LA GÉOGONIE DE MOÏSE EST VRAIE DANS SES TRAITS GÉNÉRAUX
Arrivons en second lieu à la création du globe terrestre et de notre univers. Retrouverons-nous le même accord? Oui, d'abord sur le fait capital de la formation et de l'organisation progressive. La géologie et la paléontologie, deux sciences toutes modernes, sont fières de ces grandes découvertes : les éléments matériels (jui entrent dans la composition de notre globe, sont restés constamment et uniformément les mêmes, mais il s'est manifesté dans le temps et dans l'espace des changements considérables qui ont modifié d'une manière très-sensible l'étendue relative et les contours des eaux et des terres fermes ; la marche des phénomènes naturels, habituellement si paisible et si régulière, a présenté d'époque en époque des variations plus ou moins brusques, dont les effets ont été souvent désastreux pour les êtres qui en étaient les témoins et les victimes ; la surface de notre globe a été souvent ainsi bouleversée et modifiée profondément ; enfin et surtout, l'histoire de la vie sur notre globe a présenté des phases successives, très-distinctes
les unes des autres, en relation intime avec les modifications successivement subies par sa surface.
Or cette succession de formes et de vies, le divin législateur des Hébreux ne Fa-t-il pas inscrite, il y a trois mille ans, au frontispice de sa géogonie? Ne nous montre-t-il pas Dieu séparant d'abord la terre des eaux, soulevant les montagnes, creusant les vallées, donnant aux mers leurs rivages, etc. ; puis tour à tour commandant : à la terre de produire les berbes, les plantes, les arbres, les reptiles, les bêtes sauvages, les animaux domestiques ; aux eaux d'engendrer les sauriens, les poissons et les oiseaux, etc.? Dans son récit si simple mais si fortement accentué et si net : 1° La vie végétale a précédé la vie animale aussi bien dans les mers que sur la terre ; 2° la vie animale a d'abord été représentée par les êtres vivant dans la mer; 3° aux animaux marins ont succédé les oiseaux; 4° la vie animale s'est développée postérieurement sur la terre, et l'homme n'est apparu qu'après tous les êtres. Cet ordre de création successive et de progrès, révélé par la Genèse, n'a-t-il pas été pleinement confirmé par la science? N'est-il pas le corollaire nécessaire de faits paléontologiques certains? Incontestablement, et je laisse à l'un de nos géologues français les plus éminents, à M, Barrande, dont, malgré sa modestie, l'autorité est universellement et hautement proclamée, à tracer le parallélisme parfait de la genèse biblique et de la genèse géologique. La note que je vais analyser a été publiée pour la première fois dans les célèbres Etudes philosophiques de M. Auguste Nicolas, dix-neuvième édition, t. P'', pages 435 et suiv.
1° Les véfîcHaux connus sous le nom de fucoïdcs ont précédé l'apparition de la faune la plus ancienne ou laune primordiale. En Suède, par exemple, la zone ai)pelée grès à fucoïdcs, à cause des nombreuses traces de fucus qu'elle contient, est privée de tous vestiges animaux quelconques. C'est dans les schistes places au-dessus qu'on rencontre les premières
300 LliS SlM.EM)Ki;US DE LA FOI.
iraccs d'apimaux consiituanl la fauno primiiivo principalement représciiiéL* par des crusiac(^s lie la famille des irilobiles 1 1 ;. Les jjlantcs lorroslrcs abscnles des terrains siluriens proprement dits, n"ai)paraissent qu'a sa limite supéricnre sous forme de ^'lobules carbonisés aj)partenaiiL aux lycopodiacées, dernier de^îré de l'or^^anismc véi,'élal. Les conferves commciK'onlà se montrer dans le terrain dévonien, mais cette V(';j,félation n'a pris un lrès-;^rand développement ijuc dans la période j,'6oloi,dquc suivante, dite ))criode carbonifère. Le plus ancien de tous les animaux (jui ont respiré a été retrouvé dans la partie supérieure du vieux grès rou^^e ou terrain dévonien dTcosse, c'est-fi-dire au-dessus de l'horizon assi^^tié aux plantes dévoniennes dont nous venons déparier. La vé^jélation a donc précédé l'apparition des animaux aussi h'w.n sur la terre que dans la mer. En outre, la gradation 6lai)lie par Moïse dans la création du rèjfne végétal s'accorde avec les faits de la science ; germes ou fucus, herbes, plantes, arbres. L'observation montre en elfel (jue les végétaux ofirant une organisation plus élevée sont apparus beaucoup plus tard que les types inféi'icurs du règne végétal. Moïse du reste n'établit ((ue Tordre relatif des époques; jl fait abstraction de l'histoire du développement des êtres, dont il rappelle cependant les principales foinies successives.
2" Le fait de l'existence desanimaux marins avantcelle des animaux terrestres ressort incontestablement de toutes les observations géologiques faites jiisrpj'à ce jour ; il estlargemenl exposé et établi dans le traité de M. Bronn i\c Heidelberg, couronné en ISriO par l'Académie des sciences de France. L'animal le plus ancien que l'on connaisse avoir res|Vn'é sur la terre, le Telerpeton Elfiiuense, remonle à peine à la partie supérieure du système dévonien; or avant cette époque il avait existé cinq grandes faunes marines, distinctes et très-variées, qu'on peut aisément reconnaître sur toute la surface de la terre. Ces cinq grandes faunes successives de types d'animaux marins dont l'organisation est de plus en plus élevée, et qui ont précédé la création des animaux destinés à vivre sur la terre, indique à la fois et un plan parfaitement coordonné, et un immense laps de temps pour sa mise à exécution. La vie animale dans les mers est donc bien antérieure à la vie animale sur la terre.
En outre l'ordre suivi par Moïse dans rénumération des animaux marins, depuis ceux qui sont rampants, c'csl-à-dire les mollusques cl les sauriens, jusqu'aux poissons et aux grands cétacés, correspond parfaitement avec l'ordre observé dans la série des couches géologiques.
3" En ce qui touche les oiseaux, on conçoit q'ie certains genres ont dû exister dans les époques les plus anciennes, parce qu'ils vivent de poissons, de mollusques et d'autres animaux marins. Cependant les restes les
(1) En 1854, sir Willi;im Lngan ronronlnidans le tcrrninlaiiivntion infnicur du C.iiiada uae appareiu'C de corps orsaiii(iue que M. Daw.soii de MoiUiéal prit pow un foraminifère. à laquelle il donna le nom de cozuii cuiiadetiae, et (|ui faisait iioui' la piemière fois, à la loi de piioiilé du règne vt'.:;étal sur le régne animal, une excciilion bien petite en l'éalité, nriis qu'on ne manqua pas d'opposer à la cosningonie mosaïque. Il en a été de ce nouveau démenti comme de tant d'autres, non-seulenicut en ce sens que l'exception a conllrmé la règle, mais parce qu'il s'est évanoui de lui-même. Le fameux eozoon n'est trcs-probablennul pas un être organique, et le plus savant de nos paléontoiogistes français , M. Baylc, avait raison «luaud il eu faisait un canard américain.
LA GÉÛGONIE MOSAÏQUE AFFHtMÉE PAR LA SCIE^JCE. 301'
plus anciens que l'on en connaît aujourd'hui ne remontenl pas an delà cic 1 époque triasiiiuo : ce sont des traces de pas de trente espèces iWïïérentes, empreintes dans le sable, et quchpies os ; un fossile préscniant rempreinlc très-évidente de plumes a été découvert dans la fornuUion appelée oolithe supérieure, dans le terrain jurassique.
•i" Quantaux animaux terrestres, g(''ologi(]uenienl comme bibliquemont. leur oriiîine est moins ancienne encore, et elle a été sans aucun doute successive comme chez les animaux marins. Chaque type plus ancien disparaît aprèsuneoxistence plus ou moins longue, pour faire place à des types nouveaux ; le développement dans la suite du temps ayant lieu soit par une action nouvelle et répétée du Créateur lui-même, soit par relfet des lois primitivement établies par lui.
En étudiant à ce point de vue l'histoire de la création du régne végétal cl du règne animal donnée par Moïse, on reconnaît qu'elle est en parfaite harmonie avec celle que la géologie a déduite de l'élude straligraphique des roches sédimentaires, et des restes organiques soit végétaux, soit animaux qu'ils renferment.