VII. — Dans l'intervalle, le grand Corneille, qui était
devenu le vieux Corneille, avait fait jouer, en 1666,
Agésilas, intitulé, dans l'édition originale, tragédie en
Vers libres rimez. « On prétend, dit Voltaire dans la pré-
face d*Affésilas, que la mesure des \eTa tiwmV. W^\xç,om^
an succès de celte tragédie. Je crois au contraire que cette nouveauté aurait réussi, et qu*on aurait prodigué les louanges à ce génie si fécond et si varié, s'il n'avait pas entièrement négligé l'intérêt et le style. » Agésilas, à part 2 décasyllabes :
Je le sentis pour elle tout de glace, Je le sentis tout de flamme pour vous;...
ne contient que des vers de 12 et de 8 syllabes. Corneille pensait donc que, dans une tragédie en vers libres, la liberté de la versificalion devait se réduire, en ce qui concerne la mesure, à Templci de deux vers au lieu d'un seul. Nous pouvons bien lui prêter cette opinion, puisqu'il aurait pu employer d'autres vers, et qu'il ne l'a pas fait.
Ne serait-ce point Agésilas qui aurait servi de modèle à Molière pour Amphitryon? ou, pour parler plus exactement d'une œuvre pitoyable et d'un chef-d'œuvre, qui aurait été, pour notre poète, le prototype d'une versification dramatique nouvelle ? C'est, du moins, ce que nous croyons d'après l'étude des rimes. Amphitryon^ toute valeur littéraire mise à part; est beaucoup plus près d'Agésilas que des Contes ou des Fables de La Fontaine (1).
(1) « D'autres conjectureront que, prompt à tout mettre à profit, il avait fait grande attention à V Agésilas de Corneille où, moins de deux ans avant V Amphitryon, une tentative semblable avait été faite : non pas qu'il en ait dû juger le succès très encourageant, mais il lui était permis de penser que si, dans la tragédie, le vers libre paraît trop familier, la comédie en tirerait meilleur parti. » (Notice de M. Paul Mesnard dans l'édition des Grands Ecrivains, T. VI, p. 344.) ~ Le vers libre ne nous paraît nullement trop familier dans Agésilas^ mais au contraire beaucoup trop lyrique.