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CHAPITRE XX

Achat de la station de Dalry. — Remise du bétail. — Droits des squatters sur leurs concessions. — Impots sur le bétail payés par eux.

Quelques jours après, mon frère étant revenu de Port-Fairy, nous lui fîmes part de nos projets d'achat. Il les approuva sans réserve, heureux que nous ne fussions pas ohligés de nous séparer, et nous prîmes jour avec notre voisin pour la remise de sa station.

Le prix en avait été fixé à sept livres sterling- par tête de hétail, les veaux au-dessons de six mois non compris; ce hétail devait être compté devant nous, et le prix total ne ponvait être connu qu'après cette opération. Pendant les huit jours qui la précédèrent.

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notre voisin rassembla tout son troupeau dans son clos, dont il fit réparer tant bien que mai la clôture ; il fit construire, au moyen d'abatis d'arbres, un carré attenant à son yard, et assez vaste pour contenir ce troupeau tout entier.

Au jour fixé, mon frère, son intendant, Guillaume et moi, nous arrivâmes cl'Yéring! De son côté notre voisin avait, outre son parent, deux de ses amis pour l'assister. Déjà avant notre arrivée tout le bétail avait été chassé du clos dans le grand carré construit provisoirement. On fit entrer dans un des carrés du vieux yard cinquante tôtes environ; de là elles devaient passer successivement dans un autre carré et sortir une à une par la porte près de laquelle nous nous tenions, ayant chacun une feuille de papier et un crayon à la main.

Le stockeeper du vendeur était dans ce dernier carré, armé d'une longue baguette pour contenir le bétail, l'arrêter si quelque discussion s'élevait au sujet d'une des bétes sortantes. A la sorfie même, l'intendant de mon frère criait, à mesure qu'elles passaient, bœuf, vache, ou veau, et chacun de nous faisait une marque en conséquence sur son papier. De temps en temps, pendant qu'on faisait entrer un nouveau détachement dans le carré intermédiaire, on collationnait les écritures. En cas d'erreur, la majorité l'emportait; de même au passage d'un veau, si son âge était douteux, la majorité décidait.

En cinq ou six heures de temps tout le troupeau défila ainsi devant nous et nous comptâmes cinq cent quatorze bœufs, cinq cent soix'ante-sept vaches et quarante-trois veaux, formant un total de onze cent vingt-quatre têtes, qui fixait le prix de la station à 7868 livres sterling, soit 196 700 francs.

Outre ce bétail, nous recevions, sans que le prix delà station en fût augmenté, soixante et onze veaux au-dessous de six mois, dix-sept chevaux et tous les meubles, ustensiles, chariots, etc., etc., qui avaient appartenu à l'établissement. Le payement devait se faire en trois termes, le premier après le transfert par-devant notaire des droits relatifs à la concession , les deux autres à douze et à vingt-quatre mois.

Après le repas qui suivit la remise du bétail, nous. montâmes à cheval pour aller visiter la partie de la station en amont de la Yarra. A quelques milles des huttes, la plaine cessait entièrement et nous eûmes trois ou quatre milles de taillis .à traverser pour arriver à un grand ruisseau qu'on appelait le Don, ruisseau qui se jetait dans la Yarra et derrière lequel nous retrouvâmes une nouvelle petite plaine qui pouvait devenir utile pour le bétail. Le soir nous revînmes à Yéring, et assis au coin du feu, nous, discutâmes longuement nos plans pour FaméUoralion de notre nouvelle station.

Les huttes, les clôtures, les yards de Dalry étaient en si mauvais état, que la première chose à faire

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était de tout reconstruire. Ici se présentait une question : fallait-il biûlv sur le même emplacement, ou en chercher un où nos habitations fussent entourées de terrains pkis faciles à mettre en culture que les bords ombragés du Corondara?

Pour assurer notre établissement contre toute éventualité, nous étions décidés à acheter ce qu'on appelle dans îa colonie La section de droit de préemption.

Les droits du squatter se bornent à la concession illimitée de la jouissance d'une portion de terrain qui est considérée comme pouvant servir uniquement à l'élève du bétail. Du moment où le sol qu'il occupe est réclamé par les besoms d'une population nombreuse, son run peut être divisé et mis en vente par voie d'enchères. Ces terrains cependant ne sont soumis à cette vente définitive, par laquelle le concessionnaire est dépossédé, que lorsqu'il y a certitude que de larges portions en seront achetées, car outre sa licence qui varie de mille à cinq mille francs, le squatter paye au gouvernement l'impôt énorme de sept francs cinquante centimes par tête de gros bétail , dix-huit francs soixante-quinze centimes par cheval et un franc vingt-cinq centimes par mouton. Quelques squatters payent chaque an* née soixante-dix mille francs d'impôt pour leur station. Aussi, comme le mouvement de va-et-vient occasionné par l'exploitation d'une ou de quelques fermes seulement dérangerait ses troupeaux , le

gouvernement ne consent à léser les intérêts du squatter que lorsque son utile industrie peut être remplacée plus utilement encore pour la colonie. Les terrains sont mis en vente dans les environs des villes, des mines et des routes établies, mais la plupart des squatters resteront longtemps encore paisibles possesseurs de leurs runs.

The land question^ la question du sol a été la plus agitée, la plus aigrement débattue dans la co- ' lonie. Les concessions avaient été primitivement garanties pour un nombre déterminé d'années. Lorsque l'or fut découvert et la population soudainement accrue dans des proportions fabuleuses , ceux qui en jouissaient ne voulurent pas céder un pouce de leurs terrains : ils demandèrent des compensations; ils avaient peut-être raison en droit strict, mais l'augmentation de la valeur de leurs troupeaux ne les dédommageait-elle pas de la perte de leurs runs , et ne les mettait-elle pas à même d'acheter leurs terrains, plus utiles pour eux-mêmes que pour d'autres? car, s'ils payaient les portions propres à l'agriculture, il leur restait en outre la jouissance des terrains médiocres pour lesquels il ne se trouvait pas d'acheteurs, et ils cessaient d'acquitter l'impôt sur le bétail, pour toutes les bêtes que pouvaient nourrir les terres achetées par eux.

Tout en supprimant la garantie de leurs conces-

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sions, on maintint aux squatters le droit d'acheter sans enchères , à un prix fixe d'une livre sterling par arpent, une section d'un mille carré, soit six cent quarante arpents .qu'ils pouvaient choisir autour de leurs habitations. Enfin, .s'ils n'achetaient pas eux-mêmes leurs terrains et qu'il.s en fussent dépossédés, ils étaient indemnisés par les nouveaux acquéreurs, pour toutes les constructions, plantations et terres défrichées qu'ils étaient obligés d'abandonner.

A mesure qu'ils s'enrichissaient, les squatters prudents plaçaient une partie de leurs profits sur leurs terres, que le gouvernement mettait en vente sur leur propre demande. Ils avaient d'autant plus d'avantage à prendre eux-mêmes l'initiaUve, que lorsque les régions populeuses étaient encore loin d'eux, leurs runs étaient mis en vente par blocs de ix cent quarante arpents, tandis que lorsque de nombreux acheteurs se disputaient le terrain , on le vendait par lots de quatre-vingts à cent arpents. Ces petits lots étaient accessibles aux petites bourses, et la concurrence faisait tellement hausser la valeur des terrains ainsi morcelés, que le squatter ne pouvait plus lutter contre ses compétiteurs.

Déjà Yéring, après plusieurs achats successifs, était devenu presque entièrement la propriété particulière de mon frère. Séparés que nous étions à Dalry^de la route de Melbourne, par la Yarra et par

les montagnes , il y avait peu de chances que notre terrain nous fût disputé. Cependant, à la veille de refaire des constructions coûteuses, nous devions songer à les placer sur le meilleur de notre terrain, afin que les six cent quarante arpents auxquels elles allaient nous donner droit valussent la peine d'être achetés par nous. Il nous fallait donc, malgré ses frais ombrages , ses eaux limpides et sa bordure de pêchers , abandonner le Gorondara et chercher ailleurs un emplacement moins poétique, moins pittoresque peut-être, mais plus approprié aux développements que prenait partout la culture.

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