AMPHITRYON ET DOM GARGIE DE NAVARRE
XVI. — Dans le passage que nous venons de citer^ le procédé de Molière est d'autant plus visible que, ces 4 vers, il a été les prendre dans une de ses propres pièces, écrite en alexandrins à rimes suivies : Dom Gard de Navarre, joué sept an& axiç ataN^TLl^ e;iL i^^i« Il pre-
naît son bien partout où il le trouvait, à meilleur droit
encore, dans son propre fonds. Voici le passage de Dom
Garde :
Madame, voas n'avez qa*à me le déclarer :
S*il Q*est point de pardon que je doive espérer, CSette épée aussitôt, par an coup favorable^ Va percer, à vos yeux, le cœur d*un misérable, Ce cœur, ce traître cœur, dont les perplexités Ont si fort outragé vos extrêmes bontés :...
Rien n'empêchait Molière de transporter tout le passage en bloc dans Amphitryon, y compris les 25 vers qui suivent, car Jupiter et Dom Garcie disent tous deux absolument la même chose et Alcmène ne répond pas autrement que Done Elvire. La FontainOi lui, n'aurait vu aucun inconvénient à intercaler une trentaine de vers à rimes suivies au milieu de rimes mêlées, et nous savons qu'il Ta fait dans ses Fables. Hais l'auteur de Dom Garcie essayait, dans Amphitryon^ de rompre en visière à tout ce qui était rime plate. A vrai dire, nous ne voyons pas bien le pourquoi de la chose, et il nous suffit d'avoir montré le comment. Ce qui est certain, c'est que son génie inquiet, amoureux de nouveauté, qui avait essayé de la prose rythmée dans Le Sicilien^ cherchait, en écrivant Amphitryon^ une versification vraiment nouvelle. L'auteur d'Agésilas avait introduit dans ses rimes mêlées un certain nombre de rimes plates ou suivies. Vraisemblablement, ce mélange avait déplu à Molière^ si bien que les 6 vers de Dom Garcie se sont métamorphosés sous sa plume en une stance de 6 vers à rimes répétées. Molière démarquait ce jour-là ce qu'il s'empruntait à lui*même, il transposait en se rejouant.
Voyons^ en effet, ce qu'est devenue, dans la bouche de Jupiter, la fin de la tirade deI>omGi^tcÀ& \
Trop heareax, en moarant, si ce coap légitime Efface en votre esprit Timage de mon crime, Et ne laisse aacans traits de votre aversion Au foible souvenir de mon affection!
C'est Tunique faveur qae demande ma flamme.
(Dom Garde, II, 6 ; v. 700-704.)