ÉBÉNISTE
André-Charles Boulle est né à Paris en 16/i2. Il avait reçu de la nature les plus heureuses dispositions pour tous les genres de talent.
Fils d’un ébéniste, obligé d’embrasser l’état de son père, il sut enrichir son métier, par son goût et son génie, de tous les accessoires dont il pouvait être susceptible et élever l’ébénisterie à la hauteur d’un art. Il acquit une grande réputation par ses meubles enrichis de bronzes, de mosaïques, d’ornements d’or, de cuivre, d’écaille, d’ivoire, etc., qui sont fort recherchés aujourd’hui sous le nom de meubles de Boulle.
Avec un heureux choix de différents bois des îles, qu’il disposait avec une grande intelligence, et du cuivre ou de l’ivoire qu’il découpait en véritable artiste, il parvint à imiter sur les meubles^ qu’il exécuta toutes les variétés d’animaux, de fleurs et de fruits. 11 en composa même des tableaux dans lesquels étaient représentés des sujets d’histoire, de batailles, de chasses et de paysages. Les bronzes, qu’il ajoutait à ces différents meubles pour les orner,, étaient d’une forme sévère et élégante; les profils en étaient purs.
Louis XIV, qui avait su apprécier son mérite, lui donna un logement au Louvre et le nomma graveur ordinaire des sceaux royaux (1672).
Outre cette qualification, Boulle reçut, dans le brevet qui lui fut délivré, les titres « d’architecte, peintre, sculpteur en mosaïque, artiste ébéniste, ciseleur, marqueteur, inventeur de chiffres ».
Il réunissait, en effet, toutes ces qualités qui lui permirent de porter à un haut degré de perfection artistique les meubles, pen-dules, écrans, armes, écritoires, etc., qui sortaient de ses ateliers.
« Ce n’est pas, dit Jal, que l’ébéniste du roi ait gravé en tailledouce, qu’il ait fait des statues, bâti des palais ou édifié des maisons, non : les meubles qu’il exécutait étaient composés sur ses dessins, et quelques-uns, par leur grandeur et leur style architectural, étaient de vrais édifices, pour l’ornement desquels il créait des figures en relief et des ornements appliqués ou incrustés, que son burin, tour à tour énergique et délicat, enrichissait de dessms ingénieux et d’un charmant caractère. »
Boulle travailla pour Versailles et pour les autres résidences royales et reçut de nombreuses commandes de souverains étrangers.
« Cet homme, qui a travaillé prodigieusement, dit Mariette, et pendant le cours d’une longue vie, qui a servi des rois et des hommes riches, est pourtant mort as'ez mal dans ses affaires. C’est qu’on ne faisait aucune vente d’estampes, de dessins, etc., où il ne fût et où il n’achetât, souvent sans avoir de quoi payer; il fallait emprunter, presque toujours à gros intérêt. Lne nouvelle vente arrivait, nouvelle occasion pour recourir aux expédients.
« Le cabinet devenait nombreux, et les dettes encore davantage, et pendant ce temps-là le travail languissait. C’était une manie, dont il ne fut pas possible de le guérir. Malheureusement pour lui, le feu prit dans l’aielier où il conservait toutes ses curiosités qui pouvaient devenir à la fin une ressource ».
L’incendie dévora la majeure partie de ses trésors artistiques; l’habile artiste mourut, dans la gêne, à l’âge de quatre-vingt-dix ans, à Paris, le 28 février 1732, et fut inhumé le lendemain l®** mars à Saint-Germain-l’Auxerrois.
BOULLE (André- Charles)