‹ Les splendeurs de la foiChapitre 70 sur 110 · ACTE INCONSCIENT DE VOLONTÉ..., PAR l'aCTIVITÉ NERVEUSE DES · texte numérisé non relu

ACTE INCONSCIENT DE VOLONTÉ..., PAR l'aCTIVITÉ NERVEUSE DES

ACTES ASCENDANTS {sic)\ » Et dix pagcs auparavant (page 173), M. G. Pouchet disait de l'influence accordée par Lamarck aux actions et aux habitudes des êtres organisés pour les modifier eux-mêmes par eux-mêmes. .. ; Ce sont là les écarts d'un grand esprit, toujours faible à l" endroit des idées quil a créées et quil a nourries !

Rêves insensés, hypothèses chimériques, contradictions révoltantes, rien ne coûte à ces esprits libres-penseurs dans leur négation aveugle de la Révélation. Si cette monogenèse n'ouvre pas les yeux aux hommes sérieux et sincères qui la liront, il faudra vraiment désespérer de l'humanité. Et qu'on ne l'oublie pas, il s'agit bien de la monogenèse humaine ; car M. Pouchet ajoute, page 90 : « Il n'existe aucune raison de penser que l'homme ait fait exception à la règle commune... Dans la nuit des temps (^ohoui! dans la nuit, dans le chaos de votre intelligence), il a existé une certaine espèce, moins parfaite que l'homme le plus imparfait, remontant elle-même à ce vertébré primordial. Cette espèce, grossière ébauche de ce qu'est l'homme maintenant, donna

naissance à plusieurs autres espèces dont l'évolution parallèle et inégale... a aujourd'hui pour expression contemporaine (mais non dernière, c'est M. Pouchet qui le dit expressément, la parenthèse est de lui) les différentes espèces humaines désignées sous le nom de races. » En sorte que toute l'humanité serait parente, non pas dans le sens direct, comme le pensent les monogénistes, mais dans le sens collatéral.

En tous cas c'est l'unité de souche, le dogme essentiel de la Révélation. Était-ce bien la peine de lui tourner le dos pour la retrouver à la fin? M. Pouchet ne pouvait pas nous épargner ce dernier trait (page 192) : « Nous ne prétendons pas plus faire descendre l'homme du singe, que le blanc du nègre. Mais il n'est pas impossible que ces espèces d'hommes, aussi bien que ces grands singes dont la parenté choque si vivement nos vanités, remontent... à une espèce unique inconnue, dont la descendance se serait modifiée... dans des directions diverses. »

Et tout ce dévergondage, et tout ce galimatias pour arriver à étouffer la notion du Dieu créateur! Et M. Georges Pouchet, que nous connaissons beaucoup, avec qui nous sommes lié, est un jeune homme honnête, doux, intelligent! Mais il est personnel à l'exès, et son cerveau est profondément modifié par la librepensée! Rappelons-lui au moins qu'un de ses maîtres les plus émancipés, M. Huxley, le 17 septembre dernier, dans son discours de président de l'Association britannique pour l'avancement des sciences, réunie à Liverpool, après avoir reconnu loyalement que, dans le monde actuel, la génération spontanée ou, comme il l'appelle, Yahiogénésie (naissance sans intervention d'un être vivant) était un mot sans réalité, qu'au contraire la biogénésie (naissance d'un être vivant) était le grand fait et la grande loi de la nature, s'était contenté de dire avec beaucoup de réserves, en faisant allusion aux origines des êtres : « S'il m'était donné de remonter au-delà de l'abîme des temps géolo-

giques, jusqu'à cette période encore plus reculée où la terre traversait ces conditions physi(iues etcliimiques de son existence, queje ne puis pas plus voir queje ne puis voir les premières heures de mon enfance, je pourrais espéror voir un protoplasme vivant sortir par évolution d'une matière non vivante. Je pouirais espérer le voir apparaître sous des formes d'une grande simplicité, avec la faculté de faire sortir de nouveaux protoplasmes, de matières telles que l'amraoniaijue, les carbonates, lesoxalates, les tartrates, les phosphates alcalins et terreux, et l'eau sans l'aide de la lumière. Telle est la conjecture à laquelle le raisonnement analogique me conduit; mais je vous prie de nouveau de vous rappeler que je dépasserais mon droit si je voyais dans mon opinion autre chose qu'un acte de foi philosophique. » Foi philosophique, foi scientifique, ces mots évidemment s'excluent l'un l'autre. Qui dit science, dit fait ; la foi suj>pose nécessairement la Révélation. Ce même M. Huxley, nous l'avons constaté, admet comme très-possible que le singe et l'homme soient issus d'un même type commun. Chose étrange! l'origine simienne de l'homme est pour un très-grand nombre de prétendus savants, de polygénistes surtout, une hypothèse raisonnable ou même un fait, et ces mêmes polygénistes ont le front d'affirmer l'impossibilité delà descendance commune de l'homme nègre et de l'homme blanc! Chez eux c'est donc non la science, mais la passion qui parle et qui conclut. Qu'il me soit permis de p^'endre acte ici d'une déclaration solennelle du plus illustre des naturalistes de la Russie, M. Von Baer {Rapport fait en septembre d861, à Gœltingue, en commun avec 31. Rudolph Wagner. Gœttingue, 1861, p. 46 à ^4) : «Le public se trompe en regardant la science comme appelée seulement à édifier ; bien souvent elle doit détruire, et cette remarque convient surtout à l'anthropologie comparée, parce qu'on a souvent émis des propositions sur ce sujet sans pouvoir

disposer d'une provision convenable d'observations... Nous nous permettrons de demander si en supposant plusieurs espèces comme sources du genre humain, on s'est appuyé sur les connaissances positives que nous possédons sur les races des animaux, surtout des mammifères, et en particulier des animaux domestiques, ou bien si on ne s'est pas laissé entraîner par la pensée que le nègre, surtout avili par l'esclavage' diffère essentiellement de l'Européen, de ïhomo Japeticus de Bory de Saint-Vincent, spécifiquement, et peut-être même par le désir de pouvoir lui refuser les avantages et les droits des Européens. Des hommes sérieux et très-savants ont souvent exposé les raisons zoologiques qui combattent cette opinion, mais elle est encore loin d'être totalement détruite, parce que les raisons zoologiques ne font pas d'effet sur toutes les personnes qui croient devoir avoir un sentiment sur ces sortes de sujets... Cette opinion, si contraire à tous les principes de l'histoire naturelle, n'est-elle point un moyen inventé par les Anglo-Américains i)our calmer leur conscience?

« On a repoussé avec une barbarie inhumaine les anciens habitants de l'Amérique, et l'égoïsme a fait introduire les nègres pour les courber sous le joug de l'esclavage. Il était naturel de se dire : nous n'avons aucun devoir à l'égard de ces hommes, car ils sont d'une espèce inférieure à la nôtre ! Je suis bien éloigné d'accuser MM. Morton, Nott, Gilddon et d'autres encore de • n'avoir défendu cette opinion que pour s'attirer des approbations; seulement, j'en appelle à l'expérience de tous les pays et de tous les temps, qui nous apprend que lorsqu'un peuple use de traitements injustes envers un autre, il ne manque jamais de se le figurer comme mauvais et incapable du bien ; et il cherche à se pénétrer tellement de cette idée, qu'à la fin elle se trouve presque chez lui à l'état de conviction, et alors il n'est pas facile de la déraciner de son esprit. »

Possibilité de ïunUé de l'espèce humaine. Espèces; variétés, races ; hijhride, métis.

Est-il possible que la grande famille humaine ne soit qu'une seule et même espèce? Oui, incontestablement. Dans les théories de la science actuelle, nous sommes pleinement autorisés à affirmer que le genre humain forme une espèce unique, et dans cette espèce des races diverses et distinctes, appelées races humaines.

L'union des individus mâles et femelles de deux espèces différentes est généralement inféconde, à moins qu'il ne s'agisse de deux espèces appartenant à un même genre, ou trèsvoisines et très-analogues : les individus nés de ce croisement prennent le nom Ali y or ides {l). On nomme métis les produits d'unions entre individus appartenant à des races distinctes de même espèce.

Cela posé, la question de l'unité de l'espèce se réduit à reconnaître par l'observation des fîiits si l'homme est un hybride ou un métis. La réponse n'est pas douteuse, l'homme actuel est non pas un hybride, mais un métis, parce qu'il ne possède aucun des caractères des hybrides, et qu'il réunit au contraire en lui-même tous les caractères des métis ou d'individus appartenant à une espèce unique.

(l) M. AnOré Sanson appelle hybride le produit infécond d'un accouplement croisé, c'(sl-à-diro effectué entre individus d'espèces différonlrs ; mélis le produit fécond d'un accouplement croisé : ce qui distini;ucrait donc le niéiis de l'hybride ce serait la fécondité. Mais comme la fécondité ou rinfocondité dépendent elles-mêmes de la différence plus ou moins grande entre les espèces, je trouve plus simple de garder les anciennes défmilions, et d'appeler mélis le produit, eu général fécond, du croisement de deux individus d'une même espèce, liybride le produit du croisement de deux individus de deux espèces différentes; l'hybride pourra être fécond si lus deux espèces sont congénères, comme le lapin et le lièvre, ou du moins voisines.

POSSIBILITÉ DE l'uNITÉ DE l'eSPÈCE HUiMAINE. o31

Si nous jetons les yeux autour de nous, nous ne voyons nulle part que la nature tende à confondre les formes de la vie, en rapprochant les espèces qu'elle a multipliées avec tant de richesse. En vain, depuis des siècles, les animaux vivent réunis dans les mêmes contrées ; en vain les espèces végétales les plus rapprochées par leurs affinités se pres- ■ sent depuis longtemps sur un même sol ; soumises aux causes multiples qui provoquent Thybridisation, elles sont cependant restées distinctes ; nous ne voyons pas que le mélange des formes ait introduit le désordre et la confusion, ou qu'il se soit produit des types persistants et nouveaux. Bien loin de là, les hybrides spontanés sont très-rares dans la nature; ils y seraient la règle si l'union des espèces était la loi (1). Partout, au contraire, les races humaines tendent à s'unir et à se confondre ; c'est donc qu'elles forment une seule et même espèce.

En second lieu, les recherches les plus récentes et les plus consciencieuses de la science moderne, faites par Buffon, Georges et Frédéric Cuvier, Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, Flourens,MM. Naudin etDecaisne, sur l'hybridité, ont conduit aux résultats suivants : 1° il faut rejeter en masse les prétendus hybrides signalés entre ordres, classes et famjlles distinctes ; on n'a jamais réussi à fliire naitre aucun produit des étranges

(t) Celte remarque a été faite clans l'excellent petit volume que M. Ernest Favre, professeur à la Faculté des sciences de Lyon, observateur trèsjudicieux, a publié sous ce titre : La variabilité des espèces et ses limites. (Paris, Germer-Baillière.) L'auteur envisage surtout son sujet au point de vue des espèces^ végétales et animales; il parle à peine de l'iiomme, et cependant les' principes qu'il établit, les observations qu'il cite, l'es raisonnements qu'il déduit suflisnnt complètement à résoudre par l'affirmative la question de l'unité de l'espèce humaine. Nous recommandons particulièrement son livre aux lecteurs non prévenus, qui tiennent avant tout à ce que celte question de science pure reste en dehors de toute considération religieuse.

h'àli LES SPLC.NDELRS DE L\ FOI.

amours (lu'on avait artificiellement provoquées entre des êtres si dissemblables ; 2" il faut exclure également le plus grand nombre des hybrides bigénères comme douteux, fabuleux et im|)ossibles ; 3° les produits des rapprochements entre espèces congénères sont plus nombreux et plus fréquents, parce que es affinités organiiiues sont plus multipliées ; 4° les produits hybrides des espèces congénères se succèdent pendant quelques générations, mais les descendants ont un terme, et l'hybridité ne forme pas d'espèces intermédiaires; 5° Taltéralion des produits et leur stérilité, l'individualisation, la réversion aux types primitifs concourent à la fois à Texlinction de ces suites éphémèresquerhybridisalion réalise, et qu'on ne saurait assimiler aux espèces véritables ; 6*^ les hybrides, en général, sont inféconds, et lorsqu'ils sont exceptionnellement féconds, leur fécondité est toujours plus ou moins restreinte ou limitée; 7° la loi de propagation apparaît comme une marque de la distinction des types, une limite, un obstacle à leur mutabilité. En d'autres termes, chez les plantes, comme chez les animaux, l'impuissance à la génération délimite les espèces organiques à ce point que M. André Sanson, très-compétent et qui ne saurait être suspect, n'a pas hésité à dire : « S'il arrivait dans l'avenir qu'on put observer une fécondité continue entre des produits résultant de deux types considérés aujourd'hui comme des espèces distinctes, la seule conclusion rationnelle qu'on pût en tirer ne serait point que les hybrides peuvent être indéfiniment féconds ; celte conclusion serait que, dans ce cas particulier, la distinction entre les deux espèces avait été à tort établie. » {Principes généraux de -ootœhnie, p. 242.) Il s'agit donc bien d'une loi de la nature, conséquence nécessaire de la fixité absolue de l'espèce, fixité que nous avons déjà établie, et dont deux grands esprits, de Blainville et M. Chcvreul, n'ont pas hésité à dire, le premier : « La stabilité des espèces est une

POSSIBILITÉ DE l'uMTÉ DE l'eSPÈCE HCHIAINE. 583

condilion nécessaire à Texistence de la science ; « le second : « Admettre la mutabilité des espèces, ce serait s'éloigner delà méthode expérimentale (1). »

On a voulu expliquer l'infécondité des hybrides par la consanguinité; Tobjection est vaine, car les faits de la zootechnie prouvent jusqu'à l'évidence non-seulement que la consanguinité ne porte point atteinte à la reproduction, mais que même, comme raffirme M. A Sanson, elle élève l'hérédité à sa plus haute puissance, lly a plus, cet axiome qui a fait fortune, en raison môme de sa précision et de sa simplicité, explique la fatale influence qu'on a quelquefois attribuée à laconsanguinité :

(1) Qu'il nous soit permis de formuler ici, mieux que nous ne l'avons fait dans le chapitre troisième, les données de l'expérience relalivenipnt à la fixité des espèces. 1» Le polymorphisme normal, différences de forme constantes, permanentes et régulières, que l'on observe chez des individus d'une même espèce, à diverses époques de la vie, ou dans les deux sexes, par exemple le mâle ailé et la femelle non ailée du ver luisant n'implique point la mutabilité; l'espace varie naiurellement, elle varie même dans des limites très-étendues, mais ne se transforme pas; on la dirait parfois formée comme d'anneaux dissemblables, mais ce sont les anneaux d'une chaîne dont les extrémités sont fixées et liées entre elles; le cycle est fermé, et la nature le parcourt avec régularité et constance sans en franchir l'enceinte. 2° L'influence des milieux implique le maintien des espèces, autant par leur flexibilité relative et l'adaptation, entre certaines limites, aux conditions d'existence, que par leur impuissance à se transformer et a vivre dans des milieux différents. 3° L'action de l'homme, variée, continue, profonde, s'arrête aux appareils de la vie extérieure ; elle n'a jamais transformé les types, elle n'en a pas effacé les traits disiinctifs; les altérations morbides, les difformités, l'impuissance à la procréation ont marqué, le plus souvent, les bornes de nos efforts infructueux, de nos tentatives éphémères... Les lois de la constitution des races, de l'hérédité, de la procréation concourent à la fois à établir l'unité, le maintien, la solidarité spécifique... On ne voit point les espèces se mêler, se croiser indistinctement entre elles; on ne connaît point de suites intermédiaires, indéfiniment, régulièrement fécondes; autant les espèces sont séparées et les types intermédiaires irréalisables, au"ant sont productives et faciles les unions entre individus distincts du même groupe spécifiijue : le caractère seul de la génération constitue, commo l'a si bien dit Buffon, la réalité et l'unilé de ce qu'on doit appeler espèce. (Ernest Faivre, op. cit., p. IbO.)

5'U LES Sl'I.EISDEUUS DE L\ FOI.

elle transmet également les ([ualités et les défauts de la race; et lors(|iie l'on a soin de choisir les individus qui [tossèdent toutes les qualités de la race sans en avoir les défauts, on arrive à étendre à la race tout entière régénérée, non par le croisement, mais par elle-même, les améliorations réalisées par les méthodes zootechniques chez quelques individus. M. Sanson faisait remarquer à cette occasion que Moïse n'a nulle part prohibé la consanguinité, bien au contraire; et que si l'Eglise la rend plus difficile par ses empêchements a;i mariage, ces empêchements ont leur source plutôt dans des considérations morales que dans l'intérêt de l'hygiène du corps, intérêt qui, dans le christianisme, passe au second rang.

En résumé, l'impuissance à la propagation normale, régulière, indéfinie, entre deux formes organiques, est la marque véritable de la distinction des types, l'expression des limites assignées à leur variabilité. « Cette impuissance, c'est encore Buffon qui parle, sépare les espèces par un intervalle que la nature ne peut franchir. » {Histoire naturelle générale, édition de l'Imprimerie royale, t. V, p. 59.) Elle n'existe pas entre les races humaines : donc elles constituent une unité spécifique.

Le croisement entre deux individus de même espèce se fait dans des conditions toutes différentes de celui qui a lieu entre individus d'espèces différentes. La reproduction, en règle générale, est continue et indéfinie ; et son produit conserve invariablement les caractères essentiels du type primordial ou de l'espèce. Cependant les représentants d'une même espèce se distinguent l'un de l'autre d'abord par des différences légères qui sont simplement les traits individuels, ou les nuances, comme les appelle Isidore Geoffroy Saint-Hilaire. Dès que, par un accident ou un incident quelconque, ces différences dépassent une certaine limite, elles donnent naissance

POSSIBILITÉ DE l'lnité ue l'espèce humaiîse. 535 à la variété qui peut être définie : un individu ou un ensemble d'individus appartenant à la même espèce, à la même génération sexuelle, qui se distingue des autres représentants de la même espèce par un ou plusieurs caractères exceptionnels. Lorsque les caractères qui distinguent une variété passent aux descendants du végétal ou de Tanimal qui les avait possédés le premier, lorsqu'ils deviennent héréditaires, il se forme une race. La race est donc Fensemble des individus semblables appartenant à une même espèce, ayant reçu et transmettant par voie de génération les caractères constants d'une variété primitive. La formation d'une race exige le concours de conditions multiples : une suite de générations qui assure par l'atavisme le maintien des caractères acquis; une organisation qui ne nuise pas à la propagation normale; un complet isolement d'avec les formes de même espèce capables d'altérer la race. Lorsque les circonstances réalisent ces conditions, la race véritable est établie ; mais, parce que ce concours de circonstances est extrêmement chanceux, il existe, dans le cours normal des choses, une très-faible probabilité de la formation incessante de races progressivement perfectionnées. Nous l'avons déjà dit : de même qu'on a désigné du nom àlujhride l'être produit par le croisement d'individus d'espèces différentes, on convient assez généralement de désigner du nom de métis l'animal ou le végétal produit par le croisement d'individus de même espèce, mais de 7-aces différentes. Trop confondus dans le langage courant, même dans le langage des naturalistes, les mots hybride et métis doivent être soigneusement distingués, parce que les idées qu'ils représentent sont aussi différentes que les faits qui font naître ces idées. Il faut bien se garder de les confondre, comme le font trop souvent avec une obstination calculée, voisine de la mauvaise foi, les auteurs qui, avec M. Broca, veulent faire de l'hybridité un moyen

(l'altaciiie contre les doctrines monogénistcs. //^6rj'c/e implique nécessairement deux espèces différentes ; métis caractérise essentiellement une seule et même espèce. Nous insistons d'autant plus sur ce point que la distinction des métis et des hybrides suffit seule, comme nous le verrons tout à l'heure, à établir la vérité de la thèse que nous défendons, Tunité de l'espèce humaine. Les hommes forment non des espèces, mais des races; ils ne sont pas des hybrides, mais des métis, puisque leurs croisements sont féconds d'une manière régulière, continue et indéfinie : donc ils constituent une seule et même espèce.

En attendant cette démonstration, qu'il nous soit permis d'entrer dans quelques détails sur l'origine des races en général. On peut les ranger sous trois catégories : 1° races sauvages ou naturelles ; 2° races domestiques ou artificielles ; 3° races marronnes ou libres. Les premières se forment sous l'empire de la liberté ; les secondes sous l'empire de la domesticité ; les troisièmes sous l'empire de la liberté succédant à la domesticité.

1° Races sauvages et naturelles. Il y a des races sauvages ou naturelles : si elles n'existaient pas, si chaque espèce était rigoureusement parquée dans un ensemble de caractères indiscutables, d'où viendrait ce cri de détresse des botanistes : « Nous ne savons plus oii commencent et oii finissent les espèces végétales?» Il est certain que le végétal, comme l'animal, abandonné à lui-même, dans les conditions les plus simples de son existence, subit des modifications considérables qui peuvent devenir héréditaires.

2° Races domestiques. L'existence des races domestiques, dans le règne animal comme dans le règne végétal, est plus évidente encore. Nous voyons de nos yeux diverses races de radis ou raves, de carottes, de choux, de pommes de terre,

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(le chardon ou articliaut, de froment, de poires, de pommes, de raisins : pour ne parler que des viennes, le comte Odart en a compté mille variétés ou races différentes, se propageant semblables à elles-mêmes.

Dans le règne animal, nous avons des races de vers à soie ; de cyprins ou poissons rouges; de serins (dont riiitrodiiction en Europe, par Jean de Béthencourt, ne remonte qu'au xv'^ siècle); de dindons, d'oies, de canards ; de pigeons (trois cents environ, issues toutes très-probablement, en moins de trois siècles, du biset commun, coluniba livia, toutes fécondes entre elles d'une manière continue et indéfinie) ; de poules, treize races au moins et beaucoup de sous-races, aussi toutes fécondes entre elles, malgré les disparités les plus accusées, comme celles qui caractérisent les poules frisée, soyeuse, nègre, etc., et ayant toutes pour ancêtre probablement le (j-a/^^s Bunkiva; de lapins, aussi très-nombreuses et très-différentes de formes et de couleur; races, sans oreilles ou avec une seule oreille ; blanche ; noire ; grise ; tachetée ; blanche sauf les oreilles, les pattes, le bout du museau , la partie supérieure de la queue, etc.; descendant toutes du lepus cuniculus de Linnée; diverses races d'ânes remontant toutes à l'onagre de Perse, equus asinus, ou à l'âne d'Abyssinie ; dix à douze races de chevaux dérivant d'un type sauvage, dont se rapprochent beaucoup les chevaux redevenus libres; vingt-huit races canines en Europe seulement, figurant à l'Exposition de 1858, dont l'une était toute récente, présentant des variations de taille de un à cinq, de pelage depuis la fourrure la plus épaisse jusqu'à la peau nue, du noir au blanc par toutes les couleurs et nuances intermédiaires; de voix, depuis le chien muet jusqu'au chien courant; de nombre de vertèbres caudales, de zéro à vingt-un; de nombre de mamelles; déforme de la tête, de lu levrette au boule-dogue, n'arrivant aux modifications les

533 LES SPl.ENUEUaS DE LA FOI.

l)liis loi'lcs que par des degrés insensibles nés presque sous nos yeux: toutes fécondes entre elles, constituant de vér-ilables métis, issus par des croisements successifs, soit d'une espèce propre, le canis familiaris de Linnée, soit peut-être du chacal; de nombreuses races de porcs aussi dissemblables que possible, ayant une même origine ou souche, la sus scrofa; de nombreuses races de chèvres, très-différentes de taille, avec ou sans cornes, à laine, à soie, k poil ras et lisse, appartenant à une seule espèce [capra œgragus]', un grand noml)re de races de moutons à laine aussi, à soie, à poil ras, avec des différences de forme considérables, dans la tête et plus encore dans la queue, nulle ou traînante, maigre ou graisseuse, toujours féconds entre eux, dont la souche ou l'espèce primitive est encore inconnue; des races bovines très -multipliées, dix-neuf en Angleterre seulement, quinze en France, avec des caractères très-variables, cornes droites et immenses, ou courbes et petites, nulles même, avec front cave ou bombé, sans bosse ou avec bosse, dont l'origine et la généalogie sont encore entourées de mystère, etc., etc.

3*^ Races marroinnes ou libres. La théorie indiquait que, chez les végétaux abandonnés à eux-mêmes, ou revenus à l'état sauvage, les caractères acquis par la culture et la domestication devaient faire place peu à peu aux caractères naturels, jusqu'au retour plus ou moins accentué à l'espèce première ou type primitif et sauvage. C'est ce qui a liçu, en effet, pour le chou, la rave, la carotte, l'artichaut, les fleurs et les fruits cultivés. En général, cependant, le végétal qui commence à se reproduire en liberté conserve quelques-uns des caractères acquis, et ne redevient pas identique au type sauvage ; l'influence de la culture se continue à l'état libre. L'étude des races animales marronnes a donné le même résultat : par exemple, les chiens vagues ou marrons des bazars de Gons-

POSSIBILITÉ DE L'UiMTÉ DE l'eSPÈCE HUMAINE. 539

tantinople ont gardé les caractères généraux des races domestiques, maïs ils terrent comme le canis antarcticus des îles Malouines.

En résumé, et en prenant le cliien pour type, que voyonsnous? une espèce sauvage, le chacal sur un espace immense; à côté d'elle une foule de races qui en dérivent probablement ; puis, des races plus éloignées, mais qui se rattachent aisément les unes aux autres, et au type premier, par des gradations insensibles; enfin, et toujours, sous l'influence de conditions spéciales, des races sauvages, qui semblent résulter du retour à la liberté d'individus ayant appartenu aux races domestiques, qui leur ressemblent sans toutefois reprendre absolument le type primitif, parce que l'influence de la domestication se continue à l'état libre.

Retrouvons-nous chez l'homme ce que nous venons de constater chez les espèces végétales et animales? Oui! Nous le montrerons tout à l'heure. En attendant, constatons dans quels termes Isidore Geoffroy Saint-Hilaire a établi la possibilité d'éclairer l'histoire naturelle de l'homme par l'étude des animaux domestiques {Comptes rendus de l'Académie des sciences, t. IV, p. 655) : « Il s'en faut beaucoup que les variations des races humaines aient seulement entre elles des rapports aussi éloignés et aussi indirects que pourrait le faire penser un premier et superficiel examen. Loin qu'il en soit ainsi..., ces rapports résultent, je ne dirai pas de liens intimes, mais même de doubles liens, savoir des liens d'analogie et des liens de causalité, parce que les modifications diverses des races domestiques résultentde l'influence de l'homme exercée diversement, suivant les temps, les lieux et les circonstances... Comme les espèces sauvages, comme les espèces domestiques, l'homme habitant sous tous les climats et presque à toutes les

températures, variant de cent et cent manières la qualité et la quantité de sa nourriture, se livrant aux professions les plus diverses, présente, dans la multiplicité de ses races, de ses sous-races, et l'on peut ajouter de ses innombrables variétés individuelles, l'effet nécessaire des causes (jui exercent sur lui depuis si longtemps leur influence... Si les variations physi(jues qui se produisent chez l'homme sous l'influence de son état de civilisation, étaient des phénomènes d'un ordre particulier, si notre espèce se trouvait à cet égard, comme sous tant d'autres rapports, hors rang dans la création, il est évident que nous serions réduits à ne point sortir, dans l'étude des races humaines, du cercle des faits anthropologiques; tout emprunt fait à une autre branche des sciences ne serait qu'une source d'erreurs, et rien de plus. Mais si les variations physiques de l'homme offrent des relations manifestes avec les variations des animaux; si elles consistent dans Jes effets semblables, explicables par les mêmes causes et réductibles aux mêmes lois ; s'il en est ainsi, ce dont on ne saurait douter, l'analogie pourra devenir pour l'étude des races humaines un guide aussi sûr qu'il était dangereux dans ma première proposition. Enfin, si l'on vient à reconnaître que ces mêmes variations physiques de l'homme, généralement analogues par leur nature aux variations de race ' chez les animaux, sont, en particulier et de tout point, comparables à celles des espèces domestiques, l'étude des races humaines et celle des races domestiques deviennent manifestement, l'une pour l'autre, un complément réciproque et nécessaire... En résumé, les animaux domestiques sont de véritables ouvrages de l'homme!... Organisation, instinct, habitudes, patrie, l'homme a tout modifié chez les espèces domestiques, ployant et soumettant tout l'ordre primitif à la loi de ses besoins, de ses volontés, de ses désirs... De ce fait capital découle manifestement la possibilité d'éclairer l'étude des races

CAUSES DE l'apparition DES UACES. 541

humaines par Tétude des races domestiques produites sous Finfluence de la même causalité. » Il est dès lors permis d'affirmer que, comme les races d'animaux domestiques, les races humaines ne font qu'une seule et même espèce.

Causes de Vapparition des variétés et de la formation des races.

Nous n'avons ni le secret de Dieu, ni le secret de la nature ; mais dans ce que nous voyons autour de nous, nous trouvons de quoi expliquer suffisamment les modifications d'espèces qui, sous le nom de variétés ou de races, remplissent la terre. Et qu'on le remarque bien, nous pourrions à la rigueur nous dispenser de ces explications. Il nous suffirait de constater le fait de leur existence. Elles sont : donc elles ont eu leurs raisons d'être ou leurs causes que nous pouvons ignorer aciuellement, que nous pourrons ignorer toujours, mais qui n'en sont pas moins certaines en elles-mêmes, et évidentes dans leurs effets. La question de la formation des races est une question d'origine; or les questions d'origine sont en général des questions inaccessibles ou mystérieuses ; d'autant plus que la science, en réalité, ne cessons pas de le répéter, est la multiplication des inconnues.

Entrons cependant dans le fond de la question, et prenant pour guide M. de Quatrefages, le naturaliste qui l'a le mieux étudié, sans parti pris, au point de vue purement scientifique, en faisant taire même ses convictions religieuses.

Constatons d'abord que chez tous les êtres organisés l'espèce est soumise à une double action contraire, à deux forces antagonistes : l'une qui tend à maintenir chez chaque individu le caractère du type primitif ou de l'espèce ; l'autre qui tend, au

contraire, à le modifier. La première de ces forces est l'iiérédite. Tout être qui se perpétue par la transmission d'un germo vivant, en dehors de toute cause perturbatrice, engendre un être semlilable à lui. L'esprit, dans ces conditions, ne conçoit pas de cause ([ui puisse rendre \e partus différent du parens; l'identité doit être complète, et l'on arrive à l'aphorisme de Linnée : le semblable engendre son semblable, aphorisme fjiii suppose deux conditions : 1° le parent reste immuable; S*" il n'intervient aucune perturbation.

Or le parent n'est pas toujours semblable à lui-même; tout être vivant est essentiellement mobile, il est le siège de phénomènes incessants, qui font qu'il n'est plus identique à lui-même d'une heure à l'autre ; l'identité du partus sera donc aussi sans cesse compromise : et les chances de ses variations se doublent par le fait qu'il a deux parents au lieu d'un. Toutes les causes physiques, physiologiques, morales qui troublent l'individu, réagissent sur le fœtus, au moment de la conceplion, d'abord dans son développement, ensuite comme autant d'obstacles à l'identité. Pour ne citer qu'un fait, des statistiques récentes ont prouvé que l'état d'ivresse du père avait une influence lamentable sur le produit de la conception; que par cette seule cause l'enfant pouvait naître épileptique, paraplégique ou idiot. [Comptes rendus de l'Académie, t. LI, p. 57 .)

Au fond, et si l'on était sincère, ce qui devrait étonner ce n'est pas la non-identité, mais l'identité du partus. Le nombre des monstres est beaucoup plus considérable qu'on ne le pense, et ils mettent hors de doute la variabilité limitée de l'espèce par voie de génération. Cette conclusion est bien plus éloquente encore, quand à la mobilité du père et de la mère on ajoute la mobilité du milieu, soit pendant l'état embryonnaire, soit dans la période du développement. Par milieu nous entendons toutes les conditions extérieures de l'existence, leclimat, l'air, l'eau, la chaleur,

CAUSES DE l'apparition DES RACES. 5 '«■S

le froid, Fulimentation, la domestication et, quand il s'agit de riiomme, les institutions ou conditions sociales et religieuses.

L'Académie des sciences a plusieurs fois approuvé et couronné les recherches de M. Camille Dareste sur la production artificielle des monstres. Or ce savant et habile physiologiste a prouvé par raille expériences qu'en agissant physiquement sur l'œuf de la poule pendant la période de l'incubation, en le chauffant ou le refroidissant sur toute la surface ou sur un ou plusieurs de ses points; en l'induisant en totalité ou en partie d'un vernis imperméable ; en lui donnant diverses positions, soit verticale sur le gros et sur le petit bout, soit inclinée, on reproduit souvent même à volonté tous les cas connus de tératologie embryonnaire, etc., etc.

Il est des contrées, le Valais, par exemple, où les mères engendrent en très-grand nombre des crétins, où le crétinisme est endémique, de telle sorte qu'à un moment donné toute une population puisse être composée en grande partie de crétins. Or le crétin, au maximum de la difformité, est réellement audessous du Boschimen, de l'Esquimaux, du Hottentot, de l'Australien. C'est un être complètement dégradé autant au moral qu'au physique. Quel est dans le milieu ambiant l'agent qui détermine le crétinisme? Est-ce l'eau, l'air, l'absence ou la présence de quelque principe organique ou inorganique, magnésie, iode, etc.? Nul ne le sait et on ne le saura peut-être jamais. Mais ce qui est absolument certain, c'est l'influence de cet agent qui s'exerce jusque dans le sein de la mère et produit les ravages que nous voyons. La preuve qu'il s'agit bien d'une influence de milieu, c'est que, placé detrès-bonou heure dans d'autres circonstances physiques, transporté par exemple sur la montagne, l'enfant prédestiné à être crétin peut échapper au fléau. Le crétin ne conslitue-t-il pas une véritable race humaine : petit être hébété, rabougri, goitreux,

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dont la tête est irréguiière. non symétrique, volumineuse ; doué, souvent du moins, de la reproduction continue?

Si Ton y réflécliissait bien, on trouverait dans le crétinisme le secret de la multiplicité des races humaines et la clef de tous ses mystères. Chez les crétins comme chez certains groupes humains très-dégradés, en dépit delà stupeur générale et del'intelligence obtuse, il arrive que certaines facultés isolées, la mémoire, l'aptitude à apprendre les langues, la musique et le dessin, sont bien développées. Ils fournissent aussi ladémonstration de ce fait capital, que Tâme humaine est encore active, alors même qu'elle est sous le coup d'une impuissance absolue de manifestation de toute idée. M. Niepce, médecin inspecteur des eaux. d'Allevard, a adressé à l'Académie des sciences {Comptes rendus, t. XXXVII, p. 515, octobre 1853) l'histoire louchante d'un pauvre crétin, d'une intelligence très-bien développée, qui n'avait jamais rien pu comprendre au catéchisme, qui n'avait pas fait sa première communion, parlantà peine, elc, et qui, dans les accès de rage qui ont déterminé sa mort, recouvrait complètement la raison, causait d'une manièic très-sensée avec sa famille, témoignait une grande tendresse à sa mère et même à son frère qu'auparavant il n'aimait pas, appelait le curé de son village et le priait d'entendre sa confession, mourait enfin de la manière la plus édifiante. Dans le délire avant-coureur de sa mort, il parlait avec volubilité, citant parfois, mais sans suite, des faits passés depuis plusieurs années, et auxquels il n'avait jamais paru prendre la moindre part. Voici son portrait : la face était large, les pommettes saillantes, le front court, les cheveux rudes et descendant trèsbas, près des sourcils, le nez large et écrasé, les lèvres épaisses, les dents irrégulières, neuf seulement au maxillaire supérieur, sept à l'inférieur ; il n'articulait que quelques mots, et ne le faisait qu'imparfaitement.

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Rien, le plus souvent, ne distingue, à la naissance, l'erfant condamné à être crétin. Or c'e&t un fait anthropologique important que celui de la ressemblance des nouveau-nés de toutes les races ; tous naissent blancs ou à peu près blancs, sans presque plus de pigmentum dhez les noirs que chez les blancs, tous avec l'ombilic à la même hauteur, tous avec un nez à peine développé.

Il est donc Trai que le milieu par son aptitude àimodifier le type initial, et l'hérédité par sa tendance invincible à -empêcher ces modifications, suffisent h expliquertoutes^lesvaTiations de l'espèce. Cette tendance, chez tout être viyant, h se répéter dans son produit, est universelle, et on la rencontre partout. Elle s'étend à l'être tout entier : à l'ensemble des proportions, aux traits, à la taille ; aux caractères extérieurs ei intérieurs ; aux propriétés pliysiologiques, la parturition, la durée de la vie, les maladies ou du moins l'aptitude à la contracter; aux facultés psychologiques, etc., etc. Nous avons déjà dit, en parlant de l'atavisme, comment cette transmission se fait à (travers une ou plusieurs générations, et comment il résulte qu'en même temps qu'elle est conservatrice par essence, Thérëdité, parle concours desse^^es, par l'alternanoe des ressemblances, par l'ataTisme, etc., devient une cause efficaice de variations. C'est l'iiistoire de la gravitation universelle, qui maintient à la fois et troul)le les mouvements des corps eélesites.

En même temps, le milieu qui, comme nous l'avons dit, est fensemble des conditions et des oiTconstances quelconques, physiques, morales, intellectuelles, qui peuvent agir sur les êtres, par des influences sans nombre, insaisissables, inconnues, résultantes d'une multitude detforcesiëontlîeaucoapnous échappent, exerce lui aussi sa double actiom aœiDdificatrice et conservatrice. H agit directement avec plus ou moins de force, et cette action entraîne des modifications souvent profondes

5i6 LES SPLENDEURS DE LA FOI.

d'où résultent les variétés et les races, jusqu'à ce nue 1 indiviiiu ou la race soient pleinement adaptés au milieu. A ce moment, le milieu qui jusque-là avait agi comme cause de va-,';:tion, agit au contraire comme cause puissante d'invariabihîé. Il devient un agent de conservation, de stabilité, luttant même contre l'hérédité et l'atavisme, jusqu'à ce qu'un nouveau changement de milieu détermine une variation nouvelle.

En résumé, et en dehors de toute intervention humaine, deux agents continus et très-énergiques, l'hérédité elle milieu, deviennent tour à tour des agents efficaces de la production t-t du maintien des caractères des races.

Par cela même que le milieu varie considérablement d'un point à l'autre du globe, il sera toujours prêt à agir sur les êtres vivants, dès l'instant qu'ils changeront d'habitat, et à modifier par là les caractères de l'espèce. Or les végétaux et les animaux, les premiers par la dissémination en tous sens de leurs graines emportées par le vent ou par les insectes, les seconds par leurs facultés locomotives, tendent sans cesse à changer de climat : donc ils tendent aussi incessamment à subir des variations plus ou moins profondes. Mais, constatons-le encore une fois : le milieu, les agents extérieurs ne changent l'essence d'aucun type organique; ils en modifient seulement les traits secondaires, la taille, les formes, les couleurs, les appendices, en un mot les caractères d'enveloppe et les rapports ; les traits distinctifs, essentiels, demeurent, lors même que les modifications ont agi pendant un temps considérable ; les céréales chez les végétaux, et, dans le règne animal, le bœuf et le cheval, n'en sont-ils pas des exemples frappants? (Ernest Faivre, p. 31.) Tout tend donc encore à affirmer l'unité spécifique des races humaines.

Un voyageur intrépide, dont l'Académie des sciences a loué

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la profonde sagacité, la grande érudition géographique, la grande habileté dans la discussion des documents réunis par lui, M. Trémaux(qui, d'ailleurs, ne peut pas être soupçonné de partialité en faveur de nos doctrines, car il parle avec trop de dédain des réponses mystiques delà Bible aux questions d'origine, réponses, dit-il, contredites bientôt par tout l'ensemble des lois ; car il est assez libre-penseur pour ne pas reculer devant l'origine simienne de l'homme, et pour demander à la science la véritable base de la morale), se vante d'avoir reconnu et dévoilé le grand mystère, le secret impénétrable de la formation des races (il ose même dire de la formation des espèces); et ce secret serait dans l'action des milieux en général, du sol en particulier. Il formule en ces termes ce qu'il appelle la grande loi de perfectionnement des êtres : « La perfection

DES ÊTRES EST OU DEVIENT PROPORTIONNELLE AU DEGRÉ d'ÉLADORA-

TioN DU SOL SUR LEQUEL ILS VIVENT ! Et le sol sst en général d'autant plus élaboré, qu il appartient à une formation géologique plus récente. Suivant lui, deux causes sont en présence : l'action du sol qui diversifie selon sa nature, et le croisement qui unifie... A notre époque même, il suffirait de l'action des milieux pour transformer l'homme de l'un à l'autre de ses types les plus extrêmes... Les êtres se transforment selon la nature du sol qu'ils habitent... Il ne faut que de faibles changements dans l'action du sol... pour qu'une race devienne espèce!... C'est d'abord le sol qui modifie les êtres, s'ils changent de terrain, ou qui maintient leur type, s'ils ne changent pas ; c'est ensuite le croisement qui unifie les diverses variétés, ou qui les laisse se modifier de plus en plus, s'il cesse d'agir... Le sol ne pouvant plus agir entre les espèces, la fécondité ne saurait les relier par le croisement...; elles demeurent donc entièrement soumises au sol et aux autres actions secondaires qui les différencient... L'homme blanc devient nègre, ou vice

versât selon le milieu qu'il habite et sans le concours de causes primordiales ou antédiluviennes— Les croisements font passer riiomme noir au blanc danj> le J\ord, et Thomme blanc au noir dans le Midi... » Nous ji'iusisterons pas sur l'appui que M. TiTémaux apporte en quelque sorte malgré lui aux 'doctrines naonogéni&tes., fiarce qu'il exagère certainement l'idée, banne en elle-même, qui lui a servi de point de départ ; mais nous acceptei'ons son idée sous la forme que lui a donnée un zootechniste pratique trcs-habile, M. Tisserand : « Il est facile de comprendre comment les mêmes animaux sont parvenus à formel' des races distinctes... Leur ampleur est toujours en rapport >avec la fertilité du terrain... Les mêmes ditférences de sol et d'herbages font aussi les mêmes variétés d'animaux... Partout l'animal se calque sur le sol qui le nourrit..,» En tous cas, c'est un argument en faveur de l'unité d'espèce humaine.

L'iîiter\'ention h-umaine introduit évidemment un élément nouveau dans la formation des races. En effet, dès que l'homme met la main sur une espèce, celle-ci semble s'ébranler. Les races apparaissent ^et se multiplient en dehors même de toute .action volontaiire, de toute violence exercée ,pai" l'homme, et comme par le seul fait d'un miUeu spécial .guise créerait spontanément et forcément autour de lui.

Mais c'est bien plus encore, quand l'homiBe aigit sous l'empire de sa voloEté, iquand il -emploie son intelligence à accroître et à diriger, dans t^l on tel sens, les,actio.ns an milieu et de l'hérédité, par la sélection ^et le croisement. On voit alors se multiplier indéfiniment les races doniestiques si différentes enlire elles. iG'esft .ainsi évidemment, et sans qu'il soit nécessaire ide s'y arirêter, que se sont produites les races de chiens domestiques, 4e moutons, de bœufs, de pigeons, etc. Des

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milliers de faits authentfques nous montrent la sélection exerçant une action rapide sur Tanatomie de Tanimal, et non moins puissante pour assurer la transmission des caractères physiques, anatomiques et physiologiques.

Si l'homme, ce qui ne saurait être douteux, est soumis aux mêmes lois que les animaux vivants, il doit comme eux se modifier et donner des races sous rinilaence de riiérédité, du milieu, des croisements. Cependant, parce qiii'il ne s'appliq.'iie pas en général à lui-même la sélection consciente et raisonnée, cause la plus efticace de la formation du plus grand nombre des races, il variera nécessairement dans des limites moins étendues que les animaux soumis à son empire... L'homme, cependant, a fait quelquefois usage de la sélection consciente, au moins équivalemment, comme lorsque Lycurgue ordonnait aux Spartiates de jeter dans TEurotas tout; enfant mal conformé, ou lorsque les deux Frédéric» rois de Prasse,. mai'iaient, de gré ou de force, les grandes et belles filles avec^ les géants de leur armée, et parvenaient ainsi à créer autour de Postdam une sorte de race de géants. Mais, par conti'e, des deux actions du milieu, Tune modificatrice, l'autre coiaservatrice, l'homme utilise surtout Tactiou conservatrice. Avec quel soin il emporte toujours avec lui, dans ses migrations, ses mœurs, ses croyances, ses institutions, ses habitudes, son genre de vie, etc.! Avec quelle attention il applique son intelligence à combattre et à amoindrir ce que l'influence du milieu pourrait avoir de nuisible pour lui !

Voilà pourquoi les races humaines se modifient moins peutêtre. Enfin, s'il s'en forme difficilement de nouvelles, c'est que les principales raiees existantes, blanche, jaune, rouge et noire (qui se sont conservées presque identiques à elles-mêmes, depuis quatre ou cinq mille ans, comme le prouvent les bas-reliefs égyptiens), sont beaucoup plus anciennes que les races d'animaux

domesti([iics qui nous entourent, et que l'ancienneté, jointe surtout à la persistance du milieu, est une cause très-énergique de la fixité de la race (1).

Influence des milieux sur F homme.

Ainsi trois causes très-appréciables s'opposeraient k ce que les variations soient aussi étendues chez riiomme que chez les animaux : 1° l'ancienneté des races; 2° l'absence de sélection ; 3° le mode artificiel de protection que l'homme sait opposer k l'action du milieu. Et cependant, malgré ces trois obstacles, l'action du milieu sur l'homme est incontestable : le visage des femmes au teint blanc, longtemps exposées au soleil, se couvre de taches de rousseur ; la peau des pêcheurs chinois, qui vivent presque nus sur le bord des fleuves, devient noire-cuivre; celle des lazzaroni, à moitié nus sur les ports de Naples, est rougecuivre, plus foncée que celle des Indiens, etc. Le climat d'Abyssinie est éminemment propre à produire dans le plus bref délai possible la coloration la plus obscure de la peau, sur des familles ou des individus dont le teint était originairement trèsblanc; les indigènes noircissent assez, en quelques semaines passées sur les plateaux, pour perdre leurs traits de noblesse, en raison inverse de la coloration ; ils blanchissent, au contraire, dans les plaines. Le nègre transporté en Europe perd toujours une portion notable de son pigment; cette perte augmente de

(1) Le cardinal Wiseman fait à ce sujet une remarque extrêmement importante. « Il n'est rien moins qu'incroyable que les races et les variétés aient été produites dans les premiers temps du genre humain... Dana l'enfance de l'individu, il y a... une vertu plastique qui opère...; c'est elle qui donne la croissance et la solidité aux membres, la forme caractéristique aux traits, le développement graduel et la vigueur aux muscles... De même, dans l'enfance du monde..., des causes nécessaires pour produire des effets grands et permanents peuvent avoir eu une puissance devenue maintenant inutile et qui, par conséquent, ne s'exerce plus. » (Edil. de Migne, t. XV, p. 131.)

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