LE RKCIT DE MOÏSE POURRAIT RESTER EN DEHORS DE LA SCIENCE
Ces quelques lignes de M. Barrande, F un des révélateurs de la faune silurienne, suffiraient au besoin pour établir l'accord parfait de la paléontologie et de la géogonie sacrée. Moïse, en effet, n'a eu qu'une mission et un but : révéler et affirmer le dogme et le fait de la création divine, étendue à toutes les catégories des êtres. L'ordre dans lequel il les fait apparaître est Tordre observé dans la nature; que pourrait-on désirer de plus ? Rien absolument ne prouve qu'il ait ea la pensée de formuler une géognosie, une géogonie théorique et complète, ou de tracer en détail la formation successive du globe que nous habitons ; le contraire est plutôt certain : et nous pourrions ajouter que rien n'assujettissait Moïse à suivre rigoureusement, dans son exposé, Tordre d'apparition dans la nature de la série des êtres; à ce point de vue, la démonstration que nous venons de donner, d'après M. Barrande, devenait superflue ; nous aurions pu nous en dispenser.
Nous sommes même en droit d'aller plus loin. Pour faire beau jeu des prétentions et des exigences de la demiscience, pour fermer d'un seul coup la porte aux objections insidieuses de la géologie , il nous aurait suffi de constater
(juc diverses iiilerprétalions permises ou tolérées du réeit de la Genèse, interprétations tombées de la plume de Pères de l'Eglise ou de théologiens orthodoxes, nous autorisent complètement à lui enlever jusqu'à l'ombre d'un exposé scientifique.
Première interprétation. Création simuUanéc. Saint Augustin, dans son livre sur la Genèse, ch, v, et dans le livre 11 de la Cité de Dieu, commentant le verset P"" du cli. xviii de l'Ecclésiastique : Celui qui vit éternellement a tout créé à la fois, nous dit : « Les six jours de la création peuvent n'être qu'un seul et même jour. Dieu aurait tout créé en même temps, ^fais la sainte Écriture, s'accommodant à l'intelligence hu-^ maine, aurait distingué et énoncé séparément les diverses œuvres accomplies en un instant indivisible. Quand donc la Genèse nous dit que Dieu a créé tour à tour les divers éléments et les divers règnes de la nature ; qu'il les a successivement animés, on pourrait voir dans son récit, non une exposition chronologico-historiquc , mais une interprétation logique de l'activité créatrice. »
« Saint Augustin, ajoute saint Thomas (liv. Il des Sentences, ch. v, quest. I, artic. '2), veut qu'au premier instant de la création, quelques êtres seulement aient été produits avec leurs caractères spécifiques, par exemple, les éléments matériels, les corps célestes et les substances spirituelles. Les autres êtres, les plantes, les animaux, l'homme n'auraient existé que dans leurs causes prochaines ou les principes de leur existence. Ils ne seraient apparus que plus tard avec leur nature propre, produits par Dieu dans ce travail postérieur à l'acte créateur ou à l'œuvre des six jours, dont parle saint Jean, ch. v, v. 17 : « Mon Père opère toujours . et j'opère avec lui. » En d'autres termes encore, saint Augustin autorise à ne pas chercher, dans le récit de la Genèse, la succession des instants, mais seulement Tordre que demande
L\ GÉOGOiNlE MOSAÏQUE AFFIRMÉE PAR LA SCIENCE. 303
kl nature des choses et renseignement. La nature des choses ! C'est d'après elle que le son doit exister avant le chant,... la terre avant les animaux, l'eau avant les poissons, etc. L'enseignement ! Toutes les parties d'une figure forment cette figure sans qu'il y ait lieu h distinguer entre elles une succession de temps. Cependant, la géométrie nous apprend à dessiner la figure en traçant les lignes les unes après les autres. Second système. Création prophétique. On admet toujours, avec saint Augustin, que tout a été créé en un seul instant ; mais au lieu d'attribuer la distinction des six tableaux à la succession méthodique que l'écrivain inspiré devait mettre dans sa narration, on l'attribuerait au mode de la révélation qui lui aurait été faite. Dieu, pour instruire les prophètes des événements futurs, les mettait quelquefois sous leurs yeux, leur faisait voir les personnages en action. Pourquoi Dieu n'aurait-il pas donné de môme à Moïse l'intuition des faits passés? 11 semble vraiment que le récit mosaïque confirme ce sentiment : la vivacité de la perception, la netteté de l'exposition, le pittoresque et le coloris du tableau, font penser que le narrateur a vu les choses dont il parle. Pendant sept jours consécutifs, ces scènes se sont déroulées sous le regard du voyant, jusqu'à ce que l'ensemble de la création eiît été complètement exposé. Chaque . scène représente un des traits saillants du grand drame, un des côtés de l'ensemble, une des parties du tout. C'est ainsi que la création se diviserait en six actes divins ; mais les six jours n'auraient de réalité que dans la forme suivant laquelle leur histoire aurait été révélée à Moïse.
Troisième système. Création antéhexamérique. Notre terre, avec ses éléments minéraux, ses flores et ses faunes géologiques, aurait existé longtemps avant la création de l'homme. Pen- . dant des siècles, ou même des séries de siècles, se seraient for- • mées ces couches ou assises sédimenlaires, où auraient vécu les
l.E S SPLENDEURS DE LA FOI.
animaux éteints dont nous retrouvons les débris fossiles. Une dcniicre ealastroiilieque Ton pourrait expliquer par les couches é|)aisses du diluviuui que nous retrouvons partout, et Teiistence, aujourd'hui démontrée, d'une {>ériode glaciaire universelle, aurait mis tin à cette période antéliexaraérique, et amené l'état de chaos signalé par le second verset de la Genèse. Alors aussi aurait commencé l'œuvre des six jours, onivre de restitution, qui prépara la terre à devenir le séjour de l'homme. Alors enfin auraient été créés les végétaux et les animaux dont les descendants vivent encore. Cette interprétation, déjà indiquée dans la tradition, a été nettement formulée par le docteur Clialmers, puis adoptée par le célèbre géologue anglais Buckland et h cardinal Wiseman. Elle a, comme les deux premières, l'avantage, si c'en est un, de mettre la géologie entièrement en dehors de la Bible ou la Bible en dehors de la géologie.
Ce sont là des systèmes qui n'ont rien de contraire à la foi, que chacun peut admettre ou rejeter, avec cette seule réserve, de ne pas présenter comme connu et certain ce qui est encore enveloppé de ténèbres et d'incertitudes. « Dans le traité sur la Genèse, disait saint Augustin, j'ai exposé avec tout le soin possible les divers sens dont sont susceptibles les paroles sacrées, restées obscures, pour servir à l'exercice de nos intelligences. Mais je n'ai point témérairement pris parti pour une oiunion au préjudice d'une autre opinion peut-être meilleure. Chacun, suivant son talent ou la tournure de son esprit, pourra choisir l'interprétation qui le satisfera le mieux. Si, malgré tous ses efforts, il ne peut pas comprendre, qu'il révère toujours la parole de Dieu et vive dans sa crainte. »
L'essentiel était de prouver que ce que la science oppose à la révélation, ne compromet pas sa vérité ; or chacune des trois interprétations qui précèdent atteint pleinement le but.
CARACTÈRES FRAPPANTS DE VÉRITÉ ET d'iNSPIRATION DE LA GÉOGONIR MOSAÏQUE.
Mais le sentiment le plus universellement admis aujourd'hui est que les six jours de la création sont des périodes de temps indéfinies; qu'ils ont été semblables au septième jour qui. a eu son commencement, son soir, mais qui se continue, attendant sa fin ou son matin, pour qu'on puisse dire de lui à son tour : // y eut ainsi un septième soir et un septième matin, formant un septième jour. Ce matin, ce sera la fin des siècles, le moment solennel où l'ange du jugement s'écriera : Il n'y aura plus de temps ! L'éternité commence, le monde ancien va faire place à de nouveaux cieux et à une nouvelle terre ! Dans cette manière d'interpréter le texte sacré, le mot soir signifie avant tout le commencement d'un jour ou d'une grande opération, qui part le plus souvent d'une sorte de chaos causé par une révolution antérieure ; le mot matin, au contraire, exprime la consommation d'une opération, la fin du chaos réparé (1). Cette interprétation admise, le récit de Moïse reste le récit réel de la création dans le temps et dans l'espace. Or ce récit contient un si grand nombre de particularités extraordinaires,
(1) Les Pères de l'Église qui vivaient d-ans les contrées où, contrairement à l'usage antique et universel, le jour commençait par le matin, ont renversé l'interprétation des mots vespere et mane, mais en leur laissant leur signification de commencent ou de fin d'une période ou d'une opération. (Le vénérable Bédé :^Vespere consummali operis terminus non absurde forlasse mtelligitur... Mane auttm futurœ operationis significatio. Edition de Migne, vol. 91, p. 194... Septimus dies- cœpit à mane et in nullo vespei'e lermina(.ur,'ih\iX., p. 203. Saint Augustin : Dies autem septimus sine vespere est, nec habet occasum. Lib. Confess., lib. XIII, ch. XXXVI.) Ce serait une femme, sainte Hildegarde, qui la première aurait donné nettement aux jours de la création leur signification la plus probable aujourd'hui : Sex enim dies sex opéra sunt, quiaincepiio etconsommatio cujusque operis dies dicilur.
complètement au-dessus de la science de son temps,' que nulle lumière humaine n'aurait pu lui révéler, en si parfaite conformité avec les données de la science la plus avancée, que tout homme de bon sens et de bomie foi sera comme forcé de conclure à une inspiration directe et immédiate. Développons cette pensée autant qu'il est nécessaire; ce sera entrer dans le vif de la question et faire surabondamment la conciliation qui est le but principal de ce livre.
1° Unité de matière des mondes. La création, au commencement des temps, par une seule et même opération, des mêmes éléments matériels qui concourent à la formation du ciel et de la terre est attirmée par Moïse, et c'est le dernier mot de la science moderne ! Le plus récent et le plus étonnant des outils créés par le génie de l'homme, nous révèle de plus en plus chaque jour l'unité de composition et de nature des nébuleuses, des étoiles, du soleil, des planètes, de la terre, et de la matière cosmique qui remplit l'espace entre Mercure et le Soleil!
2° Chaos primitif. La terre, et sans doute aussi le soleil, ne formant à l'origine qu'un abîme ou amas d'éléments dissociés, enveloppé de profondes ténèbres et couvé par l'esprit de Dieu, c'est bien l'hypothèse universellement admise depuis le commencement du XIX® siècle. Seulement, il y a vingt ans à peine, pour expliquer la dissociation actuelle de ces éléments, on se croyait forcé de mettre en jeu la force principale de la nature, la chaleur ; et c'est seulement dans ces dernières années que les maîtres de la science ont admis et enseigné que la chaleur, la lumière, l'électricité naissent de l'exercice de la pesanteur et de l'attraction moléculaire.
3° Fiat lux. La création, avant toute autre formation ou organisation, de la lumière ou du fluide lumineux, de Vaour miraculeux des Orientaux, de 1 ether mystérieux des Occiden-
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taux, quelle étonnante prévision ! Ce que les anciens avaient entrevu, lesmodernesrontdémontré: toutes les forces delà nature ont pour milieu et pour principe actif la substance et les mouvements de Téther. L'étheret ses mouvements, seuls ou combinés avec les mouvements moléculaires des éléments matériels, sont la source de la lumière, de la chaleur, de Télectricité, du magnétisme, et très-probablement de l'attraction, de la pesanteur, de l'affinité chimique, comme l'immortel Newton ravaij; soupçonné, comme le grand Euler l'avait formulé, comme la science du moment est en voie de le démontrer rigoureusement. Avant l'apparition de la lumière, avant le Fiat lux, le chaos seul avait sa raison d'être; la dissociation des éléments, mot tout moderne, les laissait à distance; toute agrégation, toute combinaison, toute organisation restait impossible. La lumière jaillit, l'éther est mis en possession de son élasticité indéfinie ; la gravitation universelle commence à s'exercer; elle met bientôt en jeu toutes les affinités, les éléments dissociés s'unissent et se condensent. Sous l'impulsion aussi de l'éther et de la gravitation, le globe, né de l'union des éléments dissociés, commence à tourner sur lui-même, et si le centre de son attraction a déjà sa lumière propre, la succession périodique des ténèbres et de la lumière a pu commencer son cours. Je le répète, la pensée et le fait de la création du fluide lumineux, de l'éther, avant toute apparition de lumière reçue ou de ■ lumière propre, avant toute formation inorganique ou organique, ne peuvent pas être une pensée purement humaine, un fait simplement humain !
4° Firmament et atmosphère. Ce que Moïse ajoute du firmament, de l'atmosphère aérienne de la terre, des fluides gazeux qui sont sous le firmament, des vapeurs d'eau dissoutes dans l'air, des fluides gazeux qui sont au-dessus du firmament (peut-être ces gaz très-raréfîés dont la science la
plus moderne lend à nous révéler l'existence et à nous donner le secret), est encore incompréhensible sans une inspiration surhumaine.
5° Submersion générale du globe. Moïse déclare positivement, et saint Pierre affirme en termes plus explicites encore, que, à un moment donné, toute la terre a été recouverte par les eaux ; or, c'est à peine si la science arrive à dire avec M. Vézian [Prodromes de géologie^ p. 48): « Au commencement des temps géologiques, un océan sans rivages couvrait le globe tout entier ; » avec M. Daubrée {Rapport sur les progrès de la géologie expérimentale, page 64) : « L'eau, aidée de quelques substances, doit avoir été à peu près partout, dans le métamorphisme aussi bien que dans la formation des principaux gîtes métallifères et des roches éruptives ellesmêmes, un coopérateur tout-puissant de la vapeur ; » avec M. Lyell {Eléments de géologie) : « Toutes les terres ont été sous l'eau, mais peut-être toutes n'y ont pas été en même temps. »
6° Soulèvement des montagnes. La séparation de la terre et des eaux que le roi-prophète explique d'une manière si inattendue par le soulèvement des montagnes, ascendunt montes et descendunt campi; ce commencement assigné par le sage à l'apparition et à la consolidation des montagnes et des collines : necdum montes gravi moleconstiterant, ante colles ego parturiebar, peuvent-ils être une invention humaine? L'idée de soulèvement, à laquelle, au besoin, on pourrait, on devrait peut-être substituer l'idée de tassement, est toute récente; elle a été mise en avant au commencement de ce siècle par Léopold de Buch; c'est seulement en 1829 que M. Elle de Beaumont l'érigeait en théorie, définissait la direction des systèmes de montagnes, établissait leur synchronisme et leur chronologie.
7° Végétation avant le soleil. L'apparition d'une flore, et d'une flore très-riche, avant la constitution du soleil à l'état de luminaire, confirmée par les observations des géologues, de M. de Candolle surtout, qui est arrivé à cette conclusion que certaines flores fossiles avaient certainement végété sous une lumière autre que la lumière du soleil actuel, confond vraiment l'imagination. Tout semble indiqu-er que cette végétation est celle de la période carbonifère. « Or, à aucune autre époque, dit Hugh Miller, on ne vit une flore si magnifique. La jeunesse de la terre fut particulièrement une jeunesse ombragée et verdoyante; une jeunesse de forêts sombres et impénétrables, de pins énormes, de splendides araucariées, de calamités gigantesques, de fougères, en arbres élancées , de sigillaires élégamment sculptées, de lepidodendrons hérissés. Partout où les eaux s'étaient retirées, pour former des lacs peu profonds, ou donner naissance à des cours d'eau, depuis les lieux où l'île de Melville étale maintenant ses déserts de glace sous l'étoile polaire, jusqu'aux lieux où la plaine aride de l'Australie s'étend solitaire sous la brillante étoile du sud, un herbage dense et luxuriant couvrait le sol humide et vaporeux. Notre terre alors doit avoir envoyé aux planètes lointaines, à travers les brouillards qui l'enveloppaient, un rayon de lumière tendre et délicate...» Il a fallu en outre que la science de ces derniers jours payât à la vérité des livres saints son tribut d'honneur, en constatant que les phénomènes essentiels de la végétation, la décomposition de l'acide carbonique, l'assimilation du carbone, le dégagement de l'oxygène, la formation de la chlorophylle, n'exigent pas la lumière solaire, mais se produisent sous l'influence de toutes les lumières naturelles ou artificielles. Il est possible que des plantes aient précédé et suivi celles du troisième jour de la Genèse, mais il semble certain
que cette végétation du troisième jour, antérieure au soleil, a été inconi|)arablomcnt plus abondanle. Précisément parce qu'elle n'était pas due à noire soleil actuel, mais au soleil en voie de formation, dont le diamètre était beaucoup plus grand, elle s'est étendue partout, elle a recouvert le globe entier d'un pôle à l'autre. Circonstance vraiment remarquable, on n'a encore trouvé dans la houille aucun être à respiration aérienne, pas même un insecte, quoiqu'on en ait e.\lrait déjà des millions de mètres cubes. Cette absence, dit M. Lyell, dans l'état actuel de la science, ne peut qu'exciter l'étonneraent (1).
En outre, faire produire à la terre, dès le troisième jour, avant toute apparition de la vie animale, les herbes, les plantes et les arbres, n'est-ce pas avoir deviné ce que la science encore ne nous a révélé qu'au xix^ siècle, que pour que la vie animale se développât sur la terre, il fallait avant tout que la végétation eût entièrement absorbé l'excès d'acide carbonique ûont l'atmosphère était chargée dans les temps primitifs : ce qui explique aussi pourquoi les êtres qui vivent dans l'eau ont pu, ont dû apparaître les premiers, puis les amphibies, et plus tard seulement les animaux qui vivent sur la terre, et aspirent incessamment l'air atmosphérique.
8° Terre avant le soleil. La particularité la plus extraordinaire, comme nous l'avons déjà fait remarquer, est que la constitution du soleil à l'état de luminaire ait eu lieu le quatrième jour seulementî C'est d'aujourd'hui qu'on commence à dire que la terre est plus vieille que le soleil ; que le soleil est pour nous l'image de ce que la terre était avant les temps
(1) M. Bayle nous a appris, il y a quehiues jours, qu'on avait trouvé des insectes dans les houillères de Sarrebruck; l'exception confirme la règle! La règle est aussi, hélas! que toute aûirmalion d'un géologue soit fatalement coulredite par un autre !
LA GÉOGONIE mosaïque AFFIRMÉE PAR LA SCIENCE. 311
géologiques; comme le satellite de notre terre, la lune est l'image de ce qu'elle sera un jour. C'est à peine si le spectroscope a eu le temps de nous montrer dans le soleil la présence de la vapeur d'eau, témoignage certain de son passage de la jeunesse à l'âge mûr.
9° Création par intermédiaire et multiple. Particularité encore remarquable. Quand Moïse parle des plantes, des poissons, des animaux, il entend évidemment une création multiple, et il prend un intermédiaire entre le créateur et la créature : que la terre fasse germer, que les eaux produisent. Il s'agit par conséquent d'une création s'étendant à tout le globe, qui pourra être détruite, mais qui pourra aussi se reconstituer elle-même. Quand, au contraire, il arrive à l'homme, c'est Dieu qui agit directement ; il crée ou fait lui-même : Faciamus hominem, et l'objet de sa création est un individu unique, auquel il donne immédiatement un nom propre, qu'il installe dans un lieu particulier. En un mot, la création des plantes et des animaux a été multiple et universelle ; leur production a lieu par germes confiés à la terre ou à l'eau, ils peuvent apparaître partout où les conditions essentielles d'un plein développement, milieu, température, sol, etc., seront convenablement remplies.
10° Origine des espèces. Le problème des problèmes est la définition et l'origine de l'espèce animale ou végétale. « Sa solution complète, disait Isidore Geoffroy-Saint-Hilaire, ne serait rien moins que l'histoire de la création, celle de Fapparilion et du développement de la vie à la surface du globe : mystérieuse et divine histoire dont la première page au moins ne sera jamais lue par des yeux humains... Le souverain Auteur de toutes choses s'en est éternellement réservé le secret, et si haut qu'elle doive s'élever, si loin qu'elle s'étende, si profondément qu'elle pénètre, la science ne pourra dans tous les temps que redire avec Linné : Dieu seul sait tout... J'ai
lu quelques-uns de ses vestiges à travei'S les choses créées. » Combien donc nous sommes heureux de constater que cette solution, (luaiit au l'ail du moins, sinon quant à la raison d'être du fait, qui restera toujours un mystère, est complètement donnt^e par la géogonie de Moïse. L'espèce est divine, elle a été l'objet immédiat de la création. Il est écrit solennellement que chaque être sorti des mains du Créateur contient en lui la semence, le germe, la raison de sa reproduction sur la terre, et que chacun se perpétue suivant son espèce. C'était une constitution divine et en même temps un oracle divin. L'oracle a-t-il été accompli? La mutabilité des espèces a été mille fois affirmée, et nous discuterons bientôt les systèmes basés sur cette mutabilité; mais, affirmée partout et toujours, cette mutabilité ne s'est manifestée nulle part, aucune espèce h la fois anatomique et physiologique n'est encore apparue. La fixité de l'espèce enseignée par Moïse est un grand fait qui remplit, qui domine le monde et confond l'esprit... Voilà cinq ou six mille ans que les espèces animales ou végétales de l'Egypte sont restées identiquement les mêmes. Pour les plantes comme pour les animaux, le squelette n'a subi aucune modification, même secondaire, depuis la fin de la période glaciaire jusqu'à nous, c'est-à-dire depuis dix mille ans peut-être. Il y a plus, les espèces qui ont traversé les époques géologiques ont conservé les mêmes caractères qu'au début. Darwyn, lui-même, n'a pas hésité à le reconnaître. Donc, au moins pour la création de Moïse, la fixité de l'espèce, tait divin, est devenue un des faits les plus incontestables de la science. Qui ne s'écrierait que le doigt de Dieu est là? Rien au fond de plus mystérieux, de plus inaccessible à l'esprit huiiiaiu que cette conslaiile uniformité des êtres se reproduisant indéfiniment selon leur genre et selon leur espèce, de telle sorte qu'on soit forcé de dire que le premier individu de les-
pèce contient en lui la causalité, la raison suffisante et nécessaire de l'immense multitude de ses descendants, et cependant rien de plus éloquemment constaté par les faits!
11" Développement successif des êtres. La création de Moïse va du simple au composé : les végétaux d'abord, du plus élémentaire au plus parfait, germe, herbe, plante, arbre ; les animaux marins ensuite rampant et nageant, et presque en même temps les oiseaux ; les animaux terrestres en troisième lieu; puis l'homme. Or, cet ordre divin est précisément la classification retrouvée par la science à mesure qu'elle progressait davantage.
12° Affinités, Mais voici une confirmation plus étonnante encore, amenée par une tentative de transmutation ou d'évolution. Le 7 février 1808, le plus hardi des naturalistes, celui qui prend le moins souci de l'inspiration des livres saints, M. Huxley, faisait dans l'amphithéâtre de l'Institution royale de Londres une conférence sur les animaux intermédiaires entre les reptiles et les oiseaux. Il s'agissait d'étendre aux reptiles la prétendue loi de l'évolution, ou de réaliser la transition des reptiles aux oiseaux, et sa conclusion fut : Je crois avoir donné des raisons suffisantes d'affirmer que les faits de la paléontologie nous mettent à même de nous former une idée de la manière dont les oiseaux se sont dégagés des reptiles, et de donner à l'hypothèse que les oiseaux ont été ainsi engendrés la supériorité sur toutes les hypothèses qui ne se fondent pas sur la base des faits. M. Huxley croyait faire un pas réel en avant; or Moïse, il y a plus de trois mille ans, disait {Genèse, ch. i, v. 20): Que les eaux produisent les reptiles ayant une âme vivante et les oiseaux qui volent sur terre et dans V atmosphère ; c'est-à-dire qu'il donnait un milieu commun, une existence collective aux reptiles des eaux et aux oiseaux du ciel. Qu'a ajouté de plus M. Huxley? De pures
conjectures, un rapprocliemeiit hasardé, une liypotlif'se contraire aux faits, car on cherche en vain dans la nature les intermédiaires entre le reptile et l'oiseau.
43" Contemporanéité de l'homme et des animaux. Encore une coïncidence merveilleuse entre le récit mosaïque et les faits. Mûïse^ dans la création des animaux, ne distingue pas deux époques ; une époque pour le règne animal proprement dit, une époque pour le règne humain. Les animaux et l'homme sont créés également le sixième jour. L'homme est donc le contemporain des mastodontes, des éléphants, des lions, des ours, des rhinocéros et des espèces réduites par lui à la domesticité. Et voici que la science croit avoir fait une grande découverte en démontrant cette contemporanéité, c'està-dire en constatant que les animaux dont nous venons de parler et l'homme appartiennent à la même époque de la création, ou n'ont pas été séparés par une de ces révolutions qui ont fait très-probablement le passage d'une époque à l'autre.
lA" Repos du dernier jour. — Une dernière particularité, enfin, la plus extraordinaire de toutes, est le repos du septième jour. Le septième jour. Dieu, dit Moïse, ayant achevé ce qu'il avait entrepris, et complété la grande œuvre de la créalion, se reposa, c'est-à-dire qu'il cessa de créer. Que ce repos est mystérieux et combien sa portée est grande! Il nous laisse à jamais en présence : 1° d'éléments premiers, toujours les mêmes en nombre fini et très-limité ; 2° d'espèces végétales et animales en nombre fini, mais très-grand, invariables, ou ne variant qu'entre des limites assez étroites, toujours prêtes, après des écarts accidentels, à revenir à leur type primitif, se perpétuant par des semences ou des germes dont la vitalité et la fécondité sont un mystère; 3" de combinaisons, d'alliages, de dissolutions que l'on peut multiplier à l'infini, mais qui ne contiennent que ce que l'on y a mis, et toujours prêtes à le restituer par
une décomposition facile. Nul élément nouveau, nulle génération nouvelle, nulle espèce définitivement constituée, mais seulement des races. Les mondes roulent dans l'espace, tout est mouvement dans les cieux, sur la terre et jusque dans ses entrailles; tout s'y développe, tout s'y nourrit; les principes constitutifs des espèces brutes et des espèces vivantes ici désunis et dispersés sont là rapprochés et réunis, selon des lois élémentaires et constantes que la main et le génie de l'homme doit se borner à mettre en jeu, sans qu'il puisse les modifier ou les suspendre dans leur cours. Mais jamais ni la force mécanique, ni les forces physiques, agissant séparément ou réunies, n'ont pu engendrer ni une cellule, ni une molécule non métallique ou métallique ; parce que la cellule et la molécule sont des natures connues de Dieu seul, et que. Dieu est entré dans son repos immuable après avoir produit tout ce qu'il a voulu et jugé nécessaire pour la durée entière du monde !
Les alchimistes ont été à l'œuvre pendant des siècles, ils ont allumé leurs fourneaux et chauffé à blanc leurs creusets ; ils ont mis en contact toutes les substances imaginables, et ils n'ont pas produit un grain d'or, ou un diamant microscopique.
Les hétérogénistes, à leur tour, ont sué sang et eau pour faire apparaître de nouveaux êtres vivants, ne fût-ce que des vibrions ou des monades. Leurs partisans les plus exaltés sont forcés de dire qu'ils n'ont rien obtenu, ou que s'ils ont obtenu quelque chose, c'est qu'ils ont opéré sur de la matière primitivement organisée. Donc, dans la nature, depuis le dernier mot de la création dit par la Genèse, repos absolu, repos plus évident que le jour, et ce repos absolu est un argument invincible de la véracité ou de l'inspiration divine de Moïse.
Je plaindrais vraiment les esprits qui ne verraient pas dans ces coïncidences extraordinaires, dans l'identité entre la pré-
vision et les foits, une première preuve éclatante de raccord de la science avec la révc'lation. Oserait-on dire qu'elles sont un effet du hasard? Le hasard n'est qu'un mot, et si l'accord t'-tait tout à fait fortuit, ne devrait-il pas, au moins sur un point, donner jtlace au désaccord? Celui-ci était d'autant plus possible que les paroles de la Bible ne présentent nulle part un sens absolu. Rien n'empêche, au fond, qu'il y ait eu des créations antérieures à celles dont Moïse nous fait le récit; que les périodes de la Genèse soient des jours et non des époques, etc. Le troisième jour est le jour propre aux plantes, elles régnent alors sur la terre, mais la sainte Bible ne dit pas que quelques-unes n'aient pas pu être créées dans les jours précédents ou suivants. Le cinquième jour est le jour des animaux marins ; le sixième celui des animaux terrestres, mais quelques espèces auraient pu naître le quatrième ou le cinquième jour, etc.