‹ Les stances libres dans Molière: étude sur les vers libres de Molière comparés à ceux de LaChapitre 24 sur 34 · JUPITER · texte numérisé non relu

JUPITER

Heureux, en descendant au ténébreux séjour, Si de votre courroux mon trépas vous ramène.

Et ne laisse en votre âme, après ce triste jour,

Aucune impression de haine

Au souvenir de mon amour.

{Amphitryon, II, 6 ; v. 4385-1390.)

Ces règles, que nous avons essayé de fixer d'après un examen aussi attentif que possible d'Amphitryon, règles, en quelque sorte, du déclassement de la rime plate, pourraient sembler s'appliquer peu aisément à certains passages et perdraient ainsi quelque chose de leur valeur. Nous allons au-devant de Tobjection et nous donnons la liste de ces passages, liste fort courte, comme on va voir :

JUPITER. — ALCMÈNE {Amphitryon, II, 6).

C'est tout ce que j'attends pour faveur souveraine,

— Ahl trop cruel époux! — Dites, parlez, Alcmène.

— Faut-il encor pour vous conserver des bontés.

Et vous voir m'outrager par tant dHndignités (1) ?

— Plus on aime quelqu'un, moins on trouve de peine,,,.

— Non, ne m'en parlez point ; vous méritez ma haine {2).

(1) Voir page 33, note, et page 38, note 1.

(2) Voir page 36, note.

— Ah I belle Âlcmène, il faat qae, comblé d'allégresse.,,.

— Laissez : je me veaz mal de mon trop de faiblesse (1).

En voici enfin deux autres qui échappent entièrement

à notre classification :

Prononcez-en Tarrôt, et j'obéis sur Vheure,

— Qui ne sauroit haïr peut-il vouloir qu*on meure ?

— De grâce.... — Laissez-moi. ^ Quoi...? — Laissez-moi,

[vous dis-je,

— Ses plears touchent mon âme, et sa douleur m'afflige. Souffrez que mon cœur.... — Non, ne suivez point mes pas.

— Où voolez-vous aller? — Où vous ne serez pas.

Tous ces vers, qui sont pour ainsi dire des monstres dans la versification à' Amphitryon^ ont été tirés textuellement par Molière ou imités de Dom Garde. Ils portent la marque de leur origine, et leur étrangeté même sert à faire reconnaître encore mieux, par le contraste, Tair de famille de tous les autres qui

Ont ensemble étroit parentage :

Ce sont enfants tons d'un lignage.

Les voici^ ces intrus, à leur vraie place ^ dans Dom Garde :

DOM GARCIE, — DONE ELViRE [Dom Gardc^ II, 6).

C'est Tunique faveur que demande ma flamme.

— Ha! Prince trop cruel ! — Dites, parlez, Madame.

(1) Voir page 36, note.

^ Faat-il encor pour vons consenrer des bontéSy

Et vous voir m*oatrager par tant d'indignités?

Et pins il devient fort, plus il trouve de peine.. ••

-* Non, ne m'en parlez point, vous méritez ma haine.

Ahl c*en est trop : souffrez, adorable Princesse. •• *— Laissez : je me yeux mal d'une telle foiblesse.

Prononcez^n Tarrét, et j'obéis sur l'heure.

— Qui ne sauroit haïr ne peut vouloir qu'on meure.

C'est pour le démentir et cent fois me dédire De tout ce que pour vous vous y venez de lire. Adieu, Prince. — Madame, hélas! où fuyez- vous?

— Oh vous ne serez point, trop odieux jaloux.

Dans Amphitryon^ les deux premiers vers du passage correspondant à celui-ci sont tout différents. Ils auraient donc été écrits pour amener la suite, et c'est à ces deux vers, et aux deux que voici :

Tandis que dlci je le chasse, Mercure y rempUra sa place.

(Il, 6; V. 1426-1427.)

que se réduisent les exceptions aux règles que noos venons d'exposer.

BIMBS FÉMININBS ET RDCES MASCULINES.

XYII. — La prédilection de Molière pour les combi-

aaisons de la versification lyrique se manifeste jusque

dans le choix qull fait, le plus sounquI^ à.%\iktViai^m»&r

culinepour terminer un groupe. Nous avons là une ressemblance de plus avec les stances.

C'est par la rime masculine^ on le sait, que se terminent presque toujours, surtout à l'époque classique, les stances et les strophes de nos poètes. Par la finale sonore de la rime masculine, le dernier vers arrête ou termine la phrase d'une façon plus nette et plus complète que sll se prolonge sur la syllabe muette ou sur ïe muet de la rime féminine (1). Celle-ci peut d'ailleurs être heureusement choisie pour donner une impression de langueur, de délicatesse ou d'infini.

C'est à peine si on trouverait chez Malherbe trois ou quatre pièces où les stances se terminent sur une rime féminine (2). On en remarque davantage dans Ylmitatton de Corneille, mais de telles finales ne sont pas pour nous surprendre dans le livre de la résignation mystique et de la tendresse dévotieuse. C'est sur la rime masculine que Racine arrête ou termine de préférence le développement de sa phrase poétique.

La Fontaine, lui, voulant éviter dans la contexture de son récit familier tout ce qui rappellerait trop les combinaisons et les divisions de ^la versification lyrique (3), aime à s'arrêter sur une rime féminine.

(1) « Voilà pourauoi Quinault a grand soin de finir^ autant qu'il le peut, ses couplets par des rimes masculines; et c'est ce que recommandait le grand musicien Rameau, à tous les poètes qui composaient pour lui. » (Voltaire, Mélanges littéraires^ Lettre à M. 1 abbé d'Ohvet, sur la nouvelle édition de la Prosodie.) — Nous remarquons en effet que, dans Psyché^ tous les couplets de Quinault, sauf 3 (y. 2084, 2092, 2118), se terminent sur la rime masculine. La remarque de Voltaire paraît en outre assez juste pour les opéras de ce poète.

(2) En voici un exemple :

La Fortune en tous lieux à rhomme est dangereuse ; Quelque chemin qu'il tienne, il treure des combats : Mais des conditions que Ton voit ici-bas, Certes, celle d'aimer est la plus malhetareuse.

(Ed. Lalanne, cxiii, v. 33-36.)

(3) 11 M arrive de les rechercher, au couXx^t^, o^wi'^X'îk \«û. ^^

Ainsi, par exemploi ce type de phrase (I) de 2 vers :

Le Mulet, en se défendant,

Se sent percer de coups; il gémit, il soupire.

(1,4, V. ii-12) est plus fréquent que cet autre :

— Tu la troubles, reprit cette bête cruelle ; Et je sais que de moi tu médis Tan passé.

Dans les phrases de 3 vers^ la combinaison mmf :

Il lui fallut à jeun retourner au logis, Honteux comme un renard qu'une poule auroit pris. Serrant la queue, et portant bas Xorexlle,

se rencontre beaucoup plus fréquemment que la combinaison inverse :

Chacun s'anime et se prépare :

Les trompes et les cors font un tel tintamarre Que le bon homme est étonné,

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