‹ Les stalactitesChapitre 4 sur 7 · octobre · texte numérisé non relu

octobre

184 ODELETTES

A Alfred Dchodencq

1 ENiR la lumière asservie Lorsqu'elle voudrait s'envoler,

Et voler A Dieu le secret de la vie;

Pour les mélanger sur des toiles Dérober même aux cieux vengeurs

Leurs rougeurs Et le blanc frisson des étoiles;

Comme on cueille une fleur éclose, Ravir à l'Orient en feu

Son air bleu Et son ciel flamboyant et rose :

Pétrir de belles créatures, Et sur d'éblouissants amas

De Damas Éparpiller des chevelures;

ODELETTES ïSÇ

Inonder de sang le Calvaire Ou jeter un éclat divin

Sur le vin Qu'un buveur a mis dans son verre;

Se réjouir des pierreries, Et jeter le baiser vermeil

Du soleil Jusque sur les rouges tueries;

Créer des êtres, et leur dire :

Misérables, c'est votre tour 1

Que l'Amour De sa folle main vous déchire;

Enfin pour ce monde risible Forçant la couleur à chanter.

L'enchanter Par une musique visible,

Voilà vraiment ce que vous faites, Peintres! qui pour nous préparez

Et parez Sans repos d'éternelles fêtes !

Ouvriers, inventeurs, génies!

Par un mir?cle surhumain, '

Votre main Réalise ces harmonies

l86 ODELETTES

Où la couleur qui se déploie

En accords de la nuit vainqueurs.

Dans nos cœurs Fait jaillir des sources de joie.

Et nos fronts sont baignés d'aurore.

Mais vous, par un retour fatal,

L'Idéal Vous martyrise et vous dévore.

Et vos enchantements sublimes, Vous les payez de votre chair;

11 est cher, Le feu qu'on vole sur les cimes 1

Si tu montas avec délice L'escalier bleu des paradis

Interdits, Un inexprimable supplice

Te punit, ô rêveur étrange dui sus donner l'illusion

Du rayon De lumière où s'envole un Ange;

Et lorsque tout le ciel flamboie Dans ta prunelle ivre d'amour.

Un vautour Vient manger ton cœur et ton foie.

24 novembre 1872.

ODELETTES 187

Les xMuses au Tombeau

1res de la pierre close Sous laquelle repose Théophile Gautier, (^son tout entier,

Car par son œuvre altière Ce dompteur de matière Est comme auparavant Toujours vivant,)

Regardant cette tombe De leurs yeux de colombe, Les Muses vont pleurant Et soupirant.

Toutes se plaignent : celle Dont l'œil sombre étincelle Et qui réveille encor Le clairon d'or,

l88 ODELETTES

Celle que le délire Effréné de la Lyre Offre aux jeux arrogants Des ouragans,

Celle qui rend docile Un mètre de Sicile Et tire du roseau Des chants d'oiseau,

Celle qui, dans son rêve Farouche, porte un glaive Frissonnant sur son flanc Taché de sang,

Et celle qui se joue Et pour orner sa joue Prend aux coteaux voisins Les noirs raisins,

Et la plus intrépide, La Nymphe au pied rapide, Celle qui, sur les monts Où nous l'aimons.

Par sa grâce savante.

Fait voir, chanson vivante, Les rhythmes clairs dansants Et bondissants.

ODELETTES 189

Oui, toutes se lamentent Et pieusement chantent Dans l'oitibre où leur ami S'est endormi.

Car il n'en est pas une Qui n'ait eu la fortune D'obtenir à son tour Son fier amour;

Pas une qu'en sa vie Il n'ait prise et ravie Par un chant immortel Empli de ciel!

Ses pas foulaient ta cime, Mont neigeux et sublime Où nul Dieu sans effroi Ne passe; et toi,

Fontaine violette, Il a vu, ce pocte.

Errer dans tes ravins Les chœurs divins 1

Et toi, monstre qui passes A travers les espaces.

Usant ton sabot sur Les cieux d'azur.

190 ODELETTES

Cheval aux ailes blanches Comme les avalanches, Tu prenais ton vol, l'œil Ivre d'orgueil,

Quand sa main blanche et nue T'empoignait sous la nue, Ainsi que tu le veux, Par les cheveux !

Mais, ô Déesses pures.

Ornez vos chevelures De couronnes de fleurs.

Séchez vos pleurs 1

Car le divin poëte Que votre voix regrette Va sortir du tombeau Joyeux et beau.

Les Odes qu'il fit naître Lui redonneront l'être A leur tour, et feront Croître à son front

Victorieux de l'ombre, L'illustre laurier sombre Que rien ne peut faner Ni profaner.

ODELETTES I9I

Toujours, parmi les hommes.

Sur la terre où nous sommes Il restera vivant, Maître savant

De rOJe cadencée.

Et sa noble pensée Que notre âge adora, Joyeuse, aura

Pour voler sur les lèvres Que brûleront les fièvres De notre humanité L'éternité !

Jeudi, 7 novembre 187J.

On sait que le prince des poètes décréta la suppression de l'hiatus et l'entrelacement régulier des rimes masculines et féminines; mais, par malheur, on a été plus royaliste que le roi en se privant de cenains rhythmes exquis, ou composés seulement de rimes d'un seul sexe, ou offrant des rencontres ^e rimes diverses du même sexe.

Notice sur j^n^ard.

NOUVELLES ODELETTES AMOUREUSES

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