HABÏTACLES. RESTES DE CUISINE
comtés de Cornouaille et du Dévonshire, sur les côtes d'Ecosse, en Australie et sur la Terre de Feu. Ils se continuent encore de nos jours chez les Esquimaux.
On a trouvé dans les tumulus de Moës et de Borreby des gilex identiques avec ceux des amas, et Ton en a conclu que c'étaient les tombeaux des chefs de la peuplade, qui seraient ainsi préhistoriques ou presque historiques. Leurs crânes, d'ailleurs, rappellent ceux des Lapons et des Finnois, {L'Homme selon la science, p. 137.)
La présence dans les amas du coq de bruyère qui, dit-on, ne vit que de bourgeons de pin, prouverait qu'à l'époque de leur formation le sapin ou pin abondait en Danemark. Or le sapin a, plus tard, fait place au chêne, remplacé à son tour par le hêtre qui, ajoute-t-on, n'existait pas encore à l'époque du bronze, et qui aujourd'hui abonde. Ces remarques tendent en apparence h reculer bien loin dans le passé l'homme des amas de cuisine, mais en réalité elles ne font que déplacer la difficulté en substituant les âges du sapin, du chêne et du hêtre, aux âges de la pierre, du bronze et du fer. L'homme des restes est certainement postérieur à l'homme de la pierre taillée. M. Wormsveut qu'il ait ouvert l'âge de la pierre que l'homme des dolmens devait clore ; qu'il remonte vers la fin du temps où le renne vivait en France, et correspond à l'âge de la pierre polie du reste de l'Europe. M. Steenstrap le déclare, au contraire, contemporain des dolmens dans lesquels on trouve ensem])le la pierre brute et la pierre polie ; l'homme des amas et l'homme des dolmens ne feraient qu'une seule et même race.
En tout cas, l'homme des restes de cuisine n'a absolument rien de commun avec la géologie, il vivait à la surface de la terre, il se nourrissait d'espèces animales vivant encore aujourd'hui ; il fait, en un mot, partie de notre race, c'est un
de nos ancêtres auquel nous sommes rattachés par un lien invisil)le mais réel. Et parce qu'il s'identifie en réalité avec riiomme des cavernes, avec l'homme dont nous trouvons les restes dans les graviers des rivières, il devient à son tour une preuve de la non-antiquité indéfinie des races humaines^
Cités lacustres.
Dans les parties basses de plusieurs lacs de la Suisse, à des profondeurs de 1 mètre à 4 mètres 50, on a découvert d'anciens pilotis de bols ayant servi évidemment de support à des villages, baptisés du nom un peu trop prétentieux de cités lacustres, et dont l'origine remonte au dernier âge de la pierre ou même à lage du bronze. Elles ont commencé à attirer l'attention vers 1854. La première fut découverte dans le lac de Zurich, dont les eaux avaient subi une baisse excessive et dont on voulut reculer le rivage. A l'heure qu'il est, on a retrouvé 11 stations lacustres dans le lac de Brienne, 26 dans le lac de Neufchâtel, 24 dans le lac de Genève, 16 dans le lae de Constance, 3 dans le lac d'Annecy, etc.. Le mode de construction de ces villages sur pilotis est partout le même : des pieux en bois de chêne, de 60 centimètres de diamètre environ, étaient plantés dans le fond du lac; enfoncés dans le sol, ils étaient reliés ensemble par des poutres destinées à soutenir un plancher, et c'est sur ce plancher que les habitations étaient bâties; un pont construit de la même manière réunissait le village à la terre. L'importance de ces villages variait beaucoup ; on en a découvert qui pouvaient contenir de 1 500 à 1 800 habitants.
Remarquons d'abord que si elles sont préhistoriques, les cités lacustres sont aussi historiques et presque contemporaines. Hérodote fait l'histoire d'une tribu de la Thrace, les Péoniens
qui habitaient en Fan 250 aVant Jésus-Christ le lacPrasias, et qui défièrent les attaques de Darius, grâce à la position particulière de leurs demeures. Elles étaient bâties sur des platesformes de bois, supportées par des pierres, et communiquaient avec le rivage par un petit pont qui pouvait être retiré à volonté. Dumont-Durville a trouvé des cités lacustres dans la Nouvelle-Guinée, chez les Papoux de la race de Doué. Le dessin qu'il en donne a môme servi à M. Keller de Zurich, pour la restauration des cités lacustres de la Suisse. M. Keller affirme, d'ailleurs, que sur la rivière Limar, près de Zurich, il y avait encore au siècle dernier plusieurs huttes de pêcheurs bâties sur le même plan.
Les fouilles faites avec le plus grand soin dans les cités lacustres ont amené la découverte des objets suivants :
Bestes d industrie humaine. Instruments de pierres, silex taillés, hachettes et coins en jade, en serpentine, en diorite , têtes de flèches en quartz, instruments de corne et d'os ; hachettes et instruments divers en bronze et en fer ; engins de pêche ; morceaux de cordes ; hameçons; canots dont l'un fait d'un seul tronc d'arbre, long de lo mètres et large de 4 mètre 20 ; lin tissé ; toile tressée.
Plantes. Tiges et grains de froment et d'orge ; gâteaux ronds et plats,, sortes de pains ; pommes et poires carbonisées, (le très-petit volume, telles qu'elles croissent encore dans les forêts de la Suisse ; noyaux de prunes sauvages ; graines de framboises et de ronces ; faines de hêtre ; noisettes en quantités énormes.
Animaux. Vingt-quatre espèces de mammifères sauvages et domestiques : chevreuil, daim, élan, bouquetin, chamois, bison, bœuf sauvage, cliicn, cheval, âne, porc, chèvre, plusieurs races d'ours, blaireau, marte, belette, loutre, loup, renard, chat sauvage, hérisson, écureuil, mulot, lièvre, cas-
lor, porc, sanglier, cerf. Dix-liuit espèces d'oiseaux, cygne sauvage, oie, canard, trois espèces de reptiles, grenouille, tortue d'eau douce, couleuvre. Neuf espèces de poissons. Ces quarante espèces, à rexception du bœuf sauvage, vivent encore aujourd'hui.
On n'a trouvé jusqu'à présent qu'un seul crâne extrait du Necton, sur le lac de Zurich, d'un type très- rapproché du type dominant encore en Suisse, intermédiaire entre les formes courtes et les formes allongées.
M. Morlot, fort de Texamen du delta delà Tenière, torrent qui se jette dans le lac de Genève, près de Villeneuve, avait cru pouvoir faire remonter l'âge de bronze des cités lacustres h 3 000 ou 4 000 ans ; l'âge de pierre à 5 000 ou 6 000 ans. Au col de Tenière, en effet, une tranchée de chemin de fer a mis en évidence trois couches superposées de terre végétale : la première à 1 mètre 50 au-dessous de la surface du sol actuel, de 12 centimètres d'épaisseur, contenait des tuiles et une médaille romaine. La seconde, à 3 mètres de profondeur, de 15 centimètres d'épaisseur, contenait des fragments de poterie non vernissée et une paire de pinces en bronze ; la troisième à 6 mètres de profondeur, de 15 à 17 centimètres d'épaisseur, contenait des fragments de poterie grossière, des morceaux de bois carbonisés, des os brisés, un squelette 'humain au crâne petit, rond et fort épais, du type mongol de M. Vogt. Le calcul de M. Morlot avait pour point de 'départ le temps, 1 500 ans, que la première couche a mis à se ;former, depuis l'époque romaine jusqu'à nous ; mais rien ne nous prouve que cette première couche remonte réellement au temps des Romains; le témoignage de la médaille n'a évidemment pas celte portée. Rien ne prouve de môme que la seconde couche appartienne à la période de bronze, elle a pu se former beaucoup plus tard. Enfin l'âge néolithique de la
troisième couche n'est nullement démontré, puisqu'on n'y a pas rencontré d'instruments en pierre. Enfin, alors même que la première couche remonterait réellement à la période romaine, rien ne prouve que les deux autres ne se sont pas formées deux fois plus vite. Ce sont des terrains d'alluvion, les graviers delà Somme, de la Seine, du Var, du Tibre, se sont accumumulés beaucoup plus vite. Un juge très-compétent, M. le professeur Andrews, de Chicago, dit M. Buchner (y Homme selon la science^ p. 116), révoque eu doute les évaluations de M. rilorlot ; il faudrait, d'après lui, les réduire de plus de moitié. D'ailleurs la faune du Delta de M. Morlot ne diffère en rien de la faune actuelle du Rutymeyer. Un courant d'eau peut, en un seul jour, emporter plus de matériaux que des eaux d'un cours régulier en un siècle.
Hochstetter regarde comme très-vraisemblable {Archiv. fur Anthropology, 1*^"^ vol.) que les cités lacustres ne remontent pas à plus de dix siècles avant l'ère chrétienne. Franz Maurer (Ausland, 1864, p. 912), les fait remonter aux temps écoulés entre le cinquième et le huitième siècle avant notre ère. Hastler {Vurtel-yahre Schrift, 1865, p. 80) place les plus récentes dans le lu" siècle avant Jésus-Christ, 11 ajoute même que l'examen des tourbières ne nous force pas à faire remonter les plus anciennes à plus de 1 000 ans avant Jésus- Christ, et que beaucoup de motifs militent en faveur d'une origine beaucoup plus récente. Relier, Desor, Von Bauer, les grands maîtres de l'Archéologie, n'ont jamais hasardé un chiffre. Mais tous les hommes sensés s'accordent à reconnaître que l'homme des cités lacustres est bien postérieur à riioajmedes cavernes, et que la faune et la flore de ces cités sont la faune et la flore actuelles.
On a découvert près d'Yverdun . une sorte d'île en terre ferme, ou construction sur pilotis trouvée sous une couche de
tourbe de 8 à 10 pieds d'épaisseur, et distante de 5 500 pieds d'Yverdun, YEbucodunium des Romains. Cette ville devait être du temps des Romains sur les bords du lac ; elle en est éloignée aujourd'hui de 2 500 pieds; le lac a donc dû mettre 3 000 ans à se retirer de 5 500 pieds de la cité lacustre ; cette cité remonte donc à 2 000 ans avant l'ère chrétienne. Ce ne serait pas impossible, ce n'est pas une antiquité démesurée, incompatible avec la chronologie biblique , mais elle n'est nullement probable. En effet, M. Vogt prend soin de faire remarquer dans ses Vorlesungen, après M. Troyon, que la mesure de la retraite des eaux d'un lac ne peut pas être prise en calculant la distance horizontale qu'il a parcourue, mais en constatant l'abaissement vertical du niveau de l'eau ; que rien, en outre, ne prouve que dans les siècles antérieurs l'abaissement a eu lieu dans la même proportion, et que diverses causes particulières ne l'ont pas accéléré en produisant subitement une diminution qui n'aurait eu lieu qu'en dix siècles. Wagner, suivi par Vogt, affirme que les atterrissements d'un courant d'eau qui tombe des montagnes, ne peuvent jamais être réguliers. A la suite d'une pluie torrentielle, le cours d'eau peut, en un seul jour, entasser plus de matériaux que son cours régulier n'en dépose pendant des siècles. Lyell avoue que les tentatives des savants suisses, pour déterminer l'âge des constructions lacustres, sont encore bien imparfaites, et ne sont vraiment que de purs essais. La seule base, dit-il, sur laquelle on pourrait établir leur ancienneté, dans les endroits où les constructions sur pilotis sont ensevelies sous la tourbe, est l'accroissement vertical de la tourbe. Mais ce serait simplement reculer la difficulté : la tourbe elle aussi, nous l'avons prouvé surabondamment, est un témoin très-incertain, et dans aucun cas, il n'accuse une grande antiquité.
Cet arrêt a été prononcé par sir Charles Lyell lui-même, à
l'occasion des cités lacustres ou crannogs d'Irlande. Ce sont des îles artificielles bàlies sur une espèce de soubassement en chêne. Les bois de construction semblent travaillés avec des ciseaux, haches ou coins en pierre. On y a trouvé d'énormes quantités d'ossements de bœuf, de porc, de daim, de chèvre, de mouton, de chien, de cheval, d'âne, etc., une sandale de cuir en peau de bouc, etc. Rien, dit Lyell, pas même l'épaisseur des dépôts, ne saurait former un élément sérieux pour le calcul de la date de ces cités ou cabanes lacustres : « car j'ai rappelé dans mes Principes de Géologie, chap. xlvi, qu'en Angleterre, aussi bien qu'en Irlande, depuis les temps historiques, certains marais se sont ouverts, et ont rejeté de grandes quantités de boue noirâtre. On sait que ces matières se sont étendues lentement sur le pays, marchant en quelque sorte comme un courant de lave, engloutissant, parfois, bois, habitations, et les recouvrant d'un sol marécageux ou tourbeux de cinq mètres d'épaisseur. Plusieurs données historiques constatent que les crannogs ont été habités jusqu'à la fin du seizième siècle. On voit souvent apparaître dans les stations suisses, du fer et des tuiles avec des poteries rouges et des monnaies, trois éléments étrangers à l'âge de pierre. (Mortillet, t. î, p. 53.) La composition d'une poterie des cités lacustres du lac du Bourget, s'est trouvée presque identique avec celle d'une poterie gauloise d'Albertville.
Aux cités lacustres il faut ajouter les terramares ou marières de l'Italie, qui sont aussi des stations préhistoriques. On les rencontre quelquefois, comme à Montovi, près Modène, sur des emplacements marécageux, où se sont établies plusieurs familles, au moyen d'un pilotage supportant un plancher sur lequel elles ont bâti des cabanes de bois et d'argile. Sous le plancher s'accumulèrent incessamment les rebuts de