‹ Les splendeurs de la foiChapitre 90 sur 110 · C.VrUUES PUODUiTES PAR LES FAUSSAIRES · texte numérisé non relu

C.VrUUES PUODUiTES PAR LES FAUSSAIRES

Les Troglodytes faisaient mieux que le faussaire qui s'exerce longtemps et qui a le plus grand intérêt à réussir. Quelle exagération! L'engouement des admirateurs des prétendus artistes de l'âge du renne est si grand, que rien ne leur ouvre les yeux. Us poussent l'aveuglement etl'illusion jusqu'à vouloir trouver, sans éionnement aucun, dans ces dessins primitifs, les traits caractéristiques qui distinguent l'éléphant d'Asie de l'éléphant d'Afrique. Ils ne s'effrayent nullement de représentations qui accusent nettement les vices d'une civilisation corrompue, comme la statue tant colportée par M. de Vibraye d'une femme ou Vénus impudique, dont les organes sexuels sont fortement accentués et les formes postérieures très-arrondies, etc., etc. (MoRTiLLET, ibid., p. 209.)

N'est-ce pas le cas ou jamais d'invoquer l'adage de l'école : Qui nimis probat nihil probat, qui prouve trop ne prouve rien. Ces œuvres d'art, si elles prouvent quelque chose, si elles n'ont pas été introduites tardivement dans les dépôts des cavernes où on les a trouvées, si elles ne sont pas l'œuvre de la fraude comme cette trop célèbre plaque d'ivoire qui portait une in:cription sanscrite, écrite en caractères renversés de sanscrit moderne, rajeuniraient au delà de toute mesure les animaux éteints ou émigrés; elles en feraient des témoins éloquents non de l'antiquité très-reculée, mais de l'apparition très-récente de Thomme sur notre sol.

L'argument tiré de la présence simultanée, dans les graviers quaternaires et dans les dépôts des cavernes, des os des animaux éteints et des os ou des restes de l'industrie de l'homme, prouve encore trop, et par conséquent ne prouve encore rien

ANIMAUX COISTEMPORAINS DE l'iIOMME. 877

SOUS un 'autre rapport. Les paléontologues, Lartet, Lyell, Lubbook, Dupont et beaucoup d'autres, sans doute pour éblouir davantage et pour gagner plus de temps, s'étaient empressés de diviser l'âge de l'homme, au point de vue des ' animaux dont il fut le contemporain, en trois ou plusieurs âges, très-incertains d'ailleurs et très -variables , l'âge du mammouth , l'âge de l'ours des cavernes , l'âge du renne, etc., etc. Or voici que les fouilles faites dans les cavernes et ailleurs ont amené forcément les maîtres de la science, à confondre en un seul ces trois âges qu'ils n'invoquent plus que pour les besoins de la cause ; à faire coexister ou exister à la fois sur un même espace très-restreint, nonseulement entre eux, mais avec les races les plus récentes, avec nos races domestiques, bœuf, mouton, porc, chèvre, chien, les animaux des espèces éteintes ou émigrées : le mastodonte, l'éléphant primitif, Tours des cavernes, le renne, etc. Ecoutons ce qu'une grande autorité, M. Steenstrup objectait à M. Dupont dans le congrès de Bruxelles {Compte rendu, p. 1211). « Parmi les os qui avec ceux des anciens pachydermes ont été extraits des couches dont on fait positivement remonter l'origine aux âges du mammouth et du renne, des restes de cuisine et de la pierre polie, il s'en trouve un assez grand nombre appartenant aux autres animaux domestiques, le bœuf, la chèvre, la brebis, le porc. Quant à moi, je n'ai pu distinguer ces os de ceux des espèces actuelles, ni lorsque je les ai examinés pendant mon premier séjour en Belgique, ni lorsque plus tard j'ai comparé mes notes avec les collections de Copenhague. En face de ces trouvailles qui sont pour moi des faits zoologiques, et en face de ces stratifications dans les cavernesqui sont pournotreami M. Dupont, des faits géognostiqnes, sur lesquels ce savant établit son ordre et son calcul chronologique pour tous les restes organiques des cavernes, je

ne puis arriver qu'à ce résultat : il me faut aussi admettre que les restes d'animaux domestiques remontent à la même époque, et que par conséquent les populations des âges du mammouili et du renne ont possédé elles-mêmes la plupart de nos animaux domestiques, ou ont pu se les procurer chez les peuplades voisines, par exemple, en les volant. Mais de quelque manière que les animaux domestiques soient venus en leur possession, la présence de leurs restes dans les cavernes prouve, il me semble, que la civilisation de la période du mammouth et du renne ne peut guère avoir eu la physionomie qu'on lui attribue et remonter aussi haut qu'on le suppose. » [Ibidem, p. ^12)... «En résumé (p. 214), le fait de la con~ temporanéité entre les espèces domestiques, peut-être non apprivoisées, et les grands pachydermes, indique à lui seul, ce me semble, que l'âge du mammouth ne peut être aussi reculé qu'on le suppose. »

Que répond M. Dupont? Loin de nier la coexistence de» races éteintes et des races domestiques, il l'affirme de plus en plus (p. 211) : «Il est certain qu'affirmer l'existence de cinquante-deux espèces de mammifères en Belgique à une même époque, l'époque du mammouth, que déclarer qu'aux espèces qui y habitent encore de nos jours étaient adjointes vingt-huit espèces dont les types génériques ou spécifiques ne vivent plus, ou ne vivent que dans d'autres régions très-distinctes, c'est poser un problème de géographie bien étrange et, évidemment, des plus compliqués. Ce sont cependant autant de FAITS définitivement dé.montrés, dont nous devons désormais chercher l'explication et non tenter de montrer l'impossibilité.» En voici la démonstration géologique : « Nous l'avons déjà donnée; elle consiste essentiellement (p. 223") dans la présence simultanée à plusieurs niveaux successifs des restes des espèces éteintes ou émigrées et des espèces actuelles. Comment,

ANIMAUX CONTEMPORAINS DE l'hOMME. 879

dit M, Dupont, CCS ossements se reproduiraient-ils constamment dans ces niveaux successifs séparés par des terrains nettement stratifiés, si les espèces auxquelles ils appartiennent n'avaient pas coexisté dans le pays Il faut que les espèces

aient vécu ensemble dans le pays pour que leurs ossements dont aucun n'a été remanié se soient répétés dans plusieurs de ces niveaux superposés. Il n'y a pas d'équivoque possible dans ces faits qui ont une rigueur mathématique, comme toute démonstration par la stratigraphie (1). Et quand nous ajoutons que CCS faits se représentent dans tous les dépôts de l'âge du mammouth de nos principales cavernes, nous pouvons affirmer sans hésitation, comme point définitivement acquis, que des espèces de la faune antique vivaient en Belgique à l'époque quaternaire avec des espèces de la faune tropicale, et en même temps que les espèces qui existent de nos jours dans l'Europe tempérée. » C'est-à-dire qu'il est stratigraphiquement ou mathématiquement démontré, d'après M. Dupont, qu'il n'y a pas eu en Belgique d'âges proprement dits du mammouth, de l'ours des cavernes, du renne, âges mensongers qui ne devraient jamais se trouver sous la plume du savant qui se respecte; que le mammouth, l'éléphant méridional, le renne, le mouton, le cheval, le bœuf sont rigoureusement contemporains; que le mammouth, en un mot, ne vieillit pas plus l'homme que ne

(1) Les faits qui dans rintcrprctalion que leur donna M. Dupont semblent (!'tranges, impossibles, en contradiction formelle avec sa division des âges, s'expliquent sans peine dès qu'on admet que les cavernes se sont remplies par voie de transport. Alors, en effet, la coexistence dans la caverne n'entraîne pas la coexistence dans l'espace et dans le temps, et il ne peut plus cire question d'ossements non remaniés, de terrains régulièrement stratifiés, etc. « Puisque les matériaux charriés par les fleuves, lorsque l'eau est très-liauto, peuvent avoir été emportes, l'eau étant à des hauteurs très-diverses et avoir appartenu à des couches d'âges différents, on ne peut pas conclure l'origine de lieu et de date de cette ciroonslancc qu'aujourd'hui on les trouve réunis. » {Archives de Genève, 1850, l. VIII, p. 291.)

le fait le mouton. Prestige et fantasmagorie, voilà à quoi se réduit le témoignage des races éteintes ou émigrées !

Prenons noie encore de cette généralisation de M. Dupont (p. 2:25). « On ne doit pas perdre de vue que la faune dite de l'âge du mammouth, qui comprenait en Belgique plus de cinquante-deux espèces de mammifères, n'était pas spéciale à notre région. On sait qu'on la retrouve dans les alluvions extérieures et dans les cavernes en Angleterre, en France, dans le nord de l'Italie, en Autriche, dans les environs d'Odessa, en Allemagne et jusqu'en Sibérie. » A quoi M. Fraas répondait : « On parle d'âge de YElephas antlquus, du mammouth, du renne ! Il se peut qu'on ait vu tout cela en France, mais il n'en est point ainsi en Allemagne. 11 n'y a là ni âge du mammouth, ni âge du renne. Tous ces animaux vivaient et étaient mangés par l'homme à la même époque. M. de Cartailhac faisait remarquer qu'au temps du mammouth on ne se servait pas de poterie. A cela je répondrai que dans les grottes de toute l'Allemagne les fragments de poterie se trouvent mélangés avec les restes des animaux précités. Il suffira du reste d'examiner la magnifique collection du Musée de Bruxelles pour se convaincre que ces objets accompagnèrent aussi, en Belgique, l'homme de l'âge du mammouth. Je ne suis donc pas d'accord avec les orateurs qui ont parlé dans cette discussion, caries circonstances que nous avons constatées chez nous et celles dont il a été parlé, sont toutes différentes. Et cependant les objets trouvés en France, en Belgique, en Allemagne : os à moelle, silex, bois de renne, ivoire, etc., ont une telle ressemblance entre eux que l'on serait tenté d'attribuer les divergences d'opinion, non à la diversité des circonstances, mais aux différentes manières de les envisager. Arrivons aux détails.

Mammouth ou Elephas primigenius. Cet animal coaverl de longs poils qui le protégeaient efficacement contre le froid,

ANIMAUX CONTEMPORAINS DE l'HOMME. 881

est caractérisé par rallongement relatif de son crâne, la convexité de son front, le développement énorme des alvéoles de ses défenses, la longueur et l'incurvation de celles-ci, la forme obtuse de son maxillaire inférieur, enfin par la grandeur de ses mâchelières et le parallélisme des lames dentaires qui les composent. Tertiaire, dit-on, en Sibérie, le mammouth avait fait son apparition en Europe au commencement de l'époque quaternaire. On le trouve installé sur toutes les terres situées au nord de la mer Caspienne et de la mer Noire, du cap oriental aux Pyrénées. Son extension dans le temps est également considérable, il fut l'un des derniers animaux éteints ou disparus de nos contrées ; il vivait encore à la dernière époque glaciaire, puisqu'on l'a trouvé en Sibérie au sein de la terre gelée, avec les chairs conservées, encore revêtues de leur tégument, avec ses soies noires plus épaisses que des crins de cheval. Or la seconde période glaciaire est relativement récente et touche presque aux temps historiques. Ses restes osseux se rencontrent bien plus rarement dans les brèches et les grottes que dans les alluvions. On en a néanmoins signalé la présence dans un assez grand nombre de cavités où l'action des eaux, d'une part, et, de l'autre, l'intervention des carnassiers et de l'homme ont pu transporter ses débris.

Mais voici que VAthenœum anglais annonce dans une de ses livraisons d'octobre 1873, qu'un colon de la haute Sibérie s'était trouvé un jour en présence d'un véritable mammouth vivant, le mammouth des terrains glacés, et que depuis il avait constaté l'existence de trois au moins de ces géants de la création. Le mammouth serait donc une race émigrée et non pas une race éteinte!

Mi\I. Lartel, de Vibraye et autres, comme nous l'avons déjà dit, ont trouvé dans les foyers de Laugerie sur des bois de renne et sur des plaques d'ivoire des dessins à la pointe d'un

LUS SPLENDi:URS DE LA FOI.

ANIMAUX CONTEMPORAINS DE L'hOMME. 883

animal qu'ils croient être VElephas primigenius avec son crâne très-élevé, sa face légèrement concave, son oreille en saillie, ses défenses, sa trompe. Ils ne peuvent pas admettre que ce dessin ait été fait d'après des souvenirs, des traditions ou des récits, et concluent à la reproduction d'un animal que le dessinateur devait avoir sous les yeux. Ce n'est pas absolument impossible, mais il y a raille à parier contre un que ces objets d'art sont l'œuvre de faussaires habiles, car, évidemment, ils ne sont pas l'œuvre d'un sauvage. A l'œuvre on connaît l'ouvrier, et la raison force à regarder ces dessins comme des œuvres historiques et préhistoriques, puisqu'ils sont beaucoup plus significatifs que des médailles. Si l'on tient donc à ce que ces portraits de mammouth aient été faits d'après nature, il faudra nécessairement admettre que le mammouth, ce que prouvent d'ailleurs son dépôt dans le sol glacé et sa rencontre récente en Sibérie, touche lui-même aux temps historiques. Il en est ainsi, à plus forte raison, de la lame d'ivoire un peu épaisse détachée d'une grosse défense d'éléphant, portant des incisions qui paraissent constituer aussi la reproduction des traits d'un éléphant à la longue crinière de la période glaciaire. « Les lignes de ce profil, dit M. Lartet, paraissent avoir été tirées d'un seul trait avec une grande sûreté de main, et l'emploi des hachures pour marquer les ombres témoigne de notions avancées dans l'art du dessin. » {Annales des Sciences naturelles, 4'"" série, t. X). Rappelons enfin, pour mieux attester une fabrication relativement récente, ou plutôt l'intervention de faussaires audacieux, des bois de bœufs affrontés avec des hachures imitant le poil; d'autres dessins de mammouth, avec des os gravés de grands cétacés, de rennes, d'aurochs, de chevaux, bœufs, loups, renards; un bâton de commandement avec tête de cheval parfaitement rendue, etc., etc. A l'appui de l'argument tiré des prétendus portraits

Vaprès nature, on a invoqué la rencontre d'os de mastodontes dont la surface aurait été comme transpercée par des flèches, ou portant les trous de blessures faites par des instruments en silex. Mais outre qu'ils seraient très-rares, ces faits ne sont nullement certains, ils ont besoin d'être examinés de plus près, et nous ne craignons pas de leur opposer une fin de nonrecevoir absolue : il est rigoureusement impossible que des armes faibles aient pu entamer une peau aussi épaisse.

Mille arguments plaident contre l'antiquité imaginaire attribuée au mammouth. M. Desor affirme qu'en Suisse on ne trouve jamais l'éléphant que dans dds terrains remaniés, et jamais dans les limons glaciaires. C'est après la retraite des glaciers que vivait ce proboscidien avec le renne. {Revue des Cours publics, 12 février 1870.)

A l'occasion d'une note de M. de Fondouce sur les cavernes del'Aveyron, M. Elle de Beaumont fait remarquer que tout en établissant avec évidence la coexistence de l'homme et du renne, comme ils coexistent encore aujourd'hui en Laponie, ces recherches font ressortir par voie de contraste l'insuffisance des preuves supposées de l'ancienne existence simultanée sur notre sol de l'homme et de l'éléphant fossile ordinaire {Comptes rendus de V Académie, t. LYIII, p. 763.)

Et remarquons bien que l'éléphant ordinaire est très-postérieur au mammouth. Celui-ci a pu être éteint beaucoup plutôt. L'éléphant ordinaire n'est relégué dans l'Asie et l'Afrique méridionale que depuis un assez petit nombre de siècles. Sous Toutiiez III, dix-sept cents ans avant notre ère, 25 ou 30 000 chasseurs prenaient part à la fois à ces chasses grandioses et extrêmement dangereuses. Et M. Broca n'hésite pas à faire attaquer et tuer le mammouth et l'éléphant par le sauvage des Eysies armé de son pauvre silex de Moustiers!

A Ghagny (Saône-et-Loire), au fond d'une tranchée de 5

ANIMAUX CONTEMPORAINS DE l'hOMME. 885

à 7 mètres de profondeur, dans des dépôts de sable argileux, à couches d'oxyde ferrugineux, on avait découvert des restes de proboscidien parmi lesquels figuraient plusieurs molaires et une formidable défense peu recourbée, dont les tronçons recueillis formaient 2 mètres 30 de longueur. Ces restes étaient situés de 5 à 9 mètres en contre-haut des plus fortes inondations de la Dhennes, dans des couches dont la stratification est intacte. Jusque-là, il n'y a rien que d'assez ordinaire pour cette contrée riche en découvertes paléontologiques. Mais ce qui étonna au plus haut point, ce fut de voir au-dessous de ces mêmes débris remontant jusqu'à l'époque tertiaire, un aqueduc simple, primitif, évidemment fait de main d'homme! Nulle part, ou presque nulle part encore, on n'avait trouvé d'indications pouvant faire remonter l'homme à une époque aussi reculée. Mais il résulte de l'ensemble des faits observés que ces débris fossiles peuvent et doivent avoir été déposés dans ces couches par un remaniement des différents terrains. Les couches dans lesquelles on trouve le plus de débris fossiles appartenant aux espèces éteintes, mastodonte, etc., sont des COUCHES de TRANSPORT généralement sablonneuses, étrangères aux transformations géologiques qui signalent cette localité, terres d'érosion entourées par les eaux s'élevant à 7, 8 et même 9 mètres au-dessus de l'ancien sol argileux (dans lequel a été creusé l'aqueduc), et qui lui ont été superposées. En résumé : les dépôts contenant les débris de mastodonte sont formés par le remaniement de terrains plus anciens, et la disposition même de ces débris accuse l'action d'un déluge, d'une sorte de cataclysme. Ce qui prouve, en effet, que ces terrains sont des terrains meubles sur pente, selon l'expression de M. Elie de Beaumont, c'est que les restes humains sont au-dessous des ossements fossiles des animaux gigantesques. (M. Trémaux dans les Mondes^ t. XV, p. 661 et suiv.)

En août 1864, M. Sirodot, professeur à la Faculté des sciences de Rennes, signala à l'Académie des sciences, comme très-dignes d'intérêt, les fouilles qu'il faisait pratiquer au Mont-Dol en Bretagne, et qui l'avaient conduit à la découverte d'un dépôt osseux qui semble accuser la coexistence de l'homme avec l'éléphant et plusieurs mammifères des races éteintes. « Les débris déjà recueillis sont, disait-il, très-considérables, ils remplissent vingt-trois caisses, et se composent de dents,, d'os généralement brisés, de fragments plus ou moins calcinés, de cendres, de silex en rognons, en éclats, en couteaux, etc., de cailloux roulés, de grès et de quartzite étrangers à la région, ayantservi à la fabrication de haches et de coins. Les dents doivent être rapportées aux genres : Elephas^Eqicus, Bos, etc., et quelques autres ruminants. On a déjà extrait dans un état de conservation très-variable, plus de cent cinquante molaires d'éléphants de toute taille. Les fragments d'os plus ou moins complètement calcinés,, disséminés dans la région supérieure des dépôts, se sont trouvés, sur quelques points, mélangés à des cendres en quantité telle, qu'il a été possible d'en recueillir plus de 2o kilogrammes. La coexistence de l'homme et de .ces débris (des débris aux animaux vivants, il peut y avoir une distance énorme) est incontestable, ajoute M. Sirodot; le fer et les instruments de pierre en sont des preuves. Mais il est possible, je crois, d'aller plus loin et d'indiquer la participation directe que l'homme a prise à leur accumulation. Les nombreux fragments d'os brûlés, rapprochés de celte circonstauce que les grandes espèces animales, les éléphants, les rhinocéros sont généralement représentés par des animaux jeunes, me portent à considérer le dépôt osseux du Mont-Dol comme représentant des rebuts de cuisine. »

Il est certain qu'au Mont-Dol on trouve mêlés à des os d'élé-

ANIMAUX CONTEMPORAINS DE l'HOMME. 887

pliants certains indices de la présence de rhomme, du feu, des cendres, etc. Mais rien ne prouve la contemporanéité ou la coexistence. Le terrain où le dépôt est enfoui, est un terrain QUATERNAIRE, plusicurs fois fccouvert et remanié par les eaux delà mer, au point que les os sont dans un état de décomposition boueuse ou pulvérulente. Les objets d'industrie humaine recueillis par M. Sirodot, sont en très-petit nombre et vraiment trop insignifiants pour caractériser des débris de cuisine. Il parle d'éclats bruts dont le tranchant a été régularisé par des entailles, d'un éclat en forme de couteau de dimensions trèsremarquables, de fragments de quartzite en forme de coins, d'autant plus dignes d'attention, d'ailleurs, qu'ils sont étrangers à la localité. Mais un explorateur très-exercé, M. Marie Rouault, directeur du Musée géologique de Rennes (qui dès 1845 signalait à l'Académie des sciences la découverte, dans les mêmes parages, de quarante-cinq espèces d'animaux vertébrés fossiles, d'une importance paléontclogique plus grande que les espèces trouvées auMont-Dol), dans une lettre écrite SiU Journal de Rennes, en date du 19 septembre 1872, en parlant de ces débris d'industrie s'exprimait ainsi : « les silex que M. Sirodot dit avoir trouvés au Mont-Dol associés aux ossements fossiles sont bien ceux qu'il a joints à ces ossements exhibés à l'Exposition artistique et archéologique de Rennes (septenibre 1872). Eh bien ! je crois pouvoir dire que dans ces silex exposés, il m'a été de toute impossibilité de retrouver ceux que dans sa notice il essaye de décrire. Rien, en effet, ne rappelle ce qu'en archéologie on désigne sous le nom de couteaux ou silex, si ce n'est quelques débris informes qui pourraient k peine être rapportés à la destruction de quelques-uns de ces instruments primitifs. Il en est de même d'une hache en grès dont le tranchant aurait été obtenu par éclats. Il m'a été également impossible de retrouver les frag-

ments en quartzite, sous forme de noyaux, qu'il signale ; quant aux couteaux offrant selon lui de très-remarquables dimensions, je n'ai pu les voir, malgré toute ma bonne volonté. » La Commission de l'Exposition a été tellement de l'avis de M. Rouault, qu'elle n'a pas même jugé à propos de les mentionner dans son compte rendu.

En résumé : 1° le mastodonte, Elephas primigenius, avec d'autres variétés d'éléphants, a habité la France, mais rien ne prouve invinciblement qu'il ait été contemporain de l'homme, chassé, tué, mangé, dessiné par l'homme ; 2° la contemporanéité de l'homme et du mastodonte, si elle était rigoureusement démontrée, ne vieillirait pas l'homme, mais rajeunirait le mastodonte. Si le mastodonte, par exemple, a vécu avec l'homme de Denise, témoin et peut-être victime de la dernière éruption volcanique de la France centrale, il aurait existé encore quelques siècles avant l'ère chrétienne. Je viens de relire dans l'édition toute récente du grand ouvrage désir Charles Lyell, The geological Evidences ofthe antiquity OF Man , Londres y John Murray , ai'n7l873, tous les chapitres consacrés à l'examen des preuves supposées de la coexistence du mammouth et de l'homme, et j'ai constaté qu'il ne reste debout que l'argument tiré de la fameuse gravure sur ivoire : Sir Charles Lyell en conclut que le troglodyte a vu cet animal, et qu'à cette période de l'existence humaine, il était assez avancé pour faire une esquisse tolérablement fidèle de ce qu'il voyait, kce compte, répétons-le, l'homme et le mastodonte ne seraient pas très-vieux, mais évidemment cette gravure unique en son genre peut être le produit de la fraude, et ne prouve rien en réalité.

Renne. Ce ruminant, de l'aveu de tous, apparutavec le mammouth et le rhinocéros à narines cloisonnées, et partout il a

ANIMAUX CONTEMPORAINS DE l'HOMME. 889

vécu dans les mêmes contrées avec le premier de ces mammifères; il es't.donc ridicule de créer un âge du renne, après ou avant l'âge du mammouth. De nombreux troupeaux de rennes habitaient les forêts de l'Europe occidentale ; il était peut-être pour l'homme, ce qu'il est encore aujourd'hui pour le Lapon, le don le plus précieux de la nature; l'homme se nourrissait de sa chair, ee couvrait de sa peau, utilisait ses tendons, fabriquait avec son bois et ses os toutes sortes d'armes et d'instruments, engins de pêche, harpons, etc. ; on a trouvé dans la grotte des Eysles un os de cet animal percé d'une flèche; mais cette coexistence ne prouve nullement l'antiquité excessive de l'homme.

Il est très-probable que le renne qui vit et pâture aujour-

d'hui même dans les climats hyperboréens, vivait encore en Angleterre du ix** au xu^ siècle; caries chartes de ce temps en font mention. En tout cas, César en parle comme habitant de son temps les forêts de l'Hercynie. Vers l'an 405 de notre ère, dans la grande irruption d'hommes du Nord venant pour la

plupart de la Baltique, les uns étaient montés sur des chevaux, les autres sur des rennes ; leurs flèches étaient armées d'os pointus. (Chateaubrum), Eludes historiques, t. III, p. 102.) Tout récemment, dans un déj)ôt d'eau douce delà vallée Léa, comté d'Essex, près Londres, M. Henry Woordwartz, a trouvé au milieu de pointes de lances, de tètes-de flèches et de couteaux en bronze, des os d'homme, de renne, de daim, de cerf, de cheval, de loup. Qui sait si le renne, en ce moment même, ne pouvait pas être un animal contemporain de l'homme dans l'Europe centrale? On poursuit actuellement, en Suisse, dans la haute Engadine, l'acclimatation du renne sur les Alpes. L'expérience déjà faite prouve qu'il peut très-bien s'y acclimater. (MoRTiLLET, t. Il, p. 264.) « Tout comme le bison actuellement relégué dans les forêts de la Lithuanie, le renne, dont la retraite avait commencé bien plus tôt, puisque le bison existait en Suisse au commencement du moyen âge, le renne s'était retiré au commencement de notre ère dans la forêt Hercynienne, son avant-dernière station de ce côté de la Baltique. » (MoRTlLLET, t. IV, p. 272.)

Que n'a-t-on pas avancé au sujet de l'homme du renne f Il n'aurait pas eu d'animaux domestiques à l'exception du renne. (^Buchwer.) Il aurait vécu principalement dans les cavernes les plus profondes, etc., etc. (Buchner.) Toutes ces assertions ont reçu le plus cruel démenti delà découverte mémorable du Clos da Charnier, à Solutré (Saône-et-Loire), par MM. de Ferry et Arcelin [Làge du renne et du mammouth, p. 168, 169, 170). C'est la plus mystérieuse accumulation que l'on puisse imaginer d'os de chevaux et de rennes ^on les compte par milliers), et de sépultures humaines. Une tradition vague fait allusion à une grande bataille qui aurait été livrée à une époque très-ancienne, au pied du château qui, encore au moyen âge, couronnait les rochers.

ANIMAUX CONTEMPORAINS DE l'hOMME. 891

On a trouvé au sein de cette accumulation des silex, des éclats de pierre dure étrangère à la localité, de rares tessons de poterie gallo-romaine, des fragments de vases d'une pâte noirâtre ou grisâtre ornée parfois de bandelettes. Tout cela ne dénote pas une grande antiquité; les colons de Solutré pourraient très-bien n'être que les Barbares de Chateaubriand ; on a constaté à Rome et ailleurs des enfouissements, des bouleversements de sol plus profonds, beaucoup plus oubliés et moins anciens. Les fouilles ont mis en évidence, k des profondeurs qui varient de 50 centimètres à 2 mètres 30, des débris épars sous le sous-sol, des amas de rebuts de cuisine, des amas de débris de chevaux et de renne ; des sépultures, etc. Les squelettes sont le plus souvent intacts, complets, tous les os se présentent dans leur ordre régulier, leur conservation est parfaite; ils dénotent une race mongoloïde présentant plusieurs types, lapons, finnois, esthoniens, etc., de vastes amas d'os d'animaux divers, renne, cerf, cheval (deux mille et plus), éléphant, bœuf, etc., des tendons, des os calcinés, des silex ouvrés, des esquillesde silex, des nucléus, des marteaux, etc., des silex qui semblent taillés sur place, etc. Des foyers ont été établis sur le sol primitif d'un tertre naturel. Un grand nombre d'animaux, parmi lesquels le renne domine, ont été dépecés et cuits autour des foyers. Des rebuts de cuisine, ainsi que des bois de renne, ont été intentionnellement entassés sur certains points et recouverts de dalles brutes. Une immense quantité de chevaux ont été égorgés, dépecés, cuits et brûlés, et leurs débris amoncelés autour de l'espace occupé par les rebuis de cuisine ; quelques foyers ont même été établis et allumés sur et dans les amas de chevaux. Des morts appartenant à la race mongoloïde ou esquimaude ont été déposés dans des foyers encore chauds. Ces opérations ont duré longtemps et ont dû se renouveler fréquemment au même lieu

comme l'attestent les foyers superposés. Le tout a été recouvert dans un bref délai de terre ramassée à l'entour, à la surface du sol, et contenant elle-même des foyers dispersés. Le sol a été ensuite nivelé ou à peu près.

MM. de Ferry et Arcelin concluent à la présence en ce lieu d'un campement de tribu mongoloïde de Tâge du renne. (Pourquoi de l'âge du renne et non pas du cheval plus nombreux que le renne? c'est toujours la même tactique; ces rennes d'ailleurs, ainsi que les chevaux ont pu venir du Nord, servant de monture à celle colonne envahissante). Ils affirment que ces hommes de l'âge du renne étaient guerriers et chasseurs, qu'ils étaient parfaitement dignes du nom d'homme ; qu'ils avaient des préoccupations morales ; qu'ils croyaient à une autre vie ; qu'ils commençaient à aimer les arts, témoins les petites statues qu'on rencontre à Solutré; qu'ils étaient enfin bien constitués et robustes, les uns petits, les autres de grande taille. Rien dans ce tableau qui éveille la pensée d'une antiquité démesurée. Et l'on assure qu'au dernier congrès à Lyon de l'Association française pour l'avancement des sciences, le fougueux M. Cari Vogt aurait eu l'audace de faire acte de bêtise et d'impiété, au point de dire que l'homme de Solutré était antérieur à un certain Juif qu'on a appelé Adam !

Quand MM. deFerry et Arcelin ajoutent : «L'étude des allu- « vions de la Saône nous a permis de constater que l'époque « de la pierre polie, postérieure à celle du renne, a com- « mencé à régner dans le pays depuis 4 000 ou 6 000 ans ; « l'époque du renne serait donc plus ancienne. Les premières « traces que nous avons cru en trouver, en remontant la série « des siècles , c'est-à-dire en pénétrant dans les alluvions de « la rivière, paraissent correspondre à des marnes bleues « auxquelles il nous est impossible d'attribuer, en raison de « leur niveau, moins de 8 à 10 mille ans ! » c'est du raison-

ANIMAUX CONTEMPORAINS DE l'hOMME. 893

neraent sans fondement aucun, ce sont des conclusions sans prémisses, en contradiction avec les résultats de M. Chabas et tout ce que nous avons rigoureusement prouvé. Affirmer que la station de Solutré était contemporaine de celle de Laugerie-Haute, ou qu'elle appartenait à la première époque du renne; qu'elle était antérieure à la station de la Madeleine, des Eysies, et de Bruniquel, c'est encore plus arbitraire. Il nous semble irapossible de ne pas admettre qu'il s'agit en réalité de l'émigration ou invasion de Barbares partis des bords de la Baltique, et qui en étaient encore à ['kge de la pierre, quand les populations contemporaines des Gaules étaient déjà à l'âge de la pierre polie ou du bronze. Pour tout homme de bonne foi, et qui ne s'arrête qu'au jugement des faits, la découverte du Clos du Charnier est la négation absolue des fables relatives à l'âge du renne, la démonstration palpable du grand fait que l'âge de pierre régnait encore quelques siècles avant ou après l'ère chrétienne. Tout récemment, M. Toussaint, professeur à l'École vétérinaire de Lyon, a fait cette observation capitale, que tous les ossements, que toutes les dents de cheval qu'on exhume à Solutré appartiennent à des chevaux de trois à sept ans, et qu'en outre tous ces chevaux présentent cette soudure de certains os de la jambe, qui caractérise les chevaux domestiques. 11 s'agit donc bien de cavaliers exercés, d'une véritable armée de cavalerie, et non de peuplades isolées qui auraient chassé au lacet les innombrables chevaux sauvages de la contrée. Nulle part d'ailleurs, dans les fouilles, on n'a trouvé de traces du lasso. L'enfouissement d'ailleurs est si peu profond qu'il accuse une date assez récente (1).

(1) Tout récemment le Journal officiel énumérait avec une certaine complaisance les couches de terrains et les amas de débris que M. Schliemann avait dû traverser pour arriver à mettre au jour les ruines de la célèbre ville de Troie. Une couche moderne, contenant avec des débris

nhinocéros à narines cloisonnées on Rhinocéros tichorinus. Ce rhinocéros h poil long et épais, aujourd'hui complètement éteint, semble avoir été le compagnon inséparable de l'éléphant antique. On a retrouvé ses ossements dans les plus anciennes cavernes de l'Angleterre et de la Belgique.

Ours des cavernes. Ils appartiennent à deux espèces différentes, l'ours géant ou Ursus spelxus, qui est plus proprement l'ours des cavernes, et V Ursus arctos ou ours commun. Le grand ours des cavernes aurait occupé la Sibérie et l'Europe pi*esque entière. Ses ossements abondants surtout ■dans les grottes, sont relativement rares dans les vallées d'alluvion ; ils sont associés aux instruments de l'homme, aux restes du mammouth, du renne, du rhinocéros à narines cloisonnées. Dans la grotte delà Chaise, à côté de baguettes de renne sur lesquelles on voit des figures d'animaux gravées avec un certain art, M. Joly, en 1831, aurait trouvé sur le

romains des Inscriptions Lrès-importanlos, et recouvrant toute la colline à une profondeur de 2 mètres. Au-dessous de crite couche romanolieliéni(4ue, restes d'une colonie qui a duré près de mille ans, et n'a fini qu'à Constantin I"", s'étend la couche moyenne et préhislori(|ue dont l'épaisseur atteint jusqu'à 16 mètres. Dans cette accumulation de décombres on ne rencontre ni bronze, ni fer; tous les objets de métal sont Ca cuivre pur, en argent, en or et en électron, alliage très-beau d'or et d'argent. Les ruines de la ville trouvées au-dessous de ces deux couches laissent distinguer au moins trois lits. Le premier, de 2 mètres d'épaisseur, laisse supposer que les maisons étaient en bois et ont été brûlées; le second cache licaucoup de murs de maisons formés de pierres unies avec de la boue; le troisième contient des maisons dont les murs étaient faits de brique cuite, cotte portion porte les traces d'un violent incendie; les vases, les métaux y ont été calcinés ou soudés par la fusion. Ce troisième lit descend jusqu'à 7 mètres de profondeur. Au-dessous de U) mètres, et jusqu'à l'ô ou 16 on rencontre des murs formes d'énormes pierres du poids de une ou deux tonnes : la ville à laquelle ces murs appartiennent est la première fondée, car elle repose sur une roche vierge calcaire... Qu'est-ce eue l'enfoui.'^sement de Sohitré comparé à celui de la ville de Troie, presque historique, qui subsistait encore à la surface du sol douze ou treize cents ans avant l'ère chrétienne !!!

AMniÂUX CONTEMPORAINS DE L'HOMME. 895

crâne d'un ours des cavernes la trace d'une pointe de flèche et, tout à côté, des traces de poterie, preuve d'une antiquité assez peu reculée. On veut que l'ours des cavernes soit le plus anciennement émigré des animaux des races éteintes;- ensuite le mammouth, le rhinocéros à narines cloisonnées, le renne et enfin l'aurochs.

Lions et hyènes. Les espèces dont on a trouvé les restes dans les terrains d'alluvions et dans un certain nombre de cavernes sont au nombre de six : Felis spelxa, Felis antiqua, Felis serval, Hijœna spelœa, hyènes des cavernes et deux autres hyènes de moinde importance. Le Felis spelsea pourrait bien être le grand tigre de la Chine et des monts Altaï qui s'avance par fois jusqu'au 52® degré de latitude nord.

Hippopotame. Trois espèces sont inégalement réparties dans les alluvions fluviales. La plus importante par sa taille et par son extension est l'hippopotame amphibie, dont il n'existe plus de représentant que dans le haut Nil.

Elan et Mégacéros. Ces deux cervidés accompagnent souvent le renne, Cervus iarandus, leur voisin zoologique. Le premier, Megaceros hyhernicus, paraît avoir survécu au renne. Il s'est rapidement éteint sous des influences inconnues. L'autre, l'élan commun, Cervus alces, s'étendait à l'époque quaternaire de l'Altaï aux Pyrénées, il faisait partie de la faune des cités lacustres. César en parle dans ses Commentaires comme liabitant encore les forêts de l'Hercynie ; on ne le trouve plus que dans le nord de la Prusse où des lois sévères protègent son existence.

Bœuf primitif ou Aui'ochs et Bœuf musqué. On trouve les restes du premier en Angleterre, en Allemagne, en Belgique,en France, etc., dans les assises alluvionnelles, dans les cavernes, dans les tourbières, dans les monticules coquilliers du Danemark, et sous les pilotis des cités lacustres. On le retrouve repré-

sente sur les monnaies des Bellovaqiies et des Santones. César le signale comme habitant la forêt d'IIercynie à l'époque de ses conquêtes; il en est fait mention dans la Chronique de Saint- Gall comme servant à l'alimentation au x® siècle ; il en est question dans les Niehelungen ; ajoutons que dans une tourbière du Wurtemberg on a trouvé avec des ossements de Bas brachyceros un superbe diadème en bronze à six rangs.

Le bœuf musqué, Ovihos moschatus, s'étendait pendant l'époque quaternaire de la baie d'Escholts jusque dans la vallée de la Vézère. L'abbé Lambert l'a trouvé près de Chaulny, M. Eugène Robert dans l'alluvion de Précy (Oise) ; M. Lartet dans la station de Gorge-d'Enfer (Dordogne). Il n'habite plus aujourd'hui que le nord de l'Amérique septentrionale, au delà du 61^ parallèle.

Spermophile et Lemmings. Une première espèce de spermophile a été trouvée par M. Desnoyers dans la brèche osseuse de Montmorency ; une seconde a été exhumée à Cromagnon ; une troisième fait partie de la faune alluviale d'Auvergne. On retrouve encore cette sorte demarmolteen Allemagne, en Russie, en Sibérie et dans le nord de l'Amérique. Deux lemmings, le lemming ordinaire de Norwége et son proche parent, le lemming à collier, sont venus dans le sud avec les spermophiles, le premier s'est avancé jusqu'à Coudres en Auvergne, le second semble s'être arrêté dans la Saxe prussienne.

La Chouette harfung et les Tétras. Dans presque toutes les cavernes du Midi on a découvert les ossements d'un rapace nocturne que M. Alphonse Milne-Edwards croit être la grande chouette harfung, Stnjx nijctea. Avec cet oiseau de pi'oie, on trouve dans les dépôts des grottes le tétras des saules, le teiras à queue fourchue et le grand coq de bruyère. Ce dernier ne se montre plus que rarement dans l'Europe tempérée, il abonde au contraire en Suède, en Norwége, dans les Russies

ANIMAUX CONTE.MPORAIINS DE l'iIOMME. 897

d'Europe et d'Asie. Le tétras à queue fourchue est moins rare dans nos contrées; celui des saules a complètement abandonné l'Europe centrale pour la Seiède, la Laponie, etc.

Marmottes et lagomijs. La marmotte vulgaire {arctomys marmotta; et une espèce très-voisine qui habite maintenant les hautes cimes des Alpes, des monts Karpathes, des Pyrénées, ont été rencontrées dans les cavernes de Mantes, de Caen, de Niort, de Toul, d'Issoire, du Mont-Salèv>e, etc. Ces d^ux marmottes coexistaient avec le lagomys, espèce voisine du lièvre que l'on ne rencontre plus qu'en Sibérie.

Nous avons fidèlement résumé le témoignage qie la coexistence des espèces animales éteintes ou émigrées apporte à l'appui de la grande antiquité de l'homme, et nous avons pu constater qu'il se réduit à bien peu de chose, ou même absolument à rien. Il est évident d'abord que* cette coexistence, en elle-même, peut produire également deux effets opposés : vieillir l'homme au delà des mesures permises, ou rajeunir les espèces éteintes ou émigrées dans la même proportion. Il n'y a i)as de raison qui puisse faire accepter le premier effet et rejeter le second, bien au contraire ; car le fait dominant, acquis par beaucoup d'autres arguments, est l'apparition récente de l'homme sur la terre. Nous lisons sous mille formes différentes l'histoire de l'humanité en dehors 4e la géologie et de la paléontologie ; et nous ne trouvons que dans la paléontologie l'histoire de l'animalité. C'est donc l'homme qui possède et qui par sa nouveauté relative rajeunit l'animal son contemlK)rain. En outre, nous avons vu s'évanouir le prestige de ces âges successifs et souvent contradictoires, du mammouth, de l'ours des cavernes, du renne, de l'aurochs. Nous avons constaté partout ce grand fait que M. Steenstrup exprimait ainsi dans le congrès de Bologne {Compte rendu, p. 117) :

« Lartet a distingué dans l'âge paléolilhique quatre périodes, celle de l'ours des cavernes, celle du mammouth, celle du renne et celle de l'urus. S'il avait pu visiter la grotte de Hohlefeltz, il aurait renoncé à sa classification. Le mammouth, le rhinocéros, le lion, sont contemporains du renne, du cheval, du cochon, de la faune entière du gisement de Schussenried, dans les graviers de la moraine du grand glacier du Rhin, en pleine époque néolithique ou de la pierre simplement taillée. » M. Dupont a été plus loin encore dans ses affirmations, sinon dans ses preuves ; la contcmporanéilé de l'homme et de cinquante et une espèces animales éteintes, émigrées ou existantes, serait pour lui un fait incontestable.

Qu'il me soit permis en finissant d'émettre une idée, d'exprimer un vœu qui peut-être fournira à quelques érudits le sujet de recherches intéressantes. De nombreux faits historiques semblent indiquer la présence dans l'Europe centrale, au commencement de notre ère, d'un très-grand nombre de monstres ou d'animaux sauvages remarquables par leur taille gigantesque, leur férocité, la terreur qu'ils inspiraient. Presque tous les premiers apôtres des Gaules, sainte Marthe, saint Martial, saint Romain, etc., se sont trouvés en présence, dans les contrées qu'ils évangélisaient, de ces animaux extraordinaires ; et la légende, au défaut de l'histoire, raconte qu'ils les ont miraculeusement exterminés. Ces monstres étaient souvent des dragons ou des serpents semblables à celui qui arrêta près de Garthage l'armée de Régulus, et qu'il fallut attaquer avec les machines de guerre ; mais les récits de plusieurs de ces rencontres d'animaux féroces feraient croire qu'il s'agissait, non de serpents monstrueux, mais de bètes gigantesques ou terribles. Ne seraient-ce pas des éléphants, des rhinocéros, etc., etc.? Je pose la question sans avoir la prétention de la résoudre ; et, par la citation textuelle d'un passa§;e

l'homme fossile. 899

de saint Jérôme auquel j'ai déjà fait allusion, je prouverai, au moins, combien on se tromperait en opposant à la possibilité ou à la réalitP je certains faits le silence ou l'oubli des siècles qui ont précédé. Il s'agit de l'anthropopliagie, dont on a voulu faire un argument en faveur de l'antiquité très-reculée de l'homme des cavernes, et que saint Jérôme a vue en grande pratique dans la Gaule civilisée. Voici le texte: «Quid loquar de cœleris nationibus, quùm ipse adolescentulus in Galliâ vidi Atticotos, gentem britannicam, humanis vesci carnibus; quùm per sylvas porcorum grèges et armentorum , pecudumque reperirent, puerorum nates et fœrainarum papillas solere abscindere, et bas solas cibarum delicias arbitrari ? » (S: Hier. Op.^ t. IV, p. 201, ad. Jovinianum^ lib. IL) Quelle affreuse révélation ! Qui aussi aurait pensé que, à l'époque de saint Jérôme, les forêts des Gaules étaient habitées par des troupeaux de porcs, de bœufs, de moutons, etc. ? Que nous savons peu de choses en réalité ! La zoologie n'a encore retrouvé aucune trace du serpent de Régulus, ni de la Tarasque de sainte Marthe, dont le souvenir est aussi vivant qu'il y a dix-huit siècles, puisqu'il est perpétué et représenté chaque année avec une pompe extraordinaire.

l'homme fossile.

Considérations générales. Il nous reste enfin à interroger un dernier témoin de l'antiquité de l'homme, l'homme luimême, ou les restes de l'homme trouvés dans les couches du sol, les anfractuosités des rochers, les dépôts des cavernes, etc., etc. Au fond, cette dernière discussion ne serait pas absolument nécessaire, car l'ancienneté de l'os enfoui ne peut être que contemporaine, ou postérieure à celle du terrain ou du dépôt qui la recèle. Si donc, comme nous l'avons prouvé surabondamment, le terrain ou le dépôt ne sont pas des

900 LES SPl.ENDEUr.S DE LA FOI.

témoins certains de rcxistence de l'Iiomme h. une époque incompatible avec la révélation, il en sera de même, à \)\iis forte raison, de l'homme lui-même.

Les restes et surtout les crânes humains n'auraient pu témoigner d'une antiquité démesurée qu'en raison de leur forme tout à l'ait primitive ou presque bestiale, et encore ce témoignage n'aurait eu de valeur que dans les théories insensées qui l'ont descendre l'homme du singe par un développement continu, ou qui veulent que l'homme ait été créé à l'état absolument sauvage, qu'il soit seul l'auteur de sa civilisation, etc. Un des chefs de cette école, M. le professeur Schaaffhausen n'a pas hésité à dire en plein congres archéologique de 1861 : « Un crâne qui ne porte pas de traits d'une organisation, inférieure, ne peut pas être considéré comme provenant de l'homme primitif, alors même qu'il se trouve parmi les fossiles de races éteintes. 11 est bien certain que l'homme primitif doit être rangé à un type plus bas que l'homme le plus sauvage. » Mais cette théorie à priori n'est pas seulement arbitraire et étrange, elle est fausse. M. Buchner, en effet, rjui la cite, rappelle en même temps le fait suivant : « On a trouvé en Bolivie, à Algodon-Bay, dans un antique tombeau, un type crânien véritablement inférieur au crâne de Neanderthal, et plus bestial que lui par sa petitesse excessive, par l'étroitesse et l'aplatissement de son front, qui fait presque défaut, La plupart des crânes trouvés au Pérou ou en Bolivie se rapprochent de cette race.» {Lliomme selon la science, p. 78.) Voilà donc un homme historique, trouvé dans un tombeau, et don: le crâne est incomparablement plus bestial que tous les crânes prétendus fossiles. La bestialité n'est donc pas un caractère d'antiquité indéfinie.

Un événement plus heureux encore, l'apparition toute

l'homme fossile. 90 p

récpnte de la première livraison des Crania Ethnica de MjI. de Qiiatrefages et Hamy, enlève absolument toute valeur au témoignage des crânes plus ou moins difformes, en prouvant que ces difformités persistent encore aujourd'hui. En son nom et au nom de son savant collaborateur, M. de ftuatrefages a lu à TAcadémie des sciences, dans l'a séance du lundi 2 juin 1873, sous ce titre : Races humaines fossiles, race de Canstadt, une note que nous reproduisons presque tout entière, parce qu'elle pose magistralement la grosse question que nous abordons, qu'elle la pose même sous forme de question préalable, c'està-dire en fermant la porte aux objections.

« Avant d'aborder l'examen des races vivantes, nous avons à nous occuper d'abord des races fossiles (fossiles, est un mot géologique que M. de Quatrefages, zoologue, devait éviter à tout prix ; c'est un démenti donné et donné gratuitement à Cuvier, une injure faite au législateur du monde des fossiles ; l'homme fossile n'existe pas, puisque la géologie avait fin quand l'homme est apparu sur la terre). Tous deux nous sommes profondément convaincus que leurs descendants ^ont encore aujourd'hui mêlés et juxtaposés aux représentants des types plus récents. Cette conviction ne repose pas seulement sur des considérations théoriques ; elle est, chez nous, le résultat d'observations maintes fois répétées. La première livraison de notre livre est consacrée, presque en totalité, à l'examen des restes humains se rattachant k la race de Canstadt, celle dont l'existence, dans l'état actuel de la science, remonte le plus haut (toujours dans l'hypothèse de l'origine simienne ou sauvage de l'iiomrae, que MM. de Quatrefages et Hamy n'admettent certainement pas), et dont le fameux crâne de Neanderthal pourrait être regardé comme le type exagéré. Les caractères essentiels de la race de Canstadt sont, surtout chez l'homme, un aplatissement remarquable de la voûte crâ-

902 LES SPLENDEURS DE l.A FOI,

nienne, coïncidant avec une dolichocéplialie Irès-prononcée, la projection en arrière de la région postérieure du crâne, le développement parfois énorme des sinus frontaux et la direction très-oblique du front, la dépression des pariétaux dans leur

tiers postero-interne , ces caractères s'atténuent chez la

femme... Nous considérons comme appartenant au sexe masculin les crânes de Canstadt, d'Eguisheim, de Brix, de Neanderthal, de Denise. Nous rapportons au sexe féminin ceux de

Steengeness, de l'Olme, de Glicliy, de Goyet, Ces crânes

manquent de leur face. .., si l'âge de la tète de Forbes-Quarry (Gibraltar) était déterminé avec certitude, cette pièce curieuse comblerait cette grave lacune (considéiions, rapporto>s, si, tout cela n'est pas de la science). Elle est large, massive, les orbites en sont remarquablement grands, les narines trèsouvertes, la mâchoire supérieure très-prognathe... Ce crâne, cette face, ne sont pas confinés dans les temps géologiques (quelle hérésie encore, ou du moins quel oubli de la science vraie !) on les a trouvés dans les tombes du moyen âge, chez des individus vivants. Depuis que l'attention a été éveillée sur ce point, les faits ont été recueillis en grand nombre, en Ecosse, en Irlande, en Angleterre, en Espagne, en Italie, en France, en Suède, en Danemark, en Suisse, en Autriche, en Russie. En présence de celle diffusion actuelle d'un type aussi caractérisé, oh se trouve forcément placé dans Talternalive ou bien d'arcepter la reproduction de celle forme ciânienne comme le résultai de l'atavisme, ou bien d'.idmenre que cette forme exceplioiinelle peut apparaître isolément ou par hasard au milieu de populations appartenant aux races les |)lus diverses, dans des conditions de milieu les plus dilïérenles. Celle dernière conclusion nous a paru inacceptable, voilà pourquoi nous regardons les crânes mentionnés plus haui, comme ayant appartenu à une race humaine paléonlologique pariiculière, qui»

l'homme fossile. 903

fondue avec les races postérieures, accuse son existence passée par l'empreinte qu'elle impose encore aujourd'hui à quelques rares individus. (Atavisme ou spontanéité! il n'en est pas moins vrai que la forme du crâne ne témoigne en aucune manière de l'antiquité indéfinie!).. La forme crânienne dont il s'agit n'est du reste nullement incompatible avec un développement intellectuel égal à celui qui accompagne d'autres formes moins exceptionnelles. Parmi les dolichoplaticéphalcs modernes figurent des individus distingués par leur savoir et des personnages historiques, Kay-Lykke, gentilhomme danois qui a joué un certain rôle politique au xvii^ siècle ; saint Mansuy, évêque de Toul au iv^ siècle; Robert Bruce, le héros écossais. Ces faits démontrent une fois de plus combien on serait dans l'erreur en attachant aux formes crâniennes des idées absolues de supériorité ou d'infériorité intellectuelle ou morale.» {Comptes 7-endus, t. LXXVl, p. 1313.)

Répétons-le encore : les principes formulés par les deux éminents anthropologistes donnent par avance le démenti le plus formel à toutes les assertions basées sur l'examen des prétendus crânes fossiles, du moins dans ce qu'elles pourraient avoir de favorable à l'antiquité démesurée des races humaines. On retrouve dans les générations actuelles des crânes semblables à ceux que leur infériorité, que leur bestialité, feraient reporter à des siècles très-reculés ; la conformation du crâne n'affirme par elle-même aucun âge, elle n'accuse aucune infériorité intellectuelle ou morale, etc. Toutefois et quoiqu'ils servent puissamment notre cause, la justice et la vérité nous forcent de reconnaître que les aveux de MM. de Quatrefages etHamy ne reposent pas sur des bases assez scientifiques. Les crânes qui servent de point de départ à leur prétendue race de Canstadt sont en trop petit nombre, trop incomitlets et trop disparates pour autoriser des conclusions aussi i'ormelles;

M. Vii'cliow, dans un examen irès-approfondi du crâne de Neanderthal a trouvé des traces d'affection morbide, peutêtre de rachitisme. M. Schaaffhausen affirme, il est vrai, que jamais une affection morbide n'a pu produire une conformation aussi bestiale, que le crâne de Neanderthal a, au contraire, de très-grandes ressemblances avec celui d'un singe anthropomorphe, et n'a rieiid'humain que sa grandeur. Sur ce point encore, comme sur tant d'autres, les savants sont en pleine contradiction, et le témoignage de la science s'annule de lui-même complètement. En effet, à peine, à Bruxelles , M. Schaaffhausen avait-il exalté la bestialité excejvtionnelle du crâne de Neanderthal, que M. Hamy demanda la parole pour dire qu'il avait été vivement impressionné par la vue de quelques habitants du Hainaut, reproduisant d'une manière surprenante les traits de la race neanderthalienne. A l'appui de son assertion il faisait circuler dans l'assemblée le profil d'une batelière des environs de 3Ions, peint pour lui par M. RO'iajoux, et qui reproduit tout à fait les contours osseux du crâne de Neanderthal. {Congrès, p. oSo.)

État de la question. 11 s'agit en réalité de savoir si l'homme fossile existe. Cuvier n'hésitait pas à répondre par la négative. On n'a pas encore trouvé d'os humains parmi les fossiles, ou, en d'autres termes, d'os enfouis dans les couches régulières du globe. Car dans les tourbières, dans les alluvions, comme dans les cimetières, on pourrait aussi bien déterrer des os humains que des os de chevaux et d'autres espèces vulgaires. 11 pourrait s'en trouver également dans les fentes des rochers, dans les grottes ou la stalagmite amoncelée sur leur sol ; mais dans les lits réguliers qui recèlent les anciennes races, parmi les paléothériums, et même parmi les éléphants et les rhino-

l'homme fossile. 90S

céros, on n'a jamais décoavcrt le moindre ossement humain. [Rcvolu'.ions du Globe, p. 85.)

Si avec le plus grand nombre des géologues on réserve le nom de fossiles aux corps organisés dont on rencontre les traces dans les dépôts d'origine ancienne, dans les couches régulières, il ne pourrait pas être question d'hommes fossiles ; car les couches d'origine ancienne ou régulières doivent finir aux. terrains tertiaires, éocènes, miocènes, pliocènes; et l'existence de l'homme tertiaire ou pliocène n'est nullement démontrée.

Comme la plupart des géologues modernes ont renoncé à une distinction tranchée entre le monde ancien et le monde actuel ; comme d'après l'opinion qui se confirme de plus en plus, il y a encore des espèces animales qui existaient à Fépoque primitive, on ne serait plus autorisé à admettre l'existence d'une catastrophe géologique qui aurait anéanti complètement les organismes primitifs (ce qui est en plein accord avec la cosmogonie de Moïse) antérieurs à la création de la flore et de la faune actuelles ; qu'ainsi il n'y a pas de démarcation entre le monde primitif et le monde actuel, la notion même de l'homme fossile, c'est-à-dire de l'homme ayant existé à l'époque primitive, tombe d'elle-même ; ce qui n'empêcherait pas d'appeler ossements humains fossiles, les restes de l'homme qu'on trouve dans un dépôt quelconque, au sein des cavernes, des stalagmites, etc.

En effet, si, s'en tenant à l'étymologie ou à la signification naturelle du mot, on donne le nom de fossile à tout reste organisé trouvé enfoui dans la terre, à une profondeur plus ou moins grande, il est certain que les expressions ossements humains fossiles, hommes fossiles, n'auraient rien que de trèslégitime et très-vrai. Mais ces modes d'expression ne seraient réellement ni logiques, ni scientifiques ; la notion reçue ou courante de fossile exige avant tout un être géologique, un

temps ou période géologique : or riiomme n'est nullement géologi(|ue.

Si enfin on regardait les animaux, des espèces éteintes ou émigrées comme essentiellement géologiques, et leurs restes comme fossiles, quelque part qu'ils soient découverts ou rencontrés, les restes de Tliomme contemporain de ces espèces pourraient à la rigueur être appelés à leur tour fossiles ; mais cette fois encore, ce serait donner un croc en jambe à la vérité et à la science, caria science est la première à constater que les restes des grands mammifères contemporains de l'homme, l'éléphant, le rhinocéros, l'hippopotame, etc., se montrent dans deux conditions très-différentes; dans des terrains vraiment anciens, dans des dépôts régulièrement stratifiés comme au Val d'Arno, à San Isidro près Madrid, à Pikermi, à Loberon;etdans ce cas il est sans aucun reste humain, ce qui prouve qu'alors certainement l'homme n'existait pas; en second lieu, dans les terrains de transport, les graviers des vallées et des rivières, les dépôts des cavernes, à l'état de fragments dispersés ; mais alors les restes d'animaux pas plus que les restes d'hommes ne seraient à proprement parler des fossiles.

Ce qui prouve au reste que l'homme est réellement dans des conditions toutes spéciales, qu'il est loin d'être fossile, au même degré que les animaux, c'ostqueles ossements humains sont relativement très-rares, à ce point que cette rareté est devenue une difficulté grave à laquelle les géologues se croient obligés de répondre. « Les hommes, dit sir John Lubbock, sont relativement aux animaux pris en général, en tenant compte surtout delà durée de la vie, dans la proportion de 1 à 3 000; il y a donc 3 000 chances de rencontrer des ossements d'animaux, contre une chance de rencontrer des os d'hommes.» {Temps préhistoriques, p. 548.) «Quoi d'étonnant, ajoute-t-il, qu'on ne rencontre pas dans les graviers des

l'homme fossile. 907

hommes, puisqu'on n'y rencontre pas des animaux aussi petits ou plus petits que l'homme ? Les os d'hommes sont si légers qu'ils ne se déposent pas, ils sont emportés par les cours d'eau jusiprà la mer... Enfin, quelque barbares qu'ils fussent, les sauvages enterraient leurs morts, les ossements humains ne restaient pas à la surface du sol comme ceux des animaux, ils éiaient emportés plus difficilement et plus tard; voilà comment on ne les rencontre pas dans les graviers. »

La preuve aussi qu'il n'est pas naturel de considérer les ossements de l'homme comme fossiles, c'est qu'on a essayé de démontrer par des caractères physiques et chimiques qu'ils le sont réellement. Mais cette fois encore la science s'est partagée en deux camps qui ont émis des opinions contradictoires, elle n'est parvenue qu'à des résultais fort incertains. 3L Husson de Toul fut le premier qui essaya de vider par l'analyse chimique la question de l'homme fossile et de sa contemporanéité d'existence avec les animaux éteints ou émigrés dont on trouvait les ossements dans différents dépôts quaternaires des environs de Toul. Il compara tour à tour au point de vue de la composition en osséine, en acide carbonique, en phosphate à l'état tribasique, des ossements d'hommes et d'animaux trouvés enfouis dans le diluvium alpin, le diluvium post-alpin, le couloir de l'hyène et le trou des Celles. L'aspect commun de ces ossements .semblait affirmer leur contemporanéité, mais une étude approfondie du sol démontrait que les ossements iiuraains ne pouvaient pas remonter aussi haut ; or les tableaux comparés des analyses chimiques conduisaient aux conclusions suivantes très-conformes à celles de la géognosie : 1° Les ossements du diluvium alpin, même les plus gros débris de mammouth, ont tout à fait perdu leur matière organique ; au contraire, Cfui do dos cavernes à osseinents, même de simples

f)08 LES SPLENUELKS DE LA FOI.

petites eôlies, des os spongieux tn renferment encore ; donc les deux couches n'apparlieiinent pas ni à la même cause, ni à la même date. Néanmoins, la natuie des os et celle du milieu dans lequel ils se trouvent, exercent une très-grande influence sur la plus ou moms prompte disparition de la matière organique. L'apparition deThomme dans le pays de Toul est postérieure au diluvium post-alpin. L'ours, quelle qu'en soit l'espèce, a vécu dans la vallée de la Moselle après le diluvium post-alpin, en même temps que nos premiers ancêtres. {Comptes Tendus de r Académie des sciences, t. LXIV, p. 291.) Déjà en 1866, le 22 octobre, à l'occasion des ossements animaux et humains d'Eguisheim, trouvés par M. Faudel, que M. d'Ârchiac affirmait avoir subi les mêmes altérations de structure et de composition, et s'être trouvés dans les mêmes conditions, d'où il concluait qu'à l'époque où le lehm a été déposé, l'homme aurait été contemporain du cerf fossile, du bison, du mammouth et autres animaux de l'époque quaternaire, M. Chevreul demandait si les os humains et animaux avaient été soumis à une analyse, et insistait sur la nécessité au moins de l'essai à l'acide chlorhydrique, avant d'affirmer la contemporanéité. Il racontait qu'après avoir examiné un assez grand nombre d'os d'animaux fossiles trouvés dansles sépultures très-anciennes de la vallée de la Seine, il avait été frappé de la ressemblance extérieure de la plupart de ces os avec des os fossiles, mais qu'après les avoir plongés dans raeide chlorhydrique à 6 degrés, il vit avec surprise qu'ils laissaient un tissu organique rappelant la forme de l'os mis en expérience, comme s'il se fût agi d'un os frais. M. Chevreul aussi avait affirmé dès cette époque, l'influence que pouvaient avoir la matière du sol et sa perméabilité aux agents extérieurs, l'air et l'eau, sur le temps exigé pour la perte de leur substance organique et son remplacement par la matière calcaire ou siliceuse.

l'homme fossile. P09

M. Sclieiircr Keslner a repris, dans des conditions qu'il croit meilleures et plus concluantes^ l'étude des ossements fossiles. Il pai'iage Tosséine de ces os en deux classes : l'osséine ordinaire insoluble dans Facide clilorhydriquie et l'osséine soluble, estimée ou calculée par le produit de la différence entre le dosage de Tosséine tl la teaeur en azote ramenée à la formule del'osséine. Ses analyses ont porté sur un pariétal humain, sur un cheval fossile, sur un mammouth, trouvés tous les trois par M. Faudel dans le lehm à Eguisheim, et il a constaté qu'on obtient pour les trois, non-seulement la même proportion de matière gélatineuse, mais encore la même composition immédiate. Analysant ensuite de la même manière des crânes des époques franque, gauloise, mérovingienne, il vit que leur composition n'avait pas de rapport avec les précédentes, que le rap])ort entre les deux osséines élait renversé. {Comptes rendus, t. LXIX, pages 204 et suivantes.) L'homme d'Eguisheim aurait donc été réellement contemporain du mammouth. Cela n'est pas impossible, et, comme nous l'avons déjà souvent répété, cette conteraporanéité, pas plus que la présence dans le lehm, ne recule en rien l'existence de l'homme au delà des limites inadmissibles. Mais les analyses de M. Schenrer- Kestner ne seront démonstratives qu aidant qull aura déterminé, au moins approximatmement, le temps après lequel la transformation de ïosséine et le rapport entre les deux osséines sont ejprimés par les chiffres qu'il a trouvés. Alors même, en effet, que Vhomme serait postérieur au mammouth, la durée de la présence de ses os dans le sol peut avoir été ass€z Imigue pour rapprocher leur composition de celle des os du mammouili. Le défaut de logique des partisans de l'antiquité indéfinie de l'homme est vraiment étrange. M. Élie de Beanmont, en présentant à l'Académie le mémoire de M. Scheurer-Kestner, crut devoir faire remarquer : 1° que le pariétal humain ana-

lysé contenait 15,4 pour cent d'osséine, tandis que Tliumérus de mammouth en contenait seulement il,7 pour cent ; ^° ([ue cependant l'ossement de mammouth avait plus perdu d'osséine que l'ossement humain ; 3° que Thumérus de mammouth avait absorbé troisfoiset demie plus de silice que le pariétal humain, et que, par conséquent, les deux os n'avaient pas toujours été placés dans des circonstances identiques, comme il faudrait qu'ils l'eussent été pour que la conclusion de M. Scheurer-Kestner pût s'y appliquer légitimement. Voilà donc encore une forteresse renversée ! A cette occasion, M. Élie de Beaumont raconta une anecdote très-instructive. Dans une séance du Congrès des Médecins et Naturalistes allemands tenu à Bonn, en 1835, M, Schmerling ayant annoncé que les ossements d'ours et les ossements humains trouvés par lui ensevelis dans la caverne de Chockder, près Liège, étaient exactement dans le même état, M. Buckland dit que les premiers se distinguaient des seconds par la propriété de happer à la langue, ce que M, Schmerling révoquait en doute. M. Buckland prit aussitôt un os d'ours, l'appliqua sur l'extrémité de sa langue à laquelle il resta suspendu, ce qui n'empêchait pas absolument le savant professeur de parler ; et, se tournant successivement vers les différentes parties de l'assemblée, M. Buckland répéta à plusieurs reprises, d'une voix un ^eu guiluTùle: Vous dites qu ils ne happent pas à la langue ? M. Schmerling fit. Immédiatement après, des essais réitérés pour faire adhérer à sa propre langue quelques-uns des ossements humains, mais il ne put y parvenir. M. ÉliedeBeaumont ajouta : « Il est bon de remarquer cependant que ce critérium et, en général, les résultats constatés de l'élimination de la substance gélatineuse des ossements, ou de sa transformation graduelle, ne doivent être appliqués qu'avec beaucoup de réserve et de discernement. Deux os d'un même animal qui auraient été enfouis au même moment, l'un dans un

l'homme fossile. 911

diluvium arénacé, l'autre dans un dépôt d'argile, pourraient se trouver aujourd'hui dans deuxétats très-différents souslerapport de l'état de conservation, soit en quantité, soit en qualité, ■de la substance gélatineuse qu'ils contenaient à l'état frais. » [Comptes rendus de l'Académie, t. LXIX, p. 1213.)

Les critiques bienveillantes de M. Élie de Beaumont amenèrent M. Scheurer-Kestner à reprendre ses études ; il voulut voir si l'osséine soluble préexiste réellement dans les ossements, ou si elle peut se former par l'action prolongée de l'acide clilorhydrique dilué sur l'osséine ordinaire, et déterminer, d'une manière plus rigoureuse, la proportion des deux osséines. Sa conclusion est : « L'osséine soluble ne se forme pas, en totalité du moins (cette restriction annule réellement tout son travail), par l'action de l'acide chlorhydrique sur l'osséine ordinaire ; elle préexiste dans les ossements fossiles que j'ai analysés, et mes anciennes analyses conservent leur valeur, quoique l'emploi d'un acide trop concentré ait pu augmenter un peu la quantité d'osséine soluble renfermée primitivement dans les os. » M. Scheurer-Kestner essaye ensuite d'expliquer la différence énorme entre les quantités de silice absorbées par l'os de mammouth et l'os humain, par cette circonstance que le morceau de pariétal humain avait été détaché, avec la scie, d'une portion de crâne, et que, par conséquent, elle avait été protégée contre l'introduction du sable dans les cellules. Il affirmait, d'ailleurs, que le crâne humain happait à la langue, et qu'il avait pu, avec le petit morceau de pariétal qui lui restait encore, répéter l'expérience de M. Buckland ; mais il faisait, à son tour, cet aveu : « Je comprends fort bien que ce critérium et, en général, les résultats constatés de l'élimination de la substance gélatineuse des ossements, de sa transformation graduelle, ne doivent être appliqués qu'avec beaucoup de discernement. {Comptes rendus, t. LXX,p, 1182.)

Rép(5tons encore, en finissant, que le lehra d'Eguislieim et tous les dépôts où l'on rencontre ensemble les ossements humains et les ossements des espèces animales éteintes ou émigrées, sont des terrains de transport; que ces ossements, par conséquent, ont existé ailleurs, avant de se trouver confondus, dans des conditions de temps et de milieu qu'il est absolument impossible de définir, et qui, par conséquent, doivent exclure jusqu'à la pensée d'une comparaison.

Je me fais un devoir d'analyser encore deux autres mémoires relatifs à l'analyse chimique des os fossiles. Le premier est de M. Delesse, ingénieur en chef des ponts et chaussées et géologue très-connu. {Comptes rendus de V Académie, t. LU, p. 728.) Lorsque des animaux sont enfouis dans le sein de la terre, leurs parties molles se détruisent rapidement, tandis que les parties dures qui forment leur squelette sont douées d'une grande résistance à la décomposition. Cependant ces derniers subissent des altérations qu'il est facile d'expliquer, en comparant les mêmes parties du squelette dans les animaux vivants et fossiles. D'abord , dans les os fossiles , la densité a éprouvé toujours une augmentation qui croît successivement avec l'âge, et qui, pour les os de l'homme, peut s'élever jusqu'à 34 pour cent. Par suite de.la destruction de l'osséine, le carbonate de chaux devrait augmenter dans un os fossile, et cependant cela n'a pas toujours lieu; il s'abaisse quelquefois au-dessous de 3 pour cent, mais le plus souvent il augmente. Le phosphate de chaux peut diminuer considérablement et même tomber h 25 pour cent; dans d'autres gisements, au contraire, il s'élève jusqu'à 80 pour cent. L'azote des os fossiles dépend de causes très-complexes, surtout de la durée pendant laquelle ils sont restés enfouis, de la nature du terrain, humide ou sec, imbibé d'eau douce ou d'eau salée; de la composition minéralogique de la roche.

l'homme fossile. 913

enfin de son âge. Tandis qu'un os normal contient environ 50 millièmes d'azote, il y en a seulement 32,3 dans un os humain ayant plus d'un siècle; 22,9, dans un os du temps de Jules César; 18,5 dans un crâne de Denise; 16,5 dans une mâchoire de la grotte d'Arcq ; 13,5 dans un cubitus de la grotte d'Aurignac. Cependant, dans d'autres os humains altérés soit par l'exposition à l'air, soit par la fossilisation, la proportion d'azote était encore moindre ; un crâne trouvé dans un conglomérat du Brésil n'en avait plus que 1,6 (il est cependant relativement très-récent). On en a trouvé 14,8 dans un os de renne, 14,6 dans un os de rhinocéros de la caverne d'Aurignac, c'est presque la même proportion que pour les cubitus romains, 13,6; l'analyse paraît donc démontrer que ces ossements sont contemporains (oui, si la proportion d'azote à l'état frais avait été la même dans les deux os, ce qui n'est pas). Dans la grotte d'Arcy, au contraire, l'os humain contenait 24 d'azote, l'os de renne 14,3, l'os d'ursus spelseus 10,4; ces différences sont énormes, en comparaison des premières ; il faudrait donc conclure que le renne et l'ours ont existé longtemps avant l'homme.

Le second mémoire est de M. de Luca, il a pour titre : Recherches chimiques sur la composition des os de Pompéi. J'en extrais ce passage [Comptes rendus, t. LIX, p. 570): « Hors du contact de l'air, et enfouie dans le sol, la matière organique des os peut se conserver longtemps, et les matières organiques azotées peuvent se conserver plus longtemps encore. Le contraire arrive sous l'influence des éléments de l'air atmosphérique : les matières organiques azotées et non azotées se détruisent plus facilement que lorsqu'elles sont enfouies dans le sol. On ne peut donc pas déterminer avec certitude l'ancienneté des os en dosant l'azote qu'ils contiennent, sans préciser les conditions de leur conservation ; ce

914 LES SPLEIvnKrRS DE LA FOI.

qu'il n'est pas possible de faire pour une longue période de temps. »

De tout ceci nous pouvons tirer une conclusion plus géni^rale encore : partout ou presque partout où ils ont été trouvés, les ossements humains se sont montrés dans des terrains de transport; ils sont venus d'ailleurs; leur gisement primitif est totalement inconnu; donc, puisque la composition des os dépendénormémcnt du gisement primitif inconnu, elle ne nous apprend absolument rien de certain, ni même de probable.

Il est donc absolument établi, dès à présent, que l'homme fossile, même en supposant qu'il soit une réalité, ce qui n'est pas, n'est en aucune manière un témoin convaincant de l'antiquité très-reculée de l'homme. L'homme fossile, en Tacceplant comme une vérité, reste toujours l'homme adamique et rhomme noachique. La nature du terrain dans lequel ses restes sont trouvés enfouis; l'état physique et chimique de ses ossements, la conformation de son crâne et de sa face, etc., ne sont nullement des preuves certaines ou même probables d'une antiquité démesurée : partout on a trouvé à côté l'un de l'autre des crânes dolichocéphales, brachycéphales, mésocéphales, planicéphales, etc., des faces prognathes, orthognathes, etc. Tout récemment encore, par exemple, M. '\'an Bénéden signalait à notre Académie des sciences {Comptes rendus, t. LXX,p. 108) la présence constatée par lui, dans une excavation delà Lesse, d'un prognathe et d'un orihognathe, côte à côte l'un de l'autre.

L'examen et la discussion attentive des squelettes rencontrés sur divers points et regardés comme fossiles, prouvera mieux encore la faiblesse ou même la nullité de l'argument invoqué par les ennemis de la Révélation. Entrons dans le détail :

Crâne de Neanderlhal. Il a été trouvé par M. le docteur

l'homme fossile. 91 g

Fuhlrott, près de Diisseldorf, dans l'intérieur d'une petite grotte, sous une couche de limon d'un mètre et demi d'épaisseur, sans aucune enveloppe protectrice de stalagmite. Les os avaient conservé la plus grande partie de leur substance organique. Il n'y avait aucune trace d'ossements d'animaux antédiluviens. Le crâne ne s'écarte en rien du type moyen des races germaniques, et ne se rapproche nullement du type singe. On a voulu que sa forme singulière dénotât une époque d'existence très-reculée ; que, par son organisation inférieure, il fût tout ce qu'on a trouvé de plus ancien en Europe;' mais M. Pruner-Bey n'hésite pas à dire que, anatomiquement parlant, rien ne justifie cette assertion, laquelle cependant a fait le tour du monde (Mortillet, t. III, p. 364.). On a aussi invoqué pour preuve d'une ancienneté indéfinie les dendrites observées à sa surface : mais, nous l'avons déjà dit les dendrites ne prouvent rien ; M. Schaaffhausen a constaté leur présence sur un crâne romain trouvé à Bonn. Déjà M. Pruner-Bey avait affirmé l'identité du crâne de Neanderthal dans toutes ses parties, avec le crâne d'un Celte, et voici que MM. de Quatrefages et Hamy trouvent en lui le type d'une race encore existante. Enfin, vaincu par l'évidence des faits, M. Lyell dit {Antiquité de rhomme, p. 307) : « Quant au remarquable crâne de Neanderthal, il est jusqu'à présent trop isolé trop exceptionnel, son origine est trop incertaine, pour que nous puissions nous baser sur ses caractères anormaux »

On a trouvé récemment à Algodon-Bey, dans un tombeau ancien, mais presque historique, un type crânien notablement mférieur au type de Neanderthal, plus bestial que lui par sa petitesse excessive, par la platitude du front qui fait presque défaut ; et il est certain aujourd'hui que presque tous les crânes trouvés en Bolivie appartiennent à cette race. {Lliomme selon la science, p. 79.)

916 LES sPLE>'Di:uns ut; la rni.

Crâne cVEnghis. Il a été trouvé au milieu de débris d'os de mammouths, de rhinocéros, d'hyènes, d'ours des cavernes, de grand bœuf, de cerf, de cheval, etc. M. Pruner-Bey Tidentifie avec celui d'une femme celte, M. Schmerling avec celui d'une femme nigritique, M. Huxley avec celui d'une femme européenne ! Celui-ci ajoute qu'avec ses caractères à la fois de supériorité et d'infériorité, il peut avoir appartenu à un philosophe ou avoir contenu le cerveau d'un sauvage. (Huxley, Place de l'homme dans la nature, \). 310.)

Crânes des Tumulus de Borrehij en Danemark. Ces tombeaux sont probablement ceux des hommes qui habitaient le Danemark pendant l'âge de pierre, contemporains ou ancêtres des dépositaires des Kjokkenmoeddings. Ils ressemblent plus que tous autres crânes au crâne de Neanderthal, et cependant ils ont arraché à M. Huxley cet aveu très-significatif (P/ace de riiomme dans la nature, p. 316): « Les ossements découverts jusqu'à ce jour ne semblent pas nous rapprocher sensiblement, de cette forme inférieure, pithécoïde, par les modifications de laquelle l'homme très-probablement (quel langage pour un savant positiviste !) est devenu ce qu'il est.» H s'agit cependant^ des plus anciennes races humaines, sachant fabriquer des-] outils, haches ou couteaux en silex, de la même forme que] celles que fabriquent les hommes les plus sauvages de l'époque actuelle. Oi!i donc faut-il chercher l'homme primitif?

Crâne d'Eguisheim. Il a été trouvé dans le Lehm, terrain-j diluvien ou alluvien, avec des restes de mammouth, de bœuf,j etc. ; la tête est dolicho céphale, la face est bien développée et accuse la race celtique : M. Huxley rappelle à son sujet que M. Pruner-Bey conteste l'antiquité des crânes d'Enghis, de Neanderthal et d'Eguisheim, comme n'étant pas suffisammeoti établie par les documents qui les accompagnent.

Homme de Stoderthelze en Suède. Dans un terrain de trans--

l'homme fossile. 917

port, dépôt stratifié de sable, de gravier et d'argile, on trouva d'abord des restes d'une ancienne butte de pêcbeurs, qui avait été construite sur le bord de la mer, et presque au niveau de ses eaux. Elle était circulaire, bâtie en bois, avec des fondations en pierre, toutes semblables à celles qu'on élevait encore il y a peu de siècles en Europe. On voyait dans l'intérieur un foyer en pierres grossières, avec des charbons et des branches de sapin brûlé destinées à entretenir du feu ; sur le terrain tout à fait contemporain, dans une couche coquillière intacte, élevée de trente mètres au-dessus du niveau de la mer, M. Nilson a mis au jour les squelettes de la race qui habitait sans doute ces huttes. Les caractères anatomiques des crânes diffèrent à peine de ceux des crânes des temps modernes recueillis dans l'Europe occidentale par les anthropologistes. Tout ici est donc moderne, et l'on veut y voir l'homme postpliocène, antérieur à l'homme du mammouth et du renne. C'est incontestablement aller contre l'évidence des faits. Il faudrait, au contraire, conclure de ces caractères certainement récents de l'homme de Stangeness et de la hutte, à l'accumulation rapide et moderne des terrains de transport, de terrains coquilliers soulevés, etc. De la présence aussi des branches de sapin, il faudrait conclure que ce qu'on a appelé en Norwége l'âge du sapin, n'est pas aussi vieux qu'on le prétend.

Crâne californien. Il a été trouvé, en 1866, dans un puits d'une profondeur de 130 pieds, au sein d'une couche de galets au-dessus de laquelle s'étendaient quatre couches de cendres volcaniques durcies, séparées par des couches fluviatiles. M. Whitney voit dans ce crâne le type des crânes des Indiens qui habitent aujourd'hui les pentes de la Sierra-Nevada. Il dit que l'angle facial n'accuse aucune infériorité de développement, et qu'une coquille attachée aux ossements est, d'après la détermi

nation de M. Cooper, celle de V fJclix Mormnmm, qui vilactiiellement dans les mômes contrées. Le gisement, dont la nature géologique est encore indéterminée, permet seulement d'affirmer que, depuis le temps où l'homme existe dans ces contrées, avec ses caractères actuels, il s'y est produit plusieurs éruptions volcaniques, {Comptes rendus du Congrès de Bruxelles, p. o42 et suiv.) Le fait de la Californie présente une certaine analogie avec celui de la campagne de Rome où l'on a découvert sous des roches volcaniques, dont la formation n'a laissé aucun souvenir dans l'histoire, des poteries et d'autres produits de l'industrie humaine qui portent les caractères du type étrusque. . . (Ibidem.)

Squelette de Brix en Bohême. 11 a été trouvé, en 1873, dans le sable diluvien ou alluvien, à une profondeur de quatre pieds et demi, à trois pieds au-dessus d'une couche de lignites. On a découvert à deux pieds au-dessus du squelette une hache en pierre bien travaillée. M. Rocitanski déclare le crâne d'un type inférieur à celui de Neanderthal. Mais M. Schaaffhausen croit avoir reconnu que le crâne et les autres parties du squelette, portent les traces d'une profonde altération pathologique. Les os de la tête, surtout les pariétaux, paraissent avoir été ramollis et corrodés par suppuration. {Comptes rendus du Congrès de Bruxelles, p. 544.)

Homme fossile de Denise. Ces ossements, dont nous a^^ons déjà parlé, se trouvaient à une très-petite profondeur, dans une couche de cendres remaniée depuis les temps historiques; ce qui, évidemment, ne caractérise pas une antiquité très-reculée, et n'entraîne pas la coexistence de l'homme avec les éléphants et les mastodontes, dont on a trouvé dis débris près des siens. On a craint assez longtemps que ce groupe d'ossements incrustésdans le tuf, eût été fabrique par un fjiussaire. En tout cas, le tuf qui contient les os es't le produit de

l'eioiMme fossile. 919

la dernière éruption volcanique, éruption presque moderne, et le crâne est du type caucasique ordinaire.

Crâne humain de Vahri de Cro-Magnon. Les abris, en général, sont des cannelures profondes formées parles dégradations incessantes, dues aux agents atmosphériques, des couches tendres de la roche calcaire en surplomb. Ils ont été souvent utilisés comme demeures, comme rendez-vous de chasse, etc. Ils sont quelquefois dissimulés par des talus d'éboulement. Au sein dune couche jaune renfermant quelques silex mêlés à des ossements brisés d'éléphants, d'ours, de félis, d'aurochs, de renne, de cheval, etc., à des os intacts de rongeurs et de renards, etc., à des centaines de coquilles percées d'un trou, on a trouvé trois crânes entiers, avec de nombreux os du tronc et des membres. Une des têtes, celle d'un vieillard, loin de rappeler le type du singe, présente plutôt l'exagération des traits qui distinguent le type de l'homme de celui des anthropomorphes. (Hamy, Précis, p. 276.) « C'est un individu exceptionnel, » dit M. Broca. On se demande si le hasard n'a pas voulu que la première face d'homme connue de cette race de troglodytes, fût celle d'un individu présentant des caractères anatomiques excessifs. » [Bulletin de la Société anthropologique, 2^ série, t. III, p. 477.)

Dans la séance du lundi 30 mars 1874, MM. de Quatrefages et Hamy ont présenté à l'Académie la seconde livraison de leurs Crainia ethnica : Les crânes des races humaines, consacrée presque tout enlièi-e à la race de Cro-Magnon, et nous n'avons pas été peu surpris des résultats auxquels les savants anlhropologistes sont arrivés. Ils rattachent aux hommes de Cro-Magnon ceux de la Madeleine, de Laugerie- Basse, de Bruniquel, d'Aurignac, de Menton, de Cantalupo, de Solutré, de Grenelle, de Goyat. Ils n'hésitent pas à le dire : « Ihomme de Cro-Magnon a traversé les âges qui nous

séparent des époques quaternaires ; on le retrouve à diverses époques préhistoriques ; il s'est maintenu à l'état de peuplades jusque dans les temps modernes; il est représenté encore par un certain nombre d'individus isolés. On l'a retrouvé à Ghauny, dans un cimetière gaulois de l'époque du fer, à Paris, dans les fouilles de l'Hôtel-Dieu, etc. Mais c'est en Afrique qu'il faut aller chercher aujourd'hui les représentants de cette race, dans les tombes mégalithiques de Roknar, chez les Kabyles des Beni-Menasser et du Djurjura,et surtout parmi les Guanches de Ténériffe. » Cette continuité, comme celle de la race juive, fait rentrer dans les limites de l'histoire de la création et de la dispersion toutes ces races humaines qu'on voulait follement reléguer dans les profondeurs de la géologie.

Squelette de Montmartre. « On voit au musée de Paris, dit M. Hébert, un squelette humain qui a été trouvé dans les gypses de Montmartre, entre des couches parfaitement régulières; ce qui accuserait une antiquité indéfinie. Mais finalement on a reconnu que le squelette, d'aspect récent, avait pu pénétrer dans cette poche horizontale par un puits vertical, avec lequel elle communiquait. »

Squelette de Laugerie-Basse. Il a été découvert, en 1873, par MM. de Carthailhac, Massénat et Lalande, dans une couche épaisse de 1 m. 20, renfermant beaucoup d'objets, au sein délits de terre brûlée et de charbon. La tète était au nordnord-est, du côté de la Vézère; les pieds, au sud-ouest, vers le rocher. Le corps était allongé sur le côté, et tout à fait accroupi, la main gauche sur le pariétal gauche, la droite sous le cou, les coudes touchant à peu près les genoux, un pied rapproché du bassin ; les os étaient à peu ju'ès en place ; il y avait eu à peine un léger tassement des terres : mais la colonne vertébrale était écrasée par l'angle d'un gros bloc, et le

l'homme fossile. 921

bassin était brisé; on aurait dit une victime d'un éboulement. Une vingtaine de coquilles ont été trouvées disséminées par couples sur tout le corps, deux sur le front, deux près de chaque humérus, deux sur les genoux et deux sur chaque pied. On veut que ces coquilles, des cyprées ou porcelaines de la Méditerranée, grosses comme des œufs de pigeon, aient fait partie d'un vêtement dont on ne trouve aucune trace. N'est-il pas évident qu'il s'agit non pas d'un homme surpris par un éboulement, mais d'une véritable sépulture et de coquilles régulièrement distribuées sur le corps par une main amie. M. de Mortillet trouve tout naturel que les hommes de cette époque allassent chasser le renne, leur nourriture favorite, dans les régions froides, lorsque la température n'était pas trop rigoureuse, pour venir au moment des grands frimats sur les bords de la Méditerranée, se réchauffer aux rayons du soleil. M. Félix Hément, dans une lettre écrite à l'Académie des sciences, n'a pas hésité à dire : « Cette vallée de laVézère semble avoir été habitée sans discontinuité depuis les temps préhistoriques jusqu'à nos jours; les débris de tous les âges y sont accumulés et superposés ; le sol, sur une très-grande épaisseur, est en quelque sorte composé de débris, et on y ramasse à la pelle les silex et les ossements. Le squelette trouvé par M. Massénat a été certainement inhumé et non pas enfoui par un éboulement. »

Squelettes des Eysies. Suivant M. Broca, à côté des caractères propres à une race intelligente, organisée pour arriver à tous les développements de la situation, il en révèle d'autres qui ne se retrouvent que dans les types les plus inférieurs. M. Pruner-Bey répète, à l'occasion de ces squelettes, que tous les caractères présentés par les ossements prétendus fossiles, se rencontrent dans la race actuelle des Esthoniens. M. de Quatrefages, de son côté, cherche à établir que les caractères

9â2 LES SPLENDEURS UE LA FOI.

bracliycépljalcs et dolicliocéplialcs n'oiil pas, à beaucoup près^ la valeur qu'on leur a allribuée jusqu'à présent. (Moutillet, t. III, p. 8o7.)

Crâne de Long-Barrow. Cette race très-dolichocéphale a construit les Long-Barrows de la Grande-Bretagne à répo({uo de la pierre polie. Elle a précédé, peut-être de très-peu, une race différente qui construisit les Rounds-Barrows et introduisit le bronze.

L'homme 'prétendu pliocène de Savone. Il y a quelques années, dans une tranchée ouverte sur le faite d'un promontoire nommé Colle del Vento, les ouvriers mirent à découvert à trois mètres de profondeur, d'abord un crâne, puis les autres parties d'un squelette encore situées dans leurs positions naturelles ; le terrain semblait être vraiment pliocène, peutêtre même pliocène inférieur ; car la moitié des coquilles appartenait à des espèces éteintes, mais rien ne prouve que le squelette, presque entier, fut contemporain de l'argile qui l'encliâssait : il avait pu être enseveli à une date très-postérieure à celle du dépôt qui le contenait. Rien dans l'état physique des os ne les différencie de ceux d'un ligure des temps historiques. Petit, un peu prognathe, les dents usées ; une partie de l'os maxillaire, comprenant l'apophyse coronoïde et l'alvéole de la dent de sagesse, avait une forme dans laquelle M, Broca voulait voir des caractères analomiques d'une grande valeur. Mais les faits recueillis plus tard ont prouvé que cette forme n'était pas rare. Trois mandibules recueillies dans les charniers de Paris présentent des caractères plus exceptionnels encore. M. Deogratias n'a pas craint de dire au congrès de Bologne {Compte rendu, p. 417) : « En admettant que le terrain ait été creusé pour déposer le cadavre, il est très-possible que les argiles aient pu de nouveau se ramollir de manière à ne laisser aucune fuite ou aucun vide visible, sur-

l'homme fossile. 9!23

toul dans Tespacc qui, pour un certaiu temps, est occupé par les parties charnues d'un cadavre ; tout indique un corps abandonné à la merci des eaux, resté dans cette position parce que la roche fut un obstacle à ce que le courant l'entrainàt plus loin. » Il ajoute, p. 419 : « Il n'est pas douteux que la présence d'un naturaliste habile et consciencieux aurait aidé à mieux rectifier cette découverte, qui n'a eu pour témoins que des ouvriers terrassiers. Ajoutons enfin que ce terrain prétendu pliocène n'était qu'un terrain de transport. »

M. Hamy, qui a fait de ce squelette une étude complète, conclut ainsi : « L'homme prétendu fossile du pliocène de Savone semble avoir été inhumé dans le dépôt où on l'a découvert, à une date bien postérieure à celle de sa formation à laquelle l'ont rattaché sans preuves quelques naturalistes. {Précis de paléontologie humaine, p. 67.) En résumé : aucun homme de science n'a assisté à la découverte et n'a pu en noter les circonstances essentielles; elle ne s'appuie que sur le témoignage d'ouvriers illettrés.

Cadavres de la caverne de T Homme-Mort. Cette caverne, située près de Saint-Pierre-les-Trépiez (Lozère), a été visitée et explorée par M. le docteur Broca. C'est principalement une grotte sépulcrale où l'on a découvert des poinçons en os, des pointes de flèche, des débris de festins, des cendres et des détritus de charbon, sept foyers avec couteaux et grattoirs en silex, quelquefois taillés aux dépens de pierres polies (nouvelle preuve de la contemporanéité des silex simplement taillés et des silex polis, des âges de la pierre simplement taillée et de la pierre polie). On voit, à côté de la caverne, un habitacle capable de loger toute une tribu, et, dans cet habitacle, les crânes presque complets de sept hommes, six femmes et trois enfants, très-dolichocéphales, y> remarquables, ce sont les expressions de M. Broca, par la douceur de leurs traits, la

924 LES SPLE.NDEUKS DE LA FOI.

pureté de leurs contours, la minceur de leurs parois, la face orthognathe du visage, la saillie de la région occipitale, leur capacitéconsidérable, 1S44 c. c. en moyenne. » A peu de distance de Saint-Pierre se trouvent de nombreux dolmens. Les plus modernes, dit M. Broca, renferment des ornements en bronze et en verre d'origine très-probablement phénicienne. Les plus anciens ne révèlent que des objets en pierre, et nous ne savons s'ils remontent jusqu'à l'époque des troglodytes de V hommemort. Cela n'est pas sans vraisemblance. Il est très-probable que la race qui éleva les dolmens et la race de Vhomme mort vécurent quelque temps juxtaposées dans des régions très-voisines. » C'est toujours M. Broca qui parle. Que d'aveux précieux dans ces déclarations spontanées : l'origine phénicienne ou, en tous cas, exotique des troglodytes de la Lozère; la contemporanéité de l'âge de la pierre polie ou taillée et de l'âge des dolmens, âge presque historique, etc. ! A l'occasion de l'assertion de M. Broca, que la grotte sépulcrale de l homme mort était la plus récente que l'on connaisse, M. de Fondouce rappelle qu'en 1869, il a décrit la grotte sépulcrale de Saint- Jean d'Alras (Aveyron), de l'âge de la pierre polie, contenant même quelques objets en métal, et qu'il a établi par la comparaison attentive de son mobilier funéraire avec celui des dolmens. Ces mobiliers étaient exactement identiques, par suite de la même époque, et les populations qui enterraient leurs morts dans les dolmens auraient conservé l'habitude de les ensevelir dans les grottes.

L'homme fossile des grottes de Menton. Ces grottes, situées au bord de la mer, dans la province de Port-Maurice, commune de Vintimiglia, en Italie, à quelques mètres de la frontière française, sont des fentes naturelles de la montagne connue sous le nom de montagne des rochers rouges. Elles sont creusées dans le crétacé inférieur. Après y avoir recueilli

l'homme fossile. 925

un grand nombre (rinslriiments en silex et en os, des coquilles marines et terrestres, des débris d'animaux, la plupart brisés par riiomme, M. Rivière a mis au jour dans la caverne du Cavillon, un squelette couché sur le côté gauche, dans le sens longitudinal de la grotte. La tête, un peu plus élevée que le reste du corps, était légèrement inclinée, regardant le fond de la caverne ; elle reposait sur le sol par la partie latérale gauche du crâne et de la face. Il s'agit bien d'une inhumation, mais sans aucun déplacement ; en effet, l'attitude du squelette indique parfaitement que l'homme est mort pendant son sommeil, aux lieu et place où il a été découvert, c'est-à-dire, sur un sol formé de cendres, de charbon, de pierres calcinées, au milieu de débris delà vie de chaque jour, et sans aucune trace d'éboulement. Le mort devait être de grande taille, son angle facial est beau et droit, il doit se rapprocher de 85°, et a une ressemblance avec l'homme de Cro-Magnon. Les diverses espèces animales rencontrées dans le voisinage sont : Feli& apelœus, ursus spelœus et arctos, canis, lupus, equus, bos primigenius, caprajepus.hes, objets trouvés autour du squelette sont : deux lames de couteau en silex, une épingle en os taillée dans un radius de cerf, deux cents coquilles méditerranéennes, nassa ou cyclonassa qui formaient une sorte de parure autour du crâne et de la jambe, vingt-deux canines de cerf perforées, etc. M. Rivière n'a jamais hésité à déclarer que l'homme de Menton qu'on a eu le triste courage, dans la maison de Cuvier, d'intituler l'homme fossile, ne présentait aucun caractère qui put en quoi que ce soit le rapprocher des singes. Dans la dernière séance des délégués des Sociétés savantes (avril 1874), il a prolesté honnêtement, vivement, contre la qualification d'homme fossile, et adopté celle d'homme préhistorique.

Plus tard, dans la sixième caverne de Baoussé-Roussé, à un mètre de profondeur, M. Rivière a découvert un second sque-

926 LES SlM.K^DKCIiS DE I.\ FOI.

lette. Le sol, conlinualioii du loyer supérieur, est régulièrement slratitié et l'oniié par un mélange de charbon, de cendres, de pierres calcinées de petites dimensions, de dents d'animaux, de coquilles, de lames en silex ou en os. Le mort de très-grande taille, près de deux mètres, a été inhumé avec ses armes et ses parures. Les peuplades préhistoriques des cavernes de Menton appartenaient donc à une race de taille très-élevée.

Enlin, en 1873, M. Rivière a découvert, toujours dans les mêmes conditions, trois squelettes nouveaux : un d'adulte, deux d'enfants, le crâne toujours entouré de coquilles, mais avec des armes en os ou en pierre, le silex devenu très-rare est remplacé par du calcaire ou du grès taillés. M. Rivière explique ainsi cette substitution : A leur arrivée dans les grottes de Menton, les premières tribus recoururent d'abord aux roches les plus faciles à trouver, en attendant qu'elles eussent découvert les gisements de silex auxquels elles devaient, un peu plus lard, emprunter les matériaux qui leur étaient nécessaires.

Antiquité de rhomme.

Page 1