HABITACLES DE L'HOMME. CAVERNES
« Je ne puis donc voir à Chauveau aucun vestige de canniba- « lisme ; et je dois me rangera l'idée qu'avait émise M. Dupont « que cette caverne a été un lieu de sépulture de l'âge de la « pierre polie. J'ajouterai que c'est probablement le lieu de « de sépulture de la peuplade qui a habité le plateau. » {Congrès de Bruxelles, p. 392.)
Voici donc l'homme ténébreux des cavernes ramené à la lumière du grand jour, à l'homme du plateau de Spienne et du camp de l'Hastodon attaqué par Jules César. Allant plus loin encore, M. Francks n'a pas craint d'affirmer en plein congrès de Bruxelles, que les cavernes de l'Angleterre n'avaient jamais été plus habitées que vers la fin de l'occupation romaine, et que peut-être les Bretons romanisés s'y sont réfugiés au moment de l'invasion saxonne. {Congrès, p. 199.)
Le troglodyte ou l'homme habitant les cavernes dans les temps primitifs, est d'ailleurs consigné dans l'histoire. « Il n'a pas échappé à l'attention des premics historiens, dit M. le docteur Evans dans ses Ancien stone implemens of Great Britan (p. 412), que dans les temps reculés les cavernes servaient de demeures, specus essentpro domibus (Pline, ZTis^. nat. liv. Vil, ch. Lvi), et que pour user des termes du Prométhée d'Eschyle (I, 452), les hommes vivaient comme des fourmis au-dessous du niveau du sol dans des antres ténébreux. Mais, ce qui est plus étrange, c'est de voir un auteur romain signaler la présence de silex travaillés dans les cavernes des Pyrénées.
plades primitives, et particulièrement celles qui habitaient le nord-ouest de l'Europe, nous étaient représentées comme des anthropophages, et que dans plusieurs contrées ces mœurs s'étaient conservées jusqu'au christianisme. Strabon le géographe dit des Irlandais qu'ils étaient de son temps encore des cannibales avides... Et saint Jérôme raconte que, pendant son séjour dans les Gaules, il avait vu une peuplade qu'il appelle Scoti ou Attacoti se nourrir de chair humaine. Quant à la moelle des os les Lapons aujourd'hui encore s'en montrent très-avides. »
Si nous acceptons en effet la définilion des Céraunies donnée par Sotacus et conservée par Pline, on ne peut guère douter que ce mot signifie soit des liachettes en pierre, soit des pointes de ilèche, semblables à celles que l'on regardait comme engendrées par la foudre, et par conséquent lorsque Glaudi us {Laus Sirenas^ v. 77) écrit au v^ siècle :
Pijrenœisque siib antîis, Ignea fulmineœ légère ceraunia nymphœ^
il doit faire allusion dans sa pensée à quelque récit de la rencontre des silex taillés dans une région où tant de découvertes de ce genre ont été faites. Du temps de Claudius on connaissait donc les silex des cavernes des Pyrénées, de la caverne de Lourdes, presque aussi célèbre que les cavernes de la Dordogne et de la Vézère.
Voici un autre exemple de cavernes se rattachant à des traditions historiques. M. l'abbé Ghierrici a découvert dans les environs de Reggio, une caverne creusée dans le gypse par des eaux souterraines, à l'époque sans doute des grandes alluvions. Elle est à deux étages communiquant entre eux : l'inférieur n'a pas fourni le moindre vestige de la présence de l'homme. Le supérieur a 19 mètres de longueur, 3 mètres de largeur en moyenne, 5 mètres de hauteur. Le sol est formé de deux dépôts diversement stratifiés ; limon veiné de rouge, mélangé de fragments et de lignes de charbon, avec des traces de foyer où l'on a trouvé : quatre haches en pierre polie, un petit clou en bronze ; des fragments de quatre ou cinq vases; quelques os d'animaux et d'hommes brûlés, entre autres une main et de nombreuses mâchoires. L'ensemble des objets trouvés conduit M. l'abbé Ghierrici à voir dans cette grotte un lieu de sacrifices humains, et à constater jusque dans les moindres détails un accord remarquable entre les
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faits observés et Tune des plus anciennes traditions de l'Italie : sur l'estrade de la caverne de Reggio s'est accompli le rite prescrit pour le culte de Dites et de Saturnus; et ces sacrifices doivent être rapportés à l'expiration de l'âge de la pierre polie, vers le commencement de 1 âge du bronze. {Congrès^ p. 360.)
La caverne de Kent ou de Torquay. C'est encore un des formidables arsenaux des anthropologistes; elle a môme été pour eux l'occasion d'un transport au cerveau grandement instructif. Écoutons ce qu'elle a inspiré à M. Charles Martin s, le Don Quichotte libre penseur de la Revue des Deux-Mondes, livraison du 16 janvier 1868, à l'occasion de la réunion annuelle de l'Association britannique pour l'avancement des sciences : « Un des explorateurs de la caverne de Torquay, « M. Vivian, s'est livré à quelques calculs sur l'antiquité de « ses débris. Le limon noirâtre de la surface contient à « sa base des poteries romaines qui nous permettent de « leur assigner 2 000 ans d'existence. L'épaisseur de la « première couche stalagmitique, qui avait 2 centimè- « très, et la nature des objets qu'elle contenait nous font « remonter à 4 000 ans environ avant Jésus-Christ. Mais la « seconde couche stalagmitique ayant 91 centimètres d'épais- « seur, et s'étant formée à raison de 2 mm. 5 par an, nous « reporte au delà de 364 000 ans, c'est-à-dire à la période « glaciaire dont le limon rouge est un témoin. Ce limon « recouvrait des os travaillés et des silex taillés, mêlés aux « débris de pachydermes fossiles. L'existence de cette seule « caverne nous montre que l'homme existait probablement « avant l'époque glaciaire, et que son antiquité remonte fort « au delà du terme que les traditions lui avaient assigné. » Je constaterai d'abord que, à ma connaissance du moins, la responsabilité de cet étrange calcul pèse tout entière sur
M. Charles Marlins, qui n'indique en aucune manière la source où M. Vivian l'aurait déposé. J'ai sous les yeux les rapports officiels sig-nés de M. Vivian, et je n'y trouve rien de semljl;tl)le. En tout cas l'attentat de M. Vivian ne justifierait pas celui de M. Cil. î\lartins. llcprenons ce calcul : « Mais la seconde couche stalagmitiquc ayant 91 centimètres d'épaisseur, ets'étant formée à raison de î2 mm. 5 par an nous reporte à 364 000 ans. » Quel adorable mathématicien ! Pour moi, pour nous, humbles mortels, â mm. S par an font 1 centimètre en quatre ans; et 91 centimètres d'épaisseur exigeraient 4 fois 91 ou 304 ans, qui ajoutés aux 2 000 ans de la période romaine et aux 8 ans de la première couche stalagmitiquc (2 centimètres d'épaisseur) nous conduiraient à 2 372 ans, et nous reporteraient à 272 ans avant l'ère chrétienne. Mais le coup de baguette de M. Charles Mai'tins a changé les unités des années en centaines de mille. Y a-t-il une erreur dans son texte ? Au lieu de 2 mm. 5 par an, faut-il lire 2 mm. 5 par siècle? ce serait un centimètre en 4 siècles; 91 centimètres en 400x91 ou 36 400 ans, et non pas 304 000 ans. Il est vrai encore que pour pousser l'inconséquence à l'extrême , il s'accorde 2 000 ans pour le dépôt des 2 centimètres de la première couche stalagmitiquc, 1 000 ans pour chaque dépôt d'un centimètre d'épaisseur.
M. Charles Martins a droit à noire admiration quand nous l'entendons dire sans sourciller : la seconde couche de stalagmite ayant 91 centimètres d'épaisseur ets'étant formée à raison de 2 mm. 5 par an ! S'étant formée? il y était donc, il vivait il y a plus de cent mille ans ! « Mais il nous permettra de lui opposer la déclaration faite naguère par M. Boyd Dawkins de la Société royale de Londres, un des anthropologistes les plus renommés de la Grande Bretagne {Nature et Alhenœum, du 11 avril 1873}.» M. Coyd Dawkins croit d'après ses réciter-
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clics, d'après des mesures précises qu'il a relevées dans la caverne d'Inglcboroug, Yorkshire, sur une stalagmite célèbre appelée Jokey's Cap, que la valeur des couches de stalagmite, quand il s'agit de fixer l'antiquité des dépôts situés au-dessous d'elles est relativement très-faible. Par exemple, les couches de la caverne de Kent (celles de M. Ch. Martins) peuvent avoir été formées, à raison d'un quart de pouce par an (6 mm, 2 et non 2 mm. 5) ; et les os humains enfouis au-dessous de la stalagmite dans la caverne de Bruniquel, ne doivent pas être considérés pour cette raison comme d'une immmense antiquité. On peut en conclure hardiment que les épaisseurs des couches de stalagmite ne peuvent pas servir à démontrer l'âge trèsreculé des couches situées au-dessous d'elles. A raison d'un quart de pouce, 6 mm. 2 par an, 20 pieds de stalagmite peuvent avoir été déposés en mille ans. » Une circonstance importante amoindrit encore la valeur de l'argument tiré des stalagmites des cavernes : leur épaisseur est très-inégale ; dans la caverne de Torquay, par exemple, elle varie de 37 centimètres à 1 mètre, elle est en moyenne de 45 centimètres ; le dépôt de la portion la plus mince s'est fait dans le même temps que le dépôt de la portion la plus épaisse ; on dirait qu'à un instant donné, la masse de la stalagmite pâteuse ou semifluide s'est déversée ou a coulé, et qu'elle est devenue ainsi plus mince sur certains points, plus épaisse sur d'autres. On pourrait la comparer à une couche de ineige tombée sous l'influence d'un vent assez fort, et qui est très-épaisse sur les points vers lesquels le vent l'a poussée, très-mince au contraire ailleurs. On ne peut donc rien conclure de l'épaisseur à la durée du dépôt, et il est vraiment extraordinaire que ces remarques si simples aient échappé à l'attention des géologues anthropologistes. Mais il est encore un fait plus grave qui se présente dans la caverne de Torquay, et sans doute aussi
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dans un très-gi-and nomlire d'autres, c'est que la couche de limon rouge ou noir située au fond, et dans laquelle on trouve des restes d'industrie humaine, est d'une date trèspostérieure au dépôt de la couche de stalagmite placée audessus; que les objets travaillés cachés dans cette couche caractériseraient une industrie beaucoup plus récente que celle des œuvres d'art rencontrées dans les couches supérieures; que, par conséquent, le sol entier de la caverne est un sol bouleversé ou remanié ; qu'en tous cas, du moins, la couche de limon s'est glissée avec les œuvres d'art qu'elle renfermait sous le dépôt de la stalagmite, bien après sa formation. C'est ce qui est résulté pour moi et ce qui résultera pour tous de l'analyse fidèle que j'ai eu le courage de faire des longs et nombreux rapports lus à l'Association britannique, à chacune de ses sessions annuelles. Cette analyse sera en même temps un résumé consciencieux et complet de l'élude des cavernes.
Dans la caverne de Torquay, les dépôts se succèdent dans l'ordre suivant : 1° gros blocs anguleux de calcaire grossier; 2° limon noir de 3 pouces à plusieurs pieds d'épaisseur, mais épais en moyenne de 12 à 18 pouces ; 3° fond stalagmitique de 3 pouces à plusieurs pieds d'épaisseur; 4" fond le plus bas exploré jusqu'ici, terre des cavernes, rouge, avec des morceaux angulaires de calcaire, et, occasionnellement, des pierres roulées ne pouvant pas provenir des montagnes de la caverne. 5° Sur un point exceptionnel, une partie du vestibule, une couche de limon non identique, en apparence, à celui trouvé partout ailleurs sur la couche épaisse de stalagmite, se trouvait sous cette couche et couvrait une surface de 100 pieds carrés. Elle contenait de nombreux morceaux de charbon, et variait de 2 à 6 pouces d'épaisseur : sur la moitié de sa surface, cette couche de limon était séparée de la surface inférieure de la stalagmite
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par une couche de terre ordinaire ou limon rouge des cavernes ; cette couche de limon rouge ou fond de la caverne avait donc été rompue et traversée postérieurement parla couche de limon noir, sous Teffort sans doute d'une pression latérale, entraînant avec elle les objets qu'elle contenait. Dans le limon noir superposé à la stalagmite, on a trouvé des coquilles marines très-abondantes, et sous le vestibule des morceaux de coquilles d'huîtres marines ou autres mollusques actuels, mais des mollusques morts, et non vivants, ou ayant servi à des repas. Les morceaux de poterie y étaient communs, et quoique quelquesunsd'entre eux fussent de dimensions considérables, on n'a rien trouvé d'approchant d'un vase parfait. A en juger par les formes variées de l'ornementation, elles constituaient un grand nombre d'ustensiles ; elles sont faites, dans le plus grand nombre des cas, d'argile grossière mêlée à de petites pierres. Parmi elles on trouve de petits objets tournés en ardoise, avec de nombreuses lignes d'ornement et des grains d'ambre, aussi façonnés. A la surface de ce limon noir on a trouvé des centaines de silex taillés noirs et blancs, le plus grand nombre noirs, silex bien plus anciens que les poteries. Presque tous ont été rencontrés dans le vestibule, et il ne semble pas improbable que quelques-uns des silex blancs aient été extraits du limon rouge de la caverne, et perdus ou négligés par les premiers explorateurs. Parmi les articles en métal, on compte un crochet en bronze, un celt en bronze. Parmi les objets en os on trouve une alêne, un outil prismatique arrondi sur les bords, avec des incisions équidistantes simulant une règle divisée ; deux peignes dont l'un avec des lignes en zigzag et un trou pour le suspendre. Sur un point, le limon noir était recouvert d'un gâteau de stalagmite attaché aux parois de la caverne, de 6 pieds de large, sur 5 de loHg, formé posté-rieurement au dépôt de limon noir, de 1 à 2 pouces d épais-
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seur(1); ce niômc limon noir contenait un grand nombre d'os de divers mammifères et oiseaux, dont aucun, probablement, n'appartenait à des espèces éteintes, avec diverses portions de squelettes humains, vertèbres, mâchoires inférieures, dents, crânes, etc.
La couche stalagmiti(iue présentait ses caractères ordinaires ; cristalline, très-dure sur certains points, granulaire et relativement molle sur d'autres. On y a trouvé des pierres de diverses sortes, des silex et des noyaux taillés, des restes de divers animaux, ours, renard, cheval, et des restes d'hommes. Les pierres ordinairement calcaires, roulées, arrondies, ont été choisies probablement sur le rivage voisin de la mer. Un de ces silex est un fragment de celt ou de hache polie, le seul de ce genre qu'on trouve dans la caverne. Les restes humains sont une dent et une mâchoire inférieure avec quatre dents ; ils se trouvaient ensemble dans le vestibule, à 30 pieds de l'entrée nord, profondément enfouis dans le sol, épais de 20 pouces.
La bande noire au-dessous de la stalagmite était extrêmement riche en objets, la plupart d'un grand intérêt ; elle renfermait des os et des dents de divers animaux, et des traces de la présence de l'homme. Parmi les animaux, on comptait le bœuf, le cerf (plusieurs espèces), le cheval, le blaireau, l'ours, le renard, le rhinocéros trichorinus, l'hyène spelaea. Les indices de l'existence de l'homme sont des globules, des plaques, des noyaux, des instruments en flint lancéolé, des outils en os, des os partiellement brûlés. 11 est impossible qu'ils aient été introduits dans le limon par une autre action
(1) Si la couche stalagmitique s'est formée après le limon noir qui contient dos objets trindustrie de l'àgo du bronze ou même de la iiériode romaine, comment avu-ait-clle pu exiger pour sa formation les quatre mille ans que M. Charles Martins lui attribue ?
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que Taclion humaine, et qu'ils aient été jamais déplacés du point où ils furent primitivement logés. Des deux outils en os, Tun était une alêne ou poinçon de trois pouces et demi de longueur, aminci en pointe à l'une de ses extrémités. Il a été trouvé le 20 novembre 1863, au-dessous du sol de la stalagmite de 46 pouces d'épaisseur, parfaitement intact el continu dans toutes les directions, sur un point à 40 pieds de l'entrée nord de la caverne. Des cailloux roulés ne provenant point des rocliers de la caverne, se présentent çà et là dans toutes les parties déjà explorées,
La faune de la caverne comprend l'ours des cavernes, le lion des cavernes, le renne, le cheval, peut-être plus d'une espèce, le bœuf, plusieurs espèces de cerf, le rhinocéros trichorinus, le mammouth, le blaireau, etc. Dans aucun cas, on n'a trouvé de squelette entier, ou quelque chose qui en approche. Il est aussi toujours vrai qu'aucun os ou dent de Macharodus, d'hippopotame, ou d'homme n'a été trouvé dans le limon rouge des cavernes.
Le rapporteur, M. Pengelly, se hasarde à entretenir l'opinion que l'évidence mise en leur possession par les douze derniers mois, rend impossible pour qui que ce soit de douter que l'homme ait occupé le Devonshire, lorsque vivait encore le lion éteint, la hyène, l'ours, le rhinocéros, le mammouth et leurs contemporains.
Parmi les outils en os, on remarque d'abord un harpon de 2 pouces et demi de longueur, barbelé des deux côtés de Mrbes opposées et non alternes. Il a été trouvé le 18 mars 1867, dans le vestibule, à 2 pieds au-dessous du limon rouge. Verticalement au-dessus de ces 2 pieds de limon rouge^ gisait la touche de limon noir, épaisse de 3 pouces, contenant des silex taillés (lame de flint, œuvre d'art beaucoup plus ancienne que le harpon en os), avec des restes de
mammifères èteinls ; puis, aïo-desaus, de nouveau la couche de stalagmite de 18 pouces d' é-paisseur , granulaire à sa base, lamellaire et cristallisée vers sa surface supérieure, continue da)is toutes les directions, intacte sans aucun doute, sans fractuosités ni crevasses d'aucune sorte. Au-dessus, enfin, s'étendait la couche de limon noir ordinaire avec des poteries brito-i^omaines. Cette simple t^niimération prouve jusqu'à révidence q'A'il y a renversement dans la superposition des couches, que les restes et les œuvres les plus modernes sont dans la couche de limon noir partant du vestibule, et qui nécessairement s'est glissée sous la couche épaisse de stalagmite toute formée.
Le second outil en os, une aiguille ou épingle de 3 pouces et demi d'épaisseur, très-fine, parfaitement ronde, d'un poli qui semble plutôt un effet de l'usage, objet de toilette, a été trouvé en contact immédiat avec une dent de rhinocéros, à 4 pieds de profondeur au-dessous de la stalagmite. Quel renversement encore! l'aiguille de toilette est de l'âge du bronze, ou même de l'âge du fer, et elle est en contact avec une dent de grand carnassier éteint ! Ce n'est donc pas l'homme de l'âge de la pierre taillée, mais l'homme de l'âge de la pierre polie et du bronze qui aurait été contemporain du mammouth : le mammouth serait donc préhistorique ou historique. Verticalement au-dessus, dans l'ordre ascendant, 4 pieds de limon rouge, terre des cavernes ; la bande noire, le dépôt de stalagmite de 20 pouces d'épaisseur, parfaitement intact et continu dans toutes les directions ; le limon noir ; le tout enfin couronné par de larges blocs de pierre calcaire, cimentés par du carbonate de chaux, de manière à former une brèche solide qui s'élève jusqu'à la voûte de la caverne.
La Commission s'abstient de tirer aucune conclusion du fait extraordinaire de la rencontre de cette" aiguille de toi-
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lette, parce qu'il s'applique encore à un trop petit nombre d'objets ; mais il lui semble digne de remarque que les outils les plus finement travaillés, en silex ou en os, sont ceux qu'on a trouvés dans les niveaux les plus inférieurs. Ce sont les propres paroles de la Commission ; que pourrait-on dire de plus formel pour annuler de la manière la plus absolue le témoignage des cavernes et de leur contenu. La Commission conclut ainsi :
«Si nous avions à donner l'interprétation probable de la bande noire trouvée au-dessous du sol du vestibule, prenant en considération sa surface très-limitée, sa situation près de l'entrée nord de la caverne, son contact avec la lumière arrivant par là, les nombreux morceaux de charbon et d'os qu'on y rencontre, les nombreux outils, les éclats extrêmement abondants de silex blancs, à bords aigus en forme de coins, non usés, brillants, etc., nous serions tentés de conclure, non-seulement que nous avons identifié la caverne de Kent avec la demeure de l'un de nos ancêtres primitifs, mais que nous avons identifié le vestibule avec l'appartement particulier dans lequel il goûtait le plaisir de jouir du feu, où il cuisait et mangeait ses aliments, où il taillait ses nodules, où il coupait et façonnait les os en instruments de guerre, de chasse, ou d'usages domestiques. » Ce rapport est signé des noms illustres de sir Charles Lyell, professeur, John Phillips, sir John Lubbock, John Evans, Edwards, Vivian, Georges Busk, William Pengelly, rapporteur : n'est-il pas évident que s'il avait eu la conscience de le lire, M. Charles Martins n'aurait pas eu le courage de ses faux calculs et de ses conclusions extmvagantes?
Classification des cavernes. M. de Mortillet partage l'époque de l'habitation des cavernes en cinq périodes, en
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partant de la moins vieille et remontant jusqu'à la plus ancienne : i° Epoque de saint AcJieul ou type acheuléen ; gros instruments de l'orme amygdaloïde, taillés des deux côtés, rencontrés dans les alluvions des hauts niveaux, sur les plateaux et les terrasses, et même à la surl'ace du sol, mêlés avec des objets de tous les âges. Celte délinition n'implique-t-elle pas contradiction dans les termes ; un type rencontré partout à la surface du sol, mêlé à des objets de tout âge, peut-il être le plus ancien des types?
2° Époque du Mousticr ou type moustérien. Pointes retaillées d'un seul côté et généralement à un seul bout ; racloirs unis sur une seule face.
3° Époque de Solutré ou type solutréen. Pointes en feuilles de laurier finement retaillées des deux côtés et aux deux bouts ; on commence à rencontrer des objets d'art ou sculptures, mais en pierre.
4° Epoque de la Madeleine ou type magdaléen. Plus de jolies pointes ; lames de silex servant de couteaux, de scies, de frottoirs, de perçoirs, avec lesquelles on façonnait les os et les bois de cervidés. Le magdaléen se trouve aussi parfois à Tair libre.
5° Époque de Bohenhausen ou type hobenhausien. Parfaitement caractérisé par les haches polies, par les pointes de flèches en pierre barbelées et à pédoncules, et par l'apparition de la poterie.
Cette classification qui n'a du reste aucune portée est absolument arbitraire. M. l'abbé Bourgeois a très-bien fait remarquer que si l'on compare les observations faites dans les cavernes de la France avec celles faites en Belgique par 31. Dupont, on verra que le développement de la civilisation ne présente pas un parallélisme parfait. En Belgique, on a trouvé à l'époque du mammouth des aiguilles nombreuses et bien façon-
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nées, des harpons ou flèches en bois de renne qui en France ne se montrent qu'à Fâge suivant. ATàge du renne, la poterie est connue en Belgique et ne Test pas encore en France (quelle erreur ! quelle confusion !). M. Franks se fait aussi un devoir de rai)pcler que dans les plus anciennes cavernes de la France, on avait trouvé des fragments de poterie, mais qu'on hésitait à en croire ses yeux, tant d'après les idées préconçues la découverte semblait inattendue. {Congrès, p. 445.) M. Fraas, de son cùté, niait qu'on pût bâtir un système général sur l'observation de quelques localités ; les faits observés en Allemagne sont tout à fait opposés à ceux observés en France. « Dans les grottes de toute l'Allemagne, dit-il, les fragments de poterie se trouvent mélangés avec les restes de mammouth et d'autres espèces éteintes. Il suffira du reste d'examiner la magnifique collection du Musée de Bruxelles, pour se convaincre que ces objets accompagnaient aussi en Belgique l'homme de l'âge du mammouth. » {Congrès, p. 4oG.)
Du reste, chaque jour des faits nouveaux viennent expliquer cette coexistence au sein des cavernes des restes de l'homme et des animaux des races éteintes. « Il y a quelques mois, dans la célèbre grotte de Balvi, qui a déjà fourni tant d'ossements fossiles, le contenu d'une fente de la voûte qu'on n'avait jamais remarquée auparavant, tomba subitement sur le fond de la caverne qu'il recouvrit de cailloux roulés et d'ossements de mammouth, de façon qne ceux-ci se trouvaient au-dessus des couches qui renfermaient les débris de l'ours et du renne. » {Congrès, p. 547.) M. Schaffausen, qui ne saurait être suspect, ajoute : « Un tel événement a pu se répéter plusieurs fois dans le cours des siècles, de sorte que des débris anciens peuvent être mêlés à ceux qui sont plus récents, ou même leur être superposés. Le limon, qui remplit les cavernes souvent jusqu'à la voûte, peut avoir été introduit dans beau-
coup de cas, h travers des fentes semblables, par suite de l'alluvion des eaux, comme je l'ai observé en Westphalie, près de Grevenbruch. »
On le voit sous la plume des Dupont, des Larlct, etc., les cavernes se compliquent et s'assombrissent à l'excès. Au fond de leurs antres ténébreux le fait absolument certain de l'apparition de l'homme sur la terre s'obscurcit et fuit dans un lointain effrayant. Mais aussitôt que ces dépôts mystérieux s'étalent à la lumière du grand jour, ils deviennent au contraire des témoins éclatants de la vérité révélée déjà par les premiers témoins entendus. L'homme des cavernes est l'homme quaternaire, il vivait quelques siècles avant l'ère chrétienne.
Kjokkenmœddings ou Restes de cuisine.
Sur plusieurs points de la cote du Danemark, tout près de la mer, on rencontre des accumulations de mollusques et de crustacés formées de coquilles appartenant toutes à des individus adultes, et renfermant des ossements de vertébrés, des instruments grossiers en silex taillé, des foyers, des charbons, des instruments en corne et en os, des fragments de poteries grossières, des peignes en os couleur d'ambre. La hauteur de ces amas varie de un à trois mètres, sur une largeur de trente, soixante, trois cents mètres, en ligne droite ou circulaire. Les débris comprennent l'huître, le buccin, la moule, la littorelle; d'autres espèces actuelles, mais plus grosses, des crabes, des poissons, harengs, cabillauds, limandes, des cerfs, des sangliers, des phoques, des bœufs primitifs, des aurochs, etc. On n'y trouve aucune trace d'os humains, de céréales, de métaux. Le seul animal domesti(iue est le chien. Évidemment, les amas sont les restes des repas de la population indigène qui vivait des produits de la chasse et de la pêche.
On a trouvé de ces amas dans le Pas-de-Calais, dans les