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CHAPITRE XXVI

Encore les mines.

Le lendemain matin M. Panton mit mi de ses chevaux à ma disposition, afin de laisser reposer le mien, et nous sautâmes en selle pour parcourir et visiter les mines. Nous prîmes à travers la ville la route du nord, qui conduisait à fVhite hills diggings. Partout sur notre passage dans la vallée , chaque pouce de terrain qui ne se trouvait pas occupé par une route ou par des maisons était creusé et retourné; le sol entier avait été pétri, lavé à la main, et relavé avec des machines.

Si vous désirez des détails amusants et vrais sur les mines et les mineurs, Usez le livre de M. Antoine Fauchery, que je vous ai déjà cité à propos

des squatters. J'ai été trop peu de temps aux mines pour pouvoir faire autre cliose qu'une brève analyse du système employé à ces travaux.

L'or se trouve à diverses i^rofondeurs dans les différentes mines australiennes. Le mineur nouveau venu commence par les plus faciles, celles dites de surface ou à peu près. Ce sont les vieux mineurs qui creusent les trous profonds. A Bendigo, les plus profonds ont soixante pieds; à Ballarat, ils ont jusqu'à deux cents pieds.

Pour obtenir l'or, on pétrit la terre qui le renferme, on lave cette terré avec de l'eau qui enlève les parties légères, laisse les pierres au fond et l'or plus lourd sous les pierres. Le mineur pétrit sa terre dans un baquet, la broie avec sa pioche , produit ainsi ce qu'on appelle le washing stuff\ et lave ensuite ce washing stuff dans un plat d'étain. Si ses moyens le lui permettent , il achète une craddky espèce de berceau dans lequel sa terre est secouée, et, à mesure qu'il devient plus riche, il se procure des instruments plus compliqués.

Le plus usité est une puddling machine : c'est une grande auge ronde dans laquelle on prépare la terre aurifère, le icashing stuff. Cette terre est broyée par une herse qu'un cheval fait mouvoir, et un courant d'eau qui passe dans l'auge enlève toutes les parties légères. Lorsque le washing stufï est suffisannnent tiavaillé, il passe avec le courant

d'eau dans ce que l'on nomme Je long tom, canal de bois sur un plan incliné qu'une roue dentelée lient constamment en mouvement. De petiles barres de bois sont placées transversalement dans ce canal; l'or s'y arrête, tandis que la terre et les pieries sont emmenées par l'eau.

Le premier venu peut aller travailler aux mines avec ses deux bras et son plat d'étain, car vous voyez qu'il ne faut pas une grande mise de fonds. Les mineurs payent une licence au gouvernement pour le droit de chercher l'or.

Autrefois ces licences étaient obligatoires et ils devaient les avoir constamment sur eux. Cette mesure vexatoire fut en partie cause des mécontentements de 1854. Aujourd'hui la licence est facultative. Seulement, si quelque mineur a une protection à réclamer pour des droits lésés, en tout état de cause on donne tort à celui qui n'a pas de licence. Excellent moyen pour en faire prendre à tous, sans exercer de surveillance difficile. De plus, comme on est censé avoir supprimé les patentes, on a élabli un droit sur la sortie de l'or.

Le gomernement concède à un travailleur seul l'exploitation de douze pieds carrés de terrain , cà deux hommes douze sur dix-huit, à trois dix-huit sur vingt-quaire, enfin à qualre vingt-quatre sur vingt-quatre. Cette dernière dimension est la plus grande qui soit accordée. Vingt mineurs réunis

n'obtiendraient pas davantage. De cette façon il est difficile à des compagnies de monopoliser le bénéfice des travailleurs.

Les mines de quartz cependant, pour l'exploitation desquelles il faut des capitaux considérables, des moulins, des machines à vapeur, sont régies par d'autres lois.

Comme il arrive souvent que des mineurs abandonnent leurs trous déjà commencés , la loi les oblige à faire acte de présence sur leurs concessions ; un trou délaissé pendant vingt- quatre heures rentre dans le domaine pubhc, il appartient au premier venu qui veut le continuer.

Les mines de fFhite hill à Bendigo diffèrent des autres en ce que les trous, profonds de quarante à soixante pieds, traversent un strate quarlzeux aussi dur que le roc. Quelquefois l'or s'y rencontre déjà, mais en général il se trouve immédiatement audessous, dans un lit de terre alumineuse que les mineurs appellent pipeclay. Celte pâte blanche extraite des trous et répandue sur la surface des collines a un éclat éblouissant et désagréable.

Sept collines forment les WJnte hills dlggings, qui occupent environ un mille carré. La route qui passe au pied de ces collines est bordée de tentes, de cottages en bois, de stores et d'hôtelleries. Nous traversâmes le ruisseau de Bendigo, et, après avoir passé à côté d'une station de police très-bien tenue,

nous parcourûmes un espace de terrain qui me parut être une suite de mines sans limites, jusqu'à ce que, arrivés à la forêt, nous suivîmes un chemin battu qui, après sept ou huit milles de trot, nous conduisit à un campement de mineurs entièrement vide de ses habitants.

C'était un endroit connu sous le nom du Whip stick scrub diggings, à cause des broussailles presque impénétrables qui couvrent ce terrain. Plusieurs sociétés de mineurs ont travaillé dans ce scrub, mais les endroits où ils travaillaient n'étaient connus que d'eux seuls. Quelques hommes, en cherchant à surprendre leur secret, se sont égarés et sont morts misérablement de soif dans ces taillis où, même pendant la saison des pluies, on ne rencontre que quelques rares et pauvres étangs.

M. Panton me conduisit par un sentier sur le sommet d'une colline appelée la colline au drapeau , à cause d'une perche élevée à laquelle on avait attaché un mouchoir de poche pour aider les mineurs à retrouver leur campement. De là nous découyrions la plus triste contrée imaginable, rien que des broussailles, aussi loin que la vue pouvait s'étendre.

Un homme, qui ressemblait à un vrai Piobinson Crusoé, sortit de ce taillis; il sembla enchanté de voir mon ami, vint à nous et lui donna des nouvelles des travaux des mineurs. Il nous engagea à

venir le voir dans sa tenle, qu'il nous dit êlre située à quelques milles de distance dans le fourré.... à l'entendre, un vrai paradis terrestre. Peu disposés à l'y suivre et du reste pressés par le temps, nous refusâmes. Cet homme élait un ex-marin, amateur de la vie sauvage , qui s'était associé à quelques autres, passait son temps à chasser les taureaux sauvages et les kanguroos, et pourvoyait de gihier le marché desmines. M.Pantonavaitgagnésonamitiéenlui faisant présent d'une boussole et d'un cadran solaire, et WhijJ stick Jack n'allait jamais à Sandhurst sans porter au camp des nouvelles du scrub. Il était devenu un type célèbre des mines. En tout cas je n'aurais pas aimé à le rencontrer seul dans le bush. Il avait plus l'air d'un bandit italien et même d'un Peau-Rouge indien que d'un Anglais.

De là, reprenant la direction de Sandhurst, nous traversâmes d'autres mines, Saihr's (jully, Napoléons guUy et deux milles plus loin nous entrâmes dans EagleHaick guUy : la gorge de V Aigle-Autour.

Là autrefois, en 1852, on avait trouvé l'or en quantité fabuleuse; mon ami se souvenait de l'avoir v ramasser à la livre. Un homme avant son déjeuner en avait trouvé 32 livres (38 400 fr.). La même année, sur un endroit de cette gorge appelé la colline rouge, les mineurs s'étaient disputé chaque pouce de terrain, l'or s'y découvrant à la surface. Ces hommes , debout sur leurs mamelons de terre

aurifère, tenaient le pistolet dans une main et leur pelle dans l'autre.

Quelques-uns se jetaient par terre et réclamaient le sol qu'ils couvraient. Les plus forts chassaient les plus faibles et leur prenaient leurs trous jusqu'à ce qu'ils en fussent renvoyés par le commissaire. Cette vallée de l' Aigle-Autour était alors couverte par une ville de toile (Canevass town) habitée par des milliers de hardis aventuriers. La nuit, on ne pouvait sortir des tentes sans être armé; les vols et les meurtres étaient fréquents, et ces hommes n'avaient point de femmes parmi eux. C'est d'après les scènes de cette époque de première fièvre que l'on a décrit dans les romans les mines et les mineurs.

Combien la gorge de l'Aigle-Autour d'aujourd'hui ressemble peu à celle de 1852 ! Aujourd'hui c'est une vallée où vous voyez épars des cottages en bois et des tentes confortables. Une petite ville est bâtie sur l'emplacement de l'ancien Canevass town. Elle renferme une ou deux hôtelleries, des boutiques et de jolies maisons entourées de vérandahs. Dans chaque maison on voit les blanches filles d'Albion occupées des soins du ménage; des groupes de joyeux enfants, courant, criant et jouant ensemble, encombrent la cour de leur école; et le dimanche la cloche de rég;lise rassemble les habitants paisibles.

La colline roug^e a presque entièrement disparu ; elle a été emportée, lavée et relavée, elle l'est en ce

moment pour la iroisième fois par des machines. Les quelques arbres laissés debout sont couverts de placards et d'affiches imprimés sur toile. Vente. — Réduction de prix. — Théâtre Hayrnarket. — Dernières modes de Paris. — Concert, etc., elc.

Nous entrâmes dans une des écoles de Eagle Ha\\k. Elle renfermait environ quarante enfants et elle était très-bien tenue.... C'était le gouvernement qui faisait les frais de cette école.

Un omnibus fait le service entre Eagle Ha^vk et Sandliiu'st; il part toutes les heures. La route, autrefois horrible, était devenue passable. Nous traversâmes d'autres mines moins importantes, d'autres villages semblables à celui que nous venions de visiter, et passant devant plusieurs mines de quartz, nous arrivâmes à la plus ancienne de toutes, à celle de MM. Ballerstedt, sur le banc Victoria.

Deux gamins qui cassaient le quartz sur ce rocher découvrirent cette veine d'or. Avec leurs jnarteanx ils détachaient des morceaux de quartz parsemés de pépites et les vendaient à ceux qui visitaient les mines. MM. Ballerstedt leur achetèrent leur droit pour 60 liv. sterl., et ils firent creuser le rocher par des ouvriers.

Cette minefuttrès-ricbejusqu'àuneprofondeur de Soixante pieds. Mon ami M. Panton, qui m'expliquait tout ce que je voyais, et qui passait à juste titre dans la colonie pour une autorité en fait de minéralogie

aurifères prétendait que les veines d'or s'appauvrissaient à mesure qu'on les poursuivait verticalement; mais les aubergistes, les marchands et tous ceux qui avaient iutérêt à garder le plus longtemps possible les mineurs sur le môme emplacement, soutenaient l'opinion contraire'.

La théorie dans la recherche deVor n'est du resie bonne à rien. L'or, comme la fortune, est capricieux. Ici on trouve la veine à la surface, et tout à côté il faut creuser cent pieds dans le rocher pour l'atteindre. Ce serait sans cela trop commode et trop facile, et tout le monde s'en mêlerait.

Le quartz extrait du rocher par morceaux est porté dans les fourneaux oi^i on le brûle; de là il est mis dans un bassin de fonte où on le réduit en poudre. Un courant d'eau est dirigé dans ce bassin ; il emporte les parties légères de quariz, et l'or passe à travers une toile métallique sur une table inclinée et ensuite dans l'amalgamatcur.

La table inclinée est une caisse oblongue comme le long tom, elle fonctionne d'après le même principe. On met du mercure en arrière des barres transversales, pour arrêter au passage les parlicules d'or.

Les amalgamateurs sont constiuils de différentes façons; les plus usités sont appelés sJiaJî'mg tables

1. Je dois marquer ici ma reconnaissance à mon ami M. Panton pour tous les renseignements qu'il a bien voulu me communiquer de nouveau, depuis son retour en Europe.

(tables mouvantes). Ce sont des plateaux ouverts à une extrémité, qui reçoivent au sortir delà table inclinée l'eau et le sable aurifère. Ces plateaux se secouent d'avant en arrière, et les parcelles d'or les plus imperceptibles se mêlent au mercure qui se trouve dans la partie profonde du plateau, tandis que Teau et le sable sortent par la partie ouverte.

L'amalgame est ensuite placé dans des cornues où le mercure est sublimé et recueilli dans de l'eau, et Ton relire l'or en poudre ; on le vend alors aux changeurs, qui le fondent en barres ou en lingots pour les marchés d'Europe.

Nous rentràuies au camp pour l'heure de dîner ; nous avions fait plus de trente-cinq milles dans notre journée, car les mines de Bendigo occupent plus de cinquante milles carrés de terrain. .

En rcntraut au cauip, M. Panton trouva parmi ses dépêches de Melbourne uu congé de quinze jours qu'il avait sollicité quelque temps auparavant, pour faire une excursion dans l'intérieur et visiter 31oreton-plainSj la station de notre ami Gh. Lyon, avec lequel j'avais parcouru les mines la veille.

Ils me proposèrent de faire cette course avec eux, et je n'eus garde de refuser une aussi bonne et aussi agréable occasion d'apprendre à connaître davantage, avant mon départ pour l'Europe, la colonie que j'allais quitter.

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