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INFLUENCE DES MILIEUX. 5S

génération en génération. L'Africain arrive aux Antilles, dit M. de Reiset, avec tous les caractères du nègre. L'enfan' créole de nègre et négresse purs reproduit ces caractères déjà atténués ; la face perd le caractère de museau ; les cheveux et la couleur persistent, mais sous tous les autres rapports le nègre créole se rapproche de plus en plus du blanc ; alors même que par principe on éloigne de lui toute instruction, on constate dès les premières générations une intelligence supérieure à celle de la souche originelle. Au contraire, FAnglais perd ses couleurs dans F Inde, sa peau devient très-pâle, blafarde, parcheminée, etc. Ces actions colorantes ou décolorantes s'expliquent en partie par les proportions plus ou moins grandes des rayons chimiques ou actiniques dans la lumière des divers climats, proportion qui varie de 1 à 15 d'un climat à l'autre, de 1 à 2 du pied d'une montagne au sommet.

Si celui qui est soumis à l'action du climat ne s'en est pas défendu, et l'a subie tout entière, le changement peut aller jusqu'à simuler le passage d'une race à l'autre. ANouka-Hiva, un matelot anglais, qui avait adopté les mœurs du pays et s'était tatoué, ressemblait à s'y méprendre aux naturels des îles 3Iarquises. Jérôme d'Aguilar, le secrétaire de Cortès, après huit années ne pouvait plus être distingué des Indiens du Yucatan.

Mais ces variations, dues au milieu, ne peuvent devenir profondes et durables, de manière à constituer des races, qu'autant que l'hérédité intervient par des générations successives. Et cette considération explique suffisamment comment les races d'animaux domestiques se constituent avec rapidité, tandis que les races humaines sont si lentes à se produire. Paj. exemple, l'homme et le bœuf américain sont arrivés en même temps en Amérique, lors de la conquête du Pérou, de 1526

à \ o33 ; et il s'est succédé depuis cette époque au moins cent cinquante générations de bœufs, tandis qu'il n'y a guère eu plus de douze générations humaiaes.. L'action de l'hérédité aurait donc pu être quinze fois plus rapide et plus puissante sur le bœuf que sur llionime ; et le bœuf a pu être plus profondément modifié dans la proportixju de trois, cents ans à trois mille ou q,uaire: mille ans.

Les Tartares de race mougole fixés dans les environs de Kasan, de taille médiocre, à face large et grosse, aux yeux contournés et caves, au nez. épaté,, aux. lèvres^ fortes, au teint jaune-brun, sont aujourd'hui d'une taille moyenne, nnisculeux sans être gras; ils ont la tète ovale, le teint fi'ais, les traits beaux et réguliers, les yeux noirs, petits et vifs, le nez arqué et mince, ainsi que les lèvres. Cette transformation est due, non au croisement, les Tartares sont musulmans et les indigènes chrétiens orthodoxes, mais au passage de la vie nomade à la vie agricole, saine et régulière. Chaque peuple européen a pour ainsi dire sa sous-race correspondante dans les colonies qu'il a fondées.

Les créoles du golfe du Mexique sont remarquables par leur ^eint pâle, légèrement estompé de brun, leurs grands yeux, leurs pieds et leurs mains d'une petitesse proverbiale, surtout chez les femmes.

Un long séjour en Amérique a fait perdre au Canadien ses vives couleurs, son teint est gris-foncé, ses cheveux noirs tombent k plat sur ses tempes comme ceux de l'Indien; le type européen et plus encore le type gaulois a entièrement disparu.

Sur la côte de Malabar et dans l'île de Ceylan,. des celons; portugais sont devenus aussi noirs que les races indigènes , quoique, ayant toujours conservé la fierté du blanc doublée de la vanité portugaise, ils ne se soient jamais alliés qu'entre eux.

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Les Danois^ en Guinée, sont malades avant d'être acclimatés, prennent ensuite une eolopaitiionjauiae, et passent au cuivre qui se fonce de plus en plus, à chaque géoération,. jusqu'à devenir complètement noijrs.

LesHolkMlaisduCap, connus sous k nôiiaideBasters, restés très-purs, et qui ne s'allièrent ni aux. Anglais,, ni aux. races locales, ont la peau de plus en plus brune ou rouge; les femmes ont une tendance à la stratotypie des Hottentots.. En Australie, on distingue très-bien les anciens colons des Anglais qui arrivent de la Grande-Bretagne.

Abandonné à lui-même^ l'Anglo-Américain ne tarderait pas à devenir Indien; toutes les races importées aux Etals-Unis, em'opéennes ou noires^ tendent à reproduire le type peaurouge. Les ethnologues qui ont visité ces contrées, affirment qu'on retrouve au nord les caractères physiques, intellectuels et moraux des Iroquois, tandis que les populations du midi rappellent les Chirokées et les Hurons.

Les Thouaregs, fi'ères des Kalayies,. dont le type se maintient plus ou moins dans les familles des chefs, ont le teint beaucoup plus bronzé.

La couleur des Egyptiens et des Arabes du snd est aussi beaucoup plus foncée que celle des peuplades du. noi'd on des côtes de la Méditerranée.

Le tj-pe juif, que l'on oppose toujours comme exemple d'invariabilité d'une race dans tous les milieux po.vsil>Les, présente peut-être partout des traits identiques; mais dans le nord.,, ils ont en grand nombi-e les yeux bleus, les cheveu.^ blonds et le teint clair, tandis que les Juifs méridionaux ont presque tous les yeux noirs et les cheveux plus on moins foncés. En Amérique, les Juifs présentent toutes les niiaiices,. depuis, celle du Canadien franchement blond jusqu'à la teinte jaune-foncée de rindien. Malgré son rempart de mœurs et d'usages naliû-

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naux, la race juive subit, comme toutes les autres, l'influence du milieu. On rencontre dans la province de Gochin deux communautés juives très-distinctes: celle des Juifs noirs, d'origine i)ortugaise; celle des Juifs relativement blancs, d'origine allemande.

A la suite des guerres de 1641 et de 1G69, deux grandes colonies irlandaises furent refoulées Tune dans la région montagneuse à l'est de labaronnie de Flows jusqu'à la mer, l'autre dans les comtés de Lestrem, Hugo et Mayo (Connaught). Or ce dernier groupe de petite taille, au ventre ballonné, aux jambes cagneuses, aux traits d'avortons, rappelle les populations les plus misérables de la Nouvelle-Hollande, tandis que dans toute l'île, là où la population n'a pas subi les influences de ces causes de dégradation, on n'a pas cessé de rencontrer les plus parfaits spécimens de beauté et de vigueur physique et morale.

H est donc certain que l'influence du milieu s'exerce sur l'homme comme sur les animaux ; que chez nous, comme chez eux, elle fait apparaître ou se développer des variétés d'abord, des races nouvelles ensuite. Il n'est pas jusqu'à des anomalies de caractères pathologiques, comme ces productions épidermiques qui firent donner à la famille d'Edward Lambert le nom d'homme porc-épic, et la polydactylie de la famille Colburn qui ne tendent quelquefois à devenir des affections de races par l'hérédité.

Le globe s'est peuplé par migrations successives; l'homme, qui avait fait sa première apparition sur un point unique, a irradié. Tombé à l'état sauvage ou à demi sauvage, il ne pouvait pas ne pas subir l'influence des nouvelles conditions d'existence qui s'imposaient à lui, et qui étaient peut-être beaucoup plus rigoureuses qu'elles ne le sont aujourd'hui. Qui ne voit les conséquences de ce contraste entre la faiblesse de l'homme et la violence des milieux? Des races nouvelles ont dû se former avec une extrême rapidité, avec des caractères bien

plus profonds que celle des races dont la formation s'est réalisée dans des milieux relativement paisibles, et ne remonte pas à plus de deux ou trois siècles.

Il n'est pas sans intérêt de faire remarquer que si quelques polygénistes nient l'influence des milieux, d'autres l'exagèrent au point de déclarer avec Knox que l'homme n'est rien moins que cosmopolite, qu'il ne peut vivre que là oii il est apparu pour la première fois, que l'extinction des Canadiens et des Yankees est très-prochaine, etc., etc.

Rappelons en finissant que les modifications sont encore plus rapides et plus profondes, quand l'action du croisement vient s'ajouter à celle du milieu. Un voyageur très-savant, M. de Rhanikoff, signalait à l'Académie des sciences le fait suivant : « En 1817, quelques centaines de familles du Wurtemberg vinrent s'établir au Caucase, en Géorgie. Ces premiers colons étaient des hommes d'une laideur peu commune, lourdement charpeniés; ils avaient des faces larges et carrées, des cheveux blonds ou roux, des yeux d'un bleu très-pàle. Ces caractères commencèrent déjà à disparaître chez les individus de la seconde génération; quant à la troisième génération, presque tous les jeunes gens ont des yeux et des cheveux noirs, des tailles sveltes, etc., etc. » L'influence des milieux explique donc surabondamment les différences entre les races humaines, sans qu'on puisse se faire de ces différences un argument contre l'unité de l'espèce.

Les races humaines sont-elles fécondes ou infécondes dans leurs croisements, sont-elles des métis ou des hybrides ?

Les questions formulées en ces termes ne sont pas autres en réalité que la question d'unité d'espèce, et reçoivent leur solu-

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tion évidente du fait éelailanl de la fécondité continue et indéfinie de toutes les races lnimaines^ sauf centaiiies exceptions dues à des circonstances de lieu ou de climat.

M. Manry, à Tendroit que nous avons déjà cité, a très-bien résumé le dx^'bat. « Un fait parait décider la question en faveur de Topinion qui ne voit dans les différentes races humaines que des variétés et non des. espèces.; c'est que lesespèces différentes nedonaent par des croisements que des mulets, c'est-àdire des métis ^hybrides), qui finissent par devenir stériles au bout d'un certain nombre de générations (ou reviennent à l'un des deux types primitifs) ; cela a été observé notamment pour les différentes espèces du genre equiis (le cheval, Tâne, l'hémione, le daw), et entre les espèces si voisines du chacal et du chien. Or rien de semblable entre les races humaines. Toutes les races croisées sont plus ou moins fécondes ; et si quelquefois on a observé dans les croisements des races mulâtres des unions plus habituellement infécondes ou des rejetons très-débiles, on n'a là rien que d'identique à ce qui se passe pour le croisement de certaines races qui ne sont incontestablement que des variétés en quelque sorte factices d'une même espèce. L'extrême multiplicité des races de chiens, qui se croisent pourtant toutes entre elles, ne semble pas plus un fait primordial qu'e les variétés des races humaines. On est conduit à regarder les chiens comme constituant, ainsi que les hommes, une seule espèce, parce que leurs croisements ne donnent pas lieu à des mulets. »

M. Broca lui-même admet sans hésiter {ï) que la lutte entre le monogénisme et le polygénisme est complètement vidée par

(1) M. Pouchet est plus franc que W. Broca, mais plus- audacieux. II dit, p. 140 : « Ne nous donnons pas la peine de conlesler... l'universalité de reproduction entre toutes les espèces d'hommes...; admettons que toutes les races humaines produisent les unes avec les autres... La reproduction

le fait de la fécondité l'égiilière et continue des croisements entre les races humaines, et (page 657) il formule en ces termes le syllogisme que les monogénisites déclarent, dit-il, irrésistible : «MAJEURE : tou€ les animaux capables d" engendrer une postérité &ugénèsiqu€ (re|)rDd0Cti0Ti co'ntinuc'et indéfinie d'un type fixe) sont de la même espèce; minetpre : w tous les croisements humains sont eugènèsiques (reproduction continue et indéfinie); congluston : donc tous les ■hommes sont de la même espèce. y> L'argument estipiarfaitementen foniie; pour le réfuter il fallait nier soit la majeure, soit la Tnineure. M. Broca commence pai' la (majeure.

Est-il vrai que les animaux de même espèce puissent seuls produire une postérité bien féconêe? Et il croît avoir démontré que les croisements d'animaux d'espèces incontestablement différentes, telles queles chiens et les loups, les chèvres et les moutons., Jes chaimeaux et les 'dromadaires, les lièvres et les lapins, etc., etc., domient Ueu à des métis (dites hybrides) eugénèsiques, cesi-à-rdire parfaitement et indéfiniment féconds entre eux. M, Broca l'affirme, il appuie son affirmation de quelques faits d'hybridité; mais l'homme le plus compétent sur les quiestions tdie mces domestiques, M. André Sanson, dans les PRINCIPES (GÉNÉRAUX DE LA ZOOTECHNIE {Paris, Ubrairie de la Maison rustique, page 232), déclare que « tous ces faits se

RAPPORTENT A DES HYBFJDES DE PREîillÈRE GÉNÉRATION ; QTj'lL n'ï a PAS UN SEUL (EXEÎtliPlE AinTaE]?)T1'QUE IfE fiAT>PROCPrEMENTS FÉCONDS ENTRE BES JNDIMDUS o'ORiDRES DIVERS, BIEIV QU^E CES RAPPROCHEMENTS SE SOIENT QUELQUEFOIS PRODUITS. )) C'CSt la

négation en itermes gé,néi*aux de l'affirmation de M. Broca. M. Sanson ne s'en tieiat pas là ; il fait siennes, pour ces exem-

n'est qu'une fonction, un caractère physiologique très-inmpropire .aiix'dassificalions... » Quelle hérésie! De l'aveu de tous, la reproduction 'CSt le 'Caractère cssenlieil de lieepèce.

pies particuliers, les conclusions de Buffon, Frédéric Cuvier, Flourens et autres.

Chien et loup. « Buffon a fait, sur la reproduction du chien et du loup, une série d'expériences. 11 n'a jamais pu passer la troisième génération. Frédéric Cuvier, qui a été pendant trente ans le directeur de la ménagerie du Jardin des Plantes, n'a pu aller plus loin ; moi-même je n'ai pu en obtenir davantage. » (Flourens, Examen du livre de Darwin, p. d07.)

Chacal et chien. « Quatre générations m'ont suffi pour ramener l'un des types, le type chien ; et quatre générations me suffirent de même pour ramener l'autre type, le type chacal. » {Ibidem, p. 110.)

Chèvre et mouton. L'existence de l'hybride de la chèvre et du bélier, de la brebis et du bouc ne paraît pas pouvoir être révoquée en doute. Ce dernier hybride, appelé Chabin, est au Chili l'objet d'une industrie ou exploitation régulière ; sa peau, connue sous le nom de pellion, est très-recherchée. Mais M. Broca la reconnaît lui-même dans ses Recherches sur l'hijbridilé, p. 553 : « Au bout de trois ou quatre GÉNÉRATIONS, Ics dcsccndants directs du chabin de second sang subissent une modification qui en diminue la valeur commerciale ; leur poil devient plus gros et plus dur, et se rapproche, par conséquent, de celui des chèvres...; et pour rendre aux générations suivantes la souplesse et la finesse du poil, il faut croiser les femelles du second sang avec les mâles du premier sang... On obtient ainsi un hybride plus éloigné, par le sang, de la brebis que sa mère, et possédant une toison plus simple et plus douce, dont la supériorité se maintient ensuite -pendant plusieurs générations. » Ce qui ressort de ces faits, dit M. Sanson, page 250, ce n'est pas que les cliabins soient doués d'une fécondité indéfinie, comme le voudrait M. Broca, car il n'existe pas dans la science un seul fait avéré

qui prouve que la fécondité d'aucun hybride soit allée au delà de la quatrième génération , et l'on peut considérer comme une loi désormais acquise le retour infaillible de l'hybride à l'une et l'autre des espèces qui ont concouru à le former. Lechabin revient à la chèvre.

Lièvre et lapin. Aen croire M. Broca, et c'est son grand cheval de bataille, M- Alfred Roux, d'Angoulême, aurait doté l'économie publique d'une nouvelle espèce, intermédiaire entre ces deux espèces du genre /epus: à l'époque à laquelle il écrivait (1837), les Icporides avaient déjà fourni six à sept générations, et constituaient une exploitation agricole assez lucrative. « Dans le courant de l'année, M. Roux en avait vendu plus d'un millier sur le marché d'Angoulême. » Cette fois, M. Sanson n'hésite pas à dire que le savant docteur, si sûr de lui, a été victime d'une mystification scientifique. D'une part, poussé à bout, M. Roux a été forcé d'avouer que le croisement du lièvre avec la lapine, sur lequel il avait donné à M. Broca des détails minutieux et circonstanciés, n'était point son œuvre, mais celle de la mère; d'autre part, les prétendus léporides auxquels M. Broca avait donné le baptême, et M. Gayot (l'ancien directeur des haras) la confirmation, sont aujourd'hui considérés, par tous ceux qui les ont vus et goûtés, comme de simples lapins (Jepus cuniculus) ; l'hybride est revenu après quelques générations au type lapin...

Dans une note présentée à l'Académie des sciences le 22 avril 1872, M. Sanson affirmait comme résultat d'une étude définitive, que le prétendu type spécifique appelé leporide, résultant du croisement du lièvre et du lapin, n'existe point; que les sujets nés de ce croisement sont simplement des hybrides qui, après un certain temps , font retour à l'une ou à l'autre des espèces, le plus grand nombre à l'espèce lapin.

Ce qui est donc certain, c e fit qiC aucun fait digne de créance ou avéré n'a encore été produit (iifi prouve Teugénésie, c'està-dire la reproduction continue et iTidéfinie des liybrides, nés du croisement entre deux espi'ces diCtérentes; il peut y avoir reproduction régulière et continue, niais non pas reproduction d'un type distinct; après deux ou trois générations ce ne sont plus les hybrides qui se perpétuent, mais les espèces primitives reconstituées. (Sanson, ibidem, p. 262etsuiv.)

Constatons encore ici avec M. SansoTi que ce-tte loi ée la réversion ou du retour des hybrides ressort plus éclatante des expériences, si remarquables et suivies avec tant de soiiî, de M. Naudin sur les végétaux. Elles prouvent jusqu'à févidence que l'hybridité, le croisement de deux espèces même voisines, ne peut pas être dans le règne végétal, comme, sans aucun doute, dans le règne animal, souche d^'une espèce nouvelle.

Quand on demande à une '©ibservatioTî plus attentive et plus profonde la cause de la stériilité ou de l'infécondité relative des hybrides (1), soit végétaux, soit animaux, on arrive à cette conclusion très-frappante, que l'élément maternel est moins rudement atteint par le croisement que l'élément paternel. L'ovaire, chez l'animal comme chez le végétal hybride, 'Crnitient, quoique plus rarement, des ovules en bon «état; mais les anthères, chez la plante, renferment, aulieu de pollen proprement dit, des granulations irrégulières., et, dans la liqueur séminale de l'animal, du mulet par exeaiple. Je microscope ne montre aucun animalcule spermatique. On trouve dans la ■science queilques cas de fécondité icltez la mule; mais on ne

(1) Moïse n'était-il pas en possession de ces données, en apparence très-modernes, lorsqu'il défendait absolument aux Hébreux de jamais semer dans un même champ deux graines d'espèces différentes? 11 est allé, pour empêcher le retour de cet abus, jusqu'à ordonner la confiscation au profit du temple des récolles mélangées.

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trouve nulle part une seule preuve de Taptitude du mulet à. la rcproduclian.

Les objections ou affirmations de M. Broca sont donc complètement vaines et sans valeur; la première proposition ou MAJEURE des monogénistes est absolument vraie. En est-il de même de la mineure : tous les ci^oisements sont engénésiques{ovi caractérisés par une reproduction constante et indéfinie) ? M. Maury, nous l'avons vu, admet le fait que toutes les races humaines croisées sont plus ou moins fécondes, et que si l'on a quelquefois observé dans les croisements de races iftulàtres des unions plus habituellement infécondes, on n'a là rien que d'identique à ce qui se passe pour certaines races animales qui ne sont certainement que des variétés...

M. Broca aurait-il démontré le contraire? Ecoutons-le (page 559) : « Après avoirrendu sinon tout à fait certain, du moins extrêmement probable que certoms croisements humains sont eugénésiques, nous avons dû nous demander si tous les croisements humains étaient dans le même cas. Or, il résulte des documents que nous avons pu rassembler que certains croisements humains paraissejît; donner des résultats notablement inférieurs à ceux qui constituent chez les animaux l'hy- BRiDiTÉ EUGÉNÉsiQUE (dcux uiots iucompatibles et qui, comme nous l'avons vu, s'excluent mutuellement). L'ensemble degfiiits connus permet de considérer comme très-probable que certaines races humaines prises deux à deux sont moins homceogénésiques que ne le sont, par exemple, l'espèce du chieû et celle du loup (espèces qui, nous l'avons prouvé, ne le sont pas du tout). »

Ces conclusions ne sont pas seulement remarquables, elles sont vraiment étonnantes, et mettent hors de doute la thèse que nous défendons. «Par^vissent, très-probadle, » ce n'est pas là

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le langage de la science. Dans l'école surtout dont M. Broca fait partie, la science n'admet que des faits et des lois. Et quand M. Broca ajoute, page 650 : « Si nous croyons devoir faire quelques réserves, si nous laissons planer quelque doute sur cette conclusion, c'est parce qu'on ne saurait admettre sans de nombreuses vérifications un fait qui démontrerait définitivement et sans retour la pluralité des espèces humaines, un fait en présence duquel tous les autres s'effaceraient, et qui rendrait toute autre discussion superflue, un fait enfin dont les conséquences politiques et sociales (il ne dira pas religieuses, il n'y a pas pour luidereligiori)sont très-graves,» il s'avoue vaincu. La démonstration évidemment n'est pas faite, car si elle était faite, ne pas le dire serait de sa part une forfaiture ou une lâcheté, puisqu'il a fait sa profession de foi solennelle : «Il n'est pas de croyance si respectable, il n'est pas d'intérêt si légitime (politique, social, religieux) qui ne doive s'accommoder aux progrès des connaissances humaines et fléchir devant la vérité, quand la vérité est démontrée. »

M. Broca se sent même si bien battu, qu'il se hâte de revenir h sa première proposition ou majeure, qu'il croit avoir plus ébranlée à l'aide de faits controuvés ou mal établis. « Quel que soit le résultat des recherches ultérieures sur l'hybridité humaine (lisez métissage humain)^ il reste bien et dûment constaté que des animaux d'espèces difierenles peuvent engendrer des métis eugénésiques, et que, par conséquent, on ne pourrait tirer de la fécondité des croisements humains les plus disparates un argument physiologique en faveur de l'unité de l'espèce, quand même cette fécondité serait aussi certaine qu'ellô est douteuse. » Cette fécondité peut être certaiine; si elle ne l'est pas, elle est au moins douteuse! C'est M. Broca qui l'affirme! En attendant, le syllogisme des moROgénistes reste debout. M. Broca est même bien plus

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défait qu'il ne pense; car ce qu'il révoque seul en doute, c'est la fécondité continue et indéfinie des croisements humains, et par suite l'unité de l'espèce humaine. Or, et il faut le répéter sans cesse, la Révélation, qui n'est donc pas même menacée, enseigne non l'unité d'espèce, mais l'unité de souche; elle n'examine pas et elle n'a pas à examiner si les croisements ou les influences de milieu n'ont pas pu faire varier assez les races pour en faire des espèces, incapables, par conséquent, de se reproduire dans des croisements ultérieurs. Il est vraiment étrange et douloureux de voir que les apologistes ou les défenseurs du dogme chrétien aient eux-mêmes confonde la question de l'unité de souche avec la question toute diftV rente, surtout dans les doctrines qui tendent à dominer parmv nos adversaires, de l'unité d'espèce humaine.

Quoique nous puissions nous en dispenser, nous compléterons cette discussion par un examen rapide des prétendus faits de non-fécondité du croisement de quelques races humaines. M. Jacquinot et après lui M. Nott ont affirmé qu'à Hobart-Town et dans toute la Tasmanie, il y avait très-peu de métis : la raison en est bien simple. Les colons de la Tasmanie ont été des convicts, l'écume de la population anglaise, (jui jurèrent l'extermination des indigènes, les traquèrent comme des bêtes fauves, et finirent par les faire disparaître. Quoi d'étonnant qu'il y ait eu si peu d'unions entre deux populations dont les courtes relations ont eu un dénouement si ; cruel? Cependant M. de Blosseville affirme qu'il y avait plus i de métis eu Tasmanie qu'à Sidney, et que les derniers habitants traqués par les colons anglais étaient des métis d'Anglais cl d'indigènes.

M. Jacquinot affirme de même que c'est à peine si, autour de Poi-t-Jackson , on citait quelques métis d'Australiens et d'Européens. Mais il dit plus tard avec M. de Frey-

cinet : « Aucune alliance permanenle ne s'est jamais formée entre les deux peuples (Anglais et Australiens), quoiiju'on rencontre çà et là quelques mulâtres. » La fécondité existe donc... Mais il régnait entre les deux races une haine profonde et la rareté des métis avait pour cause Tinfanticide : le père tuait impitoyablement tout enfant dont la couleur indécise trahissait une origine mixte. Ces faits sont attestés par plusieurs voyageurs, Gray, Gunningham, Mackensie; ils affirment en même tem])s que, sur d'autres points de l'Australie, les bords de laMurrumbidgu et de la Murray, la population métisse est nombreuse.

MM. Hombron et Jacquinot auraient aussi affirmé, diton, la prétendue infécondité du croisement entre les Européens et les Hotlentots. L'exemple serait bien malheureusement choisi, car Vaillant dit en termes formels: « Les Hottentotes obtiennent de leur mari quatre enfants tout au plus; avec les nègres, elles triplent ce nombre, et plus encore avec les blancs. » M. Hombron, du reste, qui, au Ghili et au Pérou, a observé pendant quatre années le mélange des blancs et des nègres avec les aborigènes, ditpositivement : « Les unions des blancs avec les Américaines m'ont présenté la moyenne la plus élevée; venaient ensuite le nègre et la négresse, enfin le nègre et l'Américaine : l'infériorité des Américains entre eux, sous le rapport de la reproduction, dépend probablement de leur peu d'ardeur mutuelle. »

Tous ces faits sont évidemment incompatibles avec toute idée d'hybridisalion. Il est vrai, absolument vrai, qu'il n'existe pas deux groupes humains dont le croisement soit réellement infécond. 11 est vrai, en outre, absolument vrai, que les descendants de ces unions sont féconds entre eux d'une manière continue et indéfinie.

On a dit, cependant, qu'à la Jamaïque les mulâtres sont

peu OU point féconds ; que dans nos colonies de l'Afrique occidentale le nombre des mulâtres augmente ou diminue ^vcc celui des blancs, de sorte que la population métisse ne se recruterait que dans les produits du premier croisement, qu'abandonnée à elle-même elle n'aurait qu'une durée éphémère et s'éteindrait bientôt. Le docteur Yvan disait, de son côté, qu'à Java , les métis de Malais et de Hollandais n'étaient pas féconds au delà de la troisième génération. Cesexceptions, si elles existaient, pourraient être un effet de milieu; car c'est, par exemple, un fait certain que les Mamelucks et les Géorgiens ne se reproduisent pas davantage avec leurs compatriotes, dans le bassin du Nil. Et c'est un fait patent que, dans d'autres îles du golfe du Mexique, ce même croisement du nègre et du blanc donne une population de mulâtres qui s'entretient parfaitement elle-même. « A la Guadeloupe, dit M. Rufz de Lavison, aujourd'hui, comme il y a deux siècles, le mulâtre est bien développé, fort, alerte, plus apte que le nègre aux travaux industriels et très-hilare. » Au sein de la population espagnole de Saint-Domingue, il y a, dit M. Audain, «un tiers de nègres, deux tiers de mulâtres et une proportion insignifiante de blancs ; or les mulâtres ne seraient pas en si grand nombre s'ils ne s'engendraient pas les uns les autres. » S'oubliant luimême un jour, M. Nott, qui voulait que les mulâtresses fussent de mauvaises mères et de mauvaises nourrices, fut amené à constater les faits suivants : « Dans une plantation appartenant à un de mes amis : 1° une tierceronne unie à un mulâtre avait eu de lui quatre enfants; 2° un mulâtre et une négresse avaient une famille de douze enfants se portant tous très-bien ; 3° une mulâtresse et un nègre en avaient treize également bien constitués. » Ces chiffres attestent évidemment la fécondité remarquable des mulâtresses. M, Nott reconnaissait que si, dans la Caroline du Sud, la population métisse est

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souffrante, ?ur d'autres points des Etats-Unis on trouve des mulâtres robustes, vivant longtemps, pères de nombreuses postérités, des mulâtresses fécondes dans leurs unions avec les mulâtres et de plus fort bonnes nourrices.

Personne n'oserait nier qu'il existe actuellement des métis nés du croisement entre elles de toutes les races humaines, mais quelques-uns affirment que cette population métisse ne tarderait pas à disparaître si elle cessait d'être entretenue par le croisement direct. La statistique donne un démenti éloquent à cette assertion gratuite. La population du globe est d'un milliard en nombre rond; sur ce nombre on compte 12 500 000 métis, un quatre-vingt-neuvième du nombre total. Leur production n'a guère commencé qu'avec la découverte de l'Amérique en 1492 ; comment ne seraient-ils pas féconds? Dans cinq Etats de l'Amérique, le Mexique, le Guatemala, la Colombie, la Plata, le Brésil, les métis figurent pour un cinquième de la population. Chez lesPanustas,métis d'Indiens qui ont joué un rôle considérable dans l'histoire du Brésil, la population, de 209 218 habitants en 1808, s'est élevée à 572 000 en 1864. Comment des races qui grandissent si rapidement seraient-elles prêtes à disparaître des lieux où leur accroissement a été jusqu'ici si rapide? En réalité, la fécondité indéfinie des croisements humains se prouve comme Socrate prouvait le mouvement qu'on avait nié devant lui, elle marche.

Une dernière objection. Nous rencontrons, disaient Davis et Turnham, dans les Crania Britannica, une confusion de sang opérée sur une vaste échelle, mais nous cherchons en vain ce qu'on pourrait appeler une race véritablement nouvelle. Mais pourquoi exiger une race nouvelle quand d'une part toutes les combinaisons possibles de croisement et de milieux sont

FÉCONDITÉ EMP.E ELLES DES RACES IIUMAIJiES. 567

épuisées, quand de l'autre il faut, peut-être, pour former une race proprement dite plusieurs centaines d'années? Cependant Pritchard cite trois exemples de races nouvelles complètement constituées : 1° les Papouas h tête de vaudrille, résultant du croisement des Malais avec les Mélanésiens ; 2° les Cafuso3, métis denègres africains et d'Américains indigènes ; 3° les Gncas, nés de l'union des Hollandais et des Hottentots. Suivant M. Quoy, les Papouas sont des métis purs, provenant peut-être de deux types de nègres, l'un petit et faible, Vautre robuste avec des formes athlétiques; cependant on ne connaît ni leur origine, ni leur développement. Les Cafusos et les Gricas sont au contraire de formation récente, et ont grandi en quelque sorte sous nos yeux. Les Cafusos sont des zambas, c'est-à-dire des métis de nègres d'Afrique et d'Américains. Les Gricas ou Basters, nés d'union entre les Hollandais et les Hottentots, après la colonisation du Cap, furent chassés à la fin du siècle dernier de la colonie, et s'établirent au delà du fleuve Orange, menant la vie de brigands redoutables. En 1803, un certain nombre se convertirent, se fixèrent à Klar-Water, prirent le nom de Gricas, et fondèrent Grika-Town. Plus tard, faisant scission, une colonie de Grikas fonda la ville de Philippolis, qui devint le centre d'une population prospère un peu mélangée d'indigènes et de colons; en 1859, elle s'élevait a dix ou douze mille âmes. Les Basters ont fondé une troisième colonie, la nouvelle Platbéry, où ils sont restés ; les voyageurs qui l'ont visitée parlent non-seulement d'une population adulte nombreuse, mais d'un grand nombre d'enfants qu'ils ont vus s'ébattre autour de chaque cabane.

En 1789, neuf matelots anglais se fixèrent dans un petit îlot appelé Pitcairn, avec six Polynésiens ayant chacun leurs femmes. Cinq des blancs furent massacrés par les Polynésiens jaloux, qui plus tard commencèrent aussi à

s'entre-tiier. En 1793, il ne reslait plus que quatre blancs, dix Polynésiens et quelques entants. Au commencement de ce sic'cle, il ne restait plus qu'un blanc, Adam, qui entreprit de régénérer la population. Il réussit si bien que le capitaine Beechey, en 4825, se trouva en présence d'une population remarquable par ses caractères pbysiques, intellectuels et moraux. Ce sont des mulâtres avec une légère prédominance de sang polynésien, qui a imprimé son cachet sur le nez, le teint, etc. De 1790 à 182S, en trente-six ans, la population avait doublé, malgré les massacres et les désordres ; elle avait été portée de 30 à 6o individus. En 1856, elle comptait 189 membres : 96 hommes et 93 femmes. L'îlot de Pitcairn étant devenu trop petit pour la nourrir, elle fut transportée par le gouvernement anglais à Norfolk.

Donc les croisements humains entre les races les plus éloignées donnent naissance à de nouveaux groupes qui, dans des circonstances favorables, se multiplient rapidement, d'une manière indéfinie ou continue : donc les hommes ne sont pas des hybrides.

Pour être polygéniste , il faut oublier complètement la distinction de race et d'espèce, et nier les actions de milieux; c'est-à-dire qu'il faut mettre de côté toutes les notions de physiologie applicables à la question.

Pour être polygéniste mitigé à la façon d'Agassiz, qui ne voyait dans la grande fimiille humaine qu'une seule espèce, mais qui admettait la possibilité de centres multiples de création, ou que cette espèce eût pu naître soit à la fois, soit successivement sur plusieurs points du globe, il faut fermer les yeux aux données les plus certaines de la géographie zooîogique.

Pour défendre le polygénisme pur de Desmoulins, de Morton, etc., c'est-à-dire pour admettre la multiplicité de l'espèce humaine, nier à la fois l'unité de souche et l'unité de centre

PREUVES DIRECTES DE l'uNITÉ DE l'eSPÈCE HUMAINE. 369

de création , il faut se mettre en contradiction avec tous les faits, avec toutes les lois de la zoologie proprement dite et de la physiologie.

Par là même qu'ils ne sont pas des hybrides nés du croisement d'espèces réellement différentes, que les croisements humains sont féconds d'une fécondité continue et indéfinie, les hommes sont des métis divisés en un certain nombre de races, conservant par l'hérédité et par Faction de milieux leur type caractéristique, et formant une espèce unique.

Preuves directes de V unité spécifique des races humaines.

Les caractères essentiels de l'espèce humaine sont : 1° un grand développement du cerveau; 2° la conformation des mains et l'opposition du pouce et de l'index qui lui a fait donner le nom de bimane ; 3° la qualité de bipède et la station verticale ; 4° l'appareil vocal très-perfectionné, capable du langage articulé; 5° la perfectibilité indéfinie. Or tous les hommes sont en possession de ces caractères essentiels: donc ils forment une seule et même espèce.

On retrouve chez tous les hommes la même structure anatomique du corps, la même taille moyenne, la même durée moyenne de la vie, la même disposition aux mêmes maladies, la même température moyenne du corps, la même vitesse moyenne des pulsations du pouls, la même durée moyenne de la grossesse, la même périodicité moyenne des règles ; or, une telle conformité, ou mieux une telle identité ne se retrouve pas dans les différentes espèces, même dans les espèces d'un même genre : donc tous les hommes sont des variétés ou les races d'une seule et même espèce.

Tète, tronc, membres inférieurs, membres postérieurs, organe des sens, organes de la sensibilité et du mouvement.

570 LES SPLENDEUnS DE LA FOI,

organes de la génération, fonctions vitales internes et externes, reproduction continue, tout est commun à toutes les races avec des variantes très-secondaires et qui ne peuvent nullement être prises pour des caractères d'espèces.

Nous avons établi, avec Isidore Geoffroy Saint-IIilaire, la par faite légitimité de la méthode qui consiste à éclairer l'étude des races humaines par l'étude des races domestiques, parce que les unes et les autres sont produites sous l'influence de la même causalité. Il £st vrai que M. Georges Pouchet dit [Des races humaines, page 124) : « Nous croyons peu en biologie aux démonstrations parles semblables. Chaque animal, chaque organe, chaque élément anatomique même, a sa vie propre, ses lois particulières de naissance, de développement, de nutrition, de reproduction. » Mais c'est que cette réserve lui semblait nécessaire pour les besoins de la cause du moment ; car il fait, page 60, cette déclaration formelle : « En regardant l'homme comme un règne à part, on est, par le fait, dispensé d'appliquer à son étude les mêmes règles qu'à la zoologie; mais en prouvant qu'il rentre dans la série animale, nous avons implicitement prouvé qu'il fallait le soumettre aux mêmes lois. La science ne peut avoir deux procédés différents ; elle doit suivre les mêmes voies dans les mômes choses pour arriver à des résultats comparables. » Comment M. Pouchet pourrait-il parler autrement, quand il affirme que l'ordre des himanes est une pure création de cabinet, qu'il n'existe pas dans la nature, que l'homme constitue une simple famille dans l'ordre des quadrumanes, qu'étant essentiellement frugivore, il a dû comme les singes marcher primitivement à quatre pattes ! Quel excès d'irrévérence et d'aveuglement antihumanitaires. Quelle bêtise aussi ! Les fruits ne sont pas des herbes, ils sont portés par des arbustes ou des arbres ! Mais la haine de

PREUVES DIRECTES DE l'uNITÉ DE l'eSPÈCE IIUMAn'E, 571

la vérité religieuse fait perdre tout esprit et soiivent toute raison.

La méthode de comparaison et de déduction de l'animal h. l'homme une fois admise, la question de l'unité de l'espèce humaine est décidément vidée, car les variations des diverses races humaines sont incontestablement de même ordre que les variations des races domestiques animales. C'est ce qui résulte jusqu'à l'évidence de la discussion approfondie établie par un grand nombre de naturalistes, et en particulier parM. deQuatrefages {Leçons d'Anthropologie. Bemie des cours scientifiques, année 1869, p. 62S et suivantes) ; nous ne pouvons ici qu'énumérer les résultats généraux.

Caractères extérieurs. — Taille, volume, proportions des membres. Chez l'homme, comparé au chien, au mouton, au cheval, les variations linéaires sont doubles, et les variations de volume cinq fois plus grandes que chez l'homane : voici les chiflres véritables : chien de 1 à 5; mouton de 1 à 3; cheval de 1 à2 et plus; homme, Boschimen et Patagon, de 1 à 1,3. On constate chez les singes, dans les proportions des membres supérieurs aux membres inférieurs, des variations du simple au double, tandis que chez l'homme, en diminuant seulement de cinq centimètres les membres supérieurs, on produirait une véritable monstruosité. Même en admettant que certaines races humaines aient une queue, ce qui n'est pas, l'homme resterait soumis à la loi fondamentale ; les variations de cette queue seraient bien moins étendues que chez les espèces animales, le chien, par exemple, et le mouton : l'homme à l'état d'embryon a d'ailleurs une queue aussi longue que celle du chien à la même époque.

Peau. En général, la peau est appliquée sur le corps qu'elle

isole du monde extérieur, et protège contre les influences de milieu ; parfois, cependant, la peau se traduit en replis plus ou moins accusés; elle seprolonge en fanons comme chez certaines races de bœufs ou de chèvres. Chez l'homme, on ne voit rien de semblable; le tablier des femmes hottenlotes ou boschimen tombant depuis l'abdomen jusqu'à la cuisse n'est qu'un accident qu'on trouve au moins à l'état rudimcntaire chez les races les plus éloignées. La palmure prolongée entre les doigts de la peau des mains, que l'on observe chez une certaine race nègre, se retrouve chez beaucoup de mains de blancs. On la constate dans la patte du chien de Terre-Neuve, qui ne l'a pas toujours présentée, et qui est en tous cas une race récente, formée sous l'influence de l'action de l'homme.

La composition intime de la peau est, du reste, si essentiellement la même chez toutes les races humaines, que M. Flourens n'a pas hésité à tirer de l'examen le plus consciencieux cette conclusion péremptoire : « Lorsque nous comparons brusquement et sans intermédiaire la peau de l'homme blanc à celle de l'homme noir ou à celle de l'homme rouge, nous sommes trèsportés à supposer pour chacune de ces races une origine distincte; mais si nous passons de l'homme blanc à l'homme noir ou à l'homme rouge par le Kabyle, par l'Arabe, par le Maure, et si nous faisons surtout attention aux parties colorées de la peau dans l'homme de la raceblanche, ce n'est plus la différence, c'est l'analogie qui nous frappe... L'iinatomie comparée de la peau nous donne, par l'analogie profonde et partout inscrite de la structure de cet organe, la preuve directe de l'origine commune des races humaines et de leur unité première. » M. Gubler a observé et montré en plein amphithéâtre, sur l'enveloppe cutanée de la cervelle d'homme blanc, la coloration noire que l'on croyait être caractéristique dç la cervelle de l'homme noir

PREUVES niRECTES DE l'u.MTÉ DE l'eSPÈCE HUMAINE. 57î>

L'homme, au ()oint de vue de la peau, présente quatre types fondamentaux, blanc, jaune, rouge, noir; certaines espèces ani" maies, la poule, par exemple, présentent les mêmes nuances; ^ il existe en plus, chez les chevaux, des chevaux blancs à peau noire et des chevaux noirs à peau blanche. Les variations de couleur de race à race sont autant ou même plus marquées chez les animaux que chez l'homme ; et cependant la peau de Fhomme est nue au moins pour le visage, chez presque tous les hommes, et exposée à toutes les influences atmosphériques, surtout à l'action des rayons actiniques de la lumière que la photographie a rendue si manifeste. En outre, les couleurs rouge ou noire ne sont pas exclusives de certaines grandes races bien définies; on les rencontre chez des individus dont le type est évidemment caucasique, sémitique, arabe, juif. Les Turcs envoyés par Sélim en Nubie, après la conquête de l'Egypte, sont restés caucasiens, et cependant ils sont noirs comme des nègres. C'est môme l'existence en Afrique de nègres caucasiens, qui seraient des blancs si l'on pouvait dénoircir leur enveloppe cutanée, qui a conduit le plus acharné des polygénistes, M. Bory de Saint-Vincent, à se rapprocher, dans sa classification des races et des nouvelles divisions humaines, du récit contenu dans le dixième chapitre de la Genèse.

Puisque, dit M. Prener-Bey, toutes les races, sans exception, ont, d'après M. Flourens, pour produire la coloration le même organe composé des mêmes éléments, une cellule qui secrète plus ou moins de matière colorante, il n'est pas étonnant que certaines influences puissent exalter, amoindrir ou modifier les fonctions de cet organe commun à tous. On a vu des enfants tout à fait noirs naître de blancs, comme on a vu et comme on voit des albinos jusque chez les Cafres.

Villosités. Qu'on envisage les villosités au point de vue de

leur quantité, deleurdéveloppcment, deleur coloration, deleur structure interne, on trouve toujours et partout dans les races animales, et d'autant mieux que les investigations deviennent plus précises, des exemplesde variations beaucoup plus grandes que chez l'homme. M. Trémaux a signalé à l'Académie des sciences, chez deux tribus voisines et de même race, ce contraste vraiment extraordinaire : chez l'une, plus civilisée, l'homme a des cheveux lisses et le mouton de la laine; chez Vautre, plus barbare, l'homme a des cheveux laineux et le mouton est couvert de poils. {Comptes rendus, \o\.\W, p. 391.') Isidore Geoffroy Saint-Hilaire a signalé lui-même ce fait très-frappant, que la couverture du mouton est d'autant moins du poil et d'autant plus de la laine que le peuple chez lequel on le trouve est plus près de la civilisation.

Caractères A>ATO.MiQUES. — Vertèbres. La variation du nombre des vertèbres n'est jamais chez l'homme qu'un fait individuel, ou tout au moins très-restreint, qui n'a jamais caractérisé une race. Même en ne tenant pas compte de la queue où la variation pour l'animal peut atteindre de 1 à 10, et en comparant, région par région, pour un écart de 1 chez Ibomme on trouve un écart de 2 chez l'animal; les limites sont donc deux fois plus étendues pour ce dernier.

Tête et face. Blumenbaclî constatait déjà qu'entre une tête de sanglier et une tête de cochon la différence est bien plus considérable qu'entre une tête de blanc et une tête de nègre : il en est de même pour les chèvres, pour les moutons et même pour les bœufs. Il existe dans l'Amérique du Sud une racebovineappeléeniafaou gnata, bœuf camard, qui réalise en l'exagérant le type boule-dogue. L'existence de cette race ou type, relativement très-récente, qui tendait tant à se multi-

PREUVES DIRECTES DE l'UNITÉ DE l'eSPÈCE HUMAI?JE, o75

plier qu'il a fallu lui faire une guerre à mort, a été solennellementreconnueparM. AndréSanson qui, cependant, confondant la notion de race avec la notion d'espèce, professait envers et contre tous l'impossibilité d'une race nouvelle ou d'un type nouveau. Ce bœuf se distingue par l'excessive brièveté de la face ou des os propres du nez, par l'absence de cornes, la forte saillie du chignon, la grande largeur du frontal et la ligne nasale rentrante.

Jamais aussi on ne rencontre dans la face humaine les différences de profil qu'on rencontre chez certaines races domestiques de canards ou de pigeons.

Crâne et cerveau. 11 suffit de rapprocher deux crânes de nègre et de blanc les mieux caractérisés des crânes des types extrêmes : de poule, poule fermière et poule huppée ; de chien, levrette et boule-dogue; de bœuf, races bretonne et gnata, pour se convaincre que les limites des variations sont bien plus étendues chez ces trois espèces que chez l'homme. Chez toutes les races humaines, quel que soit le charnier que l'on explore, on retrouve les quatre formes principales du crâne humain : rond ou brachycéphale, long ou dolichocéphale, moyen, ni long ni rond, oumésaticéphale,et même des microcéphales. Il existe, d'ailleurs, chez l'homme une tendance étrange à modifier le crâne par une aclion mécanique ou autre pour créer : tantôt une tête pointue, un front élevé et fuyant, tantôt une lèle plate et large, un front déprimé, etc., etc. Si Ton considère l'aire ou surface du crâne, les différences chez l'homme ne dépassent pas 0,04 ; chez le chien, elles sont incomparablement plus grandes. Si l'on considère la capacité du crâne, la différence chez l'homme est 0,09 seulement, et encore est-elle plus grande d'individu à individu que de race à race ; tandis que la différence de volume entre le crâne du boule-dogue et celui

du barbet est cinq fois plus grande. Si Ton considère le poids du cerveau, on constate que la différence entre le maximum et le minimum extrême ne dépasse pas 0,2i2 ; le rapport entre le j)oids du cerveau du Boscliimcn et celui de TAnglo-Saxon est de 0,822 ; pour les extrêmes de la plupart des races animales, le cheval, le chien, etc., cette différence ou ce rapi)ort sont exprimés par des nombres incomparablement plus grands. En outre, dans la série des crânes, rangés par ordre de \olume, lesGafreset les indigènes américains arrivent immédiatement après les Anglais ; les Allemands viennent seulement après les Esquimaux; au dernier rang figurent les Indous, race blanche qui a donné tant de preuves de sa valeur relative et absolue. Ce rapprochement est très-propre à faire toucher du doigt linsignifiance du volume du cerveau en tant que mesure du développement intellectuel des diverses races.

Caractères physiologiques. — Force musculaire. La force des bras varie de 50 kilogrammes pour le Tasmanien à 71,1 pour l'Anglais; la force des reins, de 10 myriagrammes à 16,3. Soumises à des expériences analogues, les races animales, même en tenant compte des différences de taille, occasionnent certainement des différences incomparablement plus considérables.

Génération. Partout la femme est féconde, et féconde en toute saison ; la fécondité moyenne est sensiblement la même ; jamais elle ne présente ces différences énormes et constantes de 2 à 0 que Ton constate entre les races du mouton Mauchanip et du mouton chinois, par exemple.

Caractères psychologiques. — Instinct et intelligence L'homme par son influence transforme et parfois renverse les instincts des animaux : le sanglier est un animal nocturne, le cochon

PREUVES DIRECTES DE l'uIXITÉ DE l'eSPÈCE HUMAIiS'E. 577

est un animal diurne; le chien sauvage chasse à courre, rhomme a créé des races de chiens qui arrêtent naturellement ; l'animal sauvage neVaccouple qu'une ou deux fois l'année ; l'animal domestique, comme l'homme, s'accouple incessamment. On retrouve chez tous les hommes, sous des formes simplement variées, les mêmes tendances ou aptitudes individuelles et sociales, du moins à l'état rudimentaire ou latent : intelligence, discernement du juste et de l'injuste, instinct de la propriété, sentimentde fraternité, paroleetécriture, idée delà divinité, etc. Un changement de milieu, de relations et d'éducation, suffit pour les développer pleinement.

31. Pouchet ose renouveler le défi jeté en ces termes par un Américain, slaviste acharné, M. Gilddon : Qu on me cite une seule ligne écrite par un nègre et digne de mémoire (\). Comment comprendre tant d'audace en présence de cette déclaration solennelle de M. Flourens [Eloge de Blumenhaclî) : « L'esprit humain est un? Malgré ses malheurs, la race d'Afrique a eu des héros en tout genre. M. Blumenbach compte parmi elle les hommes les plus humains et les plus braves, des écrivains, des savants, des poètes; il avait une bibliothèque toute composée de livres écrits par des nègres. » Les Américains devraient vraiment être plus modestes et moins négrophobes; ils devraient comprendre que le profond mépris témoigné par eux de tout temps h la race

(l) Je ne sais vraiment ce qui doit le plus nous étonneret nous effrayer, de la mauvaise foi ou de l'audace de nos adversaires. Après avoir dit des Esquimaux :«Ilsne sont pas stupides voilà tout; on ne peut pas dire d'eux: malins comme des singes, » M. Pouchet cite ailleurs ce témoignage de sir John Ross : « Les Esquimaux Inniuts sont à peu près tous géographes, et bons gi'Ographes. Quand on mettait dans leur main un crayon et du papier, dont cet les ils ignoraient l'usage, ils dessinaient avec exactitude les baies, les rivières, les iles, les lacs de leur pays, ainsi que les endroits précis où ils avaient campé dans leurs migrations précédentes. Jamais singe, quelque malin qu'il soit, n'en pourrait faire autant. »

noire suffil à lui seul pour expli([uer son infériorité relative. Qu'ils consentent à l'émanciper pleinement et ils trouveront dans elle de profonds hommes d'Etat.

Les sœurs fran(;aises de la Charité ont eu l'heureuse pensée d'acheter les petites négresses exposées sur les marchés de Tunis, du Caire, d'Alexandrie, pour les arracher à l'esclavage et trop souvent à la mort ; elles ont ainsi formé des élablissements qui iront sans cesse, nous l'espérons, en se multipliant. Là, ces petites filles se sont toutes montrées très-douces, très-intelligentes : quelques années d'une éducation chrétienne et fort simple suffisent pour faire pénétrer profondément dans l'ànie de ces enfants l'amour de Dieu, la reconnaissance, l'ardeur au travail. Mgr de Châlons, qui a eu entre les mains la correspondance d'un homme de bien avec ces jeunes négresses achetées trente ou quarante francs , aftîrme qu'elles sont pleines de la reconnaissance la plus tendre...

Le croirait-on? en preuve de la pluralité des races, M. Pouchet invoque le témoignage de missionnaires très-rares, qui auraient rencontré des peuplades isolées sans aucune idée d'un être divin! 11 appartiendrait donc aussi à une autre race, lui et ses nombreux amis qui combattent à outrance, non-seulement la création, le miracle, mais même toute causalité ou finalité quelconques, parce qu'elle serait une sorte de prévision divine, et que tout ce qui arguerait un Dieu placerait le monde sous une tutelle indigne de lui !

Au moment où j'écris, un de ses confrères en science et en journalisme, qui a fait à la Faculté de médecine de Paris les mêmes études que lui; qui, comme lui, s'est fait ennemi personnel de Dieu, M. A. Regnard, déclare avec beaucoup de hauteur et de colère que l'idée révolutionnaire dont il veut assurer le triomphe fait coi'ps avec l'idée philoso-

PREUVES DIRECTES DE l'uNIÏÉ DE L ESPÈCE HUMAINE. 579

piiiQUE DE l'athéisme, et appelle tous les ministres de la religion catholique une engeance qu'il faudra faire disparaître avec ses établissements, ses personnes et ses choses. (Journal La Patrie en danger de M. Blanqui, septembre 1870. ) Ces ultra-civilisés, ces prétendus coryphées de la science ont perdu volontairement toute notion de la divinité, et parce que cette notion, chez certains peuples sauvages, est tombée à l'état latent, ils ne veulent pas que ces sauvages soient des hommes comme nous. En les faisant étrangers à notr^ espèce humaine, ils oseraient même faire contre nous de la science de sentiment. «Quel est le plus raisonnable, dit M. Pouchet, le plus digne, le plus consolant, de ne voir autour de nous que des frères déshérités , dégradés, dégénérés, couvrant les neuf dixièmes de la surface du globe ; ou de considérer toutes ces existences comme formant des espèces différentes, poursuivant elles aussi leurs destinées... ? L'esprit n'est pas choqué, et ne peut l'être, de voir certaines créatures posséder, à l'exclusion des autres, telles ou telles facultés... Dans cette belle race de l'Amérique du Nord, nous verrions non des ramas de maniaques et de fous amenés à cet état par la misère et la malédiction de Dieu, mais des hommes autrement doués que nous, plus en rapport avec la nature qu'ils animent, ayant sans doute leurs imperfections comme nous avons les nôtres, mais nous donnant aussi l'exemple de qualités exquises : fermeté, courage à toute épreuve, patience sans bornes et, avant tout, un amour effréné de leur liberté. Les blancs et les noirs savent être esclaves, l'Américain n'a jamais servi un maître. » {Pluralité des races humaines, p. 107.)

Celte théorie est spécieuse sans doute, mais elle ne repose sur aucun fondement solide. Et d'abord la dégénéresce nce d'Hfle

580 LES SPLL^UELIKS IIH LA 101.

espèce ou d'une race est un fait (lui ne dépend pas dos spéculations et des volontés humaines. Il faut lerinei' les yeux à l'évidence pour ne pas reconnaître que la terre entière est peuplée de î^roMpeshumains réellement dégradés, venus d'un centre de civilisation pour retomber dans la barbarie. M. Pouchet admet implicitement que ces différentes espèces humaines sont autochthones, dans la signification rigoureuse du mot, qu'elles sont apparues là où on les rencontre ; or toutes les recherches des voyageurs et des historiens n'ont pas amené encore à constater l'existence d'un seul peuple autochthone. Ainsi que nous l'avons déjà affirmé, la terre entière a été peuplée par dispersion, par migrations successives d'un premier et unique centre de création. En outre, et M. Pouchet sera forcé d'en convenir, si les hommes ne forment pas une seule espèce, ils n'auront pas les mêmes origines, ils ne descendront plus d'un seul et même père commun, ils ne seront plus frères ; et tous les esprits élevés de l'humanité et de la science se berçaient d'illusions quand ils invoquaient les grands principes de la frater- ,nité universelle des nations, des peuples, des individus. Par là même qu'il serait établi que les nègres et les Indiens de l'Amérique ne sont pas hommes comme nous, triais bien des entités spéciales poursuivant un but qui est le leur et non pas le nôtre (p. 133), l'Anglo-Américain est pleinement en droit d'asservir le noir et d'en faire une bête de trait ou de somme, et de traquer les Peaux-Rouges s'ils osent résister à l'envahissement de leur territoire.

Combien sont plus nobles et plus consolantes les doctrines monogénistes de la Révélation chrétienne! Nos frères, nos pauvres frères des races jaune, brune, noire, rouge, ont tous Dieu pour créateur et Adam pour père ; tous ont la même origine et la même lin dernière que nous, tous sont appelés au

PREUVES DIRECTES DE l'UNITÉ DE l'eSPÈCE HUMAINE. 581

ciel et à Téternel bonheur. Ils sont déchus, il est vrai, mais nos ancêtres étaient déchus aussi, et la bonté divine qui les a conviés à la civilisation et à la foi, offre de même la civilisation et la foi aux peuples les plus abandonnés. Jésus-Christ leur frère, qui est mort pour les racheter, commande à ses apôtres d'aller les enseigner, les baptiser, leur apprendre à garder ses lois saintes. A la dispersion des enfants de Noé a succédé la dispersion des hérauts de rÉvangile, et la fin du monde ne viendra pas que le nom de Jésus n'ait été porté à toutes les extrémités de la terre, et entendu de toutes les nations.

La dégradation des individus et des peuples est, hélas! une loi fatale de l'humanité, une conséquence de la liberté, apanage nécessaire de l'être raisonnable. Mais une origine commune, une nature commune avec des attributs communs, voilés ou latents peut-être, mais toujours prêts à s'éveiller, une destinée commune sont des faits divins, qui ne tendent à rien moins qu'à faire de tous les hommes des enfants ou créatures de Dieu, et des dieux. Ego dixi dii estis !

Âh! si l'anthropologie, sifière d'elle-même quoiqu'elle n'ait encore fait que démolir ou renverser, prenait son rôle au sérieux ; si dans une contrée parfaitement salubre, au sein d'une ville bien bâtie et bien aérée, elle installait une grande école d'expérimentation où elle réunirait, pour les faire nourrir et élever par des mères choisies, plusieurs couples d'enfants bien conformés, pris au sein des races en apparence les plus déchues, elle arriverait dès la première génération à faire resplendir au grand jour l'ideniité essentielle de tous les hommes, au point de vue physique, physiologique et psychologique. Après quelques générations nées d'unions entre des individus des mêmes races, et sans qu'on eût eu recours aux croisements entre races, on verrait s'effacer peu à peu,

pour dispamilre eiitin, les différences, en réalité très-secondaires, (jue Ton a raiidace d'élever à la hauteur de caractères d'espèces, tandis qu'elles ne sont en réalité que des caractères de races, dont la source évidente est l'hérédité servie par les milieux pris dans leur signification la plus générale.

Caldani raconte qu'un nègre, amené très-jeuneàVenise, avait tellement changé de couleur qu'il n'était pas plus brun qu'un Européen affecté d'une jaunisse. Pritchard dit que, dès la troisième génération, les noirs qui vivent dans les maisons aux États-Unis ont le nez moins épaté, la bouche et les lèvres moins saillantes, les cheveux plus longs, etc. Mais la fausse science hait la lumière.

Les langues et Vunilé de V espèce humaine.

Rien en apparence ne différencie plus les races humaines, et ne tend à les constituer à l'état d'espèces distinctes, ayant chacune une souche ou origine propre, que la multiplicité et la variété infinie des langues parlées par elles. Je dois même consigner ici, pour l'instruction de mes lecteurs, un fait profondément douloureux.

Le Dictionnaire des Contemporains, de M. Vapereau, raconte qu'un prêtre belge, ancien élève de l'Université catholique de Louvain, que j'ai beaucoup connu et aimé, philologue jouissant de quelque renommée, après s'être efforcé, pendantlongtemps, de concilier la foi avec la science, est arrivé, vaincu, dit-il, par ses études de philologie comparée, à se convaincre de la pluralité originelle des races humaines; et, parce que cette pluralité est contraire aux enseignements de la Genèse, au dogme chrétien, il s'est déterminé à s'abstenir de toutes fonctions ecclésiastiques, c'est-à-dire qu'il a fatalement apostasie. J'ai voulu le revoir, et lui demander à lui-même les arguments sur

LES LANGUES ET lYmTÉ DE l' ESPÈCE IILMALNE. 583

lesquels il s'est appuyé pour se laisser entraîner à une démar che si extrême, et arriver à rompre avec une religion qui a fait sur une si immense échelle ses preuves éclatantes de divinité. Il m'a apporté une conférence faite par lui le 3 mars 1868 et qui a pour titre : La pluralité originelle des races humaines démontrée par la diversité radicale des organismes syllahiques delà pensée. [Revue de linguistique, avril 1868, p. 432.) JeTai lue attentivement ; la question traitée est évidemment de ma compétence, puisque j'ai consacré de longues années à l'étude des langues, et que j'ai appris la signification des mots racines de douze idiomes principaux, parmi lesquels le sanscrit, l'hébreu, l'arabe, le grec, etc., etc.; or, et je regrette viven>ent d'être forcé de l'avouer, le pauvre M. Ghavée se berce de mots, de mots sonores, de mots sans signification précise, comme ceux d'organisme sgllabique de la pensée, de formes et de force cérébrales d'une race, de fait et de loi morphologique des verbes simples, de fait et de loi morphologique du pronom, d'étoffes lexiques, etc. Mais nulle part je n'ai trouvé la démonstration scientifique tant promise; j'ose même affirmer qu'elle n'est nullement faite, et que la conclusion à tirer de la discussion de M. Cliavée est en réalité beaucoup plus conforme que contraire au récit de la Genèse.

Les bases mêmes de ses arguments, d'une part la langue indo-européenne, d'autre part la langue sgro-arabe, sont contradictoires à sa thèse. Que signifient, en effet, ces dénominations, langue indo-européenne, langue syro-arabe? 1° Qu'il existe d'une part une langue commune à tous les peuples réunis sous le nom d'Indo-Européens, et qui, dans la théorie de M. Ghavée, accuse invinciblement l'origine commune d'une grande famille de peuple, la famille japhétique (Yhomo Japeticus de Bory de Saint-Vincent), et qui comprend les Ghinois, les Javanais, les Perses, les Grecs, les Italiens, les Germains,

liH't LES SPLENDEURS DE LA FOI.

les Scandinaves, les Celtes, les Slaves, les Anglais, etc., etc. ; 2" qu'il existe, de même, une langue commune à une seconde grande famille de peuples, la famille de Sem, qui comprend les Clialdécns, les Syriens, les Assyriens, les Arabes, les Abyssins, les Phéniciens, etc., etc. : d'où l'on pourrait conclure par analogie qu'il existe une troisième langue égypto- africaine, commune à une troisième grande famille, la famille de Cham, qui comprend les Egyptiens, les Libyens, les Kabyles, les Thouaregs, les Ethiopiens, les Bucliaris, les Africains, etc., etc.

11 est donc acquis d'abord que les bases des raisonnements de M. Chavée, « langue indo-européenne, langue syro-arabe, » impliquent l'unification d'origine d'un très-grand nombre de peuples , et leur unification dans le sens du récit de Moïse, c'est-cà-dire leur groupement en trois familles, japhétique, sémitique et cliamique.

Tout récemment, dans une des dernières séances de la Société d'anthropologie, un polygéniste exagéré, M. le docteur Berlillon, osa révoquer en doute cette dérivation, cette filiation évidente des langues indo-européennes. Or, 31. Chavée, qui était présent, ne se contenta pas de lui répondre que cette origine commune est aujourd'hui un fait universellement admis; il lui opposa un argument ad hominem très-concluant, et qui jettera un grand jour sur la thèse que nous aborderons bientôt, l'unité de souche ou d'origine de toutes les races humaines démontrée par la comparaison des langues qu'elles parlent. « Si nous prenions trente exemplaires du discours de M. Bertillon, et si nous versions d'une certaine hauteur le contenu d'un encrier sur la première page de chaque exemplaire, l'encre couvriraitelle les mêmes lignes sur chaque exemplaire? Non, assurément, et la situation, la forme, l'étendue des taches noires varieraient pour chaque reproduction de celte première page.

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N'est-il pas évident, d'après cela, qu'en réunissant les lignes épargnées sur chacun des exemplaires maculés, nous arriverions facilement à reconstituer en entier notre texte...? Cette restitution serait-elle une hypothèse? Personne n'oserait le soutenir. Ce serait bien un fait évident, incontestable. Or lorsque étudiant dans leur structure les divers éléments des neuf langues sœurs indo-européennes, nous retrouvons épars dans chacune d'elles quelques-uns des vocables qui, anéantis chez les unes, ont survécu chez les autres , mais qui à l'origine formaient par leur ensemble un tout harmonieux, et lorsque, nous disons : cet ensemble était une même langue, la langue mère qui a donné naissance à celles que parlent et ont parlée les races indo-européennes, l'ariaque, en un mot, faisons-nous autre chose qu'une restitution analogue à celle que je faisais tout à l'heure?» [Revue des cours scientifiques, septembre 1870, pages 532 et 534.)

Constatons avec bonheur que, dans cette même séance, M. Chavée s'était déclaré autorisé à dire « que la science posi-

. tive du langage nous oblige à admettre entre l'homme et les singes une distance énorme; à rejeter l'homme hors de l'ordre des primates pour en faire un règne à part, le régne humain, le règne du verbe. » Peut-on être plus catholique ?

Dans tout ce qui précède, évidemment M. Chavée n'a pas séparé, mais il a uni, ou, s'il sépare, il sépare dans l'esprit de la Révélation, en distinguant explicitement deux, et implicitement, sans doute, trois grandes familles humaines, les

. familles de Japhet, de Sem et de Cham. Jusqu'ici donc, il est purement biblique. Il est biblique encore, très-biblique, quand il dit nettement (page 434) : « Vous pouvez vous passer la fantaisie d'admettre que les Syro-Arabes ont parlé jadis la langue des Indo-Européens ou Aryas, et vice versa . que les Sémites ont parlé la langue des Indo-Européens. »

586 Liis si'i.i:.MH:i us dk i..\ foi.

11 nous accorde donc (jinl put y avoir un lemps où Japhot, Sem et Cham,lcs trois fils de Noé, parlaient une seule et même langue, un temps où sur la terre il n'y avait qu'une lant^ne et une seule manière de la parler ; or, nous ne voulons ou plutôt la Révélation ne veut rien de plus.

Il est bien vrai que M. Ghavée, revenant à ses grands mots, va essayer de prouver par la comparaison des deux langues aryane et sémitique que Vunité organique, qu'il nomme sv^stème lexique grammatical des Sémites ou Syro-Ârabes, diffère essentiellement d'avec cette autre unité vivante qu'on appelle le système lexique et grammatical des peuples aryens ou indoeuropéens; et que de cette dualité des effets bien établie, il résulte forcément la dualité des causes ou des origines cérébromentales. Mais c'est jouer tristement sur les mots effet et cause ; peut-on dire que la langue soit réellement l'effet de la race ou que la race soit la cause de la langue? Des hommes très-éminents pensent que l'homme ou les hommes ne peuvent pas inven ter le langage. Mais admettons, avec Guillaume de Humboldt, que les langues sont le résultat nécessaire et spontané tieTorga- DÎsation humaine, ou avec Gharles Nodier que les langues sont Tœuvre des facultés de rhomme agissant; comment démontrer que, pour créer les trois langues principales, il n'a pas suffi des différences d'organisation qui caractérisent les trois races de Japhet, de Sem et de Cham, et qu'il a fallu nécessairement des espèces réellement différentes ?

Plusieurs auteurs veulent que la confusion de Babel ait consisté dans une sorte de révolution physique et intellectuelle qui aurait constitué à la fois ,par un miracle de la toute-puissance divine, l'humanité en races distinctes, ayant chacune et leurs caractères essentiels et leur langue propre. Lorsque la sainte Écriture {Genèse, chap. x) nous apprend comment la terre fut partagée entre les trois enfiints deNoé, Sera, Cham et Japhet,

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elle a soin, après chaque dénombrement, de le résumer dans cette phrase solennelle et significative : « Ce sont la les enfants DE Japhet (de Sem, de Cham), suivant leurs langues, leurs PAYS ET leurs POPULATIONS. )) Suivant leurs langues, langues confondues, tellement confondues que les tribus ne s'entendent plus l'une l'autre; langues propres à chaque tribu, dont il n'est nullement dit qu'elles soient dérivées de la langue primitive commune à toute la descendance de Noé, ou qu'elles aient conservé avec cette langue primitive des rapports de nature à mettre un jour en évidence leur filiation commune ; de telle sorte que rien, dans le texte sacré, ne nous empêcherait d'accepter cette assertion exagérée et ambitieuse deM. Renan dans son Histoire des langues sémètiques, page 467 : « Si les planètes sont peuplées d'êtres organisés comme nous, on peut affirmer que l'histoire et les langues de ces planètes ne diffèrent pas plus des nôtres que... la langue chinoise ne diffère... de la langue sémitique.» A plus forte raison pouvons-nous accepter, dans les termes mêmes par lesquels il l'exprime, la conclusion de M. H. Chavée ainsi formulée, page 455 : « En prouvant que chacune des deux (trois) races créatrices (qui dit races dit unité et non pluralité d'espèces) a opéré les combinaisons premières et les plus indispensables des étoffes lexiques (pronoms et verbes), d'après des procédés propres et parfois diamétralement opposés à ceux de l'autre race, j'ai démontré scientifiquement, par des faits sans cesse vérifiables d'histoire naturelle du langage, la diversité originelle (ce mot est de trop ou mal choisi, il fallait dire la diversité actuelle, au moment de la création spontanée des étoffes lexiques, puisque M. Chavée a admis plus haut, p. 434, que les Indo-Européens et les Syro-Arabes pouvaient avoir parlé jadis la même langue, comme le veut la sainte Écriture), et par conséquent de l'organisation cérébraledans l'une et l'autre race; j'ai prouvé que les Aryens (Japhé-

OOC LES SPLE>'DEURS DE LA FOI.

tiques) et les Sémites (et les Cliamites) sont deux variétés (qui dit variétés dit même espèce, et pourrait dire même race d'une même espèce; c'est donc une espèce, unique : mentita est iniquitas sibi) ; j'ai prouvé la pluralité originelle (lisez actuelle, au moment de la création spontanée des étoffes lexiques) des races (ce qui est encore l'unité d'espèce) humaines. »

On le voit, enlevez ou interprétez dans le sens assigné expressément par ^I. Cliavée lui-même ce mot originelle, et sa proposition dernière sera l'énoncé très-clair, très-orthodoxe du dogme chrétien qu'il prétend combattre. 11 a été bien maladroit d'apostasier, alors que nous aurions pu, nous son ami, pour lequel il a conservé quelque affection et quelque estime, lui obtenir sans peine, de la cour de Rome ou de la Congrégation de l'Index, l'autorisation pleine et entière d'enseigner librement et impunément ses théories linguistiques. Quelle folie et quel malheur de s'évanouir ainsi dans ses propres pensées! Et combien Cicéron avait raison quand il exprimait la terreur que lui inspirait l'homme d'un seul livre (Jimeo hominemunius libri), ou plutôt d'une seule idée, d'une idée fixe !

Il n'y a pas que la philologie comparée au monde, il y a la tradition, l'histoire, l'ethnographie, l'histoire naturelle, l'anatomie, la physiologie, et toutes ces sciences, nous l'avons vu, affirment plutôt qu'elles ne combattent, non-seulement l'unité d'espèce, mais l'unité de souche de la grande famille humaine, défendue en outre, nous l'avons vu aussi, par le témoignage imposant delà majorité des savants illustres, et même, comme nous le verrons tout à l'heure, de la majorité des philologues célèbres. M. Georges Pouchet, dans son audace et son outrecuidance, a osé dire, page 114 : «La linguistique a eu ses monogénistes et ses polygénistes. Les premiers ont dû céder, écrasés par le nombre et la supériorité de leurs adversaires.

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On n'en compte plus, et le champ est resté libre aux seconds qui affirment de par leurs études les origines multiples du langage humain, laissant les conséquences à déduire ou les déduisant eux-mêmes, w Mais, le croirait-on, en preuve de son affirmation M. Pouchet n'invoque que deux noms ou deux autorités, celles précisément que nous venons de discuter et dont on a vu le néant, MM. Renan et Chavée, deux renégats de l'Église catholique, deux balais de sacristie révoltés !

Nous ne pouvons pas exposer ici en détail les preuves innombrables de l'unité d'origine adamique de l'homme puisée dans la philologie comparée par laquelle on essaye en vain de la combattre, mais ces preuves ont été très-admirablement développées par l'illustre et pieux cardinal Wiseman, linguiste très-éminent, dans deux conférences célèbres faites à Rome, en présence d'un auditoire nombreux et choisi, sur l'étude comparée des langues; et je ne puis que les résumer rapidement; je le ferai avec ses propres paroles, empruntées à l'édition de M. l'abbé Migne, Démonstrations évangèliques, t. XV, col. 1 et suivantes.

Constatons cependant, une fois encore, que les livres saints parlent de confusion absolue des langues, au moins pour les langues des trois races principales ou primitives, japhétique, sémitique, chamique, de sorte qu'il n'est nullement nécessaire qu'il y ait entre ces trois langues des liens ou rapports attestant une origine ou une dérivation commune. Et, par conséquent, la démonstration du cardinal Wiseman est à ce point de vue surabondante ou superflue.

Il est d'ailleurs arrivé ici ce qui arrive toujours : une demiscience est impie, une science adulte et complète se fait involontairement chrétienne.

« La philologie comparée est une science relativement jeune, et cette jeune science (colonne 40) fut d'abord impa-

u90 LES SPLENDEURS DE LA FOI.

tiente du joug; ses premiers progrès semblaient directement opposés aux plus saines doctrines Graduellement pourtant , les langues se groupèrent en familles

largement et étroitement liées...; et Ton vit se réduire le nombre des idiomes primitifs qui avaient été la source des autres... Chaque recherche successive, loin d'arrêter cette marche de simplitication, est venue, au contraire, l'accélérer de plus en plus, en ramenant dans les limites des familles déjà établies de nouvelles langues considérées auparavant comme indépendantes, et étendant par conséquent le domaine des grandes masses. Enfin, quand le champ semblait presque épuisé, une nouvelle classe de recherches a réussi, aussi loin qu'on l'a essayé, à prouver des arfinités extraordinaires entre les familles ; et ces affinités existent dans le caractère même et Tessencede chaque langue, tellement qu'aucune d'elles n'a jamais pu exister sans ces éléments qui constituent la ressemblance. Or, ceci exclut toute idée d'emprunt que ces langues se seraient faites entre elles. Déplus, ces caractères ne peuvent s'être produits dans chacune par un procédé indépendant, et les différences radicales qui divisent ces langues doivent avoir été originairement réunies dans une seule, de laquelle elles ont tiré ces éléments communs, essentiels à toutes. D'un autre côté, la séparation, qui a détruit en elle d'autres éléments non moins importants de ressemblance, ne peut avoir été causée par un éloigneraent graduel ou un développement individuel; car, de l'aveu de tous les maîtres de la science, de Guillaume de Humboldt et autres, les langues n'ont pas de tendance à se développer et à se perfectionner. Aucune nation ne produit de germe nouveau et n'emprunte rien à ses voisines... Exiger des siècles pour leur développement, c'est mentir à l'histoire; elles sortent comme d'un moule vivant... Mais une force active, violente, extraordinaire suffit pour con-

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cilicr ces apparences opposées, et pour expliquer à la fois et les ressemblances et les dissemblances... Il serait difficile (c'est toujours le cardinal qui parle), ce me semble, de dire ce ijue pourrait exiger encore le sceptique le plus opiniâtre ou le plus déraisonnable pour mettre les résultats de cette science en accord intime avec le récit de TEcriture.,. »

Son Eminence prouve ensuite, par le témoignage des illustrations de la philologie comparée, ce qu'il a invinciblement démontré par l'histoire, les faits et le raisonnement.

Alexandre de Humboldt : « Quelqiie isolées que certaines langues puissent paraître, quelque singuliers que soient leurs caprices et leurs dialectes, toutes ont une analogie entre elles, et leurs nombreux rapports s'apercevront mieux, à mesure que l'histoire philosophique des nations et l'étude des langues approcheront de la perfection. » {Asia polyglotta de Klaproth, p. 6.)

GouAxoFF, de l'Académie impériale de Saint-Pétersbourg : « La succession des faits antérieurs de Thisioire, en s'effaçaut avec les siècles, semble nuire à l'évidence du fait essentiel, savoir, celui de la fraternité des peuples. Or ce fait, le plus intéressant pour l'homme qui pense, s'établirait explicitement par le rapprochement des langues anciennes et modernes, considérées sous un aspect originaire ; et si jamais quelque conception philosophique venait multiplier encore les berceaux du genre humain, l'identité des langues serait toujours là pour détruire le prestige, et^cette autorité ramènerait, je pense, l'esprit le plus prévenu ! » [Discours sur Tétude fondamentale des langues, p. 61.)

Jules Klaproth : « L'affinité universelle des langues est environnée d'une lumière si éclatante, que tout le monde doit la regarder comme complètement démontrée. Ceci ne paraît explicable que dans l'hypothèse qui admet que des fragments d'une

langue primitive existent encore dans toutes les langues de l'ancien et du nouveau monde. « {Asia polyglotta, p. 10.)

Heideh : « Les alphabets des peuples présentent une analogie encore plus frappante; elle est telle que, à bien approfondir les choses, il n'y a à proprement parler qu'un alphabet. » [Mémoires de l'Académie de Berlin^ 1781 et 1783.)

Court de Gibelm, G. de Humboldt, le chevalier de Paravey affirment cette même identité.

Frédéric de Schlégel. Dans son petit traité, publié en 1808, sur la langue et la sagesse des Indiens, il exprime nettement •son opinion sur l'unité originaire de toutes les langues, et rejette avec indignation l'idée que le langage serait une invention de l'homme primilivemcni à l'état sauvage, amenée à un état de perfection graduel par le travail et l'expérience des générations successives. Il le considère, au contraire, comme un tout indivisible avec ses racines et sa structure, sa prononciation et ses caractères écrits ; caractères qui n'étaient point hiéroglyphiques, mais consistaient en signes exprimant exactement les sons qui composaient cette langue primitive. Dans son dernier ouvrage sur la Philosophie des sciences et des arts. Vienne, 1830, il va jusqu'à dire : « Avec le langage confié, communiqué et parlé immédiatement par Dieu à l'homme, par ce langage même, l'homme fut installé comme le gouverneur et le roi de la nature, ou, plus rigoureusement encore, comme le député de Dieu au sein de cette création terrestre, fonction sublime qui fait sa destination originelle. »

Herder : «U est extrêmement probable que la race humaine et aussi son langage remontent à une souche commune, à un premier homme, et non à plusieurs dispersés en différentes parties du monde. » {Mémoires de l'Académie de Berlin.)

Abel de Rémusat assigue pour terme aux études linguistiques la découverte de la confusion qui leur a donné naissance à

LES LANGUES ET l'u.MTÉ DE l'esPÉCE HUMAINE. 593

toutes et pour laquelle on a fait tant de vaines tentatives. {Recherches sur les langues tar tares, vol. I, p. 29.)

NiEBUHR, dans son Histoire romaine, première partie, cinquième édition d'Augsbourg, dit positivement du prodige de la confusion des langues : « L'admission d'un semblable miracle n'offense point la raison ; car, puisque les débris de l'ancien monde démontrent clairement qu'un autre ordre de choses existait avant l'ordre actuel, il est très-probable que cet ordre dura quelque temps dans son entier après la création, et qu'il subit à une certaine période un changement essentiel. »

Balbi fait, dans la première carte de son Atlas ethnographique du globe, la déclaration suivante : « Jusqu'à présent, aucun monument soit historique, soit astronomique, n'a pu prouver que les livres de Moïse fussent faux ; mais, au contraire, ils sont d'accord de la manière la plus remarquable avec les résultats obtenus par les philologues les plus savants et les géomètres les plus profonds. »

M. Maury, de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, a fait à la Sorbonne, il y a quelques années, sur l'origine commune des peuples, une conférence à laquelle nous empruntons ces paroles très-significatives : « Une langue d'Asie donna enfin le fil d'Ariane qui permet de sortir du labyrinthe (?)... La grammaire sanscrite fut comme le type auquel on rapporta toutes les autres grammaires. On s'aperçut que le grec, le latin, le russe..., se rattachaient à cette famille que, depuis, on a nommée indo-européenne. On découvrit que, en Europe, les principales langues parlées avaient pour type primitif le sanscrit... Mais il importait de savoir où l'on avait parlé cette langue sanscrite. Les brahmanes ne l'avaient pas inventée : LES langues ne s'invente.nt pas, elles SE CRÉENT. L'Indc avait été envahie par des peuples pasteurs de la Perse, les Aryas, qui y avaient importé leur idiome. Les rapports existant entre

les langues européennes et celle des Aryas donnaient lieu de penser que les iniporlaleurs des langues occidentales ont dû, par eux-mêmes ou par leurs descendants, habiter dans le voisinage des Aryas. Les langues se sont distrii)uées de Test à l'ouest, et ont perdu graduellement quelques-uns de leurs traits de parenté avec la langue primitive... En comparant les langues parlées en Europe, on retrouvait, sauf les modifications prévues, les mêmes mots avec les mêmes significations dans divers idiomes, à une époque où nulle communication entre les peuples parlant ces langues ne pouvait avoir eu lieu. L'existence de mots semblables démontrait l'origine commune des peuples... Un dernier résultat de l'étude philologique a été de révéler les émigrations formidables de l'Orient en Occident, accomplies pendant des milliers d'années..., dans la Gaule, dans l'Espagne, la Germanie, la Russie, etc. » [Moniteur universel du 22 avril 1864.)

L'abbé Leîsoir, très-versé dans l'étude et la comparaison des langues, d'une longue et savante discussion, insérée dans son Dictionnaire des droits de la raison da.ns la foi (collection de Migne, p. 1808 et suivantes), a tiré les conclusions suivantes qu'il regarde comme absolument certaines :

« 1° Dans l'étude comparée des langues, la marche du progrès a été incessante, non pas en direction de séparation, mais en direction d'unification, par groupes de plus en plus considérables et de moins en moins nombreux.

« 2° Déjà, dans l'état acluel des connaissances, il n'est pas de langue qui ne révèle des traits communs à toutes les autres, ou à plusieurs d'entre elles, soii en fait d'organisme grammatical , soit en fait d'éléments et d'organisme lexicologique. On connaît déjà un assez grand nombre de racines communes à toutes, dont les séries de transformations sont incontestables, ce qu'il est irès-diiliciJe pour ne pas dire im-

LES LAISGUES ET l'uMTÉ DE l'eSPÈCE HUMAINE. ^)95

possible d'expliquer, soit par des emprunts subséquents, soit par des hasards d'onomatopée (hébreu, chinois et sanscrit).

« 3° Non-seulement on trouve des choses communes à toutes les langues, mais encore aucune langue ou famille de langues ne se distingue par un caractère véritablement exclusif, et ne convenant qu'à elle. Il y a dans chacune quelque chose de ce qu'il y a dans toutes; et cela est vrai, des grandes classifications comme des idiomes considérés en particulier.

« 4° 11 n'est pas de groupes de langues si différents entre lesquels ne se posent des amphibies, tenant à peu près également de l'une et de l'autre, et formant la transition, en sorte que les différences s'échelonnent pour ne jamais laisser un espace de séparation vraiment vide.

« 5° S'il y avait distinction radicale de langue entre des races humaines, celte distinction aurait lieu avant tout entre les grandes divisions de la physiologie anthropologique , race blanche, race jaune, race rouge, race brune, race noire ; or il n'existe pas de familles d'idiomes <à organisme fondamental propre de chacune de ces races et communes à la race entière; il y a même dans toutes les races de toutes sortes de langues.

«6° Enfin, l'homme de toute race est susceptible d'apprendre et de parler toute langue, soit naturellement par l'éducation première, soit artificiellement par des études subséquentes. Il y a beaucoup de nations qui ont perdu leur langage primitif, pour en prendre un autre qui leur est devenu naturel. Il y a de ces changements entre familles à systèmes linguistiques les plus disparates. S'il y avait entre les hommes des espèces originairement distinctes, à organisme physique et intellectuel radicalement différent, chaque race ne seraitelle pas attachée à une langue, qu'elle parlerait forcément comme elle l'aurait forcément inventée? c'est ainsi que cha-

que espèce animale a sa voix propre. Ce n'est pas des différences qu'il faut lirerles ])iobal)ililt's, elles s'expliquent facilement parles forces de création de la nature humaine; il faut les tirer des ressemblances et des identités qui, quand il en existe, né serait-ce qu'à un degré peu considérable, deviennent inexplicables et incompatibles avec les sources de notre nature, sans le recours à la grande hypothèse de l'unité de souche primordiale. »

Ces propositions, dont la vérité ne saurait être révoquée en doute, sont évidemment la négation de la thèse de M. Chavée. De son côté, Schelcher, malgré ses idées préconçues contre l'unité primitive du langage, est forcé de reconnaître l'analogie des racines premières entre toutes les langues. Ces racines sont monosyllabiques, et leur homogénéité matérielle se découvre même chez des langues de diverses classes, monosyllabiques, agglutinatives, flexibles; ou mongoliques, indoeuropéennes, syro-arabes. Or, la communauté d'un certain nombre de racines ou même de mots entre toutes les langues entraîne nécessairement la communauté d'origine, d'après ce célèbre raisonnement mathématique de Young, l'illustre physicien et philologue anglais :

« Il paraît donc qu'on ne pourrait rien inférer, relativement à la parenté de deux langues, de la coïncidence de sens d'un mot unique se retrouvant dans l'une et dans l'autre, et qu'il y aurait trois chances contre une s'il ne se trouvait que deux mots concordants. Mais si trois mots paraissent identiques il y aurait alors plus de dix à parier contre un qu'ils doivent dériver dans les deux cas de quelque langue mère, ou avoir été introduits de quelque autre manière. Six mots donneraient plus de mille sept cents chances contre une, et huit près de cent mille! En sorte que dans ce cas il y aurait une certitude absolue. »

LES LANGUES ET l'uNITÉ DE l'eSPÈCE HUMAINE. 597

Ce raisonnement s'applique plus particulièrement aux langues parlées par les naturels d'Amérique, et dont le nombre est véritablement incroyable. En effet, Alexandre de Humboldt fait la remarque suivante : « Dans quatre-vingts langues américaines examinées par Burton etVatel, il y a cent soixante-dix mots dont les racines paraissent avoir été les mêmes; et il est facile de voir que celte analogie n'est pas accidentelle, puisqu'elle ne repose pas purement sur l'harmonie imitative, ou sur cette conformité d'organe qui produit presque une identité parfaite dans les premiers sons articulés par les enfants. De ces soixante-dix mots qui ont cette analogie, trois cinquièmes ressemblent au mandchou, au tongou, au mongol et au samoyède, et deux cinquièmes au celtique ou tehoriu, au biscayen, au copte et au congo. Ces mots ont été trouvés en comparant la totalité des langues américaines avec la totalité de celles de l'ancien monde ; car, jusqu'à présent, nous ne connaissons aucune idiome américain qui semble avoir une correspondance exclusive avec aucune des langues de l'Asie, de l'Afrique et de l'Europe. « {Vues des Cordillières, vol. I, p. 19.) En effet, on sait aujourd'hui que l'Amérique a été abordée tour à tour pardes colonies venues des quatre parties du monde.

Malte-Brun faisait remarquer que « l'uniformité dans la manière de former les conjugaisons des verbes , depuis une extrémité de l'Amérique jusqu'à l'autre, favorise singulièrement l'hypothèse d'un peuple primitif qui aurait formé la souche commune des nations indigènes de l'Amérique... » De son côté, Vatel, à'àns se?, Recherches sur V Amérique et sa population par V ancien continent, p. 329, ne craint pas de dire que tous les peuples et tous les idiomes américains ont rayonné d'un centre commun de civilisation.

Donc, conclut le cardinal Wiseman, la comparaison des

langues entendue en témoignage affirme que la race humaine tout entière ne l'ournit originairement qu'une seule famille, ou, selon Texpression de Técrivain sacré, une seule langue, un seul langage.

Terminons par quelques réflexions empruntées encore à riUustre cardinal, sur l'appui que se prêtent mutuellement l'ethnographie physiologique et l'ethnographie linguistique. Personne n'a encore révoqué, et personne ne révoquera jamais en doute ce principe évident que des nations dont les langues ont entre elles une grande affinité, doivent avoir été originairement unies d'une.manière ou d'une autre. Donc, si deux, nations parlent des dialectes de la même langue, et les ont toujours parlés, aussi haut que l'histoire peut remonter, sans qu'il puisse être prouvé que l'une ait changé sa langue, ce qui est extrêmement improbable, on devra admettre que ces nations ont une origine commune. Donc, si les caractères physiques actuels de ces deux nations sont tellement différents que, physiologiquement, on doive les classer dans des races différentes, c'est que les caractères physiques sont susceptibles de variations et ont réellement varié. Or c'est un fait certain que, pour un grand nombre de nations, les limites de la double classification d'après le langage et d'après la forme des traits ne coïncident plus ; donc il existe dans la nature des causes nécessaires et suffisantes de formation de races. Il y a plus, on peut citer un grand nombre d'exemples d'un état intermédiaire entre deux familles, et par là même arriver sur la voie des procédés par lesquels cet état intermédiaire s'est produit. Par exemple, il y a grande affinité entre les langues des Hongrois, des Finnois, des Lapons, des Esthoniens, des Tcherniisses, des Yotiaaks, des Ostiaks ou As-jacks, des Permiens des parties orientales de la Sibérie. La langue commune de

LES LANGUES ET l'uNITÉ DE l'eSPÈCE HUMAINE. 599

ces peuples est la langue ouralienne de Balbi; ils forment, par conséquent, une même famille, la famille mongole de Blumenbach ; et cependant les traits physiques sont tout différents : cheveux noirs et yeux bruns chez les uns, cheveux rouges et yeux bleus chez les autres. (^Discours II et seconde partie.)

De même tout, langues, traditions, histoire, indique une communauté d'origine entre les Tarlares et les Mongols, et cependant les familles extrêmes de ces deux nations, aussi dissemblables que possibles, semblent appartenir aux deux races mongolique et caucasienne.

' La prédominance d'une langue identique dans son essence, de rinde à Tlslande, prouve que les nations répandues entre ces points extrêmes ont une origine commune. Cependant les habitants de la Péninsule indienne diffèrent tant des Européens par la couleur et par la forme, que Ton est comme forcé de les classer dans une autre race.

En résumé, conclut le cardinal Wiseman, « les faits suivants sont bien établis : 1° parmi les animaux reconnus pour être d'une seule espèce, il s'est formé des races semblables aux races humaines, et non moins différentes les unes des autres; 2° la nature tend à produire au sein de chaque race des variétés qui présentent les caractères des autres races ; 3° les variétés sporadiques du caractère le plus extraordinaire peuvent être propagées par descendance ; 4° nous trouvons dans les langues et les traits caractéristiques de plusieurs tribus nombreusesoude nations entières, des preuves suffisantes de leur passage d'une race à une autre ; 5° bien que l'origine delà race noire soit encore enveloppée de mystères, cependant on a recueilli assez de faits pour démontrer qu'elle peut être descendue d'une autre, surtout si, outre l'action de la chaleur, on admet que des causes morales ont pu et dû agir

sur l'organisation pliysique, principalement près des origines du genre humain. Chez l'enfant, la circulation du sang, l'absorption et la digestion sont les mêmes que dans l'homme; mais il y a en outre une vertu plastique qui opère, qui donne la croissance et la solidité aux membres, la forme caractéristique aux traits, le développement graduel et la vigueur aux muscles, puis tombe dans l'inertie. Pourquoi n'en aurait-il pas été ainsi dans l'enfance du genre humain, aux premiers temps de la

dispersion ?

« Voici, d'ailleurs, d'une manière très-générale, comment on peut relier entre elles les diverses races, et par quelles nuances elles semblent se fondre l'une dans l'autre.

(c La race blanche, que l'on considère naturellement comme la race centrale, se rallie à la race mongole, par les Finnois et les Âs-jacks, qui ont son teint, sa chevelure et la couleur de son iris ; puis par les Tartares, qui passent insensiblement par lesKirghis et les Yakoutz dans la race mongole; et troisièmement par les Indous, qui communiquent avec nous par la langue sanscrite. Elle se rallie à la race nègre par les Abyssiniens, qui ont une langue sémitique et des traits européens, et par les Arabes de Souakis qui ressemblent aux Nubiens ; puis viennent les naturels de Muhass, ensuite les Foulahs et les Mandingues, et ainsi, en s' avançant jusqu'au Congo, les nègres complets et les Hottentots. Ces derniers sont ensuite intimement liés avec les montagnards de Madagascar ; ceuxcià ceux de la Cochinchine, des îles Moluques et des Philippines, où l'on trouve aussi une race de montagnards noirs, à tête laineuse, différant par le langage des autres naturels, se rattachant aux indigènes de la Nouvelle-Hollande, de la Nouvelle-Calédonie, des Nouvelles-Hébrides, qui eux-mêmes sont liés par la similitude des coutumes, de la religion, eî en partie des traits physiques, avec les Nouveaux -Zekuidiens et autres nalu-

LES LANGUES ET l'uMTÉ DE l'eSPÉCE HUMAINE. 601

rels de la Polynésie, et ainsi par une dégradation insensible de teinte, nous retournons presque aux familles asiatiques. »

Conclusions. — Nous avons surabondamment démontré l'unité réelle de Tespèce humaine ; mais cette démonstration au fond n'était pas nécessaire. La Révélation affirme non l'unité d'espèce, mais l'unité de souche ou adamique de toutes les races humaines. Or il se pouvait, ce qui cependant n'est pas, que, sous l'influence des actions de milieu et de croisement, les différences de race s'accentuassent assez pour constituer des différences d'espèce : cette possibilité est même une conséquence nécessaire de l'unité d'origine des espèces affirmée par le plus grand nombre de nos adversaires.

Nous n'avions pas non plus à démontrer la possibilité de la formation des races, du passage de la race blanche la plus parfaite à la race noire la plus dégradée ; car cette possibilité est un dogme pour la science moderne qui veut que l'homme soit issu du singe, ou que l'homme et le singe descendent d'un même type commun.

Nous n'avions pas enfin à défendre l'unité d'origine ou d'espèce humaine contre le fait de la diversité des langues, puisque : 1° toutes les races humaines, après un exercice plus ou moins long, sont aptes à parler une langue commune quelconque; 2° rien n'exige que les divers idiomes parlés autrefois ou aujourd'hui soient dérivés d'une même langue primitive subsistante ou perdue; 3° enfin la comparaison des langues est évidemment plus favorable que contraire à la doctrine d'une descendance commune.

L'erreur s'est donc mentie à elle-même, et la vérité triomphe de la manière la plus éclatante.

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