LA CHANSON DU VIN
Parmi les gaapns Tout en floraisons
Dessous les treilles , J'écoute sans fin La chanson du vin
Dans les bouteilles.
L'Odeàlldéal \
Au fond du cristal
Coule embaumée.
La strophe bruit , Et, limpide, suit
Sa sœur cernée.
Les nectars vermeils Chantent les soleils
Delà jeunesse.
Et tous les retours Qui font nos amours
Pleins de tristesse ;
Et le dieu Liber, Beau , joyeux et fier,
Qui , roi des âmes , Guide à l'Orient Un essaim riant
De jeunes femmes;
Le dieu des pressoirs Qui y sous les pins noirs
Du mont Ménale , Fait, pendant la nuit, Courir à grand bruit
La bacchanale!
Et le tambourin Des vierges sans frein
Dans leurs querelles , Qui, loin des regards , Dans les bois épars
S'aiment entre elles ;
Et le chœur dansant Qui , rouge , et versant
Dans son délire Le sang et le vin, Brise le devin
Avec sa lyre !
58 lES 6TALACTITE6.
Le Nectar nous dit :
« vous qu'engourdit
» La Poésie , » Plus de vaius sauglots I » Buvez à mes flpts
» La Fantaisie.
» Ne réservai plus » Vos vœux superflue
» Et vos tendresses » Pour les impudeurs » Et pour les froideurs
» De vos maîtresses^
» Nos claires prisons » Montrent aux raisons
» Évanouies y » L'âme des couleurs » Du rhythme et des fleurs
» Épanouies !
» Nos secrets plaisirs , » Nés dans les loisirs ,
» Ont à s'accroître , » Pour les sens domptés » Plus de voluptés
» Que ceux du cloître.
» Mais fuis , jeune élu , » Le bois chevelu ,
» Le flot rapide » Et l'antre secret » Où te rencontrait
» L'Aganippide I
» Le thyrse est levé.
» Dans le lieu trouvé
» Pour les mystères , » Hurlent de fureur » Les vierges en chœur
» Et les panthères.
» Privé de tombeaux, » L'impie en lambeaux
» Meurt comme Orphée.
» Dans Fonde à la fois » Sa lyre et sa voix
» Pleure étouffée ,
» Tandis qu'au lointain » Bondit , le matin ,
» Toute rougie, » En vociférant » Sur Tindifférent ,
» La sainte Orgie !
Septembre 1844.
A BAUDELAIRE DUFAYS.
A eux la faute, pourquoi tant d'orgueil?
STSnDHAL.
A BAUDELAIRE DUFAYS.
poëte , il le faut, honorons la Matière :
Mais ne Thonorons point d'une amitié grossière , Et gardons d'offenser , pour des plaisirs trop courts , L'Amour, qui se souvient, et se venge toujourfe.
6i LES STALACTITES.
Notre âme est trop souvent comme cette Bacchante Que, dans une attitude aimable et provoquante , Le Satyre caresse et retient dans ses bras , Rouge de ses désirs et de son embarras , La tête renversée et les lèvres mi-closes , — Et que l'enfant Amour châtie avec des roses.
Mars 1846.
xin.
Chère , voici le jnoi$ de um $ Le mois in printemps parfujfté
Qui , sous les brandies , Fait vibrer des sçns inconnus^ Et couvre les seiijis dfnpi-niis
De robes bla^cj^es.
Voici la saison des doux nids , Le temps où les deux rajeunis
Sont tout en flamme , Où déjà, tout le long du jour, Le doux rossignol de Tamour
Chante dans Tftme.
Ah ! de quels suaves rayons Se dorent nos illusions
Les plus chéries^ Et combien de charmants espoirs Nous jettent dans l'ombre des soirs
Leurs rêveries !
Parmi nos rêves à tous deux , Beaux projets souvent hasardeux
Qui sont les mêmes , Songes pleins d'amour et de foi Que tu dois avoir comme moi.
Puisque tu m'aimes ;
Il en est un seul plus aimé.
Tel meurt un zéphyr embaumé
Sur votre bouche , Telle, par une ardente nuit, De quelque séraphin, sans bruit,
L'aile vous touche.
Camille , as-tu rêvé parfois Qu'à l'heure où s'éveillent les bois
Et l'alouette, Où Roméo , vingt fois baisé , Enjambe le balcon brisé
De Juliette ,
Nous partons tous les deux , tout seuls?
Hors Paris , dans les grands tilleuls
Le vent se joue; L'air sent les lilas et le thym , La fraîche brise du matin
Baise ta joue.
70 LES STALACTITBS.
Après avoir passé tout près De vastes ombrages , plus frais
Qu'une glacière Et tout pleins de charmants abords, Nous allons nous asseoir aux bords
De la rivière.
L'eau frémit, le t)oisson chaflgeaht Émaille la Vagiie d'argent
D'écaillés blondes ; Le saule, arbre des tristes vœux , Pleure , et baigne ses longs ckeveui
Parmi les ondes.
Tout est calme et silencieux.
Étoiles que la terre aux bieilx
A dérobées , On voit brillef d'un éclat piîr Les corsages d'or et d'azur
Des scarabées.
LBS STALAGTITBB. 71
Nos yeux s'enivrent, assouplis ^ A voir l'eau dérouler les plis
De sa ceinture.
Je baise en pleurant tes genout , Nous sommes bien seuls , rien que flous
Et la nature !
Tout alors, les flots enchanteurs^ L'arbre ému , les oiseaux chadteurs
Et les fouillées, Et les voix aux accords touchants Que le silence dans les champs
Tient éveillées ^
Les parfums qui prennent les sens , Les horizons éblouissants
De fantaisie , Les serments dans nos cœurs écrits, Tout en nous demande à grands cris
La Poésie.
Nous sommes hrareux sans froideur.
Plus de bouderie ou d'humeur
Triste ou chagrine ; Tu poses d'un air triomphant Ta petite tète d'enfant
Sur ma poitrine ;
Tu m'écoutes^ et je te lis, Quoique ta bouche comme un lys
S'ouvre et soupire , Quelques stances d' Alighieri , .
Ronsard , le poète chéri ,
Ou bien Shakspeare.
Mais je jette le livre ouvert, Tandis que ton regard se perd
Parmi les mousses , . Et je préfère , en vrai jaloux , A nos poétesses plus doux
Tes lèvres douces!
Tiens , voici qu'un couple charmisint y Gomme nous jeune et bien aimant ,
Vient et regarde.
Que de bonheur rien qu'à leur pas !
Ils passent et ne nous voient pas :
Que Dieu les garde !
Ce sont des frères , mon cher cœur , Que, comme nous , Famour vainqueur
Fit Fun pour l'autre.
Âht qu'ils soient heureux à leur tourt Embrassons-nous pour leur amour
Et pour le nôtre !
Chère , quel ineffable émoi y Sur ce rivage où près de moi
Tu te recueilles , De mêler d'amoureux sanglots Aux douces plaintes que les flots
Disent aux feuilles !
Dis, quel bonhenr d'être enlacés Par des bras forts » jamais lassés I
Avec quels charmes , Après tdus nos mortels exils , La lèvre boit au bout des cils
De fraîches larmes !
Avril 1844.
LE DEMELOIR.
Quelle eit celle-d qai s'avance comme l'aurore lorsqu'elle se lève, qui est belle comme la lune et éclatante comme le soleil, et qui est terrible comme une armée rangée en bataille P
gautiqub des cantiques.