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CHAPITRE XVIII

Achat d'un troupeau, — Marque du bétail. — ^'ous courons à la recherche du troupeau qui a rompu les clôtures.

Mais revenons à Avcnel.

Le sol sablonneux de tout le pays qui borde le Goulbourn est propre surlout à nourrir des moutons. Cependant, les prix élevés qu'obtenait le gros bétail sur le marché de Melbourne, poussaient les squatters à diminuer le nombre de leurs moutons lorsqu'ils croyaient pouvoir les remplacer utilement par des bœufs ou par des chevaux. C'était ce que Lloyd était en train de faire chez lui.

Un matin on vint nous avertir qu'un grand troupeau de bœufs était dans les yards de l'auberge du Cheval blanc, en route pour Melbourne. Nous nous

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rendîmes au vinage pour l'examiner. C'était un l)eau (roupeau d'environ mille tôles, toutes audessus de quatre ans, venant d'une station de l'intérieur située sur le Murray. Ce bétail était ce que nous appelons da slore-catlle , c'est-à-dire du bétail maigre. Le prix fut débattu, et au bout de quelques minutes on fut d'accord, le vendeur cédant quatre cents têtes pour le prix de 4 livres 10 sbillings la télé (112 fr.).

Ces quatre cents bœufs furent conduits dans les yards de mon ami et on prépara les fers pour les marquer aux initiales de leur nouveau propriétaire. Voici comment se fait cette opération : On fait entrer dans le lane (ce parallélogramme dont je vous ai déjà parlé, long de soixante pas, et qui joue un si grand rôle dans le triage du bétail) autant de bétes qu'il peut en contenir pressées les unes contre les autres, de manière qu'elles ne puissent absolument pas se remuer. De chaque côté du lane les fers chauffent dans de grands feux, et on les passe à des hommes qui, debout sur les barres horizontales des clôtures du lane, marquent le bétail sur le dos. Cette manière de procéder semble cruelle, car ces bêtes sauvages rendues presque furieuses par tout cet appareil de torture, par les rugissements de douleur de celles qui sont brîilées, se ruent tellement les unes sur les autres, que souvent on en voit d'éventrées par les cornes de celles qui

sont tombées à terre , et cherchent en vain à se relever.

II serait cependant impossible de marquer autrement un troupeau très-nombreux. Lorsqu'il ne s'agit que de quelques têtes, on jette par-dessus les cornes de celle qu'on veut marquer, un nœud coulant fait à l'extrémité d'une corde roulée plusieurs fois autour d'un fort poteau. Quand l'animal en se débattant se rapproche de ce poteau, des hommes tirent la corde, jusqu'à ce que sa tète soit appuyée au poteau même. Il est alors facile de le marquer. On emploie le même moyen pour faire d'autres opérations à des animaux sauvages, par exemple scier tme corne qui pousse recourbée vers les yeux.

Trois hommes furent chargés de conduire chaque jour au pâturage le troupeau acheté par Lloyd, pour l'acclimater au nouveau run ; le soir, on le faisait entrer dans un clos qui attendait les semailles du printemps, excellent moyen pour fumer cette terre sans autre labeur. Ce clos était au pied de la colline où était située la maison, et dès le point du jour les beuglements du troupeau appelaient les hommes qui devaient le conduire au pâturage. Un matin cependant Lloyd fnt réveillé par l'absence même de ce bruit agréable

pour lui, car c'était la preuve de la présence de son bélail.

Il courut à sa fenôlrc et vint ensuite frapper à ma porte.

« Allons, debout, me dit-il, grande chasse aujourd'hui, les bœufs ont rompu la clôture et tout le troupeau sera déjà sur la route de Sydney. » Luimême, il éveilla ses gens qui dormaient encore, et un quart d'heure après nous étions tous en selle.

Il me semblait à moi, nouveau venu, que nous n'avions pas autre chose à faire que de mettre nos chevaux au galop , pour poursuivre les fuyards. Lloyd calma mon ardeur. Nous allâmes inspecter d'abord la brèche par où le bétail était sorti; là nous prîmes la trace fraîche sur le sol humide, et nous la suivîmes en trottinant, examinant soigneusement le terrain. Au bout d'un kilomètre cette trace se bifurquait; le troupeau s'était divisé. Dcux[hommes prirent la nouvelle direction et nous continuâmes avec les autres à suivre la ligne principale. Bientôt nous rejoignîmes la route de Sydney; là le bétail avait tenu conseil, il nous fallut assez longtemps pour retrouver les traces, elles étaient nombreuses et dans différentes directions, quoique toutes plus ou moins tournées vers le nord. Lloyd lit prendre la g-rande route au reste de ses gens, et réserva pour lui et pour moi (car il se liait plus à lui-même qu'à ses serviteurs) la piste qui rentrait dans la forêt.

N'allez pas croire que mon ami fut de mauvaise humeur; c'était là un des incidents de la vie de squatter; j'étais, je crois, plus chagriné que lui, et il riait de toutes mes méprises au sujet de ce que je prenais pour des traces fraîches. Après plusieurs heures de marche, »nous trouvâmes une trentaine de hœufs qui broutaient paisiblement, et prenaient des forces pour le voyage. Lloyd me les donna à garder et partit seul en avant à la recherche de quelque autre détachement.

Ma besogne se réduisait à me placer entre ces animaux et la direction vers laquelle ils voulaient aller, aies contenir sans brusquerie, lorsqu'ils cherchaient à se remettre en route. Bientôt les claquements du fouet de Lloyd m'annoncèrent son retour et je le vis arriver chassant devant lui un autre groupe d'une cinquantaine de bêtes. Nous les réunîmes à celles que nous avions déjà et nous reprîmes la direction de la station.

De leur côté les stockeepers avaient aussi ramené une partie des fuyards; près de trois cents bœufs étaient enfermés dans les yards. Nous repartîmes dans l'après-midi pour aller explorer les différents points où l'on pouvait supposer qu'on en retrouverait encore, et en effet nous en retrouvâmes quelques autres arrêtés avec le bétail de la station. Le soir, quand on compta le troupeau, il ne manquait plus qu'une quarantaine de têtes.

Celles-ci ne furent point "perdues cependant; elles retournèrent à leur ancienne station et deux mois après elles furent ramenées à Avencl, avec un nouveau troupeau que le vendeur conduisait à Melbourne. Elles avaieut été faciles à reconnaître, puisqu'elles perlaient, outre leur 'ancienne marque, celle de Lloyd. C'est ainsi que lorsque le bétail cliange souvent de maître, il porte sur le dos et sur les cuisses toute une série de letlres, de signes et de chiffres.

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