CONJECTURE ET POSSIBILITÉ
Nous n'avons parlé que des origines des terrains, que serait-ce si nous avions mis sur le tapis l'origine des innombrables minéraux, cristallisés ou amorphes, que ces terrains cachent dans
leur sein? La géologie et la minéralogie expérimentales sont à Tordre du jour ; le grand problème du moment est la synthèse géologique et minéralogique, la reproduction artificielle des substances trouvées dans le sol. Or, à quoi tant d'efforts ont-ils abouti? combien limité est encore le catalogue des minéraux produits dans les laboratoires les plus renommés? Et dans quelles conditions d'infériorité ont-ils été obtenus ? C'est à peine si en mettant en jeu les dissolvants les plus énergiques et les agents naturels les plus violents, on a réussi à engendrer quelques cristaux microscopiques ou des fragments de marbre grossier. Que de réflexions douloureuses cette impuissance nous inspire! Il est dans Y Ecclésiastique un passage inspiré qui épouvante vraiment Tintelligence qui le médite : « Quel fruit r homme retire-t-il de son travail? on voit poindre « partout l'affliction d'esprit dont Dieu V enveloppe comme d'un « vêtement. Lui, Dieu, il a bien fait toutes choses, dans l'espace « et dans le temps; mais ce bien il l'a fait comme inacces- « sible à l'homme. Il l'a, au contraire, livré à des disputes « éternelles, comme s'il avait voulu le mettre dans Vimpossi- « bilité de trouver le secret d'une seule de ses œuvres, depuis « le commencement jusqu'à la fin. » [Ecoles., m, v. 9 et 10.) Et plus loin, ch. v)ii, v. 17 : « J'ai reconnu que de toutes les œuvres de Dieu qui s'accomplissent sous le soleil, l'homme ne peut trouver aucune raison; que plus il s'évertue à chercher, moins il trouve. Le savant vainement se flatterait d'avoir cette connaissance, il ne l'atteindra jamais (1) ! »
(1) Ce verset des livres sacrés m'a réveillé en sursaut, et péniblement, d'un trop lourd et trop long sommeil. J'étudie depuis quarante-six ans la physique et la chimie, et je viens d'apprendre par révélation ce que je devais savoir depuis longtemps par expérience, que cette étude ne m'a pas encore donné l'explication complète d'un seul des innombrables phénomènes oufails de la nature. La science a marché depuis trente ans à pas de géants; mais tous ses progrès, sans exagéraiion aucune, ont fatalemen
Cette même penséeest exprimée ironiquement, et plus amèrement peut-être, dans le troisième chapitre de la Genèse. Adam et Eve ont voulu se faire savants en mangeant le fruit de l'arbre de la science du bien et du mal, et leur fatal élan a abouti à une nudité honteuse, à laquelle Dieu semble insulter. « Voici donc qu'Adam est devenu comme un de nous, sadiant le bien et le mail Tremblons qu'il n étende encore une fois la main, qu'il ne détache un second fruit de V arbre de vie, quil ne le mange, et quil ne devienne immortel comme nous. Chassons-le donc et condamnons-le à travailler la terre d'où il a été tiré.» Travailler la terre c'est un rude métier! mais du moins la récolte est assurée ! Le laboureur va inondant son sillon de ses larmes et de sa sueur, mais il revient portant avec joie ses gerbes abondantes. Le travail du savant est incomparablement plus ingrat. « Je m'étais -proposé, dit X'Ecdésiaste, i, v. 13, dans mon esprit, de chercher et de rechercher l'origine de tout ce qui existe sous le soleil. J'ignorais, hélas ! que c'est la pire des occupations auxquelles Dieu ait pu livrer F homme ! »
Revenant au redoutable problème de la géogonie, nous serions presque tenté de dire que, pour humilier l'esprit humain, pour jeter à son orgueil un terrible défi, pour donner un large cours à ce flot de discussions et de disputes qui doit l'emporter jusqu'à la fin, Dieu a constitué les mondes en général, et le globe terrestre en particulier, tels qu'ils sont, et celui-ci, avec la succession indéfinie de ses couches superposées, ses fossiles et ses minéraux innombrables. Il aurait tout fait sortir du néant, par un seul acte de sa volonté ; il
abouti pour moi, et pour tous, à la multiplicité des inconnues : chaque pas en avant nous a mis en présence d'une inconnue nouvelle ! Et la science ne s'humilierait pas sous la main de Dieu, qui, plusieurs milliers d'années d'avance, lui marquait les limites qu'elle ne franchirait jamais! Il Tu viendras jusqu'ici et lu n'iras pas plus loin, car ici lu briseras t^s Ilots tL'.muUueux! Le progrès n'a Tait que reculer la difficulté I »
aurait dit et tout aurait été fait, il aurait ordonné et tout aurait été créé, arrivant ainsi, d'un seul bond, au sixième jour de la création et à l'ordre actuel de l'univers.
On a beaucoup plaisanté du tour joué autrefois, par le savant et spirituel P. Kircher, à Bérenger, jeune savant de Fulde, par trop infatué de son mérite de géologue naissant. Enfermé dans son musée avec ses élèves, Kircher façonne artistiquement un grand nombre de fossiles fantastiques; il les enfouit au pied d'une colline; dans une promenade, à laquelle il a convié Bérenger, il feint de faire apparaître par hasard, sous ses yeux, un des produits de sa fabrication clandestine, et lui abandonne généreusement la découverte du reste de ce précieux trésor. Bérenger accourt dès le lendemain matin, fait une ample provision des fossiles mystérieux, se meta l'œuvre, les décrit et les figure dans une thèse de doctorat imprimée avec luxe, et demeurée à jamais célèbre, soutient sa thèse avec un entrain merveilleux, et orne son front triomphant du bonnet de docteur. Mais quel réveil douloureux, quand, pour toutes félicitations, on lui apprend qu'il a été victime d'une cruelle mystification!
De la part de Kircher, qui avait tant ri sous cape ; ce fut une malice plus ou moins innocente! En créant sur place les fossiles vieillis. Dieu, dont les desseins sont impénétrables, n'aurait-il pas pu vouloir donner à l'homme, si prompt à s'émanciper, une leçon terrible de modestie et de défiance de soi-même (1)?
(1) Pour mon compte je n'hésite pas à croire que les êtres dont nous rencontrons les débris dans la terre ont vécu ; mais jamais la science ne pourra démontrer qu'ils n'ont pas pu être créés a Tétai fossile! Qu'elle soit donc modeste! Chateaubriand, dont l'imagination était vive sans doute, mais moins exaltée que celle des apôtres du naturalisme moderne, a dit, dans son Génie du christianisme, livre IV, ch . v : « Dieu a dû créer,
33â LES SPLKXDEUnS DE LA FOI.
Elle est plus que jamais à l'ordre du jour cette question redoutable de l'origine des êtres et des espèces ; et parce que la science moderne s'efforce de se faire de certaines doctrines en vogue une arme acérée contre la Révélation et la Foi, je me vois forcé de m'y arrêter quelques instants.
Tâchons de bien poser la question : il n'est certes pas défendu aux savants de faire aux causes naturelles ou secondes une part aussi grande que possible; de chercher, aussi longtemps qu'ils le peuvent, à tout expliquer par la seule mise en jeu des forces et des agents naturels ; de ne faire intervenir qu'à la dernière heure la cause première ou créatrice ; de ne faire sortir qu'à toute extrémité, si je puis m'exprimer ainsi, Dieu de la machine de l'univers, Deum ex machina. En procédant ainsi, non-seulement la science ne forfait pas, mais elle obéit à ses tendances naturelles, et remplit la noble mission qui lui est confiée. Au contraire, en marchant dans cette voie, et si elle sait se contenir dans de justes limites, elle fera de très-réelles découvertes. Mais, hélas! le bien pur n'est pas de ce monde, et l'homme ne sait pas être sage avec sobriété. A force de reculer Dieu, il finit par ne plus le voir, parle déclarer inutile ou impossible, par l'éliminer enfin du monde, par s'écrier, comme cette femme athée qui a tant trahi, compromis, attristé le vénérable et célèbre auteur de V Origine des espèces : « Je crois à la révélation, mais à une révélation permanente de « l'homme à lui-même et par lui-même, à une révélation « rationnelle, qui n'est que la résultante des progrès de la
et a sans doute créé le monde avec toutes les marques de vétusté que nous lui voyons... Il est vraisemblable qu'il planta de vieilles forêts et de jeunes taillis; que les animaux naquirent les uns remplis de forces, les autres parés des grâces de rcnfancc... Sans celle vieillesse imaginaire il n'y aurait eu ni pompe ni majesté dans l'ouvrage de l'éternel. »
« science et de la conscience contemporaines... Rendons juste tice même aux Dieux, mais seulement justice!.. Le niysti- (' cisme est, pour les races humaines, une sorte de maladie « d'épuisement et de langueur..., cest une passion vicieuse « delà vieillesse des peuples... » (M""^ Royer, préface de sa traduction de Y Origine des espèces.) Quel odieux blasphème! Après avoir si noblement encouragé l'apparition providentielle du Génie du christianisme et du Discours sur les révolutions du globe, Napoléon le Grand eut l'heureuse pensée d'engager l'immortel auteur de la Mécanique céleste à marcher sur les traces de Chateaubriand et de Cuvier. « Vous, disait-il au profond géomètre, qui avez tant sondé les mystères des cieux , vous avez dû y trouver des preuves éclatantes • de l'existence de Dieu ; et il vous appartient plus qu'à tout autre d'éclairer, de toutes les lumières de la science, ce sublime oracle du Roi-Prophête : Les deux racontent la gloire de Dieu, et le firmament proclame quil est l'œuvre de ses mains. » Laplace était alors à l'apogée de sa gloire, et aussi à l'apogée de son orgueil ! « Sire, répondit-il froidement, j'ai pu construire la mécanique céleste et formuler les lois de l'harmonie des Mondes, sans avoir même eu besoin d'invoquer l'hypothèse DE l'existence DE DIEU. » Napoléou fronça le sourcil, et brisa brusquement la conversation. Mais dix ans plus tard, dans sa lumineuse solitude de Sainte-Hélène, il exprima l'effroi, le dégoût, que ce langage athée lui avait causés, et le consigna dans le Mémorial de Sainte-Hélène. Celle réYéhlion inquiéta vivement Laplace, alors pair de France par la grâce du roi très-chrétien. 11 en parla à François Arago, et le pressa vivement d'user de son influence auprès du général Bertrand, pour obtenir que ce récit, qui pesait sur lui comme une menace, disparût dans une seconde édition. « Avez-vous fait réellement cette réponse? lui dit Arago. Cette phrase prétentieuse est-elle de
VOUS?» Laplace fut très-embarrassé. Il trouvait la répartie ingénieuse, et il ne voulait pas la désavouer; il la trouvait dangereuse, et il ne voulait pas en accepter la paternité : il garda le silence à son tour, et la triste expression de son délire est restée dans l'histoire! Les calculs transcendants de Laplace, si arides en apparence, si féconds en réalité, ont mis en évidence une multitude de lois inconnues, dcmiracles d'ordre et de durée, d'harmonies mystérieuses; et il s'était tellement évanoui dans ses propres pensées, suivant l'expression énergique de saint Paul, que dans ces lois, ces mouvements, ces harmonies, il feignait de ne voir ni législateur souverain, ni premier moteur, ni organisateur suprême, mais seulement l'effet du •hasard ou de la nécessité, caché sous le voile d'une force sans réalité, d'une attraction mystérieuse et inconnue, physiquement impossible, pure abstraction d'un esprit trop facile à satisfaire, parce qu'il avait besoin de s'endormir !
L'histoire de Laplace a été celle de Darwin et de tant d'autres. Darwin n'avait jamais pensé qu'on pût faire de son système et de son livre, une arme contre la révélation. Il a témoigné une violente colère contre le traducteur, le traître {traducteur, traditor),M"'^ C. Royer, qui a osé le transformer en Titan ; il la désigne par une épithète grossière que je ne pourrais figurer en français que par une initiale P ou G. Mais il n'en est pas moins vrai qu'il a glissé sur la pente fatale, et que, sans en avoir la conscience, peut-être, il s'est fait équivalemment athée. Il a dit, sinon dans son esprit du moins dans sa doctrine : Il n'y a pas de Dieu ! Je n'oublierai jamais dans quels termes elle a été appréciée par un des hommes les plus illustres et les plus indépendants de notre siècle, sir William Armstrong, le créateur de l'artillerie moderne à grande portée et à grand effet. C'était à Newcastle, en 1863, dans la séance d'ouverture
LA GÉOGOISIE DE LA SCIENCE EST LA NÉGATION DES FAITS. 33o
de FAssociation britannique pour ravancement des sciences, qu'il présidait, et en présence de toute l'Angleterre savante. «La « théorie de Darwin, lorsqu'elle est énoncée pleinement, trouve « la genèse de la nature vivante dans les formes les plus élé- « mentaires de la matière organisée, ou même, si l'on veut « être conséquent avec soi-même, dans les premiers rudiments « inorganiques. Nous serions conduits ainsi à reconnaître en « nous-mêmes, et dans les élaborations si délicates du règne « végétal et animal, les résultats derniers des forces purement « matérielles, abandonnées à leurs tendances sans guide et « nécessaires ! Et nous oublions que dans ce cas, nos esprits « seraient plus écrasés par le sentiment du mystère et du « miracle', qu'ils ne le sont actuellement, en attribuant « les merveilles qui nous entourent à la main créatrice d'une « intelligence infinie, présidant et pourvoyant à tout. »
Ce ne serait plus même alors le mystère ou le miracle écrasant, mais le délire et le désespoir.
Pour écarter les objections que les mécréants puisent dans les doctrines de Darwin, il n'est nullement, nécessaire que nous les réfutions en elles-mêmes, que nous montrions leur fausseté ou leur néant ; il nous suffirait de constater qu'elles sont repoussées par la très-grande majorité des maîtres de la science; qu'elles ne sont acceptées, par ceux mêmes qui s'y rallient, que sous bénéfice d'inventaire, et avec des modifications substantielles ; enfin, qu'elles ne sont nullement démontrées. De l'aveu de tous les juges compétents, la seule preuve nécessaire et suffisante de la nouvelle doctrine serait la transformation certaine d'une espèce végétale ou animale en une autre espèce physiologique, c'est-à-dire telle que l'union de l'espèce primitive avec l'espèce dérivée fût absolument stérile. Or cette preuve, de l'aveu de tous, manque totalement et manquera toujours.
N'importe, allons au fond de la question ; disons, le plus rapidement possible, en quoi consiste la théorie de Darwin, et combien elle est arbitraire et déraisonnable. Elle se résume au fond dans cette assertion simple |et claire, mais complètement gratuite : « Toutes les espèces animales et végétales, passées ou actuelles, descendent, par voie de transformations successives, de trois ou quatre types originels, » et même probablement d'un archétype commun; en effet, après s'être tenu d'abord à distance de Lamarck, Darwin s'est laissé entraîner forcément à dire : « L'analogie me conduirait même plus loin, c'est-à-dire à la croyance que tous les animaux et toutes les plantes descendent d'un seul prototype. »
Si cette assertion est vraie, que devra-t-on voir dans le monde de Darwin? A l'origine, un seul type, ou un petit nombre de types ; dans la série des temps, un nombre considérable de types intermédiaires; actuellement encore, des variations d'espèces incessantes.
Que devait-on voir dans le monde de Moïse ? A l'origine, un nombre indéfini de types se propageant suivant leur genre et leur espèce, toujours semblables à eux-mêmes, du commencement à la fm.
Que voit-on dans le monde de la nature ou dans le monde réel? Aussi loin qu'on remonte, jusqu'aux époques géologiques, une multitude de types ; dans la série des temps, des intermédiaires plus que douteux, dont la rareté et l'exception confirmeraient la règle, des genres et des espèces invariables ou simplement variables dans les limites de la race, sans apparition d'aucune espèce physiologique nouvelle.
Le monde de Darwin est donc un monde imaginaire, et le monde de la Genèse est incontestablement le monde de lu réalité!
Nous pourrions nous arrêter là, puisque l'objection est
La gkogonie de la science est la négation des faits. 337 devenue la splendeur du vrai. Les transformations de Darwin sont chimériques, ou du moins plus qu'incertaines ; or, échafauder une théorie pour donner une apparence de corps à des chimères, et se contenter, pour bâtir cette théorie, dedéfinitions pleinement arbitraires, d'hypothèses gratuites sans cesse contredites par les foits, c'est évidemment attenter aux droits de la logique et du bon sens. Voilà cependant ce qu'on ose opposer avec tant de fureur à la vérité éclatante des livres saints.
Lamarck, le plus éminent et le plus hardi des précurseurs français de Darwin, distinguait, dans les mots, du moins, trois choses : Dieu, la nature, l'univers ! Dieu est le créateur de toutes choses, de la nature et de l'univers, mais son rôle s'efface complètement devant celui qui est assigné à la nature et se réduit presque à un grand mot, La nature est une puissance active, inaltérable dans son essence, constamment agissante sur toutes les parties de l'univers, mais dépourvue d'intelligence et assujettie à des lois. L'univers est l'ensemble inaclif, et sans puissance propre, de tous les êtres physiques et passifs, c'est-à-dire de toutes les matières et de tous les corps qui existent.
Darwin affirme et met en jeu, comme Lamarck, la nature inintelligible, inintelligente, impersonnelle, ensemble de forces sans support, intermédiaire entre Dieu et l'univers physique pour l'exécution de ses volontés diverses, agisvsant toujours, disposant en maîtresse de l'espace et du temps pour établir la genèse des êtres. Quel galimatias! Heureusement qu'il a fini par décourager les plus intrépides, « La nature personnifiée, a dit M. Flourens, est la dernière erreur du dernier siècle. Le xix^ siècle ne fait pas de personnification ! »
Darwin cependant se sépare de Lamarck sur deux points fondamentaux. « Je dois déclarer, dit-il, que je ne prétends pas rechercher les origines premières des facultés mentales
338 LES SPLE!SDECnS DE I.A FOI.
des êtres divers, pas plus que l'origine de la vie elle-même...» En second lieu, il rejette la génération spontanée. « Je n'ai pas besoin de dire ici que la science, dans son état actuel, n'admet pas que des êtres vivants s'élaborent encore de nos jours au sein de la matière inorganique. »
Mais an'ivons aux principes propres à M. Darwin.
Premier principe. — Variations des espèces. — « Toute « variété bien tranchée doit être considérée comme une espèce «naissante; pour l'ébaucher et la parachever, la nature « emploie le même procédé que l'homme. Au lieu de la (( sélection inconsciente ou consciente, c'est la sélection natu- « relie. » Ce n'est pas un principe, évidemment, c'est une double hypothèse gratuite : hypothèse d'espèces nouvelles , quand tout accuse victorieusement la fixité de toutes les espèces ; hypothèse plus gratuite encore de l'activité de la nature, élevée arbitrairement à la hauteur d'un pouvoir intelligent, constamment à l'affût de toute altération accidentellement produite, pour choisir avec soin celles de ces altérations qui peuvent de quelque manière, et en quelque degré, devenir le type primitif!
Deuxième principe. — Lutte ou conflit pour ï existence. — «Sous l'impulsion des lois du développement, tout être, « homme, animal ou plante, tend à prendre et à conserver sa « place au soleil. Et comme il n'y en a pas pour tout le monde, « chacun tend à étouffer et à détruire ses concurrents : c'est la « lutte pour l'existence, lutte tour à tour et à la fois directe et « indirecte; fait général et préexistant.» Hypothèse encore, ou plutôt rêve : en réalité, la lutte pour l'existence n'existe nulle part... C'est partout, au contraire, l'équilibre providentiellement établi, le concours, le concert plutôt que le conflit pour l'existence !
Troisième principe. — Sélection naturelle. — «La lutte pour
« rexistence a pour résultat de tuer tous les individus inférieurs H à n'importe quel titre ; de conserver ceux qui doivent à une '( particularité quelconque une supériorité relative : c'est la « sélection naturelle. » C'est encore une hypothèse: trop souvent, ce sont les êtres inférieurs qui résistent le mieux ; après des centaines ou des milliers de siècles, les infusoires subsistent encore, et sont toujours des infusoires. Il y a plus, la distinction entre les êtres supérieurs et inférieurs, plus parfaits ou moins parfaits, ne repose pas sur un fondement sérieux, au point de vue du moins de la persistance ou de la durée. La perfection ne peut s'entendre que de l'adaptation parfaite des organes aux fonctions physiologiques; or, ce n'est pas toujours dans les rangs supérieurs que l'idéal se trouve le mieux réalisé. En tous cas, cette sélection naturelle, loin d'être une action intelligente, présente forcément, dans son exercice, quelque chose de ftital et d'inflexible, qui rappelle les forces du monde inorganique et ne saurait rien organiser.
Quatrième principe. — Loi de divergence des caractères. — « A chaque exercice de la sélection naturelle, l'organisme fait « un pas de plus dans une voie qui lui est tracée d'avance et « dont il ne peut s'écarter, obéissant à la loi de la divergence « des caractères. Ainsi naissent les variétés, les races et les « espèces. On peut dire par métaphore que la sélection natu- « relie scrute journellement à toute heure, et à travers le « monde entier, chaque variation, même la plus imper- « ccptible, pour rejeter ce qui est mauvais, conserver et « ajouter tout ce qui est bon, et qu'elle travaille ainsi, partout « et toujours, dès que l'opportunité s'en présente, au perfec- « tionnement de chaque être organisé, par rapport à ses « conditions d'existence organiques et inorganiques. » C'est toujours la fiction, le roman ; et l'on ose appeler cette doctrine la doctrine du progrès; ce progrès, d'ailleurs, est telle-
ment arbitraire ou élastique, qu'il est toujours prêt à faire place au recul ou au retour. « Si, dit Darwin, la sélection naturelle adapte graduellement un être à une situation telle que plusieurs de ses organes soient inutiles, il y aura pour lui rétrogradation dans réclielle des organismes. »
Cinquième principe. — Mode et moyens (Taclion de la sélection naturelle. — « La sélection naturelle, ou ce travail de « simple adaptation et de perfectionnement, se fait insensi- {( blement et en silence... Elle n'agit souvent qu'à de longs «intervalles... Elle est influencée \^3ir Y hérédité à terme, qui « fait que les caractères d'utilité transitoire accumulés chez les « parents apparaissent cliez les descendants à la même époque « de la vie... A la sélection naturelle s'ajoute aussi la sélection « sexuelle : les plus forts, les mieux armés, les plus beaux, « contribuent presque seuls à la propagation de l'espèce, et « transmettent à leurs descendants leurs caractères de supé- « riorité, etc., etc. » Affirmations sans cesse contredites!
Cette doctrine, on ne saurait le nier, a le cachet de la science moderne ou posiviste ; elle ne marche, en apparence, qu'appuyée sur les faits ; l'accord fictif entre la théorie et la réalité est quelquefois même extraordinaire, et cependant l'hypothèse a tellement pris la place du fait, le possible la place du réel, que les juges du camp les plus autorisés n'ont pas hésité à formuler cet arrêt terrible : La nouvelle école existe seulement lorsqu'on la place en dehors des temps et des lieux accessibles à r observation ; elle s efface quand on rentre dans la réalité. L'échafaudage élevé avec tant de frais, de recherches, de combinaisons, ne repose sur rien de réel, puisque celles des sciences sur lesquelles on comptait le plus pour l'étayer, la géologie et la paléontologie, leur refusent impitoyablement leur témoignage.
Aussi, au lieu d'affirmer, d'enseigner, d'imposer, Darwin
avance avec une timidité extrême: Je conçois! N'est-il pas possible? Ma conviction personnelle est que ce n'est ni impossible, ni inadmissible ! Il sent à chaque instant la nécessité, d'invoquer les lacunes de la science, les feuillets perdus du livre de la nature... Il fait sans cesse appel à l'inconnu ; il se retranche derrière des milliers de générations, des millions d'années, et, au besoin, des millions de siècles... 11 avoue naïvement qu'il n'espère trouver un écho favorable que dans les intelligences jeunes, téméraires, indépendantes, exemptes de préjugés scientifiques, plus amies de la philosophie que de la science.... Il n'essaye même pas de nier que la variabilité des espèces est contraire à tous les faits et à tous les témoignages des hypogées de l'Egypte, des moraines des anciens glaciers, des dépôts géologiques, etc.; que l'immense majorité des objets journellement récoltés par une foule de collecteurs ardents, sur tous les points du globe, appartient toujours aux espèces qui figurent déjà dans les collections... Ce sont partout aussi des exemples sans cesse renouvelés d'apparitions brusques, sans aucune série d'intermédiaires... Quel terrible argument contre elle que ce témoignage implacable! Les faits qui la contredisent précieusement sont conservés dans ce qui nous resie du grand livre de la nature ; les faits qui auraient plaidé en sa faveur n'ont pu être inscrits que dans les volumes égarés ou les feuillets perdus.
Ajouterons-nous que les réponses faites par Darwin à des objections notoirement irréfutables sont quelquefois d'une naïveté étrange? Quand on lui demande comment, en dépit de la lutte pour l'existence, de la sélection naturelle, de la perfectibilité indéfinie, les types les plus inférieurs ont pu conserver, à travers des millions et des millions de siècles, une simplicité d'organisation qui fait songer au prototype , il se contente de dire : « Quel avantage pourrait-il y avoir, pour
ces êtres inférieurs, d'être doués d'une organisation plus élevée ? Peut-être aussi que les circonstances favorables ne se sont pas présentées?»
Quand il est forcé d'avouer que la sélection, même consciente, n'a jamais mis en présence deux espèces physiologiques, ou qui ne se fécondent pas mutuellement; quand toutes ses reclierclies, si longues et si sérieuses, l'ont conduit à reconnaître qu'où ne connaît pas un seul cas de croisement infécond entre races animales, et qu'entre races végétales tout ce qu'il a été possible d'apercevoir, c'est une certaine inégalité de fécondité ; croira-t-on que, pour- expliquer cette redoutable anomalie, il essaye d'abord de réduire le fait capital de la stérilité des espèces croisées à la condition d'un fait d'importance secondaire qui peut avoir sa raison dans de simples accidents, dans des modifications inconnues de l'organisation? « La fécondité des races et l'infécondité des espèces est un fait d'importance secondaire ! » Combien, M. de Quatrefages est mieux inspiré quand il dit: «S'il existe dans le monde organisé quelque cliose qui doive frapper même un observateur superficiel, c'est l'ordre et la constance que nous y voyons régner depuis des siècles, c'est k distinction des êtres que Daiwin et Lamarck appellent comme nous des espèces... La cause qui maintient cet ordre, cette distinction, l'infécondité des espèces, est d'une tout autre importance que n'importe quelle particularité en rapport seulement avec la vie individuelle ou l'existence toute locale d'une race domestique. Otez cette fécondité , quelle confusion, quel chaos! Elle joue dans le monde organique un rôle analogue à celui que joue la pesanteur dans le monde sidéral »
En résumé, croire à la variation indéfinie, graduelle et lente des espèces, à leur évolution avec M. Huxley, à leur dériva-
tion avec M. Owen, à leur transformation avec MM. Vogt et Daily, à leur transmutation avec M. Darwin,, etc., en soi-même, et de Taveu de limmense majorité des naturalistes, c'est opposer à tout ce que nous savons sur le passé et le présent de notre globe, le possible, Tinconnu, Fignorance ou la négation brutale des faits. En effet, le passé et le présent de notre globe affirment hautement la fixité des espèces et la vérité de la Genèse mosaïque.
« Il n'y a, pour les êtres organisés, que deux origines possi- « blés, dit M. Flourens dans son Examen du livre de Darwin, (( p. 68 ; la génération spontanée ou la main de Dieu. Lagéné-
« ration spontanée 1 comment Tadmetlre? Tout la repousse
« L'ignorance seule l'affirme, l'expérience la nie ! Elle n'est « donc pas. Mais dès qu'on reconnaît la main de Dieu, tout « change. Ce n'est plus une vaine nature,, une nature person- (( nifiée et que chacun personnifie comme il lui plaît, que l'on
« a en face, mais un art On passe des systèmes puérils
« des hommes à la réalité des choses, et, dès qu'on) ea est là, « on voit bien vite ce que l'on sait, ce que l'on peut savoir, ce «qu'on ignorera toujours. Il n'y a plus d'illusion possible! « Peut-on s'amuser encore à quelque petit système, et s'ima- « giner que la sélection naturelle de Darwin suffit pour rendre « raison de tout? »
«Toujours disposé à accepter la vérité de quelque partqu'elle « vienne, disait de son côté M. d'Archiac, esprit très-indé- « pendant et que nous trouverons plus d'une fois en désaccord « avec la science de la Bible, nous ne pouvons encore l'aper- « cevoir dans la doctrine de l'origine des espèces... C'est la « négation de Darwin qui est la vérité... dans le passé comme « dans le présent... M. Roulin a dit,, en effet, des animaux « transportés de l'ancien continent dans le nouveau : « Les « habitudes d'indépendance amènent aussi leurs changements.
« (jiii |)ar;iissent tendre à faire remonter les espèces domesti- « ques vers les espèces sauvages qui en sont la souche. » « Remonterau type, oui! s'éloigner indéfiniment du type, non! Voilà la sélection naturelle; ce n'est pas celle de Darwin, c'est celle de la Genèse. »
J'ai déjà cité quelques lignes de la dissertation publiée par M. André Sanson, dans la Philosophie positive, livraison de janvier-février d868, sous ce titre : La Notion philosophique de TEspèce. Le nom de l'auteur, qui fait autorité dans les questions d'espèce et de race, au jugement des maîtres, d'Agassiz, par exemple, et aussi ses opinions ultra-indépendantes, le journal dans lequel il a écrit, excluent évidemment jusqu'à l'ombre d'une partialité en faveur de la Révélation et de la Foi, dont il fait quelquefois beau jeu ; nous sommes donc en droit de conclure que la vérité, ou plutôt l'évidence des faits, peut seule avoir amené M. Sanson à faire les aveux que nous nous faisons un devoir de consigner ici. Je ne prendrai que les passages les plus saillants.
Page 6. — « Les êtres organisés se sont-ils perpétués de siècle en siècle avec leurs caractères oi'iginels? Sommes-nous encore au soir du sixième jour? ou bien sous l'influence de causes plus ou moins appréciables, les êtres organisés se sontils modifiés depuis leur origine? L'œuvie des six jours s'estelle poursuivie, se poursuit-elle encore à travers les âges?.... Pour mon compte, me fondanl sur ce qui est accessible à notre observation dans l'état actuel des choses, et sur les documents que l'histoire nous a transmis, j'ai pu conclure en laveur de la première alternative... La loi de progression des populations, à la surface de notre glohc, m'autorise à remonter, pour chaque e>pèce aiijourd'liiii di>iiiictc, jtis([i('àun niom«MU où je ne retrouve plus qu'un seul couple ou un seul individu, suivant
LA GÉOGO?ilE DE LA SCIENCE EST LA NÉGATION DES FAITS. 345
le mode naturel de reproduction , qui a été nécessairement le prototype de cette espèce... Le seul fait de l'accroissement des races implique qu'elles ont commencé. La géologie, d'ailleurs, nous apprend que la terre n'a pas été peuplée de tous temps. »
«... Le type spécifique est encore aujourd'hui ce qu'il était il y a vingt, trente, quarante, cinquante siècles et plus. Quelle raison aurais-je de douter qu'il en ait toujours été ainsi depuis son origine? »
Page 17. — « Je pense qu'il serait bon de renoncer à la coutume trop répandue de s'incliner devant les hypothèses qui méritent d'être qualifiées d'ingénieuses. Je m'en défie beaucoup, quant à moi, parce que je suis convaincu qu'elles ont toutes les chances de n'être pas vérifiées. Le vrai, dans la science, est généralement simple, et il étonne même, une fois établi et démontré, par sa simplicité. On est toujours tenté de se demander comment il se peut qu'il n'ait pas toujours été connu, tellement il frappe l'esprit par son évidence. »
«... Le système de la transmutation des espèces est une de ces conceptions ingénieuses... A la condition qu'on n'exige pas les preuves, il se tient parfaitement debout. Étant admis que les formes dépendent des milieux, il s'offre même à l'esprit avec quelque chose de séduisant. . . Ceux qui l'adoptent tombent dans une, grande illusion, s'ils se figurent qu'il résout les difficultés qui leur tiennent le plus au cœur. En réalité, le mystère de la formation de l'être le plus inférieur n'est pas moins difficile à percer, dans l'état actuel de la science, que celui de la création de l'homme lui-même... »
Page 20. — « Revenant au problème de l'espèce et aux vues que j'ai proposées pour sa solution, nous avons à disculoi' maintenant les objections soi-disant philosophiques auxquelles ces vues viennent se heurter. Au fond, on leur reproche un peu, tout bas, de fournir un argument au dogme religieux
34G LES SPLE.NDELllS UE LA FUI.
(le la cj cation biblique. En vérité, ce n'est pas ma faute ; je fais de la science, non delà théologie. » Quel aveu charmant 1 En voici deux autres non moins précieux, page 25. : « L'irrésistible besoin de mettre des hypothèses à la place de notre ignorance, surtout lorsqu'il s'y joint celui de réagir contre la croyance aux dogmes et aux miracles, n'est guère favorable à la rigueur du raisonnement. » Page 27. « Je ne connais, pour ma part, de tenants à la variabilité illimitée de l'espèce, que parmi ceux dont les études n'ont jamais été dirigées d'une manière spéciale vers la question, ou parmi ceux qui s'en font une arme dans les^luttes religieuses, auxquels on reproche à bon droit de compromettre souvent le drapeau dont ils se couvrent, en forçant, pour les besoins de la cause, sa signification. » Page 33. — « En ce qui concerne les êtres organisés, on constate qu.'ils jouissent de la faculté de se reproduire ; que les uns sont issus des autres ; qu'il existe entre eux, par conséquent, des rapports de filiation, et que chacun se reproduit selon son espèce, comme dit la Genèse, en d'autres termes, selon son type. ... » Page 36. a Pour chacune des espèces et des races, un prototype apparaît à un moment donné sur un point de l'espace, et il s'est répandu par multiplication, suivant la loi physiologique ou biologique, en se répétant dans chacun des individus issus de la race de ce prototype. Si l'aivparition des prototypes divers a été simultanée ou successive, c'est une question qu'aucune donnée scientifique ne nous permet de résoudre, quant à présent, attendu que l'argumentation en faveur de la succession desêtites, tirée des études paléontologiques, peut fort bien n'être qu'une illusion... La' science si jeune qui porte ce nom n'est encore qu'un ensemble de vues ingénieuses, et compte plus de points controversés que de résultats définitivement acquit. » C'est ce quej'ai prouvé jusqu'à lévidence.
Pages Su. et 36. — « Par aucune influence connue, une espèce ne peut dériver d'une autre espèce... Les uns voyant bien que les variations toutes superficielles observées chez les animaux domestiques ne sont pas, quelque bonne volonté qu'on y mette, même des commencements de preuve, imaginent que la: nature est autrement puissante que Tart. La; nature! Qu'estce que cela ! C'est apparemment l'ensemble des lois naturelles. Or, la seule puissance qui soit évidente dans la nature, en ce qui concerne les êtres organisés, c'est celle en vertu de laquelle les espèces se conservent distinctes depuis les temps les plus reculés, et qui est rendue manifeste siu'tout par- les- résistances que l'art éprouve lorsqu'il tente de les modifier... Les autres affirment qu'avec le temps les résistances ont pu être complétemeut vaincues... C'est l'affirmation contraire qni, précisément, serait logique, puisque les effets de l'art, aui lieii! de se consolider avec le temps, vont toujours s'affaiblissant. »
Je m'arrête à ce trait final. Notre cause, on le voit, est la bonne, et elle triomphe avec une splendeur merveilleuse.
M™^ Clémence Royer ne s'est pas contentée de traduire et de pervertir le livre de Darwin ; elle a publié sa Genèse propre sous ce titre : Origine de t homme et des Sociétés, et un médecin éminent que les ténèbres du- positivisme ont aveuglé, m'invitait naguère à lire ce chef-d'œuvre d'un esprit si éminent et si courageux. Je ne m'arrêterai pas à réfuter ces déclamations passionnées et criardes,, mais je prouverai, par quelques citations rapides,, que l'on ne peut arriver à la négation des doctrines révélées qu'en mentant aiidacieusement à la science et à soi-même,, qu'en s' enveloppant des voiles d'une, ignorance profonde.
Page 6. — « S'il est un axiome évident par lui-même, et « même au fond de tout esprit, s'il est une loi dont l'observa-
« tion universelle et constante ait constaté la réalité, c'est « que tout état des choses du monde procède d'un état anté- <( rieur dont il n'est ((ue l'évolution ; c'est que tout phénomène « est l'effet résultant d'une série d'autres phénomènes produits « dans le temps et dans l'espace, sans que jamais celte série « infinie des effets et de leurs causes puisse arriver à un « premier terme qui soit lui-même sa cause, ou qui soit l'être « nécessaire... L'homme existe ; il existe avec lui un ensemble « de formes vivantes. Chacune de ces formes procède par évo- « lution d'une série de causes ou de phénomènes qui ont eu « pour résultat nécessaire de la produire... »
Page 7. — « On est toujours fils de quelqu'un... Les indi- « vidus qui vivent aujourd'hui sont les descendants d'individus « qui ont vécu à leur tour et reçu la vie de générations « encore antérieures. Le flambeau de la vie se transmet « de main en main sans s'éteindre. Il ne peut plus être « rallumé entre les mains de celui qui une fois l'a laissé « éteindre. »
A ces mots sonores et vides de sens, la géologie, la paléontologie, la physique générale, répondent par les faits les plus éclatants et les doctrines les plus certaines : Il fut une époque où, sur la terre, la vie était plus qu'éteinte, où elle n'avait pas commencé, par conséquent, où suivant vous elle était impossible... Vos séries infinies, vos évolutions, vos transformations, vos successions sont donc insensées. Et, qu'on le remarque bien, ces rêveries sont le seul dogme religieux des libres penseurs du xix® siècle. Il est donc vrai qu'ils ne sont impies que parce qu'ils se drapent dans une ignorance volontaire. Ils noient leur tête dans des ténèbres épaisses, et ils nient à grands cris la lumière.
Page 24. — « Si la matière organisée seule sait organiser «lamatièi'e; si les montres se façonnent l'une l'autre sans
((. intervention d'horloger, de quel droit supposons-nous la « nécessité d'un mécanicien si habile pour créer la première « de ces horloges ? »
Je le demande à tout lecteur de bon sens : n'est-ce pas là un raisonnement d'autruche? Puisque l'autruche fait une autruche, pourquoi ne se serait-elle pas faite elle-même? » L'auteur ajoute, pag'es 24, 25, 26 : « Bien loin que notre intel- « ligence impose ses lois à la matière, ce sont les lois de la « matière qui s'imposent à l'intelligence. C'est du sein même « de la matière que l'intelligence surgit ; et lorsqu'à son tour « elle veut créer, construire, organiser, ce sont les procédés- «delà matière qu'elle imite; c'est à son école qu'elle doit «s'instruire. La matière n'est point inerte, immobile, inac- « tive! Elle agit incessamment, fatalement, dans les cornues « du chimiste, dans l'appareil du physicien, comme dans l'être « vivant, comme dans le caillou du chemin. Chacun de ses « atomes se meut et meut d'autres atomes par des réactions « sans fin. Les forces que nous avons crues hors d'elle sont « en elle, lui sont inhérentes, n'en sont que les manifesta- « tions, les qualités, l'essence et l'être. La substance du « monde est force, esprit et vie ; l'intelligence et la pensée « n'en sont que les phénomènes, au même titre que l'éten- « due, l'impénétrabilité, le mouvement. Ce sont des manifes- « tations supérieures, se réalisant sous un ensemble de circon- « stances données, de cette force unique qui anime l'univers, «hors la loi inéluctable et objective du temps et de l'espace, « et dont nous suivons maintenant toutes les transforma- « tions dans la série toujours non interrompue des effets et « des causes. Non-seulement le mouvement se transforme en « son, en chaleur, en électricité, mais toutes ces formes « diverses (le son, la chaleur, l'électricité) se transforment en « vie, en intelligence, en volonté, en action libre!»
3oO LES si'LEM)i;l«s de i.a foi.
Oh! commerrt exprimer la douleur ipe causent ces extravagances partagées cependant aujourd'hui par tant d'honnmes qui se croient éclairés! Ils n'ont plus évidemment ni la même intelligence, ni la même langue que nous ; ils forment une race transformée. La fulic est de notre coté ou du leurl Nous ne leur ferons pas Tinjure de croire qu'elle est de leur côté; qu'ils nous permettent au moins de constater que si nous sommes fous, la science est folle avec nous ; qu'ils sont sages, eux, avec l'ignorance! Car s'il y a quelque chose de certain, scientifiquement parlant, c'est que le son, la chaleur, rélectricité, la lumière, ne se transforaient pas en vie, en intelligence, en volonté, en action libre!
Le voilà donc tristement accomi>li cet oracle divin : Il viendra un temps où ils ne supporteront plus la saine doctriae, où ils s'éloigneront volontairement de la vérité, où ils se tourneront vers les fables; où, dans la démangeaison maladive de leurs oreilles, ils se créeront des maîtres qui servent leurs haines et leurs passions.
Mon cœur se serre, mes yeux se remplissent de larmes, et je ne me sens pas le courage d'aller plus loin.
J'ai donné à ce chapitre une étendue peut-être démesurée, parce que j'ai vouIh prouver combien nous étions riches et forts contre l'erreur. Si je persévérais dans cette voie, que je me réserve de suivre plus tard, je serais forcé de donner à mes Splendeurs deux volumes. Je ne le dois pas, je ne le veux pas. Dans les autres chapitres je serai donc serré et court. La vérité n'en sera que plus resplendissante.
LA CRÉATION DE L'HOÎVniE. 3ol
€HAPITRE QUATRIÈME.
La Créatioa de l'homme selon la Révélation et selon la Science.