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CHAPITRE VII

Découverte de l'or dans la province de Victoria.

Tout le pays de Victoria fat mis en émoi au commencement d'octobre 1851, car on venait de découvrirdesminesdontla richessi; dépassait toute attente. Cette fois la nouvelle n'était pas controuvée. C'était au mont Alexandre, à quatrevingts milles de Melbourne, et trois semaines étaient à peine écoulées que dix mille individus y travaillaient déjà. Quantité de mineurs firent fortune en peu de jours ; aussi, quiconque avait perdu son argent ou n'en avait jamais eu, partait pour les mines. Deux frères, nommés Cavenagb, réalisèrent en deux semaines la somme de 3600 livres sterling, soit 87 500 fr., dont ils trouvèrent 28 000 fr. en une demi-benre en pépites de

la grosseur d'œufs de pigeon. Trois autres individus trouvèrent 1200 livres sterling un matin avant leur déjeuner.... A Melbourne, les boutiques se fermèrent, les boutiquiers chargèrent leurs marchandises sur des chariots et prenant le fouet en main, ils se dirigèrent vers les placers. Partout où la main de l'homme était nécessaire, dans les moulins, les boucheries, les tanneries, l'ouvrage cessa faute d'ouvriers. La fièvre de l'or avait tout envahi.

Bientôt d'autres mines devinrent célèbres : Balarath, Bendigo, Mac Ivor, Les-Ovens. Tout fat sens dessus dessous dans la colonie, l'imprévu était à l'ordre du jour. On crut un instant que ce serait la ruine de quelques-uns, mais ce fut la fortune de tous. Heureusement, le gouvernement était déjà assez fort pour pouvoir supporter une perturbation pareille; et, grâce à ses soins, grâce aussi à l'esprit d'organisation des Anglais, à leur respect de la loi, l'or ne produisit pas en Australie les désordres qu'il avait causés en Californie. Une administration à part fut établie pour les mines, des commissaires furent nommés pour répartir le terrain entre les mineurs, des juges pour prononcer sur leurs querelles. Des pelotons de troupes de la reine furent envoyés, une gendarmerie spéciale organisée pour la sûreté des individus, des escortes pour les convois d'or.

Rien n'était plus curieux que la route des mines pendant les premiers temps qui suivirent la décou-

verte de l'or. Tous portaient alors sur leurs physionomies la joie de la découverte, la confiance sans bornes dans la fortune, et. l'or se jetait par poignées, nul ne comptant celui du présent tant chacun en rêvait dans l'avenir. De Melbourne au mont Alexandre, ce n'était qu'une longue caravane de chariots traînés par des bœufs ou par des chevaux, de cavaliers et de piétons. La saison était si belle! Point de pluies , et par conséquent, toute cette cohue d'allants et de venants, cohue d'hommes, de chevaux et de voilures, pouvait traverser la plaine libre, sans autre inconvénient que le nuage permanent de poussière qui marquait la roule à travers l'immense solitude. Le soir, comme les hôtelleries n'avaient pas pu être improvisées en assez grand nombre, ceux qui voyageaient de compagnie s'arrêtaient à quelque distance de la route, allumaient leurs feux et s'endormaient tranquilles ; l'un d'eux veillant à la garde des chevaux ou des bœufs.

Dans les auberges , tous ces gens qui revenaient des mines et parmi lesquels quelques-uns peut-être n'avaient jamais eu jusque-là une livre dans leur poche, entraient avec l'aplomb que donne un gousset bien garni. Ils se commandaient le meilleur dîner; le Champagne coulait à flots, et quand ils sortaient ils jetaient des nuggets d'or aux musiciens improvisés qui jouaient devant la porte, le God save the king, ou quelque merry gig d'Ecosse ou d'Irlande.

Aujourd'hui, cette physionomie est bien changée ; les ilhisions ont disparu. Le mineur heureux met son argent à la banque, aux placers même; il prend son reçu et revient à Melbourne, assis dans la voiture publique, tandis que le mineur malheureux revient tristement à pied, sa couverture de laine roulée autour des reins. Plus d'émotions , plus de chants, t)lus de musiciens ambulants. Les auberges sont consîruites, la route est en partie macadamisée, et là où elle ne l'est pas encore \ resserrée entre les clôtures des terres cultivées, elle présente une fondrière où les voitures restent embourbées pendant des jours entiers. Le travail de l'or est actuellement une industrie comme une autre; pour un travail plus pénible vous avez un salaire plus élevé, voilà toute la différence. Aussi, vous n'entendez plus parler en Europe de ces Eldorados modernes , et sans les galious , dont l'arrivée ou le retard fnit la hausse ou la baisse à la bourse de Londres, vous croiriez peut-être qu'il n'y a plus ni mines ni mineurs.

Ce fut sans doute par la permission de la Providence, que l'or ne hit pas découvert plus tut en Australie; car, chose merveilleuse, là où toute celle fourmilière d'hommes s'agitait et fouillait jusque

L La route est entièrement ache'»ée mnmtenant sur les lignes principales. Des chemins de fer sont même près d'être livrés ;Ma circulation.

dans les entrailles de la terre; là avaient été, pendant douze ans, les bâtiments d'une station, des -enclos pour le bétail , et même des champs de blé et d'avoine. Dans ces mômes cliamps qui, depuis huit ans, étaient chaque année labourés, ensemencés et récoltés, l'or fut trouvé à la surface même du sol.... Si cet or avait été trouvé avant»quo le pays eût été organisé, avant qu'il eût été peuplé de bestiaux pour nourrir tant de gens avides qui vinrent fondre sur la contrée, qui peut dire quelles en eussent été les conséquences? N'esl-il pas remarquable aussi que les sauvages ne l'aient jamais découvert, eux si passionnés pour tout ce qui a une couleur vive et brillante; eux qui, en Australie, ont toujours vécu errants sur la terre nue? Et cependant, encore une fois, dans une bonne partie des mines, l'or s'est trouvé à la surface.

La découverte de l'or eut une immense influence sur les affaires des squatters. Jusque-là, les moutons n'étaient pour ainsi dire utiles que pour la laine, et le gros bétail avait si peu de valeur qu'on le faisait bouillir par quartiers dans d'immenses chaudières pour en obtenir le suif. L'or amenant des milliers de travailleurs qui ne regardaient pas au prix, le bétail qui valait 4 livres sterling à Melbourne, en 1851, monta à 15 ou 18 livres en 1853. Tout augmenta de valeur en propoition, pendant les deux premières années. Le temps surtout éîait de l'argent

(time is money, disent les Anglais). On pouvait dire à la lettre, que, quoi qu'on achetât pendant ces deux premières années, on pouvait le revendre avec bénéfice quelques semaines après. Le prix du travail devint excessif; aussi, les propriétaires de moutons se trouvèi;ient-ils dans un embarras d'autant plus grand qu'ils avaient besoin de nombreux domestiques et que l'or fut trouvé au moment de la tonte des lames. Cet embarras dura peu cependant, et tout dans la colonie, au commencement de l'année 1854, promettait aux squatters la prospérité la plus complète.

CCIÇACLP •

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