‹ Les stances libres dans Molière: étude sur les vers libres de Molière comparés à ceux de LaChapitre 25 sur 34 · IV, 4, V · texte numérisé non relu

IV, 4, V

la fable s'élève à la hauteur de Tode, comme dans ces vers du Paysan du Danube (xi, 7, v. 33-38) :

Craignez, Romains, craignez que le Ciel cpelqne jour Ne transporte chez vous les pleurs et la misère ; Et mettant en nos mains, par un juste retour, Les armes dont se sert sa vengeance sévère,

Il ne vous fasse, en sa colère,

Nos esclaves à votre tour.

On a souvent remarqué que l'effet de la phrase serait perdu en partie s'il avait écrit :

Il ne vous fasse, à votre tour, Nos esclaves, en sa colère.

Voir, par curiosité, Tétonnant chapitre de M. Ernest Legouvé sur les Vers libres, dans L'Art de la Lecture. M. Legouvé y explique à Victor Cousin, qui croit que les vers libres sont des vers rimes et non rythmés {sic) y que le vers libre ressemble au cheval monté en plein air, tandis que l'alexandrin est le cheval de manège. Cousin ne commence à comprendre qu'à la fin de la comparaison. Encore était-ce un esprit très perspicace.

(1) Chez La Fontaine il faut prendre la phrase comme une sorte d'unité métrique, car les groupes de rimes ne se détachent pas ré/^uijèrement les uns des autres par le sens. C'est plutôt le contraire gui serait la règle chez lui.

Les groupes de 4 vers à rime embrassée se terminent plus souvent sur la rime féminine que sur la rime masculine :

^ Ami, lai dit son camarade, Il n*est pas toujours bon d'avoir un haut emploi : Si tu n*ayois servi qu'un meunier, comme moi,

Tu ne serois pas si malade, »

Ainsi encore, pour un exemple de 6 vers présentant une des combinaisons de la strophe {aabccb) et se terminant par la rime masculine :

Dans une ménagerie

De volatiles remplie

Vivoient le Cygne et l'Oison :

Celui-là destiné pour les regards du maître ; Celui-ci, pour son goût : Tun qui se piquoit d*être Commensal du jardin; l'autre, de la maison»

(in, 12, V. 1-6)

on en trouvera quatre fois plus qui se terminent par la rime féminine :

Vous avez dû premièrement

Garder votre gouvernement ; Mais ne l'ayant pas fait, il vous devoit suffire Que votre premier roi fût débonnaire et doux :

De celui-ci contentez-vous.

De peur d'en rencontrer un pire, »

(lïl, 4, V. 32-37)

Ënfin^ quand un ensemble de plus de 4 vers se termine par une rime masculine, c'est ordinairement sur une rime plate ou sur une rime incomplète et commençant un nouveau groupe de rimes, c'est-à-dire par deux terminaisons qui ne sont guère, ou pas du tout, celles de la strophe.

Le père donc oovertement N*08ant renvoyer notre amant.

Loi dit : <c Ma fille est délicate ; Vos griffes la poorront blesser Qnand vons vendrez la caresser,

(IV, l,v. 41-45)

« Mes amisy dit le Solitaire, Les choses d'ici-bas ne me regardent pins :

En qnoi peat nn pauvre reclns

Vons assister? Qne pent-il faire Qoe de prier le Ciel qn'ii vons aide en ceci ? »

(Vn, 3, V. 24-28)

Dans Amphitryon, au contraire, les groupes de 4 vers à rimes croisées eu à rime embrassée se terminent 2 fois sur 3 sur des rimes masculines. En oatre, si Molière ajoute à un groupe à rimes croisées on à rime embrassée un vers sur ravant-demière rime, c'est, le plus souvent; quand cette rime est masculine.

Il obtient ainsi les combinaisons suivantes {rnfmfm^ 19 fois, et fmmfrn^ 13 fois) :

mfmfrn :

Jupiter, qui sans doute en plaisirs se connolt. Sait descendre du haut de sa gloire sapréme; Et pour entrer dans tout ce qu'il lui plaît Il sort tout à fait de lui-môme, Et ce n'est plus alors Jupiter qui paroît.

(Prologue ; v. 88-92.)

Même combinaison dans Victor Hugo :

Passant, comme toi j'ai passé.

Le fleuve est revenu se perdre dans sa soarce. Fais silence : assieds-toi sur ce marbre brisé. Pose un instant le poids qai fatigue ta course : y eus de même un fardeau qu'ici j'ai déposé,

^Odes,\N,V^,N.VV-W^

fmmfm :

— Non, non, ce ne Test pas; et vos lâches injures

En ont autrement ordonné.

Il n'est plus, cet amour tendre et passionné ; Vous Tavez dans mon cœur, par cent vives blessores,

Cruellement assassiné.

(Iï,6;v. 1257-1261.)

Blême oombinaison dans Lamartine :

J*ai vu ce sage heureux ; dans ses belles demeures

J'ai goûté l'hospitalité :

k l'ombre du jardin que ses mains ont planté^ Aux doux sons de sa lyre il endormait les heures ^ En ehantant sa félicité.

{MédUatimu, XUI, v. 45-49.)

Les deux oombinaisons inverses sont beaucoup plus rares {ftnfmfj 8 fois) et même la seconde {mffmf) n'apparaît que 3 fois dans toute la pièce.

fmftnf :

A vous en faire un aveu véritable.

L'époux, AIcmène, a commis tout le mal ; C'est répoux qu'il vous faut regarder en coupable. L'amant n*a point de part à ce transport brutal» Et de vous offenser son cœur n'est point capable ;...

Même combinaison dans Victor Hugo :

Puis, — hélas 1 sur mon front que le malheur retombe ! 11 faudra qu'à l'absence, à de nouveaux désirs, Un sentiment bien doux succombe :

Tu m'oubllras dans les plaisirs.

Je me souviendrai dans la tombe.

(Odes, V, 1, V. 14-18.) mffmf :

— C'est on nom que tous deux nous pouvons à la fois

Posséder sous un môme maître.

Poar Sosie en tons lieux on sait me t«^OTiiycA\x^\

Je sonffre bien que tu le sois :

Souffre aassi que je le puisse être (i).

Même combinaison dans Alfred de Musset :

Laisse dire à qui veut que ton grand cœur s'abat, Que la paix t'affaiblit, que tes forces s'épuisent : Ceux qui le croient le moins sont ceux qui te le disent. Ils te savent debout, ferme et prête au combat ; Et, ne pouvant briser ta force, ils la divisent,

(Sur la Naissance du Comte de Paris, v. 56-60.)

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