‹ Les statues de l'Hotel de villeChapitre 10 sur 142 · SA V AA T. — PHILOSOPHE · texte numérisé non relu

SA V AA T. — PHILOSOPHE

D’Alembert naquit à Paris le 16 novembre 1717; ses père et mère, qui avaient intérêt à rester inconnus, l’abandonnèrent. Il fut exposé, le jour même de sa naissance, sur les marches de l’église Saint-Jean-le-Rond, près de Notre-Dame, et confié, par le commissaire de police du quartier, à la femme d’un vitrier nommé Rousseau, qui l’éleva. On lui donna le nom de l’église, son premier asile; dans la suite, il prit celui de d’Alembert. Plus tard, quand il apprit le secret de sa naissance, il ne voulut pas quitter la vitrière qui l’avait élevé, pour aller vivre auprès de parents qui avaient attendu qu’il se fût fait un nom illustre avant de se faire connaître.

. A quatre ans, il fut mis dans un pensionnat, d’où il sortit à douze ans pour entrer au collège Mazarin. Il y resta jusqu’à dix-sept ans et y obtint de grands succès. Ensuite il s’appliqua à la science du droit, et se fit recevoir avocat en 1738. Mais la géométrie, dont il avait pris le goût au collège, l’attirait irrésistiblement; il s’y livra tout entier.

Il publia des traités de mécanique qui l’ont placé au premier rang des géomètres. En 17Zi6, il remporta, par un Mémoire sur la cause générale des vents, le premier prix de l’Académie de Berlin qui l’élut, par acclamation, l’un de ses membres. Des Recherches sur la précision des équinoxes (17Zi9), sur la résistance des fluides (1752), et sur différents points du système du monde (1754-1756), consolidèrent sa situation scientifique.

Un travail plus considérable illustra son nom : associé, avec Diderot, son ami, pour la publication de V Encyclopédie [il il revit toute la partie des mathématiques et de la physique générales, refit ou composa un grand nombre des principaux articles relatifs à ces sciences, et en ajouta plusieurs de littérature et de philosophie. Depuis, il écrivit le Discours préliminaire , vaste répertoire des connaissances humaines, qui ouvrit à l’auteur, en 1754, les portes de l’Académie française dont il devint secrétaire perpétuel en 1772. On voit alors sa réputation hautement établie, non seulement en France, mais dans toute l’Europe.

Atteint par la persécution suscitée par V Encyclopédie et dédaigné par le gouvernement de sa patrie, il refusa néanmoins la présidence de l’Académie de Berlin, et le roi de Prusse la laissa vacaute tant qu’il eut l’espoir de l’attirer auprès de lui; d’Alembert résista même aux sollicitations de l’impératrice de Russie, Catherine II, qui lui demandait de se charger de l’éducation du grand-duc son fils, moyennant cent mille livres de rente.

Son revenu ne sortit pourtant jamais de la médiocrité, et cependant il fit un grand nombre d’actes de bienfaisance. Il passa plus de trente années chez la femme qui avait pris soin , de lui dans son enfance, menant la vie la plus simple, et ne quitta ce domicile que contraint par sa santé d’en chercher un plus sain.

On a prétendu que, parce qu’il avait cultivé les sciences abstraites, il était dépourvu de sensibilité ; mais les détails de sa longue affection pour Lespinasse et Geoffrin qui le comptèrent parmi les amis les plus assidus de leurs salons littéraires, répondent à ce reproche et prouvent qu’il était susceptible de rattachement le plus délicat et le plus solide.

D’Aiembert mourut à l’àge de soixante-sept ans, le 29 octobre 1783.

D’ALEMBERT (Jean Le Rond, dit)

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