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LES AGES SUCCESSIFS DE L'HUMANITÉ

Pour ne rien omettre, disons encore un mot de quelques divisions de l'existence humaine dans le temps, auxquelles on a accordé une certaine attention.

M. Flower, tout récemment, a proposé d'appeler âge paléolithique, la période des silex taillés des graviers, du drift; âge archaïque, la période des cavernes ; âge préhistorique, celle des tumuli; et enfin âge néolithique, celle des haches polies {Revue scientifique, 7 juin 1873). Prenons aussi acte de cet aveu du savant anthropologiste [Ibid.) : « Il n'est pas du tout certain que les hommes qui ont fabriqué les instruments des graviers aient été contemporains des animaux dont les restes sont associés aux silex. »

M. Lartet partage les premiers habitants de la France ou des Gaules en trois âges : 1° âge de l'ours des cavernes ; '^° âge du mammouth et du rhinocéros ; 3° âge de l'aurochs et de l'urus, Ce sont évidemment des définitions sans portée, qui ne font pas faire un pas à 'a question de l'antiquité de l'homme. Elles semblent faites à dessein pour vieillir la race humaine, grand but de tous les efforts de la science moderne, en l'accolant à des races éteintes; mais en réalité, comme nous le prouverons bientôt, elles ne font que rajeunir les animaux autrefois disparus qu'elles rapprochent de l'homme. D'autres paléontologues ont adopté les dénominations suivantes : 1° âge du mammouth ; 2° âge du grand ours ; 3° âge du renne.

En Danemark, on admet assez communément trois âges de l'humanité : 1° l'âge et Fhomme du pin ; 2° l'âge et l'homme du chêne ; 3° l'âge etThomme du hêtre. Encore des divisions sans portée et qui ne reposent sur aucune base chronologique : les deux premiers âges sont entièrement écoulés; le troisième est encore dans son plein; l'âge du sapin serait l'âge de la pierre, l'âge du chêne serait l'âge du bronze ; l'àgedu hêtre serait l'âge du fer, qui règne encore.

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On a cherché encore des preuves de l'antiquité indéfinie de l'homme dans l'exploration attentive des lieux qu'il a habités ou fréquentés, et dans lesquels on a trouvé des traces certaines de sa présence, des restes nombreux de son industrie ou de ses repas. Nous examinerons d'une manière particulière les arguments que l'on a voulu tirer des fouilles faites dans les cavernes, les kjokkenmœddings et les cités lacustres.

Cavernes.

Cavernes en général. On comprend sous le nom de cavernes toutes sortes de cavités souterraines : IMes simples fentes ou crevasses qui ne sont que des puits étroits, s'écartant trèspeu de la verticale ; 2° les griottes ou baumes, qui débouchent ordinairement par une grande ouverture, et ne présentent qu'une faible étendue; 3° les cavernes, chambres ou séries de chambres, séparées quelquefois par des passages étroits et dont les proportions sont souvent considérables. Dans beaucoup de cavernes, le sol et la voûte sont tapissés de dépôts calcaires, dus à des eaux d'infiltration chargées de carbonate ou de sulfate de chaux. On appelle stalagmites, comme nous l'avons déjà dit, les dépôts qui s'étendent sur le sol; stalactites, ceux qui descendent de la voûte et forment des pendentifs.

Dans beaucoup de cavernes aussi, le sol supporte ou recèle un grand nombre d'ossements. La couche à ossements, argile rougeàtre ou jaunâtre, est souvent pénétrée de cailloux provenant de terrains éloignés, et qui ne se rapportent pas aux roches du voisinage. Cette couche vai'ie beaucoup d'épaisseur ; parfois très-mince, elle s'élève quelquefois jusqu'à la voûte de la caverne, sur une hauteur de douze à quinze

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mètres. Elle est formée le plus souvent de plusieurs couches successives, se rapportant à des âges différents. Les matières des dépôts de limon et d'ossements ne sont pas contemporaines de la formation de la caverne. Ces dépôts sont dus le plus souvent h. d'autres causes que le séjour de Fliomme et des animaux au sein de ces antres ténébreux. Ils ont été entraînés et laissés en place par des courants d'eau qui les avaient rencontrés sur leur passage. La preuve c'est que le mélange qui constitue ces dépôts se compose d'ossements, de cailloux venus de loin et de coquilles terrestres ou fluviatiles.Les grands os ont leurs angles arrondis, les plus petits sont réduits en fragments roulés ; ce sont là des indices évidents de transport par les courants rapides de l'époque fluviale. Par cela même que les dépôts des cavernes, comme les dépôts des vallées, sont le résultat de transports par les eaux, on ne peut pas évidemment conclure de la présence simultanée des débris à la coexistence, à l'élat vivant, des animaux ou des êtres auxquels ces débris appartiennent; à la coexistence, par exemple, de l'homme et des Elephas primigenius et meridionalis ; pas même à la coexistence de l'homme et du renne, si ces coexistences n'étaient affirmées par d'autres documents. La confusion ou le mélange se sont quelquefois faits au sein même des cavernes. M. Marcel de Serres a dit [Comptes rendus, t. XLVI, p. 1243) : « Nous avons longtemps supposé que les débris humains étaient contemporains des grands ours, des lions, des hyènes et des rhinocéros, des grottes ossifères ; mais un examen plus approfondi des faits récemment observés nous a forcé d'abandonner cette supposition. Les courants d'eau ont tout mêlé, tout confondu, et cela non-seulement dans le plus grand désordre, mais dans un état complet de dislocation. »

Que l'argumenlation tirée des cavernes à ossements ait

été poussée à des limites vraiment extrêmes, nous dirons même insensées, nous le prouverons tout à l'heure. En attendant, nous nous faisons un devoir de conscience de prouver par deux citations historiques complètement décisives, que ceux mêmes qui ont le plus exagéré la portée de l'interprétation des faits ne sont pas sans de grands scrupules, et sentent la faiblesse de leur démonstration. Sir Charles Lyell {Ancienneté de rhomme, p. 97) se pose cette question, en effet très-significative : « On s'est naturellement demandé pour- « quoi l'homme étant contemporain de la faune des cavernes, « ses restes et les objets travaillés par lui ne se trouvent pas « dans les dépôts à ciel ouvert de graviers d'alluvion conte- « nant la même faune. Pourquoi faudrail-il donc que le géo- « logue en quête de renseignements sur l'ancienneté de notre « race ne pût s'adresser qu'aux obscures retraites des voûtes « et des tunnels souterrains, qui ont pu servir de lieu de « refuge et de sépulture à une suite de générations d'êtres « humains, et dans lesquelles les inondations ont pu accu- « muler et confondre dans une même brèche osseuse les « témoins de plusieurs faunes successives. Pourquoi ne « trouvons-nous pas la même association des os de l'homme « à ceux des animaux éteints ou vivants, aux points où nous « pouvons traverser les dépôts en place, et les examiner au « grand jour? » Il est vrai que sir Charles Lyell a pu invoquer plus tard, pour dissiper cette inquiétude, les faits de Moulin-Quignon, mais nous les avons réduits à néant, en prouvant que là aussi le transport par les eaux était à la fois très-évident, très-récent, et que très-probablement la mâchoire humaine placée au-dessous des ossements d'éléphants, y avait été introduite furtivement. La seconde citation non moins significative est de M. le docteur Hamy, partisan en apparence trèsmodéré, mais en réalité très-prévenu de l'antiquité indéfinie de

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l'homme, à ce point que, pour mieux égarer ses lecteurs, il a donné même au dernier chapitre de son livre ce titre insidieux à l'excès : Epoque postpliocène [suite et fin), écartant adroitement jusqu'au mot d'époque quaternaire, qui n'exalterait pas assez l'imagination. Quelle singulière tactique, quel aveu significatif de la faiblesse de sa cause et de la force de la nôtre ! M. Hamy dit donc à son tour {Précis de paléontologie humaine,^. 112) : « Les résultats des fouilles exécutées dans les cavernes n'ont pas généralement la valeur démonstrative des observations recueillies dans les alluvions stratifiées. L'absence de relations géologiques certaines , dans le plus grand nombre de ces cavités, entre le dépôt ossifère et ceux qui l'ont précédé ou suivi, dans la succession des âges ; les difficultés qui surgissent, lorsqu'il s'agit de déterminer les conditions de leur remplissage ; la possibilité de remaniements postérieurs qu'il n'est pas toujours facile de reconnaître, sont la cause de la défaveur qui a longtemps assailli les recherches dans les grottes, et du peu de crédit que quelques naturalistes accordent encore aujourd'hui aux découvertes qui y ont été ftiites. Quelque peu justifiée qu'elle fût dans certains cas, cette défiance, souvent exprimée, nous a imposé l'obligation de subordonner, dans tout le cours de cet ouvrage, l'histoire des dépôts des cavernes à celle des alluvions stratifiées ; c'est à l'aide des lumières que nous aura fournies l'étude de ces dernières, que nous nous efforcerons de dissiper les ténèbres qui obscurcissent encore l'habitation Iroglodytique. » Nous avons déjà montré ce que sont les lumières fournies par l'élude des alluvions : ces lumières se sont trouvées des ténèbres profondes ; qu'en sera-t-il donc des ténèbres des cavernes ? Le grand Cuvier avait mille fois raison , quand il disait dans la dernière édition de ses Révolutions du globe 1830) : « On a fait grand bruit, il y a quelques années, de cer-

tains fragments humains trouvés dans les cavernes k ossements (le nos provinces méridionales ; mais il suffit qu'ils aient été trouvés dans les cavernes, pour qu'ils rentrent dans la règle générale.» «Or, dit M. PaulGervais, la règle générale, telle que Cuvier Tavait formulée, c'est qu'on ne rencontre pas d'os humains parmi les fossiles proprement dits, ou, en d'autres termes, dans les couches régulières de la surface du globe, même dans celles qui»renferment les éléphants, les rhinocéros, les grands ours, les félis, les hyènes ; et la raison sur laquelle s'appuie Cuvier, est que les eaux opèrent sans cesse des remaniements, et que des objets peuvent y occuper des positions contiguës quoique apportés à des dates très-diverses. » {Comptes rendus, t. LUI, p. 231.)

M. le commandant Rozet, observateur exercé, insiste sur ces faits : « L'accumulation dans les cavernes des ossements fossiles, se fit sous l'influence de deux causes agissant successivement, les carnassiers qui les habitaient et les eaux qui les envahissaient. Les uns, engagés dans un travertin rougeâtre, sont distribués à l'entrée et sur les parois de la caverne, comme s'ils avaient été apportés par une onde qui venait battre de dehors en dedans sans dépasser la moitié de la hauteur. Les autres, beaucoup plus modernes, ont été apportés par les carnassiers depuis la retraite des eaux. On pourrait concevoir également l'ordre inverse de succession et expliquer par l'irruption d'un courant moderne, dans des grottes antérieurement habitées par des animaux féroces, la présence des ossements humains qui s'y trouvent quelquefois avec ceux des animaux antédiluviens. » {Comptes rendus, t. VIII, p. 678.)

Une exploration très-attentive des cavernes et des brèches k ossements du bassin de Paris, a conduit M. J. Desnoyers aux conclusions suivantes : « L'ensemble des observations nous

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paraît appuyer fortement Topinion que les mammifèi'es dont les ossements sont enfouis dans les cavernes, y ont été presque toujours entraînés par des cours d'eau, non pas à une seule époque, mais successivement. Ce phénomène est explicable par les causes agissant encore actuellement, et dont nous trouvons de nombreux exemples, non-seulement dans les faits empruntés à des contrées éloignées, mais encore dans des observations qu'on peut vérifier chaque jour aux environs de Paris, sur le plateau même de Montmorency, où existe dans une gorge de l'intérieur de la forêt, une large cavité au sein de laquelle s'engouffrent, depuis des siècles, toutes les eaux torrentielles des environs, entraînant les sables, les graviers, les limons, les ossements d'animaux, les débris de végétaux qu'elles rencontrent sur leur trajet et qu'elles déposent dans les anfracturts du gypse, donnant ainsi l'explication la plus simple et la plus naturelle du remplissage de la plus grande partie des anciennes cavernes. » {Comptes rendus, t. XIV, p. 528.)

Que de fois enfin, M. Lartet lui-même a dit : « Les observations faites dans les cavernes, ne fournissent pas toujours le même degré de certitude et de précision ; je m'abstiendrai d'en lirer des inductions sur la coexistence du mammouth et de l'homme. » {Comptes rendus, t. L, p. 791.)

Citons encore quelques passages des Recherches sur r ancienneté de la période quaternaire de M. Paul Gervais (Paris, Arthur Bertrand, p. dQ) : « Les silex et les ossements humains trouvés dans les brèches, dans les assises diluviennes, dans les cavernes, ne paraissent pas être dans des conditions de gisement qui ne laissent aucune prise à des doutes sérieux; car là où les brèches se sont durcies dès le moment de leur dépôt, comme dans les endroits où le sol ancien des cavernes est resté vierge, les os humains et les vestiges de l'industrie primitive ne se rencontrent réellement pas. On ne

les observe que dans les parties supérieures des cavernes, par conséquent, au-dessus des couches reconnues comme étant diluviennes. C'est dans ces sédiments moins anciens que les os liumains ou les objets fabriqués se rencontrent surtout, » Terminons, enfin, par cet aveu de sir Charles Lyell {Principes de géologie, 1. 1", p. 36) : « Plusieurs géologues pensent que certains restes humains enfouis dans le limon et dans les brèches des cavernes, sont aussi anciens que ceux des mammifères éteints, éléphants, rhinocéros, hippopotames, cervus megaceros, ours, lions, hyènes. Les preuves données d'une si haute antiquité n'ont pas été généralement adoptées comme évidentes. Ces restes peuvent avoir été mêlés ensemble à une époque postérieure. »

La conclusion de tout ce qui précède est évidente, irrécusable : « les dépôts des cavernes, comme les dépôts des vallées, sont des dépôts de transport; de la coexistence dans leur sein des ossements et des débris humains avec les ossements des animaux des races éteintes, on ne peut rien conclure relativement k la coexistence à l'état vivant : ces ossements et ces débris, en effet, ont pu être mêlés et confondus soit par un procédé naturel et de date récente, soit même par la main de l'homme. » (M. John Phillips, Adresse inaugurale à l'instruction britannique, Birmingham, 1868).

Formation, remplissage, contenu et classification des cavernes. Nous suivrons dans ce court, mais substantiel résumé, M. Edouard Dupont, qu'on pourrait appeler l'historien des cavernes, qu'il a explorées et fouillées en tous sens, et qui a placé les résultats de ses recherches sous le jour le plus favorable à l'antiquité démesurée de l'homme. ( L'homme pendant les âges de la pierre dans les environs de Dinant-sur- Meuse, m-8°, 1872. Sur t antiquité de l'homme et sur les phèno-

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mènes géologiques de V Epoque quaternaire en Belgique, Mé~ moirelu au congrès de Bruxelles^ le 25 août 1872, etc., etc.) « Les cavernes sont des poches creusées dans le rocher antérieurement h l'époque quaternaire par des sources hydrothermales ou minérales. Les courants fluviaux ouvrant un vaste et profond sillon dans ces mêmes rochers, ont naturellement rencontré bon nombre de ces poches qui sont nombreuses ; et quand ils n'entamaient pas assez le roc pour enlever toute la poche, il en résultait une cavité à ouverture béante sur les flancs de la vallée. Telle est Torigine des cavernes... On constate dans l'action des cours d'eau trois époques : une première époque durant laquelle l'excavation des vallées et le dépôt des sédiments élevés eurent lieu ; une seconde époque qui prit fin par le dépôt de l'argile des campagnes et de la terre à brique ; une troisième époque qui est la nôtre, durant laquelle les phénomènes que nous voyons chaque jour se produire se sont produits... Ces dépôts des trois âges renferment de nombreux débris d'animaux formant une faune si nombreuse et surtout formée de types à tempéraments si disparates que, sans les preuves incontestables que nous possédons, nous ne pourrions que croire à quelque événement qui aurait accidentellement réuni chez nous, comme à un rendez-vous commun, les restes des êtres répandus dans les divers climats de notre hémisphère. L'éléphant, le rhinocéros, l'hippopotame, l'hyène, le lion, hôtes par excellence des tropiques, y paraissent à côté du renne, du glouton, du renard bleu, du chamois, de la marmotte que les pôles ou les neiges perpétuelles des hautes montagnes connaissent seuls de nosjpurs. Les ainmaux actuels de nos bois vivaient déjà dans notre région en compagnie de ces nombreux êtres qui exigeaient les uns l'abolition des froids trop rigoureux de l'hiver, les autres l'abolition des chaleurs excessives de l'été »... Quel aveu ! et qu'il nous servira plus tard !

« On reconnaît qu'une caverne a été le séjour d'une peuplade de sauvages parles faits suivants : 1" trace de foyers et os carbonisés; 2° débris d'industries primitives, silex taillés, os travaillés; 3° présence d'ossements intentionnellement brisés, portant des traces de coups artificiels et des entailles faites avec des instruments tranchants; 4° espèces d'animaux présents indiquant un choix particulier fait avec intelligence... Les repaires des bêtes féroces portent aussi leur cachet propre et indubitable. Ce sont en général des couloirs longs et étroits, dont l'extrémité est obscure. On constate au premier coup d'œil, le contraste entre les ossements d'une semblable caverne et ceux provenant d'une habitation de l'homme. Les os des membres ont perdu leur épiphyse (ou tête), tandis que le corps de l'os est resté souvent entier, et porte à ses extrémités les traces des dents des carnassiers. L'homme agissait autrement : il séparait d'abord les épiphyses qu'il rejetait, puis il fendait les diaphyses pour en retirer la substance médullaire ! (Est-ce bien vrai?) En outre les os du tronc sont assez abondants dans les antres des bêtes féroces, autre contraste avec les déchets de nourriture des indigènes ! »...

« L'antiquité des débris est reconnue : 1° parla nature des couches où ils se trouvent, et par la hauteur de ces couches audessus de l'étiage des rivières ; les plus élevées sont les plus anciennes (c'est certainement faux!); 2° par les espèces d'animaux qui se composent d'espèces perdues, d'espèces aujourd'hui émigrées sous de froids climats et d'espèces de la forme tempérée septentrionale; 3° par le caractère même de l'industrie dont on trouve les débris»... ! Et toutà l'heure M. Dupont vient d'affirmer la contemporanéité des espèces méridionales et septentrionales, éteintes, émigrées et actuelles. Aucune contradiction n'effraye et n'arrête quand il s'agit de soutenir un système préconçu; surtout quand il a une portée antireligieuse!

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« Le mode d'introduction des objets est difficile à déterminer, et souvent les ressources d'une observation minutieuse ne suffisent pas pour réclaircir. Dans les cavernes de la Lesse, le limon des inondations du fleuve contient sept nappes successives de stalagmite indiquant autant d'émersions de la caverne, de même que les sept nappes alternatives de vase indiquent sept inondations. Il y a des ossements au-dessus de la première nappe de stalagmite, au-dessus de la seconde et au-dessus de la septième ; ceux de la première dénotent un repaire d'hyènes. Au-dessus de la seconde nappe on trouve épars une quantité de débris se rapportant au 'squelette de l'homme et de divers animaux. L'alternance des couches ossifères avec les couches d'alluvions fluviales, montre que la formation des dépôts d'alluvion a été intermittente. Nous avons interprété cette disposition par l'action d'un cours d'eau sujet à des crues fréquentes et considérables, qui pouvaient inonder la caverne à l'époque où il n'avait pas encore creusé la vallée à la profondeur actuelle. C'est dans les intervalles des crues que se formaient les niveaux ossifères, tantôt par l'habitation des carnassiers, tantôt par le séjour de l'homme (M. Dupont ne devait-il pas ajouter : Lorsqu'elles n'étaient pas le produit même du transport?) »... « Quand on rencontre les ossements de plusieurs espèces dans une couche isolée, on ne peut être tout à fait certain que les espèces aient été absolument contemporaines, car l'accumulation des ossements a pu se produire successivement pendant un temps très-long. Mais quand nous voyons les mêmes espèces se répéter dans des couches ossifères superposées, la solution est évidente, on ne peut plus douter que les espèces aient vécu simultanément dans le pays. Par exemple : le lion a été trouvé dans les deuxième, troisième et cinquième couches ; rhyène, le mammouth, le renne et le chamois dans la première, la deuxième, la troisième et la quatrième couche de la

célèbre caverne de Goyet : le maraniouih, le renne et le chamois ont donc été contemporains.

, « Le même raisonnement est applicable à la coexistence de riiomme et des animaux : l'homme a laissé le produit de son industrie et ses débris de cuisine dans les trois premières couches, et il est contemporain du mammouth. » (Mais le mammouth est aussi contemporain du chamois, qui n'est ni une espèce éteinte, ni une espèce émigrée!)...

« En résumé, la même action fluviatile puissante qui a creusé les vallées et déposé sur leurs flancs des alluvions caillouteuses et limoneuses, a aussi ouvert les cavernesety a introduit lesmêmes alluvions. Les fleuves quaternaires coulaient à de très-grandes hauteurs, sur unelargeurdequatreàsix kilomètres, et ils étaient soumis à des.crues répétées, qui ont produit les alternatives des couches ossifères et des couches stériles. Certaines cavernes ou trous contenaient jusqu'à sept nappes de stalagmite bien cristallisées, alternant avec autant de nappes d'alluvions fluviales...

« Les dépôts successifs qui forment en général le sol de la caverne, qui constituent ce qu'on pourrait appeler son sol normal, sont d'ailleurs : 1° argile jaune venant de l'intérieuj* ; 2° alluvions fluviales formées de cailloux roulés et stratifiées ; S° argile à blocaux; 4° éboulis ; 5° matériaux introduits par l'homme ou les animaux ; 6° dépôts formés par les eaux superficielles qui s'introduisent dans la caverne. »

Il résulte évidemment de cet exposé de M, Dupont, que l'époque du remplissage des cavernes est l'époque des grandes alluvions, et que l'homme des cavernes est l'homme quaternaire , dont l'existence touche presque aux temps historiques.

M.Dupont donne à l'époque du dépôt des cailloux roulésj et du limon stratifié le nom dâge du mammouth [Elephas^ Primigenius), parce que cette espèce a laissé de nombreux

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restes dans ces dépôts, et parce qu'elle y caractérise en même temps la présence du groupe des espèces perdues. II appelle l'époque des cailloux argileux et de la terre à briques âge du renne, le renne étant une espèce caractéristique des espèces émigrées. Mais ces appellations sont purement nominales, puisque, de l'aven de M. Dupont, une de ses plus grandes découvertes a été la démonstration géologique et zoologique de la coexistence à l'époque même du mammouth, du lion, du renne, du cheval, du bœuf, de la chèvre, de la brebis. (Voyez les tables, pages 114 et 117, du Congrès international de Bruxelles.),

C'est là certes un fait étrange, M. Dupont est le premier aie reconnaître: «Il est certain, dit-il (p. 221), qu'affirmer l'existence de cinquante-deux espè.ces de mammifères en Belgique à une même époque, que déclarer qu'aux espèces qui y habitent encore de nos jours étaient adjointes vingt-huit espèces dont les types génériques ou spécifiques ne vivent plus que dans d'autres régions très-distinctes, c'est poser un problème de géographie zoologique bien étrange, et évidemment des plus compliqués ; car ces données vont à l'encontre des faits fondamentaux de la répartition actuelle des êtres : le renne, au lieu de la gazelle, y devient la proie du lion ! A côté des types qui, comme l'hippopotame, sont exclus par le froid prolongé et intense, se seraient trouvés le renard polaire, le glouton, qui caractérisent les régions arctiques. Ce sont cependant autant de faits définitivement démontrés dont nous devons désormais chercher l'explication, et non tenter de démontrer l'impossibilité. »

« Cette impossibilité d'ailleurs n'existe pas. En effet, les espèces qui sont aujourd'hui exclusivement arctiques pourraient supporter nos hivers,' mais non nos étés. De même les espèces que les régions tropicales possèdent seules de notre temps sont exclues des régions septentrionales non

par l'été, mais par l'hiver. La coexistence dont il s'agit n'entraînerait donc pas nécessairement un climat plus froid ou plus chaud que le nôtre, mais seulement des hivers moins froids et des étés moins chatds, en d'autres termes, un climat plus uniforme, comme le sont les climats maritimes et insulaires, qui n'éprouvent pas de grands écarts de température dans les saisons extrêmes. Tel pouvait être, par exemple, le climat de la terre entière avant le déluge ; alors que l'atmosphère, très-riche en vapeur d'eau et en acide carbonique, s'opposait au refroidissement et à réchauffement excessif du sol. La Genèse complète le récit du déluge et les promesses divines par ces paroles mémorables : « Durant tous les jours de la terre, la semence et la moisson, le froid et le chaud, l'été et l'hiver, la nuit et le jour ne cesseront jamais de se succéder. » Qui sait si, avant le déluge, l'été et l'hiver ne faisaient pas place à un printemps perpétuel? Tout cela est possible; mais ce qui est inconcevable, c'est qu'on fasse de la coexistence de l'homme avec le mammouth et le renne un argument en faveur de l'antiquité indéfinie de l'homme. La science adulte a fait, sans s'en douter, que l'homme du mammouth et du renne devînt l'homme du cheval et de la brebis. Quelle conquête ! Quelle splendeur! Elle nous ramène par de longs détours, sans s'en douter, au Paradis terrestre, à la mémorable revue que Dieu fit faire à Adam. «Tous les animaux de la terre et tous les volatiles du ciel ayant donc été formés de la terre, le Seigneur Dieu les fit venir devant Adam, afin qu'il vît comment il les nommerait; et le nom qu'Adam donna à chaque âme vivante est son vrai nom, » {Genèse, ch. ii, v. 19.)

En face de cette consolante réalité, et pour mieux faire ressortir l'incroyable audace de nos adversaires, qu'il nous soit permis d'analyser ici la conférence faite par M. le docteur

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Broca, h. Bordeaux, en pleine Association française pour l'avancement des sciences, au mois d'août 1872. M. Broca est un des chefs deTécole positiviste qui a pour dogme principal de réduire la science aux faits et aux lois rapports des faits ; mais il s'agissait de fasciner et de convertie à des doctrines étranges un immense auditoire de messieurs et de dames, et, foulant aux pieds ses principes, l'habile orateur s'est jeté en pleine fantaisie. Qu'on en juge ! Ses excès de poésie feront mieux ressortir le faible de son argumentation.

La caverne de Moustiers et les Troglodytes de la Vézère, (Nous citons textuellement, en abrégeant ; on pourra lire le texte entier de la conférence dans la Revue scientifique du 16 novembre 1872.)

« Je viens vous parler des troglodytes de .la Vézère, de cette population fossile dont nous irons bientôt visiter les demeures souterraines. (Fossile, une population qui habitait des cavernes ouvertes !). . . Leur existence remonte à une antiquité effrayante.

« Nous abordons des périodes d'une longueur incalculable : ce n'est ni par années, ni par siècles, ni par milliers d'années qu'on peut en exprimer les dates. Les découvertes faites par M. Desnoyers dans les gisements pliocènes de Saint-Prest nous ont appris que l'homme vivait déjà dans les temps tertiaires. » (M. Broca sait très-bien que l'homme tertiaire de Saint-Prest était abandonné par tous, par M. Desnoyers lui-même, mais n'importe.)

« La fin de l'époque tertiaire a été signalée par une période de refroidissement, qu'on appelle la période glaciaire et qui fut excessivement longue.

« A la période glaciaire succéda la période diluvienne de laquelle datent nos rivières actuelles, qui ne nous donnent qu'une faible idée de ce qu'elles étaient alors...

« Ce qui est certain, ce qui a été démontré irrévocablennent par Bouclierde Pertlies, c'estque lesplusanciens gisements de réi)0que quaternaire renferment les débris de l'industrie humaine. » (Nous avons vu ce que c'était que cette démonstration irréfragable et cette ancienneté!...) « Les troglodytes de la vallée de la Vézère ont connu le mammouth, ils l'ont combattu, ils Tont mangé, ils l'ont même dessiné. La caverne du Moustier est située aujourd'hui à 27 mètres au-dessus de l'étiage; la profondeur de la vallée s'est donc considérablement accrue depuis l'époque des troglodytes du Moustier... Le creusement de 27 mètres dû à l'action des eaux , s'est effectué presque tout entier sous les yeux de nos troglodytes; et depuis lors, pendant toute la durée de l'époque moderne, c'est-à-dire pendant des centaines de siècles, il n'a fait que très-peu de progrès. Jugez d'après cela combien de générations humaines ont (i) dû s'écouler entre l'âge du Moustier et celui de la Madeleine.

« Le véritable engin des troglodytes du Moustier, celui qui caractérise cette station et cette époque, c'est la pointe de lance ou d'épieu. Ce silex robuste, en pointe ogivale, tranchant

(1) Ce mode de raisonnement, cette manière de jouer avec !es siècles et les centaines de siècles sont vraiment par trop pleins d'audace. D'une part, M. Broca nous dit : « Depuis l'époque où vécurent nos troglodytes le climat et la faune ont subi de grandes modifications, qui se sont produites lentement, sans révolution, sans action violente, sons Tinfluence des causes insensibles qui agissent encore aujourd'hui. » De l'autre, il dresse devant nous des périodes violentes, glaciaires et diluviennes; d'immenses calottes de glace descendant des flancs des montagnes dans les vallées et dans les plaines, couvrant une grande partie de l'Europe, de l'Asie et de l'Amérique septentrionale pendant un temps excessivement long; des cours d'eau d'une puissance extraordinaire, des fleuves de plusieurs kilomètres de largeur de 2o à 30 mètres de profondeur. Quelles effrayantes contradictions! Mais pour égarer les esprits il fallait pouvoir dire : « Lorsqu'on songe que les causes insensibles, sans actions violentes pendant le cours des siècles qui nous sont connus, n'ont amené que des changements presque inappréciables, on peut se faire une idée de la prodigieuse durée de ce qu'on appelle une époque géologique! »

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sur les deux côtés, assez large pour faire de grandes blessures, assez mince pour pénétrer aisément dans les chairs, constituait une arme terrible. Emmanché au bout d'un épieu, il pouvait mettre à mort les plus grands mammifères! Jusque-là, Thomme mal armé, aux prises avec les puissants animaux quaternaires, leur avait fait une guerre plutôt défensive qu'offensive. Mais désormais il prend l'offensive. Il ne les craint plus ; sa lance à la main, il peut les attendre de pied ferme, il peut organiser contre eux une guerre à outrance. Il a trouvé sa voie, il marche à la conquête de l'avenir. On a retrouvé au Moustier les débris du mammouth, du grand lion des cavernes, de l'hyène des cavernes. . . Le matériel de chasse était fait pour attaquer l'ennemi qui résiste, plutôt que le gibier qui fuit... Ces rudes chasseurs ne connaissaient que la grande lutte; ils y dépensaient toute leur énergie, toute leur intelligence; ils déblayaient le sol; ils préparaient les territoires de chasse pour leurs descendants. »

Quel lyrisme, quelle extravagance! Et tout cela à l'occasion d'un grossier outil en pierre qu'on nous permettra de figurer ici.

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M. Broca n'a donc jamais lu le récit de ces terribles chasses à l'éléphant dans les Indes, du lion et de la panthère en Algérie, de l'ours dans les Alpes ou les Pyrénées. Il faut être bien naïf pour se figurer ce pauvre troglodyte nu ou à demi nu, attaquant, avec son caillou, un de ces colosses de la création qu'un boulet de canon arrête à peine. Etc'est un savant, un positiviste, un matérialiste qui s'abandonne ainsi aux rêves d'une imaginationdésordonnée. M. EdouardDuponta été moins hardi, il n'accorde aux hommes des cavernes de la Lesse ou du Hainaut qu'un seul moyen de s'emparer du mastodonte ou de l'éléphant , de grandes fosses qu'il creusait avec son humble c\illou sous les pas du monstre ! C'est moins déraisonnable, mais c'est encore bien fantastique. « Les troglodytes vivaient toute l'année dans les cavernes... Ils n'étaient pas nomades... Ils chassaient les animaux de toute taille depuis l'oiseau léger jusqu'au mammouth. Le mammouth, dont ils ont utilisél'ivoire, était Leur contemporain... Nos bons troglodytes n'étaient pas anthropophages. Ils ne connaissaient pas le plaisir suprême du sauvage : manger son ennemi vaincu !... Je le constate avec satisfaction, quoique, aux yeux du philosophe, le crime ne soit pas de manger l'homme, mais de le tuer... Sous ce dernier rapport, nous §ommes probablement plus barbares qu'eux ; car notre civilisation qui devrait supprimer la guerre, n'a réussi qu'à la rendre plus meurtrière... La société des troglodytes était nombreuse et organisée hiérarchiquement. Il y avait des dignitaires deplusieurs ordres. La preuve de cette organisation,.., c'est la présence de grandes pièces en bois de renne, les bâtons de commandement... Longtemps, bien longtemps avant les artistes égyptiens les hommes de l'âge de pierre avaient cultivé le dessin, la ciselure et même la sculpture... La plupart des dessins sont gravés au trait. La plupart ornent la surface de divers objets en bois de renne...,

quelques-uns sont gravés sur des plaques de pierre, d'ardoise, d'ivoire.» (Longtemps, bien longtemps avant les Egyptiens!... Peut-on 36 jouer de la vérité avec autant de dédain que le font les pirtisans de l'antiquité de Thomme? M. Buchner est autant que M. le docteur Broca, ennemi acharné de la révélation et nous l'avons entendu s'écrier (page 640, ligne 48) : « De quel étonnement, de quelle admiration ne devonsnous pas être saisis en songeant qu'au temps où l'aborigène européen, avec ses pauvres armes de pierre, poursuivait les bêtes fauves, dans l'heureuse contrée que le Nil arrose, des villes puissantes et splendides florissaient ; les arts et les sciences étaient cultivés!... » Assertions gratuites, contradictions honteuses : voilà ce qu'on ose opposer à la vérité.)

« Le squelette de ces robustes troglodytes porte les traces de leurs mœurs violentes. » (Tout à l'heure c'étaient nos bons troglodytes qui ne tuaient pas.) « C'est une main humaine armée du silex qui a produit sur ce crâne de femme une longue plaie pénétrante. La largeur de l'ouverture indique que l'instrument a dû blesser le cerveau; la femme, cependant, n'est pas morte sur le coup. La cicatrisation des os à la face interne du crâne prouve qu'elle a survécu une quinzaine de jours. Le meurtre inglorieux d'une femme ne fait guère d'honneur aux gens de Cromagnon.» (Quel style etquel lyrisme encore!..)» L'étude de; leur industrie nous a déjà prouvé que leur état social n'était pas au-dessus de celui des peuples sauvages ; l'examen de leur crâne confirme cette notion : chez eux les sutures de la région crânienne inférieure sont assez compliquées. Ces deux caractères s'observent chez les peuples et chez les individus qui vivent surtout de la vie matérielle. Les troglodytes de Cromagnon étaient donc sauvages. Mais ces sauvages étaient intelligents et perfectibles... Les crânes sont grands, leur diamètre.

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leurs courbes, leur capacité, atteignent et dépassent même nos moyennes actuelles (1). »

Arrivons enfin à la péroraison de M. Broca. « Vous avez donc pu suivre avec moi, du Moustier à Cromagnon, à Laugerie-Haute, à la gorge d'Enfer, et de là enfin aux trois stations de Eysies, de Laugerie-Basse, de la Madeleine, révolution progressive d'une race intelligente, qui s'est avancée peu à peu de l'état le plus sauvage jusque sur le seuil.de la civilisation, »

N'est-ce pas vraiment ici le cas de redire encore avec saint Paul : « Il viendra un temps où les hommes ne supporteront pas la saine doctrine, mais où, entraînés par leurs désirs, ils ■s'entoureront de maîtres qui chatouillent leurs oreilles, et se tourneront vers les fables. » Tout est fable dans le récit de M. Broca, jusqu'au nom de troglodytes! M. de Mortillet n'a pas hésité à le lui dire. « La population des cavernes de Laugerie-Basse (beaucoup moins ancienne qu'on le croit) avait des relations avec la Méditerranée où elle prenait ses cyprès. Elle en avait aussi avec l'Océan comme le prouvent ses coquilles delittorine. Elle était éminemment nomade et voyageuse ; c'est

(1) A l'assurance aveclaquelle M. Broca conclut de la structure et du volume du crâne à la sauvagerie et à rintelligence, opposons ce que M. Virchow, un des chefs aussi de 1 école matérialiste, affirmait naguère au sein du Congres de Bruxelles (p. S62) : « En général, on croit que la capacité du crâne donne la mesure certaine du développement du cerveau et des facultés psychiques. Cependant la valeur de cette déduction est douteuse. Dernièrement la Société anthropologique de Berlin reçut deux crânes, l'un féminin, l'autre masculin, provenant de fouilles faites à Athènes... Le crâne féminin avait une capacité qui serait considérée aujourd'hui comme insuffisante pour donner un développement psychique normal... Sa capacité est de 1 loO centimètres cubes. Si on l'avait rencontré à Furfooz ou à Moustier, il aurait pu êire considéré comme appartenant à ([uelque race inférieure. Il était inhumé au milieu d'objets très- précieux, dans un endroit très-distingué de la ville. Il porte beaucoup de traits de beauté, et tout autorise à croire que cette femme du nom de Glycora n'appartenait pas à une race inférieure. »

donc à tort que certaines personnes les ont appelées troglodytes... Elles campaient seulement dans les cavernes. »

L'imagination des anlhropologistes Ibuilleurs de cavernes n'a reculé devant aucun excès, même des plus opposés et des plus contradictoires. De ce que dans la caverne de Chauveau tous les os longs étaient brisés soit par le milieu, soit vers l'une de leurs extrémités, comme ceux moins nombreux des animaux ; de ce que tous les os humains trouvés avaient appartenu à des femmes, à de jeunes hommes et à des enfants, le savant professeur Spring concluait que l'on devait voir dans ces os les restes de festins, non pas d'anthropophages d'occasion ou de nécessité, « mais de vrais cannibales mangeant de la chair humaine par « goût, choisissant ce qu'il y a de mieux et soumettant peut- « être leurs victimes à un engraissement préalable, comme « font encore aujourd'hui les Battas à Sumatra, les Orangs- « Tridongues à Bornéo, et d'autres cannibales raffinés. » {Bulletin de V Académie de Belgique, t. XVIII, 1854, et t. XXII, 1866. )Mais voici qu'en juin 1872, M. Soreïl procède à une exploration plus attentive de cette même caverne, qui l'amène à découvrir des squelettes entiers d'enfant, de femme, de vieillard, et l'autorise à formuler cette conclusion :

« Contrairement à ce qu'on remarque pour les os d'animaux, « les ossements humains sont entiers ou seulement (1) cassés « transversalement: pas un seul ne porte de traces de coups.

(1) Ce que les anlhropologistes ont écrit à l'occasion des os longs fendus trouvés dans les cavernes, sur la passion des aborigènes pour la moelle, sur ranlhropophagie que celte singulière habitude accusaitou supposait, est vraiment exubérant et étrange. Tout cela, peut-être, n'est qu'un rêve tout à fait semblable à celui de Spring. Nous ne nous y arrêtons pas, parce que de l'aveu de Spring lui-même, cette anthropophagie, en la supposant réelle, n'est nullement un argument en faveur de l'antiquité des habitants des cavernes. Il dit dans une note insérée en 1870 dans le Dullelin de V Académie des sciences de Belgique : « J'ai trouvé que toutes les peu-

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