‹ Les squatters, La clairiChapitre 3 sur 9 · Le shelling d'Amérique ou douze sous et demi de France · texte numérisé non relu

Le shelling d'Amérique ou douze sous et demi de France

Désespérant de rien tirer de James, je frappai à la porte de la ferme. Nous fûmes reçus avec l'hospitalité courtoise qui distingue le Virginien du reste des Américains. L'intérieur de ce chalet répondait parfaitement à l'extérieur : la vie domestique se montrait là parée de ces grâces primitives qu'elle perd chaque jour dans l'ancien monde. Le fermier m'introduisit avec empressement dans la pièce principale de son habitation. Une jeune femme y filait sa quenouille, assise dans l'embrasure d'une croisée dont la baie, comme un cadre gothique, était festonnée de houblon, de clématites grimpantes et de jasmin d'Amérique aux cornets de pourpre. Cette fenêtre s'ouvrait sur un petit jardin plein de fleurs odorantes , et la brise fraîche, qui nous apportait les vives senteurs des acacias, faisait frissonner sur les joues rosées de la jeune fileuse les boucles blondes de sa chevelure. Trois petits enfants, roses et blonds comme leur mère , jouaient à ses pieds dans un dernier rayon de soleil. Au-dessus du foyer, tapissé de mousse sauvage, était suspendue la longue carabine du maître. Au dehors, les derniers bruits du jour commençaient à se faire entendre, et les tintements de la clochette des bestiaux dispersés se mêlaient aux chants bizarres des oiseaux des bois, aux notes mélancoliques duiveep-poor-wilP.

Page 1