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CHAPITRE V

Établissçment de la colonie de Port-Philipp.

Celte colonie est siluée enire les trente-septième et trente-neuvième degrés latitude sud, et les cent quarante et unième et quinzième longitude est; sa superficie est estimée à quatre-vingt-dix-sept mille milles carrés, c'est-à-dire dix mille milles carrés de plus que celle de TAnglelerre, du pays de Galles et de l'Ecosse.

Le capitaine Gook visita le premier la côte sud de l'Australie; de là il se dirigea au nord vers Port- Jackson (Sydney). En 1798, M. Bass, chirurgien du vaisseau anglais Bellance, venant de Sydney, passa, dans un bateau baleinier monté par six hommes seulement, le détroit qui porte son nom et débar-

qua sur la même côte. Le manque de provisions le força de retourner à Port-Jackson : et ce fut seulement en 1802 que le lieutenant Murray et le capitaine Flinders entrèrent dans la baie qu'ils appelèrent Port-Philipp, du nom du premier gouverneur de la Nouvelle-Galles du sud.

Pendant qu'ils exploraient la côte voisine de la Me, ils rencontrèrent le capitaine français Baudin, (lui avait donné le nom de Terre-Napoléon à une portion considérable de celle côte. Atin d'empècber tgute colonisation française, le gouvernement anglais décida d'y fonder un nouvel établissement pénilenlier et le colonel Collins fut envoyé d'Angleterre à Port-Philipp avec une flottille porlant des convicts et une garde militaire. Il arriva à sa destination en 1804 et débarqua à Point-Nepean.

Grimes, commissaire général de la Nouvelle- Galles du sud, fut envoyé pour explorer la côte. Il ne sut pas découvrir de rivière et n'obtint de l'eau qu'en creusant des puits. Aussi cette terre fut-elle abandonnée! Le gouverneur Collins lit rembarquer ses transportés et sa troupe, et alla fonder Hobart- Town, dans l'île de Yan-Diémen :il y fut rejoint par le colonel Patterson, venant de Sydney.

Il ne fut plus question de celte portion du continent australien jusqu'en 1824, époque à laquelle MM. Hovel et Hume firent un long et périlleux voyage par terre, du comté de Cumberland dans la

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Nouvelle-Galles, jusqu'à Geelong, dans la baie de Port-Philipp. Sur leurs représentations, le gouverneur de la Nouvelle-Galles envoya un peloton de soldats, sous le commandement du capilaine Wright, construire un fort à l'exrémité de l'île Philipp pour proléger l'établissement de colons sur la côte opposée. Au bout de deux ans, ce fort fut abandonné, personne n'étant venu pour commencer la colonisalion projetée. *

Fondée par le colonel Gollins en 1804, la colonie de Van-Diémen avait pris un immense accroissement. Déjà, en 1834, le terrain commençait à manquer à ses nombreux troupeaux. Plusieurs établissements baleiniers ayant été créés dans le détroit de Bass, la découverte des riches pâturages de la côte de Porl-Pliilipp fut bientôt connue des propriétaires de ces troupeaux, et au mois d'avril 1834, six colons de Launceston (Van-Diémen), MM. S. etW. Jackson, Fawkner, Marr, Evans et Lancy, formèrent une association. Résolus de se transporter à Port-Philipp, eux, leurs familles et leurs moutons, ils firent fréter à Sydney un navire convenable pour mettre leur projet à exécution.

Sans faire autant de préparatifs, John Batman, un autre colon de A^an-Diémen, jaloux de les devancer, mit à la voile sur un petit navire de Launceston même, et débarqua dans la rivière Yeirabec avec quelques Européens et sept natifs de la Nou-

velle-Galles à demi civilisés. Là il rencontra une tribu de sauvages auxquels il expliqua qu'il venait s'établir au milieu d'eux avec sa femme et sa famille. Il passa un mois avec eux, s'appliquant à gagner leur amitié, et fit un traité par lequel ils lui cédèrent, à lui et à ses descendants, une surface d'environ cent mille arpents pour un tribut annuel de cinquante couvertures, cinquante couteaux, cinquante tomahawks (petites haches), cinquante paires de ciseaux, cinquante miroirs, vingt paires de pantalons et deux tonnes de farine. Par un second traité, en date du 6 juin 1835, ils lui cédèrent, pour un tribut. douhle du premier, toute la contrée s'étendant de la rivière à l'extrémité de la baie, environ cinq cent mille arpents. Batman s'embarqua de nouveau pour Yan-Diémen, laissant trois Européens et cinq de ses natifs pour construire une maison et préparer quelques terrains pour la culture.

A son arrivée à Hobart-ToAvn, il annonça son commencement d'établissement et forma une compagnie. Seize associés se joignirent à lui, des fonds furent versés, et il fut reconnu le chef de l'association.

Avant son second départ, il envoya au colonel George Arthur, gouverneur de Van-Diémen , un compte rendu de ses actes et une copie de ses traités avec les sauvages;. demandant qu'ils fussent reconnus valides par le gouvernement, et que son en-

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Ireprisc fût appuyée. Dans sa supplique, il décrivait ainsi la nouvelle contrée :

a J'ai traversé le pays dans des directions opposées à des distances d'environ cinquante milles, et, d'après l'expérience que j'ai acquise dans les colonies de Van-Diémen et de Ja Nouvelle-Galles, je n'hésite pas à assurer que le caractère général de la contrée de Port-Philipp est décidément supérieur à tout ce que j'ai vu jusqu'ici. Le pays est coupé par des ruisseaux et de belles rivières, et les prairies s'étendent aussi loin que l'œil peut atteindre, couvertes de l'herbe la plus épaisse et de la meilleure qualité. Partout on trouve, à des distances qu'on ne peut calculer, le sol le plus riche et le plus propre à toute culture. »

Le gouverneur Arthur envoya celte supplique au gouvernement, en insistant sur les avantages que la colonie de Van-Diémen devait trouver dans l'établissement d'une succursale à Porl-Philipp. Il appuya Batman dans son entreprise, louant son activité et son intelligence; mais représentant aussi le danger qu'il y aurait à reconnaître des traités passés avec des hordes sauvages, il demandait qu'une concession libérale de terrain lui fût faite à titre de ré* compense pour son courage seulement, et suns tenir compte de ses droits supposés.

Lord Glenelg, alors ministre secrétaire d'État pour les colonies, répondit que toutes les tentatives faites

jusqu'alors ayanl échoué, le gouvernement de Sa Majesté étail décidé à repousser pour le moment la l'ormalion d'établissements qui ne feraient qu'engager la mère patrie dans des dépenses nouvelles, et les colons eux-mêmes dans des dangers contre lesquels ils ne pouvaient être protégés. Il terminait en regrettant que cette politique, qu'il croyait nécessaire, le contraignît à désavouer la conduite sage et prudente que M. Batman avait observée envers les natifs.

Pendant ce temps-là Batman poursuivit ses projets, fixa sa résidence à Indented Head, environ à quinze milles de l'entrée de la baie et commença une reconnaissance plus exacte des terres dont il se considérait comme le possesseur.

Le 30 août 1835 les six colons de Launceslondont naus avons parlé plus haut, ayant frété leur navire qu'ils appelèrent Entreprise, débarquèrent à Port- Philipp sur une portion de ce territoire.

Les menaces de Batman les firent reculer jusqu'aux limites qu'il s'était données. Ils s'établirent dans une belle vallée située sur la rivière Salée. L'un d'eux, John Fawkner s'éloignant davantage, alla planter sa tente sur la rivière Yarra, à huit milles environ de son embouchure.

Les bords de la Yarra devaient en effet attirer un homme qui rêvait la fondation d'une colonie. Tout à l'extrémité de la magnifique baie de Port-

Philipp la Yarra déverse ses eaux profondes dans la mer, offrant nne cnlrée facile aux navires, et formant un bassin de sept milles de longueur à travers une plaine unie et sablonneuse. A l'exlrémilé inférieure de ce bnssin le terrain change, et les bords à pic de la rivière, élevés, mais de quelques pieds seulement, forment comme des docks naturels aux pieds de vertes collines prêtes à recevoir une ville nouvelle. Là aussi la Yarra élève son lit, et ses eaux sont préservées de l'invasion de l'eau salée.

C'est sur ces collines, vingt-cinq ans après l'époque dont nous parlons, que se trouve aujourd'hui l'immense ville de Melbourne avec ses rues somptueuses, ses édifices, ses églises, ses chemins de fer et ses 120 000 habitants. Au 30 août 1835, quand John Fa^vkner vint construire sa hutte faite détrônes d'arbres et couverte d'écorcc, son œil ne découvrait autour de lui que des prairies ondulées et coupées d'arbres espacés comme' dans un parc, sans limites vers l'ouest, bornées au nord par une ligne bleue de montagnes inconnues cl peuplées seulement par quelques tribus errantes de sauvages et par des troupeaux de kanguroos et de casoars, étonnés de voir ces hôtes nouveaux troubler leurs paisibles domaines.

Fawkner mit bientôt la main à la charrue; il ouvrit le sol, quilui fournit une ample récolte. Batman jaloux de la position prise par son rival, quitta sa

station première et vint se fixer vis-à-vis de lui snr la rive opposée de la Yarra. Bientôt la nouvelle de leur établissement se répandit dans les colonies de Van-Diemen et de la Nouvelle-Galles; de tous côtés les colons arrivèrent. Fawkner ouvrit la première auberge, Batman la première boutique.

Le gouverneur de la Nouvelle-Galles, sir Ricbard Bourke, jugeant que le territoire de Port-Philipp dépendait de sa juridiction, émit une proclamation par laquelle il annulait tout marché fait avec les tribus sauvages, et déclarait que ceux qui voudraient s'étaWir dans le nouveau seulement, devraient solliciter des licences de son gouvernement.

Dans une dépôcbe du 13 avril 1836, lord Glenelg répondit favorablement à sir Richard qui demandait que la nouvelle colonie fût reconnue et garantie. Les faits accomplis avaient modifié les opinions précédentes du minisU'c.

K Les motifs, disait-il, qui dans un temps de paix où les populations s'accroissent chaque jour, poussent ces populations vers de telles contrées pour y chercher l'espace qui leur manque, sont trop puissants pour qu'il soit possible de s'opposer à leur émigration par des moyens ordinaires. Entrer dans une pareille voie serait irrationnel. Tout ce qui reste à faire au gouvernement, c'est de diriger vers d'heureux résultats un mouvement qu'il ne peut ni retarder ni empêcher. Qui sait du reste

i^i CCS colons de Port-Philipp n'ont pas commencé des entreprises que notre gouvernement aurait dùj)lutôt protéger que décourager? Ils formeront, selon toute probabilité, le noyau d'un établissement qui sera florissant dans un avenir plus ou moins rapproché ; et ils contribueront à peupler, par les sujets de ce royaume ou leurs descendants, ces vastes régions autrefois désertes, où notre industrie et nos richesses nationales ont déjà fondé pendant le demi-siècle qui vient de s'écouler, deux importantes provinces de notre empire. C'est ainsi que toujours, et je crois inévitablement, la spéculalion privée, plus hardie et plus confiante dans ses espérances, prend le pas sur les desseins plus réfléchis et plus lents du gouvernement et enaclivel'exécution. »

Cette dernièi'c phras'e est d'une justesse et d'une vérité incontestable lorsqu'il s'agit de l'établissement d'une colonie. Tous les sacrifices que peut faire la mère patrie seront inutiles si la spéculation privée, libre et indépendante, n'apporte pas à la colonie naissante le mouvement de ses capitaux.

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