Publicain, du Serviteur infidèle, des Dix. Vierges sages et folles, des Deux Fils, des Conviés au festin, des Vignerons révoltés, du Grain de sénevé, du Trésor découvert, de la Perle retrouvée, du Filet jeté à la mer, de l'Enfant prodigue, etc.
Ces figures et ces paraboles sorties de la bouche du divin Sauveur, qui venait éclairer le genre humain tout entier, sont un enseignement par trop oublié! Elles nous révèlent un des secrets les plus cachés de la raison humaine, dans les conditions où la chute originelle l'a
faite. Pour arriver à l'intelligence, pour lui faire accepter la vérité, surtout la vérité religieuse, il faut avant tout la dégager, l'isoler, la surprendre, en quelque sorte, dans son isolement de la volonté ; et alors, tout à coup, par une figure, une image, un fait simple et grandiose, etc., l'éclairer d'une lumière inattendue et très-vive, à laquelle elle ne puisse pas se dérober. Il y a un très-grand sens dans ce mot d'un moraliste français : Ne discutez pas,
vous NE CO-NVÀLNCREZ PERSONNE; LES OPINIONS SONT
comme des clous : plus on frappe dessus, plus elles s'enfoncent.
Je ne discuterai donc pas, mais pour convaincre la raison de la divinité de la Foi, je ferai briller de toute sa simplicité, de toute sa pureté, de tout son éclat doux et bienfaisant, la lumière d'un certain nombre de paroles évangéliques, qui sont à la fois des prophéties, des miracles, et des faits immenses qui ont rempli le monde... Ce sont ces paroles évangéliques que j'appelle proprement LES SPLENDEURS DE LA FOI. NoUS leS pOSSédioUS
toutes dés les premiers siècles de l'Eglise, avant qu'elles fussent parfaitement accomplies, et il n'est nullement nécessaire, pour qu'elles aient toute leur valeur, qu'elles soient authentiqueraent sorties de la plume des évangélistes auxquels on les attribue. Les voici.
1. « Toutes les nations de la terre me proclameront bienheureuse. » (Luc, i, 48.)
2. « Mes yeux ont vu le sauveur qui vient de vous et que vous offrez à tous les peuples, la lumière qui éclairera les nations. » (Luc, ii, 30, 31, 3â.)
3. « Cet enfant est établi pour la ruine et la résurrection de beaucoup. » (Luc, ii, 34.)
4. •« Cet enfant sera en butte à la contradiction. » (Luc, II, 34,)
5. « Suivez-moi, et je ferai de vous des pêcheurs d'hommes, i» (Matth., iv, 9.)
6. « Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait. » (Matth.,v, 48.)