BATIE
Faut-il ajouter que, à la vitesse d'un pouce par année, le nombre des années du grand cycle de la précession est représenté exactement par la somme des deux diagonales de la base du grand monument ; et que la grande galerie, le plus
remarquable de tous les passages intérieurs de la pyramide, celui qui forme la sortie vers le sud, dans le plan du méridien, à partir du point de rencontre principal des passages avec les sept recouvrements de ses murs si longs et si solennels, a été considérée par plusieurs comme un souvenir des Pléiades, constellation qui occupait un rang si élevé dans les traditiooiks de rOrient, déjà au temps de Job?
Voilà ce qu'une étude approfondie faite par un des grands maîtres de la science, apôtre providentiel de la vérité, a fait découvrir, dans la construction de la grande pyramide, de merveilles et de mystères. Et qu on le remarque bien, ces révélations sont le résultat non de Tinterprétation plus ou moin? arbitraire de caractères et d'inscriptions hiéroglyphiques, dont la signification est encore mal définie, mais de simples mesures mathématiques et physiques prises par un grand nombre de voyageurs ou d'archéologues. Elles sont d'autant plus étonnantes que toutes les autorités compétentes sont unanime? dans l'affirmation des faits suivants. Les anciens Égyptiens n'ont fait aucune allusion au rapport de la circonférence au diamètre ou au nombre 71 ; on ne voit nulle part qu'ils aient fait un usage exclusif, comme diviseurs ou multiplicateurs, des nombres 2, 3, 5, 7, essentiellement pyramidaux; ils n'avaient aucune idée de la distance moyenne de la terre au soleil ; ils ne connaissaient pas les rapports delà latitude avec l'orientation astronomique; le poids de la terre et sa moyenne température étaient complètement en dehors de leur pensée ; la coudée dont ils ont fait usage n'était pas la coudée pyramidique ou sacrée, égale à une fraction du demi-axe polaire de la terre dont le dénominateur est 10^, et ils n'avaient en aucune manière calculé combien de ces coudées la terre parcourait en un jour dans sa rotation autour du soleil; ils
n'avaient pas déduit leurs étalons de capacité et de poids de données pyramidales, ils ne les avaient pas subdivisées par 5 et par 10 ; on ne sache pas qu'ils aient eu un étalon spécial de température, ou que cet étalon fût en rapport avec l'échelle des dilatations de l'eau. On ne croit pas qu'ils aient eu quelque méthode de graduation du cercle et de sa division en nombres pyramidaux, 2, 3 et 5 ; leur étoile d'observation habituelle n'était ni Alpha du Dragon, ni les Pléiades, mais Sothis ou le Chien; enfin, leur grand cycle n'était pas la période de la précession des équinoxes, mais la période sothiaque de 1 461 ans, manifestement trop courte, et d'ailleurs récente.
Que toutes ces conquêtes de la science moderne soient dans la grande pyramide, et dans la grande pyramide seule, à l'état de grandeurs matérielles, mesurées et toujours mesurables, n'ayant besoin pour se montrer au grand jour que de la signification métrique qu'ils portent avec eux, c'est inexplicable, mais c'est un fait qu'on a vainement essayé de révoquer en doute ou d'obscurcir, qui a excité de violentes colères à cause de sa portée extraordinaire, mais qui a survécu et qui survivra à toutes les attaques (1).
On ne saurait le nier d'ailleurs, l'existence de la grande pyramide, unique en son genre, solennelle au delà de ce que nouspourrionsdire, apparue presquesubilement, chef-d'œuvre incomparable, réalisé d'un seul coup, sans essais et sans tâtonnements préliminaires, est un fait vraiment miraculeux et surnaturel. Tout semble indiquer qu'elle fut construite par les colonies qui, les premières, sous la conduite peut-être de Cham
(1) Nous invitons ceux de nos lecteurs qui savent l'anglais à lire dans le livre de M. Piazzi Smyth lopposilion que ses mcinorables découvertes ont soulevée dans le sein de la Société royale d'Edimbourg, et dont l'écho le plus implacable fut un chirurgien célèbre, sir J.-Y. Sympsou.
OU de Mezraïm, pénétrèrent en Egypte après la dispersion (1), gardant intactes, sans doute par une intervention providentielle, les traditions antédiluviennes et les procédés artistiques ou scientifiques déjà mis en œuvre dans la construction de la tour de Babel, traditions et procédés beaucoup plus avancés et plus étendus que nous ne pouvons l'imaginer. La grande pyramide serait une œuvre inspirée, comme l'arche sainte, le tabernacle et le premier temple de Jérusalem. Un ingénieur écossais distingué, M. Saint-John Vincent Day, qui a très-bien résumé ses merveilles dans un mémoire lu au sein de la Société philosophique de Glascow, croit sincèrement à une mission et à une inspiration divine, d'autant plus que la grande pyramide ne fut pas un tombeau ; que rien dans sa construction ne dénonce un monument élevé à la gloire d'un homme, et que l'absence d'inscriptions et de noms propres lui enlève tout caractère d'une œuvre purement humaine.
Que savons-nous, d'ailleurs, de la science des anciens Hébreux? N'était-elle pas beaucoup plus étendue qu'on ne le croit généralement? Qu'il me soit permis de consigner ici ce que j'ai rencontré par hasard dans un livre devenu introuvable en France, que j'ai été obligé d'emprunter à la bibliothèque de Lausanne : Remarques sur Daniel, par Jean Ph. L. de Ché- ZEAux. Seconde partie astronomique. Lausanne, 1777. Le prophète Daniel, chap. vu, v. 12,etchap. viii, v. 14, met en avant deux périodes de temps mystérieuses : la première, formée d'un temps, d'un demi-temps et de deux temps, est de 1 260 ans ; la seconde est de 2 300 soirs et matins, joursou années. Chézeaux, qui avait découvert le cycle de 315 ans après lequel le soleil et la terre reviennent à 7 ou 8' d'arc près au même point du ciel
(1) Une interprétation récente de données métriques, fournies par la grande pyramide, amène à fixer la date de la dispersion des nations à l'année 2328 avant Jésus-Christ.
d'où ils étaient partis, remarqua quece nombre 31 5 est le quart du nombre de Daniel 1 2G0 ; et il en conclut que la période de 1 260 ans devait être elle-même un cycle luni-solaire. En effet, après 1 2r»0 années juliennes, le soleil et la lune reviennent à un demi-degré près au même point de récliptique. Examiné de la même manière, converti en une période de 2 300 ans, le second nombre de Daniel s'est montré un cycle très-parfait; donc Terreur, dix fois moindre que celle du cycle de Calippe, était exactement celle du cycle de 1 260 ans. Cette égalité d'erreur forçait à conclure que la différence (1 040 ans) entre les deux cycles devait être elle-même un cycle parfait, à la fois solaire, lunaire et diurne, cycle longtemps cherché et qu'on avait fini par regarder comme chimérique ou impossible. Son accord avec les observations et avec les tables astronomiques les plus célèbres est tellement extraordinaire qu'on serait tenté de le considérer comme révélé. Les positions qu'il donne difrerent moins des positions réelles que les positions des tables ne diffèrent entre elles ; l'erreur commise est moyenne entre les erreurs des tables, 0',4S pour le soleil, 0',26 pour la lune. Le soleil fait en 379 852 jours 1 040 révolutions par rapport au premier point du Bélier ; la lune fait en 379 852 jours 1 040 révolutions complètes par rapport au soleil. Le cycle de Daniel donne pour longueur de l'année 365 j. 5 h. 48' 55", plus longue de 7 ou 8" que celle de Cassini, incomparablement plus exacte que celle de Tycho-Brahé.
Autre coïncidence étrange. Dans l'année 652, date la plus probable de la révélation faite à Daniel, l'équinoxe de printemps, le solstice d'été et l'équinoxe d'automne arrivèrent tous trois à la même heure, à midi, au méridien de Jérusalem, ainsi que l'exige le moyen mouvement qui résulte de la période de 1 040 ans!
Qui a pu amener Daniel à faire allusion à des périodes ayant
des rapports si merveilleux avec les mouvements des astres ; et comment est-il arrivé que, non content d'énoncer de telles périodes, il ait choisi pour leur époque une année caractérisée d'une manière si singulière par les circonstances du cours du soleil? Dans une lettre datée du 12 juin 1771, M. de Mairan, l'habile astronome, écrivait à M. de Chézeaux : « Il n'y a pas moyen de disconvenir de ces vérités et de ces découvertes ; mais je ne puis comprendre comment et pourquoi elles sont aussi réellement renfermées dans l'Écriture! » L'Académie des sciences de Paris, sur le rapport de Cassini, avait déclaré toutes les méthodes suivies pour le calcul des mouvements du soleil et de la lune déduites du cycle de Daniel et de l'arrivée des équinoxes et du solstice au méridien de Jérusalem, trèsdémontrées et parfaitement conformes à l'astronomie la plus exacte.
Le fait étrange du cycle de Daniel ne s'explique pas, mais il s'impose comme les faits incroyables de la grande pyramide, venant ouvrir tout à coup l'ère de l'architecture humaine en pierre, non par un début insignifiant, qui grandira lentement à travers une série d'essais à peu près invisibles en raison de leur petitesse et de leur lenteur, perfectionné sans cesse d'âge en âge; mais par un élan soudain de hauteur, de largeur, de majesté, de science, de.vcellence incomparable, atteignant un idéal qui à tous les points de vue pratiques est la perfection elle-même. Constatons avec M. Piazzi Smyth que ce fait est à lui seul, pour les rationalistes, pour les partisans de l'état sauvage primitif et du développement successif de l'humanité par elle-même, non pas seulement une défaite, mais une catastrophe équivalant presque à un anéantissement, a catastrophe approaching to annihilation.
Qu'il me soit encore permis, avant de terminer cette digres-
sion,de demander h rastionomie de la grande pyramide, avec M. Piazzi Smylh, la date du déluge. Ses dates extrêmes sont 3^46, celle des Septante, et 2327, celle de Petau. La clef de l'astronomie des pyramides est le passage inférieur au méridien de rétoile ^/p/ia du Dragon, à la hauteur marquée par l'axe de la grande entrée. Ce passage eut lieu en l'an 2170, alors que les Pléiades passaient elles aussi au méridien supérieur; et cette coïncidence nous a donné l'âge de la fondation de la grande pyramide.
Cette même étoile A Iphadn Dragon passa encore à la hauteur indiquée dans les années 2200 et 3400 avant Jésus-Christ ; et c'est déjà un premier fait remarquable que la date moyenne du déluge 2786 soit comprise entre ces deux nombres. Si pour la première de ces dates, 2200, date. à laquelle tout danger du déluge avait disparu, nous cherchons quelles constellations à la fois équinoxiales et zodiacales passaient au méridien au-dessus du pôle, nous trouvons que ces deux constellations étaient le Taureau et les Pléiades. Si nous faisons le même calcul pour la seconde de ces dates, 3400, que les traditions des peuples et la sainte Écrilurc font prochaine du déluge et du châtiment, nous trouvons que les constellations à la fois équinoxiales et zodiacales dominantes, ou qui passaient au méridien au-dessus du pôle, étaient le Scorpion et le Serpent, alors que le Taureau et les Pléiades n'étaient nulle part visibles. Remarquons déjà que, dans les traditions et les mythologies anciennes, lesconsiellations du Scorpion ou du Serpent ont toujours clé considérées comme malfaisantes ou ennemies du genre humain ; tandis qu'au contraire, les constellalionsdu Taureau et desPléiadesont toujours été considérées comme bienfaisantes ou amies. Les premières caractérisent donc tout naturellement une période de danger, etles secondes une période de salut. Mais allons plus
loin, faisons le même calcul pour une époque moyenne, celle à laquelle ^/p/ia du Dragon était arrivée à son minimum de distance du pôle, quoique décrivant toujours un cercle circumpolaire, avec sa double culmination inférieure ou supérieure, c'est-à-dire pour Tannée 2800, qui est à très-peu près la moyenne entre les dates assignées au déluge par diverses versions delà Bible. Que trouverons-nous? Un résultat vraiment inattendu et extraordinaire. Lorsque Alpha du Dragon passait au méridien au-dessous du pôle, la constellation qui passait au méridien au-dessus du pôle était le Verseau ! Il y a plus, à cette date le méridien coupait rorifice du vase d'où sort le jet d'eau, pour couper plus tard le jet d'eau lui-même, puis la constellation des Poissons, ensuite le Bélier, et finalement, à la date nettement caractérisée de la fondation de la pyramide, 2170 avant Jésus-Christ, les Pléiades, et attendre le Taureau, lorsque Alpha du Dragon était à trois degrés de distance du pôle. Or la constellation du Verseau, dans les traditions aussi de tous les peuples, les Chinois, les Chaldéens, les Egyptiens, les Grecs, se rattache par un lien intime, comme par une relation de cause à effet, à la catastrophe du déluge. M. Piazzi Smyth accepte donc 2800 avant Jésus- Christ, comme étant la date vraie du déluge. Tout cela est étonnant, improbable, impossible, s'écriera-t-on peut-être! Mais tout cela est! Et tant de rapprochements, de coïncidences, d'accord entre des données de nature si opposées et si étrangères l'une à l'autre ne peuvent pas être l'effet du hasard. La grande pyramide est évidemment une œuvre divine, un monument inspiré ou providentiel. Et qui sait s'il n'avait pas pour destination future de fournir une réponse victorieuse aux objections sans nombre qu'une science insurgée soulèverait contre le dogme fondamental de la création récente de l'homme ?
Cette dissertation , éminemment intéressante d'ailleurs , prouve au moins jusqu'à l'évidence que la civilisation égyptienne ne se perd pas comme on le voudrait dans la nuit des temps, qu'elle est presque renfermée dans le cadre de l'histoire, puisque la grande pyramide, monument certainement historique, est certainement aussi le plus ancien, quoique de beaucoup le plus grandiose et le plus parfait de tous les monuments égyptiens. Les monuments de Thèbcs ne sont pas antérieurs à l'an 1800 avant Jésus-Christ, et les peintures qui recouvrent les inurs de ses temples représentent très-probablement les exploits de Ramsès le Grand, 1 400 ans avant Jésus- Christ.
Résolue pour l'Egypte , la question de l'antiquité de l'homme l'est par là même pour tous les autres peuples moins anciens certainement que les Egyptiens. Résolue historiquement, cette grave question est même résolue géologiquement, de l'aveu du moins d'un de nos adversaires les plus acharnés. M. Louis Buchner dit en effet, dans son livre intitulé V Homme selon la science, p. 127, ligne 28 : « De quel (( étonnement, de quelle admiration ne devons-nous pas « être saisis en songeant qu'au temps où l'aborigène euroce péen, avec ses pauvres armes de pierres, poursuivait les « bêtes fauves, ou bien habitait des huttes de bois au-dessus « des eaux, ayant pour toute nourriture les produits de la « chasse ou de la pèche ; déjà de l'autre côté de la Méditer- « ranée, dans l'heureuse contrée que le Nil arrose, des villes « puissantes elsplendidesflorissaient; les ai'ts et les sciences « de toute espèce étaient cultivés ; une caste sacerdotale, let- (( trée et forte, tenait d'une main ferme les rênes d'un gou- « vernemeut régulier, et, vraisemblablement, entretenait des u relations commerciales le long des rivages méditerra- « néens ? »
LA GRANDE PYRAMIDE. 6il
M. Desdouits, dans ses Soirées de Montlhéry, troisième édition, pages 402 et suivantes, fait ces réflexions qui donnent en partie le secret de la grande Pyramide :
«Avant la grande catastrophe du déluge il y avait des hommes, il y avait des sciences, il y avait une astronomie quelconque. Cette astronomie était le produit de 2 000 ans d'observations. Or que n'a ptis pu produire une durée de 20 siècles dans le premier âge du monde ! Beaucoup plus peutêtre que les 5 OOO ans qui nous en séparent. En effet, que vaut rintelligence de Thomme parvenu à sa maturité? Elle vaut ce que peuvent produire 30 années d'expérience de la vie, 30 annéeà de réflexions et d'études ; et, après ce temps si court, elle estparvenue à son apogée. Supposez maintenant des vies patriarcales; ce n'est plus 30 ans, c'est 3 siècles d'expériences et d'observations. Que de connaissances ne possédera pas l'homme qui aura observé, réfléchi, senti la vie, senti ]^ ciel, senti la terre pendant 5 à 6 siècles ! Supposez de plus, ce que l'analogie rend vraisemblable, que l'étendue de ses facultés intellectuelles, de sa mémoire surtout, fût en rapport avec ses facultés physiques, ou du moins avec le vaste faisceau de connaissances acquises en parcourant cette longue carrière ! Vous comprendrez qu'une durée de â 000 ans, exploitée par de pareils hommes, fût pour eux une mine de connaissances en tous genres, bien autrement riche en produits que ne peuvent l'être 20 siècles pour l'humanité dégénérée. Il est donc possible, probable même, que les connaissances scientifiques à l'époque du déluge étaient bien supérieures à nos mesquines lumières de l'an 1834. Ces connaissances ont dû aussi passer au monde postdiluvien en la personne de Noé et de sa famille.
« Ils pouvaient connaître les principaux faits de l'astronomie, comme la longueur de l'année, celle des révolutions lunaires,
642 LES SPLENDEURS DE l.A 101.
la position des équinoxes et des solstices dans le zodiaque, peut-être la précession, les lois du retour des éclipses, etc. Il parait que le grand cycle luni-solaire, ou grande année de 600 ans, leur était connu, ainsi que l'atteste Josèphe. {Antiq. jud., t. I, c. v.) Et il est très-vraisemblable que ces connaissances auront été transmises à travers le déluge , réduites à la simple expression du fait, isolées des méthodes de calculs et de tout ce qui concerne la science astronomique proprement dite... Dans cette manière de voir, nous ne serions embarrassé ni des emblèmes antédiluviens des monuments d'Egypte, ni des nombres mystérieux de ses prêtres, nombi'es qui recelaient une science qu'eux-mêmes ne comprenaient pas. »
Ainsi s'expliquerait par-dessus tout le miracle et le mystère de la grande Pyramide révélé par M. Piazzi Smyth. Déjà, en 1834, M. Desdouits disait, p. 406 : «La grande Pyramide de Gizeh, si elle est une œuvre égyptienne, doit appartenir à une époque excessivement reculée. Elle est incontestablement la plus ancienne, elle est entièrement dépourvue d'inscriptions hiéroglyphiques, il n'y en avait même pas sur le Sarcophage qu'on y a trouvé. Comparée aux Pyramides de Sonora, elle est un chefd'œuvre dont les premières restent à une distance infinie; elle y manifeste aussi, dans les moyens de travailler la pierre et dans. tous les arts que ce travail suppose, une très-grande perfection. Longtemps, je l'avoue, j'ai douté que les pyramides de Gizeh fussent une œuvre égyptienne, et je les considérais comme des monuments antédiluviens. »
En résumé, p. 410 : «Ces pyramides supposent une assez haute et assez ancienne civilisation ; mais cette civilisation est celle des siècles et du monde antédiluviens; cet héritage peut se trouver entre les mains d'une nation jeune encore, comme l'était en ce temps-là le peuple des premiers Pharaons. Les hommes qui posèrent les premières assises de la
lourde Babel n'étaient certes pas d'ignorants sauvages, et je soupçonne cfue la pensée des grandes pyramides pouvait bien être une réminiscence de cette fameuse tour. »
Quelques écrivains peu sérieux ont fait valoir, en faveur de l'antiquité démesurée qu'ils attribuent à la monarchie égyptienne, le temps énorme qu'auraient exigé leur civilisation avancée et les constructions gigantesques qu'ils ont élevées.
Le Pharaon d'Abraham était un monarque puissante! magnifique, entouré de courtisans occupés à flatter ses goûts et ses passions ; il combla Abraham de présents. Le Pharaon de Jacob avait des provinces, des départements, un conseil de ministres, des prêtres, des prisons, un capitaine des gardes, un grand échanson, un grand panetier, des greniers publics, des anneaux d'or, des robes précieuses, deschars ; il faisait le commerce, le trafic des esclaves ; on courbait le genou devant lui, etc. !
Oui, mais depuis le déluge jusqu'au temps où J-acob fuit en Egypte, il s'était écoulé 750 ans ; or l'histoire nous apprend qu'en moins de 350 ans les deux vastes monarchies des Péruviens et des Mexicains étaient devenues grandement florissantes, même dans les sciences et dans les arts, et que leurs monuments avaient été élevés dans cet intervalle de temps.
M. Tyndall, dans un charmant discours sur le Rôle scientifique de l'imagination, a fait cette digression insidieuse :
« Il y a deux ou trois ans, dans un antique collège de Londres, une institution cléricale, j'entendis une leçon remarquable faite par un homme très-respectable. Trois ou quatre cents membres du clergé étaient réunis. L'orateur commença par la civilisation de l'Egypte au temps de Joseph, faisant ressortir que la possession, que l'organisation vraiment parfaite de ce ^ royaume et la possession de chariots, sur l'un desquels Joseph monta, indiquent une période très-longue de civilisation
améri(.'ure. 11 passa ensuite aux tlépôls du Nil, à la loi de son accroissement, à son épaisseur actuelle, aux débris de travail humain que l'on trouve dans son sein, puis aux roches qui limitent la vallée, et qui pullulent de restes organiques. Suivant ainsi sa voie ouverte et merveilleuse, il amenait l'idée de Tàge du monde à se dérouler elle-même indéfiniment devant l'esprit de son auditoire, et faisait ressortir le contraste de cette longue période avec celle qu'on assigne ordinairement au monde. Durant son discours, il semblait nager contre un torrent; il pensait manifestement qu'il se mettait en opposition avec une conviction générale ; il s'attendait à de la résistance, je m'y attendais avec lui. Mais c'était une méprise. Il n'y avait ni courant contraire, ni conviction opposée, ni résistance, mais seulement çà et là quelques murmures impuissants à l'arrêter dans sa causerie. La réunion acceptait tout ce qui avait été dit relativement à l'antiquité de la terre et de sa vie. Ils la reconnaissaient tous, en effet, de longue date, et ils raillaient de bonne humeur le lecteur qui venait leur faire une histoire surannée. 11 était tout à fait évident que cette grande réunion de membres du clergé, qui étaient, je puis le dire, les échantillons les plus choisis de ces classes, avait complètement abandonné les anciennes frontières, et transformé l'origine de la vie dans un passé infiniment distant. »
M. Tyndall ne soupçonnerait- il pas que chacun de nous, prêtres catholiques romains, est prêt à refaire le sermon qu'il a trouvés! surprenant et si édifiant? Nous connaissons l'origine et la date la plus reculée de la civilisation de l'Egypte. A part, peut-être, le char qui transporte l'imagination de l'éloquent physicien, la civilisation de la terre de Chanaan n'était pas inférieure à celle de l'Egypte. Joseph n'était pas plus barbare que Pharaon; il l'était, au contraire, beaucoup moins, puisque Pharaon admira sa sagesse et le constitua maître de sa maison»
administrateur général de son empire. Et la civilisation de Jacob, ainsi que celle de Pharaon, était une sorte d'Iiéritage transmis aux Egyptiens comme aux Hébreux par les enfants de Noé ou leurs descendants, héritiers d'une civilisation avancée, ou même ultra-avancée, puisqu'elle avait amené la décadence et la dépravation expiées par le déluge. En second lieu, les fragments d'œuvres d'art trouvés dans les dépôts du Nil n'assignent nullement à l'homme une antiquité incompatible avec le récit des livres saints ; ces dépôts constituent un véritable Delta, des terrains quaternaires et même récents ; et des faits incontestables prouvent que l'ancienneté des restes de l'industrie humaine n'est nullement mesurée parla profon' deur à laquelle ils se trouvent, ni proportionnelle à cette profondeur. En troisième lieu, les restes organiques enfouis dans les roches qui bordent la vallée du Nil, comme ceux des couches les plus profondes, n'ont aucun rapport avec l'ancienneté de l'apparition de l'homme sur la terre.
En outre, il n'a pas fallu beaucoup de siècles pour élever tant de monuments. La monarchie des Incas, qui n'a compté que treize rois et n'a subsisté qu'environ 330 ans, celle du Mexique qui a duré moins encore, ont fait une quantité de monuments que l'on peut comparer pour la grandeur, pour la difficulté ei pour la dépense du travail, aux pyramides, aux obélisques, aux temples et aux palais de l'Egypte. Hérodote affirme que les rois d'Egypte employaient jusqu'à 300 000 hommes à la fois pour exécuter un ouvrage ; leurs plus immenses entreprises ont donc pu être menées à bonne fin en très-peu de temps. Bérose affirme que le superbe palais de Babylone avait été bâti en quinze jours. Les Chinois ont terminé leur grande muraille en cinq ans.
Les instruments de travail n'ont pas plus manqué aux constructeurs des pyramides que le temps et les ouvriers. Les
64(3 I.i;s SI'LEMJEUHS DL LA lOI.
partisans à priori de rantiqiiilé indéfinie du genre iiumain ont pu, pour donner à leur système quelque apparence de raison, inventer la succession des trois âges de pierre, de bronze et de fer. Mais ce qui est certain, 1" c'est (ju'on ne trouve pas dans les pyramides des sile\ taillés en quantités et de dimensions suflisantes pour permettre de supposer qu'ils aient été les seuls outils des constructeurs. 2° Nulle pari, dans aucun monument un peu ancien, on n'a retrouvé des outils ou des fragments d'outils en bronze durci ou trempé, capables de couper et de tailler la pierre : cependant le bronze est presque entièrement inoxydable, et le climat d'Egypte est éminemment conservateur. Non, dans toute la vallée du Nil, on n'a pas trouvé une seule relique de bronze dont on puisse dire avec certitude qu'elle soit aussi ancienne que les matériaux, les outils ou les inscriptions hiéroglyphiques- attestant l'existence du fer que nous possédons aujourd'hui (1). 3'^ Nonseulement des instruments en fer sont représentés dans les peintures sépulcrales de la quatrième dynastie à Memphis, mais on a trouvé à Memphis même, dans les monuments, du fer métallique malléable, que chacun peut voir aujourd'hui en Angleterre. Et non-seulement on trouve aujourd'hui le ferdnns cette localité, mais on l'a découvert dans le plus ancien des monuments de la terre, du consentement commun, de presque tous les archéologues. Oui, dans ce monument, le plus ancien de tous, on a trouvé le fer non dans une place ou dans des circonstances pouvant faire croire qu'il y a été déposé par accident ou avec intention, aune date postérieure à celle de lérection, mais dans des conditions telles qu'il n'a pu y être oublié qu'alors q,ae la construction était encore en cours df'éreetioft.
(1) Voyez la brochure 0.\ some évidence as to the vehy E.vp.ly use Of
IrON an» on certain OLD hits OF IRON If» PARTICULAU BY S. JOHN-
ViNCENT Day F. R. s. Edimbourg, EJmonston and Doui^las, 1871, p. 8 et suivantes. •
On sera certainement très -étonné d'apprendre que, alors qu un bloc de fer a été détaché par la mine de la solide maçonnerie de la grande Pyramide par M. le colonel Howard Wisse, il y a 33 ans, il n'y ait pas même été fait allusion par les historiens de la Métallurgie. Ce bloc de fer n'a pas été exhumé de la masse concrète de matière accumulée autour des fondations delà grande Pyramide; il a été trouvé très-près de son sommet, dans son intérieur, près de la bouche du passage d'air sud, comme le prouvent les certificats de MM. J.-B. Hill, J. S. Perring, Ed. S. Andrews, James Mash, qui l'ac- ' compagnent dans le Musée britannique. La bouche de ce canal d'aération n'a pas été forcée ; elle a 8 pouces J/2 de longueur sur 9 pouces 1/^ de hauteur; elle est défendue des sables du désert par une pierre qui la recouvre. Le fera donc une antiquité beaucoup plus grande que celle qu'on lui attribue ; la sainte Bible affirme, en effet, que le travail du fer était un art antédiluvien. Et, qu'on le remarque bien, ce bloc de fer a été découvert par M. Howard Wisse, à une époque où MM. Horner et autres n'avaient pas encore fouillé le limon du Nil, pour y trouver des poteries ou autres restes d'art humain, fouilles qui ont excité la cupidité des Arabes et les ont amenés à pratiquer des enfouissements artificiels pour tromper les archéologues. En outre, une étude attentive de cette masse de fer a fait découvrir à sa surface des fragments de calcaire à nummulithes, de cette même pierre iwec laquelle la Pyramide a été bâtie. Cette circonstance ne prouve-t-elle pas jusqu'à l'évidence que ce morceau de fer est contemporain de l'érection des pyramides? Sir Georges Wilkinson, dans son grand ouvrage Les manières et coutumes des anciens Egyptiens, Londres, 1847, p. 8, ])réface, n'hésite pas à dire : «On trouve, dans le désert d'Egypte, des mines de cuivre et de fer qui ont été exploitées dans les temps anciens ; les monuments
(le Tlièbes et quelques autres monunioiils de la ville, près de Memphis, dont la construction remonte à i 000 ans, nous représentent des bouchers aiguisant leuis couteaux sur une barre ronde de métal attachée à leur tablier, et qui, en raison de sa couleur bleue, ne peut être que de Tacier. Avec quoi donc les Egyptiens auraient-ils taillé leurs hiéroglyphes dans la pierre dure, le granit et le basalte, à la profondeur quelquefois de deux pouces, cinq centimètres, s'il n'avaient pas connu l'acier? "Un rapprochement curieux, c'est que le fer, dans la langue copte, comme dans la langue hiéroglyphique, comme aussi dans la langue sahidique actuelle, est Benipe, qui signifie littéralement : pierre des deux, pierre du firmament, pierre firmamentaire. Or ce nom convient éminemment au fer, qu'on ne trouve jamais à l'état naturel, comme l'or, l'argent, etc. , qu'on rencontre au contraire presque partout à l'état de fer météorique, tombé certainement du ciel. En résulte-t-il que le premier fer utilisé par les hommes ait été le fer météorique, et qu'ils n'aient connu que beaucoup plus tard le fer extrait de ses minerais? On ne saurait le dire, mais ce qui est certain, c'est que celte extraction" est elle-même une opération trèssimple, beaucoup plus simple en réalité que l'extraction du bronze. Celle-ci exige une véritable fusion, tandis que l'oxyde de fer chauffé au contact du charbon, à l'aide de simples soufflets, se sépare de l'oxygène et se transforme soit en fer malléable, soit en acier brut, prêt à être chauffé de nouveau et transformé par le marteau en instruments de toutes formes. Le besoin de défendre une idée préconçue, l'hypothèse des trois âges successifs de l'humanité, a fait oublier à des savants de premier ordre, à M. Lyell par exemple, cette vérité élémentaire. Comment nier l'antérioiité du fer au bronze ou airain, quand on voit les habitants de la basse Egypte, dans les temps les plus reculés, tailler si parfaitement le granit, la dio-
rite et plusieurs autres pierres très-dures que les outils en bronze ne pourraient pas attaquer? »
M. Saint-John Vincent Day donne, dans sa brochure, des photographies de grandeur naturelle de la masse de fer de la grande Pyramide, vue sur ses deux faces, et aussi d'une faucille en fer trouvée par M. Belzoni sous le pied d'un sphinx, à Karnak, faucille que l'on voit aujourd'hui au British-Museum.
En résumé : 1° il n'existe aucun monument, aucun chiffre, aucun emblème qui doive faire attribuera aucun peuple, et aux Egyptiens en particulier, des connaissances incompatibles avec les bornes dans lesquelles la chronologie biblique renferme leur histoire ; 2° même en admettant l'existence de semblables monuments ou emblèmes; même en leur accordant la signification que quelques savants croiraient y voir, cette hypothèse s'accorde encore très-bien avec l'histoire biblique, puisque les connaissances supposées ont pu être transmises aux jeunes nations postdiluviennes, comme héritage de la science du monde antédiluvien; 3' celte transmission de la science des hommes des premiers âges a non -seulement pu, mais encore dû se faire par ISoé et sa famille ; nous ignorons seulement dans quelle mesure elle s'est faite, et quelles modifications cet héritage a pu subir entre les mains des générations nouvelles ; 4" enfin cet emblématisme et les conclusions qu'en tirent les adversaires que je combats, non-seulement ne contredisent point le témoignage de la Bible, mais ils l'appuieraient au contraire d'une façon remarquable, puisque ce n'est que par la transmission de la science antédiluvienne et le renouvellement du genre humain qu'on pourrait expliquer et la science des nations à leur berceau et leur incontestable ignorance à des époques postérieures.
L'homme sorti adulte des mains du Dieu créateur, dans
QtiO LES SPLK.NDIiLRS UK LA FOI.
toute la plénitude de son intelligence et de ses autres facultés, a vécu jusqu'à 900 ans. Et ces longues vies physiques et intellectuelles se sont succédé pendant 2 000 ans. Dans ces 2 000 ans l'homme n'a pas seulement atteint la civilisation la plus avancée , il l'a dépassée , il a fatalement connu les excès de cette civilisation extrême. Pourquoi donc n'admettrail'On pas que, dans cette période de 2 000 ans, les sciences et les arts aient pris tout leur essor? Pourijuoi ces générations robustes et vivaces, ces géants puissants et fameux, non-seulement par leur taille et leur force physique, mais par leur vitalité intellectuelle, n'auraient-ils pas réalisé des progrès comparables ou supérieurs à ceux des générations actuelles qui, il y a 2 000 ans, n'étaient pas encore sorties de la barbarie dans laquelle elles étaient retombées*^ On oublie trop ces possibilités merveilleuses, endormi que Ton est par la fable de l'homme créé à l'état sauvage.
Les historiens et lliistoire de FEgi/pte.
Si, après avoir interrogé les monuments, nous interrogeons l'histoire, le fait de la néo-antiquité de l'homme ressortira encore de la manière la plus éclatante. Et d'abord quel historien pourrons-nous comparer à Moïse? Quelle histoire pourrons-nous apposer à celle du peuple de Dieu? Chez l'historien sacré ce ne sont plus des fables, ce ne sont plus les origines nébuleuses d'une nation particulière, ambitieuse d'une antiquité insensée, mais l'histoire limpide de l'humanité tout entière ! Que sont, comparés à Moïse, Manéthon, Hérodote, Confucius, Bérose, Sanchonialon, etc., etc.? Moïse, dit M. Desdouits, est le plus ancien des historiens, le plus près, par conséquent, de l'origine des choses. Il vécut 80 ans en Egypte, plus de 1 000 ans a.vant les plus anciens historiens profanes »
LES HISTORIENS ET L'hISTOIRE DE l'ÉGYPTE. 6S1
il résida à la cour d'abord, puis au milieu des savants et des prêtres deFEgj'pte; il fut initié à toutes leurs connaissances, à tout ce qu'on appelle leur sagesse. Ce n'est pas seulement \a Bible qui le dit; Manéthon lui-même, l'ennemi déclaré des Juifs, qui n'a pour eux que des injures, parle de Moïse comme d'un rebelle et d'un séditieux, mais en même temps il le déclare prêtre d'Héliopolis; et pour Manéthon, qui était aussi prêtre d'Héliopolis, c'est un titre à la science la plus haute, à l'instruction la plus profonde. Et pour qui Moïse écrivait-il ses annales ? pour un peuple qui avait vécu 215 ans en Egypte, qui devait connaître son histoire ou du moins ses monuments, ses traditions, ses prétentions à une haute antiquité. Comment concevoir qu'il eût écrit pour ce peuple une cosmogonie qui serait venue heurter toutes ses idées, •sans intérêt aucun, ou plutôt contre tous ses intérêts, en s' exposant à perdre toute sa confiance par la négation systématique -de ce qu'il aurait su lui-même, de ce que tous savaient avec lui? Il faudrait donc se rejeter sur l'ignorance de Moïse, dire qu'il ne connaissait pas ces archives historiques que- Manéthon a recueillies tant de siècles après lui, qu'il n'avait pas vu ces monuments du passé que la science moderne croit si bien interpréter, monuments nouveaux à son époque et qui ne sont plus aujourd'hui que des ruines, monuments qui parlaient une langue qui était celle de Moïse, langue que nos savants ne font encore que balbutier, qu'ils épellent à peine ; monuments si près alors des faits dont ils devaient perpétuer le souvenir, et qui ont 3 000^ ans de plus alors que vous les interrogez. En faisant l'Egypte si peu ancienne, il est impossible, absolument impossible que Moïse ait pu se Iromper ou ait voulu tromper. Et c'est lui faire une grosse injure, c'est insulter aussi la raison et le bon sens que de songer même à lui opposer Hérodote et]\Iaiiétlioa. Je dirai plus :
c'est une làclielé et une sorte d'attentat contre la vérilé que d'avoi!' consenti à accepter sur ce terrain, non pas la lutte, elle est absolument impossilile, car d'un côté c'est un géant et de l'autre un pygmée ou plutôt un fantôme, mais la simple mise en présence. En même temps que l'historien du peuple liébrcu ou plutôt l'historien du monde est éminemment au- <lessus de toute comparaison avec les historiens de l'Egypte, son récit, toutes les fois qu'il s'agit de faits contemporains, trouve sa confirmation inattendue, éclatante, dans le texte même des historiens profanes. Ce n'est qu'à Sethos que commence dans Hérodote une histoire un peu raisonnable, par le fait delà destruction de l'armée de Sennachérib ; or ce fait est un fait biblique. L'accord se continue sous Echo et Ilophra ou Apriès. Chanaan arrivait en Egypte vers 1900, sous les rois pasteurs; et c'est également sous un roi pasteur que Joseph est ministre d'Egypte. Le chef de la dynastie des Diospolitains est le Rex novus qui ignorahat Joseph. (Exod., ch. i, 8.) C'est celui-ci qui réduisit les Hébreux en esclavage. La captivité dura autant que la 18® dynastie; ce fut sous Ramsès de la 19® dynastie, du xvi'' siècle, que Moïse délivra les Hébreux. Son successeur Sésostris fit ses conquêtes en Asie, pendant que Moïse et Josué errèrent quarante ans dans le désert. Voilà même pourquoi les livres saints ne parlent pas du grand conquérant. Tous les autres rois d'Egypte nommés dans la Bible se retrouvent sur les monnaies, ou sur les monuments, dans le même ordre de succession où les livres saints les placent. La Bible enfin écrit mieux leurs noms véritables que ne le font les historiens grecs, et même que Manéthon (1).
(1) Au moment ou je corrige ces lignes, M. EisenJolir, savant égyptologue de Hoidelborg, publie sa traduction de la conclusion liistori(}ue du discours de Ramsès à son peuple, le plus beau, le plus grand, le plus correctement écrit, el le mieux conservé de tous les papyrus (égyptiens, trouvé dans un tombeau par M. Harris, direclôur du Hieroglyphical
LES HISTORIENS ET l'hISTOIRE DE l'ÉGYPTE. 65^
Eli outre, l'œuvre de Moïse, ou les livres qui portent son nom et qui lui sont attribués, est entière, parfaitement conservée, partout semblable à elle-même. An contraire, l'œuvre de Manéllion, relativement si récente, ne nous est connue que par des fragments informes; et les trois versions de ces fragments informes, conservés par Eusèbe de Césarée , Jules l'Africain et Georges le Syncelle, présentent entre elles des différences énormes, pour ne pas dire des contradictions désespérantes.
On ne saurait trop insister sur ce caractère de vérité, je dirais volontiers de divinité, que présentent les livres saints, et que le cardinal Wiseman formule en ces termes : « Quel a été le résultat de la critique moderne dans les comparaisons de toutes les versions du Nouveau et de l'Ancien Testament? Les variantes n'ont pas manqué, le nombre en est immense ; Mill en produisait 30 000. Le nombre s'en accroît tous les jours ; mais, dans toute cette masse, et quoique les versions de tous les peuples, arabes, syriaques, arméniens, éthiopiens, etc., aient été mises à contribution, pour leur manière d'interpréter le sens; quoique les dépôts de manuscrits de tous les pays et de tous les siècles aient été maintes fois visités par des essaims de savants jaloux de leur enlever leurs trésors;... quoi(|ue des criti({ues aient sondé, comme Scliolz et Sebastiani, les profondeurs du mont Athos ou les bibliothèques inexplorées des déserts de l'Egypte et de la Syrie, etc., etc., malgré tout cela, on n'a rien découvert; pas une seule variante qui puisse jeter
standard. Or, cette conclusion est un témoignag-e solennel de la véracité des livres saints, iémoupituie trenle fols séculaire, dit M. Eisenlolir, de la fondation du culte mosaïque, liamsès ilL raconte commeni il est parvenu à comprimer une révolution religieuse qui n'était autre iiue Tapostolat monothéiste de Moïse, ei fait le récit des événements qui ont abouti à l'exode des enfants d'Israël.
Go4 LES SPLENDEUHS DE i.\ KOI.
le moindre doute sur aucun des j)assa^^cs considérés co mme certains ou décisifs, en faveur de quelque point important de la doctrine sacrée. Toutes les variantes, presque sans excei>tion, laissent intactes les parties essentielles de chaque phrase. Ces résultats désappointent les ennemis de la Religion. »
Répétons-le encore, aucun historien ne peut être comparé et, par conséquent, opposé à Moïse ; aucune histoire ne pourrait être comparée et, par conséquent, opposée à celle de Moïse; de sorte que nous pourrions nous dispenser d'entrer dans les détails et de discuter les affirmations qu'on nous oppose. Faisons-le cependant d'une manière très-rapide.
Hérodote. Il ne connaissait pas la langue de l'Egypte, et n'a pas pu puiser directement aux sources du pays; il a dû se contenter des récits que lui faisaient ses guides et les prêtres des temples qu'il visitait. Ce ne sont que des -anecdotes, et encore ces anecdotes ne- se suivent-elles pas dans leur ordre chronologique. 11 n'avait aucune connaissance en astronomie, à ce point qu'il affirme qu'avec l'année de 3CS jours, les Egyptiens s'assuraient le retour périodique des mêmes saisons dans les mêmes mois de Tannée. 11 admet sans hésitation et sans commentaire aucun cette assertion des prêtres égyptiens : « Pendant les 11 341 ans écoulés depuis l'origine de la monarchie, le soleil s'était levé deux fois où il se couche aujourd'hui ; et deux fois il s'était couché où il se lève, présentement, sans que cela eût rien occasionné d'extraordinaire dans l'Egypte, soit par rapport aux pro'ductions de la terre, soit par rapport aux débordements du Nil, soit par rapport aux maladies, soit par rapport à la mortalité. » Hérodote encore, qui connaissait les Athéniens et qui cherchaifà leur plaire, a voulu se faire lire à tout prix d'un peuple naturellement ami du merveilleux et de l'extraordinaire ; aussi son livre
LES HISTORIENS ET l'hISTOIRE DE l'ÉGYPTE. 6oS
est-il pkin de fai3les absurdes. II ne s'effraye nallement des 341 rois, des 341 prêtres, des 341 générations que les prêtres attribuaient aux dl 341 années de leur monarchie; il se vante même, dit-on, d'avoir vu, dans le temple d'Hammon, les 341 statues colossales de ces 341 grands prêtres. Comment lui attribuer quelque confiance ?
Diodore de Sicile. C'est un simple compilateur qui a confusément et indigestement rassemblé des données puisées àtoutes les sources. Ses récits sur les annales de l'Egypte n'ont vraiment aucune valeur. Il est d'ailleurs en plein désaccord avec Hérodote. La somme totale des règnes, d'après lui, ne s'élèverait qu'à 6 000 ans. Les noms des rois cités par lui ne ressemblent absolument en rien à ceux des listes de Manéthon. Mœris qui, dans Hérodote, précède immédiatement Sésostris, le précède de sept générations dans Diodore. Entre Mœris et Protée, Diodore place plus de vingt règnes, et Hérodote seulement deux.
Manéthon. Diodore de Sicile, qui est postéi'ienr à Manéthon de près de !200 ans, a fait son histoire sur les récits des prêtres égyptiens de MempliisetdeTUèbes, et cette histoire ne ressemble presque pas à celle de Manéthon. Donc, de "deux choses l'une, ou l'ouvrage de Manéthon était inconnu des prêtres égyptiens, ce qui semble impossible, puisqu'il avait été publié par ordre de Ptolémée Philadelphe, ou ces mêmes prêtres égyptiens n'avaient pas foi aux listes de Manéthon : ils étaient cependant juges compétents, puisqu'ils possédaient les archives compilées par Manéthon. Son histoire ne mérite donc aucune créance. Ce qui le prouve encore, c'est queEratosthène, parVordre de Ptolémée Evergète, se transporta à Thèbes pour dresser, d'après les renseignements des prêtres et les archives de celte ville, une liste des rois thébains, et que cette liste ne
ressemble en rien aux dynasties diospolites de Manéthon. Comment douter, d'ailleurs, qje Manéthon soit non un historien, mais un fabuliste et un imposteur? Diodorc de Sicile n'a pas hésité à le déclarer dii,nie de peu de foi, et Josèphe l'accuse d'avoir fait des récits incroyables, des contes mensongers puisés dans des fables inspirées par des récils insensés. Devrait-on même l'écouter quand on voit qu'il fait monter la durée totale des règnes des premiers rois à 430 OUO ans ; qu'il fait régner certains rois, non-seulement pendant des centaines d'années, douze cents et plus, mais pendant des centaines de saros, périodes d'au moins 18 ans; qu'il a follement inventé un règne du Soleil de 30 000 ans, un règne de Vulcain de 900 ans, etc.? Ses listes comprennent les dynasties ou familles royales des souverains qui ont successivement régné sur l'Egypte ; et il prétend donner, pour la plupart des dynasties, le nom des rois, la durée de leur règne, la durée de la dynastie; or, tout cela était rigoureusement impossible, puisque les Egyptiens n'avaient aucune chronologie. M. Bioî n'a pas craint de l'affirmer dans les Comptes rendus de F Académie, vol. XXXVI, p. 18G1 : « Les Egyptiens, comme presque toutes les nations orientales soumises à un régime despotique, ne comptaient pas les années de leurs rois h partir d'une ère fixe, de manière à former une série continue. Ils les comptaient à partir du premier jour de l'année vague où s'était opéré leur avènement ; et l'on a pu s'assurer que ce système d'énumération partielle a été employé dans toute l'étendue du canon des rois de Ptolémée, depuis Nabonassar jusqu'à Antonin inclusivement. Ainsi, ils avaient autant d'ères nouvelles qu'il y avait de souverains reconnus. Lorsque plusieurs princes se disputaient ou se partageaient l'empire, chacun d'eux, dans les parties de l'Egypte soumises à sa puissance, datait de son ère propre, puis reprenait souvent l'ère de son compéti-
LES niSTORlEINS ET l'HISTOIRE DE l'ÉGYPTE. 657
tour, si elle était plus ancienne, quand il l'avait renversé. On conçoit aisément les obstacles qu'un tel usage oppose à la restitution d'une chronologie continue; et c'est très-probablement par l'impossibilité de les surmonter, pour les souverains d'Egypte, que Ptolémée n'a pas employé les observations célestes faites, sans aucun doute, sous leur longue domination. » M. de Rongé {Notice sommaire sur les monuments (rÉg})pte, p. 60) dit en termes formels : «Les chiffres annexés aux listes de Manéthon n'ont pu soutenir l'examen de la critique éclairée par les monuments. »
Voici quelles seraient, d'après les divers historiens ou chro- "nologistes, les dates des principales dynasties de Manéthon :
Lane, Gardner- William Osburn.
Wilkinson, Riwlinson. Calcul astroaomique.
Évidemment les plus anciennes de ces dates peuvent se concilier sans peine avec la chronologie biblique, au moins avec celle des Septante, et pour que la fausse science soit réduite au silence, il suffit que les plus récentes soient possibles ou ne soient pas démontrées fausses.
M. Crawfurd, président de la Société ethnographique de Londres, a parlé à Dundee, dans la réunion de l'Association britannique, d'écrivains dynastiques ayant fleuri sur les bords du Nil 8 976 ans avant J.-C. Interrogé sur ses autorités, il a invoqué le témoignage de M. Le Sueur, Chronologie des rois i'Égijple, ouvrage couronné par l'Académie des inscriptions et
Le Sueur, Mariette,
Lepsius, Buni
Renan.
Fergusson
658 LES SPLENDliUltS DK LA FOI.
belles-lettres. Or, il est vrai que M. Le Sueur donne les dynasties des rois ayant i,^ouverné la haule et la basse Egypte trèsrégulièrement pendant des milliers d'années, de 11 o04 jusqu'à 332 ans avant J.-C. Mais en ouvrant son livre, on est tout surpris de ne pas le voir citer un seul document contemporain des 7 000 preuiières années de sa série de rois égyptiens. Le Sueur, d'ailleurs, reconnaît franchement que le monument le plus ancien est la pyramide de Jessé, qu'il place à Tannéo 4000, et il avoue que pour les 7 000 années précédentes il n'a que des fragments déchirés des manuscrits de 3Ianéthon, les papyrus de Turin écrits et édités par un scribe très-peu habile et peu honnête, 9 000 ans après la plupart des événements qu'il prétend décrire.
Il est à croire que les dynasties de Manélhon ont réellement existé ; mais ont-elles été successives ou furent-elles simultanées? Le nombre total de leur durée est notablement plus petit que la somme des durées partielles : donc quelques-unes au moins sontsimultanées. Eusèbe invoque cette simultanéité sans aucun scrupule. C'est une tradition générale, dit-il, que les Thinites de Memphis, de Suez et d'Ethiopie ont régné simultanément. Il affirme comme un fait certain que l'Egypte était primitivement partagée en plusieurs petits états, qui avaient leurs rois distincts. Manéthon les aurait réunis en un seul catalogue pour faire croire que chacun de ces princes a régné successivement sur toute l'Egypte. Il y a longtemps, dit le président Goguet, qu'on s'est aperçu de lartifice et qu'on en a donné la preuve d'une manière qui ne souffre pas de réplique. Josèphe fait régner simultanément les rois pasteurs et une dynastie indigène. Bunsen raye la!2% la 5% la 9*^ et la 10'^ dynastie, comme simultanées. M. Mariette, jugeant les listes de Manéihon par les monuments, veut que, vues dans leur ensemble, elles soient hislori([ues, et que généialement les noms répon-
LES HISTORIENS ET l'iIISTOIRE DE l'ÉGYPTE. 659
dent à des rois véritables qui ont régné en Egypte ; mais il admet que ces rois n'ont pas gouverné toute TÉgypte; que tandis que les uns gouvernaient une contrée, les autres régnaient ailleurs. Il ajoute même : « Peut-être des découvertes inattendues prouveront-elles un jour que, pendant la durée de l'empire égyptien, il y eut encore plus de dynasties collatérales que les partisans de ce système n'en admettent aujourd'hui. » Et cependant, par une contradiction patente, M. Mariette ajoute : « Tout montre que ce travail d'élimination était déjà fait dans les listes de Manéthon... Il y eut véritablement en Egypte des dynasties simultanées, mais Manéthon les a rejetées pour n'admettre que celles qui furent réputées légitimes, et elles ne sont plus dans ses listes. Jamais aucun des savants qui se sont efforcés de raccourcir les chiffres donnés par Manéthon n'est encore arrivé à produire un seul monument d'où il résulte que deux dynasties données comme successives dans ses listes aient été contemporaines. Au contraire, les preuves monumentales surabondent, et ont été recueillies en grand nombre par les égyptologues, qui démontrent que toutes les races royales énumérées par le prêtre de Sébennyte ont occupé le trône les unes après les autres. » (Mariette dans Le>'ormant, t. P^ p. 324.)
M. Mariette évidemment se trompe; l'historien Artapon, cité par Eusèbe, raconte que Palmanothès, roi d'Egypte, avait donné sa fille à Chenéphrès, souverain de la région située audessus de Memphis; et il ajoute : A cette époque l'Egypte était partagée entre plusieurs rois. Or Chenéphrès et Palmanothès sont deux des rois de Manéthon. Le vingtième roi de la liste des rois thébains d'Eratosthène règne cent ans, son successeur un an; puis vient une reine appelée Nitocris, qui en règne six. Or la 6® dynastie de Manéthon, dite troisième des Meniphifes, nous présente trois individus dont les deux
660 LES SPLENDKIItS DE 1. A lOI,
premiers régnent succes^ivemcnl dOO ans, 1 an, et qui ont pour successeur une reine Nitocris, qui est supposée eu régner 12. En oulre, comme la reine Nitocris est la seule personne de ce nom dans Eratostliène comme dans Manéthon lui-même, et puisque dans Manéthon, et d'après Hérodote ou plutôt d'après les prêtres égyptiens, parmi les 330 rois, jtiédécesseurs de Myris, il n'y a eu qu'une seule reine, laquelle avait nom Nitocris, l'identité de ces trois individus ne saurait être douteuse : donc certains rois memphites de la 6" dynastie de Manéthon se trouvent en môme temps des rois thébains des listes d'Eratosthène. Donc les royaumes de Thèbes et de Memphis auraient été réunis sous le cinquième roi de Thèbes; et cette réunion aurait duré pendant les deux règnes suivants, après lesquels il y aurait eu une nouvelle séparation. En faisant la somme des règnes du catalogue d'Eratosthène depuis Menés jusqu'à Nitocris exclusivement, on trouve 666 ans. En faisant la somme des règnes de Manéthon depuis Menés jusqu'à Nitocris, on trouve 1 643 ans. Donc ou Manéthon a prodigieusement enflé ses listes, ou bien il aura additionné comme successives des dynasties simultanées. Cette seconde hypothèse est plus vraisemblable. Si l'on choisit la première, il faudra réduire le chiffre de 5 863 que Manéthon attribue à ces dynasties dans le rapport de 1 645 à 666, bu le ramener à 2 374 ; la monarchie égyptienne ne remonterait donc qu'à 2 574 ans. Les trois rois Saophis, Sen-Saophis et Moschérès dans Eratosthène sont sans doute Suphis, Suphis II et Menchérès qui se succèdent dans Manéthon ; or le premier régna 404 ans après Menés suivant Eratosthène, et 743 an^ après Menés suivant Manéthon; donc, ou le compte de Manéthon est enflé, ou il faut en distraire des règnes collatéraux comptés comme successifs... Entre le Moschérès et l'Appus d'Eratosthène, il ne s'écoule que 08 ans sous deux rois... Entre
LES HISTORIENS ET l'HISTOIRE DE l'ÉGYPTE. 661
le Moschérès et le Phiops de Manéthon, il y aurait au moins sept rois, et d'après le calcul de ChampoUion quatre ou cinq cents ans d'intervalle; et qu'on le remarque bien, le catalogue d'Eratostlîène est accepté par tous les savants. Enfin le grand Sésostris est d'après Manéthon le premier roi de la 19^ dynastie; il l'appelle Sethos et raconte ses conquêtes. Or on trouve pour troisième roi de la 12^ dynastie ihébaine, le nom de Sésostris; eii outre, les durées de la 18^ et de la 19^ dynastie de Manéthon sont respectivement dix-sept et six mois, comme les durées des 41^ et 12® dynasties thébaines d'Eratosthène. Voici donc qu'un même roi Sésostris se trouve en même temps dans la 19® et dans la 12® dynastie. Cuvier n'avait-il pas raison quand il affirmait que Manéthon a copié diverses listes, et les a copiées sans les comprendre?
Mais, dit-on, il existe entre Manéthon et les monuments un accord vraiment remarquable. Oui, pour les temps historiques, pour les derniiTCs dynasties, et alors l'accord plaide en même temps en faveur de la Bible. On a vu, sur un monument de Thèbes, Sesong, premier roi de la 22® dynastie, enchaînant un roi appelé, par l'inscription hiéroglyphique, roi de louda ; or ce Sesong est évidemment le Sésac de la Bible qui prit Jérusalem sous Roboam. Pour les dynasties antérieures l'accord est bien loin d'être ce que l'on affirme. De dix-sept rois de la 18® dynastie lus par ChampoUion sur certains monuments, il n'y a que sept noms qui se trouvent dans Manéthon écrits à peu près de la même manière. Son Sésostris est tout différent de celui des égyplologues, qui ont lu très-différemment les mêmes choses à diverses époques. N'avons-nous pas vu Amenoftep transformé plus tard en Chébron, Thoutmosis en Aménophis, Acheuchenès de Manéthon en Mandouei, et plus tard en Menephta I®''; Rhamsès III
confondu avec Sésostris; le Sellios de Manéllion, en passant de la 49^ dynastie à la 18% vieilli de cent ans, en même temps que son rc'gne est porté d'un an à cinquante-cinq ans? La science moderne a découvert et possède une partie des secrets de la langue hiéroglyphique ; mais d'innombrables mystères se dressent encore devant elle, et il y a beaucoup d'arbitraire dans ses interprétations. Malgré la découverte incontestable de l'écriture phonétique, il y a dans sa manière de lire les mots auxquels elle s'applique, et beaucoup plus encore dans la traduction des signes idéographiques, énormément d'incertitude et de discordance. — Pour les dynasties collatérales, voyez Desdouits, Soirées de Montlhéry, p. 286 et suivantes.
Diodore de Sicile. Les' monuments, dit-on, joints au texte de Diodore de Sicile reportent à 2 300 ans avant notre ère. Cette date n'aurait rien d'incompatible avec la chronologie biblique; mais comment accorder quelque valeur au récit de Diodore de Sicile? ou du moins comment accorder Manéthon avec Diodore de Sicile qui, dépassant son guide, met au moins une vingtaine de rois là où Manéthon n'en place que quatre entre Sésostris et Prêtée?
11 écrivait sa Bibliothèque historique sous Jules César et Auguste. Prolixe dans les détails frivoles et fabuleux, il glisse sur les affaires importantes. Sa crédulité excessive se montre surtout dans la description de l'île de Pancau, où l'on voyait suivant lui des allées d'arbres odoriférants à perte de vue, des fontaines donnant naissance à des canaux bordés de fleurs, des oiseaux inconnus chantant sous d'éternels ombrages, un temple de marbre de 4 000 pieds de longueur, etc. Il est cependant moins rempli de contes et de fables rue Ctésias et Hérodote. 11 n'accorde pas d'ailleurs à l'Egypte une
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grande antiquité. Suivant lui les savants parmi les Egyptiens comptaient, les uns une durée de 3 000 ans, les autres 16 000 ans; à ceux-ci il disait : Ou les prêtres égyptiens mentent, ou leurs années sont des périodes d'un ou deux mois, comme il est notoire qu'étaient les anciennes années égyptiennes : témoin Varron, Plutarque, Pline, saint Augustin, Diogène, Lucrèce, Macrobe, Suidas, Proclus, Eudoxe.
Papyrus de Turin. Chose étrange ! M. François Lenormant semble admettre que la liste de rois du papyrus cédé par M. Dovretto, aurait été dressée sous Rhamsès III (19^ dynastie) , c'est-à-dire à l'une des époques les plus florissantes de l'histoire d'Egypte, et qu'elle a tous les caractères d'un document officiel, d'autant plus précieux que chaque nom de roi y est suivi de la durée de son règne, et qu'après chaque dynastie intervient le total des années pendant lesquelles elle a gouverné les affaires d'Egypte. Et, cependant, M. Lenormant avoue qu'il contient une liste de tous le^ personnages mythiques ou historiques regardés comme ayant régné sur l'Egypte dans les temps fabuleux. La fable serait donc officielle ! Quelle désolante contradiction ! Bien mieux éclairé et informé, M. William Osburn, l'auteur de V Histoire monumentale d'Egypte, n'a pas craint décrire en 1868 : «La copie de Turin est très-récente ; elle a été écrite probablement un siècle après la naissance de Jésus-Christ; un Allemand a trouvé le nom du Christ dans plus d'un des derniers chapitres. Je disais cela à Turin il y a vingt ans ; je le répète avec plus d'assurance après une étude de plus de quinze ans de la copie exacte de Lepsius. Les écrivains de ce papyrus ont été ces prêtres égyptiens voyageurs, mentionnés par Pétronius Arbiter, qui traversèrent en long et en large l'empire romain, vendant des images, des amulettes et d'autres colifichets.
qu'ils achetaient à bas prix dans les villes qu'ils traversaient. L'homme assez insensé pour oCl'rir de payer au prix d'une rançon de roi ces 120 pieds de papyrus était un de leurs convertis ou pervertis qu'ils avaient déterminé à quitter lagréable ville de TAsie Mineure où il était né, pour trafiquer avec lui. Le temple d'Isis à Pompéi, l'obélisque de Bénévent et plusieurs des pseudo-antiquités de Rome sont l'œuvre de ces prêtres vagabonds. »
Salle des Ancêtres du temple de Karnak. De l'aveu de tous, si elle n'était pas un extrait arbitraire des listes royales d'Egypte, elle serait un démenti donné à Manéthon. L'auteur a pris çà et là une dynastie et négligé les autres pendant de longues périodes. Il ne donne aux figures qu'il emploie aucun ordre chronologique. En réalité, elle ne rend pas à la science un vrai service, elle n'a servi qu'à préciser mieux les noms portés par les rois de la IS** dynastie; on n'en peut rien tirer relativement à l'ancienneté de la monarchie égyptienne ; elle est d'ailleurs grandement mutilée.
Tables d'Abydos. Ce sont encore des hommages aux ancêtres, adressés par Rhamsès II, de la 19^ dynastie. Elles donneraient une liste des rois des six premières dynasties, presque aussi complète que celle de Manéthon, et n'ajouteraient rien par conséquent à ce que l'on savait déjà.
Table de Sakkarah. On y voit inscrits les noms de cinquante-huit rois. Ce choix ressemble beaucoup à celui qui avait été fait à Abydos, avec des différences assez considérables. Une ou deux fois un prince omis dans une liste est porté sur l'autre ; quelquefois même de deux princes dont le règne a été incontestablement simultané, l'un figure à Sakkarah, l'autre à Abydos. Cet aveu est de M. Mariette ([ui ajoute : « Ainsi, au temps de la 19^ dynastie, parmi, la compétition qu'a-
LES HISTORIENS ET l'hISTOIRE DE l'ÉGYPTE. 66S
valent présentée les annales égyptiennes, on ne s'accordait pas d'une manière absolue sur ceux qui devaient être tenus pour souverains légitimes, et la liste en variait suivant la ville, sans doute suivant que leur pouvoir s'y était ou non exercé. » Quel argument en faveur des dynasties simultanées !
La vieille Chronique. Elle suppose 36 525 ans entre le commencement du règne du Soleil qui compte pour 30 000 ans et la fin du règne de Nectanébus, premier roi de la 30^ dynastie. Or 36 525 ans, c'est vingt-cinq fois juste le cycle sotliiaque de 1 461 ans, ou, ce qui revient au même, cent fois juste autant d'années que l'année contient de jours, dans l'hypothèse de 365 jours un quart. Donc, tout d'abord, comme la période sothiaque et l'année de 365 jours un quart sont très-récentes en Egypte, le chiffre de la vieille Chronique est lui-même une invention tardive obtenue par un calcul rétrograde. Elle n'est elle-même qu'une fiction chronologique, qui sert plutôt la vérité que l'erreur. En effet, la liste de ses dynasties ne commence qu'à la 16'' ; au lieu des quinze premières, qui ont toujours été suspectes, elle ne compte que quinze générations. En faisant un total des règnes humains et de ceux des demi-dieux qui comptent chacun pour une moyenne de 26 ans (chiffre qui sent bien son invention humaine), on arrive à 2 370 ans avant notre ère. Telle serait donc l'antiquité du gouvernement humain de l'Egypte d'après la vieille Chronique ; elle le ferait remontera une époque trèsinférieure à celle de Manéthon, inférieure même à celle que la chronologie biblique pourrait admettre. Ce résultat est assez concluant : en effet, qu'une nation exagère son antiquité, cela est dans la nature de l'homme ; mais qu'elle la diminue, voilà ce qu'on ne verra jamais.
Concluons donc une fois encore : alors même que les monu-
ments égyptiens auraient des mystères toujours impénétrables pour nous, que s'ensuivrait-il? Que leur secret nous manque, voilà tout! Mais qu'importent les incertitudes et les ténèbres, quand un monument supérieur de tout point à tous les monuments profanes leur donne le démenti le plus formel et fixe la véritable histoire! Ce monument, nous l'avons déjà dit, c'est le récit de Moïse.
Astronomie des Egyptiens.
La détermination par les Egyptiens de la longueur de Tannée, 3Co jours un quart, se perd, dit-on, dans la nuit des temps; et ils y étaient arrivés par les levers héliaques de Sirius (on si^\^e\\e lever héliaque d'une étoile, l'époque où cette étoile se lève une heure avant le soleil), ce qui suppose qu'ils ont observé pendant une très-longue série de siècles.
Tout est gratuit, absolument gratuit, ou plutôt tout est faux, absolument faux dans cette argumentation.
En effet, les Egyptiens n'ont connu l'année sothiaque ou de 36o jours un quart que fort t;ird. Du temps d'Hérodote, c'est-à-dire 450 ans avant Jésus-Christ, ils croyaient encore que la durée de l'année solaire était de 365 jours. Thaïes n'apprit d'eux que cette même année de 365 jours. Macrobe, le premier, 422 ans après Jésus-Christ, sousl'empereurThéodose, accorde auxÉgyptiensune année solaire de 365 jours un quart. Les Juifs, à leur sortie d'Egypte, n'avaient qu'une année lunaire. Si les Egyptiens eussent eu à cette époque, je ne dirai pas l'année sothiaque, mais l'année vulgaire de 365 jours, les Juifs l'auraient adoptée au lieu et place de l'année lunaire qui exige des intercalations difficiles. Cécrops, originaire de Sais, n'importa en Grèce qu'une année lunaire. Donc en 1500, qui est à peu près l'époque de Cécrops, d'après la chronique de Parcs, Tannée sothiaque n'existait pas. D'ailleurs, si cette
année avait été déterminée, elle ne Feùt sans doute pas été par l'observation da lever héliaque de Sirius. En effet, Nouet, astronome de l'expédition d'Egypte, dit en termes exprès : « En Egypte, le tour de Thorizon est tellement chargé de vapeurs que, dans les belles nuits, on ne voit jamais d'étoiles à quelques degrésau-dessusde l'horizon, dans la seconde et troisième grandeur, et que le soleil lui-même à son lever et à son coucher se trouve entièrement déformé. » Il est infiniment plus probable, surtout puisque les obélisques étaient de véritables gnomons, qu'on détermina la longueur de Tannée par le retour des ombres méridiennes égales, ou des mêmes ampHtudes, ou de la correspondance du soleil à son coucher avec quelque étoile. Sirius, qui n'était pas dans l'éclipiique, eût été d'ailleurs une mauvaise étoile de comparaison ; et son année héliaque a été confondue par ignorance avec Tannée sidérale, par erreur avec Tannée tropique, qui en diffère par le fait de la Précession.
Si Tannée sothiaque de 363 jours un quart a été connue si tard des Egyptiens, il en est de même, à bien plus forte raison, de la période sothiaque. Après qu'ils eurent déterminé la longueur de Tannée sothiaque ou de Tannée astronomique de 365 jours un quart, ils n'en conservèrent pas moins Tannée civile de 365 jours. Il en résultait que chaque année civile, appelée vague ou sacrée, anticipait sur Tannée solaire d'un quart de jour, ce qui faisait un jour en 4 ans, 2 jours en 8 ans, 30 jours ou un mois en 120 ans, 360 jours ou douze mois en 1 440 ans, et 365 jours en 1 460 ans. Ce n'était donc qu'un bout de 1 460 années solaires que le premier jour de Tannée civile ou le premier jour du mois de Thot coïncidait avec le premier jour de Tannée solaire. Alors, après 1 461 années vagues, une grande période recommençait, et c'est cette période qu'on appelait la grande année, le cycle caniculaire, le cycle cynique, le cycle de Sirius ou.
la période sothiaque, parce que c'était l'époque de la nouvelle coïncideuce du premier jour de l'année civile avec le lever liéliaque de Sirius ou Solhis, qui représentait le commencement de Tannée solaire vraie. Amoun et Théon d'Alexandrie affirment qu'un des cycles sotliiaques de 1 460 ans finissait en Tan 1 38 ; donc, disait-on, l'origine de ce cycle remonte au moins à l'an 4322 avant notre ère. En outre, l'année de l'invasion des rois pasteurs était juste, suivant Manétlion, la sept-centième année d'un cycle caniculaire ; donc ce cycle avait commencé 700 ans auparavant, c'est-à-dire à peu près 2800 avant Jésus-Christ; donc la connaissance de ce cycle remonte au moins à 2800 ; donc l'origine des sciences, et à plus forte raison l'origine de la nation, remonte bien au delà de 3 000 ans. Mais tout cela ne prouve rien, puisqu'il est certain que l'année sothiaque est très-récente, et à plus forte raison la période sothiaque. Si Manéthon affirmait positivement que ce cycle était déjà formé en 2800, ce témoignage aurait déjà bien peu de valeur, car Manéthon est une pauvre autorité; mais il ne le dit nullement. 11 est, au contraire, infiniment probable que l'invention du cycle est extrêmement récente, et que les Egyptiens l'ont adopté comme une échelle chronologique sur laquelle ils remontent bien au delà de l'époque de son invention. Il en est de la période sothiaque comme de la période julienne, cycle arbitraire de 7980, qui est de l'invention de Joseph Scaliger, et sur laquelle, en remontant, l'ère chrétienne se trouve placée à l'année 4714, comme Manéthon a placé l'invasion des rois pasteurs à l'année 700 d'une période sothiaque. Donc rien ne prouve que l'invention du cycle sothiaque remonte à 2800 d'après Manéthon, ou môme à 1322 avant Jésus-Christ d'après Amoun.
M. Biot est bien plus dans le vrai lorsqu'il dit dans sa dissertation approfondie et intéressante sur divers poini^
d'astronomie ancienne, et en particulier sur la période sothiaque, comprenant 1 4G0 années juliennes de 365 jours et un quart {Comptes rendus des séances deV Académie des sciences, t. XXI, p. 1083) :
« Le premier retour postérieur à l'ère chrétienne de la coïncidence du lever héliaque de Sirius avec le premier jour de l'année vague égyptienne, après celui de 1322, eut lieu, sous le parallèle de Memphis, le 20 juillet de l'année julienne 138, justement dix jours après l'accession du premier Antoninà l'Empire. La durée de ce cycle n'est pas fondée sur l'observation, qui ne l'aurait pas donnée d'une manière si précise. On l'a déduite des hypothèses de Ptolémée qui, antérieurement, avait fait connaître la méthode par laquelle on la calcule pour une époque quelconque. Cette détermination numérique, devenue facile, offrait alors une occasion éminemment favorable pour rapporter à l'avènement du nouvel empereur une concordance céleste dès longtemps présagée, que sa rareté signalait aux superstitions astrologiques et religieuses comme une époque de rénovation, et que la computation ainsi effectuée lui appropriait bien mieux qu'une observation réelle n'aurait pu le faire. Il est donc très-naturel que le sprêtres d'Egypte, fort obséquieux pour la puissance romaine, se soient empressés d'adresser cet hommage à leur nouveau maître. Aussi est-ce seulement depuis lors que la période fondée sur le retour du lever héliaque de Sirius au premier jour de l'année vague égyptienne est mentionnée dans les auteurs comme grande année sacrée propre à l'Egypte. Du reste, ils ne lui attribuent généralement aucun usage astronomique ou chronologique antérieur. Ptolémée, contemporain de cette époque, n'en parle point ; sans doute il l'aura dédaignée comme astronome. . . Voilà donc, à mon avis, l'histoire la plus simple et la plus vraisemblable de celte fameuse période sothiaque... Des ;éru-
dits modernes delà i)liis haute distinction, Petaii, Dainl)ridge, DodwcU et Fréret lui-même, ont cru qu'elle avait été fixée à l'origine par des observations réelles des levers héliaques dont (parce qu'ils n'étaient pas astronomes) ils n'appréciaient pas assez l'incertitude pratique. Mais ce n'est, selon toute vraisemblance, que l'expression d'une ancienne notion traditionnelle transformée en période rigoureuse dont l'origine numérique a été déduite, au second siècle de notre ère, des théories astronomiques, par un calcul rétrograde, pour lui donner l'apparence d'une détermination anciennement obtenue. »
Ceux qui supposent aux Egyptiens la connaissance de la longueur exacte de l'année à une époque assez reculée, ont une opinion beaucoup trop avantageuse de leurs connaissances astronomiques. Delambre affirme que de tous les peuples primitifs ils étaient les moins avancés en astronomie. Ils ont pu observer, comme on l'a dit, 8 à 900 éclipses, ce qui ne suppose pas après tout plus de 1 200 ans ; ils ont pu découvrir de bonne heure les planètes, se faire un système sur leurs mouvements, et supposer avec une certaine raison un ordre entre ces corps, d'après les durées de leur course ; mais cela n'est pas de la science, s'il n'y a dans l'observation ni précision ni mesure. La preuve c'est que Ptolémée, vivant en Egypte au sein de toutes les lumières du pays, se sert des observations des Chaldéens et des Grecs, et ne cite pas une fois les Egyptiens. Dans le quatrième siècle de notre ère, on voit Eudoxe, qui avait travaillé 13 ans chez eux et avec eux, apporter en Grèce des cartes célestes d'une grossièreté effroyable. Si les Egyptiens avaient connu la précession des équinoxes, les savants grecs de l'école d'Alexandrie (fondée parles premiers Lagides), qui l'ignoraient, n'auraient pas manqué de l'apprendre des Egyptiens. Or cela n'est pas, et la connaissance de la précession est le fruit des observations des savants d'Alexandrie.
On veut encore que les Egyptiens aient connu, à une seconde près, la durée de la révolution synodique de la lune. En effet : Plutarque dit que le bœuf Apis était le symbole de la conjonction du soleil et de la lune, et qu'il mourrait après 25 ans, c'est-à-dire qu'après^o ans les néoménies revenaient aux mêmes dates.Orontrouveque25 fois 365 jours donnent 9 125 jours, et que 309 lunaisons de 29, 5307443 jours, durée de la révolution synodique il y a 5 000 ans, donnent exactement lemême prod uit, 9 125 jours ; donc les Egyptiens connaissaient cette date précise. Affirmer que c'est en partant du chiffre exact 29,5307443 qu'on est arrivé aux 25 années de 365 jours, c'est purement arbitraire. Il suffirait d'observer 100 lunaisons pour trouver que ladurée moyenne d'une lunaison est 29,53702; ce nombre multiplié par 309 donne 9 125 ou 25 ans, à 3 h. et 12 m, près, et ramène la coïncidence des dates. Les Egyptiens évidemment n'ont pas regardé le cycle de 25 ans comme absolument rigoureux; cette valeur, comm? celle de tous les cycles possibles, celui de Méthon ou autres, ne peut être qu'approximative. Le calcul qui précède, par conséquent, neprouve rien par cela même qu'il prouve trop. A quel homme sérieux fera-t-on croire que les Egyptiens ont découvert une durée astronomique exacte à un centième de seconde près, et telle que cette durée multipliée par 309 donnât juste, tout juste, rigoureusement juste, à moins d'une seconde d'erreur, le nombre rond de 25 années sacrées? Assurément l'égalité signalée plus haut est quelque chose de singulier; mais cette singularité est indépendante des observations et des calculs, soit des Egyptiens, soit des nôtres. Il ne signifie absolument lien dans l'interprétation du retour dont le bœuf Apis était l'emblème. Au chiffre de 5 000 ans on pourrait substituer une infinité d'autres plus grands, et ce raisonnement ne peut conduire h aucune conclusion sérieuse relativement à l'antiquité de la science égyptienne.
Hcrotlote dit avoir a[)pris des prêtres qu'il s''^'*iit écoulé U 340 ans depuis l'origine delà monarchie égyptienne jusqu'au règne de Séthon. Or, en admettant que l'année sidérale soit de 3ôo jours 6 h. 41' 3" 3"', on trouve que H 340 fois l'excès 6 h. 11' 3" 3'" donne exactement la longueur de l'année sidérale, et Ton est tenté de conclure de ce rapprochement trèscurieux, comme aussi d'un passage d'Albertinius, ou que les Egyptiens connaissaient réellement la valeur exacte de l'année sidérale, ou que l'antiquité de la civilisation égyptienne remonte réellement à 11 340. Ni l'un ni l'autre évidemment. Nous avons prouvé que les Egyptiens n'ont connu et possédé que très-tard l'année de 363 jours un quart; et il est bien plus naturel d'admettre que le chiffre d'Hérodote est un chiffre inventé ou obtenu après coup. Le passage dans lequel on le trouve est d'ailleurs inintelligible, puisqu'il affirme que, pendant cet intervalle, le soleil s'était levé deux fois où il se couche aujourd'hui, et qu'il s'était couché deux fois où il se lève présentement, sans que cette inversion eût rien occasionné d'extraordinaire, par rapport aux productions de la terre, aux débordements, aux maladies, à la mortalité. D'ailleurs, si ce chiffre 11 340 est l'emblème d'un fait astronomique, comment pourrait-il être un chilfre chronologique réel? Ce chiffre 11 340 est aussi un produit des cinq nombres impairs simples 1, 3, 5, 7, 9 par le nombre 12 des signes du zodiaque; c'est donc évidemment un chiffre fabriqué : le premier rapprochement n'est guère plus extraordinaire que le second; disons même qu'il est absurde parce qu'il suppose connue, à une tierce près, la longueur de l'année que l'on ne connaissait pas à un quart de jour près. Comment admettre que les Egyptiens aient pu déterminer si exactement la durée de l'année sidérale quand il est certain, d'après Hérodote et Diodore de Sicile, que les clepsydres étaient leur seul moyen de mesurer le temps, et
qu'ils n'avaient pas inventé le cadran solaire, dont on ne trouve aucune trace, aucun débris dans les monuments, dont Thaïes, le plus ancien des voyageurs, ne dit pas un mot ; qui est certainement une invention grecque; dont la construction enfin exigeait une connaissance avancée de la géométrie que les Egyptiens ne possédaient certainement pas ?
31. Biot a présenté à F Académie des sciences, en 1853, un calendrier trouvé à Tlièbes dans les tombeaux de Rhamsès VI et Pihamsès IX, astronomique et astrologique. C'est un tableau de levers d'étoiles de quinzaine en quinzaine pendant tout le cours d'une année de 360 jours, dressé avec la plus grande exactitude, et qui suppose une habileté*remarquable jointe à une grande persévérance. « Personne, dit M. Biot, ne se serait attendu à trouver dans une antiquité si reculée une telle richesse de matériaux astronomiques coordonnés avec tant d'adresse. » Mais tout cela ne prouve rien contre la chronologie de la Bible. Le calendrier ne remonte qu'à l'an 1 240 avant notre ère ; il n'accuse aucune science théorique ; un calendrier composé pour tout élément de levers d'étoiles n'est-il pas celui d'un peuple qui ne connaît encore que très-imparfaitement le cours du soleil? Il supposerait en outre qu'en l'an 1240, l'année des Egyptiens, comme celle des Hébreux, n'était encore que de 360 jours. Enfin, si M. Biot a accueilli cette découverte avec tant d'enthousiasme, c'est, dit-il, «parce qu'elle lui faisait espérer qu'on retrouverait tôt ou tard dans les monuments égyptiens ou dans les papyrus des dates d'éclipsés de soleil et de lune, au moyen desquelles on reconstruirait en toute rigueur la chronologie de l'ancien empire égyptien, sur laquelle nous n'avons jusqu'ici que des données éparses, confuses et souvent contradictoires. »
Dupuy voulait que l'Egypte fût le pays natal du zodiaque, et que sou origine remontât à 15 ou 16 000 ans. Dans son idée
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préconçue, les emblèmes ou figures des douze signes devaient être en harmonie avec les phénomènes naturels particuliers à l'Egypte; or cette harmonie ne pourrait exister qu'autant que, à l'époque de sa constitution première, le solstice d'été eût été dans le Capricorne, ce ([ui nous rejette à 15 000 ans en arrière. Même en admettant l'hypothèse de l'harmonie entre les emblèmes et les phénomènes naturels, ces 15 000 ans pourraient se réduire à 4 500 par une considération très-simple. Les constellations qui ont dû fixer l'attention ne sont pas celles où le soleil se trouvait successivement et qui se perdent dans ses feux, mais les constellations opposées ou achroniques; la date du zodiaque ne remonterait plus alors qu'à 2 700 ans avant notre ère, ce qui n'est nullement contraire à la chronologie biblique. Nous ne nous arrêterons pas à prouver que l'harmonie voulue par Dupuy entre les phénomènes naturels à l'Egypte et les signes est tirée par les cheveux et vraiment illusoire ; que le zodiaque, par conséquent, ne porte nullement un caractère évident d'origine égyptienne (1); que, dans nos climats tempérés, cette harmonie est au contraire beaucoup plus réelle ou du moins plus approchée, quand, avec Pluche, ou place le Bélier à l'équinoxe du printemps; qu'il est certain, en réalité, que les signes zodiacaux ne sont nullement des emblè-' mes ayant le moindre rapport avec les saisons, les climats, les phénomènes naturels de tel ou tel pays; que le zodiaque est
(1) Rémi Rai;?e, orientaliste de l'expédition d'Egypte, ayant trouvé dans Ptolémée que le mois Epiphe, mot qui signifie Capricorne, commençait le "20 juin, vers le solstice d'été, en conclut que le solstice d'été avait lieu en effet dans le Capricorne, lors de l'invention du zodiaque, ce qui était une confirmation aj)parcnte du système de Dupuy. Il oubliait que le mois epiphe est comme les autres un mois vague dont le commencement parcourait en rétrogradant tous les jours du calendrier solaire, de sorte que si, à l'époque dont parlait Ptolémée, epiphe commençait vers le solstice, c'était par un i)ur hasard, etquc cent vingt ans avant ou après, epiphe commençait un mois plus tard ou un mois plus tôt que le solstice.
une composition postérieure à celle des constellations qui ont servi à dénommer les signes zodiacaux, ou que ces constellations étaient déjà figurées lorsqu'on divisa l'écliptique en douze parties égales ; que l'invention du zodiaque est toute récente et d'origine grecque; et qu'enfin tous les zodiaques orientaux sont une copie du zodiaque d'HIpparque. En ce qui concerne les Egyptiens, cela résulte évidemment de ces faits remarquables : 1° aucune représentation zodiacale complète et incontestée ne se rencontre sur des monuments antérieurs à la domination roînaine ; 2° le signe du Sagittaire, tel qu'il ■ est dans notre zodiaque comme sur ceux de Dendérah et d'Esneli, est représenté par un centaure, figure appartenant à la mythologie grecque, tout à fait étrangère à l'art égyptien, et qu'on ne retrouve pas une seule fois dans les millions de figures qui couvrent les monuments de l'Egypte. Pour la Chaldée et la Perse, le fait n'est pas moins certain. Pour la Chine, le zodiaque des Chinois, celui qui est véritablement propre à ce peuple, est le zodiaque lunaire divisé en vingt-huit parties qui sont les [mansions de la lune : le zodiaque avec douze signes, qui leur est commun avec nous, a été importé à une époque trèsrécente. « En l'an 104 de l'ère chrétienne, dit le P. Gaubil [Histoire de l'astronomie chinoise, p. 24-26), des étrangers envoyés par Gan-Toun (Antonin), roi de Ta-Tsin (empire romain), arrivèrent à la Chine et y apportèrent la connaissance de la sphère. C'est alors qu'on y fit des armilles et un globe céleste, et qu'on y connut les douze signes. » Le véritable zodiaque indien est aussi le zodiaque lunaire ; le plus ancien ouvrage où il soit question du zodiaque en douze signes est VAcijabalhe, composé entre l'an 200 et l'an 400 de notre ère. D'ailleurs, les noms des douze signes, qu'on trouve dans un auteur indien du même siècle, sont évidemment des noms grecs indiauisés. (Desdouits, Soirées^ p. 300 et suivantes.)
Chaldéens. Assyriens. linbijlonions. Le bassin de TEuplirate ou du Tigre constitue la plaine de Sennaar. « Les liommes, dit la Genèse, n'ayant qu'une lani^ue et un langage, partis de TOrient, trouvèrent une campagne dans le pays de Sennaar et y habitèrent. » {Genèse, c. xi, v. 1 et 2.) Au sein de cette population qui couvrit le sol de la Babylonie et de la Ghaldée, il se forma bientôt deux éléments principaux, deux grandes nations, les Soumer et les Amed ; la première était de race touranienne, la seconde de race kouschite. Les Touraniens apportèrent à Btibylone et à l'Assyrie le singulier système d'écriture cunéiforme. « De Kousch, dit la Genèse, naquit Nemrod. L'origine de son empiie fut Babel, Erec, Aecad et Clialanné, dans le pays de Sennaar. De ce pays sortit Assur qui bâtit Ninive et Calacli. » Que peut-on concevoir de plus précis et de plus net? Nous ne savons rien de l'histoire des princes successeurs de Nenirod, ni de celle des premiers temps de l'Assyrie. Vers l'an 2000 ou 2300, la sainte Bible nous montre Chodorlahomor, Kundus-Nonkunda des inscriptions cunéiformes, ou Kudas Mabag-Dubuycas, de Mughur, maître de tout le bassin du Tigre et de l'Euphrate, ayant pour esclaves Amraphel, roi de Sennaar ou Ghaldée, Arioch, roi d'Ellasar, et Targal, roi des Nations. L'époque du premier empire de Ghaldée a laissé de nombreux débris de monuments dont lesproportions sont grandioses. Le plus souvent la masse intérieure des maçonneries est en briques non cuites, simplement séchées au soleil, avec revêtement en briques cuites. Ce sont des pyramides à étages, composées d'une série de hautes terrasses carrées superposées, en retraite les unes par rapport aux autres sur toutes leurs faces. Les tombeaux se composent d'une petite chambre maçonnée en briques cuites ; les poteries qu'ils renferment sont en général grossières, modelées à la
CIIALnÉENS. ASSYRIENS. BABYLONIENS. 677
main, sans l'aide du tour. Comme objet d'art, on n'a trouvé ni sculpture, ni peinture, à l'exception de deux figurines, mais beaucoup de cylindres de pierres dures, gravés en creux.
Les Chakléens ont été mis au rang des plus anciens astronomes; on leur attribue une série d'observations astronomiques envoyée, dit-on, de Babylone à Aristote par Callistliènes, qui accompagna Alexandre dans son expédition. Elles embrassaient, à ce qu'on prétend, un espace de 1 903 ans, depuis le commencement de la monarchie des Babyloniens jusqu'au passage d'Alexandre en Asie. Suivant ce calcul, les premières observations des Chaldéens dateraient de l'an Ho après le déluge. Mais ce récit ne mérite aucune attention : il a été mis en avant par Simplicius, qui écrivait dans le vi^ siècle de l'ère chrétienne. Aristote n'a parlé nulle part de ces observations; Hipparque et Ptolémée, bien antérieurs à Simplicius, ne les ont pas connues. Après avoir recherché avec le plus grand soin les écrits des anciens astronomes, ils déclarent n'avoir pas trouvé d'observations des Babyloniens remontant au delà de l'époque de Nabonassar, qui monta sur le trône l'an 747 avant Jésus-Christ.
Le Syncelle a conservé les noms de trois fameuses périodes astronomiques inventées par les Chaldéens, le Saros, le Neros et le Sosos ; mais on ne sait pas bien ce qu'elles étaient et à quelle époque elles furent employées pour la première fois. Bérose, qui les connaissait, ne les a pas définies et n'a pas indiqué la date de leur découverte. Le Syncelle dit que le Saros était très-probablement une période de 18 ans composée de 2'23 mois lunaires synodiques de 29 jours et demi chacun, et servant à prédire les éclipses. Le Neros serait-il la grande année de 600 ans, que Josèphe dit avoir été connue des patriarches, et qui serait par conséquent une tradition hébraïque? « Entre autres vues, dit Josèphe, que Dieu
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avait eues en accordant aux premiers patriarches une vie aussi longue que celle qui nous est attestée par les livres saints, il voulait leur fournir le moyen de perfectionner la géométrie et l'astronomie qu'ils avaient inventées. Car ils n'auraient pas pu prédire avec sûreté le mouvement des astres, s'ils avaient vécu moins de 600 ans, attendu que c'est dans cet espace de temps que s'accomplit la grande année. {Antiquités^ liv. I, ch. III, p. 17.) Le Sosos enfin serait-il une période de 60 ans, la dixième partie du Neros de 600 ans ?
Les Babyloniens étaient du nombre des peuples qui se piquaient d'une très-haute antiquité. A les entendre, ils subsistaient en corps de nation depuis 470 000 ans. Bérose se vantait d'avoir trouvé à Babylone des mémoires qui remontaient à 120 000 ans ; mais en dépit de cette brillante découverte, il n'a pas pu parvenir à remplir par des faits ou par des événements l'espace écoulé depuis la fondation de la monarchie jusqu'à Nabonassar, 747 ans avant Jésus-Christ. Pour se tirer de ce mauvais pas, il osa avancer que Nabonassar, entêté d'un fol orgueil, et dans l'idée de passer à la postérité pour le premier souverain de Babylone, avait supprimé tous les monuments historiques de sa nation.
M. Oppert, dans l'opuscule cité, page 45, dit : « Les Chaldéens avaient des périodes de 60, 600, 3 600 ans; ils avaient ensuite les heures de la journée et la division du cercle en 360 degrés; ils avaient trouvé la longueur de l'année tropique ; ils possédaient la connaissance du cycle qui devait plus tard illustrer le nom de Méthon (nous croyons qu'il se trompe : le cycle de Méthon était de 19 ans, le Saros des Chaldéens n'avait que 18 ans) ; ils admettaient une valeur presque exacte de la marche moyenne de la lune ; ils avaient trouvé la période des périgées de 19 786 jours ; ils avaient découvert le Saros ou la période de 6 585 jours 1/3, après lesquels les éclipses revien-
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nent. Ces 6 583 jours 1/3 forment 18 ans et 11 jours ou 223 lunaisons. Leurs observations, remontant à une époque trèsreculée, leur permirent de former des catalogues d'étoiles, et ainsi ils purent connaître une période de 22 325 lunaisons équivalant à 1 80o années juliennes, d'après lesquelles les éclipses reviennent plus exactement encore dans le même ordre. Ces 22 325 lunaisons sont le multiple du cycle méthonien ; nous l'appelons période lunaire chaldéenne. D'après un passage du roi Sargon, cette période se renouvela en 712 avant Jésus-Christ. Il y eut donc en 712 la fin d'une période qui avait commencé avec les temps historiques. Les temps historiques ont donc dû commencer 1 805 ans avant 712 avant Jésus-Christ, c'est-à-dire en 2517. »
Cela posé, M. Oppert, qui avait évalué, d'après la copie arménienne du C/iro/u'con d'Eusèbe, à 39 180 ans la durée des temps mythiques de la Chaldée, non sans faire remarquer que le manuscrit arménien est manifestement corrompu en jjeaucoup d'endroits, que les principaux chiffres sont inexacts, et que force est de leur donner le coup de pouce, arrive enfin à découvrir que ce nombre tiré par les cheveux est formé de douze périodes égyptiennes de 1 461 ans et de douze périodes chaldéennes de 1 805 ans, c'est-à-dire que l'on a
et il en conclut, parce que ce rapprochement ne saurait être accidentel, qu'il y a eu une influence égyptienne dans la Chaldée; que l'un des deux peuples a dû transmettre à l'autre les connaissances acquises, et que c'est l'Egypte qui a donné la civilisation à la Chaldée; ce qu'il essaye de démontrer par une autre voie. Ce ne serait pas tout encore : quand, avec la période de 1 805, on remonte de 712 ans aux époques antérieures, on trouve 2 517, 4 322, 6 127, 7 932, 9 737, 11 542.
Or, lions avons vu que laderuiîii'c pénode solliiaque de 1 401 ans finit le '20 juillet 13U, sousAntoiiia le Pieux.; si, par cette période sothia([ue, on remonte de 139 aux années anléricures, on trouve 1 3^2^2, 2 782, 4 -242, S 702, 7 102, 8 022, 10 082, 11 542; on retrouve donc 11542 comme point de départ commun des deux cycles, qui, réunis jus([ue-là, se sont alors scindés. Et M. Oppert en conclut im[)licilemcnt que cette année, dans Thistoire des deux peuples, est une année historique. Et c'est cette conclusion vague, si singulière, qu'on ose sous son nom opposer à la chronologie des livres saints. Tout cela est vraiment arbitraire, ce n'est qu'un rêve ou un roman. Nous l'avons prouvé jusqu'à l'évidence, la période sothiaque a été connue bien tard en Egypte, elle ne date probablement que du règne d'Antonin. Les Clialdéens ont connu le cycle de 18 ans, niais non pas le cycle de 19 ans de Méllion, qui fut une découverte mémorable célébrée avec grande pompe, ce qui lui fit donner le nom de Nombre d'or; à plus forte raison les Chaldéens ne connurent pas le cycle de 1 805 ans. Si le nombre 39 180 est réellement le nombre de la Chronique d'Eusèbe, c'est qu'il aura été fabriqué après coup, que c'est un chiffre purement artificiel, inventé dans le but de donner quelque apparence de vérité à l'antiquité fabuleuse dont les Chaldéens se vantaient. Au reste, ou M. Oppert croit à ce nombre 39 180 ans, comme à un nombre réel, non inventé, non fabriqué, et alors ce n'est plus 11 542 années d'existence qu'il doit accorder à la Chaldée historique, mais bien 39 180! Si ce nombre 39 180 est purement inventé, chimérique (et comment ne le serait-il pas puisqu'il s'agit des temps mystiques ou fabuleux de la Chaldée), essayer même de passer de 39 180 ans à 11 542, est une mauvaise plaisanterie. On ne part pas de la table ou de l'inconnu pour arriver à la réalité ou au connu, sans faire acte de déraison. Au reste, qu'on le
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remarque bien, ce n'est pas à la Genèse, mais à la chronologie biblique ({ue 31. Oppert fait la guerre. En effet, diins les monstres en forme de poisson, émergeant de la mer Erythrée et auxquels les Chaldcens attribuent leur civilisation scientifique, il reconnaît les Anamin de la Bible, fils (le Misraïm ou de TEgypte. « Des colons égypliens, dit-il, dans les temps reculés, apportèrent à Fembouchure de TEuphrate îes bienfaits de la science; et les Chaidéens, dans leur fable intéressée, confirment sans le vouloir la précieuse donnée de la Genèse. » Quant à ce que M, Oppert ajoute relativemen'à une éclipse de soleil qui aurait eu lieu le 27 avril ou le 29 janvier 41542, avec son maximum, entre 8 et 11 heures du malin, montrant sur Thorizon Tétoile du grand Chiea, depuis longtemps invisible, et qui aurait vivement frappé les populations égyptiennes et chaldéennes, c'est encore un rêve, une fiction ; on voit trop qu'il parle de ce qu'il ne sait pas. En résumé, ce rapprochement, découvert par M. Oppert, n'a nullement la }>ortée ambitieuse qu'on lui attribuait; au contraire, en faisant la civilisation de la Chaldée postérieure à celle de l'Egypte, il l'a rajeunie ; et, par une conséquence nécessaire, comme nous l'avons surabondamment prouvé, il la fait rentrer dans les limites de la chronologie biblique.
Indiens. Toutes les notions que nous possédons sur la période primitive de l'histoire des Aryas de l'Inde se trouvent dans le recueil d'hymnes, appelés Védas, qui constituent depuis près de 3 000 ans l'Écriture sainte des Indiens, et ont été conservés avec un soin religieux par les brahmanes. De là le nom d'Époque védique par lequel la science désigne cette période de l'existence des nations aryennes dans les contrées arrosées par l'Indus. Le plus ancien des Védas, et le plus important, celui qui a pour ainsi dire enfanté les autres.
est le Rig. Boliiigbroke, astronome ûmiiieiit autant qirindianiste exercé, qui, d'un passage de ce livre où il est fait mention de la position du solstice relativement à deux constellations, position qui se rapporte à Tan 1391 avant Jésus-Christ, conclut que la compilation des Védas a dû être faite pour la première fois dans le xiv^ siècle. D'autres savants non moins éminents, MM. Albrech, Weber, Rolh, Max Muller, sont arrivés de leur côté et par d'autres voies au même résultat. La date des hymnes les plus récents semble devoir être fixée à Tan 160 avant Jésus-Christ, qui doit être celle de la clôture delà période proprement védique... MM. Wilson, Lassen , Max Muller adoptent pour l'époque la plus vraisemblable de la rédaction du code et des lois de Manou, le ix^ siècle avant l'ère chrétienne.
Les brahmanes commencèrent à cultiver l'astronomie dès l'époque védique ; leurs observations se bornaient alors au cours de la lune, aux solstices et à quelques étoiles fixes... Les Védas et les lois de Manou ne font aucune mention des planètes. C'est seulement dans les siècles qui suivirent l'expédition d'Alexandre, au contact des Grecs, et surtout par suite des communications commerciales, désormais régulières et fréquentes avec Alexandrie, que l'astronomie indienne prit un caractère vraiment scientifique. Dans les premiers siècles de l'ère chrétienne elle fit de grands progrès, en partie originaux, qui eurent plus tard une influence considérable sur l'astronomie des Arabes au temps des khalifes.
Le colonel Tod est arrivé à ce résultat : c'est vers 2250 avant l'ère chrétienne que remonte l'établissement, dans l'Inde proprement dite, des deux grandes races de Soorya et de Chandla. C'est vers cette époque, quoique un peu plus tard, que les Egyptiens, les Chinois, les Assyriens, suivant l'opinion générale, fondèrent leurs grandes monarchies; et c'est environ
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un siècle et demi auparavant qiravait lieu le déluge. {Annales et antiquités du Ragastan, vol. I, p. 37.) Si nous prenons la chronologie des Septante, nous aurons une bien plus longue période entre le déluge et l'époque assignée à la plus ancienne de ces monarchies.
Les livres les' plus authentiques des Indiens démentent par des caractères intrinsèques et très-reconnaissables l'antiquité que ces peuples leur attribuaient. Leurs Védas ne peuvent pas remonter à 3 200 ans, ce qui serait à peu près l'époque de Moïse. Peut-être même, ceux qui ajouteront foi à l'assertion de Megastène, 292 avant Jésus-Christ, que, de son temps, les Indiens ne savaient 'pas écrire; ceux, qui réfléchiront qu'aucun des anciens n'a fait mention de ces temples superbes, de ces immenses pagodes, monuments si remarquables de la religion des brahmanes, ceux qui savent que les époques de leurs tables astronomiques ont été calculées après coup et mal calculées, seront-ils portés à diminuer encore beaucoup cette antiquité de 3 200 ans? Ce jugement a été formulé par Cuvier.
Sydbartha Catyatinha, le fondateur du bouddhisme, qui devait combattre le brahmanisme et le régime des castes, naquit l'an 622 avant Jésus-Christ. Le bouddhisme constitua son système religieux de 433 à 543.
Tel est le résum.é fidèle delà chronologie indienne ; elle ne renferme rien, on le voit, que l'on puisse opposer à la chronologie de la Bible. Suivant Bailly, les Indiens auraient formé dès l'année 3553 avant Jésus-Christ une nation puissamment constituée, et les brahmanes auraient possédé des tables astronomiques dont l'ancienneté datait de 5 à 6 000 ans. Bentley reconnut le premier que rien n'indiquait que les Indiens eussent jamais possédé une connaissance positive et correcte de V'AslYonomle. Le Surija-Siddantha, ou livre de sciences
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iuiqucl les bralimancs donnent modestement une ancienneté de plusieurs millions d'années, ne remonte pas à plus de 7 ou 800 ans avant Tère ciiréticnnc. Les plus anciennes observations de ce livre ne vont pas au delà du xvi'' ou du xii* siècle avant notre ère. La légende de Christna, dit Bentley, est un grossier pastiche de l'Évangile. La position des planètes à sa ■ naissance accuse Tan 500 de notre ère. Laplace dit aussi dans le Système du monde : « Les tables des Indiens supposent des connaissances très-avancées en astronomie ; mais il y a tout lieu de croire qu'elles ne peuvent réclamer une trèshaute antiquité. » Delambre démontre qu'il n'y a pas la moindre raison d'admettre la Vérité des observations supposées. 3Iontucla a fait remarquer que la grande période de 864 000 ans est moitié d'une autre 24 000 x 360. Or, 24 000 est la période arabe dans le cours de laquelle les étoiles fixes, par un mouvement progressif, accomplissent une révolution entière. C'est donc un plagiat. Davy affirme que les périodes éloignées des Indiens ont été fixées arbitrairement au moyen d'une supputation rétrograde, et non déterminées par une observation réelle. Bentley le premier compara les positions indiennes des planètes avec celles tirées des tables européennes les plus exactes, et il en conclut les dates auxquelles leurs positions respectives se sont trouvées exactes des deux côtés. Il trouva aussi que le Surija-Siddanlha a été composé il y a 0, 7 ou 800 ans ; il en concluait que l'auteur du traité était Xaraha. La date du Vasasistha-Siddantha et du Baya-Siddantha, que les Indiens avaient coutume de faire remonter à un ou deux millions d'années, ne s'élève pas, d'après les caleuls de M. Bentley, au delà du x'^ ou du xi*' siècle de l'ère chrétienne.
L'astronomie indienne, disent Weber, Klaproth, Lassen, est uniquement fondée sur des ouvrages grecs et les données
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de l'école d'Alexandrie. Dans Tépoque védirfue elle est tout à fait dans l'enfance, se bornant à l'observation de quelques étoiles fixes, des 27 ou 28 mansions lunaires et des périgées de la lune. L'année est de 360 jours. La date de la plus ancienne division indienne en stations lunaires, au nombre de 28 autrefois, de 27 aujourd'hui, est comprise entre 1528 et 1375 avant Jésus-Christ; c'est probablement 1428. Laplace affirmait que les tables indiennes ne peuvent réclamer une très-haute antiquité. Tout indique qu'elles sont postérieures à Ptolémée, puisque le moyen mouvement qu'elles assignent à la lune par rapport à son périgée, à ses nœuds et au soleil, est plus rapide que celui de Ptolémée... Klaproth aftirme qu'elles ont été composées dans le vii"^ siècle de l'ère vulgaire, et qu'elles ont été postérieurement reportées à une époque antérieure. {Mémoires relatifs à l'Asie, 1826, p. 397.) D'après Lassen aussi, le premier indianiste de l'Allemagne, le Surya-Siddanlha est postérieur à l'introduction de l'astronomie grecque dans l'Inde, et date des premiers siècles de l'ère chrétienne. (Mortillet, Matériaux pour servir à f histoire de r/iommc, t. I, p. 233.)
Un fait capital, ce sont les altérations et les interpolations que la plupart des livres indiens ont subies dans les différents temps... Ils n'existent qu'en manuscrits, sur des feuilles de bambou préparées à cet effet, et sont recopiés perpétuellement. Or on comprend comment chaque copiste a pu insérer dans les anciens livres ce qu'il regardait comme un perfectionnement ou un éclaircissement nécessaire. « De là vient, dit M. Jacolliot lui-même {La Bible dans ï Inde, p. 383), que la Société asiatique de Calcutta n'a pas encore pu recueillir en entier les Yédas, et qu'elle n'est pas irès-sùre des copies qu'elle possède, dans lesquelles de nombreuses interpolations faites à plaisir ont été découvertes. » Tout le monde connaît la fameuse
Iiistoirc (lu Pandit ;ui(|iiel le capitaine Wilfort confiait ses copies desVédas : « Ses faux, dit-il, étaient de trois espèces : dans la première il n'y avait que deux ou trois mots altérés ; dans la seconde c'étaient des légendes anciennes, mais trèsgravement altérées ; dans la troisième c'étaient des légendes écrites tout entières de mémoire... Pour les cacher il n'hésitait pas à altérer et défigurer son propre manuscrit, le mien et celui du collège... » Citons comme exemple de ces altérations une légende de Noé tirée selon lui du Padina-Pourana. Elle contient l'histoire de Noé et de ses trois fils, et elle est écrite de main de maître; malheureusement il n'en est pas un mot (ju'on pût retrouver dans ce Pourana{Asiatic liesearches). Les Pandits ont poussé quelquefois l'effronterie jusqu'à prétendre que cette manière de procéder en histoire est légitime pour le plus grand honneur des héros et des dieux.
Indo-Européens. La date de l'entrée des Solars aryens dans l'Inde, suivant M. James Fergusson, serait 2 400 ans avant Jésus-Christ. Leur civilisation était grande; ils avaient des habitations, des villes, des places fortifiées ; ils cultivaient la terre; ils avaient presque tous nos animaux, le cheval, le bœuf, le mouton, la chèvre, le cochon, le chien, l'ours, le loup, le rat domestique, l'orge et peut-être le froment, le miel, les liqueurs fermentécs, la filature, la laine, le lin, l'épée, la lance, le bouclier, les bateaux mus par des rames.
Mèdes. Leur apparition sur la scène de l'action humaine remonte probablement de 2 438 à 2 234 ans avant Jésus- Christ. M. Piazzi Smyth donne comme date astronomique vraie 2 d 00 à 1 934.
Chinois. « L'histoire de la Chine est, de l'aveu des savants de ce pays, très-obscure dans son origine. Elle donne les