CHAPITRE XXIII
Retour d'un de nos amis qui vient de faire un voyage de cinq cents lieues dans l'intérieur de la colonie avec un troupeau de deux mille tètes de bétail. — Récit de son voyage. — Passage du Nammoi avec ce troupeau. — Passage du Macquarrie. — Arrivée sur les bords du Lachlan.
Nous étions tranquillement assis ou plutôt étendus sous la véranclah d'Yéring, fumant notre cigare après notre dîner, quand la vieille Flora, couchée à nos pieds, s'élança vers l'entrée du cottage, aboyant de sa voix la plus joyeuse, comme pour saluer l'arrivée d'un ami. C'était un ami en effet, Ernest Leuba, un de nos compatriotes, qui avait été longtemps employé chez mon frère et était parti six mois auparavant pour un grand voyage de Sydney à Adélaïde, par l'intérieur de la colonie. Le
pauvre garçon était tellement maigri et brûlé du soleil, tellement noirci par le grand air, que nous fûmes quelques instants aie reconnaître.
« Gomment! c'est Y0us,Leuba, et à pied! Où donc est votre cheval, et dans quel accoutrement nous arrivez-vous?
— J'ai laissé mon cheval dans un ruisseau des plaines du Murray, nous répondit-il en riant et en nous rendant vigoureusement nos amicales poignées de main : quant à mon costume, donnez-moi la clef de ma malle, que je puisse aller me changer, et je vous raconterai mes aventures ensuite. Je suis bien heureux d'être arrivé; car j'ai cru vraiment, par moments, que je ne reverrais plus Yéring. »
Nous raccompagnâmes à la petite chambre qu'il occupait ordinairement chez nous, l'accablant tous à la fois de nos questions. Son costume était à peindre : un pantalon de toile bleue , une chemise de flanelle rouge; et par-dessus le tout, une grande houppelande grise à brandebourgs, dans laquelle il aurait pu tenir deux fois. Un chapeau de feuilles d'arbre-chou , chapeau classique des habitants du bush, disait toute une histoire d'immenses fatigues, de nuits passées sur la terre nue auprès du feu, de longues journées de route pendant les pluies froides de l'hiver.
Typoon arriva faisant force acclamations : O/i mister Luba — youvery tJiin — you no plenty tschau-
tschau and small slecp along bush — Oh mister Luba, clinner venj good\Y,t déjà le bon Chinois mettait la nappe pour notre ami.
Certes il avait le droit d'être fatigué, d'être maigri; car avec deux mille têtes de bétail, il venait de faire cinq cents lieues de marches et de contremarches à cheval, et n'avait pas couché une seule fois dans un lit pendant cinq longs mois.
« On m'offrirait n'importe quoi pour recommencer ce voyage, nous disait-il pendant que nous vidions à son bon retour la meilleure bouteUle de notre cave, on m'offrirait n'importe quoi pour le recommencer demain, que je n'accepterais pas. »
Et cependant, à l'heure où j'écris ces lignes en Europe, monamlLeuha est en pleine mer, en route pour Melbourne, après une visite d'un an qu'il est venu faire en Suisse à sa famille. Il regrettait la vie du bush, et l'autre jour quand je lui demandais s'il pensait souvent au Macquarrie, au Lachlan et au Murray : c^ J'y retourne, » me répondit-il.
Depuis l'arrivée de notre compatriote à Yéring-, la conversation de chaque soir roulait sur son grand voyage. Il nous donnait tous ces détails qui font le charme de la conversation intime, mais qui échap-
1. Oh! monsieur Leuba, TOUS bien maigre, vous pas beaucoup manger et petit dormir le long du bush. — Oh! monsieur Leuba, dîner très-J)on maintenant.
206 LES SQUATTERS AUSTRALTENS.
pent lorsqu'on veut laborieusement reconstruire et raconter ce qu'on n'a pas vu soi-même. Cependant cette expédition dans l'intérieur me paraît si propre à peindre la vie des squatters australiens, que je veux essayer de l'esquisser ici. Il me manque des noms de lieux et de ruisseaux, d'arbres et de plantes, pour en faire plus qu'une esquisse ; ni lui ni moi nous ne songions alors à en publier le récit; mais si je ne puis donner une peinture des cboses, du moins retracerai-je une manière de faire, de vivre et de spéculer, dans la carrière aventureuse du colon.
A deux cents milles au nord de Sydney se trouve une vaste contrée appelée la Nouvelle- Angleterre, divisée en immenses stations portant jusqu'à trente mille têtes de bétail ou cent mille moutons. Ces stations appartiennent généralement à de ricbes squatters résidant à Sydney, car le sol de ces contrées est ingrat, et le climat très-chaud en été, froid en hiver, parce que la Nouvelle-Angleterre forme un plateau élevé que les vents du sud traversent en descendant des montagnes Bleues.
Ce district est célèbre par l'excellence de son grand et beau bétail, qui, transporté dans les stations cïïi sud, sous un climat plus doux et dans des pâturages meilleurs et plus abondants, s'y engraisse rapidement. Les stations de la Nouvelle-Angleterre sont
donc exclusivement des stations pour élever du bétail , elles fournissent de store cattle celles de Victoria et môme celles de la colonie d'Adélaïde. Le bétail, dans cette colonie, située à l'ouest de Victoria, est toujours d'un prix plus élevé que sur les marchés de Sydney et de Melbourne, et des hommes courageux et entreprenants achètent des troupeaux dans les districts de la Nouvelle-Angleterre ou de Moreton-Bay pour les emmener avec eux dans les provinces du sud, faisant des voyages de cinq à dix mois dan? l'intérieur des terres avec deux mille à deux mille cinq cents tètes de gros bétail ou bien avec d'immenses troupeaux de moutons.
Certes, il faut du courage pour risquer dans de pareilles entreprises des capitaux considérables. Ces voyages sont toujours écrasants de fatigue, et se font pendant les pluies de l'hiver, car des troupeaux entiers, attardés par quelque raison imprévue jusqu'à l'été, ont péri dans les plaines de Liverpool ou du Macquarrio. Quel que soit le nombre d'hommes qu'on prend avec soi, l'œil du maître ne doit jamais se fermer pour ainsi dire, et c'est lorsque la fatigue est la plus grande qu'il doit déployer le plus de vigilance. Cependant si ces expéditions sont accompagnées de fatigues et de dangers de toute espèce, les profits assurés à celui qui arrive heureusement au tei-me du voyage sont si considérahles, qu'il se trouve toujours des hommes énergiques prêts à tenter l'en-
treprise. L'énergie n'est-elle pas d'ailleurs la vertu la plus commune dans les colonies ?
M. Darchy, un Anglais de notre connaissance qui avait été élevé en Suisse, était un de ces hommes.. Il allait acheter à Wee^vaa, sur le Nammoi, à trois cents milles de Sydney, un troupeau de deux mille bœufs, qu'il devait revendre dans le district d'Adélaïde, à la jonction du Murray et du Darling. Le 22 mai 1855, notre ami Leuba, désireux de faire ce voyage avec lui, partit pour aller le rejoindre à Sydney. L'expédition devait se composer de neuf hommes : M. Darchy et Leuba, puis deux jeunes volontaires qui entreprenaient ce voyage pour apprendre le métier de squatter, véritables surnuméraires non rétribués, mais traités en amis par le maître, et qui n'en devaient pas moins prendre toute leur part de fatigue; enfui trois stockeepers, un conducteur pour les chariots et deux noirs, ceux-ci utiles surtout pour construire des canots, pour retrouver les chevaux le matin, suivre les traces du bétail égaré et fournir la caravane de gibier.
Seize chevaux de selle furent achetés à Sydney ; on se procura aussi six forts chevaux de trait et deux chariots à l'épreuve qui avaient déjà supporté au moins un voyage aux mines. Les provisions se composaient d'une tonne de farme, de deux balles de sucre, d'une caisse de thé, d'un tonneau de bœuf salé et d'une barrique d'eau-de-vie. Une petite tente
de campagne devait abriter M. Darchy, Leuba et leurs deux amis.
Le 5 juin, à onze heures du soir, la petite troupe prit place à Sydney sur le steamer qui fait le service des côtes, et, après douze heures de traversée, débarqua avec ses chevaux, ses chariots et ses provisions à Maitland, sur la rivière llunter, à cent vingt milles au nord de Sydney. Là, les chevaux furent attelés aux chariots, et on se mit en route pour Weewaa.
Trois cents milles environ séparent Maitland de Weewaa ; cette route devait se faire à petites journées, parce qu'on voulait conserver les chevaux frais pour leur travail futur. Chaque jour on faisait environ seize milles, et le soir, quand on arrivait à un ruisseau ou à un étang, on mettait les entraves aux chevaux, on les laissait en liberté et on s'étabhssait pour la nuit.
Un mois environ après leur départ de Maitland, M. Darchy et ses gens arrivèrent à "Weewaa. Autant le pays qui entoure Maitland est riche et fertile (la culture y faisant chaque jour des progrès), autant l'immense plaine qui enveloppe Weewaa, sur un diamètre de plus de deux cents miUes, est monotone et triste. Là, M. Fauchery am'ait eu raison en parlant des stations. Quelques pauvres huttes de bergers , point de culture, et cependant des milliers de moutons et de bœufs, des fortunes énormes appartenant à des propriétaires absents. Mais il'est-il pas
Iticn iiauircl que, pour leur résidence perinanente, ces riches propriétaires préfèrent à ce pays ingrat les magnifiques environs de Sydney?
AVeewaa est un petit village mal bàli d'environ trois cents habitants. On y trouve un store, une mauvaise auberge, une station de police, une forge, le tout en bois, formant une seule rue au bord du Nammoi. 31. Darchy y était depuis près d'une semaine quand, vers le milieu du jour, on entendit les beuglements lointains du troupeau qu'il attendait. Aussitôt lui et ses gens montèrent à cheval pour aller à sa rencontre; ils prirent avec eux une partie des vaches laitières du village, qu'ils chassèrent vers le bord de la rivière afm que, vues del'autrerive par le bétail, elles l'engageassent à entrer dans l'eau plus facilement.
Le Nammoi était large de plus.de quatre cents pieds. Jamais on ne peut faire traverser sans difficultés un aussi large cours d'eau par un troupeau. Voici comment on s'y prend. On co'mmence par séparer trois à quatre cents têtes, et on les pousse vers le bord à grands coups de fouet en les effrayant par des cris. Quand ces bœufs sont entrés dans l'eau, ils nagent en colonne serrée sur huit à dix de front, rompant ainsi la force du courant. Mais souvent, arrivés vers le milieu de la rivière, ceux qui tiennent la tête font un demi-tour et ramènent toute la colonne en arrière — ce qu'en langage du bush
on appelle faire Vanneau. — Toute la besogne est à recommencer jusqu'à ce qu'on ait réussi à faire passer le premier détachement. Alors le travail devient inverse. On a autant de peine à empêcher tout le reste du troupeau de se précipiter à la fois dans la rivière qu'on en a eu à y faire entrer les premières hêtes. On s'efforce cependant de le contenir, car les animaux les plus vigoureux, passant par-dessus les plus faibles à l'arrivée, ce ne serait pas sans danger pour ces derniers que deux mille bœufs feraient pôlc-mèle la traversée.
Ce passage des rivières par de giands troupeaux est un magnifique spectacle, plein de ce que les Anglais appellent excltemcnt {full ofexcitement)^ mot qui n'a pas d'équivalent dans notre langue et dont on trouve à chaque pas l'application dans la vie australienne.
Après avoir traversé le Nammoi, on se dirigea vers la station ou plutôt vers les yards les plus voisins, où le vendeur fit à M. Darchy la remise du bétail. Ce bétail se composait exclusivement de bœufs âgés de plus de trois ans, de grande et belle race; il était vendu au prix de trois livres dix schellings par tête, soit ensemble cent soixanle-quinze mille francs ; j'avais donc raison tout à l'heure de dire qu'il faut, outre le courage et l'énergie, des capitaux considérables pour entreprendre de pareils voyages.
On campa près des yards, et le lendemain on se
212 LES SnUATTERS AUSTRALIENS.
mit en route, se dirigeant au sud, vers la l'ivière Macquarrie, distante décent quatre-vingts milles. A partir de ce moment, le travail sérieux commença pour les hommes qui faisaient partie de l'expédition. Chaque malin, à la pointe du jour, on levait le camp et on mettait le troupeau en marche. Le conducteur des chariots, aidé d'un des noirs, pliait la lente, rechargeait ses voitures et suivait la trace du bétail. M. Darchy partait en avant, choisissait pour faire la halte l'endroit qui lui semblait le plus propice, et revenait en avertir ses gens. Pendant la halte, une partie des hommes surveillait le troupeau pour l'empêcher de s'écarter trop (surtout lorsque les bœufs trouvaient peu à manger), et on faisait le repas de midi. Les provisions se composaient de viande fraîche achetée dans les stations qu'on traversait, de gibier dont les noirs pourvoyaient la troupe. Quand ces deux ressources manquaient, on avait recours au bœuf salé. Le thé arrosait chaque repas; c'était la boisson du malin, celle de midi et celle du soir.
Après trois heures de repos, on repartait, M. Darchy prenant encore les devants pour choisir le campement de nuit. On faisait dix^nille seulement chaque jour. Deux heures avant le coucher du soleil, on s'arrêtait de nouveau pour laisser manger le troupeau et on établissait le camp. Lorsque le camp était en rase campagne, ce qu'on appelle un camp
rond, la moitié des hommes élait de garde autour du bélail pendant une moitié de la nuit, tandis que les autres se reposaient. Un camp appuyé d'un côté à un ruisseau ou à une clôture de station était gardé par trois hommes. Un camp de rivière, c'est-à-dire un camp enfermé dans quelque circuit de rivière, était gardé par deux hommes seulement.
La nuit était toujours la partie la plus pénible, la plus difficile du voyage. Lorsque le camp élait installé là| où un autre troupeau avait campé peu de temps auparavant, le bétail s'en accommodait plus facilement, et la besogne était facile, mais souvent, sans qu'on pût en deviner la cause, le bétail était inquiet, et les bœufs, refasant de se coucher, restaient continuellement en mouvement ; c'est ce qui arrivait particulièrement pendant les nuits sombres. — Les orages surtout les effrayaient. Quelquefois, saisis d'une terreur panique, ils rompaient la chaîne des gardiens, et, malgré les cris de ceux-ci, malgré les tisons enflammés qu'on leur jetait cà la tête pour les faire reculer, ils s'élançaient par-dessus ces hommes, leur laissant juste le temps de se cacher derrière quelque tronc d'arbre, et ils s'enfuyaient tous dans la même direction. Il fallait alors que tout le monde se levât; on reprenait les chevaux, et souvent ce n'était qu'à la pointe du jour qu'on avait retrouvé tout le bétail.
Les animaux, comme les hommes, reconnaissent
des chefs. Après quelques jours de route, l'œil exercé du squatter reiuarquait facilement les bœufs influents parmi les autres, ceux qu'on appelle les leaders^ les conducteurs. Quand tout le troupeau avait été dispersé, il suffisait de s'assurer de la présence de ceux-ci pour savoir qu'il était bien au complet. On ne pouvait pas, du reste, s'en convaincre autrement, car, sur deux mille bœufs, une diminution de cinquante tètes n'eût pas été sensible. Si quelqu'un de ces conducteurs manquait, comme il n'était certainement pas seul, il fallait s'arrêter et passer quelquefois trois ou quatre jours à cbercher les fugitifs, qu'on était sûr de rencontrer, rebroussant chemin et retournant vers leur ancienne patrie.
Yingt-deux jours après avoir quitté Wecwaa et le Nammoi, l'expédition, qui venait de traverser les plaines de Llvcrpool et du Castlereagh, arriva au bord du Macquarrie, rivière large comme la Seine aux environs de Paris, et toute bordée de grandes stations appartenant à des squatters, qui, pour la plupart, y résidaient eux-mêmes. Là, on retrouva de belles habitations, des jardins, des enclos cultivés.
Les pluies avaient tellement grossi la rivière, que M. Darchy re^ta huit jours campé, attendant un moment favorable pour la traverser. Les noirs étaient utiles partout pour transporter de l'autre côté des cours d'eau les hommes et les provisions. Ils con-
striiisaient les canots avec l'écorce de gommier, et déjà il fallait aller chercher au loin des arhres convenables dans les eiulroils traversés par des routes. Quand les canots élaient faits, les noirs passaient un à un une partie des hommes, auxquels on envoyait leurs chevaux à la nage, afin qu'ils pussent recevoir le bétail. Après que tout le troupeau avait traversé la rivière, ceux qui étaient restés les derniers chassaient leurs chevaux, et les noirs les passaient à leur tour. Celait encore les noirs qui passaient les provisions. Quant aux chariots , on les garnissait de tonneaux vides, solidem.ent assujettis ; on les attachait à une longue corde fixée de l'autre côté au harnais d'un cheval, puis, en chassant ce cheval, on les amenait sans peine sur la rive opposée. Quelquefois, lorsque la rivière était peu large et le courant peu rapide, un noir se mettait à l'avant du chariot , un autre à l'arrière, et, passant la tête entre les planches qui le composaient, ils traversaient à la nage avec cette lourde charge sur le dos.
Tout le pays qui s'étend entre le Macquarrie et le Lachlan est composé de vastes plaines couvertes de •différentes variétés d'eucalyptes; il est, en général, occupé par des moutons. A mesure qu'on s'éloigne de Maquarrie, le sol devient plus mauvais, et l'on rencontre quelquefois plusieurs lieues carrées de prairies couvertes de broussailles de sept à huit pieds
do hauteur, sous lesquelles aucune herbe ne peut croître. L'expédition mit vingt- cinq jours pour aller ^ du Macquarrie au Lachlan; sur ces vingt-cinq jours, elle en passa dix tout entiers dans ces broussailles. Là surlout, le bétail qui cherchait toujours à s'engager dans le taillis était difficile à conduire. On en faisait deux troupeaux ; le premier, composé des bêtes les plus sauvages et les plus rapides; le second, des hôtes les plus lentes. Mais la difficulté n'en était pas moins grande pour les surveiller, car deux mille bœufs formaient une longue colonne sur une route de peu de largeur.
On doublait les étapes dans ces pays de broussailles où le bétail ne trouvait point de nourriture. De loin en loin, on rencontrait de petites vallées de quelques centaines de pas de diamètre , où le sol affaissé, et par conséquent plus humide, empêchait les broussailles de croître. On les utilisait pour y parquer le bétail pendant la nuit et pour y établir le camp.
Cette partie du voyage fut la plus pénible, car on était au mois de septembre, et la pluie tombait sans interruptioM ; mais déjà c'étaient les pluies du printemps, pluies chaudes qui annonçaient la fin de l'hiver.
Nos voyageurs étaient depuis trois jours au plus épais de ces broussailles, tous mouillés jusqu'aux os, et n'ayant plus rien de sec pour se changer ,
quand, le 24 septembre, ceux qui marchaient en tête du troupeau découvrirent tout à coup, en avant d'eux, les immenses plaines duLaclilan, qui s'étendaient à perle de vue, à leur droite et à leur gauche, nues et couvertes d'herbes. Le taillis cessait su, bitement, comme en Europe une jeune forêt qu touche à un champ labouré, et à un mille de dis- Umce seulement, une double bordure de gommiers blancs et de mimosas marquait le cours duLachlan. Il élait onze heures du matin, le soleil achevait de dissiper les nuages de la nuit, et la brise arrivait chargée des parfums des mimosas. C'était, après le voyage dans le désert, l'arrivée à la terre promise. Le bétail affamé se jeta sur cette herbe tendre du printemps, et il fallut que tous les hommes fissent un usage énergique de leurs fouets pour les forcer à marcher jusqu'à la rivière, au bord de laquelle on allait prendre quelques jours d'un repos nécessaire.